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"Captage et transport des eaux par des galeries drainantes souterraines pour l’agriculture dans les régions arides et désertiques du Maghreb et du Moyen-Orient : foggaras, khettara, ngoula ou kriga, qanats, falj, kariz " par Jacques Hallard
lundi 14 septembre 2026, par
ISIAS Eau Récupération Maghreb Moyen-Orient
Captage et transport des eaux par des galeries drainantes souterraines pour l’agriculture dans les régions arides et désertiques du Maghreb et du Moyen-Orient : foggaras, khettara, ngoula ou kriga, qanats, falj, kariz
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 13/09/2026
Série ‘Eau Récupération’
Partie 1
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Afrique du Nord et Moyen-Orient – Carte publiée le 21 avril 2026 - © Archives du Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères - La Courneuve – Source
Quelques informations préliminaires pour débuter ce dossier réalisé dans un but didactique
Le terme général « récupération de l’eau » concerne la collecte de l’eau à partir des eaux de surface (ruissellement ou crues), des précipitations occultes (brouillards et rosées) et des eaux souterraines (traitées da ce dossier), ainsi que leur stockage, leur infiltration dans les sols et leur réutilisation pour l’agriculture
Dans les régions arides et désertiques du Maghreb et du Moyen-Orient, l’eau est une ressource rare. Les populations oasiennes ont donc développé, depuis des siècles, des techniques permettant de capter les eaux souterraines sans utiliser de pompes, puis de les conduire naturellement vers les terres agricoles.
Précision terminologique : en Tunisie, on rencontre notamment les termes ngoula ou kriga pour désigner des systèmes de galeries drainantes de récupération de l’eau qui sont analogues aux foggaras algériennes et le terme khettara est surtout associé au Maroc pour ce genre de système. Ces trois techniques appartiennent à la même grande famille technologique des qanats qui sont communes en Iran et dans des pays voisins (Oman, Pakistan, Afghanistan)…
Leur principe général repose sur une galerie légèrement inclinée qui intercepte la nappe et permet à l’eau de s’écouler par gravité jusqu’à l’oasis.
Caractéristiques de ce système : il s’agit d’un tunnel horizontal creusé sous terre pour capter l’eau d’une nappe phréatique en amont et l’acheminer par gravité vers les palmeraies ou les zones agricoles arides.
En Tunisie, ces infrastructures hydrauliques traditionnelles se trouvent principalement dans le Sud du pays (comme dans la région du Nefzaoua). Le Nefzaoua (arabe : نفزاوة) est une région historique située au sud-ouest de la Tunisie délimitée par les hautes steppes de la dorsale tunisienne au nord[1], le Chott el-Jérid à l’ouest, le Grand Erg oriental au sud, l’Arad à l’est et le plateau du djebel Dahar au sud-est[2]. Administrativement, le Nefzaoua correspond au territoire du gouvernorat de Kébili. Il couvre 2,208 millions d’hectares dont 15.300 hectares d’oasis… - Wikipédia
On peut aussi consulter ce site : https://cinumedpub.mmsh.fr/Best/Pdf/1953-077-1647.pdf
Le principe reste celui d’une galerie souterraine drainante : l’eau provenant des formations aquifères est captée puis conduite progressivement vers les zones cultivées. Ces systèmes témoignent d’une adaptation remarquable à un environnement où les précipitations sont faibles et irrégulières. Le système permet surtout de bénéficier d’un avantage essentiel : l’eau peut circuler sans énergie mécanique, grâce à la pente de la galerie.
Le principe est relativement simple : nappe souterraine → galerie drainante → écoulement gravitaire → sortie de l’eau → canalisation → parcelles agricoles - La galerie est accompagnée d’une série de puits verticaux.
Ceux-ci servent notamment à : creuser et construire la galerie ; assurer son aération ; permettre l’accès pour l’entretien ; évacuer les matériaux lors du creusement. Dans les foggaras algériennes, la galerie peut être reliée à un réseau de canaux (seguias) et à un dispositif de répartition appelé kasria, qui permet de partager l’eau entre les différents bénéficiaires.
En Algérie, les foggaras sont particulièrement caractéristiques du Sahara algérien, notamment dans les régions du Touat, du Gourara et du Tidikelt, autour d’Adrar et de Timimoun.
Rappel - Eau. Dans le Sahara algérien, un ancestral système d’irrigation menacé - es foggaras constituent un système ingénieux d’irrigation. Essentielles dans les oasis algériennes, elles permettent de distribuer l’eau si précieuse dans le désert aride. Pourtant les foggaras sont menacées, au risque de la destruction de tout un écosystème écologique mais aussi économique et social. Source : Daraj -Réservé aux abonnés - Publié le 7 mars 2022 à 06h31, mis à jour le 15 mars 2022 à 23h35
Un élément très important est la gestion collective : la foggara n’est pas seulement une infrastructure hydraulique, elle est également un système social de partage de l’eau. À la sortie de la galerie, la kasria, ou peigne répartiteur, divise le débit entre différents utilisateurs. Les parts d’eau peuvent être mesurées et organisées selon des règles traditionnelles.
C’est pourquoi l’UNESCO a inscrit en 2018 les savoirs et savoir-faire des mesureurs d’eau des foggaras du Touat-Tidikelt sur la Liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. Ces spécialistes interviennent notamment dans le calcul des parts d’eau, l’entretien des systèmes de répartition et la conduite de l’eau…
Ce dossier concerne le captage et le transport des eaux par des galeries drainantes souterraines pour différents usages, principalement pour l’agriculture…
Une publication de l’IRD rapportée ici, parmi les documents choisis, aborde un grand nombre de territoires à travers le monde où il est recensé de nombreux exemples avec des illustrations consultables à la source... – Dans le chapitre retenu, il est fait notamment référence à l’Amérique centrale (les hoyas péruviennes), au nord-ouest de l’Asie centrale, aux peuples du Moyen-Orient et du Maghreb, l’archipel des Tuamotu…
L’Institut de recherche pour le développement (IRD) est un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) français sous la tutelle des ministères chargés de la Recherche et de la Coopération, remplaçant l’Office de la recherche scientifique et technique d’outre-mer (ORSTOM). Cet organisme participe à des recherches scientifiques et techniques par le biais d’accords signés entre la France et certains pays en développement. Ces programmes de recherche destinés à apporter une aide au développement des pays du Sud s’orientent autour des sciences humaines et sociales (géographie, sociologie…), des sciences de la santé (maladies infectieuses, grandes endémies, nutrition, etc.) et des sciences de la nature et de l’environnement (sciences de la terre, océanographie, écologie, biologie…). Le siège de l’IRD est situé à Marseille (à Paris jusqu’en septembre 2008)… - Source : Wikipédia
Les autres informations retenues se rapportent essentiellement aux pays JH2026-09-13T11:24:00J
suivants : Algérie, Tunisie, Maroc, Sultanat d’Oman, Iran, Pakistan et Afghanistan…
Les documents sélectionnés pour écrire ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
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- Capter les eaux souterraines – Etude IRD – Chapitre 8 - Document ‘books.openedition.org’ - Texte intégral portant sur plusieurs continents – Toutes les images et illustrations sont à consulter à la source
- La foggara en Algérie : un patrimoine hydraulique mondial - The foggara in Algeria : A hydraulic world heritage - Auteurs : Boualem Remini, Bachir Achour et Rabah Kechad – Etude diffusée par ‘erudit.org/fr’ – 2009 – Les figures, tableau, images et illustrations sont consultables via ‘Voir la liste des figures’
- Addenda - Vidéo publiée en décembre 2024 – Yasmina Belhadj, agricultrice et propriétaire de la ferme biologique El Ferdous السيدة ياسمين بلحاج صاحبة مزرعة الفردوس à Talmen (طلمين), dans la wilaya de Timimoun .
- Comparaison du captage et du transport des eaux en Tunisie et en Algérie (selon une requête IA)
- Les qanats d’Iran : l’ingénieux secret des Perses - Vidéo 12:20 - SLICE Peuples - 06 mars 2025 #Perses #Iran #documentaire
- Article Wikipédia pour l’ouvrage hydraulique dénommé qanat en Iran ou galerie drainante
- Le système de récupération de l’eau en Iran dénommé qanat en Perse – Documentation ‘whc.unesco.org’
- Video 6:45 - Kariz system in Afghanistan : sustainable irrigation at past and present (Le système « kariz » en Afghanistan : l’irrigation durable, hier et aujourd’hui) - Dr Andrey Mitusov - 22 août 2020
- Site exceptionnel avec photos à consulter : Ville souterraine de Kariz - Iran. - Institut culturel - irancultura.it
- Sultanat d’Oman selon Wikipédia
- Systèmes d’irrigation aflaj au sultanat d’Oman d’après Wikipédia
- Moyen Orient - Repérage géographique concernant le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan
- Le système d’irrigation traditionnel souterrain dénommé Kariz, Karèze ou karez en Afghanistan et au Pakistan (Baloutchistan) selon Wikipédia
- Vidéos - Kariz system in Afghanistan : sustainable irrigation at past and present - Dr Andrey Mitusov - 22 août 2020
- Le Kariz au Pakistan (Dans la province du Baloutchistan) en bref
- Comparaison des systèmes en Afghanistan et au Pakistan (avec l’aide d’une IA)
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Capter les eaux souterraines – Etude IRD – Chapitre 8 - Document ‘books.openedition.org’ - Texte intégral portant sur plusieurs continents – Toutes les images et illustrations sont à consulter à la source
Nous avons vu par ailleurs les différentes méthodes mises au point par les hommes pour établir une agriculture à partir des eaux de surface (ruissellement ou crues) et des précipitations occultes (brouillards et rosées). Mais les eaux souterraines, celles de la nappe phréatique, peuvent aussi être employées, grâce à des aménagements simples ou au prix d’installations complexes qui supposent une parfaite connaissance hydraulique de la part de ceux qui les pratiquent.
La méthode la plus simple consiste à placer les cultures à un endroit où la nappe souterraine est proche de la surface. Les racines sont alors irriguées par capillarité. C’est le grand groupe des cultures de tierra de humedad (terre humide) ou chacras hundidas (fermes enterrées) ou campos hundidos (champs enterrés) de l’Amérique centrale.
Leurs aménagements sont variés en fonction de la topographie des lieux, des besoins des plantes cultivées et du battement de la nappe. Il faut souvent creuser un peu la cuvette de façon à se rapprocher de l’eau, si bien que l’on parle aussi de champs enterrés (sunken field en anglais) car ils paraissent être plus bas que la surface habituelle du sol. D’autres champs enterrés, utilisant la capillarité d’une nappe d’eau peu profonde, ont été retrouvés dans la péninsule du Sinaï et au sud de l’Algérie où on y cultive le palmier dattier.
Lorsque la nappe phréatique est trop basse, on la recharge de façon qu’elle se rapproche elle-même du sol et des cultures, en utilisant des techniques complémentaires de captage des ruissellements, dirigés alors vers les cuvettes humides. C’est une sorte de culture de bas-fond qui comprend un éventuel appareillage artificiel destiné à recueillir les eaux de pluie (ruissellement le plus souvent), le stockage se faisant naturellement dans la dépression. L’eau est ensuite utilisée in situ, en cultivant la cuvette, ou après avoir été dirigée vers des zones de culture adjacentes. Cette technique est employée dans les régions semi-arides du Brésil, en Argentine et au Paraguay où on les nomme tajamares.
Dans le nord-ouest de l’Asie centrale, l’eau collectée sur les takyrs, vastes plaques argileuses surplombant un sol sableux, est dirigée vers des cuvettes naturelles où elle s’infiltre. Elle augmente la lentille d’eau douce surnageant sur des eaux saumâtres (Nepesov et al., 1999 ; Mamieva, 1999). Autour de la mer Caspienne, un cordon de terre comporte des champs similaires. Ils sont constitués d’une succession de plates-formes et de fossés et ils utilisent la lentille d’eau douce surnageant sur l’eau saumâtre (Vasey, 1992 : 127). L’eau douce ainsi stockée est ultérieurement utilisée pour l’eau de boisson des hommes et du bétail mais aussi pour irriguer quelques champs de culture.
Dans les régions côtières, la nappe souterraine est saumâtre et impropre aux cultures. Mais les pluies déposent au-dessus de ces eaux salées une fine lentille d’eau douce qui est alors utilisée pour l’agriculture. Il en existe dans le monde au moins trois exemples représentatifs, à défaut d’être répandus. Ce sont les Cordons lagunaires de Tunisie, les hoyas péruviennes, et les fosses à taro des îles polynésiennes (Jardins d’atolls en fosse). La couche d’eau douce surnageant à la surface de l’eau salée est atteinte en creusant plus ou moins profondément le sol ou le plateau corallien. Le mouvement des marées remonte et abaisse régulièrement une pellicule d’eau, irriguant les racines des plantes. Leur localisation, une utilisation raisonnable et des modalités techniques précises sont issues d’un savoir qui a permis l’utilisation pendant des siècles d’une ressource fragile.
Lorsque l’eau souterraine reste inaccessible, il faut l’amener directement sur les champs. Ce sont les techniques bien connues de galeries drainantes qui ont été développées par les peuples du Moyen-Orient et du Maghreb.
On les nomme Qanât, khettaras et foggaras.
Des systèmes similaires, datant de l’époque préhispanique, ont été découverts dans les Andes péruviennes, près de Nazca (Horkheimer, 1960). Ils comprennent, dans ce dernier cas, des aqueducs aériens aux deux extrémités et des canaux souterrains dans leur partie médiane, circulant à une dizaine de mètres de profondeur, tout au plus. Ces canaux acheminent l’eau captée en amont dans la cordillère andine vers des zones de stockage basses cultivées ou vers des réservoirs. La galerie drainante principale souterraine s’étend sur quelques kilomètres. Les parois, le sol et le plafond sont recouverts de pierres laissant par endroits, sur les côtés, des ouvertures par lesquelles les eaux drainées filtrent. La galerie est également munie de regards verticaux d’un mètre de diamètre, pavés et disposés à intervalles réguliers, pour aérer le tunnel et faciliter son entretien. Ces systèmes ont fourni l’eau de boisson et l’eau d’irrigation pour de petits jardins villageois. Certains ont permis d’irriguer quelques planches de culture en terrasse. On retrouve des galeries drainantes au Mexique et dans le nord du Pérou, mais certaines ont été introduites par les Espagnols au xvie siècle et s’inspirent directement des khettaras.
fiche 41. Cordons lagunaires en Tunisie (Éric Mollard)
Nomenclature{{}}
Ce que nous appelons le jardin maure repose sur l’exploit technique d’une société, poussée par le destin dans un milieu défavorable. Il produit tout au long de l’année, sans irrigation active, même au plus fort des étés méditerranéens. Cet aménagement représente probablement un cas unique et dépend tout autant des conditions environnementales que du destin de l’histoire qui a conduit à la mise en valeur des cordons lagunaires.
En Tunisie, les descendants des Andalous chassés d’Espagne ont aménagé les cordons lagunaires de Ghar el-Melh selon une technique exclusive. La mince couche de terre largement salée est abondamment recouverte de fumier et de sable ; les parcelles, minuscules, sont protégées par des claies et des légumes sont cultivés sur ces lopins au prix d’une attention extrême. Aucune irrigation active n’est mise en place et les besoins des plantes en toute saison sont assurés par l’eau de pluie emmagasinée et surnageant à la surface de l’eau de mer. Le battement des marées met régulièrement cette eau à proximité des racines.
Localisation géographique{{}}
Ces jardins ont été observés au nord de Tunis sur le cordon qui sépare la lagune Ghar el-Melh de la mer.
Conduite technique{{}}
Le cordon lagunaire est quant à lui marqué par des haies d’arbustes et d’arbres fruitiers comme le figuier ainsi que par une profusion de palissades en roseaux séchés qui cloisonnent une multitude de petits jardins de 10 à 20 ares. Avant-guerre, chaque parcelle était isolée par un fossé d’où avait été extraite la terre pour rehausser le terrain. Ce type d’hortillonnage ouvert était entouré de haies vives et d’oliviers de Bohème.
- Parcelles avec courges en front de lagune Ghar el-Melh (Tunisie).
- Maïs à différents stades sur parcelles clôturées.
Ce dispositif à claire-voie protège du vent et des embruns, freine l’évaporation et fixe le sable. Dans sa phase d’aménagement, le cordon lagunaire parsemé d’efflorescences salines est recouvert d’une couche de sable pur de 40 à 50 centimètres d’épaisseur. Pommes de terre, tomates, maïs, oignons et piments sont plantés dans le sable régulièrement fumé. Celui-ci a pour fonction de freiner l’évaporation et de stocker l’eau douce au-dessus de l’eau salée. Le volume hydrique capté sous le sable est généralement suffisant pour alimenter un second cycle de culture avant le retour des pluies qui rechargent alors la nappe. Les rendements sont élevés malgré une densité de semis plus faible qu’en plein champ. Mais la qualité du maraîchage est soutenue par des soins attentifs portés aux cultures. Avant-guerre, les paysans encapuchonnaient chaque plant de tomates d’un cône en chaume dont l’ouverture était exposée au soleil. Toujours par souci de hâter la production, les agriculteurs déposaient une goutte d’huile au fond d’un trou creusé dans les figues avec un petit morceau de bois.
Histoire et société{{}}
Autrefois grand port carthaginois puis romain, Utique est aujourd’hui une bourgade de delta située à une dizaine de kilomètres de la mer. Au cours des trois derniers millénaires, les défrichements agricoles ont alimenté l’alluvionnement du fleuve Medjerda. La lagune Ghar el-Melh est la relique de la grande baie d’Utique. Le double cordon littoral, étroit, n’a que quelques siècles d’existence et sa mise en valeur n’a réellement débuté qu’avec la paix coloniale qui a fixé une population vivant auparavant de piraterie. Mais il faut remonter plus loin pour saisir ce que ces jardins doivent aux populations concernées.
La renaissance des jardins tunisiens dont les romains puis les Arabes avaient fait la réputation est intimement liée aux Andalous expulsés d’Espagne.
La reconquête puis les ordonnances d’expulsion des Maures de Valence en 1609 puis de Catalogne et d’Aragon l’année suivante les conduisirent au Maghreb. Ils y fondèrent de nombreuses bourgades, parfois sur des terres peu salubres ou difficilement cultivables et s’adonnèrent à de multiples activités dont la piraterie, la pêche et le maraîchage.
Lorsque la piraterie fut éradiquée, une population dense se retrouva sur une étroite bande cultivable (Les gens de Ghar el-Melh n’ont que la lagune et la montagne dit un dicton) dont il fallut prendre un soin extrême. Charriant terre et fumier à dos d’homme ou sur des ânes, ils cultivèrent des vergers et des pommes de terre sur les pentes des colline littorales en fixant le sol au moyen de talus de pierres sèches ou de haies vives et en puisant l’eau dans de larges puits de trois à quatre mètres de diamètre. Puis ils étendirent les jardins sur le cordon lagunaire protégé des vents par la chaîne montagneuse du Nadour.
- Couches de sable rapportées sur cordon lagunaire en Tunisie.
Les Andalous sont réputés fins connaisseurs des techniques d’irrigation et de maraîchage tandis que les métayers arabes (ou khamnes) sont inféodés à la céréaliculture extensive de plateau. Cette différence n’explique pas entièrement une telle divergence d’activités. Les grands propriétaires et leurs métayers connaissaient eux aussi bon nombre de techniques maraîchères et d’irrigation. Toutefois, la grande céréaliculture extensive qu’ils pratiquaient dégageait des revenus suffisants tout en ne nécessitant guère de surveillance. Elle faisait de la Tunisie, avec la Sicile et l’Égypte, l’un des greniers à blé du monde méditerranéen. L’emprise turque sur la Tunisie se traduisit par des taxes élevées sur tous les produits agricoles. Ces charges fiscales liées au régime de propriété ne permettaient pas aux propriétaires arabes d’apporter les innovations nécessaires à une économie où finalement les grands propriétaires trouvaient leur compte. Les Andalous, plongés dans la situation de petits paysans, n’ont eu d’autres choix que d’innover. Ils importèrent la pomme de terre de Malte, s’adonnèrent au maraîchage et, au prix d’un travail forcené mené par une main-d’œuvre familiale surexploitée, ils prirent la suprématie de la culture de la pomme de terre sur les versants du Djebel et sur le cordon lagunaire. Aujourd’hui encore, ils ne songent pas à mécaniser leurs cultures dans des villages qui ont préservé organisation sociale et originalité culturelle.
- Localisation par satellite du cordon lagunaire (37°09’38’’N - 10°13’26’’ E).
Les hoyas péruviennes
Nomenclature{{}}
Ce type d’agriculture est caractérisé par l’utilisation d’une eau souterraine, très proche de la surface mais ne l’atteignant pas. Comme il faut creuser le sol pour permettre aux racines des plantes d’approcher l’eau on parle de champs enterrés (sunkenfield en anglais). Hoya, cuvette en espagnol, traduit le terme quechua t’oqo (trou dans le sol). On parle aussi de hoyadas et le terme a plusieurs synonymes. Le terme mahamaes (singulier mahamá) est selon les auteurs un terme espagnol (Rowe, 1969) ou un terme dérivé du quechua mac-hanmi (épongé, drainé). Il désigne très précisément, dans la région de Chilca, un endroit où l’eau est si proche de la surface que des plantes à enracinement profond y poussent spontanément. Le terme pukio dérive du mot inca pukyu désignant une source. Il est utilisé plus largement pour désigner des endroits où l’eau est disponible. Le terme wachaques est utilisé dans la région de Chanchan. C’est un terme espagnol s’épelant guachaque ou huachaque (Rowe, 1969) qui dérive de la langue Muchic parlée sur la côte nord du Pérou. Citons encore les termes espagnols campos hundidos et chacras hundidas qui sont des noms génériques pour toutes les cultures d’humidité, makamaka dans la région côtière centrale ou encore moyas. Certains auteurs les désignent sous le terme de cochas, ce qui ne semble pas exact (Knapp, 1991 : 69).
Localisation géographique{{}}
On rencontre les champs enterrés dans des zones arides sans cours d’eau, là où la nappe souterraine affleure la surface du sol sans l’atteindre. Cela se produit soit le long d’une voie naturelle de drainage, insuffisante pour maintenir un cours d’eau régulier (Chilca et Villacuri), soit au point le plus bas d’une zone d’irrigation (Chanchan, Viru et Santa), là où l’eau n’atteint pas la surface en raison de la présence de dunes.
Les hoyas sont situées principalement au Pérou, dans la vallée de la basse Chilca, mais aussi à Villacuri (département d’Ica, à 180 km au sud de Chilca), à Asia (province de Cañete), à Virú (département de la Libertad), à Pisco et dans les vallées de Santa, Lacramarca et Nepeña. L’ensemble situé sur le delta de la rivière Chilca, un cours d’eau saisonnier, mesure environ 10 km2. Knapp (1982) suggère de ne pas confondre le réseau de murets en terre destinés à gérer les crues de la rivière Chilca (ou d’autres cours d’eau saisonnier) avec les vrais champs enterrés, plus rares, situés près du littoral, en arrière des dunes. Cette confusion, faite par les premiers auteurs, a souvent été reprise depuis. Néanmoins, il est probable que l’élévation de la nappe phréatique à la suite des crues a permis d’irriguer les parcelles endiguées à partir de cette eau souterraine. Hoyas et parcelles irriguées ont ainsi profité de l’eau souterraine selon des proces
Les hoyas sont situées principalement au Pérou, dans la vallée de la basse Chilca, mais aussi à Villacuri (département d’Ica, à 180 km au sud de Chilca), à Asia (province de Cañete), à Virú (département de la Libertad), à Pisco et dans les vallées de Santa, Lacramarca et Nepeña. L’ensemble situé sur le delta de la rivière Chilca, un cours d’eau saisonnier, mesure environ 10 km2. Knapp (1982) suggère de ne pas confondre le réseau de murets en terre destinés à gérer les crues de la rivière Chilca (ou d’autres cours d’eau saisonnier) avec les vrais champs enterrés, plus rares, situés près du littoral, en arrière des dunes. Cette confusion, faite par les premiers auteurs, a souvent été reprise depuis. Néanmoins, il est probable que l’élévation de la nappe phréatique à la suite des crues a permis d’irriguer les parcelles endiguées à partir de cette eau souterraine. Hoyas et parcelles irriguées ont ainsi profité de l’eau souterraine selon des processus et à des degrés différents. Dans les hoyas, on creusait pour l’atteindre, dans les parcelles irriguées elle venait aux plantes.
Quelques hoyas compléteraient à Chanchan un vaste réseau d’irrigation. Citons encore le grand champ enterré (canchón = grand terrain) au nord du Chili qui mesure 2 m de profondeur et 20 m de large.
Conduite technique{{}}
Les hoyas sont des dépressions rondes ou carrées de taille variable, creusées en arrière des plages, de façon à retrouver le point précis où les forces jouant entre les fluides d’eau douce, d’eau salée, et le sol, permettent à l’humidité d’atteindre la surface. L’excavation ne doit pas être creusée trop profondément sous peine d’être noyée ou pire, de se remplir d’eau salée. La terre rejetée est accumulée sur les bords de la cuvette. À Villacuri, l’eau de la nappe phréatique est alimentée par les crues de la rivière Chilca ; à Chanchan, elle est entretenue par les eaux de colatures du réseau d’irrigation. La survenue d’années de sécheresse, l’amplitude des pluies et la fluctuation des marées obligent les paysans à ajuster périodiquement la profondeur des hoyas pour atteindre la nappe d’eau.
- Schéma d’une hoya au Pérou.
- Hoya observée à Huanchco (nord du Pérou). Au premier plan, on aperçoit les bords de la cuvette avec leur empilement de boues extraites du fond.
- Le fond des hoyas est recouvert de végétation sèche et parfois d’engrais animaux.
- Les roseaux totora sont utilisés pour fabriquer les pirogues « caballitos del mar ».
Une fois la cuvette creusée à bonne profondeur, le fond est aplani et couvert d’engrais végétaux, comme les feuilles de guarango (Prosopis chilensis), ou d’engrais animaux. Puis les plantes sont semées. On y produit surtout des fruitiers (avocat, goyave, puis, à l’époque coloniale, olive, raisin, coing, grenades, vigne et dattiers) ainsi que la gourde, la citrouille et le coton. Aujourd’hui, les quelques hoyas encore en activité ont déjà été creusées mais il faut les curer périodiquement. L’inconvénient classique de l’irrigation en zone aride est la salinisation des sols, aussi la croûte de sel doit-elle être écartée périodiquement pour permettre une nouvelle culture. Outre le sel, le sable oxydé et les boues sont empilés sur les bords de la cuvette, formant un mur qui abrite les cultures des vents marins, retient les sédiments, diminue l’évaporation et donc la salinité et capte accessoirement l’eau des brumes. On cultive actuellement des céréales et des figuiers dans ces champs enterrés en creusant pour chacun d’eux une petite excavation (huecos) d’un mètre de côté et d’un mètre de profondeur.
Histoire et société{{}}
La vallée de la basse Chilca, où sont situés les grands systèmes de hoyas, a été peuplée il y a près de 10 000 ans par des groupes de chasseurs cueilleurs. Les premières communautés pré-agricoles s’installent, il y 7 700 ans, sur les terrasses alluviales situées à proximité des lomas. Puis, il y a 3 000 ans, les berges nord de la Chilca accueillent des sociétés agricoles qui vont dès lors occuper les lieux en permanence jusqu’à la conquête espagnole. On pense que ce sont ces populations qui, les premières, ont aménagé les hoyas car les alluvions dans lesquelles elles sont creusées ont été déposées il y a moins de 3 000 ans. On attribue leur invention aux paysans de la culture lapa lapa, qui résidaient un peu plus haut sur les flancs des montagnes du Cerro Yaya ou du Cerro Lapalapa, il y a 2 000 ans. À l’origine, il s’agissait sans doute de puits peu profonds qui complétaient le vaste réseau de digues construit à l’arrière par les mêmes populations pour contrôler les crues de la Chilca.
En 1553, Pedro Cieza de León mentionne le premier, dans la région de Chilca, la luxuriance de champs où l’on cultive sans irrigation ni pluie toute sorte de plantes, dont le maïs. Chaque plant est fertilisé par une tête de sardine, technique également employée en Amérique du Nord par les Indiens Squanto. En 1609, Garcilaso de la Vega puis le père Bernabe Cobo en 1653 révèlent la façon dont les paysans ouvrent puis cultivent de larges hoyas. Le maïs y est toujours fertilisé par une tête de sardine. Il semble que ces premiers auteurs aient assimilé les hoyas au réseau de murets adjacents qui, lui, permettait de gérer les crues de la Chilca et date des mêmes périodes. L’intrication de ces hautes levées de terre isole en effet des bassins de culture qui semblent dès lors enterrés mais qui ne le sont pas. Le maïs a sans doute été cultivé dans ces bassins endigués tandis que les vrais champs enterrés étaient plutôt cultivés en fruitiers. En effet, les hoyas ne supportent pas à elles seules toute la production agricole des communautés précoloniales qui pratiquent également des formes d’agriculture par épandage de crue et exploitent les lomas situées à proximité. Toutes les hoyas ont été exploitées durant plus de 1 000 ans et ont continué à l’être durant l’époque coloniale. Leur aménagement et leur gestion se sont déroulés de façon communautaire.
Leur désaffection progressive date des débuts des indépendances et résulte de l’action conjuguée de plusieurs facteurs : le reflux de la nappe phréatique, l’augmentation de la salinité, l’invasion de mauvaises herbes, l’absence de drainage et l’érosion accélérée. En réalité, tous ces facteurs peuvent être réglés séparément au prix d’une attention et d’un soin accru, mais ces structures anciennes ont peu d’intérêt pour les populations actuelles.
De nos jours, les hoyas sont redistribuées aux familles paysannes afin qu’elles y produisent les plantes nécessaires à leur consommation personnelle et, accessoirement, quelques cultures commerciales (figue, olive, raisin). Elles ont été élargies pour permettre le passage des tracteurs, les murets sont recouverts de bétons, des pompes mécaniques sont utilisées et le sol est arrosé de fertilisants chimiques. Enfin, de nombreuses hoyas ne sont plus utilisées que pour récolter les roseaux totora qui profitent spontanément de l’humidité.
Références :{{}}
Benfer et al., 1987 ; Cieza de Léon, 1947 ; Cobo, 1956 ; Dagodag et Klee, 1973 ; Knapp, 1982 ; Moseley, 1969 ; Ojeda Enriquez, 1987 ; Parsons, 1968 ; Parsons et Psuty, 1975 ; Rowe, 1969 ; Smith, 1979 ; Vallejos, 1978.
Jardins d’atolls en fosse (Jean-Michel Chazine){{}}
Nomenclature : {{}}
Il s’agit d’ensembles de fosses de 30 et 150 m2 en moyenne, creusées dans le sable corallien des atolls jusqu’à atteindre l’humidité de la nappe phréatique flottant sur l’eau de mer. On incorpore ensuite des débris végétaux sélectionnés au sable corallien pour y créer une terre végétale artificielle permettant des cultures vivrières impossibles autrement (voir fig. p. 212). Dénommées maite dans le nord et l’ouest, elles sont appelées kauwai dans l’est des Tuamotu.
Localisation géographique{{}}
Situé dans la partie orientale de l’océan Pacifique, l’archipel des Tuamotu n’est qu’un des nombreux chapelets d’atolls plus ou moins groupés en archipels qui apparaissent jusqu’aux rivages de l’Insulinde, le long d’un gigantesque arc de points chauds. Ces formations, appelées récifales du fait de leur morphologie originelle, ceinturées par des constructions coralliennes, sont aussi dénommées « îles basses ». On sait maintenant que ces vestiges d’anciens volcans encerclés par une frange corallienne croissant à leur périphérie ont été soumis depuis quelques millions d’années aux différents mécanismes d’érosion et de variation des niveaux marins, ainsi qu’à la subsidence et l’eustatisme liés aux déformations de la lithosphère.
À titre d’exemple, nous avons choisi de décrire l’archipel des Tuamotu sur lequel un important travail interdisciplinaire a été réalisé depuis longtemps. Il comprend 75 atolls bas, générant une surface émergée d’environ 775 km2. La pluviométrie, assez faible, varie de 1 500 à 2 500 mm par an, avec parfois, des séquences très irrégulières. Malgré des possibilités réellement limitées, la nature des sols n’étant constituée originellement que d’éléments issus de l’érosion corallienne ou de détritus, une végétation arbustive et même arborée peut s’y développer. Une variation des cycles de colonisation végétale relativement importante peut y être observée, en dehors de toute implication anthropique due aux conditions climatiques parfois extrêmes (cyclones, tsunamis, dépressions, sécheresses, etc.). D’ailleurs, les premières observations, recueillies lors de l’installation des Européens et surtout des premiers missionnaires entre les xviie et xixe siècles, décrivent une végétation quasiment sans cocotiers, souvent très haute et dense mais le plus souvent inégalement distribuée à la périphérie des atolls.
- Chapelets d’îles dans l’aire Indo-Pacifique orientale.
Conduite technique{{}}
Pour obtenir de l’eau potable sur un atoll, il faut mettre en œuvre des techniques particulières et donc des connaissances empiriques adaptées.
En fait, c’est la géomorphologie même des atolls qui permet de « récupérer » paradoxalement et de manière discrète, la masse d’eau de pluie de surface. En effet, les conditions d’immobilité statique des couches font que l’eau infiltrée par percolation dans la masse corallienne sous-jacente flotte littéralement sur l’eau de mer environnante en variant selon la loi de Gyben-Hertzberg. La forme de cuvette des strates coralliennes fossiles, retient ainsi une lentille d’eau douce d’épaisseur variable. Cette eau de pluie est a priori potable, puisque filtrée au travers du sable superficiel. On a ainsi trouvé des anciens puits aménagés où l’eau apparaît entre 0,2 et 3 m de profondeur. Les quelque dizaines de centimètres de sols qui la recouvrent sont alors relativement humidifiés par cette lentille d’eau douce permanente. C’est ce que les insulaires des atolls ne pouvaient ignorer, en préalable à toute installation permanente. Ils devaient donc posséder un savoir particulier s’ajoutant naturellement à la connaissance la plus complète du milieu marin qui, dans le Pacifique, est culturellement leur espace d’existence global, historique autant que mythique. Il est vrai, en outre que dans des conditions climatiques normales, on a observé que la lentille d’eau douce peut déjà pratiquement se former même sur de minuscules îlots, à partir d’une aire de 5 000 m2, rendant ainsi parfaitement viable une installation humaine limitée (voir fig. p. 214).
Pratiquement, c’est au prix de travaux de terrassements gigantesques que les occupants des atolls ont organisé, voire parfois totalement modifié, la géomorphologie de leur parcelle de territoire en créant ces jardins improbables, pouvant leur fournir les ressources vivrières nécessaires et suffisantes pour compléter celles du milieu marin. Ce sont les vestiges de ces travaux s’étendant sur plusieurs hectares, ayant brassé et déplacé des dizaines de milliers de mètres cubes, que l’on a pu observer puis recenser aux Tuamotu. De fait, l’accumulation des déblais apparaît en premier lieu sous forme de montagnes russes, qui en certains endroits peuvent s’élever jusqu’à 5 m au-dessus du niveau du sol, alors que la caractéristique des îles basses est de ne dépasser en moyenne que de quelques mètres seulement le niveau moyen de la mer. Ayant établi qu’il faut deux fosses au minimum par famille nucléaire (une en production, l’autre en régénération), le nombre de fosses d’une zone peut représenter l’importance démographique qu’un groupe a pu atteindre. Cette paire de fosses est l’unité minimale correspondant à un couple et ce, probablement, pour une période transitoire, car les zones ne comportant que deux fosses sont rares. Les pics de fréquence de leurs nombres sont de 6, 10/12, 20 puis au-delà 40, et 60 (fig. p. 216). Il existe aussi de très grandes zones de fosses, vers et au-dessus de 100, qui correspondent à des agglomérats ponctuels dus, soit à la morphologie même du lieu et de ses abords immédiats, soit à des regroupements locaux dont l’apparition et la justification n’ont pas encore été précisées par l’archéologie.
- Coupe et vue schématiques des fosses associées au sol et à leur principale végétation fonctionnelle (d’après A. Detloff).
- Atoll de Tatakoto (Tuamotu) : ancienne zone de fosses de culture, seuls les Scaevola subsistent après les brûlis d’entretien de la cocoteraie.
Si le principe pour fabriquer la terre végétale nécessaire à ces cultures artificielles est le même partout, à savoir, préparer un compost à partir de déchets végétaux et (ou) à partir de feuillages sélectionnés pour leur décomposition rapide (Pisonia spp., Messerschmidtia spp., Guettarda sp. ou Scaevola spp. principalement), les mises en œuvre s’avèrent varier plus largement, et parfois individuellement. D’abord les procédures de préparation, sous forme d’un mulching naturel ou accéléré, peuvent changer, sans que la variation de productivité qui en découle soit perceptible. Ensuite, chez certains, c’est toute la surface du fond des fosses qui est amendée, tandis que pour d’autres (comme à Kiribati), on fabrique des corbeilles végétales que l’on régénère au fur et à mesure de la croissance du pied du tubercule. Globalement, c’est un ensemble de petits « trucs » hérités ou inventés individuellement qui fera les différences de résultats entre ces horticulteurs de l’extrême.
Les principales espèces cultivées sont des tubercules, ceux-ci étant espacés de 40 cm environ. Une fosse de 30 m2 au minimum fournit plus de 150 pieds en 8 à 14 mois, selon espèces et emplacements. La reproduction et la multiplication des tubercules se font par clonage, d’abord en replantant le col du taro puis en démariant les rejets. Certaines zones contiennent jusqu’à 140 fosses, fournissant des surfaces de fond individualisées atteignant 800 m2 (et même 1 500 m2 dans un cas extrême). Le potentiel de production de ces surfaces correspond aux besoins d’une densité de population d’environ 33 habitants (soit approximativement 6 unités familiales) par km2, une valeur moyenne encore observée sur les atolls du Pacifique central. La cartographie de ces secteurs fournit des valeurs qui, bien que statistiques, sont des indicateurs techniques déterminants. Comparés à quelques données mémorisées par les informateurs ou les témoins oculaires âgés, ils permettent de mieux comprendre la rationalité qui a justifié la mise en œuvre de ces moyens apparemment disproportionnés par rapport à l’exiguïté du milieu. À Tuvalu ou à Kiribati par exemple, la culture de certains tubercules (surtout le taro géant Cyrtosperma chamissonis) participe à une émulation technique et une concurrence sociale intenses. Les plus grosses productions sont programmées à long terme et destinées à être montrées comme faire-valoir de compétence et de prestige, lors des cérémonies importantes de la communauté.
Histoire et société{{}}
Les géomorphologues ont montré que l’émergence de ces atolls permettant une installation humaine stable, ne remonterait au mieux qu’à ces deux derniers millénaires, au moins pour les Tuamotu, ce qui en l’état des connaissances actuelles, est compatible avec les données sur le peuplement de la Polynésie orientale.
L’environnement géologique et végétal de ces atolls est relativement pauvre et a toujours été décrit dès les premiers navigateurs, comme inhospitalier, sans ressources naturelles et dépourvu d’eau potable. En conséquence, les malheureux insulaires qui pourtant y résidaient, ne purent être catalogués qu’à partir des mêmes qualificatifs. Darwin (1842), lui-même, a été impressionné par la précarité des conditions dans lesquelles les autochtones y vivaient et estima que sur ces minuscules bandes de sable, « l’océan et la terre ferme, semblent dans ces endroits, lutter constamment à qui l’emportera sur l’autre ». La largeur de l’anneau corallien réellement émergé atteint rarement 500 m et se situe plus généralement autour de 100 à 200 m pour des périphéries variant de 5 à 200 km pour les plus grands atolls des Tuamotu (Rangiroa, Makemo, Fakarava).
On doit rappeler à ce sujet que l’aspect actuel des îles basses, couvertes de cocotiers, n’est que la résultante des incitations fermes et déterminées des missionnaires et marchands du xixe siècle pour faire produire un minimum de ressources monétaires aux insulaires. Le cocotier n’avait jamais été jusqu’à cette période, qu’un arbre fruitier très utile pour ses multiples propriétés, mais aucunement vital. C’est un autre arbre, le Pandanus, qui occupait cette fonction technico-alimentaire. La plantation généralisée du cocotier, par les brûlis progressifs qui ont dû être mis en œuvre et l’assujettissement technique et monétaire qui en découlent, ont ainsi fait perdre aux insulaires les savoirs et techniques traditionnels de gestion et de production de leurs ressources vivrières ancestrales.
Antérieurement à leur arrivée, les insulaires, d’origine austronésienne, avaient certainement déjà dû observer que la décomposition de certains déchets végétaux et organiques était assez rapide et que la présence d’humidité provoquait dans certaines conditions, la formation accélérée d’une terre végétale relativement fertile. Ainsi, en creusant des fosses jusqu’à l’horizon humide, puis en y introduisant des déchets végétaux empiriquement sélectionnés, ils ont réussi à créer artificiellement de véritables jardins.
- Le motu Fakarevareva (Tuamotu) : un exemple d’exploitation optimale des ressources naturelles et humaines disponibles sur un micro-espace de 5 000 m2.
Là où ne pousse naturellement qu’une quinzaine d’espèces arborées, autant d’arbustives et un peu plus de rampants dont très peu sont cependant consommables, les autochtones ont réussi à cultiver autant de variétés de tubercules (Colocasia esculenta, Alocasia macrorrhiza et Cyrtosperma chamissonis principalement) et de fruitiers dans les fonds et les talus (cordylines, citronniers, bananiers, cannes à sucre, arbres à pain, etc.) qu’ils le désiraient.
Les inventaires cartographiques de ces zones de fosses (près de 1 300 fosses recensées sur une dizaine d’atolls des Tuamotu) ont permis non seulement de quantifier les surfaces aménagées, mais de reconstituer les techniques employées, ainsi que la structuration sociale qui les organise (Chazine, 1993). Ces fosses de culture ont été totalement abandonnées sur tous les atolls des Tuamotu, alors qu’elles sont encore en activité dans les autres archipels d’îles basses du Pacifique où les ressources, les activités et une certaine vie traditionnelles ont subsisté. Vestiges tangibles de lieux d’installation et d’activités humaines, les zones de fosses apparaissent sur tout le pourtour des atolls et correspondent bien à l’habitat dispersé tel qu’il existait avant l’arrivée des Européens. Variant en superficie, et en nombre, elles correspondent à l’importance démographique des communautés qui les ont creusées et utilisées.
La découverte par les fouilles archéologiques des instruments qui ont servi à creuser les fosses en coquilles de nacre d’huîtres perlières et (ou) fragments de plastrons de carapaces de tortues (Chelonia mydas), a permis également de reconstituer la quantité et les durées de travail mises en jeu. On sait ainsi que près de trois mois étaient nécessaires pour creuser une seule fosse élémentaire de 30 m2, impliquant l’entraide et la réciprocité des services. Celles-ci devaient être actives pour contribuer au maintien d’une relative et fluide cohésion sociale, dans un environnement aussi restreint, éclaté et diffus que celui des atolls. La mise en évidence par l’archéologie dans les Tuamotu, et par l’observation ethnographique directe sur d’autres archipels d’atolls du Pacifique de ce système de production vivrière étonnamment élaboré et adapté aux ressources particulièrement limitées des îles basses, démontre si besoin était l’ingéniosité et l’adaptabilité de ces communautés insulaires.
Le fait est que les occupants des Tuamotu, ayant depuis un siècle environ, pour les diverses raisons historiques ou économiques déjà évoquées, totalement abandonné ces techniques et perdu les connaissances correspondantes, donnaient l’image reproduite à l’envi, de lieux complètement déshérités, inhospitaliers et presque impropres à toute vie humaine décente. C’est tout le contraire qui a été révélé : les insulaires des îles basses avaient non seulement parfaitement extrait et utilisé toutes les ressources alimentaires et technologiques des minuscules terres émergées à leur disposition, mais surtout, élaboré et développé des techniques complémentaires qui dans des conditions parfois extrêmes, comme les cyclones ou les tsunamis, ont assuré leur survie. On peut encore l’observer aux Cook, à Tuvalu et surtout à Kiribati et l’ensemble de la Micronésie, où elles ont gardé toute leur importance alimentaire et sociale.
- Atoll de Tatakoto (Tuamotu) : partie survivante de la forêt primaire (Hernandia sp.). On constate combien peut être luxuriante la végétation d’un atoll.
Les jardins artificiels des atolls, réalisés avec des moyens et dans un environnement on ne peut plus élémentaires, s’avèrent ainsi fournir un exemple surprenant, voire paradoxal, mais parfaitement logique, des capacités d’observation, d’adaptation et d’organisation de ces communautés, alors qu’elles sont exceptionnellement éclatées sur des poussières d’îlots répartis sur des milliers de kilomètres d’océan.
Références :{{}}
Barrau, 1961 ; Cathala, 1957 ; Chazine, 1977, 1990, 1993, 2003 ; Darwin, 1842 ; Di Piazza et Pearthree, 2002 ; Emory, 1975 ; Ottino, 1970 ; Pirazzoli et Montagioni, 1986 ; Ravault, 1978 ; Small, 1972 ; Weisler, 2001, 2002.
- Variation des formes et localisation des zones de fosses sur l’atoll de Takapoto.
Qanât, khettara et foggara
Nomenclature{{}}
Il s’agit d’un ensemble de techniques de captage des eaux souterraines au moyen de galeries drainantes. Cette technique est née en Iran, où elle porte le nom de qanât (ou quanat ou kanat). On la nomme fajjarah en Syrie, falj (ou aflaj) en Oman et en Arabie Saoudite, magara en Jordanie, foggara en Algérie, khettara au Maroc, kriga (ou ngoula) en Tunisie, taphet au Moyen-Orient. Des systèmes similaires sont appelés karez au Pakistan et au Baloutchistan, kehriz (ou kiariz) au Turkménistan. C’est une galerie drainante horizontale captant en amont l’eau d’une nappe aquifère et transportant l’eau en surface par gravité, en suivant un gradient de 1 % à 2 %. Sa longueur peut atteindre plusieurs dizaines de kilomètres.
Localisation géographique{{}}
Née en Iran, cette technique a diffusé en Asie centrale et jusqu’à la Chine ainsi que vers l’Arabie et le Maghreb. Les galeries drainantes sont ainsi présentes en Syrie, en Inde, au Pakistan, dans le désert du Néguev, en Jordanie, dans les pays de la péninsule arabique, en Tunisie, en Algérie, au Maroc et dans l’ouest de la Chine. Des structures très proches ont été observées sur les côtes péruviennes et au Mexique. L’un des systèmes les plus importants est celui du Haouz à Marrakech au Maroc, qui draine les piémonts du Haut-Atlas et s’étend sur près de 900 km. Les oueds impétueux descendent en crue de l’Atlas et découpent la plaine, près de Marrakech, en profondes ravines. Ce n’est toutefois pas la forme des terrains qui explique la multiplication des galeries, mais la nécessité d’approvisionner la ville toute l’année (Ruf, comm. pers.) et de couvrir les besoins de l’irrigation. Citons également, en Algérie, les quelque 500 foggara du Touat (Dubost et Moguedet, 1998) ainsi que ceux du Gourara (Bisson, 1957) et de Tidikelt.
Conduite technique{{}}
La première chose à faire est évidemment de savoir repérer les terrains aquifères où la nappe souterraine est accessible et surplombe les futures parcelles de culture. On commence par foncer au pic un puits principal en amont d’une pente, afin d’évaluer la profondeur de la nappe souterraine. Normalement un bon qanât draine les eaux d’une nappe profonde, et non celles de la nappe superficielle qui peuvent se tarir. Il peut aussi capter une rivière souterraine, ce qui est assez rare.
- Emplacement des foggara en Algérie et khettara au Maroc.
Le plus fréquemment, on creuse la galerie de l’aval, c’est-à-dire de son point de sortie vers l’amont, marqué par le puits mère, cela afin que l’écoulement de l’eau ne gêne pas le travail d’excavation. Sa pente est très douce et toujours inférieure à celle du sol en surface. À intervalle régulier, un puits vertical est percé pour ventiler la galerie, évacuer les déblais et faciliter ultérieurement l’entretien. La galerie est elle-même creusée par deux hommes qui marchent à la rencontre l’un de l’autre, entre deux puits, en se guidant au son. Ruf (2007) signale aussi l’ombre projetée du puisatier qui indique là où il doit poursuivre ses terrassements. Ils rejettent la terre extraite de ces puits autour de leurs ouvertures qu’ils soutiennent parfois de murets de pierres. L’intervalle entre deux regards varie en fonction de la qualité du sous-sol et de la topographie des lieux, mais il se situe la plupart du temps entre 5 m et 30 m. Dès que la galerie atteint la nappe aquifère localisée par le puits mère, elle devient drainante. À partir de ce moment, on la prolonge encore pour augmenter le débit de l’eau, jusqu’à ce qu’il atteigne le niveau désiré ou bien jusqu’à ce qu’il devienne trop fort pour poursuivre les travaux. Il arrive parfois que l’on pénètre directement dans la nappe d’eau, ce qui met définitivement fin aux travaux. Comme on le voit, la profondeur de la nappe doit être au préalable évaluée avec justesse de façon à creuser le puits mère à l’endroit adéquat. De plus, dès que la galerie devient drainante, il est souvent nécessaire de la renforcer si le sol n’est pas assez solide. On y ajoute finalement quelques tunnels de captage supplémentaires qui acheminent l’eau vers la galerie drainante principale.
- Coupe d’une galerie drainante (d’après Munier, 1973).
Travaux d’entretien de la khettara Lahloua (Jorf-Mankara, Tafilalet, Maroc). Lahssan Lamrani, président de l’association de lutte contre la désertification de Jorf, entouré des paysans qui descendent dans la galerie par les puits de visite et en extraient la terre qui entrave l’écoulement des eaux de la khettara.
- Galerie en cours de réhabilitation dans la khettara La Brikia (Jorf-El Haen, Tafilalet, Maroc).
Un filet d’eau s’écoule en permanence et rejaillit en contrebas où, à sa sortie à l’air libre, il est fragmenté par une structure en forme de peigne puis dirigé par de petits canaux (seguia) vers les parcelles de culture ou vers un réservoir intermédiaire. La construction de ces systèmes est à la fois longue, pénible et dangereuse. Lorsque la nappe souterraine est profonde, le puits de tête peut être creusé à une grande profondeur, avoisinant 50 m ou plus, la galerie principale court souvent sur plusieurs kilomètres et les regards sont parfois rapprochés sur les pentes trop raides. On y a employé bien des enfants en raison de leur petite taille qui leur permet de se faufiler dans les galeries et les regards, minimisant les risques d’effondrement mais, malheureusement, ne les excluant pas. On y a aussi assigné des esclaves, des prisonniers et des paysans très pauvres. La construction des galeries drainantes réclame une très grande technicité si bien que leur réalisation a été rapidement entreprise par des corporations d’ingénieurs et de techniciens spécialisés (appelées khatatiriya au Maroc). Mais une fois installé et à condition d’être parfaitement entretenu, le système fonctionne à merveille et assure un service pendant des décennies.
Histoire et société{{}}
La technique des qanât est d’origine perse où elle a été inventée il y a plus de 5.000 ans. Elle a diffusé dans les pays voisins de l’Iran, ainsi qu’en Inde et en Andalousie avant d’atteindre les pays du Maghreb. Certains estiment que ce sont les Juifs qui ont installé ces aménagements grandioses dans le Sahara occidental, il y a près de 2 000 ans (Oliel, 1994) ; mais ce sont les musulmans qui les ont développés à partir du xe siècle. La ville de Marrakech, au Maroc, doit sa prospérité ancienne au vaste réseau de khettara aménagé dans le Haouz par les Almoravides au tout début du xie siècle. Un nommé Abdallah ben Yunus, fuyant l’Andalousie en pleine reconquête, implante ce système pour capter directement les eaux de l’Atlas et les redistribuer directement en ville. On retrouve ces systèmes de galerie drainante jusqu’au Soudan.
- Puits de visite de la khettara Lahloua (Jorf-Mankara, Tafilalet, Maroc).
Les galeries drainantes ont fait partie des nombreuses structures liées à l’eau dans les zones arides qui ont soutenu des civilisations anciennes. Aujourd’hui, on ne construit plus de qanât, khettara, foggara ou systèmes apparentés et ces derniers sont progressivement remplacés par des forages mécaniques, beaucoup plus performants et beaucoup moins dangereux. Autrefois, ces galeries drainantes s’inscrivaient dans des environnements sociaux très inégalitaires et appartenaient aux classes sociales supérieures. Aujourd’hui, les forages modernes sont plutôt entrepris par ceux qui n’avaient pas, ou difficilement, accès à l’eau. La plupart des anciennes galeries qui ont été correctement entretenues sont encore en activité. Ainsi, dans certaines régions d’Iran les qanât fournissent plus de la moitié de l’eau utilisée. Dans le Mahgreb, elles restent souvent isolées à certains territoires au milieu d’une population majoritairement agropastorale. Parfois, comme dans le Sud algérien, elles soutiennent encore une grande partie de l’agriculture locale, au prix d’une gestion communautaire complexe, bien souvent inégalitaire. D’une façon générale et bien que de nombreux projets de développement agricole tentent de les réhabiliter, ces structures adaptées à une organisation sociale et politique traditionnelle, tournée vers l’autosubsistance, ont du mal à trouver leur place dans un nouvel environnement marqué par une très forte démographie et tourné vers l’économie de marché (Dubost et Moguedet, 1998). Une fois encore, le patrimoine architectural représenté par les qanât, les foggara et autres galeries drainantes risque fort d’être conservé et valorisé dans le cadre d’aménagements touristiques bien que le principal bénéficiaire dans le monde demeure l’agriculture avec des palmeraies qui restent attractives économiquement.
Références :{{}}
Balland, 1992 ; Bellil, 1999 ; Bisson, 1957 ; Dubost et Moguedet, 1998 ; English, 1968 ; Goblot, 1979 ; Hamidé, 1990 ; Kobori, 1964 ; Landry, 1990 ; Oliel, 1994 ; Pérennès, 1993 ; Roose, 2002 ; Ruf, 2007 ; Safadi, 1990.
- La khettara Lambarkia (Jorf-Mankara, Tafilalet, Maroc) est dégagée après les crues de l’automne 2006 qui s’étaient déversées à l’intérieur de la galerie, provoquant des effondrements de la voûte sur plusieurs centaines de mètres.
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La foggara en Algérie : un patrimoine hydraulique mondial - The foggara in Algeria : A hydraulic world heritage - Auteurs : Boualem Remini, Bachir Achour et Rabah Kechad – Etude diffusée par ‘erudit.org/fr’ – 2009 – Les figures, tableau, images et illustrations sont consultables via ‘Voir la liste des figures’
Boualem Remini Département des Sciences de l’Eau et de l’Environnement, Faculté des Sciences de l’Ingénieur, Université Saad Dahlab, Blida, BP 270, Route de Soumaa, 9000 Blida, Algérie Chercheur au Laboratoire Larhyss de l’Université de Biskra reminib@yahoo.fr
Bachir Achour Département d’Hydraulique, Université de Biskra, Algérie Chercheur au Laboratoire Larhyss, Université de Biskra, Algérie
Rabah Kechad Université Saad Dahlab, Blida, Algérie
Reçu le 16 mars 2009, accepté le 1er juillet 2009 - Diffusion numérique : 7 juin 2010
URI : https://id.erudit.org/iderudit/039903ar- DOI : https://doi.org/10.7202/039903ar
Un article de la Revue des sciences de l’eau / Journal of Water Science - Volume 23, numéro 2, 2010, p. 105–117 - Tous droits réservés © Revue des sciences de l’eau, 2010
Localisée dans les régions arides, la foggara en Algérie, le qanat en Iran, la khettara au Maroc et le falj au sultanat d’Oman constituent des procédés d’acquisition et de distribution d’eau, basé sur des galeries horizontales drainantes. Cependant, ces techniques traditionnelles, si elles présentent des similitudes au niveau du système de captage (galeries et puits), montrent des différences au niveau de la source de captage et de la technique de partage de l’eau.
À travers cette étude, basée sur des sorties de prospection dans cinq oasis du Sahara algérien et des enquêtes menées au niveau des oasiens, on a pu recenser sept types de foggaras. Il s’agit de foggaras qui captent les eaux de la nappe phréatique au pied d’un djebel ou de la nappe du Continental Intercalaire, d’une source de la nappe du Grand Erg Occidental, de drainage et des infiltrations, et enfin, uniquement les eaux de crues (foggara de Mzab) ou drainent les eaux des oueds.
Abstract - Located in arid regions, the foggara in Algeria, the Qanat in Iran, Khettara in Morocco and Falj in Oman, are a system used for the acquisition and distribution of water, based on horizontal drainage galleries. However, although there are similarities in their collection system (galleries and shafts), these traditional techniques show differences in their water source and in the technique of water sharing. Through this study, based on prospecting trips in five oases of the Algerian Sahara and investigations at the oases, we could identify seven types of foggara, namely : those that receive water from the water table at the foot of a mountain range ; those that drain the waters of the intermittent streams ; which receive waters from the “Continental Intercalaire” aquifer ; which receive water from a spring ; which receive the waters from the Occidental Great Erg aquifer ; which capture drainage and infiltration ; and finally those that capture only flood waters (foggara of Mzab).
Corps de l’article{{}}
1. Introduction{{}}
Le système des galeries drainantes est connu dans le monde sous plusieurs appellations. Il s’agit de la foggara en Algérie, de la qanat en Iran, du falj au sultanat d’Oman, du kariz en Afghanistan et au Pakistan, de la khettara au Maroc, de la qanat romani en Jordanie et en Syrie, du kanerjing en Chine et de la kriga en Tunisie.
Ce sont là des noms pour désigner le même principe de fonctionnement, basé sur les galeries drainantes. Elles sont réparties dans plus de 30 pays à travers le monde (BOUSTANI, 2008). C’est la qanat qui constitue la plus ancienne technique ; elle a été réalisée depuis plus de 3 000 ans et c’est le nord-ouest du plateau iranien qui est considéré comme le foyer d’origine de ces galeries (CRISTINI et LANGLAIS, 2004 ; GOBLOT, 1979 ; WESSELS, 2005). Plus de 50 000 qanats étaient en exploitation en Iran (GHORBANI, 2007). Aujourd’hui, il ne reste que 22 000 qanats fonctionnelles, dont la longueur totale des drains avoisine les 250 000 km (WULF, 1968). La plus longue qanat a une galerie d’une longueur de 50 km et se trouve dans la région de Kerman. Le falj se localise dans la partie nord du sultanat d’Oman. Les aflajs ont été développées il y a plus de 2 000 ans (zaher bin khalid et al., 2007). Actuellement, il ne reste que 3 017 faljs fonctionnels sur un total de 4 112, qui drainent un débit de 680 millions de m3•an-1 pour une longueur de 2 900 km (AL GHARFI et al., 2000). Contrairement aux qanats qui puisent l’eau des nappes souterraines, il existe trois types de faljs :
- Le falj Ghaili qui capte les eaux des oueds. Il représente 49 % des aflajs d’Oman.
- Le falj Aini qui capte les sources naturelles pérennes. Il représente 28 % du total des aflajs.
- Le falj Daoudi qui puise l’eau des nappes phréatiques au pied des montagnes. Il représente 21 % du total des aflajs.
Dans le Tafilalet au sud du Maroc, les khettaras étaient au nombre de 300 au début du XXe siècle, pour environ 450 km de galeries. Elles se concentrent sur la rive droite de l’oued Ghriss et au nord-est du Tafilalet. En l’an 2000, il ne restait que 150 khettaras fonctionnelles (BEN BRAHIM, 2003).
Il est très difficile de situer avec précision le point de départ de la foggara. Connue sous le nom de qanat en Iran, khettara au Maroc (PNUD, 1986), ngoula ou kriga en Tunisie et sahridj au Yémen, la foggara est une technique de captage des eaux qui a pris naissance en Iran selon GOBLOT (PNUD, 1986). La qanat, qui alimentait Ibril en Perse, a été construite à la fin du VIIe siècle avant J.-C., ce qui atteste des origines très lointaines de ce type de captage. Dans le Sahara algérien, les foggaras auraient été introduites au XIe et XIIe siècles par El Malik El Mansour, qui aurait creusé la première foggara à Tamantit (à 15 km d’Adrar) (HASSANI, 1988). Ensuite, les foggaras ont été développées dans le Touat et le Gourara par des tribus arabo-berbères du sud marocain (Mrabtine, Chorfa) sur la base de l’esclavage de la main-d’oeuvre noire (Harratine) locale ou provenant des régions voisines du Mali, du Niger et du Soudan (ARRUS, 1985).
La plus grande foggara de la région de Timimoun est celle d’El Meghier (à 200 km d’Adrar). Elle a été forée à une époque qu’on ne peut préciser et aurait été développée par le Marabot Sid Othmane et son fils, qui vivaient au IXe siècle de l’hégire (REMINI et ACHOUR, 2008).
Que ce soit la qanat, la khettara, le falj ou la foggara, toutes ces techniques ont le même principe de fonctionnement ; il s’agit de captage des eaux à l’aide des galeries drainantes munies de puits d’aération. Cependant, la source d’eau captée diffère d’un procédé à l’autre. La qanat et la khettara captent les eaux de la nappe phréatique au pied des montagnes, une partie du falj capte les eaux de source et une autre partie du falj capte les eaux des oueds. En Algérie, lorsqu’on parle de la foggara, on parle automatiquement des foggaras du Touat, du Gourara et de Tidikelt, qui captent les eaux de la nappe albienne. Plusieurs auteurs, notamment KOBORI (1982) et GAILLERMOU (1993), ont beaucoup cité ce type de foggaras dans leurs études et travaux. C’est dans le but de mettre en évidence les différents types de foggaras qui ont participé à donner la vie aux oasis du Sahara algérien que cette étude a été menée.
2. Définitions{{}}
La foggara signifie, en arabe, Fakara (creuser). Certains auteurs croient que cette expression provient du terme arabe El Fokr (la pauvreté). Celui qui creuse une foggara se trouverait en effet dans l’obligation d’y investir tellement, qu’il finirait par tomber dans le besoin avant d’en bénéficier. Par contre, d’autres auteurs croient que le mot foggara est relatif à Fakra, la vertèbre en arabe (KOBORI, 1982).
La foggara est une galerie souterraine légèrement inclinée, qui draine l’eau de l’aquifère en amont vers les terrains les plus secs situés en aval, en direction de la palmeraie. Ce procédé utilise un système de galeries en pente douce d’une longueur pouvant atteindre les 20 km, équipées d’une série de puits d’aération espacés de 5 à 22 m, dont la profondeur peut atteindre 20 m (Figure 1). La distance minimale entre les foggaras est de 80 m (CHEYLAN, 1990).
Figure 1 : Alignement des puits d’une foggara à Timimoun (REMINI, 2007). Alignment of wells of a foggara in Timimoun (REMINI, 2007). Voir la liste des figures
La foggara est une technique liée à un système social de travail collectif, mené par un comité de sages, appelé Djemaa, dont le rôle est de diriger et de surveiller l’entretien de la foggara et la répartition de son eau.
3. Méthodes et enquêtes{{}}
Cette étude a été basée sur des sorties sur le terrain et des enquêtes effectuées auprès des oasiens et des propriétaires de foggaras. Plus d’une vingtaine de sorties de prospection ont été effectuées durant la période 2006 à 2008, dans les oasis situés à la périphérie du Grand Erg Occidental. Des foggaras vivantes et abandonnées de 20 oasis ont été prospectées. Il s’agit des oasis de Moghrar (Naama), Boussemghoune (El Bayadh), Timimoun, Adrar, Beni Abbes (Bechar), Tabalbala (Bechar), Lahmar (Bechar), Taghit (Bechar), Wakda (Bechar), Beni Ounif (Bechar), Ouled Said (Timimoun), Kali (Timimoun), Ghardaia (Figure 2).
Figure 2 - Situation des foggaras étudiées. Location of the studied foggaras.
4. Résultats et discussions{{}}
Plusieurs auteurs définissent la foggara du Sahara algérien comme étant une galerie souterraine captant les eaux de la nappe du Continental Intercalaire, mais suite à plusieurs sorties sur le terrain dans diverses régions, nous avons pu recenser sept types de foggaras (voir Figure 2).
4.1 La foggara de l’Albien{{}}
La foggara de l’Albien, appelée « foggara classique », est la plus connue et la plus décrite par les auteurs. Ce type de foggara se localise dans le sud-ouest du Grand Erg Occidental, dans les régions du Touat, de Gourara et de Tidikelt, où le plateau de Tadmait constitue un véritable château d’eau. En effet, la nappe albienne profonde est rapprochée de la surface dans la périphérie du plateau grâce au creusement des galeries souterraines de la foggara ; ces galeries pénètrent dans la partie supérieure de la nappe de grès du Continental Intercalaire à la périphérie du plateau de Tadmait. Ces galeries assurent un écoulement par gravité vers les dépressions basses où se localisent les palmeraies et les jardins. On dénombre dans les régions du Touat, de Gourara et du Tidikelt, environ 820 foggaras en service actuellement, dont le débit avoisine 2,8 m3•s-1, et une longueur totale de 2 000 km. Les oasis du Touat comptent 531 foggaras, dont 358 en activité (DUBOST et MOGUEDET, 1998). Les superficies irriguées par cette technique varient entre 7 000 ha et 3 000 ha, dont la production agricole est très variée : dattes, céréales, légumineuses, cultures maraîchers et fruitiers (KESSAH, 1998). Pour ce type de foggara, l’écoulement est continu toute l’année. Il y a interruption de l’écoulement dans le cas d’un effondrement d’une partie de la galerie ou d’un rabattement rapide, provoqué par l’installation d’un forage près de la foggara.
4.2 La foggara de l’Erg{{}}
La foggara de l’Erg capte les eaux de la nappe qui se forment au-dessous du Grand Erg Occidental, grâce à l’eau qui s’écoule lentement sous l’Erg, dans les anciens cours d’eau en provenance de l’Atlas saharien. Contrairement à la foggara de l’Albien, le débit de la foggara de l’Erg demeure stationnaire durant toute l’année ; son eau est moins salée et de bonne qualité. Ce type de foggara se localise dans les oasis de Ouled Said (Timimoun). Actuellement, il existe une centaine de foggaras de ce type, dont moins de 80 sont fonctionnelles. Il est très difficile de connaître la longueur exacte de ce type de foggara ; les galeries et les puits sont perdus sous les dunes du Grand Erg Occidental. Même les vieux oasiens n’arrivent pas à localiser le puits mère et même une partie de la galerie. À titre d’exemple, nous avons suivi la seguia principale des foggaras d’Ifli Nbara et Outakou (de débit respectivement égaux à 0,8 L•s-1 et 0,3 L•s-1) en partant de la kasria principale jusqu’à l’Erg et nous n’avons pas pu trouver l’origine de ces foggaras. Ce type est fortement menacé par le phénomène d’ensablement (BELLIL, 2002).
La foggara de l’Erg a ses caractéristiques propres, à savoir :
- La longueur ainsi que le nombre de puits sont difficiles à identifier.
- Il est difficile de trouver le puits mère de la foggara, vue l’impossibilité d’accéder à l’Erg.
- Son eau est de bonne qualité.
- Son débit est stationnaire dans le temps.
- Les kasriates, les seguias et les puits sont couverts par des dalles rocheuses pour les protéger de l’ensablement (Figure 3).
- La galerie est en zigzag dans l’Erg afin de diminuer les pertes de vitesse de l’écoulement à l’arrivée de la kasria principale.
Figure 3 - Seguia (canal) de la foggara Outakou (Timimoun) couverte de roches plates (REMINI, 2008). Seguia (channel) of the Outakou (Timimoun) foggara covered with flat rocks (REMINI, 2008). Voir la liste des figures
4.3 La foggara de jardin{{}}
Ce type de foggara, qui n’avait pas encore été cité par la bibliographie technique, est une particularité du Sahara algérien. On a recensé sept foggaras de ce type dans la région de Timimoun, dont la longueur ne dépasse pas 1 km et les puits n’excèdent pas le nombre de 20. Il s’agit des foggaras d’Agalou (20 puits), Zahzaa (15 puits), Akraf, Ksar el Kadim1, Ksar el kadim2, Oukala (abandonnée) et Bouchouk (abandonnée).
C’est une petite foggara dont la longueur de la galerie ne dépasse pas les 1,5 km. Elle appartient à une seule famille localisée en aval d’une ou de plusieurs grandes foggaras albiennes (ou classiques) pour capter les eaux de drainage, d’infiltration et d’irrigation en provenance des eaux d’irrigation de la palmeraie et des jardins. Même les eaux d’infiltration en provenance des seguias (Figure 4) et des madjens de la foggara classique sont récupérées par cette foggara. Ceci montre qu’il n’y a pas de pertes d’eau, toute la ressource est utilisée.
Figure 4 Seguia d’une foggara classique dans une palmeraie de Timimoun (REMINI, 2007). Seguia of a classic foggara in a palm grove in Timimoun (REMINI, 2007). Voir la liste des figures
Quant à la distribution et au partage de l’eau issue de ce type de foggara, il est simple et ne demande aucune mesure ou calcul. La foggara n’est même pas équipée d’une kasria (peigne), l’eau en provenance de la galerie passant directement dans le réservoir (le madjen). Une telle foggara est équipée d’une petite kasria, un orifice qui se bouche avec un caillou recouvert d’un tissu et d’argile pour minimiser les fuites (une sorte de vanne). Pour réussir une bonne opération d’irrigation, on obture l’orifice par le caillou jusqu’au remplissage des madjens dans un délai acceptable.
4.4 La foggara de source ou foggara d’Al Ain (source en Arabe){{}}
À la différence de la foggara classique, la foggara d’El Ain capte les eaux de source naturelle. On a recensé 15 foggaras appelées les Aayounes (pluriel de « Ain »), qui sont réparties entre les oasis de Moghrar (Naama), Beni Abbes (Bechar), Adrar, Beni Ounif (Bechar) et Boussemghoune.
Les oasis d’Adrar sont connues par leurs foggaras de type albien, à l’exception de la foggara de Hennou, qui est une foggara de source qui n’est pas alimentée par la nappe du Continental Intercalaire comme les autres foggaras de l’oasis d’Adrar, mais par une source d’eau naturelle et pérenne (OLEIL, 1994). La foggara de Hennou demeure une particularité de la région.
La découverte de la grande source d’eau naturelle dans l’oasis de Beni Abbes a été un événement pour les oasiens, qui l’ont reliée à leurs jardins par une galerie. Malheureusement, cette foggara, qui a participé au développement des palmeraies de Beni Abbes, se trouve aujourd’hui abandonnée.
Les palmeraies et les jardins de l’oasis de Boussemghoune dans la wilaya d’El Bayadh sont irrigués par neuf foggaras de source dont les eaux coulent toujours, mais les débits ont fortement diminué par rapport aux années quatre-vingt-dix. La source d’eau est desservie par une galerie souterraine qui permet à l’eau d’atteindre le jardin ou le ksar par gravité. Aujourd’hui, pour ce type de foggara, il existe un seul madjen collectif, contrairement aux foggaras classiques de type albien où chaque propriétaire possède son petit madjen (Figure 5).
Figure 5 Un Madjen (un bassin de stockage) dans une palmeraie de Timimoun (REMINI, 2008). A Madjen (water tank) in a palm grove in Timimoun (REMINI, 2008). Voir la liste des figures
Ce type de foggara ressemble à celui du falj Aini du sultanat d’Oman qui draine lui aussi les eaux de source ; c’est pour cette raison qu’il porte le nom Aini (source). L’oasis de Beni Ounif possède deux foggaras de sources qui sont fonctionnelles.
Dans l’oasis de Moghrar, qui possède deux foggaras, la foggara El Foukania (que nous avons visitée), est constituée d’une source d’eau (Ain) représentant le puits de captage et une galerie souterraine d’une centaine de mètres, légèrement inclinée. Elle déverse en permanence dans le madjen collectif situé dans la palmeraie, avant d’atteindre le réseau des seguias qui distribue l’eau dans les jardins.
4.5 La foggara de la montagne (nappe phréatique){{}}
Ce type de foggara n’est plus en service dans le Sahara algérien. Les quelques foggaras qu’on a recensées se localisent dans la région de Bechar. La foggara de Djebel capte son eau à partir d’une nappe phréatique qui se recharge à partir des eaux de ruissellement en provenance des montagnes périphériques (Figure 6). Ce type de foggara a beaucoup de similitude avec la khettara marocaine, la qanat iranienne et le kariz d’Afghanistan. La caractéristique principale de la foggara d’Al Ain est la variation de son débit durant l’année. En effet, c’est durant la période des pluies que le débit enregistre les valeurs les plus élevées, à cause de la recharge de la nappe phréatique. L’assèchement des foggaras s’effectue en périodes chaudes.
Figure 6 Schéma synoptique de la foggara de la montagne. Diagram of a mountain foggara. Voir la liste des figures
Suite aux différentes périodes de sécheresses depuis plusieurs années et faute d’entretien, les trois foggaras de montagne qu’on a recensées dans l’oasis de Taghit se trouvent actuellement abandonnées. Ce type de foggara se localise au pied de Djebel Marhoma à Beni Abbes. Elle est caractérisée par une longueur de la galerie qui ne dépasse pas les 1 000 m. Elle est large par rapport aux foggaras de l’Albien.
4.6 La foggara des oueds{{}}
Ce type de foggara capte les eaux des oueds, comme le falj du sultanat d’Oman. La longueur de cette foggara, creusée dans les sables grossiers des alluvions de l’oued, peut atteindre 1 500 m. C’est une foggara temporaire qui fonctionne en période humide en captant les eaux de la nappe d’inféroflux. Pour ce type de foggaras, le puits mère ainsi que les puits d’aération se trouvent dans le lit de l’oued, où les types de sols rencontrés sont généralement argilo-limoneux et parfois caillouteux (Figure 7). Elles sont vulnérables aux crues et à l’ensablement, les puits d’aération étant recouverts par les alluvions de l’oued lors des crues.
Figure 7 Schéma synoptique de la foggara des oueds. Diagram of a foggara linked to an intermittent stream. Voir la liste des figures
Aucune foggara de ce type ne fonctionne actuellement, elles sont abandonnées suite à leur effondrement et à l’assèchement des oueds. Ce type de foggara se localise dans les régions de Becher et Tamanrasset, dans les oasis de Lahmar.
4.7 La foggara des crues{{}}
C’est une foggara particulière, unique en Algérie et localisée dans la vallée de Mzab dans l’oasis de Ghardaïa. Cette foggara est destinée à récupérer les eaux de crues ; une fois collectée au niveau de la retenue appelée bouchene, l’eau est canalisée par quatre galeries d’une longueur d’environ 200 m, qui sont équipées d’une dizaine de puits d’aération (Figure 8). L’eau se dirige directement dans les seguias qui alimentent les jardins, puis le surplus de la crue est récupéré en aval dans une retenue appelée ahbass pour réalimenter la nappe (Figure 9).
Figure 8 Schéma synoptique de la foggara des crues. Diagram of a flood foggara. Voir la liste des figures
Figure 9 Ouvrage de partage des eaux de crues de la foggara de Mzab (REMINI, 2007). Sharing waters of the flood foggara at Mzab (REMINI, 2007). Voir la liste des figures
5. Le partage et la distribution de l’eau d’une foggara{{}}
Une fois l’eau arrivée au niveau des jardins, son partage s’effectue selon deux méthodes : volumique et horaire.
5.1 La méthode volumique{{}}
Ce type de partage est le plus répandu en Algérie. Dans toutes les oasis à foggaras albiennes, le partage de l’eau s’effectue par la méthode volumique. Chaque copropriétaire est destinataire d’un volume d’eau déterminé en fonction de sa contribution à l’entretien et à la maintenance de la foggara. Cette répartition est assurée par les kasriates (pluriel d’une kasria). Le réseau de distribution est équipé d’un nombre de kasriates qui est proportionnel au nombre d’abonnés. Les kasriates sont disposées en forme de pyramide. À partir de la kasria lakbira (principale) (Figure 10), une sorte de bassin triangulaire muni d’un partiteur (peigne) reçoit la totalité de l’eau de la foggara et répartit le débit en trois, quatre et même cinq rigoles (seguias). À partir de la kasria principale, les seguias vont en éventail dans tous les sens. Au bout de ses seguias, d’autres kasriates secondaires répartissent l’eau puis d’autres prennent naissance et ainsi de suite jusqu’aux guemouns (les jardins) (Figure 11).
Figure 10 Kasria principale (partiteur) de la foggara Ouzziane (REMINI, 2008). Main Kasria (dispatcher) of the Ouzziane foggara (REMINI, 2008). Voir la liste des figures
Figure 11 Kasria tertiaire de la foggara Lasalma à Timimoun (REMINI, 2008). Tertiary Kasria of the Lasalma foggara in Timimoun (REMINI, 2008). Voir la liste des figures
5.2 La méthode horaire{{}}
Cette méthode de partage de l’eau, caractéristique des foggaras des sources, des montagnes et des oueds, est basée sur l’unité de temps. Le partage de l’eau s’effectue par le procédé horaire appelé nouba, c’est-à-dire tour à tour. Il est défini comme la durée de temps suffisante pour irriguer complètement le jardin. Le partage des eaux des khettaras de Tafilalet (Maroc) et des qanats (Iran) s’effectue selon le mode de la nouba. En Algérie, le partage de l’eau par unité de temps s’effectue actuellement pour les eaux des deux foggaras de Moghrar (Naama) ; il fonctionne de la même façon que celui des khettaras marocaines. La répartition de l’eau entre les copropriétaires se déroule tour à tour.
Dans la région d’Adrar, le partage des eaux de la foggara de Hanou, qui est une foggara horaire, s’effectue au tour à tour. Il n’y a pas de kasriates comme dans les autres foggaras avoisinantes. Des seguias relativement importantes partent directement d’un grand madjen (réservoir). La foggara est obstruée une à deux fois par jour pour permettre de reconstituer le niveau requis, puis l’eau est libérée pour un temps donné, proportionnel à la contribution financière versée par le bénéficiaire (OLEIL, 1994).
6. Répartition des foggaras dans le Sahara algérien{{}}
Aujourd’hui, personne n’est en mesure de déterminer le nombre exact de foggaras fonctionnelles en Algérie. Cependant, pour cette première étude de prospection sur le terrain, nous avons pu estimer leur effectif à environ 930 ; elles sont classées selon sept types qui se localisent autour du Grand Erg Occidental (Figure 12, Tableau 1). Ce chiffre reste approximatif pour des raisons techniques ; des foggaras sont abandonnées chaque année, d’autres réhabilitées, soit par des agriculteurs, soit par les services locaux. Pour les foggaras de l’Erg, il est impossible de donner un chiffre exact, puisque plusieurs foggaras sont sous le sable du Grand Erg Occidental. Nous avons trouvé des traces des foggaras dans certaines régions, mais il était difficile d’estimer leur nombre.
Figure 12 Répartition des foggaras algériennes. Distribution of Algerian foggaras. Voir la liste des figures
Tableau 1 Caractéristiques des foggaras du Sahara. Characteristics of the Saharan foggaras. Voir la liste des tableaux
7. Conclusion :{{}}
La technique de captage et de distribution de l’eau connue par les galeries drainantes sous différentes appellations (kariz, qanat et khettara) est pratiquée dans plusieurs pays arides et semi-arides depuis plusieurs siècles. {{}}
Cependant, malgré le point commun qui est la galerie horizontale, cette technique présente des différences en ce qui a trait à la nature de l’eau captée et du mode de partage des eaux entre les copropriétaires selon les pays. Dans le Sahara algérien, notre étude révèle l’existence de sept types de foggaras. Si les foggaras des sources, des montagnes et des oueds ressemblent bien aux aflajs du sultanat d’Oman, à la khettara du Maroc et aux qanats iraniennes, les foggaras de l’Albien, de jardin, de l’Erg et des crues sont cependant des techniques propres aux oasis du Sahara algérien.
Localement, si la foggara de l’Albien est le procédé le plus répandu, avec un effectif de 890 foggaras fonctionnelles sur les 1 400 inventoriées, la foggara des crues est unique au monde avec toutes ses particularités, notamment les modes de fonctionnement et la distribution de l’eau. La foggara de jardin est un modèle de la gestion rationnelle de l’eau dans une région aride. Au nombre de six, les foggaras de jardin creusées en aval des grandes foggaras de l’Albien dans quelques oasis de Timimoun captent uniquement les eaux d’infiltration et de drainage des eaux d’irrigation en provenance des jardins en amont.
Seuls quelques vieux oasiens de la région de Timimoun connaissent le secret de la naissance de la foggara de l’Erg, au milieu des immenses dunes de sables du Grand Erg Occidental.
Si aujourd’hui l’eau coule dans ces foggaras, c’est grâce à l’ingéniosité des oasiens ; malgré leurs moyens rudimentaires, ils ont su capter les eaux cachées au-dessous du Grand Erg Occidental, issues d’une nappe qui n’a toujours pas été quantifiée.
Parties annexes - Références bibliographiques{{}}
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Liste des figures :{{}}
Figure 1
Alignement des puits d’une foggara à Timimoun (REMINI, 2007).{{}}
Alignment of wells of a foggara in Timimoun (REMINI, 2007).{{}}
Figure 2
Situation des foggaras étudiées.{{}}
Location of the studied foggaras.{{}}
Figure 3
Seguia (canal) de la foggara Outakou (Timimoun) couverte de roches plates (REMINI, 2008).{{}}
Seguia (channel) of the Outakou (Timimoun) foggara covered with flat rocks (REMINI, 2008).{{}}
Figure 4
Seguia d’une foggara classique dans une palmeraie de Timimoun (REMINI, 2007).{{}}
Seguia of a classic foggara in a palm grove in Timimoun (REMINI, 2007).{{}}
Figure 5
Un Madjen (un bassin de stockage) dans une palmeraie de Timimoun (REMINI, 2008).{{}}
A Madjen (water tank) in a palm grove in Timimoun (REMINI, 2008).{{}}
Figure 6
Schéma synoptique de la foggara de la montagne.{{}}
Diagram of a mountain foggara.{{}}
Figure 7
Schéma synoptique de la foggara des oueds.{{}}
Diagram of a foggara linked to an intermittent stream.{{}}
Figure 8
Schéma synoptique de la foggara des crues.{{}}
Diagram of a flood foggara.{{}}
Figure 9
Ouvrage de partage des eaux de crues de la foggara de Mzab (REMINI, 2007).{{}}
Sharing waters of the flood foggara at Mzab (REMINI, 2007).{{}}
Figure 10
Kasria principale (partiteur) de la foggara Ouzziane (REMINI, 2008).{{}}
Main Kasria (dispatcher) of the Ouzziane foggara (REMINI, 2008).{{}}
Figure 11
Kasria tertiaire de la foggara Lasalma à Timimoun (REMINI, 2008).{{}}
Tertiary Kasria of the Lasalma foggara in Timimoun (REMINI, 2008).{{}}
Figure 12
Répartition des foggaras algériennes.{{}}
Distribution of Algerian foggaras.{{}}
Répartition des foggaras algériennes.
Liste des tableaux{{}}
Tableau 1
Caractéristiques des foggaras du Sahara.{{}}
Characteristics of the Saharan foggaras.{{}}
Autre article de cette revue : https://www.erudit.org/en/journals/...
Source : https://www.erudit.org/fr/revues/rseau/2010-v23-n2-rseau3868/039903ar/
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[Addenda - Vidéo publiée en décembre 2024 – Yasmina Belhadj, agricultrice et propriétaire de la ferme biologique El Ferdous السيدة ياسمين بلحاج صاحبة مزرعة الفردوس à Talmen (طلمين), dans la wilaya de Timimoun.
La Ferme du Paradis / Yasmina Belhadj مزرعة الفردوس / ياسمينة بلحاج - De Paris à Timimoun, Mme Belhadj Yasmina, agricultrice depuis vingt ans, fait vivre sa passion et son savoir-faire. Elle a choisi de suivre son cœur et sa vocation : s’installer à Timimoun pour se consacrer pleinement à l’agriculture, cultivant fruits et légumes même en plein désert. Nboujiw s’est rendu à Timimoun, au cœur des palmeraies et des terres rouges du Sahara, pour aller à sa rencontre et découvrir son travail. À travers son travail, Mme Yasmina démontre que la persévérance et le soin porté à la terre transforment les défis en réussites. La particularité de l’exploitation est la production de légumes habituellement cultivés dans les régions du nord de l’Algérie, après adaptation aux conditions climatiques du Sahara.
NB. L’eau provient d’un forage avec pompage électrique, et non pas du système de foggara ! JH
Sources : https://www.facebook.com/watch/?v=1820093425291272
https://www.youtube.com/watch?v=3fqeeZZaT18
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Critère |
Systèmes de type khettara/ngoula en Tunisie |
Foggara en Algérie |
| Milieu{{}} | Régions arides, notamment oasis du Sud{{}} | Sahara, particulièrement Touat, Gourara, Tidikelt{{}} |
| Principe{{}} | Galerie souterraine drainante{{}} | Galerie souterraine drainante{{}} |
| Origine de l’eau{{}} | Eau souterraine / nappe{{}} | Eau souterraine / aquifère{{}} |
| Transport{{}} | Gravitaire{{}} | Gravitaire{{}} |
| Puits verticaux{{}} | Oui{{}} | Oui{{}} |
| Canaux de surface{{}} | Oui, selon les systèmes{{}} | Oui, notamment les seguias |
| Répartition de l’eau{{}} | Organisation communautaire variable{{}} | Système très élaboré avec kasria et mesureurs d’eau |
| Fonction principale{{}} | Alimentation des oasis et irrigation{{}} | Irrigation des palmeraies et agriculture oasienne{{}} |
| Enjeu actuel{{}} | Préservation des systèmes traditionnels et de la ressource{{}} | Dégradation, baisse des débits et concurrence du pompage moderne{{}} |
| Patrimoine{{}} | Savoir-faire hydraulique traditionnel{{}} | Patrimoine matériel et immatériel reconnu par l’UNESCO{{}} |
La comparaison permet de retenir trois idées essentielles :{{}}
- Techniquement, les deux systèmes reposent sur le même principe : galerie drainante + puits + écoulement gravitaire.
- Socialement, la foggara algérienne possède une organisation particulièrement élaborée autour de la mesure et du partage de l’eau.
- Environnementalement, ces systèmes constituent une forme de gestion sobre de l’eau, mais leur maintien dépend aujourd’hui de la protection des nappes et de la transmission des savoir-faire traditionnels.
Les chercheurs soulignent d’ailleurs que, malgré leurs ressemblances techniques, les différents systèmes de galeries drainantes ne captent pas toujours exactement la même ressource et ne possèdent pas les mêmes mécanismes de distribution. C’est une technologie adaptée au climat aride et les deux systèmes répondent au même problème : obtenir de l’eau dans des régions où les eaux de surface sont rares. Leur caractéristique la plus remarquable est l’utilisation de la gravité : il n’est pas nécessaire d’utiliser une pompe pour transporter l’eau. La galerie est conçue avec une pente très faible permettant à l’eau de se déplacer naturellement vers l’oasis. Le transport souterrain présente plusieurs avantages dans les régions chaudes : diminution des pertes par évaporation ; protection relative de l’eau ; transport sur de longues distances ; fonctionnement avec très peu d’énergie. De plus, l’organisation communautaire de la gestion de l’eau implique traditionnellement des règles précises concernant les droits d’utilisation, l’entretien et la distribution.
Il y a cependant des différences essentielles : {{}}
La fogarra algérienne présente toutefois une organisation particulièrement développée autour du partage de l’eau. Dans le Touat et le Tidikelt, la distribution est associée à des spécialistes appelés mesureurs d’eau ou aiguadiers. Leur rôle dépasse la simple maintenance technique : ils participent à la détermination des droits et des parts d’eau. La particularité algérienne est donc la combinaison : captage souterrain + transport gravitaire + répartition de l’eau + organisation sociale.
En Tunisie, les systèmes apparentés aux foggaras ont également participé à l’organisation des oasis, mais leur dénomination, leur implantation et leurs modalités de gestion sont plus diversifiées.
Ces systèmes sont aujourd’hui menacés et le problème majeur est la modernisation du pompage : les puits équipés de pompes permettent d’extraire rapidement de grandes quantités d’eau. Mais contrairement à une galerie gravitaire traditionnelle, le pompage peut provoquer une exploitation beaucoup plus intense de la nappe.
L’UNESCO souligne justement que, dans les régions des foggaras algériennes, l’urbanisation, la modernisation, les changements dans les systèmes de propriété et les nouvelles techniques d’extraction ont fragilisé les savoirs traditionnels. On retrouve donc un paradoxe : la technologie moderne facilite l’accès immédiat à l’eau, mais peut compromettre la durabilité de la ressource à long terme.
Conclusion : {{}}
Les systèmes de khettara/ngoula en Tunisie et de foggara en Algérie constituent deux expressions d’une même intelligence hydraulique ancienne.
Ils montrent comment les sociétés oasiennes ont réussi à transformer une ressource souterraine difficilement accessible en une eau disponible pour l’agriculture, sans dépendre de l’énergie mécanique. L’exemple algérien est particulièrement remarquable puisque les savoirs des mesureurs d’eau des foggaras ont été reconnus par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente.
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Les qanats d’Iran : l’ingénieux secret des Perses - Vidéo 12:20 - SLICE Peuples - 06 mars 2025 #Perses #Iran #documentaire
Sous le désert iranien, une eau millénaire s’écoule à travers les ’qanats’, des canaux souterrains creusés à la main il y a des milliers d’années. Un savoir-faire ingénieux qui a façonné la Perse antique et survit encore aujourd’hui, malgré les défis. Documentaire : IRAN : LES PLOMBIERS DU DESERT Réalisation : Philippe BARON, Negar ZOKA Production : POINT DU JOUR SLICE Peuples se penche sur des récits rares du monde entier, mettant en lumière des populations autochtones, des protecteurs de traditions, des paysages à couper le souffle et des modes de vie durables dans des territoires reculés. SLICE Peuples est une chaîne créée et gérée par le producteur et distributeur indépendant ZED. Depuis 30 ans, ZED produit et distribue des films documentaires premium, pour les plus grandes chaînes de télévision et plateformes du monde entier. #documentaire #documentairegratuit #ethnologie #nature #monde #voyage #doc #tribus #Iran #Qanat #Histoire #Ingénierie #Eau #Désert #Perses #Patrimoine #Survie #documentaire
SLICE Peuples
Source : https://www.youtube.com/watch?v=NnsBLplgRnA
Un est un destiné à la captation d’une nappe d’eau souterraine et à l’adduction d’eau vers l’extérieur. Il se compose d’un ensemble de puits verticaux (accès, aération) reliés à une galerie de drainage légèrement en pente, qui achemine l’eau vers des citernes ou une exsurgence. Pour les populations de régions arides ou semi-arides, un qanat constitue une source d’eau constante et régulière quelle que soit la saison. Il permet en particulier l’irrigation des cultures agricoles.
Alignement de puits de visite d’un qanat près d’Arfoud (Maroc).
La technique du qanat est probablement apparue en Perse vers le début du Ier millénaire avant notre ère, avant de se diffuser lentement vers l’est et l’ouest. On trouve ainsi de nombreux qanats en Afrique du Nord (Maroc, Algérie, Libye), au Moyen-Orient (Iran), et plus à l’est en Asie centrale, depuis l’Afghanistan et l’Inde jusqu’à la Chine (Turkestan chinois). Historiquement, la majorité des populations d’Iran et d’autres régions arides d’Asie ou d’Afrique du Nord dépendaient de l’eau fournie par les qanats. Les espaces de peuplement correspondaient ainsi aux lieux où l’aménagement des qanats était possible.
Étymologie et autres termes{{}}
Le mot « qanat » a pour origine l’akkadien qanu qui signifie « roseau », qui donna l’araméen qana. Ce terme a été repris ultérieurement dans des langues sémitiques et non sémitiques, comme le grec ancien (κάννα), le latin (canna) et l’arabe (قناة qanat). Il est à l’origine du mot canal. Il semble curieusement absent de l’ancienne langue persane, mais il est en revanche plus courant dans la langue persane moderne, قنات. La variante latine cannalis signifie « qui a la forme d’un roseau » et a aussi le sens de « tuyau, galerie »[1].
Un foggara à Timimoun en Algérie.
Il existe divers termes pour désigner les galeries drainantes selon les régions : khettara ou kheltara au Maroc, foggara (pluriel feggagir) ou fughara en Algérie et au Sahara[1] (de l’arabe fakara, creuser la terre[2]), kriga ou ngoula (ngula) en Tunisie[3], taphet au Moyen-Orient[4], kārīz (du persan كاهریز ou kārēz كاريز) en Iran[5], Afghanistan, au Pakistan et en Asie Centrale[6] ; kahan (du persan کهن) ou kahriz/kəhriz en Azerbaijan et au Baloutchistan, galeria en Espagne, falaj aux Émirats Arabes et en Oman. Il existe d’autres termes utilisés en Asie et en Afrique du Nord, tels que kakuriz, chin-avulz et mayun. En tamahaq, efeli (plur. ifelan), en kabyle et mozabite targa (plur. targat), chegga au Hodna pour les petites foggaras[2], falağ (plur. aflağ) à Oman[7].
Description technique{{}}
Schéma de principe d’un qanat.
Escalier menant à un qanat à Kashan.
L’historien Henri Goblot décrit le « qanat » comme « une technique de caractère minier qui consiste à exploiter des nappes d’eau souterraines au moyen de galeries drainantes ». Le terme est utilisé par les scientifiques francophones pour désigner ce type d’ouvrage en général, sans référence à une région géographique particulière.
Les qanats constituent l’une des avancées techniques les plus importantes de l’histoire de l’irrigation en Iran. Les premiers qanats auraient été creusés dans le nord-ouest du plateau iranien vers la fin du Ier millénaire av. J.-C., à partir des techniques minières. D’après Henri Goblot, les mineurs de charbon auraient développé ce système de canaux pour extraire l’eau[8] des mines[9].
Le qanat, qui est une sorte d’aqueduc souterrain, s’est ensuite répandu sur le plateau iranien, puis encore plus loin, au temps des Achéménides, permettant de créer de nouvelles zones habitables.
Malgré des différences de caractéristiques (longueur, profondeur, type de sol creusé…) que l’on peut trouver entre les qanats, ils mesurent typiquement plus de 500 m de long. Le ’puits mère’ où commence un qanat est souvent profond de plus de 10 m. Le plus long et le plus ancien qanat connu au monde mesure 71 km (à Zarach (en) en Iran), et le puits mère le plus profond mesure plus de 300 m (à Gonabad). Les régions de Yazd, de Kerman et de Gonabad sont connues pour leur dépendance à un système extensif de qanats.
L’écoulement souterrain évite deux problèmes : l’évaporation et le développement de formes organiques. Les qanats n’ayant pas besoin d’entretien, au XIXe siècle leur caractère artificiel avait été oublié. L’eau qui en sortait était considérée comme venant d’une source naturelle, ce qui paraissait impossible aux géologues. On fit alors des recherches qui établirent leur caractère artificiel [10].
Aspects géologiques - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?
Applications{{}}
Ab anbar, citerne reliée à un qanat dans le désert iranien.
- Ab anbar (réservoir d’eau).
- Irrigation.
- Refroidissement/Stockage de glace.
- Climatisation (par exemple avec l’agora du Cartuja Qanat à Séville, un « refuge climatique » expérimental de 750 m2, développé par un groupe de recherche de l’université de Séville et ouvert au public)[11].
Construction et maintenance - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?
A la différence des barrages sassanides, qui mobilisaient de nombreux ouvriers durant des périodes courtes pour leur construction et leur entretien, le creusement des qanats nécessitait peu de main d’œuvre, mais sur un temps long. Trois personnes suffisaient : une qui creusait et étayait la galerie, une autre qui envoyait la terre excavée dans un sac, et une troisième qui vidait le sac à la surface. Le travail progressait de quelques mètres par jour.
La technique de construction des qanats est très différente de celle des barrages. Elle demande bien moins d’organisation politique et de planification. La construction et la maintenance d’un qanat sont plus adaptées à l’environnement des hauts plateaux. Les marchands et les propriétaires terriens se regroupaient pour financer la construction des qanats.
Creusement de la galerie.
Outil de repérage dans la galerie.
Treuil servant à hisser l’ouvrier et à extraire les déblais.
Maquette montrant des alignements de puits de plusieurs qanats.
Qanats dans le monde : {{}}
Asie Chine - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ? - Canaux de Keraz dans la localité de Tourfan [6], ville-oasis située dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang.
Émirats arabes unis et Oman - Article détaillé : falaj.
Inde - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?
Iran - Le qanat perse *
| |
| Pays {{}} | |
| Numéro d’identification {{}} |
1506 |
| Année d’inscription {{}} | 2016 (40e session) |
| Type {{}} | Culturel |
| Critères {{}} | iii, iv |
| Région {{}} | Asie et Pacifique ** |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO | |
| « « « | |
Article détaillé : Méthodes d’irrigation traditionnelles en Iran.
Qanat faisant surface dans le jardin de Fin. Ce qanat tire son eau d’une source qu’on croit être vieille de plusieurs milliers d’années, appelée « source de Salomon » (Cheshmeh-ye Soleiman en persan) et qui alimentait déjà Tepe Sialk.
Les méthodes traditionnelles d’irrigation persanes (abyari en persan) ont joué un rôle important dans la civilisation et l’histoire perse du fait de l’aridité du territoire de l’Iran. En effet, seul le littoral de la mer Caspienne n’est pas classifié comme aride ou semi-aride et seuls le Khorasan, l’Azerbaïdjan et le Kurdistan pratiquent une agriculture non irriguée. L’irrigation a donc toujours joué un rôle important non seulement pour développer les productions agricoles, mais aussi, pour faciliter l’installation de foyers de populations plus vastes.
Histoire de l’irrigation en Iran{{}}
Les origines et l’évolution des premières techniques d’irrigation ne sont pas connues. D’après les découvertes archéologiques qui ont été faites, les premières traces d’irrigation systématique apparaissent en Asie du sud-ouest au VIe millénaire avant notre ère, sur les pentes des monts Zagros, territoires situés actuellement en Irak et dans le Khuzestan[1]. À partir de cette époque et jusqu’au Ier millénaire av. J.-C., l’irrigation s’est répandue sur le plateau iranien et dans tout l’Iran. Ces procédés d’irrigation ont été encouragés par les Achéménides[2]. Une de ces techniques d’irrigation, connue sous le nom de qanat (ou kariz[3]) s’est répandue à Oman et dans le sud-est de l’Arabie vers la fin de cette même période[4], puis, plus tard avec la conquête islamique, en Asie centrale et du Sud, en Afrique du Nord et en Espagne.
Il n’y a pas eu d’évolution technologique déterminante jusqu’à l’introduction des pompes diesel, des forages et des barrages de béton armé au milieu du XXe siècle, période à laquelle tous ces systèmes, traditionnels ou modernes, ont commencé et continuent toujours à coexister en Iran.
Ressources et technologies{{}}
Sur un territoire actuel total d’un peu moins de 165 millions d’hectares, 16 millions sont des terres arables et 7,65 millions sont irrigués[5]. L’eau d’irrigation provient de rivières, de sources, de puits et des qanats. Il n’existe pas de statistiques quant à la répartition de chaque source d’irrigation, mais on estime que les rivières comptent pour une moitié et les puits et qanats pour l’autre, la part venant des puits étant en augmentation.
Il y a une trentaine d’années, avant la construction de grands barrages et la mécanisation et motorisation des pompes, les qanats représentaient sûrement la moitié du total.
Le débit des rivières, sur le plateau iranien comme dans la majorité du pays, varie grandement selon la saison. Le débit du Karoun, par exemple, a des maximums enregistrés en avril de 520 000 m³/s alors que le minimum (étiage) enregistré en octobre est de 60 000 m³/s. Cette variation pose et a posé un problème majeur pour la conception des systèmes d’irrigation.
Irrigation de bassin versant{{}}
Cette technique, qui consiste à détourner le flux de l’eau d’une rivière vers les terres adjacentes, est une des plus rudimentaires qui soient. Elle ne requiert qu’une attention et un investissement minimum, et c’est celle qui a été très importante dans l’histoire de la vallée du Nil en Égypte. Le temps pendant lequel la crue pouvait être utilisée est allongé en adjoignant un barrage primitif (pierres, bois et branchages, boue) pour détourner les eaux vers les terres adjacentes, barrage qui était détruit lors de la crue suivante.
Barrages et band
Les Achéménides et les Parthes ont développé les systèmes d’irrigation par barrages, et les Sassanides le sophistiquèrent énormément en se servant de pierres taillées et de mortier contenant des pièces de fer[6]. Le plus célèbre des barrages sassanides est celui de Shadorvân, construit par le roi Shapur Ier sur le Karoun avec l’aide de prisonniers capturés lors de sa victoire sur l’empereur romain Valérien en 260 av. J.-C. Le pont Khaju, construit à l’époque de Shah Abbas II et toujours debout à Esfahan sur le Zayandeh rud a une structure similaire, avec des vannes permettant de contrôler le débit de l’eau et fournissant un point de passage permanent sur la rivière.
Cette technique utilisée sur le long terme, diminue la productivité des terres irriguées, car le cours de la rivière dépose des sels minéraux (sel, gypse et carbonate de calcium) qui pénètrent la terre, y précipitent et la rendent trop saline pour être cultivée. Les barrages actuels prévoient des systèmes de drainage plus important afin de remédier à ce problème.
Une autre technologie semblable est le band ou bassin de rétention, qui a été utilisé depuis au moins aussi longtemps que le détournement des rivières et qui a été très important dans l’histoire de l’occupation du plateau iranien.
Le band est une structure de pierre ou de terre construite dans un système d’irrigation afin de retenir l’eau pour que les impuretés et sels se déposent avant de s’en servir pour l’irrigation des terres arables. Cette technique n’est certes plus utilisée intensivement au niveau national mais reste importante dans quelques districts montagneux peuplés de nomades du Balouchistan et dans d’autres districts arides du Khorasan, où ils permettent de cultiver des melons.
Puits{{}}
La date de la première utilisation des puits n’est pas connue. Les archéologues ont découvert qu’ils étaient utilisés à des fins domestiques dans la vallée de l’Indus au IIIe millénaire av. J.-C., et il existe des traces antérieures à cette époque en Mésopotamie. Il est probable qu’ils aient été utilisés afin de récupérer de l’eau souterraine dans le sud-ouest de l’Asie depuis les premiers temps du peuplement de cette région. Sans mécanisation, les puits n’ont que peu d’utilité pour l’irrigation, puisque les efforts déployés pour remonter l’eau ne font qu’augmenter avec la profondeur du puits.
Les techniques traditionnelles pour remonter l’eau sont le shadof, un long bâton avec un panier d’un côté et un contrepoids de l’autre, le gâvchâh, dans laquelle un ou deux animaux remontent le panier à l’aide d’une corde tirée sur le terrain adjacent. Des outres pouvant contenir 10 à 60 litres étaient généralement employées dans ces méthodes. Ce type de puits a été important particulièrement dans le Sud de l’Iran, dans la plaine côtière du golfe Persique au nord de Bandar Abbas et dans la dépression de Jaz Moryan au Balouchistan.
Qanats - Article détaillé : qanat.
coupe d’un qanat.
En Iran et en Afghanistan, ils étaient appelés karez ou kariz avant que le mot arabe qanat ne se répande à partir du VIIe siècle[7].
C’est peut-être l’avancée technologique la plus importante de toute l’histoire de l’irrigation en Iran. Il serait apparu dans le nord-ouest du plateau iranien vers la fin du Ier millénaire av. J.-C. et a été développé à partir des techniques minières[8]. Le qanat, qui est comparable à un aqueduc souterrain, s’est ensuite répandu sur le plateau iranien et encore plus loin au temps des Achéménides, permettant d’ouvrir de nouvelles zones au peuplement humain. Au contraire des barrages sassanides, demandant de nombreux ouvriers durant des périodes courtes pour la construction et la maintenance, la construction des qanats ne faisait appel qu’à peu des personnes (trois : un qui creuse et étaye la galerie, un qui envoie la terre excavée dans une peau en haut, et un en haut qui vide la peau) sur un temps plus long (le travail ne progresse que de quelques mètres par jour).
Au milieu du XXe siècle, il est estimé qu’environ 50 000 qanats étaient en exploitation en Iran. Le système a l’avantage de résister aux désastres naturels (tremblements de terre, inondations...) et humains (destructions en temps de guerre), et d’être peu sensible aux niveaux de précipitations. Un qanat délivre typiquement un débit de 8 000 m3 par période de 24 heures.
Au XXe siècle, la méthode du qanat décline, concurrencée par le creusement de puits munis de pompes motorisées. Cette dernière technique est moins coûteuse, parce qu’elle implique moins de travaux de creusement. Mais elle conduit à une surexploitation des ressources en eau et une baisse du niveau des nappes[9].
Distribution de l’eau{{}}
L’extraction et la disponibilité de l’eau en surface ne servirait pas s’il n’existait une organisation permettant de rassembler l’eau, de savoir qui l’utilise, quand et pour quels besoins. La quantité d’eau peut être minime dans le cas des puits traditionnels ou d’un qanat dérivant une source peu important et elle peut être très grande dans le cas d’une grande rivière ou d’un barrage important.
Lorsque le débit est peu important, l’eau extraite peut être stockée dans un bassin avant d’être redistribuée dans les terres avoisinantes par un système d’irrigation des cultures. Les pertes dues aux fuites et à l’évaporation le long du système peuvent aller jusqu’à 50 %. Pour cette raison, les terres les plus proches de la source d’eau ont le plus de valeur, parce que l’eau y est de meilleure qualité et qu’elles peuvent être cultivées plusieurs années de suite.
La répartition de l’eau se fait sur la base du temps, en fonction de la durée pendant laquelle une parcelle particulière est cultivée. Les attributions tiennent compte des saisons et de l’évaporation afin de répartir le plus équitablement possible les pertes entre tous les cultivateurs.
Lorsque la quantité d’eau disponible était très importante et les mesures relativement fines, un personnage officiel connu sous le nom de mirâb (c.à.c amir-e âb, le « commandant de l’eau ») était nommé afin de superviser le système. Ce personnage pouvait aussi être connu sous le nom d’âbyâr.
D’après la loi islamique, l’eau ne peut pas être achetée ni vendue. Cependant, les canaux et autres moyens de distribution peuvent être sujets à des transactions commerciales. Les tarifs dépendent énormément du débit, du type de système, du sol, de la culture dominante et d’autres aspects économiques et sociaux. La loi islamique fournit le cadre général dans lequel ces transactions peuvent avoir lieu, et les pratiques locales apportent des règles et pratiques supplémentaires. En règle générale, quand deux communautés ou plus partagent la même source, la communauté la plus en amont a priorité sur la communauté en aval. Un exemple en est fourni par le système de redistribution de l’eau du Zayandeh rud dans le bassin d’Esfahan.
Irrigation et société{{}}
Les différentes situations qui se sont développées à partir des différentes solutions imaginées pour satisfaire les besoins en irrigation des terres demandent toutes un certain degré de coopération entre les agriculteurs. La coopération est en effet nécessaire afin de réunir tout l’investissement et la main d’œuvre nécessaire à la construction et à la maintenance du système. La structure des relations sociales varie avec le temps, et cette variation affecte la coopération nécessaire à l’entretien des systèmes d’irrigation.
Il apparaît que la colonisation du plateau iranien n’a pas seulement dépendu de la construction des qanats mais aussi de la stabilité économique et sociale qui rend possible la coopération durant plusieurs générations. Le fait que les Achéménides aient été les premiers à fournir cette sécurité permet de valider l’hypothèse qu’ils aient été responsables de l’aspect que revêt la répartition des foyers de peuplement en Iran.
En plus du rôle de l’irrigation dans l’histoire iranienne, sa trace peut être vue dans la morphologie des zones occupées par l’homme et ressentie dans la littérature et dans l’art.
Le peuplement des foyers urbains ressemble à une grille irrégulière, qui correspond aux canaux anciens permettant de délivrer l’eau. De plus, les zones rassemblant l’élite était plutôt en amont, car la qualité de l’eau et sa disponibilité y étaient meilleures (cf. ci-dessus).
Les vergers étaient situés en amont, et sont reliés à la tradition du jardin persan, qui crée dans chaque village, en contraste complet avec le milieu aride qui l’entoure, un environnement verdoyant qui est symboliquement lié, dans la tradition poétique de l’Iran, au concept de paradis.
Source avec références : https://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9thodes_d’irrigation_traditionnelles_en_Iran
Reprise pour la suite de l’article initial <
Le Musée de l’eau de Yazd, dans une maison ancienne avec cour.
Le qanat de Zarch, le plus long d’Iran, mesure 71 km et comporte 2 115 puits de visite verticaux. C’est également le plus ancien, puisqu’il est daté de 3 000 ans [12]. On a recensé au début de ce siècle 33 000 qanats opérationnels en Iran [12].
Les qanats sont mentionnés dans les Histoires (livre X-28) de l’historien grec Polybe, écrites au IIe siècle avant notre ère. Y sont décrits les réseaux souterrains de puits et de galeries construits par les Perses pour amener l’eau jusque dans les déserts[13].
Les marchands ou les propriétaires terriens s’associaient localement pour financer la construction des qanats. L’unification politique n’a donc pas été facilitée par ce procédé. Quand les parts d’un qanat sont disproportionnées, des problèmes apparaissent quant à leur maintenance, et ces difficultés ont servi d’arguments contre la réforme agraire des années 1960.
Au milieu du XXe siècle, on estimait à environ 50 000 le nombre de qanats utilisés en Iran. Le système a l’avantage de résister aux désastres naturels (tremblements de terre, inondations…) et humains (destructions en temps de guerre), et d’être peu sensible aux niveaux des précipitations. Un qanat délivre typiquement un débit de 8 000 m3 par 24 heures. Cependant, les nombreux qanats qui irriguaient les terres agricoles de la périphérie de Téhéran ont été négligés après l’urbanisation. Certains ont été comblés, d’autres ont servi d’égouts, polluant les nappes phréatiques et menaçant la stabilité des constructions[14].
L’usage des qanats ne se limite pas à l’irrigation. Un qanat approvisionne en général un ab anbar. Mais il peut aussi mouvoir un moulin. L’alimentation en eau potable de Téhéran reposait entièrement, jusque dans les années 1920, sur les qanats[15].
Afrique{{}}
Égypte{{}}
Au VIe siècle av. J.-C., un qanat a été creusé à Ayn Manawir, dans l’oasis d’Al-Kharga, pour irriguer des champs et des vignes. Son aménagement remontant à l’occupation perse, on a supposé que la technique avait été importée par ces conquérants en Égypte. Cette hypothèse n’est cependant pas confirmée et il se peut que le qanat soit une invention indépendante des habitants de l’oasis[16].
Maghreb{{}}
Au Maghreb, l’occupation humaine de régions arides a dépendu historiquement de techniques traditionnelles de captation et de gestion des eaux. L’abandon du système d’irrigation traditionnel par les autorités coloniales, puis par les élites maghrébines qui ont pris le pouvoir après l’indépendance et sont restées marquées par la technologie colonialiste et son mépris pour les techniques traditionnelles avec une volonté de s’en débarrasser pour construire du moderne, a eu pour résultat un appauvrissement de l’agriculture et une forte immigration due à l’impossibilité de survivre par l’agriculture[17].
Algérie{{}}
| Les savoirs et savoir-faire des mesureurs d’eau des foggaras ou aiguadiers du Touat-Tidikelt * | |
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| Pays *{{}} | |
| Liste{{}} | Nécessitant une sauvegarde urgente |
| Année d’inscription{{}} | 2018 |
| * Descriptif officiel UNESCO | |
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Peigne (kesria) de répartition.
Nommé foggara en Algérie, ce type d’irrigation donne aux oasis du Gourara leur spécificité. La tradition veut qu’il soit venu de l’Iran actuel, peut-être au XIe siècle[18].
Par contre, les historiens du monde Ibadites signalent que la pratique de l’irrigation à l’aide de système des fougaras à Gourara est tellement ancienne que nul n’en sait l’origine[19][source insuffisante].
Il consiste à créer des « sources » artificielles en creusant des galeries en pente très faible qui vont atteindre la nappe. L’eau suinte le long des parois et alimente un ruisseau permanent.
Ces galeries sont marquées en surface par des regards pour l’entretien. Un survol de la région montre l’ampleur du réseau ainsi créé : on estime à des milliers de kilomètres l’ensemble des foggaras du Gourara et du Touat.
Leur creusement fut un travail colossal qui n’aurait pu se faire sans la participation de nombreux esclaves[20]. Le problème actuel est l’entretien des foggaras, qui risquent de s’effondrer ou de s’ensabler. C’est l’enjeu de la période actuelle : Pourra-t-on redonner aux jardins l’eau dont ils ont besoin ?
Pour répartir l’eau issue de la foggara, les oasiens du Gourara ont mis au point un système aussi efficace qu’esthétique : les peignes (kesria). Un spécialiste, le kiel el ma, mesure le débit qui passe entre chaque dent et refait l’opération chaque fois que la foggara est recreusée ou entretenue, ou quand un propriétaire terrien achète le droit à l’eau d’un autre.
L’eau circule ensuite dans des canaux, les seguias, qui l’emmènent jusqu’au bassin, le majen, où elle s’accumule jusqu’à ce que le cultivateur irrigue ses cultures.
Il existe trois sources possibles pour l’eau d’irrigation :
- La nappe phréatique : l’eau qui coule doucement sous l’erg, dans les anciens cours de rivières vient de l’Atlas saharien. L’eau est à quelques mètres de profondeur seulement et on peut creuser des puits. C’est le cas pour les oasis du Taghouzi.
- La nappe des foggaras : plus profonde que la précédente, elle se rapproche de la surface dans le plateau du Tadmaït, ce qui permet de l’atteindre en creusant des galeries horizontales, les foggaras.
- La nappe albienne : très profonde (plusieurs centaines de mètres), immense (elle recouvre tout le Sahara central jusqu’en Libye), elle semble inépuisable. Elle est donc utilisée pour des projets importants d’irrigation (comme près d’Adrar).
Les savoirs et savoir-faire des mesureurs d’eau des foggaras ou aiguadiers du Touat-Tidikelt sont inscrits sur la liste du patrimoine immatériel nécessitant une sauvegarde urgente le 28 novembre 2018[21].
Maroc{{}}
Le dispositif est connu au Maroc sous le nom de khettara. Il s’est particulièrement développé dans la région de Marrakech (le Haouz) ainsi que dans les oasis présahariennes, tout particulièrement dans le Tafilalet et l’oasis de Skoura.
Article détaillé : Khattara.
Tunisie{{}}
Les foggaras sont présentes en Tunisie[22]. On retrouve des foggaras dans les régions pourvues de sources d’eau importantes du Sud tunisien[2].
Dans certains villages du Nord-ouest de la Tunisie, des procédés anciens de récupération de l’eau ont été remis au goût du jour[17].
En Tunisie, l’hydrologue Echchabat (XIIe siècle) recourait pratiquement aux logarithmes pour effectuer la distribution de l’eau dans les oasis. Dans le cas des foggaras, la question de la propriété de l’eau variait d’une région à l’autre, mais le principe restait le même. Dans certaines régions, comme l’Atlas marocain, on observait une dissociation entre la propriété du sol et celle de l’eau : on pouvait ainsi hériter d’une terre sans sa part d’eau, tout comme on pouvait hériter d’une part d’eau sans la terre ; on pouvait aussi louer son eau mais non sa terre, etc.[17]
Libye{{}}
Conquête, raids, commerce caravanier et riche agriculture irriguée : les foggaras ont donné aux Garamantes de l’Antiquité, population du Sahara libyen localisés dans la Garamantie, les ressources pour construire une civilisation urbaine dans le désert[23].
Les ingénieurs garamantes, inspirés par les méthodes d’irrigation développées en Perse et en Égypte, ont creusé de longs canaux souterrains - les foggaras - pour capter l’eau emprisonnée dans l’aquifère à la base de l’escarpement et la conduire dans la vallée, où elle coulait en continu dans l’oasis et en a fait un jardin d’Eden. Les canaux étaient généralement très étroits - moins de 60 cm de large et 150 cm de haut - mais certains mesuraient plusieurs kilomètres de long, et au total quelque 600 foggaras s’étendaient sur des centaines de kilomètres sous terre. Les canaux ont été creusés et entretenus à l’aide d’une série de puits verticaux régulièrement espacés, un tous les 9 m environ, 100 000 au total, d’une profondeur moyenne de plus de 9 m, mais atteignant parfois 40 m[23].
Souvent coupé à travers le sable, le gravier et l’argile, mais parfois à travers la roche, la construction et l’entretien de ce vaste système ont dû consommer un grand nombre d’esclaves - travaillant dans la chaleur torride du Sahara près de la surface, ou dans l’obscurité et le danger des passages étroits profondément souterrains. Grâce à leur travail, les Garamantes ont cultivé le désert et se sont régalés de dattes, de raisins, d’olives, de figues, de sorgho, de millet, d’orge et de blé cultivés localement, complétés par des morceaux de bœuf, d’agneau et de porc élevés localement[23].
L’emprise des rois garamantes sur le pouvoir a peut-être glissé et l’approvisionnement en esclaves pour entretenir le système d’irrigation s’est épuisé. Ou peut-être que les aquifères se sont asséchés en raison de l’épuisement de la nappe. On estime qu’en six siècles, les Garamantes ont extrait 110 000 000 m3 d’eau -d’une nappe fossile, non renouvelable- et la nappe phréatique a dû baisser progressivement jusqu’à, peut-être, tomber en dessous du niveau des foggaras et les laisser aussi secs que le désert[23].
Europe{{}}
Espagne - Il existe en Espagne, et notamment à Madrid, de nombreux ouvrages apparentés aux qanat, nommés les ’voyages d’eau’. Les voyages d’eau dans le Madrid historique datent de l’époque musulmane.
France - Étang de Montady
Italie - La technique et le nom de qanat ont aussi été utilisés en Sicile, exclusivement à Palerme, sans doute sous l’influence de l’occupation mauresque[réf. nécessaire].
Luxembourg - Article détaillé : Qanat des Raschpëtzer.
Musées - Le Musée de l’eau de Yazd, au centre de l’Iran, fondé en 2000, est dédié en grande partie à l’exposé du système des qanat. Le Musée Aman ou Musée Mohamed VI pour la civilisation de l’eau détaille entre autres, le patrimoine hydraulique rural traditionnel marocain dont les khettara.
Source de l’article initial : https://fr.wikipedia.org/wiki/Qanat
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Le système de récupération de l’eau en Iran dénommé qanat en Perse – Documentation ‘whc.unesco.org’{{}}
Description Cartes Documents Galerie Indicateurs
Le qanat perse{{}}
Dans l’ensemble des régions arides de l’Iran, des établissements agricoles et permanents sont soutenus par l’ancien système de qanats qui puisent l’eau des sources aquifères en amont des vallées et la font circuler par gravité le long de tunnels souterrains, souvent sur de nombreux kilomètres. Les 11 qanats qui représentent ce système comprennent des aires de repos pour les travailleurs, des réservoirs d’eau et des moulins à eau. Le système de gestion communautaire traditionnel encore en place permet un partage et une distribution de l’eau équitables et durables. Les qanats fournissent un témoignage exceptionnel sur des traditions culturelles et des civilisations de zones désertiques au climat aride.
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Valeur universelle exceptionnelle - Bref synthèse{{}}
Dans l’ensemble des régions arides de l’Iran, l’agriculture et des établissements permanents sont soutenus par l’ancien système de qanats puisant l’eau des aquifères alluviaux en amont des vallées et la faisant circuler par gravité le long de tunnels souterrains, souvent sur de nombreux kilomètres.
Chaque qanat se compose d’un tunnel presque horizontal recueillant l’eau d’une source souterraine, habituellement un cône alluvial, dans lequel un puits mère est creusé jusqu’au niveau approprié de l’aquifère. Des conduits de puits sont creusés à intervalles réguliers le long du tracé du tunnel pour permettre l’évacuation des débris et assurer la ventilation. Ils apparaissent en surface sous forme de cratères, suivant le tracé du qanat, depuis la source d’eau jusqu’à un établissement agricole. Le long de tunnels souterrains, appelés koshans, l’eau est conduite par gravité, grâce à la faible pente du tunnel, jusqu’à la sortie (mazhar), à partir de laquelle elle est distribuée par des canaux aux terres agricoles des détenteurs.
Les niveaux, la pente et la longueur du qanat sont calculés par des méthodes traditionnelles exigeant la compétence de travailleurs spécialisés dans les qanats dont l’expérience a été transmise au fil des siècles. De nombreux qanats possèdent des sous-branches et des couloirs d’accès à l’eau, à des fins d’entretien, ainsi que des structures qui en dépendent, parmi lesquelles des zones de repos pour les travailleurs attachés au qanat, des hammams publics et privés, des réservoirs et des moulins à eau. Le système de gestion communal traditionnel encore en place permet un partage et une distribution de l’eau équitables et durables.
Critère (iii) : le système de qanat perse apporte un témoignage exceptionnel sur la tradition d’approvisionnement en eau de régions arides afin de soutenir des établissements. Les réalisations technologiques et communales des qanats jouent un rôle vital de qanat dans la formation de diverses civilisations. L’importance cruciale de ce système pour la région aride plus vaste est exprimée par le nom du plateau désertique de l’Iran, qui est appelé la « civilisation du qanat ». La dispersion des premiers établissements sur des cônes alluviaux du plateau intérieur et des déserts de l’Iran est en étroite relation avec le schéma de répartition du système de qanat dans tout le pays. Le système présente également une exceptionnelle tradition culturelle vivante de gestion communale de ressources en eau.
Critère (iv) : le système de qanat perse est un exemple exceptionnel d’ensemble technologique illustrant des étapes significatives de l’histoire de l’occupation par l’homme de régions arides et semi-arides. Sur la base de calculs complexes et de qualités architecturales exceptionnelles, l’eau était recueillie et transportée simplement par gravité sur de longues distances et ces systèmes d’acheminement furent entretenus pendant des siècles et, parfois, des millénaires. Le système de qanat a permis l’apparition d’établissements et de l’agriculture, mais inspiré également la création d’un style d’architecture et d’un paysage spécifiques au désert, impliquant non seulement les qanats eux-mêmes, mais leurs structures associées, comme des réservoirs d’eau, des moulins, des systèmes d’irrigation et des jardins.
Intégrité{{}}
Les onze qanats formant ce bien sont encore des conduits d’eau en activité et ont conservé non seulement leurs structures architecturales et technologiques, mais également leur fonction. Ils continuent de fournir les ressources en eau essentielles pour soutenir des établissement et jardins iraniens et d’être entretenus et gérés au moyen de systèmes de gestion communaux traditionnels. Ces systèmes de gestion sont demeurés intacts et ont été transférés depuis des temps reculés grâce à la collaboration de divers individus et d’utilisateurs.
Pour assurer la fonctionnalité continue des qanats, les bassins hydrographiques sont inclus dans la zone tampon et ont été attachés aux plus hauts niveaux de protection compte tenu de leur fonction essentielle dans la fourniture de ressources en eau. De même, les zones agricoles illustrant la distribution et l’utilisation des ressources en eau ont été protégés au travers de zones tampons afin de permettre la protection à long terme du système de qanat.
Authenticité{{}}
L’authenticité des onze qanats a été respectée en ce qui concerne la conception, la technologie, les matériaux, traditions et techniques de construction, les systèmes de gestion ainsi que les associations patrimoniales immatérielles basées sur la connaissance de l’environnement naturel, la technologie des matériaux et la culturel indigène. Les qanats ont été fondés et construits sur la base d’une collaboration sociale, de la confiance communale et de l’honnêteté, de même que sur le sens commun. De plus, leur stabilité et fonctionnalité ont été gérées, préservées, étendues et développées grâce à une telle coopération conjointe.
Éléments requis en matière de protection et de gestion{{}}
Les onze qanats constituant cette série sont inscrits au registre national des monuments de la République islamique d’Iran. Leurs bassins hydrographiques et zones d’irrigation ont été inclus dans des zones de protection spécifiquement conçues, avec le statut de zone tampon. L’élaboration plus poussée et l’achèvement d’un inventaire des onze éléments fourniront une aide au suivi et à la communication concernant l’éventail complet d’attributs protégés.
La gestion globale du bien en série est coordonnée par un comité directeur composé de représentants des Conseils du qanat et des services gouvernementaux concernés, y compris l’Organisation iranienne du patrimoine culturel, de l’artisanat et du tourisme (ICHHTO), l’Organisation de la protection des ressources naturelles, de l’agriculture, de l’énergie, de l’aménagement des routes et des villes et de l’environnement, la Fondation de l’habitat rural et des ONG s’intéressant au patrimoine culturel et à l’environnement. Les préoccupations de la gestion quotidienne sont examinées par la base nationale de l’ICHHTO pour les qanats qui agit au travers des agences provinciales de l’ICHHTO. Une stratégie de gestion et un plan d’action qui ont été exposés au moment de l’inscription, seront davantage développés en des plans de gestion et d’entretien pour les éléments individuels. Ces plans comprendront des plans pour l’interprétation et la gestion du tourisme, ainsi que la préparation aux risques et des stratégies pour répondre aux catastrophes.
Les onze qanats sont gérés sous la surveillance traditionnelle de Conseils de qanat, chaque qanat ayant son Conseil de qanat local composé des personnes bien informées dans la région respective. Les systèmes de gestion traditionnels des qanats inscrits contribuent à leur valeur unique, mais sont également essentiels pour la préservation et transmission continues aux futures générations. Le savoir historique et des compétences artisanales préservés sur plusieurs générations doivent être transmis de manière continue pour assurer la viabilité future de ce bien. Ce système de gestion, élaboré par des propriétaires, distributeurs, consommateurs et gens ordinaires s’est développé et a évolué au fil du temps, ce qui a permis au qanats de survivre jusqu’à nos jours et sera primordial pour leur conservation à venir.
Les onze qanats sont également soutenus par des moyens financiers et techniques au travers de ressources nationales et de mesures de conservation et de gestion sur tous les qanats sont en cours, dans le respect de leur authenticité et intégrité.
Iran (République islamique d’)
Date d’inscription : 2016
Critères : (iii)(iv)
Bien : 19 057 ha
Zone tampon : 351 343 ha
Dossier : 1506
En série : oui
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Source : https://whc.unesco.org/fr/list/1506/
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Video 6:45 - Kariz system in Afghanistan : sustainable irrigation at past and present (Le système « kariz » en Afghanistan : l’irrigation durable, hier et aujourd’hui) - Dr Andrey Mitusov - 22 août 2020 #Afghanistan #qanat #kariz
#kariz, #qanat, #sustainableirrigation, #Afghanistan - Authors : Abdullah AZAMI, Zhanay SAGINTAYEV, Sayed Hashmat SADAT, Hejratullah HEJRAN
EN - Decades of civil unrest have severely damaged the irrigation systems in Afghanistan. Nonetheless, water a scarce source in Afghanistan’s agricultural economy is poorly maintained or has destroyed irrigation systems. This has resulted in low agrarian yields and affected rural communities that are dependent on agriculture for their livelihood. Increasing farm production is a vital goal in sustainable agriculture, and it is directly related to the proper management of water resources. In Afghanistan, irrigation is done by diverse methods, such as surface water irrigation (canal), underground water irrigation, and the Karez (or Kariz / Qanat / Kanat / كاريز) system of irrigation. Considering the compatibility of the Karez system with the environment and nature, it can be seen as the most effective irrigation system, because it collects a significant amount of groundwater and brings it to the land surface using sub-horizontal tunnels, with the help of gravity force. The history of the Karez system, which exists throughout Afghanistan, dates back to before the Islamic period. Unfortunately, due to wars, droughts, misuse of deep wells, water pumps near Karez areas, and the lack of proper maintenance, the infrastructure of this system has been relatively damaged or destroyed and needs to be revived. Therefore, in this research, an attempt has been made to revive this irrigation system by different proposed technical and scientific methods.
FR - Des décennies de troubles civils ont gravement endommagé les réseaux d’irrigation en Afghanistan. Or, l’eau, ressource rare dans l’économie agricole afghane, est mal gérée, ce qui a entraîné la détérioration, voire la destruction, des réseaux d’irrigation. Cette situation a entraîné une baisse des rendements agricoles et a affecté les collectivités rurales dont les moyens de subsistance dépendent de l’agriculture. L’augmentation de la production agricole est un objectif essentiel de l’agriculture durable, et elle est directement liée à la bonne gestion des ressources en eau. En Afghanistan, l’irrigation est assurée par diverses méthodes, telles que l’irrigation par les eaux de surface (canaux), l’irrigation par les eaux souterraines et le système d’irrigation Karez (ou Kariz / Qanat / Kanat / كاريز). Compte tenu de la compatibilité du système Karez avec l’environnement et la nature, il peut être considéré comme le système d’irrigation le plus efficace, car il recueille une quantité importante d’eau souterraine et l’achemine à la surface du sol à l’aide de tunnels subhorizontaux, grâce à la force de gravité. L’histoire du système Karez, présent dans tout l’Afghanistan, remonte à une époque antérieure à la période islamique. Malheureusement, en raison des guerres, des sécheresses, de l’utilisation abusive des puits profonds et des pompes à eau à proximité des zones de karez, ainsi que du manque d’entretien adéquat, l’infrastructure de ce système a été relativement endommagée, voire détruite, et doit être remise en état. C’est pourquoi, dans le cadre de cette recherche, on a tenté de redonner vie à ce système d’irrigation à l’aide de différentes méthodes techniques et scientifiques proposées.
Dr Andrey Mitusov
Source : https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=fev32f_RGrE
Ville souterraine de Kariz - Iran. - Institut culturel - irancultura.it https://fr.irancultura.it › Kis-ville-de-underground-kariz - 29 décembre 2017 — Kariz (ou Qanat) du site archéologique de Harire qui est une ville souterraine, destinée à collecter et purifier l’eau...
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Oman (/ɔ.mɑ̃/ ou /ɔ.man/ ; en arabe : عُمَان, ʿUmān, /ʕʊˈmaːn/), en forme longue le sultanat d’Oman (arabe : سَلْطَنَة عُمَان, salṭanat ʿumān), est un pays du Moyen-Orient, situé au sud-est de la péninsule arabique, sur les bords du golfe d’Oman et de la mer d’Arabie (également appelée mer d’Oman).
Comptant 5 millions d’habitants en 2023, le pays est entouré par les Émirats arabes unis au nord, l’Arabie saoudite à l’ouest et le Yémen au sud-ouest. Sa capitale est Mascate. Monarchie indépendante depuis le milieu du XVIIIe siècle, Oman est gouverné par un sultan, Haïtham ben Tariq depuis 2020.
En Oman[5], le régime politique est autoritaire tout en étant le plus démocratique de toute la péninsule arabique selon les classifications de l’indice de démocratie. En 2021, le sultan fait garantir la liberté d’expression et de religion dans les lois constitutionnelles[6]. L’économie omanaise est particulièrement dépendante de l’extraction de ses ressources de pétrole. Son indice de développement humain (IDH) est très élevé, 54e rang mondial[7]. En ce qui concerne le produit intérieur brut (PIB), pour l’année 2017, Oman se classe autour du 25e rang par habitant et vers le 70e rang en nominal.
Étymologie - Le nom Oman dérive de la racine sémitique <`mn> qui porte le sens de ’sédentaire’ (par opposition aux bédouins nomades de l’intérieur de la péninsule arabique). Ce terme est attesté depuis l’antiquité en latin chez Pline l’ancien (OMANA) et en grec (Ομανον), mais il ne désignait pas nécessairement le pays mais un port antique de la région. Les Iraniens le désignaient sous le nom de « Mozon » مزون[8] dérivé de Magan…
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Oman
22° 59′ 56″ nord, 57° 32′ 09,8″ est - Pour l’article ayant un titre homophone, voir Fellag.
| Systèmes d’irrigation aflaj d’Oman * | |
| |
| Coordonnées | 22° 59′ 56″ nord, 57° 32′ 09,8″ est |
| Pays | |
| Subdivision | Régions de Dakhiliya, Sharqiya et Batinah |
| Numéro d’identification |
1207 |
| Année d’inscription | 2006 (30e session) |
| Type | culturel |
| Critères | (v) |
| Superficie | 1 456 ha |
| Zone tampon | 16 404 ha |
| Région | États arabes ** |
| * Descriptif officiel UNESCO ** Classification UNESCO | |
Les systèmes d’irrigation aflaj d’Oman sont vieux de 4.500 ans, mais les plus anciennes ruines subsistant ne datent que d’environ 500 apr. J.-C.
« Aflaj » est le pluriel de « falaj », qui signifie « diviser en parts » en arabe classique. Ce système d’irrigation répartissait effectivement l’eau entre tous les habitants ; elle circulait par gravité depuis les sources jusqu’aux maisons et aux terrains cultivés. Le complexe comportait des tours de guet pour le protéger, mais aussi des mosquées et d’autres édifices.
Les cinq aflaj de Al-Khatmeen, Al-Malki, Daris, Al-Mayassar et Al-Jeela sont classés sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2006[1].
Note et référence : dossier aflaj sur le site de l’Unesco [archive].
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8mes_d%27irrigation_aflaj_d%27Oman
Carte de la frontière entre le Pakistan, l’Iran et l’Afghanistan avec le Baloutchistan -Source
Principaux groupes ethniques au Pakistan et dans les régions avoisinantes en 1980, les Baloutches étant représentés en rose. Source
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Le système d’irrigation traditionnel souterrain dénommé Kariz, Karèze ou karez en Afghanistan et au Pakistan (Baloutchistan) selon Wikipédia{{}}
Le kariz (ou karez, appelé qanat en Iran) est un système d’irrigation traditionnel souterrain millénaire crucial pour la survie des communautés agricoles dans les zones arides et semi-arides d’Afghanistan et du Pakistan (principalement au Baloutchistan).
Une karèze ou un karez est un système d’irrigation traditionnel utilisé en Orient et au Proche-Orient dans les régions semi-désertiques : une galerie souterraine achemine de l’eau[1] depuis le sommet des montagnes jusque dans la vallée afin d’irriguer les champs et d’alimenter les populations en eau. Ce système existe en Iran (Qanat), en Afghanistan[2] et en Sibérie intérieure.
Notes et références - Pierre Centlivre et Micheline Centlivres-Demont, « Et si on parlait de l’Afghanistan ? [archive] » - Les Karèzes Afghanes [archive], sur le site France Télévisions
Qu’est-ce qu’un Kariz ? - Un kariz est composé d’une galerie ou d’un tunnel souterrain en pente douce qui capte l’eau d’une nappe phréatique (souvent alimentée par la fonte des neiges en montagne). L’eau s’écoule naturellement par simple gravité vers les plaines agricoles et les villages, évitant ainsi l’évaporation massive liée au climat désertique. Tout au long du tunnel, des puits verticaux sont creusés pour l’aération et l’entretien.
Le Kariz en Afghanistan en bref : {{}}
En Afghanistan, le kariz est un héritage culturel majeur et un pilier de l’économie rurale. Couverture : historiquement, le système alimentait environ 170 000 hectares de terres cultivées, ce qui représente près de 8 % de la superficie irriguée du pays. Localisation : on en dénombre plus de 9 000 répartis dans 19 à 20 provinces, en particulier dans les régions arides du sud et du sud-ouest (comme Kandahar).
État actuel : le réseau est en grand danger. Plus d’un tiers (36 %) des réseaux ont séché ou se sont effondrés en raison des décennies de guerre, du manque d’entretien, de la prolifération des forages modernes à pompe motorisée et du changement climatique (baisse de l’enneigement). Des organisations comme la FAO s’efforcent d’en réhabiliter des centaines.
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Videos - Kariz system in Afghanistan : sustainable irrigation at past and present - Dr Andrey Mitusov - 22 août 2020 #Afghanistan #qanat #kariz
#kariz, #qanat, #sustainableirrigation, #Afghanistan Authors : Abdullah AZAMI, Zhanay SAGINTAYEV, Sayed Hashmat SADAT, Hejratullah HEJRAN Decades of civil unrest have severely damaged the irrigation systems in Afghanistan. Nonetheless, water a scarce source in Afghanistan’s agricultural economy is poorly maintained or has destroyed irrigation systems. This has resulted in low agrarian yields and affected rural communities that are dependent on agriculture for their livelihood. Increasing farm production is a vital goal in sustainable agriculture, and it is directly related to the proper management of water resources. In Afghanistan, irrigation is done by diverse methods, such as surface water irrigation (canal), underground water irrigation, and the Karez (or Kariz / Qanat / Kanat / كاريز) system of irrigation. Considering the compatibility of the Karez system with the environment and nature, it can be seen as the most effective irrigation system, because it collects a significant amount of groundwater and brings it to the land surface using sub-horizontal tunnels, with the help of gravity force. The history of the Karez system, which exists throughout Afghanistan, dates back to before the Islamic period. Unfortunately, due to wars, droughts, misuse of deep wells, water pumps near Karez areas, and the lack of proper maintenance, the infrastructure of this system has been relatively damaged or destroyed and needs to be revived. Therefore, in this research, an attempt has been made to revive this irrigation system by different proposed technical and scientific methods.
FR - Des décennies de troubles civils ont gravement endommagé les réseaux d’irrigation en Afghanistan. Or, l’eau, ressource rare dans l’économie agricole afghane, est mal gérée, ce qui a entraîné la détérioration, voire la destruction, des réseaux d’irrigation. Cette situation a entraîné une baisse des rendements agricoles et a affecté les collectivités rurales dont les moyens de subsistance dépendent de l’agriculture. L’augmentation de la production agricole est un objectif essentiel de l’agriculture durable, et elle est directement liée à une bonne gestion des ressources en eau. En Afghanistan, l’irrigation est assurée par diverses méthodes, telles que l’irrigation par les eaux de surface (canaux), l’irrigation par les eaux souterraines et le système d’irrigation Karez (ou Kariz / Qanat / Kanat / كاريز).
Compte tenu de la compatibilité du système Karez avec l’environnement et la nature, il peut être considéré comme le système d’irrigation le plus efficace, car il recueille une quantité importante d’eau souterraine et l’achemine à la surface du sol à l’aide de tunnels subhorizontaux, grâce à la force de gravité. L’histoire du système Karez, présent dans tout l’Afghanistan, remonte à une époque antérieure à la période islamique. Malheureusement, en raison des guerres, des sécheresses, de l’utilisation abusive des puits profonds et des pompes à eau à proximité des zones de karez, ainsi que du manque d’entretien adéquat, l’infrastructure de ce système a été relativement endommagée, voire détruite, et doit être remise en état. C’est pourquoi, dans le cadre de cette recherche, on a tenté de redonner vie à ce système d’irrigation à l’aide de différentes méthodes techniques et scientifiques proposées. Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
EN - Did you know that in Afghanistan there are underground channels that use gravity to bring water from the mountains to low-lying agricultural lands ? For millennia, Afghanistan, Iran, and surrounding areas have used these engineering marvels known as ’karezes’. A ’karez’ is an underground irrigation system up to a few kilometers long that can also reduce water evaporation in hot climates. What are other innovative irrigation systems you’re aware of ? Tell us in the comments.
FR - Saviez-vous qu’en Afghanistan, il existe des canaux souterrains qui utilisent la gravité pour acheminer l’eau des montagnes vers les terres agricoles situées en contrebas ? Depuis des millénaires, l’Afghanistan, l’Iran et les régions avoisinantes utilisent ces merveilles d’ingénierie appelées « karezes ».
Un « karez » est un système d’irrigation souterrain pouvant atteindre quelques kilomètres de long, qui permet également de réduire l’évaporation de l’eau dans les climats chauds. Connaissez-vous d’autres systèmes d’irrigation novateurs ? Faites-le-nous savoir dans les commentaires. - Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
Vidéo en anglais : https://www.facebook.com/watch/?v=1417155819277855
Selon : Karez System Cultural Landscape - Date de soumission : 12/04/2016 - Soumis par : Government of Pakistan, Directorate General of Archaeology - État, province ou région : Balochistan
Au Pakistan, l’usage du kariz se concentre presque exclusivement dans la province du Baloutchistan, frontalière de l’Iran et de l’Afghanistan. Importance locale : on compte un peu plus de 1 000 kariz fonctionnels au Baloutchistan, irriguant environ 27 000 hectares. Patrimoine mondial : le paysage culturel du système de Karez au Baloutchistan est si unique qu’il a été inscrit sur la liste indicative du patrimoine mondial de l’UNESCO. Gestion communautaire : le partage de l’eau y est régi par des lois tribales et familiales strictes et ancestrales, faisant du kariz un élément central de la cohésion sociale locale.
Source : https://whc.unesco.org/fr/listesindicatives/6110/
Caractéristique |
En Afghanistan 🇦🇫 |
Au Pakistan (Baloutchistan) 🇵🇰 |
| Nombre de systèmes{{}} | 9 370 recensés | 1 053 fonctionnels |
| Surface irriguée{{}} | 168 000 à 170 000 hectares | 27 000 hectares |
| Statut de conservation{{}} | Fortement dégradé par les conflits, réhabilitations en cours | Proposé à l’UNESCO, menacé par la baisse des nappes phréatiques |
Pourquoi ce système redevient-il prioritaire ? - Face à la crise climatique, le kariz est considéré comme un modèle d’irrigation durable et écologique. Contrairement aux puits à moteurs électriques ou diesel qui épuisent définitivement les nappes phréatiques, le kariz ne prélève que le surplus d’eau qui s’écoule naturellement de l’aquifère, sans aucune consommation d’énergie. Sa réhabilitation est aujourd’hui une priorité pour la sécurité alimentaire de ces deux pays l’Afghanistan et le Pakistan…
Retour au début de l’introduction
Outil utilisé- Ce dossier a été conçu, documenté, organisé et mis en forme par Jacques Hallard pour publication sur ISIAS.info - Une assistance ponctuelle d’intelligence artificielle conversationnelle, ChatGPT (OpenAI), a été utilisée pour des comparaisons entre différentes situations (avec accès aux sources des références indiquées)
Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant
– 13/09/2026
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