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"La tapissière Nicole Renard a brodé de 1974 à 1998 l’Evangile de Saint Jean d’après la Bible de Jérusalem avec 131.588 lettres sur une toile de 140 mètres de long en 7 rouleaux avec 80 km de fils de diverses couleurs" par Jacques Hallard
samedi 25 juillet 2026, par
ISIAS Créations artistiques Broderies
La tapissière Nicole Renard a brodé de 1974 à 1998 l’Evangile de Saint Jean d’après la Bible de Jérusalem avec 131.588 lettres sur une toile de 140 mètres de long en 7 rouleaux avec 80 km de fils de diverses couleurs
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, siteISIAS – 21/07/2026
Rappel - Nicole Renard, brodeuse en Vendée... une artiste unique - Publié le 20 février 2010 - Par ‘Forts Vents d’Est’ - Marie-Claude Prot
En bref :
140 mètres de long, soit 7 rouleaux de 20 mètres chacun
48 000 heures de travail
80 km de fil
131588 lettres brodées
60 points pour un simple ’i’
350 heures et 28 teintes pour un seul visage de Christ
30 ans de travail dont 1 mois d’écriture pour 4 ans de broderie...
c’est l’œuvre unique réalisée par Nicole Renard de 1974 à 1998 :
En Vendée, Nicole Renard a brodé l’Evangile de Saint Jean, une oeuvre bouleversante et unique :
Au fond d’une armoire, dans un petit hameau de Saint-André-Treize-Voies, Nicole Renard cache un trésor. Son trésor.
Le fruit de 48 000 heures de travail.
Résultat de 25 années de patience, de fidélité et de passion.
25 années à reproduire, mot à mot, les écrits de Saint Jean, du Prologue à l’Apocalypse.
Soit 140 mètres de texte brodé au point de bourdon, et illustré par des images en point de satin.
Le travail est remarquable, de patience d’une part, mais aussi de technique.
« Je n’ai rien créé, précise avec modestie Nicole Renard, le texte est celui de la Bible de Jérusalem et les images sont inspirées d’icônes, de peintures, d’émaux ou de mosaïques ».
« Cette œuvre, je l’ai faite dans le cadre d’une démarche spirituelle. Et si après l’avoir finie on m’avait demandé de la brûler, je l’aurais fait.
C’est cependant pour moi une grande joie de savoir qu’elle ornera les murs de la chapelle Saint-Sauveur de Rocheservière qui est en cours de restauration ».
Inclinons-nous devant ce chef d’œuvre.- Il s’inscrit dans un héritage comme un acte de Foi et ressemble aux enluminures du Moyen-âge : la calligraphie est gothique, les illustrations d’inspiration byzantine.
Il rappelle les fresques polychromes des églises romanes et les vitraux narratifs et sublimes des cathédrales gothiques.
2 des 7 rouleaux de lin brodé de 20 mètres
Née dans une famille de fourreurs de Paris, Nicole Renard a très tôt été initiée à la couture, au tricot et à la broderie. Dans un premier temps, elle s’est servie de son talent pour broder tout le linge de l’hôtel qu’elle tenait dans le Sud de la France.
Ensuite, elle est entrée dans un atelier d’art à Montrouge. Atelier qui a notamment participé à la restauration de la célèbre Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers ainsi qu’à de nombreuses tapisseries du Louvre, d’Orsay et de bien d’autres monuments historiques.
Détails de la broderie de lettres
Bien avant qu’il ne soit terminé, le chef-d’œuvre de Nicole Renard fit la fierté et la publicité de l’atelier dans lequel elle travaillait. Les sept rouleaux qui la composent ont ensuite, ensemble ou séparément, fait l’objet de plusieurs expositions, en particulier aux côtés de la Tapisserie de l’Apocalypse d’Angers.
Prologue de l’Evangile de Jean
Jean, celui qui baptise dans le Jourdain
Les Noces de Cana
La multiplication des pains
La résurrection de Lazare
Les Rameaux
Saint Jean
Les Saintes Femmes
Le tombeau vide
Saint Jean dictant l’Apocalypse à son disciple
Depuis juillet 2009, le chef d’œuvre de Nicole Renard est sorti définitivement de son armoire de Saint-André-Treize-Voies et a rejoint son nouvel écrin, la chapelle Saint-Sauveur de Rocheservière, où le public peut venir l’admirer.
Le mot de la fin c’est le souhait de Madame Renard :
’Je rêve que mon œuvre brodée soit découverte et que chacun y trouve plaisir, réconfort et joie.’
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Découvrir les Broderies de Nicole Renard{{}}
Les Broderies de Nicole Renard feront bientôt l’objet d’une nouvelle valorisation au Site Saint-Sauveur, dans la Micro-Folie et sur des temps forts exceptionnels. Rendez-vous à l’automne 2024.
Saint-Sauveur Place Saint-Sauveur 85620 Rocheservière - Stationnement : place de l’église 02 51 48 23 56
Source : https://www.sitesaintsauveur.fr/les-broderies-de-nicole-renard/
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Rétrospective - A Saint-Sauveur [en Vendée], un travail d’inspiration ‘slow made’ - Ouest-France - Modifié le 24/07/2015 à 01h15
Ces notions du temps de la création et du geste, la technicité, la dimension et la transmission des valeurs se retrouvent dans le travail de Nicole Renard. |
En visite le 24 juin, une délégation régionale de l’INMA, Institut national des métiers d’art, a admiré la qualité des ouvrages de Nicole Renard, exposés dans la Chapelle Saint-Sauveur.
Ils ont rapproché ce travail d’un mouvement qui prend de l’ampleur en France, le « slow made ». Il valorise le temps de la créativité et de la production : conception et réflexion, savoir-faire, transmission des valeurs attachées à la culture... Nicole Renard, une artiste à part, ne se revendique ni de ce mouvement, ni de l’appartenance aux métiers d’art. Elle en représente les valeurs par son travail, la transmission et la maîtrise d’un art rare, la broderie.
Nicole Renard tient son savoir-faire d’un héritage familial. Elle a mis 24 ans à broder les écrits de Saint-Jean, illustrés de nombreuses icônes. Ces 140 m de lin brodés sont exposés depuis juin 2013. Ils représentent 80 km de coton, pour 130 000 lettres... À voir également, une nappe illustrant les mystères du rosaire et une série de petits formats.
Marina Charrier, médiatrice du site Saint-Sauveur, rencontre souvent Nicole Renard, et a conçu une visite qui mêle la découverte du texte, de l’art, de la broderie et des fantaisies de l’auteur. Des livrets jeux sont proposés aux enfants.
Visites guidées le 3e mercredi du mois, et le dimanche de 15 h à 17 h. Ouvert du mercredi au dimanche, de 14 h à 18 h 30. www.sitesaintsauveur.fr
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Les broderies de Nicole Renard’ 85 – Vidéo 5 ;46 - @artlyb25 - 08 janvier 2017 #broderie #art #artlyb
#artlyb#broderie#art#vendée - A la Rocheservière en Vendée, Présentation des broderies de ’Nicole Renard’ : L’Evangile de St Jean brodé en calligraphie gothique simplifiée, sur 7 de rouleaux de toile de jute de 20m chacun, 24 ans de travail illustré de scènes inspirées d’icônes ou mosaïques. ’video creation’ @artlyb25
Musique :
Chomatic2Fuge - Classical Rousing Kevin MacLeod
100 Classical Christmas Favorites
art lyb
Source : https://www.youtube.com/watch?v=ttiPuh7R6W0
Voir également de ce côté >
https://www.facebook.com/watch/?v=751241251943976 et encore par-là >
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Madame Nicole Renard est décédée le 14 septembre 2018{{}}
Source : https://avis-de-deces.ouest-france.fr/20180915/nicole-renard-679272/
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Livre - Jean, patience et prière - Auteur : Nicole Renard - Éditeur : Presses du Languedoc - Collection : Lire le Beau - Date de parution : 9 octobre 2012 - ISBN / EAN : 978-2-35414-077-9
Cet ouvrage retrace le travail exceptionnel de Nicole Renard, qui a consacré 24 années (1974 à 1998) à broder, à la main, l’intégralité des écrits de saint Jean (Évangile, Épîtres et Apocalypse), soit environ 48 000 heures de travail. Le livre présente les broderies en couleurs, des extraits des textes bibliques ainsi que les commentaires personnels de l’artiste sur sa démarche spirituelle et artistique.
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Document apparenté :
Aurélia Cerulei : « Tisser sa vie » - Galerie de portraits de Paul Hunsinger à Eygalières - 17 janvier 2023
Le fil, le fil à tisser, est le fil directeur de la vie d’Aurélia Cerulei. De l’atelier Bobin qui réparait des tapisseries à Eygalières jusqu’à son art personnel, Aurélia a toujours été comme habitée par la matière textile. Elle est revenue il y a peu dans son village après une vie riche en rebondissements. Toulon, Avignon, Paris, le Brésil, dessinent un parcours dans lequel elle ne s’est jamais départie de cette passion, assise sur une sensibilité esthétique et artistique. Un parcours où ses qualités personnelles ont joué un rôle essentiel : curiosité, goût de la découverte, créativité, audace, parfois à la limite de la témérité mais servie par des rencontres marquantes et durables et par une belle énergie, ce qui lui a permis de faire face avec succès à des situations parfois difficiles.
Aurélia est bien l’héritière de ses parents, tous deux artistes dans des domaines différents, la poésie pour Robert Cérulei (voir son portrait dans cette Galerie) et des collections de tessons de céramiques, dont elle fait des objets, pour Nicole Jalla. Et tous deux dotés d’une forte personnalité, comme Aurélia. C’est avec sa mère que commence son parcours textile. Au milieu des années 70, Nicole Renard, alors propriétaire du Mas de la Brune, brodeuse émérite, se lance dans la restauration de tapisseries, tout d’abord dans son mas. Nicole Jalla est la première de ses ouvrières. La petite Aurélia, cinq ans, y accompagne sa mère et joue à cache-cache avec quelques camarades dans ce lieu d’enchantement. Mais elle observe aussi le travail de sa mère et la broderie de Nicole Renard. Très vite, ce qui est devenu « l’atelier Bobin » s’installe Maison Arnaud, dans le village (voir le portrait de Claude Arnaud dans cette Galerie). Il monte en puissance et emploiera jusqu’à vingt-deux « bobines » (ainsi sont surnommées les ouvrières). Dès 17 ans, Aurélia elle aussi est une « bobine », pendant les vacances scolaires. Grâce à une formation professionnelle, elle passe le CAP de rentrayeuse (le rentrayage est une méthode, complexe, de réparation des tapisseries et des tissus). Surtout, elle apprend quantité de choses sur les techniques de tissage, sur les couleurs ; si elle n’en a pas conscience sur le moment, ces apprentissages s’avéreront primordiaux pour la naissance et le développement de sa démarche artistique.
En effet, cette activité rémunérée lui permet de financer ses études aux Beaux-Arts de Toulon, où elle est reçue à 20 ans, pour un « diplôme national d’art et technique ». Elle, qui s’ennuyait copieusement au lycée, se révèle alors à elle-même et se passionne pour ses études. Elle passe tout son temps à l’école et, trois ans plus tard, sort première de sa promotion avec les félicitations du jury. Diplôme en poche, pendant un an, elle dessine des stands et des bijoux pour un studio de création à Avignon. Puis le hasard lui fait rencontrer le monde de la mode et le directeur associé d’une maison de prêt-à-porter de luxe et de haute-couture. Ce directeur l’embauche pour dessiner avec lui une ligne de meubles et objets liée au savoir-faire français. C’est une première rencontre importante dans le développement du regard esthétique d’Aurélia. Elle a déménagé à Paris. Nouveau rebond, elle est embauchée par une « maison » spécialisée dans les moquettes tissées sur des métiers jacquard et les tapis sur mesure, fabriqués dans le monde entier : les établissements Flipo, dont l’usine est à Tourcoing. Elle y devient l’assistante de la styliste, rencontrée lors d’un précédent projet. Si elle retrouve ainsi la matière sur laquelle elle avait travaillé à l’atelier Bobin, c’est dans un tout autre cadre et dans une démarche de création qui lui convient parfaitement. Elle est en effet chargée du « sur mesure ». Et quelles mesures ! Parmi ses responsabilités figurent les commandes de clients très particuliers. Ainsi, Aurélia dessine-t-elle et supervise-t-elle la fabrication de 2000 m² de tapis pour un hôtel particulier de la place Vendôme à Paris ! En parallèle, elle observe la manière dont l’entreprise est gérée, sous le regard à la fois paternel et critique d’un directeur dont elle s’efforcera de faire son modèle lorsque, plus tard, elle dirigera sa propre entreprise. La styliste quittant Flipo, c’est tout naturellement qu’elle va lui succéder. Elle a 28 ans.
Mais voici que le goût de la découverte du monde s’empare d’elle. A vrai dire, pour Aurélia, qui voit le monde « comme un tissu », l’envie de tisser cette toile était survenue très tôt : cours de chinois au lycée, poursuivis aux Beaux-Arts. C’est ainsi qu’à 19 ans, elle était allée à Pékin pour quelques semaines : c’était la première fois qu’elle prenait l’avion, et même le TGV pour Paris ! Un deuxième voyage avait suivi quatre ans plus tard. Professionnellement, elle est en contact avec des interlocuteurs en Asie, où certains tapis sont réalisés. Les matières, les savoir-faire textiles de l’Asie, la fascinent. Mais, hasard de la vie, c’est vers le Brésil qu’elle va diriger ses pas, un pays auquel elle consacrera vingt années. Elle s’y rend une première fois pour trois mois, juste avant de devenir styliste. Un arrangement avec son employeur, fondé sur une activité caractérisée par des pics et des creux, lui permet en effet de s’absenter pour de longues périodes. Elle y va une fois, deux fois, trois fois. Elle s’éprend de ce pays qui lui inspirait plutôt des préventions. A chaque voyage, elle visite longuement une région, se familiarise avec la langue, qui ne lui semble pas très différente du provençal qu’elle entendait, enfant. Elle s’éprend également d’un Brésilien ; ils décident de se marier. A cette période, le début du millénaire, Flipo connaît des difficultés ; Aurélia est licenciée économique, elle franchit le pas et s’installe à São Paulo avec son mari.
C’est un choc. Certes, elle est déjà souvent allée au Brésil, mais y vivre de manière permanente, dans une culture très différente, marquée par une forte ségrégation sociale, c’est tout autre chose. Cependant, Aurélia est une battante, sait s’adapter et perçoit rapidement les opportunités que lui offre ce pays. Elle se sépare de son mari mais bénéficie d’un remarquable soutien de la communauté française. Des amis français l’hébergent et lui permettent d’ouvrir son premier atelier, ce qui va la conduire à créer son entreprise et sa propre marque, « A de Aurélia ». Elle commence par une ligne textile brodée pour la décoration et pour la table, puis s’enrichit d’une ligne de jouets fabriqués au Brésil : « petit chef », « je joue à la dînette », « je m’occupe de mon jardin », etc… Le succès est au rendez-vous, Aurélia embauche, ses produits sont vendus dans tout le Brésil.
Or, déjà plusieurs années auparavant, elle avait commencé à développer son art personnel, qui associe fils, tissus, papier. Après treize ans d’aventure entrepreneuriale, son art prend le dessus. C’est comme un besoin physique : elle a 45 ans, elle est en pleine possession de ses moyens mais ne peut se consacrer pleinement à tout. Elle choisit donc l’art, auquel elle va désormais consacrer toute son énergie. Elle s’installe alors à Paraty, petite ville côtière à mi-chemin entre São Paulo et Rio de Janeiro, ancienne ville coloniale habitée par des artistes depuis sa redécouverte dans les années 80. Elle va y rester sept ans, produisant beaucoup, se créant une clientèle d’amateurs et collectionneurs fidèles qui lui achètent ses tableaux. Puis survient la pandémie, particulièrement violente au Brésil. Aurélia se confine pendant sept mois. Elle échange régulièrement avec un curateur et agent d’artistes, travaillant entre la France et le Brésil, qui depuis l’aide professionnellement. Son travail évolue. C’est une période très créative, au cours de laquelle elle réalise un travail autour d’un arbre solitaire sur une plage à proximité de sa maison, « l’arbre à fils ». Témoin à ses yeux de la résilience du peuple brésilien face à la déforestation qui se poursuit, cet arbre est son « seul ami pendant cette période ». Son travail vaut à Aurélia d’être primée par une fondation française mais, un jour de 2021, l’arbre tombe, déraciné. Sans qu’Aurélia y ait pris garde, ses racines n’étaient plus dans le sable mais dans la boue, elles ont pourri. Bouleversée, elle y perçoit un signal personnel : il est temps pour elle se retrouver ses propres racines.
Elle les retrouve en revenant à Eygalières, où elle s’installe avec son compagnon, qui la soutient et l’encourage à établir son atelier dans le village. Forte de sa riche expérience et de toutes les amitiés profondes qu’elle a tissées, Aurélia Cerulei se projette dans l’avenir avec confiance.
© : Paul Hunsinger - Intégration : 2CPC/PIXEL-ART – Source : https://eygalieres-galeriedeportraits.fr/aurelia-cerulei/
Voir également ceci :
https://www.levaretvous.com/pourquoi-rencontrer-lartiste-aurelia-cerulei/65172/
Paul Hunsinger https://www.linkedin.com/in/paul-hunsinger-2a4b3961/
Paul Hunsinger - 22 Juin 2024 - De l’international au local
Portrait dû à l’initiative d’Adrienne Clarkson, qui a réalisé et retranscrit l’interview. Texte rédigé par Paul Hunsinger. Photo prise par Martin Katz.
Adolescent, Paul Hunsinger recevait régulièrement de longues lettres de son oncle Henri, un artiste baroudeur qui parcourait le monde. Cela lui a donné le goût de découvrir lui aussi le monde extérieur, mais dans des conditions moins inconfortables que celles choisies par son oncle. Il a donc entrepris une carrière diplomatique dans le domaine économique, qui l’a amené à vivre vingt ans à l’étranger avec son épouse Catherine Puynesge. Parvenu à la retraite, il n’a pas fallu longtemps pour que tous deux fassent le choix de vivre à Eygalières, que Paul avait découvert peu avant son mariage, quelques décennies plus tôt. Il n’a pas fallu longtemps, non plus, pour qu’il se lance dans l’élaboration de cette Galerie de portraits dont son propre portrait ferme la marche.
Ce choix d’Eygalières n’avait pourtant rien d’évident. Une petite enfance dans un village de la Sarthe, une enfance et une adolescence dans plusieurs villes de la banlieue parisienne – pour suivre les affectations successives de son père, cadre de la SNCF – ne l’avaient pas beaucoup conduit en Provence. Au cours de sa carrière professionnelle, c’est dans des métropoles, actives, bruyantes, qu’il a vécu : Paris de nombreuses années, quelques années à Lille, ainsi que Pékin, Tel-Aviv, Budapest, Moscou, Sofia, Rome. En s’installant à Eygalières, le bruit de la circulation, l’odeur de la pollution urbaine, n’allaient-il pas lui manquer ? Eh bien, pas du tout, d’autant que la Galerie de portraits lui a apporté une vie fort active et lui a permis de s’insérer rapidement dans le village tout en lui faisant découvrir des personnes toutes différentes, qui ont accepté de lui raconter leur vie. N’est-ce pas pur bonheur ?
Avant même l’attirance pour l’étranger, il y a eu la curiosité : en CM1 ou CM2, l’école communale d’Aubigné-Racan lui avait décerné un « prix de la curiosité », dont il était le premier détenteur. Cette curiosité innée, un certain don pour l’apprentissage des langues, découvert à l’adolescence, et les lettres de l’oncle Henri, ont incité Paul, tout naturellement, à envisager son avenir dans des fonctions diplomatiques. Deux « bourses Zellidja » lui ont permis d’aller successivement au Tyrol du Sud (en Italie du Nord) puis au Libéria, alors encore en paix, qu’il a rejoint par voie de terre, entassé dans des bennes de camions ou des taxis-brousse. Après des études de droit et l’apprentissage du russe puis du polonais aux Langues O, il choisit à la sortie de l’ENA « l’Expansion économique à l’étranger », alors chargée de la promotion du commerce extérieur de la France. C’est à cette même époque qu’il fait la connaissance de Catherine Puynesge, laquelle partage avec lui, entre autres, un certain amour pour la langue russe.
Mais aller plus loin ensemble passe par une épreuve d’initiation qui consiste en une visite à Eygalières pour faire la connaissance de la maison où Catherine est venue depuis qu’elle était adolescente, et de Solange Puynesge, son emblématique grand-mère, artiste-peintre un peu dévergondée malgré son âge déjà avancé. L’épreuve s’étant conclue de manière satisfaisante, ils vont pouvoir poursuivre leur vie ensemble, bientôt accompagnés de leurs filles Laure et Solange.
Puis c’est la litanie des affectations d’un fonctionnaire français, marquée par la découverte d’univers différents, tous plus riches les uns que les autres. Avec la litanie des déménagements internationaux – il est bien rare que ceux-ci arrivent complets à destination -, et la nécessité de s’adapter à des environnements à chaque fois différents. Cette adaptation est plus facile pour Paul, qui s’insère dans une ambassade, dans un service économique où il sait ce qu’il a à faire, que pour Catherine, qui doit inventer une nouvelle vie quotidienne pour elle et pour les enfants.
Un nouveau pays, c’est aussi l’apprentissage d’une nouvelle langue. Il est des cas où c’est une nécessité pour la survie, comme dans la Chine de 1984 où personne ne parlait d’autre langue que le chinois. En Israël, cela a été la fierté de pouvoir prononcer un discours de départ en hébreu. En Hongrie, l’apprentissage complet de la langue pour pouvoir l’utiliser dans la vie quotidienne. Plus tard, ce fut aussi le bulgare, pas bien difficile à apprendre pour qui parle russe. Et enfin l’italien, source de véritable plaisir.
Cependant, la langue de chaque pays, ce n’est que l’écume. Le fond du travail consiste à comprendre ce qu’il est possible de faire pour stimuler les relations économiques entre la France et le pays d’affectation, chose très différente à chaque fois : la Chine qui commençait à peine à muter ; la Hongrie dans les années suivant la chute du Mur de Berlin : la Russie à la fin du premier mandat et au début du deuxième mandat de Poutine ; l’Italie, partenaire économique majeur de la France, où l’intensité des relations bilatérales, sujet de fierté pour les Français, créait aussi inquiétude, jalousie et malentendus du côté italien.
Quel que soit le pays, quelles que soient les problématiques, et même lorsqu’une partie de la carrière se passe en France, Paul fait face à deux défis constants. D’une part, créer des relations de confiance avec des interlocuteurs, locaux ou français, pour échanger et construire ensemble. Y parvenir nécessite de comprendre chaque personne, de saisir les ressorts de sa personnalité. Et d’autre part, écrire : écrire pour être lu, qu’il s’agisse de « notes pour … l’ambassadeur, le directeur, le ministre », des fameux « télégrammes diplomatiques » ou d’éditoriaux dans les revues électroniques diffusées par les services économiques à l’attention de responsables d’entreprises, voire de journalistes. Ecrire des textes courts, synthétiques, compréhensibles, si possible percutants. Finalement, c’est comme si, toute sa vie, il s’était préparé inconsciemment à interviewer des personnes et à rédiger leur portrait à Eygalières. En effet, cette vie professionnelle n’est pas éternelle.
Ainsi, à 65 ans et 9 mois, est arrivé l’âge limite. Le 31 août 2017, Paul a remis à son successeur à Rome ses outils de travail, les clés du bureau puis, avec Catherine, il a pris la voiture pour Eygalières. Un jour diplomate, le lendemain retraité. Il s’est alors posé la question de ce à quoi il allait occuper son temps compte tenu de ce qu’il savait faire. Rencontrer des gens, écrire, pourquoi pas ?
Ce fut la Galerie de portraits, débutée avec Francis Guerrier, qui lui a fait confiance. Paul a choisi d’écrire des textes courts, de deux pages, des textes bienveillants, qui doivent être approuvés par chacune des personnes concernées. Comme des miniatures d’autrefois, ovales, avec leur petit encadrement. Au bout du compte, il a vécu une aventure de soixante-dix-huit mois, qu’il espère utile, qui a représenté des heures d’entretien avec des personnes très différentes (mais pas plus d’une heure avec chacune), et dont le produit est comme un scanner du village, certes très partiel. L’ensemble des portraits d’habitants ou de personnes liées au village dessine un portrait du village lui-même, tel qu’il est aujourd’hui, dans sa richesse et sa diversité. Ce portrait révèle l’attractivité naturelle d’Eygalières, le besoin irrépressible de ceux qui y sont nés ou qui y ont leurs racines de rester en vue des Alpilles, mais aussi la cohabitation parallèle et sans grande intercommunication d’ensembles de personnes que rassemblent leurs affinités, leurs goûts et sans doute aussi leur mode de vie.
Cette aventure est terminée car tout doit avoir une fin. La suivante, déjà commencée, lance Paul Hunsinger sur la trace des familles du village en construisant leur arbre généalogique commun. Histoire, après tout, de donner une nouvelle dimension, cette fois-ci temporelle, à son exploration d’Eygalières.
Remerciements à Pierre Devillers ancien forgeron d’art, qui m’a fait connaître la personnalité et l’œuvre de Nicole Renard lorsqu’elle vivait à Eygalières
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– 21/07/2026
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