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"Paul Claudel l’ambassadeur et frère de Camille Claudel (1864-1943) sculptrice, amante de Rodin, internée trente ans à Montfavet 84 : « une vie de génie et de solitude, l’abandonnée » selon André Castelli qui réhabilite sa mémoire" par Jacques Hallard

samedi 5 septembre 2026, par Hallard Jacques

ISIAS Histoire Arts

Paul Claudel l’ambassadeur et frère de Camille Claudel (1864-1943) sculptrice, amante de Rodin, internée trente ans à Montfavet 84 : « une vie de génie et de solitude, l’abandonnée » selon André Castelli qui réhabilite sa mémoire

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 28/08/2026

In Avignon - Un livre pour « rétablir la vraie vie de Camille Claudel » à l’asile - Ancien infirmier du centre hospitalier de Montfavet 84, André Castelli finalise l’écriture. Son troisième ouvrage sur la sculptrice, internée les trente dernières années de sa vie à l’asile de Montdevergues, à Montfavet 84, où elle est morte il y a 80 ans. Mireille Martin - 04 mars 2023 à 18:10 Source

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule

Quelques brèves informations préliminaires

Paul et Camille Claudel étaient très proches. Frère et sœur, ils partageaient une grande complicité et une admiration réciproque. Camille a souvent représenté Paul dans ses sculptures, tandis que Paul a soutenu et fait connaître le talent artistique de sa sœur. Leur relation était donc à la fois familiale, affective et artistique …

« Paul et Camille Claudel entretiennent une relation fraternelle très forte, fondée sur la complicité, l’admiration et la création artistique. Dès l’enfance, ils sont très proches : Camille sculpte son frère à plusieurs reprises, tandis que Paul, écrivain et diplomate, admire profondément son talent. Leurs échanges intellectuels et artistiques nourrissent leurs œuvres respectives. Leur relation devient cependant plus complexe avec la souffrance et l’internement de Camille en 1913. Malgré ces épreuves, leur lien reste marqué par une profonde admiration et une grande tendresse fraternelle ».

Source : https://www.museecamilleclaudel.fr/fr/activites/expositions-temporaires/camille-claudel-paul-claudel-le-reve-et-la-vie?utm_source=chatgpt.com

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André Castelli est une personnalité vauclusienne particulièrement attachée à Montfavet et à l’histoire de son centre hospitalier psychiatrique. Ancien infirmier psychiatrique, il a consacré une grande partie de sa carrière au Centre hospitalier de Montfavet, où il a débuté en 1970. Passionné par la mémoire et l’histoire de l’établissement, il mène depuis plusieurs décennies des recherches sur son passé et sur ses patients. Également engagé dans la vie publique locale, André Castelli a été élu à Avignon et conseiller général puis départemental du Vaucluse. Il s’est notamment investi dans la défense et la valorisation du quartier de Montfavet. Auteur de plusieurs ouvrages et études historiques, il s’est particulièrement intéressé à la période de la Seconde Guerre mondiale à l’hôpital de Montdevergues-Montfavet et au destin de la sculptrice Camille Claudel, internée dans cet établissement pendant près de trente ans. Parmi ses publications figurent Montdevergues-les-Roses, terre d’asile (1990), des travaux sur l’hôpital psychiatrique sous le régime de Vichy, ainsi que Camille, l’abandonnée (2023). (Selon ‘ChatGPT’).

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La personnalité d’André Castelli

Conférence de presse - Festival d’Avignon 2015 - André Castelli, vice-président du Conseil général de Vaucluse et conseiller municipal d’Avignon, au cours de la conférence de presse de présentation du festival d’Avignon 2015 à la FabricA à Avignon, le 26 mars 2015. (Photo by Jean-Marc ZAORSKI/Gamma-Rapho via Getty Images) Source

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Introduction

Ce dossier est une opportunité pour revoir une page de l’histoire de l’art en abordant les oeuvres de la sculptrice Camille Claudel (1864-1943), ainsi que le parcours de son frère : l’ambassadeur Paul Claudel (1948-1955)…

André Castelli nous rappelle l’existence pénible Camille Claudel dont il s’efforce à réhabiliter la mémoire…

Les documents sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

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Sommaire

Note sur Camille Claudel par André Castelli – Selon une requête effectuée auprès de ‘ChatPGT’

Compléments d’information

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  • Article Wikipédia sur Paul Claudel 1948-1955 Pour les articles homonymes, voir Claudel.

Paul Claudel

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/7d/Paul_Claudel_01.jpg/250px-Paul_Claudel_01.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&utm_campaign=parser&utm_content=thumbnail

Paul Claudel en 1927.

Fonctions
Président
Association France États-Unis
1948-1955
André Maurois
Fauteuil 13 de l’Académie française
4 avril 1946 - 23 février 1955
Louis Gillet

Wladimir d’Ormesson
Ambassadeur de France en Belgique
1933-1935
Charles Corbin

Jules Laroche
Ambassadeur de France aux États-Unis
1926-1933
Henry Bérenger

André Lefebvre de La Boulaye
Ambassadeur de France au Japon
1921-1927
Edmond Bapst (d)

Robert de Billy
Biographie
Naissance 6 août 1868
Villeneuve-sur-Fère (France)
Décès 23 février 1955 (à 86 ans)
16e arrondissement de Paris
Sépulture Château de Brangues
Nom de naissance Paul Louis Charles Claudel
Pseudonyme Delachapelle
Nationalité française
Formation École libre des sciences politiques
Activités Dramaturge, librettiste, écrivain, essayiste, poète, diplomate, historien de l’art
Période d’activité 1890-1955
Père Louis Prosper Claudel (d)
Mère Louise-Athanaïse Cécile Amelie Cerveaux (d)
Fratrie Camille Claudel
Conjoint Reine Claudel (d) (de 1906 à 1955)
Enfants Louise Vetch (d)
Marie Frégnac-Claudel (d)
Pierre Claudel (d)
Reine Paris (d)
Henri Claudel (d)
Renée Nantet (d)
Autres informations
Membre de Académie française (1946-1955)
Académie bavaroise des beaux-arts
Académie américaine des arts et des sciences
Association France États-Unis
Genres artistiques Théâtre, essai
Site web societe.paul-claudel.net
Distinctions Liste détaillée
Œuvres principales
Partage de midi (1905), Le Soulier de satin (1929), L’Histoire de Tobie et de Sara (1942)
signature de Paul Claudel

Signature.

Plaque commémorative.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/63/Tombe_de_Paul_Claudel_%C3%A0_Brangues.jpg/250px-Tombe_de_Paul_Claudel_%C3%A0_Brangues.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&utm_campaign=parser&utm_content=thumbnail

Vue de la sépulture.

Paul Claudel, né le 6 août 1868 à Villeneuve-sur-Fère (département de l’Aisne)[1], mort le 23 février 1955 à Paris (16e arrondissement)[2], est un dramaturge, poète, essayiste et diplomate français, membre de l’Académie française. Il est le frère de la sculptrice Camille Claudel, le gendre de l’architecte Louis Sainte-Marie Perrin, et le beau-père du diplomate Jacques-Camille Paris.

Claudel a étudié le droit et la philosophie avant de se tourner vers l’écriture. Ses premiers poèmes ont été publiés en 1890, et en 1893, il a écrit sa première pièce de théâtre à succès La Ville.

Il a également travaillé comme diplomate pour le gouvernement français, ce qui l’a amené à voyager dans de nombreux pays, dont la Chine, où il a écrit une série de poèmes inspirés par sa rencontre avec la culture chinoise.

En plus de ses poèmes, Claudel a écrit de nombreux drames, dont Le Soulier de satin et L’Annonce faite à Marie. Ses œuvres ont été traduites dans de nombreuses langues et ont été jouées dans le monde entier.

Biographie {{}}

Origines familiales et jeunesse{{}}

La famille Claudel vers 1870, le père avec Paul sur ses genoux au centre, Camille avec sa poupée à droite, et Louise à gauche.

Paul Louis Charles Claudel est issu d’une famille de la bourgeoisie provinciale[3].

Son père, Louis-Prosper Claudel, né en 1826 à La Bresse (département des Vosges), mort en 1913[4], est receveur de l’Enregistrement puis conservateur des hypothèques à Nogent-sur-Seine. Il épouse en 1862 Louise Athénaïse, née Cerveaux.

Par son père, on remonte sa généalogie jusqu’à Jacques Elophe Claudel né vers 1500 et mort en 1530.

Conduit par sa carrière en Picardie, son père y trouve une épouse et entre dans une famille de notables enracinés dans l’Aisne[5],[6].

Par sa mère, il descend de Charlotte de Vertus, issue d’une famille de vignerons. La famille de Vertus prétend, sans preuves, descendre directement d’un fils illégitime de Philippe Antoine, bâtard de Vertus, gouverneur de Blois et de Coucy qui meurt des mains du bourreau le 18 juillet 1445. Ce dernier était le fils naturel de Philippe d’Orléans (1396-1420), comte de Vertus, fils de Valentine Visconti et de Louis Ier d’Orléans, fils de Charles V le Sage[5],[6],[7].

Paul est le seul de la fratrie à naître dans le village de Villeneuve-sur-Fère, dans l’ancien presbytère du village (devenu depuis 2018 la Maison de Camille et Paul Claudel[8]). La famille y était accueillie depuis 1866 par le curé, oncle de Madame Claudel[3].

Domicile familial de Paul et Camille Claudel à Wassy.

Paul est le frère cadet de Louise Claudel, pianiste[9] née en 1866[3], et de la sculptrice Camille Claudel, laquelle réalisera en 1884 son buste « en jeune Romain »[note 1].

Il grandit à Villeneuve-sur-Fère jusqu’en 1879, puis à Wassy entre 1879 et 1881. De 1882 à 1886 il vit à Paris avec sa mère et ses sœurs au 135bis, boulevard du Montparnasse, puis de 1886 à 1892 au 31, boulevard de Port-Royal[10].

Formation{{}}

Il fait ses études au lycée Louis-le-Grand, y obtient son baccalauréat de philosophie en 1885, puis s’inscrit à l’École libre des sciences politiques pour y préparer une licence de droit[11]. Il en est diplômé en 1885 (section administrative)[12]. Il passe le concours d’entrée dans le corps diplomatique en 1890. Il est reçu et commence sa carrière en 1893[13].

Conversion{{}}

Immeuble du boulevard de Port-Royal où vécut la famille Claudel de 1886 à 1892.

Claudel, selon ses dires, baignait, comme tous les jeunes gens de son âge, dans le « bagne matérialiste[note 2] » du scientisme de l’époque. Il se convertit au catholicisme, religion de son enfance, en assistant en curieux aux vêpres à Notre-Dame de Paris le 25 décembre 1886, jour de Noël.

« Les enfants de la maîtrise […] étaient en train de chanter ce que je sus plus tard être le Magnificat. J’étais moi-même debout dans la foule, près du second pilier à l’entrée du chœur à droite du côté de la sacristie. Et c’est alors que se produisit l’événement qui domine toute ma vie. En un instant mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d’une telle force d’adhésion […] que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d’une vie agitée, n’ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher[14]. »

L’auteur clé de sa conversion catholique est Arthur Rimbaud[15],[16], qu’il découvre peu avant l’évènement de décembre 1886 — à la fois par Les Illuminations mais surtout Une saison en enfer — et qui changera, comme il l’a souvent raconté, le cours de sa vie[17].

Influences …{{}}

Lire l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_Claudel

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  • Article Wikipédia consacré à Camille Claudel {{}}

Camille Claudel [1] ([kamij klodɛl] Écouter), née à Fère-en-Tardenois[2],[3] dans l’Aisne, le 8 décembre 1864 et morte à Montdevergues (Montfavet, Vaucluse) le 19 octobre 1943, est une sculptrice française. Son art de la sculpture à la fois réaliste et expressionniste s’apparente à l’Art nouveau par son utilisation savante des courbes et des méandres[4].

Collaboratrice du sculpteur Auguste Rodin[5], sœur du poète, écrivain et diplomate Paul Claudel, sa carrière est météorique, brisée par un internement psychiatrique forcé et une mort quasi anonyme. Un demi-siècle plus tard, un livre (Une femme, Camille Claudel d’Anne Delbée, 1982) puis un film (Camille Claudel, 1988) la font sortir de l’oubli pour le grand public.

Depuis 2017, un musée porte son nom dans la ville où elle a commencé à sculpter, Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. Il présente la plus grande collection de ses œuvres, qui permet de suivre toute la carrière de la sculptrice [6].

Biographie{{}}

Enfance{{}}

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/99/Maison_natale_de_Paul_Claudel.JPG/250px-Maison_natale_de_Paul_Claudel.JPG?utm_source=fr.wikipedia.org&utm_campaign=parser&utm_content=thumbnail

Maison d’enfance [7] à Villeneuve-sur-Fère.

Camille Claudel naît le 8 décembre 1864 à Fère-en-Tardenois. Elle est la fille de Louis Prosper Claudel (né à La Bresse, dans les Vosges, le 26 octobre 1826), conservateur des hypothèques, et de Louise-Athanaïse, née Cerveaux, fille du médecin et nièce du prêtre du village. Par son père, on remonte sa généalogie jusqu’à Jacques Elophe Claudel né vers 1500 et mort en 1530, ainsi que jusqu’à Jean Debordeaux, maître-chirurgien de Pierrepont, toujours en Picardie, né autour de 1605. Par ce lien, Camille Claudel est à la fois cousine et contemporaine de Jules Debordeaux, l’un des Trois instituteurs de l’Aisne[8], martyrs aux mains des Prussiens lors de la guerre de 1870 et immortalisés par une statue de bronze dans la ville de Laon. Conduit par sa carrière en Picardie, son père y trouve une épouse et entre dans une famille de notables enracinée dans l’Aisne[9],[10]. Par sa mère, elle descend de Charlotte de Vertus, issue d’une famille de vignerons. La famille de Vertus prétend descendre directement d’un fils illégitime de Philippe Antoine, bâtard de Vertus, gouverneur de Blois et de Coucy qui meurt des mains du bourreau le 18 juillet 1445. Philippe Antoine était le fils naturel de Philippe d’Orléans, comte de Vertus, fils de Valentine Visconti et de Louis Ier d’Orléans, fils de Charles V le Sage[9],[10],[11].

En raison de la disparition, à seize jours, du premier-né du couple, Charles-Henri (né en août 1863) [12], Camille Claudel devient l’aînée d’une future fratrie de trois.

Par la suite, le couple Claudel s’installe à Villeneuve-sur-Fère, petit village proche de Fère-en-Tardenois (Aisne). Camille Claudel y passe son enfance entourée de Louise, née en février 1866 et de Paul, né en août 1868. Le presbytère qui a vu naître Paul Claudel à Villeneuve-sur-Fère, est devenu la Maison de Camille et Paul Claudel [7].

La famille Claudel s’installe ensuite pour quatre années à Nogent-sur-Seine (Aube), de 1876 à 1879. Camille Claudel y fait ses premiers pas d’artiste si bien que son travail attire l’attention d’Alfred Boucher, jeune sculpteur originaire des alentours de Nogent-sur-Seine et vivant à Paris, qui lui reconnaît des dons exceptionnels[13].

Parcours artistique{{}}

Ses débuts{{}}

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Le sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), photographie anonyme, Nogent-sur-Seine, musée Camille-Claudel. Camille Claudel œuvrant sur Sakountala, avec Jessie Lipscomb dans leur atelier rue Notre-Dame-des-Champs en 1887.

Au plus tôt depuis son adolescence, Camille Claudel est passionnée par la sculpture et commence très jeune à travailler la glaise[14]. Appuyée constamment par son père, qui prend conseil auprès d’Alfred Boucher, Camille Claudel doit affronter la très forte opposition de sa mère qui aura toujours une violente aversion pour cet art, qui passionne sa fille aînée.

De 1879 à 1881, les Claudel habitent à Wassy (Haute-Marne). Camille Claudel persuade sa famille (à l’exception de son père retenu par ses obligations professionnelles) d’emménager à Paris, afin de perfectionner son art auprès des maîtres[10]. Les trois enfants et leur mère habitent au no 135 bis boulevard du Montparnasse, de 1882 à 1886.

Elle suit tout d’abord les cours de l’Académie Colarossi. En 1882, elle loue un atelier au no 117 rue Notre-Dame-des-Champs[15], où d’autres sculptrices viennent la rejoindre, la plupart anglaises, dont Jessie Lipscomb, avec qui elle se lie d’une profonde amitié. Une photographie de William Elborne, mari de Jessie, prise en 1887, les montre travaillant ensemble dans leur atelier[15] (voir ci-contre).

En 1882, Camille Claudel étudie sous la direction du sculpteur Alfred Boucher. Celui-ci est à Paris pour mettre en place La Ruche, un phalanstère d’une communauté d’artistes[16]. Mais, lauréat du prix du Salon[15], il doit partir pour Rome et il s’installe à la Villa Médicis, afin d’honorer des commandes (il n’a jamais gagné le prix de Rome, étant toujours arrivé second ; c’est seulement à l’aide de la fortune amassée grâce aux commandes de l’État — notamment La Piété Filiale — qu’il peut entreprendre ce voyage). Il demande à Auguste Rodin de le remplacer pour le cours de sculpture, qu’il donne au groupe de jeunes filles. Ainsi Camille Claudel, après avoir rencontré Rodin en 1882[17], intègre l’année suivante l’atelier parisien du maître au dépôt des marbres de l’État, no 182 rue de l’Université à Paris[18].

En 1888, elle reçoit une mention honorable au Salon des artistes français puis une médaille de bronze à l’Exposition universelle de 1900[19].

Les années Rodin{{}}

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Femme de Gérardmer (Vosges) par Claudel (1885).

Les premières œuvres que Camille Claudel montre à son maître Rodin « lui font forte impression »[15], comme Vieille Hélène et Paul à 13 ans. Vers 1884, elle intègre son groupe de praticiens[15], et elle participe à plusieurs sculptures des œuvres de Rodin, comme l’imposant groupe statuaire Les Bourgeois de Calais[20] dont la légende veut que Camille Claudel fut chargée des mains, et Jessie Lipscomb des drapés[21].

Très vite, la connivence puis la complicité artistique s’installent ; Camille Claudel, par son génie, l’originalité de son talent et sa farouche volonté, devient indispensable à Rodin ; tel qu’il le dit lui-même :

« Mademoiselle Claudel est devenue mon praticien le plus extraordinaire, je la consulte en toute chose[22] »

Et à ceux qui la critiquent, Rodin répondra :

« Je lui ai montré où trouver de l’or, mais l’or qu’elle trouve est bien à elle[23] »

Camille Claudel « exerce une certaine influence sur son maître »[15], et elle lui inspira L’Éternelle idole[24], Le Baiser, sculpture à laquelle ils travaillèrent ensemble, et à la Porte de l’Enfer, œuvre inachevée d’Auguste Rodin. Suivront également des œuvres comme La Danaïde, dont le praticien est Jean Escoula[25], ou Fugit Amor[26].

Ils vivent leur passion amoureuse durant une dizaine d’années, mais Rodin, lors de leur rencontre, vit depuis plus de deux décennies avec sa compagne, son ancien modèle Rose Beuret[27] qu’il a rencontrée en 1864[28], année de naissance de Camille Claudel. Rodin ne voudra jamais quitter Rose Beuret, et il l’épousera à 76 ans[28], quelques mois avant sa mort en 1917. Après Camille Claudel, Rodin prend pour maîtresse son élève et sculptrice Sophie Postolska de 1898 à 1905[29].

En 1899, Henrik Ibsen s’inspire de l’histoire d’amour de Rodin et de Camille Claudel[30] dans Quand nous nous réveillerons d’entre les morts, pièce de théâtre considérée comme le testament du dramaturge norvégien, par la réflexion qu’il fait sur la création et les artistes[31].

Camille Claudel a souvent envisagé le mariage avec Rodin, mais ce dernier disait : « Non !!! »[32] préférant toujours Rose Beuret, qu’il va d’ailleurs choisir par la suite, délaissant Camille Claudel.

Portraits de Camille Claudel par Rodin et Boucher{{}}

Camille Claudel a été l’élève, l’assistante, la maitresse et la muse d’Auguste Rodin. Celui-ci, « fasciné »[33] par le visage de Camille Claudel, en réalise plusieurs portraits ou en « reprend des traits dans des portraits allégoriques », après la rupture des amants[34].

On retrouve son visage dans différentes sculptures, dont elle a été le modèle, comme Camille aux cheveux courts ou Masque de Camille Claudel, le Buste de Camille Claudel (1884) en bronze ; L’Aurore (1885) en marbre[33] ; Camille au bonnet (1885) en plâtre ; L’Adieu (1892) en plâtre ; La Convalescente (1892) en marbre ; La Pensée (1901) en marbre ; La France (1904) en bronze ; Camille au bonnet (1911), en pâte de verre réalisée par Henry Cros d’après le modèle de Rodin[35] Elle a également posé pour Alfred Boucher pour la sculpture Jeune fille lisant (1882) en plâtre patiné, qui lui est dédiée : « À Camille Claudel, en souvenir d’A. BOUCHER »[36].

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/03/Auguste_Rodin_Pensee_Gsell_203.jpg/250px-Auguste_Rodin_Pensee_Gsell_203.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&utm_campaign=parser&utm_content=thumbnail

Auguste Rodin, La Pensée (1901), marbre, Philadelphia Museum of Art.

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Auguste Rodin, Camille Claudel au bonnet (1885), plâtre, São Paulo, musée Afro Brasil.

Auguste Rodin, Camille Claudel (1886), bronze[37]

Auguste Rodin, La France ou Saint-Georges (vers 1902-1903), musée des beaux-arts de Dijon, portrait inspiré des traits de Camille Claudel[33].

Auguste Rodin, Tête de Camille Claudel au bonnet, pâte de verre, Paris, musée Rodin[38].

Portrait de Rodin par Camille Claudel

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https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/95/Auguste_Rodin_fotografato_da_Nadar_nel_1891.jpg/120px-Auguste_Rodin_fotografato_da_Nadar_nel_1891.jpg?utm_source=fr.wikipedia.org&utm_campaign=parser&utm_content=thumbnail

Nadar, Auguste Rodin (1891). Le sculpteur à l’âge de 51 ans, aux dernières années de sa liaison avec Camille Claudel.

Camille Claudel, Buste de Rodin (1897), bronze, Paris, musée Rodin.

Vers sa propre expression{{}}

Camille Claudel sculptant Vertumne et Pomone vers 1903[39]. Plaque 31 boulevard de Port-Royal (13e arrondissement de Paris). Camille Claudel, Vertumne et Pomone (1905, détail), marbre, Paris, musée Rodin.

Vers 1886, Camille Claudel réalise La Jeune Fille à la gerbe — déclarée trésor national en novembre 2003[40] — qui influence Rodin[15] et dont se rapproche la sculpture postérieure de Rodin, La Galatée.

En 1886, en pleine passion avec Rodin, elle commence la sculpture d’un couple pétri de désir, Sakountala, sur lequel elle travaille sans relâche durant deux ans[41]. La sculpture, exposée en 1888, connaît un certain succès public et critique et obtient une mention honorable au Salon des artistes français[42].

Elle habite occasionnellement au no 31 boulevard de Port-Royal de 1886 à 1892[43].

Camille Claudel glisse de l’expressivité passionnée et exclusive du corps nu, propre à ce dernier, à une science des attitudes plus originale et maîtrisée qui relève de son génie personnel. Des drapés très art nouveau enveloppent de plus en plus les corps. Un chef-d’œuvre tel que La Valse[44] (qui compte plusieurs versions) montre l’étendue de son talent. Mais l’artiste ne s’arrête pas là, elle explore une nouvelle voie, profondément originale. « J’ai beaucoup d’idées nouvelles », confie-t-elle à son frère Paul. Elle en donne quelques croquis étonnants, parmi lesquels on reconnaît Les Causeuses. Des œuvres nombreuses et remarquables naissent alors sous ses doigts. C’est l’invention d’une statuaire de l’intimité, qu’elle seule a pu atteindre.

La voie amorcée par Camille Claudel vise à saisir sur le vif le vécu d’un geste simple, dans l’intensité de l’instant. Elle s’attarde au moment qui s’échappe, et tente d’en faire sentir toute la densité tragique.

Elle offre La Valse à Claude Debussy, qui conserve la sculpture dans son cabinet de travail toute sa vie[45]. L’hypothèse d’une liaison avec le musicien est souvent évoquée[46].

Entre 1882 et 1905, elle sculpte également plus d’une vingtaine de bustes[47], souvent de ses proches, comme son frère Paul, sa sœur Louise ou son amant Rodin.

Rodin, pour son travail autour de la commande de son Monument à Balzac, doit régulièrement se rendre à Tours (Indre-et-Loire), ville natale de l’écrivain, séjournant au château de l’Islette, quelques kilomètres à l’ouest. En 1891, il y invite Camille Claudel[48], où « loin des yeux de la ville, ils ont trouvé un refuge discret, où leur amour pourrait se développer dans le bonheur et la sérénité. »[49] Camille Claudel y élabore son projet de buste de la petite-fille du propriétaire du château, La Petite Châtelaine, terminé en 1896. Les trois étés passés dans cette « retraite paisible »[50] marquent un tournant dans le travail de l’artiste[48].

Rodin se détache peu à peu de Camille Claudel et celle-ci est déchirée entre ses envies d’engagement avec Rodin et sa soif d’indépendance artistique. Le couple se sépare en 1892[17] ; Rodin décide de rester auprès de Rose Beuret, après une décennie de passion avec Camille Claudel. Il continue toutefois de recommander les œuvres de Camille Claudel, sans grand succès - les comparaisons entre les deux artistes continuant de faire de l’ombre à son ancienne élève[51].

Hypothèse de maternités{{}}

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Camille Claudel (avant 1883).

D’après Serge Gérard[52] :

« En lisant les mémoires de Jessie (Lipscomb), on découvre que Rodin et Camille auraient eu deux enfants non reconnus — comme Auguste — par Rodin, et que Camille aurait subi plusieurs avortements. »

Selon la petite-nièce de Claudel, Reine-Marie Paris, les deux sculpteurs auraient eu quatre enfants, et l’un des proches collaborateurs de Rodin a plusieurs fois été chargé de régler la pension de deux enfants[53]. L’hypothèse des deux enfants est confirmée par l’écrivain Jehan Rictus dans son journal ; il tenait l’information de Marcelle Dalti, secrétaire de Rodin[54].

Un avortement clandestin de Camille Claudel en 1892 – année de leur rupture[17] – est évoqué par Paul Claudel dans une lettre en 1939 à Marie Romain-Rolland[55]. Il aurait contribué à détériorer la santé mentale de sa sœur[56], quoique l’hypothèse semble improbable à certains psychiatres[57].

L’après Rodin{{}}

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Camille Claudel, L’Âge mûr (1899), bronze, Paris, musée Rodin. Torse de Clotho (vers 1893). La Vague (entre 189&-1903). L’hôtel de Jassaud, no 19 quai de Bourbon à Paris, où Camille Claudel habita et travailla de 1899 jusqu’à son internement.

La sculpture L’Âge mûr, de 1899, est une sorte de double allégorie, du temps et de la fin de leur passion[51]. Elle représente en effet un homme mûr, qui abandonne la jeunesse implorante (L’Implorante), pour se tourner vers la vieillesse, voire la mort. Parallèlement, Camille Claudel peut alors figurer la jeunesse — elle est encore vingtenaire à leur rupture — et Rodin l’homme mûr, qui choisit de rester avec sa compagne Rose Beuret, qui figure alors la vieillesse[51].

« L’Âge mûr correspond à un moment-clé de la carrière de Claudel : elle est alors dans la parfaite maîtrise de ses moyens, et connaît un début de reconnaissance officielle, qui toutefois n’aura jamais l’ampleur que l’artiste est en droit d’espérer[15]. »

En 1893, la vieillesse était déjà représentée, dans la sculpture Clotho[58] : « cette représentation terrible de la vieillesse et du temps reflète les tourments dont Claudel est alors la proie ; elle est aussi une allusion à Rose Beuret »[15]. L’œuvre est exposée à la Société nationale des Beaux-arts dans sa version en plâtre et en 1899, dans sa version en marbre[59]. Elle fait partie de la délégation de femmes françaises artistes présentées à l’Exposition universelle de 1893 à Chicago, regroupées dans le Woman’s Building[60].

Entre 1893 et 1905, Camille Claudel essaie de se libérer de l’influence du travail de Rodin, avec la série qu’elle nomme elle-même « croquis d’après nature »[61], inspirée de la vie quotidienne et de l’art japonais[62], avec des sujets de petite taille et des matériaux différents ; les œuvres Les Causeuses en 1895, et La Vague en 1897, en font partie.

Rodin de son côté recommence à travailler sur le visage de Camille Claudel dès 1895 où il reprend ses travaux des portraits des années 1880 de son ancienne maîtresse, pour la « sublimer »[34] dans des sculptures où, comme évoqué supra, il en « reprend des traits dans des portraits allégoriques, comme L’Aurore ou La France »[33]. Ces sculptures sont personnelles et peu exposées de son vivant[34] — excepté celle de La France.

En 1895, Antoine Bourdelle, alors praticien d’Auguste Rodin, réussit à vendre 2 500 francs un marbre de La Petite Châtelaine[63]. La même année, Camille Claudel fait don au musée de Chateauroux de son groupe en plâtre Sakountala[42]. La polémique dans la presse locale suscitée par l’exposition de l’œuvre « permet de mieux apprécier les obstacles de tout ordre que Camille a dû surmonter pour s’affirmer dans le monde de son époque »[42].

En 1897, les éditions Goupil publient un premier album de 129 gravures de Rodin, avec une préface d’Octave Mirbeau et un frontispice illustré d’un portrait de Rodin par Camille Claudel[64].

Camille Claudel rencontre en 1897 la comtesse Arthur de Maigret[65] qui la fait travailler, ce qui permet enfin à l’artiste d’être autonome, financièrement et psychologiquement, après l’emprise et les relations professionnelles ou artistiques de Rodin. La comtesse lui commande plusieurs œuvres, dont son portrait en marbre, un buste de son fils Christian, et un exemplaire en marbre de Persée et la Gorgone[15]. Cependant, les deux femmes se brouillent en 1905 pour des raisons obscures[65]. La sculptrice perd de ce fait sa riche commanditaire.

Elle vit et travaille alors dans son nouvel atelier, à l’hôtel de Jassaud du no 19 quai de Bourbon, sur l’île Saint-Louis à Paris, de 1899 jusqu’à son internement en 1913 — ce que rappelle une plaque souvenir apposée sur cette maison. Elle travaille seule et connaît des soucis financiers. Rodin, qu’elle appelle « la Fouine », tente en vain de l’aider avec le critique Gustave Geoffroy pour lui obtenir une commande publique. Il paye également le loyer de son atelier en 1904[66].

L’Implorante, bronze fondu par E. Blot (1899).

Elle rencontre le marchand d’art Eugène Blot[67], qui devient rapidement son agent. Entre 1905 et 1908, il fait produire des tirages de bronze de plusieurs de ses sculptures[67], comme L’Implorante, organise trois expositions de ses œuvres[67], et tente d’obtenir des aides de l’État pour son artiste. L’Abandon est reproduit dans un article de Gustave Kahn « L’art et le beau » dans les Études artistiques illustrées[68] parmi les œuvres de Fix-Masseau.

Camille Claudel continue de produire, mais ne reçoit pas de commande de l’État, malgré le soutien d’Octave Mirbeau qui admire son talent et proclame à trois reprises son génie dans la grande presse. En effet, Camille Claudel défie la morale sexiste du monde de l’art de l’époque en sculptant des nus avec la même liberté que les hommes. Par ailleurs, elle professe des idées conservatrices, antidreyfusardes[69] et antirépublicaines[70]. Elle reçoit enfin une commande de l’État, lorsqu’elle sculpte le nu d’une femme seule et mourante, la Niobide blessée[71], achevée en 1907. L’État achète également un bronze de L’Abandon.

Plusieurs photographies la présentent les traits lourds et épaissis, dont l’une en 1905 signant le marbre de Vertumne et Pomone.

À partir de 1905, Camille Claudel connaît de profonds troubles, des obsessions et des idées paranoïaques[72]. Elle est persuadée que Rodin est la cause de son insuccès[66]. Elle a beaucoup moins d’inspiration, elle s’échine à sculpter et à polir le marbre d’œuvres qui sont plutôt des variations de ses anciennes sculptures[72],[15]. Elle ne reçoit plus personne dans son logement et atelier de l’hôtel de Jassaud, où elle vit « recluse »[73].

« Ma maison est transformée en forteresse : des chaînes, des mâchicoulis, des pièges à loup derrière toutes les portes témoignent du peu de confiance que j’ai dans l’humanité », écrit-elle[74]. En 1909, Paul Claudel dans son Journal la décrit dans son atelier :

Inondation de 1910 à Paris, au pont Saint-Louis qui conduit au quai de Bourbon.

« À Paris, Camille folle. Le papier des murs arraché à longs lambeaux, un seul fauteuil cassé et déchiré, horrible saleté. Elle, énorme et la figure souillée, parlant incessamment d’une voix monotone et métallique[74]. »

En 1910, son atelier est inondé par la grande crue de la Seine.

En 1912, elle détruit ses œuvres. Camille Claudel écrit « avoir brisé tous ses modèles en plâtre, et brûlé tout ce qu’elle pouvait pour se venger de ses “ennemis” »[75] dans son atelier. Les voisins se plaignent auprès de son frère et de sa famille : « Qu’est-ce que c’était ce personnage hagard et prudent, que l’on voyait sortir le matin pour recueillir les éléments de sa misérable nourriture[76] ? »[77]

Assistants et praticiens de Camille Claudel{{}}

Camille Claudel, Persée et la Gorgone, marbre, musée Camille Claudel (praticien : François Pompon).

Internement durant ses trente dernières années{{}}

L’internement psychiatrique en 1913{{}}

Vivant misérablement, Camille Claudel s’enferme bientôt dans la solitude et sombre peu à peu dans la paranoïa. Son frère Paul écrit en février 1913 :

« J’ai tout à fait le tempérament de ma sœur, quoiqu’un peu plus mou et rêvasseur, et sans la grâce de Dieu, mon histoire aurait sans doute été la sienne ou pire encore[82]. »

Son père est son unique « protection : l’homme est vieux, mais il a toujours défendu sa fille contre son épouse. Paul, l’écrivain-diplomate, lui, a vécu subjugué et traumatisé à l’ombre de cette sœur aînée[73]. » Tout s’accélère lorsque son père meurt — elle a alors quarante-huit ans — le 2 mars 1913. Elle semble ne pas en être informée[42] — elle n’assistera d’ailleurs pas à l’inhumation. Sa famille demande à la faire interner, pratique courante à cette époque[83] ; son frère Paul décide d’agir immédiatement après la mort de leur père et demande au docteur Michaux le certificat médical nécessaire à l’internement[42]. Sa mère, âgée de 73 ans, signe « une demande de placement volontaire »[73].

Femme accroupie (1884-85).

Camille Claudel est diagnostiquée pour une psychose paranoïaque[84],[85] avec « délire systématisé de persécution basé principalement sur des interprétations et des fabulations. Diagnostic : Démence paranoïde » selon les docteurs Truelle[73] et Broquère ; l’étiologie en est discutée : malnutrition, alcoolisme, syndrome de Korsakoff[86]. Le 7 mars 1913, le docteur Michaux diagnostique :

« Je soussigné, docteur Michaux, certifie que Mademoiselle Camille Claudel est atteinte de troubles intellectuels très sérieux ; qu’elle porte des habits misérables ; qu’elle est absolument sale, ne se lavant certainement jamais… ; qu’elle passe sa vie complètement renfermée dans son logement et privée d’air ; que depuis plusieurs mois elle ne sort plus dans la journée mais qu’elle fait de rares sorties au milieu de la nuit ; que d’après ses lettres […] elle a toujours la terreur de la bande à Rodin[87] que j’ai déjà constatée chez elle depuis 7 à 8 ans, qu’elle se figure être persécutée, que son état déjà dangereux pour elle à cause du manque de soins et même parfois de nourriture est également dangereux pour ses voisins. Et qu’il serait nécessaire de l’interner dans une maison de santé[73]. »

Camille est internée à l’asile de Ville-Évrard (Seine-Saint-Denis) le 10 mars, et sa famille demande que soient restreintes ses visites et sa correspondance[42],[88]. Elle restera internée trente ans[89], jusqu’à sa mort.

Elle écrit à son cousin Charles Thierry :

« C’est bien la peine de tant travailler et d’avoir du talent pour avoir une récompense comme ça. Jamais un sou, torturée de toute façon, toute ma vie. Privée de tout ce qui fait le bonheur de vivre et encore finir ici. »

Plaque commémorative, no 19 quai de Bourbon à Paris.

Pour son frère Paul Claudel, l’internement appartient à l’œuvre de sa sœur, comme il l’écrit en 1951 dans le Figaro Littéraire :

« L’œuvre de ma sœur, ce qui lui donne un intérêt unique, c’est que toute entière, elle est l’histoire de sa vie[90]. »

L’atelier du quai de Bourbon à Paris de Camille Claudel est fermé par la famille et ce qui demeurait du fonds d’atelier est détruit.

Controverses autour de l’internement psychiatrique{{}}

Dès les mois qui suivent son internement psychiatrique, celui-ci est condamné par les admirateurs de Camille Claudel, qui y voient un « crime clérical ». Ainsi, le journal L’Avenir de l’Aisne publie le 19 septembre 1913 une tribune s’indignant de ce « [qu’]en plein travail, en pleine possession de son beau talent et de toutes ses facultés intellectuelles, des hommes [sont] venus chez elle, l’ont jetée brutalement dans une voiture malgré ses protestations indignées, et, depuis ce jour, cette grande artiste est enfermée dans une maison de fous. »[42]

Une campagne de presse est alors lancée contre la « séquestration légale », accusant en particulier la famille de Camille Claudel de vouloir se débarrasser[42] d’elle et demandant l’abrogation de la Loi du 30 juin 1838 sur l’enfermement des aliénés.

Bouleversé, Rodin tente de faire en sorte d’améliorer le sort de Camille Claudel, sans grand succès[42]. Après avoir consacré en 1914 une salle à l’œuvre de Camille Claudel dans l’hôtel Biron[91], il meurt en novembre 1917.

Internement à l’asile de Montfavet, Vaucluse{{}}

Centre hospitalier de Montfavet dans les années 1910.

En 1914, la Première Guerre mondiale éclate et les hôpitaux sont réquisitionnés : après un bref séjour dans un hôpital d’Enghien[73], Camille est transférée, le 12 février 1915[73], à l’asile d’aliénés de Montdevergues, à Montfavet, dans le Vaucluse, où elle restera jusqu’à la fin de ses jours.

Dans la détresse, elle ne sculpte plus et ne recevra jamais de visite de sa mère qui meurt en 1929, ni de sa sœur. Seul son frère Paul viendra la voir à douze reprises[88] durant ces trente années.

En 1919, son état semble s’améliorer, mais sa « mère refuse violemment dans les courriers adressés au directeur de Montdevergues »[82] toute éventualité de sortie : « je ne vais pas la changer d’établissement tous les six mois et, quant à la prendre chez moi, ou la remettre chez elle, comme elle était autrefois, jamais, jamais ! J’ai 75 ans et je ne vais pas me charger d’une fille qui a les idées les plus extravagantes, qui est remplie de mauvaises intentions à notre égard, qui nous déteste et qui est tout prête à nous faire tout le mal qu’elle pourra... Gardez-la je vous en prie... Elle vivait chez elle comme une miséreuse... Enfin elle a tous les vices, je ne veux pas la revoir, elle nous a fait trop de mal[92]. »

Camille Claudel, Paul Claudel à seize ans (1893), bronze, Toulouse, musée des Augustins.

Elle écrit de nombreuses lettres à son frère et à sa mère, dans lesquelles elle se plaint des conditions de son internement, et reçoit en retour de la nourriture et des affaires diverses. Sa mère lui écrit :

« Chère fille, J’ai sous les yeux ta dernière lettre et je n’arrive pas à imaginer que tu puisses écrire de pareilles horreurs à ta mère. Dieu seul sait ce que j’aurai subi par mes enfants ! Paul m’accable de reproches parce que, selon lui, nous aurions avantagé Louise à ton détriment et toi, Camille, comment oses-tu m’accuser d’avoir empoisonné ton père ! Tu sais aussi bien que moi qu’il avait près de 90 ans quand il nous a quittés, que j’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour vous le garder en vie le plus longtemps possible. Il a assez souffert lui aussi quand il a connu tes relations avec Rodin, l’ignoble comédie que tu nous as jouée. Moi, assez naïve pour inviter le « grand homme », avec Mme Rodin, sa concubine. Et toi, qui faisais la sucrée qui vivais avec lui en femme entretenue. Je n’ose même pas écrire les mots qui me viennent à l’esprit. D’après toi, nous serions, Louise et moi, sous la coupe de Berthelot, l’ami de Paul. Tu dis qu’il « tire les ficelles », c’est ton expression. Quand on pense à la gentillesse de Berthelot pour nous, on croit rêver ; ce n’est pas tout. Louise, prétends-tu, t’aurait volé ton héritage ? La pauvre enfant qui a eu tant de mal a élever Jacques, à lui faire une éducation… Arrêtons-là, veux-tu ? Ta lettre n’est qu’un ramassis de calomnies, toutes plus odieuses les unes que les autres. Mais tu ne me dis pas si tu a reçu le manteau que je t’ai fait envoyer par la Samaritaine ni si la maison Felix Potin a bien expédié le café et les biscuits à la cuillère que tu avais demandés. Naturellement, cela ne compte pas. Je t’embrasse[93] »

Lettre de Camille Claudel demandant sa libération{{}}

Le 25 février 1917, depuis Montdevergues, Camille Claudel adresse au docteur Michaux cette lettre[94],[95] :

« Monsieur le docteur,

Vous ne vous souvenez peut-être pas de votre ex-cliente et voisine, Mlle Claudel, qui fut enlevée chez elle le 13 mars 1913[96] et transportée dans les asiles d’aliénés d’où elle ne sortira peut-être jamais. Cela fait cinq ans, bientôt six, que je subis cet affreux martyre, je fus d’abord transportée dans l’asile d’aliénés de Ville-Evrard puis, de là, dans celui de Montdevergues près de Montfavet (Vaucluse). Inutile de vous dépeindre quelles furent mes souffrances. J’ai écrit dernièrement à Monsieur Adam, avocat, à qui vous aviez bien voulu me recommander, et qui a plaidé autrefois pour moi avec tant de succès ; je le prie de vouloir bien s’occuper de moi. Mais, dans cette circonstance, vos bons conseils me seraient nécessaires car vous êtes un homme de grande expérience et, comme docteur en médecine, très au courant de la question. Je vous prie donc de bien vouloir causer de moi avec M. Adam et réfléchir à ce que vous pourriez faire pour moi. Du côté de ma famille, il n’y a rien à faire : sous l’influence de mauvaises personnes, ma mère, mon frère et ma sœur n’écoutent que les calomnies dont on m’a couverte. On me reproche (ô crime épouvantable) d’avoir vécu toute seule, de passer ma vie avec des chats, d’avoir la manie de la persécution ! C’est sur la foi de ces accusations que je suis incarcérée depuis cinq ans et demi comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, de feu, et des plus élémentaires commodités. J’ai expliqué à M. Adam dans une longue lettre les autres motifs qui ont contribué à mon incarcération, je vous prie de la lire attentivement pour vous rendre compte des tenants et des aboutissants de cette affaire.

Peut-être pourriez-vous, comme docteur en médecine, user de votre influence en ma faveur. Dans tous les cas, si on ne veut pas me rendre ma liberté tout de suite, je préférerais être transférée à la Salpêtrière ou à Sainte-Anne ou dans un hôpital ordinaire où vous puissiez venir me voir et vous rendre compte de ma santé. On donne ici pour moi 150 F par mois, et il faut voir comme je suis traitée, mes parents ne s’occupent pas de moi et ne répondent à mes plaintes que par le mutisme le plus complet, ainsi on fait de moi ce qu’on veut. C’est affreux d’être abandonnée de cette façon, je ne puis résister au chagrin qui m’accable. Enfin, j’espère que vous pourrez faire quelque chose pour moi, et il est bien entendu que si vous avez quelques frais à faire, vous voudrez bien en faire la note et je vous rembourserai intégralement.

J’espère que vous n’avez pas eu de malheur à déplorer par suite de cette maudite guerre, que M. votre fils n’a pas eu à souffrir dans les tranchées et que Madame Michaux et vos deux jeunes filles sont en bonne santé. Il y a une chose que je vous demande aussi, c’est quand vous irez dans la famille Merklen, de dire à tout le monde ce que je suis devenue. »

Camille Claudel et Jessie Lipscomb lors d’une visite de cette dernière en 1929.

Son amie sculptrice Jessie Lipscomb vient la voir deux fois avec son mari William Elborne, en mai 1924 et en décembre 1929. Une photographie de l’artiste assise sur une chaise, prise par Elborne[97] durant leur dernière visite, est le seul témoignage visuel de ces années d’asile : elle a 65 ans[89].

Décès dans l’indigence{{}}

Stèle commémorative au cimetière de Montfavet.

Camille Claudel meurt à l’asile de Montfavet, le 19 octobre 1943 à 2 heures du matin, d’un ictus apoplectique[98], vraisemblablement par suite de la malnutrition sévissant à l’hôpital[88], à l’âge de 78 ans. Deux mois avant la mort de Camille Claudel, le directeur de l’hôpital psychiatrique avait affirmé à Paul Claudel : « Mes fous meurent littéralement de faim : 800 sur 2 000[99]. » En août 1942, il lui écrivait que l’état général de Camille Claudel « a marqué un fléchissement net depuis les restrictions qui touchent durement les psychopathes. Votre sœur […] en juillet, a dû être alitée pour œdème malléolaire en rapport avec une carence et le déséquilibre alimentaire[100] ». Selon Max Lafont[101], entre 1940 et 1944, 40 000 malades mentaux meurent de faim dans les hôpitaux psychiatriques en France.

Camille Claudel est inhumée, quelques jours après sa mort, au cimetière de Montfavet, dans le carré des aliénés[102], accompagnée du seul personnel de l’hôpital ; ni sa famille ni son frère Paul ne s’y rendent. Ses restes seront plus tard transférés à l’ossuaire, n’ayant pas été réclamés par les descendants[102]. « Le 28 septembre 1968, une plaque commémorative est inaugurée au cimetière de Villeneuve sur Fère. Elle porte la simple inscription ’Camille Claudel, 1864-1943’ »[103]. Depuis 2008, un cénotaphe érigé à l’initiative de sa petite-nièce, Reine-Marie Paris, « pour réparer l’oubli souhaité par la famille Claudel et son entourage », rappelle sa mémoire et sa présence dans le cimetière[104].

Ses œuvres et sa mémoire{{}}

Camille Claudel, La Vague (1897), marbre-onyx et bronze, Paris, musée Rodin.

Réception après l’internement puis le décès de Camille Claudel{{}}

Malgré son internement, les œuvres de Camille Claudel sont toujours appréciées, ses collectionneurs les montrent lors d’expositions collectives et de salons, notamment ceux organisés par l’Union des femmes peintres et sculpteurs, puis par ceux de la Société des femmes artistes modernes (créée en 1931 par Marie-Anne Camax-Zoegger) au long des années 1930 : dans ce cadre une rétrospective lui est même consacrée en 1934 ; L’Abandon, Paul Claudel à 18 ans, La Valse, L’Implorante sont exposés[105]. Des témoins ont rapporté que Paul Claudel, devenu ambassadeur, avait été furieux de voir les œuvres de sa sœur exposées, car il ne voulait pas qu’on sache qu’il avait une sœur internée[106] :

« À l’Exposition des Femmes Artistes Modernes on retrouvera avec plaisir des œuvres de Camille Claudel, sculpteur qui mériterait plus d’honneurs qu’on ne lui accorde en général[107]. »

Elle est présente sur la liste des artistes exposées à la Galerie Bernheim-Jeune en 1935, ainsi que pour Les femmes artistes d’Europe exposent au Jeu de Paume en 1937.

En 1951, le musée Rodin à Paris organise une exposition Camille Claudel avec 40 œuvres, tout en lui conservant une salle spéciale dans le musée. En 1956, Henri Asselin[Qui ?] consacre deux soirées à la radio française à La Vie douloureuse de Camille Claudel, sculpteur[108]. Dans les années 1960 et 1970, ses sculptures sont régulièrement exposées dans des expositions collectives autour de Rodin, de Paul Claudel, ou consacrées à l’art français[109].

À partir des années 1980, dans un contexte de redécouverte des artistes-femmes[109], les expositions se succèdent d’abord au Japon, puis à Paris avec l’inauguration du musée d’Orsay consacré aux artistes du XIXe siècle. En 1996, le Catalogue Raisonné par Anne Rivière, Bruno Gaudichon et Danielle Ghanassia affirme en quatrième de couverture : « L’omniprésence de Camille Claudel sur la scène artistique » depuis 15 ans[110].

Les œuvres de Camille Claudel… {{}}

Lire l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Camille_Claudel

Voir aussi cette source : https://www.musee-rodin.fr/musee/collections/galerie-des-themes/camille-claudel

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  • Camille Claudel, féminicide d’une artiste géniale - Par François-Bernard Michel, de la section des membres libres de l’Académie des beaux-arts - [Article issu de la Lettre de l’Académie n°102, L’artiste foudroyé]- Document ‘academiedesbeauxarts.fr’
Camille Claudel, âgée de 20 ans. Photo d'Étienne Carjat, 1886. Source camilleclaudel.asso.fr

Camille Claudel, âgée de 20 ans. Photo d’Étienne Carjat, 1886. Source : camilleclaudel.asso.fr 

La vie foudroyée de Camille Claudel (1864-1943) a été largement racontée, commentée, illustrée, filmée. Elle n’a cessé d’accumuler sur elle les lourds nuages de fulminations mortelles. Ce sont les médecins de Camille que je place au premier rang du banc des accusés. Impardonnables sont ces médecins qui ont ignoré le grand mouvement de la neuropsychologie opéré en ce temps-là à l’hôpital de la Salpêtrière avec les Docteurs Dejerine, Sollier, Merklen que Marcel Proust avait lui-même consulté. Comment Camille en avait-elle entendu parler ? Elle réclame précisément dans une lettre au Dr Duclos d’être transférée dans cet hôpital. La claustration hermétique qu’ils décident correspond en réalité à un assassinat artistique, affectif, social et intellectuel d’une jeune femme de 48 ans. La famille de Camille a joué un rôle aussi néfaste qu’essentiel dans son foudroiement. Sa mère Louise Cécile Athanaïse Cerveaux, veuve Claudel, la fait placer dans l’Asile de Ville-Evrard pour aliénation mentale. Toute sa vie, Camille sera poursuivie par sa détestation, avec des recommandations aux médecins de lui interdire entrées et sorties de visiteurs comme de correspondances. Son frère Paul s’est joint à l’entreprise de démolition de sa sœur. Sitôt après le décès de leur père en 1913, il demandera au Dr. Michaux de signer le certificat d’internement définitif en 1915 à l’asile de Montdevergues à Montfavet (Vaucluse) où Camille décèdera vingt-huit ans plus tard. Paul ira voir onze fois sa sœur qui lui demandait en vain de l’en faire sortir, sans donner suite. La presse démontre que certains se sont légitimement émus du sort de Camille.

L’avenir de L’Aisne (19/09/1913) déplore que « cette étonnante artiste » ait été meurtrie avec une incessante férocité... chose monstrueuse et à peine croyable, en plein travail, en pleine possession de son beau talent et de toutes ses facultés intellectuelles. »

Dans le Grand National, Paul Vibert écrit : « ... c’est donc à lui (Paul Claudel) de faire cesser une odieuse séquestration qui n’a déjà que trop duré » (décembre1913).

N’a-t-on pas tout dit et écrit sur les relations entre Camille Claudel et Rodin ? Lui, artiste colossal mais brutal dans ses relations humaines. Relations qu’il est possible de résumer en un duo affectif-amoureux, amante passionnée, enceinte de lui (avec toutes les contraintes imaginables que représente un avortement dans ces années 1900), compagnonnage artistique, commencé par un apprentissage puis une collaboration, ensuite par une compétition affrontée.

Rupture enfin en 1892, chargée de réactions violentes lorsque Camille lui demande de l’épouser et qu’il refuse, prétextant son prochain mariage avec Rose Beuret, ancien modèle depuis 1864 (année de naissance de Camille) devenue sa maîtresse.

En douze ans, de 1886 à 1898, quatorze lettres sont échangées, cinq de Rodin et neuf de Camille. Les intitulés des lettres à Camille sont éloquents. Ils commencent par « Ma féroce amie » (octobre 1886), « Je n’en puis plus, je ne puis plus passer un jour sans te voir ». Se poursuivent avec l’assurance qu’il ne prendra pas d’autres élèves qu’elle et qu’il la protégera par tous les moyens disponibles. Une lettre de 1895 qualifie Camille de « Ma souveraine amie », suivie dans le même texte de « Ma divine amie ». Au mois de juin de la même année, il s’adresse à une « Chère mademoiselle ». Pour sa dernière lettre (2 décembre 1897), elle n’est plus que « Mon amie » (« Je ne sais si cette pauvre lettre vous plaira... votre avenir est si beau... douceur et patience »). La plupart des lettres de Camille à Auguste Rodin sont intitulées « Monsieur », quelquefois « Monsieur Rodin ».

Camille Claudel, L'Abandon, 1888, bronze, 42,3 cm x 39,1 cm x 20,5 cm. Collections du Musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine (10). Photo Chatsam licence Creative Commons

Camille Claudel, L’Abandon, 1888, bronze, 42,3 cm x 39,1 cm x 20,5 cm. Collections du Musée Camille Claudel, Nogent-sur-Seine (10). Photo Chatsam licence Creative Commons

Camille a pris, c’est indéniable, une part active à son foudroiement.{{}}

Dès l’âge de 12 ans, elle avait privilégié ses dispositions pour la sculpture. Alfred Boucher, sculpteur renommé qui l’a repérée, conseille à son père de l’installer à Paris où, dès 1881, elle suit les cours de l’Académie Colarossi et loue son propre atelier. Son génie sculptural est d’exprimer la matière des corps dans leur réalité, et simultanément de les doter d’une intimité émotionnelle, bien difficile à figurer par le bronze. Or, elle réussit la juste posture des deux corps qui s’enlacent respectueusement tandis que leurs visages, qui s’effleurent joue contre joue, manifestent l’infinie tendresse de chacun.

L’affaire de L’Age Mûr (1899) constitue le point culminant de l’affirmation du talent de Camille, conjugué au motif de sa déception, de sa colère et de ses aigreurs irréversibles. Elle avait réalisé un groupe de personnages en plâtre associant un vieillard qui tombe et une jeune femme qui tente de le retenir. Allusion à Rodin assez évidente. En octobre 1898, Camille écrit au ministère des Beaux-Arts que l’exécution en bronze devient possible, et le rapport du ministère est favorable à son souhait. Or, le 24 juin 1899, coup de théâtre, la commande est supprimée. Colère légitime de Camille qui détruit ses plâtres et soupçonne Rodin (qui a eu l’audace de lui écrire : « laissez votre caractère de femme qui a dispersé des bonnes volontés »). Camille ne renoncera jamais à protester. Comment qualifier de paranoïaque le comportement d’une telle artiste trahie ? Une personnalité moins affective et plus équilibrée eût-elle réagi moins violemment ?

Ici se pose la question essentielle : Camille souffrait-elle dès sa jeunesse d’une maladie mentale héréditaire nettement caractérisée ? Ma réponse est non.

Considérons trois portraits d’elle consécutifs à vingt, vingt-deux, et vingt-six ans. Le premier (César, 1884) montre une jolie brune à la chevelure châtain que rien ne tourmente. Le second (Étienne Carjat, 1886), Camille en bourgeoise chapeautée, et tout aussi plaisante. Le troisième (César, 1889) est plus austère, elle y est toute vêtue de noir, hormis une broche claire qui ferme la veste. Les trois visages ne sourient jamais, montrent une bouche fermée sur des lèvres pincées, mais ont en commun un regard ! Et quel regard ! Fier sinon arrogant et hautain, qui semble dire ce qu’elle est : une jeune femme talentueuse, qui veut n’être considérée que pour ce qu’elle est, une artiste libre et indépendante.

Dès lors, il est très réducteur de limiter ses protestations aux qualificatifs de « paranoïaques ».

Ce qui demeure étonnant, c’est la teneur de ses dernières lettres à sa famille, depuis Montdevergues, qui témoignent d’un certain revirement des sentiments. Ainsi qualifie-t-elle son frère de « Mon cher Paul », sa mère de « Ma chère Maman », à laquelle elle commande un colis de divers aliments dont « un tout petit bocal de cerises à l’eau de vie s’il ne coûte pas trop cher ».

Camille Claudel, La Valse, groupe en bronze, 1883-1905, plâtre, puis bronze, 114 x 106.8 x 51.8 cm (nombreuses versions). Collections du musée Rodin (75). Photo Jean-Pierre Dalbéra, licence Creative Commons 2.0

Camille Claudel, La Valse, groupe en bronze, 1883-1905, plâtre, puis bronze, 114 x 106.8 x 51.8 cm (nombreuses versions). Collections du musée Rodin (75). Photo Jean-Pierre Dalbéra, licence Creative Commons 2.0

Dès lors, sa mort lente en prison asilaire est irréversible. {{}}

De nombreux textes ont souligné la vie difficile des femmes en général et de l’artiste Camille Claudel en particulier, durant sa claustration asilaire définitive. Surtout dans les années de guerre où le plus grand nombre de décès par dénutrition a été enregistré dans les asiles psychiatriques.

Sur la fiche d’entrée, face à la mention imprimée « Placement », une main a écrit « volontaire ». À l’asile, les difficultés sont multiples et durables pour Camille. Outre les problèmes de nutrition, la cohabitation avec des malades mentaux qui « s’agitent et hurlent à longueur de journée », est vraiment difficile. Le froid mord tout l’hiver. Le logement est rudimentaire. Les malades agités dorment sur des « bressoles », sorte de matelas fixés au sol, reposant sur de la paille.

Ici, je puis apporter un témoignage personnel. Durant mes années d’internat, j’ai reçu en consultation un homme de grande taille, épaules carrées, cheveux blancs, qui me dit avoir travaillé toute sa vie à l’asile de Montdevergues.

À ce mot, je tends l’oreille. Qu’y faisiez-vous ?

Tous les matins je changeais à la fourche la paille sur laquelle dormaient certains malades.

Évidemment, Camille dormait dans un lit et une chambre, mais ce témoignage est significatif des conditions de vie de certaines. Cette condition l’amène au désespoir, bien illustré par cette photo de W. Elborne (1929), où elle apparaît assise sur une chaise, la mine résignée, mains jointes, vêtue d’une mauvaise redingote, petit chapeau rond sur la tête.

« Dis-toi bien, Paul, que ta sœur est en prison... avec des folles qui hurlent toute la journée... incapables d’articuler trois mots sensés... et Rodin derrière eux avec sa roulure ». Il faut mentionner ici le comportement très adapté des trois médecins de Camille à Montdevergues, Les docteurs Charpenel, Clément et Brunet, qui notifièrent à sa mère et à son frère que son état était compatible avec la sortie de l’asile et un rapprochement familial. Propositions rejetées par Madame Claudel.

 

Camille Claudel et Jessie Lipscomb dans leur atelier du N° 117 de la rue Notre-Dame-des-Champs, 1887. Photo William Elborne

Camille Claudel et Jessie Lipscomb dans leur atelier du N° 117 de la rue Notre-Dame-des-Champs, 1887. Photo William Elborne

Notons deux indications attristantes qui concluent d’un mauvais point final la triste existence de Camille. {{}}

Par suite de difficultés financières maternelles, elle qui était admise en première classe depuis le 1 er février 1927, est rétrogradée en troisième classe jusqu’à son décès le 19 octobre 1943. Camille est âgée de 78 ans.

Après ce décès, et à défaut d’instructions écrites, Camille est enterrée dans le carré commun des asilaires décédés. Le transfert dans le caveau familial demandé plus tard par « Monsieur l’Ambassadeur » s’avérant impossible – ses restes reposent dans l’ossuaire, n’ayant pas été réclamés par la famille absente lors de l’inhumation –, le souvenir de Camille Claudel sera marqué par un cénotaphe au cimetière de Montfavet, érigé par sa petite nièce Reine Marie Paris. Ν

Références bibliographiques :{{}}

Correspondance, 3e édition revue et augmentée par Anne Rivière et Bruno Gaudichon (collection Art et Artistes, Gallimard), 2014.

Camille Claudel à Montdevergues, Michel Deveaux, éditions L’Harmattan, 2012.

Camille Claudel, Colette Fellous, éditions Fayard, 2014.

Le professeur Marcel Proust, François-Bernard Michel, Gallimard, 2016.

Source : https://www.academiedesbeauxarts.fr/camille-claudel-feminicide-dune-artiste-geniale

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Note sur Camille Claudel par André Castelli – Selon une requête effectuée auprès de ‘ChatPGT’

[André Castelli - Sur Facebook > https://www.facebook.com/andre.castelli.3 ]

Camille Claudel : une vie de génie et de solitude{{}}

Camille Claudel naît en 1864 à Fère-en-Tardenois. Très jeune, elle manifeste un talent exceptionnel pour la sculpture. Sa vocation est encouragée par le sculpteur Alfred Boucher, avant qu’elle ne rencontre Auguste Rodin à Paris. Elle devient son élève, sa collaboratrice et sa compagne. Leur relation, à la fois amoureuse et artistique, est intense et profondément marquante pour son œuvre.

https://www.culture.gouv.fr/thematiques/musees/Les-musees-en-France/les-collections-des-musees-de-france/decouvrir-les-collections/les-femmes-artistes-sortent-de-leur-reserve/icones/Claudel-Camille?utm_source=chatgpt.com

Après sa séparation d’avec Rodin, Camille Claudel affirme davantage son indépendance artistique. Elle réalise certaines de ses œuvres les plus célèbres, comme La Valse, L’Âge mûr et L’Implorante. Son talent est aujourd’hui reconnu comme celui d’une artiste majeure de son époque, et non simplement comme celui d’une élève ou d’une muse de Rodin.

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Cependant, progressivement isolée, Camille Claudel connaît une grave détérioration de son état psychique. En 1913, elle est internée à Ville-Évrard, puis transférée en 1914 à l’établissement de Montdevergues, près d’Avignon, aujourd’hui lié au site hospitalier de Montfavet. Elle y passera près de trente années, jusqu’à sa mort en 1943.

https://www.chsmprivas.ahsm.fr/actualites/andre-castelli-au-centre-hospitalier-sainte-marie-de-privas/?utm_source=chatgpt.com

La contribution d’André Castelli{{}}

André Castelli occupe une place particulière dans la transmission de l’histoire de Camille Claudel. Ancien infirmier de l’hôpital de Montfavet et connaisseur de longue date de l’histoire de cet établissement, il travaille depuis plus de quarante ans sur l’histoire de l’asile de Montdevergues et sur les dernières décennies de la vie de la sculptrice.

Son travail s’inscrit dans une volonté de réhabiliter la mémoire de Camille Claudel et de mieux faire connaître les conditions concrètes de son internement. Dans son ouvrage Camille, l’abandonnée, il insiste particulièrement sur les trente dernières années de sa vie, souvent moins connues que sa relation avec Rodin. Il cherche également à corriger certaines erreurs ou simplifications qui ont circulé dans les récits consacrés à l’artiste.

André Castelli a aussi largement contribué à la communication auprès du public par des conférences, rencontres et présentations de son livre. En 2025, par exemple, il était invité au Centre hospitalier Sainte-Marie de Privas pour raconter la vie, l’œuvre et le destin de Camille Claudel selon trois grandes étapes : la naissance du talent, l’affirmation du génie, puis la longue période d’internement et d’abandon.

Source : une requête auprès de ‘ChatPGT’

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Compléments d’information >{{}}

André Castelli qui vient nous raconter la vie de Camille Claudel{{}}

Nous avons la chance de recevoir l’auteur André Castelli, qui vient nous raconter Camille Claudel, sa vie, son œuvre, sa sensibilité, et ce lien si ténu avec la maladie et la psychiatrie, création chaotique d’une vie si singulière : le mardi 19 aout à 14h30 à la salle Jacques Bolon du Centre hospitalier Sainte-Marie 19 cours du temple à Privas Camille Claudel, l’abandonnée racontée par André Castelli

André Castelli articulera ses propos autour des trois étapes qui constituent la vie de Camille Claudel. Celle de la construction de son enfance et de son adolescence, dans laquelle se révèle un don pour la sculpture. Vient ensuite le passage du don au génie, la reconnaissance de ce génie dans ses rapports à Rodin. Mais ce génie porté par une femme, a une originalité qui va se heurter à la non-féminisation du mot sculpteur. Isolée, agressée même dans son intégrité, elle entre dans une phase de déviance, emportée de persécutions et de paranoïa. Le 10 Mars 1913, elle est internée à Ville-Evrard. Le 7 Septembre 1914, à Montdevergues. Ainsi commence la 3ème étape de sa vie : une vie d’abandonnée. Nous vous attendons nombreux ! Ouvert à tous – gratuit

Source : https://www.chsmprivas.ahsm.fr/actualites/andre-castelli-au-centre-hospitalier-sainte-marie-de-privas/?utm_source=chatgpt.com

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En résumé : {{}}

La vie de Camille Claudel est celle d’une femme artiste d’un immense talent, qui a dû lutter pour être reconnue dans un monde artistique largement dominé par les hommes. Son histoire ne peut se réduire à sa relation avec Rodin : elle est avant tout celle d’une sculptrice originale et indépendante, dont la création fut brutalement interrompue par l’internement.

Les travaux et les prises de parole d’André Castelli apportent un éclairage particulier sur la dernière partie de sa vie. Son apport essentiel est d’avoir contribué à faire connaître, à partir de son lien avec l’histoire de Montfavet et de documents hospitaliers, la réalité de ces trente années d’enfermement et à maintenir vivante la mémoire de celle qu’il appelle « Camille, l’abandonnée ».

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Un livre pour « rétablir la vraie vie de Camille Claudel » à l’asile {{}}

Ancien infirmier du centre hospitalier de Montfavet, André Castelli finalise l’écriture de Camille Claudel, l’abandonnée. Son troisième ouvrage sur la sculptrice, internée les trente dernières années de sa vie à l’asile de Montdevergues, où elle est morte il y a 80 ans. Mireille MARTIN - 04 mars 2023 à 18:10 | mis à jour le 04 mars 2023 à 21:56 -

Depuis plus de quarante ans, André Castelli travaille sur l’histoire de l’asile de Montdevergues, aujourd’hui le centre hospitalier de Montfavet, et la vie, tragique de Camille Claudel, abandonnée ici les trente dernières de sa vie, comme en témoignent ses lettres désespérées adressées à son frère Paul. Des documents exposés au musée Les Arcades, comme cette photo de l’artiste. Photo Le DL /Angélique SUREL

« Camille Claudel a fait l’objet d’une des plus grandes injustices de ce siècle : être enfermée dans un asile. Ça m’est insupportable. » Rentré le 1er mai 1970 comme infirmier au centre hospitalier de Montfavet, figure communiste du Vaucluse, André Castelli s’est pris de passion pour l’histoire de ce lieu ouvert en 1843, à la suite de la loi de 1838 sur l’internement.

C’est ici que Camille Claudel a été internée trente ans de sa vie. C’est ici qu’elle est morte, il y a quatre-vingts ans, le 19 octobre 1943, abandonnée par les siens jusque dans l’éternité puisque son corps a été inhumé à la fosse commune, disparu à jamais. Reste le n° 392 sur son acte de décès : elle fut la 392e personne décédée en cette année...

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Source : https://www.ledauphine.com/culture-loisirs/2023/03/04/un-livre-pour-retablir-la-vraie-vie-de-camille-claudel-a-l-asile?utm_source=chatgpt.com

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Outil utilisé- Ce dossier a été conçu, documenté, organisé et mis en forme par Jacques Hallard pour publication sur ISIAS.info - Une assistance ponctuelle d’intelligence artificielle conversationnelle, ChatGPT (OpenAI), a été utilisée pour :

Dédicace : à André Castelli Militant PCF reconnu pour son attention aux besoins des gens dans ses activités et son opiniâtreté, notamment pour soutenir des projets de développement durable comme par exemple la ferme de la Durette, située à Avignon, qui est un projet pilote emblématique pour l’agriculture de demain. Conçu et suivi de près par le GRAB (Groupe de Recherche en Agriculture Biologique), ce lieu sert de laboratoire à ciel ouvert pour tester la viabilité technique et économique du verger-maraîcher biologique et de l’agroforesterie… - Détails par ici > https://www.fermedeladurette.fr/le-projet-experimental/

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Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant

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– 28/08/2026

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

Pour mémoire - Le site ISIAS a été fondé par Jacques Hallard, ingénieur diplômé du Conservatoire National des Arts et Métiers (CNAM). L’acronyme ISIAS signifie : Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales. Le projet est géré et mis en ligne avec la collaboration bénévole de Pascal Paquin, également actif sur la plateforme écocitoyenne associative Yonne Lautre.

Les objectifs majeurs du site ISIAS - D’après le document et la charte du projet, ce site poursuit trois buts essentiels :

  • Médiation scientifique et didactique - Proposer des dossiers thématiques, des collectes de documents et des traductions pour diffuser les connaissances scientifiques.
  • Éducation populaire - Offrir un accès gratuit et indépendant à l’information pour encourager les mobilisations citoyennes.
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