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"Deux humanistes, de la Toscane à la Provence : Pétrarque (14ème) érudit, poète italien et Dario Pellegrini (1946-2026) inspecteur de l’Éducation nationale, docteur (sociologie, linguistique), expert dans les politiques éducatives et culturelles" par Jacques Hallard

vendredi 26 juin 2026, par Hallard Jacques

ISIAS Humanisme Hybridation interculturelle

Deux humanistes, de la Toscane à la Provence : Pétrarque (14ème) érudit, poète italien et Dario Pellegrini (1946-2026) inspecteur de l’Éducation nationale, docteur (sociologie, linguistique), expert dans les politiques éducatives et culturelles

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 23/06/2026

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule
Ce dossier propose tout d’abord des informations basiques, des rappels historiques et des réflexions originales

Rappel sur l’humanisme

– Le terme humanisme, créé à la fin du XVIIIe siècle et popularisé au début du XIXe siècle[1], a pendant longtemps désigné exclusivement un mouvement culturel, philosophique et artistique prenant naissance au XIVe siècle en tant que humanisme de la Renaissance, puis se développant dans le reste de l’Europe. Moment de transition du Moyen Âge aux temps modernes, ce mouvement est en partie porté par l’esprit de laïcité qui surgit alors, point de départ d’une crise de confiance profonde qui affecte l’Église catholique. Le terme humaniste existe dès le XVIe siècle pour désigner « celui qui cultive les humanités » [2]… -  Wikipédia

Le courant appelé « humanisme  », du latin humanitas, signifie « culture ». Il érige le savoir en une vertu émancipatrice, comme le moyen indispensable à l’humain d’atteindre une certaine élégance morale. 02 septembre 2025 -  Le portail de l’Université de Fribourg explique que l’humanisme est lié aux studia humanitatis et que l’humanitas désigne les qualités intellectuelles et morales qui permettent à l’être humain de s’accomplir.

Les définitions classiques de l’humanisme insistent également sur le rôle de la culture, de l’éducation et des savoirs dans le perfectionnement de l’homme.

Proposition - Qu’est-ce que l’humanisme ? Etes-vous humaniste ? - Apprenez-en davantage sur la vision du monde rationnelle et éthique qu’est l’humanisme. « Partout dans le monde, le nombre de personnes non religieuses ne cesse de croître. On estime qu’il y a 1.1 milliard de personnes dans le monde qui ne sont pas affiliées à une religion, ce qui signifie qu’elles s’identifient comme athées, agnostiques ou décrivent leur religion comme « rien de particulier ». Les humanistes fondent leur compréhension du monde sur la raison et la science, rejetant les croyances surnaturelles ou divines. Ils humanistes rejettent toutes les formes de racisme et de préjugés et croient au respect et à la protection des droits humains de chacun, y compris le droit à la liberté de religion et de conviction. Ils croient que nous avons la responsabilité de nous respecter et de prendre soin les uns des autres ainsi que du monde naturel »… - Source : https://humanists.international/fr/qu%27est-ce-que-l%27humanisme/

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Trois grandes figures de la littérature du 14ème siècle qui ont écrit en latin et en toscan pour unifier la langue italienne :

Dante [Dante Alighieri, poète, écrivain, penseur et homme politique italien de la république de Florence, né entre 1265 et 1267 à Florence et mort le 14 septembre 1321 à Ravenne. Wikipédia ], Pétrarque [poète célèbre du 14ème siècle connu pour ses poèmes d’amour dédiés à Laure, mais c’est aussi un érudit, précurseur de l’humanisme et figure centrale de la Renaissance à venir, notamment pour sa redécouverte d’œuvres antique] et Boccace [de son nom complet en français Jean Boccace, né en 1313 à Certaldo, dans la république de Florence où il est mort le 21 décembre 1375 ; un écrivain florentin du XIVᵉ siècle, qui a connu une célébrité précoce grâce à son recueil de nouvelles en toscan, le Décaméron. Wikipédia – Ces trois personnages sont dits aussi « les Trois Couronnes » - Source : https://www.utl-rouergue.fr/conference/les-trois-figures-fondatrices-de-la-litterature-italienne-dante-petrarque-boccace/

Voir : Sur Dante, Pétrarque et Boccace - A. W. Schlegel - Revue des Deux Mondes, période initiale, tome 7, 1836 (p. 400-418). Sur l’esprit anti-papal qui a produit la réforme, et sur l’influence secrète qu’elle a exercée sur la littérature de l’Europe, et particulièrement de l’Italie, à partir de nombreux de ses classiques, principalement de Dante, Pétrarca, Boccacio - « Ce livre méritait de n’être point passé sous silence, ne fût-ce que pour la singularité de sa destinée. C’est l’œuvre d’un Napolitain, expatrié à la suite des évènements politiques, qui a trouvé en Angleterre, non-seulement un asile, mais un emploi honorable, ayant été nommé professeur à l’université de Londres. Un livre italien, sur un sujet qui n’intéresse que l’Italie, publié en Angleterre, est comme un enfant nouveau-né exposé dans un désert : on saurait difficilement imaginer un moyen plus sûr pour empêcher qu’il ne trouvât des lecteurs. Aucun libraire anglais n’a voulu s’en charger. Les frais de l’impression ont été fournis par un généreux protecteur auquel l’ouvrage est dédié… » - Source : https://fr.wikisource.org/wiki/Sur_Dante,_P%C3%A9trarque_et_Boccace

Consulter également cet article de revue : Florilège de littérature italienne : Dante, Pétrarque et Boccace - Par Jean Lacroix - Le Moyen Age 2013/3-4 - 2013/3-4 Tome CXIX - Pages 709 à 721 – Accès : https://shs.cairn.info/revue-le-moyen-age-2013-3-page-709?lang=fr&tab=sujets-proches

Synthèse rapide concernant Dante, Pétrarque et Boccace

Auteur

Œuvre majeure

Vision

Thème central

Héritage

Dante{{}} Divine Comédie{} religieuse, universelle salut, cosmos langue italienne fondatrice
Pétrarque{{}} Canzoniere{} introspective amour et moi intérieur humanisme
Boccace{{}} Décaméron{} réaliste, sociale société et récits humains prose narrative moderne

Rappel - La république de Florence, aussi connue sous le nom de République florentine ((it) Repubblica Fiorentina), est un ancien État italien, avec pour épicentre la ville de Florence en Toscane, et ses dépendances. Fondée après la révolte du peuple contre la marche de Toscane, en 1115, la commune, qui prend l’iris[1] comme symbole, instaure une forme de conseil élu qui gère le destin de la cité, et se retrouve régulièrement confrontée aux guerres d’influences entre différentes factions, clans et familles florentines cherchant à prendre le pouvoir. Ce conseil, à la fois syndic professionnel et militaire, évolue en seigneurie de Florence, qui devient à son tour l’enjeu de luttes de pouvoir. La notion de « république de Florence » concerne plusieurs périodes distinctes de gouvernement républicain à Florence, en Italie, commençant en 1115 et s’achevant en 1569, lors de la création du duché de Toscane… -Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_de_Florence

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L’autorité du Saint Empire romain germanique aux 13-14èmes siècles en Provence et le Toscane {{}}

Au XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, la Provence faisait partie du Royaume d’Arles (ou Royaume de Bourgogne), lui-même intégré au Saint-Empire depuis 1032. Les comtes de Provence reconnaissaient donc, en principe, la suzeraineté impériale. En pratique, le pouvoir de l’empereur y était devenu très faible. Les comtes de Provence gouvernaient largement de manière autonome. À partir de Charles Ier d’Anjou (1266), les liens avec le royaume de France et l’Italie méridionale deviennent plus importants que ceux avec l’Empire. La Toscane appartenait au Royaume d’Italie, qui constituait l’un des royaumes du Saint-Empire. Toutefois, les grandes villes comme Florence, Sienne, Pise ou Lucques étaient devenues des communes très indépendantes. Les empereurs, notamment Frédéric II puis Henri VII de Luxembourg, tentèrent de rétablir leur autorité, avec un succès limité.

Ainsi, sur une carte politique des XIIIᵉ–XIVᵉ siècles, la Provence et la Toscane peuvent toutes deux être considérées comme faisant partie du Saint-Empire romain germanique, mais il s’agissait d’un ensemble très décentralisé, où l’autorité impériale variait fortement selon les régions.

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L’Occident à la mort de Frédéric Barberousse (1190). Source

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L’autorité des Papes en Avignon à la période de 1309 à 1377.

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Rappel chronologique : 1309 : le pape Clément V décide de s’installer à Avignon, en raison des troubles à Rome et des tensions politiques en Italie. De 1309 à 1377 : sept papes résident successivement à Avignon. 1335–1352 : sous Benoît XII puis Clément VI est construit le célèbre Palais des Papes. 1377 : Grégoire XI ramène la papauté à Rome, notamment sous l’influence de Catherine de Sienne. 1378–1417 : le Grand Schisme d’Occident voit coexister des papes à Rome et des antipapes à Avignon, chacun revendiquant la légitimité. 1417 : élection de Martin V, qui met fin au schisme.

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Le climat et la météo en Provence et en Toscane autour des 11ème-14èmesiècles. Conséquences agricoles

Pluviométrie - La Provence connaît une période de transition climatique importante. Les données proviennent de plusieurs sources : cernes d’arbres, sédiments lacustres, pollens, archives monastiques, registres de récoltes et chroniques historiques. Les valeurs restent des estimations, car il n’existait évidemment pas de mesures météorologiques instrumentales. XIᵉ–XIIIᵉ siècle : l’Optimum climatique médiéval - En Provence, les reconstitutions suggèrent que les températures moyennes annuelles étaient généralement : environ +0,3 à +0,8 °C par rapport à la moyenne des siècles suivants (XVIᵉ–XVIIIᵉ siècles) ; localement, certains étés pouvaient être jusqu’à 1 °C plus chauds que la moyenne préindustrielle. Il ne s’agissait pas d’un réchauffement uniforme : certaines décennies étaient fraîches, d’autres très douces. Les conséquences observées sont : l’extension de la viticulture vers des altitudes plus élevées ; meilleure productivité agricole dans de nombreuses régions ; recul des glaciers alpins.

La pluviométrie est l’aspect le plus variable en Provence : les précipitations annuelles semblent avoir été comparables aux valeurs actuelles, avec une variation de l’ordre de ±5 à 10 % selon les périodes ; plusieurs études indiquent des hivers un peu plus humides ; en revanche, les étés pouvaient être plus secs lors de certaines décennies. La variabilité interannuelle était déjà forte, comme aujourd’hui sous climat méditerranéen. XIIIᵉ siècle : augmentation des extrêmes  : à partir de vers 1250–1280, les archives montrent une augmentation des pluies torrentielles ; des crues du Rhône et de la Durance et des alternances sécheresse/inondation. Le climat devient plus instable. XIVᵉ siècle : début du Petit Âge glaciaire - En Provence : les températures moyennes baissent progressivement : environ 0,5 à 1 °C de moins que durant l’optimum médiéval avec davantage de gels hivernaux et des saisons de croissance plus courtes. Il n’y a pas simplement ’plus de pluie’ : on observe surtout davantage d’années très humides et d’années très sèches, donc une augmentation des événements extrêmes. Autrement dit, la variabilité augmente davantage que la moyenne annuelle.

Quelques événements connus :

  • 1315–1317 : succession de pluies exceptionnelles en Europe occidentale, liées à la Grande famine de 1315-1317. La Provence est moins touchée que le nord de l’Europe, mais les récoltes sont perturbées.
  • Milieu du XIVᵉ siècle : alternance de sécheresses et de fortes pluies dans les chroniques provençales.
  • Après 1350 : les hivers rigoureux deviennent plus fréquents.
    En résumé :

Période

Température

Pluviométrie

XIᵉ–XIIIᵉ siècles +0,3 à +0,8 °C par rapport aux siècles froids suivants proche de l’actuelle, légère tendance à des hivers plus humides
Fin XIIIᵉ siècle refroidissement progressif variabilité accrue, épisodes extrêmes plus fréquents
XIVᵉ siècle −0,5 à −1 °C par rapport à l’optimum médiéval alternance plus marquée entre années très humides et très sèches

Conséquences : une expansion agricole importante entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle

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Les archives seigneuriales, ecclésiastiques et communales témoignent d’une expansion agricole importante entre le XIᵉ et le XIIIᵉ siècle. En Provence, le défrichement des espaces forestiers accompagne l’essor des établissements monastiques et des villages castraux. Les cultures céréalières, la vigne et l’olivier progressent jusque dans certaines zones d’altitude. La Toscane connaît parallèlement un développement exceptionnel de ses cités marchandes (Florence, Sienne, Pise et Lucques) dont la prospérité repose largement sur la production agricole régionale et les échanges méditerranéens. Cette croissance résulte de facteurs multiples : stabilité politique relative dans plusieurs territoires, innovations techniques (rotation triennale, amélioration de l’outillage agricole), augmentation des surfaces cultivées et conditions climatiques globalement favorables. L’analyse croisée des archives historiques et des données paléoclimatiques confirme que la Provence et la Toscane ont bénéficié, entre le XIème et le début du XIVᵉ siècle, de conditions climatiques relativement favorables qui ont accompagné un remarquable essor économique et démographique. Cette évolution ne doit cependant pas masquer l’existence d’une forte variabilité météorologique, susceptible de provoquer des crises agricoles parfois sévères. Les travaux contemporains soulignent enfin que les sociétés médiévales ont constamment adapté leurs pratiques agricoles, leurs réseaux commerciaux et leurs organisations sociales aux fluctuations du climat, démontrant ainsi la complexité des relations entre environnement et développement des civilisations.

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Bref rappel de l’épidémie de peste en Provence et en Toscane{{}}

Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, la Provence et la Toscane connaissent des trajectoires liées par les échanges méditerranéens, mais c’est surtout le XIVᵉ siècle qui est marqué par la peste noire. La peste noire, aussi appelée grande peste ou mort noire, est une pandémie qui a sévi au milieu du XIVᵉ siècle… Wikipédia

En Provence, la peste arrive en 1347-1348, vraisemblablement par les routes commerciales maritimes reliant la Méditerranée orientale aux ports provençaux, notamment Marseille. L’épidémie se diffuse rapidement dans les villes et les campagnes. On estime qu’elle emporte entre 30 et 50 % de la population. La crise entraîne un déclin démographique, une pénurie de main-d’œuvre, l’abandon de certains villages et de profondes transformations économiques et sociales.

En Toscane, la Peste noire de 1348 frappe avec une violence exceptionnelle. Florence, Sienne, Pise et les autres cités sont durement touchées, perdant souvent 40 à 60 % de leurs habitants. Le témoignage le plus célèbre est celui de Giovanni Boccaccio, qui décrit les effets de l’épidémie dans le prologue dans ‘Le Décaméron’. La catastrophe bouleverse durablement la société toscane : raréfaction de la main-d’œuvre, hausse des salaires, redistribution des terres et évolution des rapports sociaux.

Le XIIIᵉ siècle, en revanche, ne connaît pas de grande épidémie de peste comparable. Il est plutôt une période de croissance démographique, d’essor urbain et commercial, qui favorise les échanges entre la Provence et les cités toscanes. Cette intensification des circulations en Méditerranée constitue l’un des facteurs ayant facilité la propagation rapide de la Peste noire à partir de 1347-1348.

En résumé, si le XIIIᵉ siècle est celui de l’expansion économique et d’échanges fructueux, le XIVᵉ siècle est marqué par une rupture provoquée par la Peste noire, qui transforma durablement la Provence, tout comme la Toscane.

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Localisations géographiques concernant Pétrarque et Dario Pellegrini et comparaisons : {{}}

Toscane — WikipédiaToscane sur la carte d’Italie

Toscane avec repérage de Florence et Arezzo

Arezzo est une ville italienne d’un peu moins 100 000 habitants, chef-lieu de la province d’Arezzo, dans la région Toscane.

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Provence – WikipediaProvence en rouge sur la carte de France

https://cdn8.futura-sciences.com/sources/images/dossier/rte/11085_fs012.jpg

Provence – Avignon, Carpentras, Noves… : repérage des lieux cités plus loin – Carte de droite

En bref - Dans une perspective d’histoire culturelle et des sciences de l’éducation, la mise en regard de Pétrarque (Francesco Pétrarca) et de Dario Pellegrini, permet d’éclairer deux modalités distinctes, mais comparables d’hybridation culturelle entre des espaces d’Europe méridionale : l’Italie et la France…

In Pétrarque, sa famille et sa gloire - Jeudi 14 mai 2026 - France Culture- 58 minutes - Provenant du podcast Concordance des temps - Par Jean-Noël Jeanneney - « Poète majeur de la Renaissance naissante, Pétrarque a profondément marqué l’histoire littéraire et intellectuelle de l’Europe. Étienne Anheim lui consacre un « portrait de famille » sensible et original, où les liens affectifs éclairent la genèse d’une œuvre fondatrice… » Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/concordance-des-temps/petrarque-sa-famille-et-sa-gloire-2905931

Chez Pétrarque, l’expérience vécue en Avignon et aux environs constitue un moment fondateur : installé dans la Provence pontificale, au sein d’un espace profondément marqué par les circulations entre l’Italie et la France, il élabore une pensée humaniste fondée sur la redécouverte des textes antiques et sur la valorisation de l’individu. L’environnement de la cité d’Avignon, carrefour politique, papal et intellectuel du XIVe siècle, favorisa ainsi une production culturelle hybride, où se rencontrent le latin savant, les traditions italiennes et les influences françaises, donnant naissance à une nouvelle conception du savoir et aussi de la subjectivité.

Dario PELLEGRINI

Dario Pellegrini – Photo : CEPEC | LinkedIn – Source : https://fr.linkedin.com/in/dario-pellegrini-895aa22a

De manière plus contemporaine, les travaux de Dario Pellegrini, notamment dans le cadre des politiques d’« Éducation pour tous », notamment en Afrique de l’Ouest et en Polynésie, relèvent d’une logique similaire de circulation et d’adaptation des modèles culturels. Son analyse des systèmes éducatifs, en tant qu’inspecteur et conseiller technique au Sénégal, en particulier, mit en évidence la tension entre les normes internationales (UNESCO, politiques globales d’éducation) et les réalités socioculturelles locales, conduisant à une hybridation des pratiques pédagogiques.

Dans les deux cas, bien que séparés par plusieurs siècles et dans des contextes radicalement différents, on observe un même principe structurant chez ces deux personnages : la production de culture évolutive et de savoirs ne se fait pas dans des espaces fermés, mais dans des zones de contact où circulent les personnes, les idées et les propositions de modèles adaptés.

Ainsi, Avignon et ses environs au XIVe siècle, et les terrains éducatifs français, africains et polynésiens contemporains apparaissent comme des laboratoires d’hybridation, où se redéfinissent les formes de transmission culturelle et les modalités de construction et de diffusion populaire des savoirs.

La notion d’humanisme permet de mettre en regard, à plusieurs siècles d’écart, des figures comme Francesco Petrarca Pétrarque et Dario Pellegrini, dans une perspective élargie de l’histoire des idées et des pratiques éducatives.

Avec Pétrarque, l’humanisme naît au XIVe siècle comme une révolution intellectuelle fondée sur la redécouverte des textes antiques, la valorisation de la culture classique et l’affirmation progressive de l’individu pensant, notamment dans l’espace de circulation culturelle qu’est Avignon et es environs, où se rencontrent les traditions italiennes et l’environnement politico-culturel français.

Dans les travaux et les engagements de Dario Pellegrini, l’humanisme y apparaît comme une dynamique de retour aux sources et de transformation du rapport au savoir, plaçant la dignité de l’homme au centre des préoccupations intellectuelles dans un contexte contemporain

Point communs entre les deux personnages : {{}}

D’une part, Pétrarque (Francesco Petrarca), considéré comme l’un des pères fondateurs de l’humanisme européen, est né à Arezzo en 1304, tout comme le pédagogue Dario Pellegrini, également natif de cette ville située en Toscane qui est l’une des vingt régions d’Italie , située au centre-ouest de la botte italienne, ayant comme capitale Florence et comptant 3.692.555 habitants en 2020, dénommés les Toscans…

D’autre part, malgré la différence d’époque historique, tous deux partagent une idée centrale : les êtres humains sont considérés au centre de tout :

Pétrarque (XIVe siècle) : l’homme pensant, introspectif, lecteur des auteurs Anciens et fondateur historique de la notion d’humanisme en son temps

Rappel - Chronologie des auteurs anciens et leurs ouvrages - Liste non exhaustive - François-Dominique Fournier - © 2010 – Source : https://www.mediterranee-antique.fr/Auteurs/Auteurs_anciens.htm

Pellegrini (XXe–XXIe siècle) : l’homme formé, éduqué, intégré dans la vie scolaire, universitaire, sociale et associative, comme acteur contemporain de politiques éducatives et culturelles (éducation pour tous, coopération internationale, animation culturelle locale), oeuvrant et partageant les savoirs du temps présent. Ses travaux en matière d’éducation relèvent d’un humanisme appliqué contemporain

Il existe bien un parallèle culturel entre ces deux personnages autour de diverses langues, du partage et aussi de la transmission des savoirs et de la poésie dans un sens humaniste {{}}

La ville d’Arezzo en Italie n’est pas seulement un lieu de naissance commun à Pétrarque et à Dario Pellegrini  : elle fonctionne également comme un point d’ancrage, une “fabrique de filiations symboliques”, associant des figures très éloignées dans le temps pour construire une continuité imaginaire…

Quand on examine ces deux personnalités simultanément, on arrive à une lecture symbolique : Arezzo = même lieu de naissance - Pétrarque = poésie et naissance de l’humanisme - Pellegrini = continuation moderne de la transmission culturelle - Ce n’est pas une vérité historique directe - C’est une mise en récit culturelle - Le “lien” entre les deux hommes n’est pas une filiation réelle, mais une construction de sens : la ville d’Arezzo en Italie devient un fil conducteur symbolique entre l’humanisme ancien et la pédagogie contemporaine…

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La ville de Carpentras au 14ème siècle et aujourd’hui : ville d’accueil de Pétrarque et de Dario Pellegrini en Provence

Au XIVᵉ siècle, Carpentras connaît un important essor sous l’autorité des papes d’Avignon. En 1320, le pape Jean XXII en fait la capitale du Comtat Venaissin, renforçant son rôle administratif et politique.

« Le Comtat Venaissin (en latin : Pagus Vendascinus ; en occitan : Comtat Venaicin ou Coumtat Venessin) ou, par ellipse, le Comtat[1], est un ancien État pontifical. Il a été fondé au Moyen Âge en 1274 et a été totalement dissous le 14 septembre 1791. 80 communes actuelles composaient le Comtat Venaissin réparties entre le département de Vaucluse et le département de la Drôme. Ce qui correspond aujourd’hui à la partie sud du département de la Drôme pour 10 % d’entre elles, 90 % des communes concernant le Vaucluse qu’il recouvre presque entièrement, entre le Rhône, la Durance et le mont Ventoux, comprenant les villes de Rochegude, Bouchet, Carpentras, Vaison-la-Romaine, L’Isle-sur-la-Sorgue et Cavaillon. Avignon était par ailleurs une cité-État depuis son rachat en juin 1348 par le pape Clément VI…. » - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Comtat_Venaissin

Au 14ème siècle, la ville de Carpentras se développe derrière ses remparts, accueille des marchés actifs et profite de la proximité de la cour pontificale d’Avignon. Malgré les épidémies et les troubles de l’époque, Carpentras s’affirme comme l’un des principaux centres urbains de la région.

La communauté juive de Carpentras est l’une des plus anciennes de France. Au XIVᵉ siècle, sous la protection des papes qui gouvernent le Comtat Venaissin, les Juifs bénéficient d’une sécurité relative, alors qu’ils sont expulsés de nombreuses régions du royaume de France. Ils jouent un rôle important dans le commerce, le prêt d’argent, la médecine et l’artisanat. Bien que soumis à certaines restrictions juridiques et fiscales, ils peuvent maintenir leur vie religieuse et communautaire. Cette présence ancienne est à l’origine de la célèbre synagogue de Carpentras, édifiée plus tard sur un site médiéval, témoignage durable de l’histoire juive de la ville. Références à lire sur ce sujet :

Un ouvrage de référence : Les Juifs du pape. Avignon et le Comtat Venaissin, de René Moulinas professeur à l’Université d’Avignon, qui retrace près de cinq siècles d’histoire des communautés juives d’Avignon et du Comtat Venaissin, depuis leur protection par les papes jusqu’à la Révolution française. Il montre le caractère paradoxal de cette protection : les Juifs échappèrent aux grandes expulsions qui frappèrent le royaume de France, mais furent soumis à des contraintes spécifiques (port de signes distinctifs, résidence dans les « carrières », limitations professionnelles)…

Une étude historique plus ancienne, mais fondamentale : Histoire des Juifs d’Avignon et du Comtat Venaissin par Armand Mossé. Publié au XXᵉ siècle puis réédité, cet ouvrage demeure une source classique. Il s’appuie largement sur les archives pontificales et communales et contient de nombreux documents concernant Carpentras.

Voir aussi : Patrimoine juif d’Avignon et du Comtat Petit ouvrage récent, abondamment illustré, consacré aux anciennes « quatre communautés juives » (Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue). Très utile pour replacer la synagogue de Carpentras et les anciennes carrières dans leur contexte historique.

Une bonne synthèse historique en ligne : l’article du Jewish Virtual Library sur le Comtat Venaissin résume clairement l’histoire des « Juifs du pape » et rappelle que le Comtat Venaissin devint un refuge après les expulsions de 1306, 1322 et 1394. Il présente également les quatre principales communautés : Avignon, Carpentras, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue.

En bref, « Les ’Juifs du pape’ désignent les communautés juives qui vécurent, du XIIIᵉ siècle jusqu’à la Révolution française, sous l’autorité des papes dans le Comtat Venaissin et à Avignon. Protégées contre les expulsions qui frappèrent le royaume de France, elles bénéficièrent d’une continuité exceptionnelle, tout en étant soumises à un statut particulier mêlant protection, restrictions et ségrégation. Carpentras fut, avec Avignon, Cavaillon et L’Isle-sur-la-Sorgue, l’une des quatre grandes communautés historiques de ce judaïsme comtadin. »

En ce début du 21ème siècle, Carpentras est une ville d’environ 30.000.habitants, au cœur du Comtat Venaissin. Elle conjugue un riche patrimoine historique — héritage de son passé pontifical — avec une économie fondée sur les services, le tourisme, le commerce, l’agriculture (notamment fraise, raisin de table, fruits à pépins et à noyaux et légumes méditerranées). Son célèbre marché provençal, ses monuments, ainsi que sa vie culturelle et associative, en font une ville dynamique qui valorise à la fois ses traditions et son développement moderne.

Actuellement sur le plan social et sécuritaire, Carpentras présente les caractéristiques d’une ville moyenne française, avec des contrastes entre quartiers. Elle bénéficie d’un tissu associatif actif et de nombreux services publics, mais fait aussi face à des défis tels que le chômage, les inégalités sociales et les difficultés d’insertion de certains jeunes. En matière de sécurité, la ville connaît, comme d’autres communes de taille comparable, des faits de délinquance (trafics de stupéfiants, cambriolages, violences et incivilités) qui font l’objet d’actions renforcées des forces de l’ordre et de la municipalité. Des dispositifs de vidéo-protection, de prévention et de rénovation urbaine ont été développés ces dernières années afin d’améliorer la tranquillité publique. Dans l’ensemble, Carpentras demeure une ville où la vie quotidienne est largement paisible, même si certains quartiers concentrent davantage de difficultés sociales et sécuritaires que d’autres.

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Introduction {{}}

Ce dossier est un travail de recherche qui débute par un long Préambule abordant successivement les points suivants :

La notion d’humanisme

Littérature italienne et la cité de Florence au 14ème siècle

Les autorités du Saint Empire romain germanique, d’une part, et de la Papauté en Avignon, d’autre part à cette époque, en Italie et en France

Climat et météorologie de ces espaces entre le 11ème et le 14ème siècle, et les conséquences pour l’agriculture

L’épidémie de peste noire d’alors

Des localisations géographiques come repérage

La culture avec Pétrarque et Dario Pellegrini et une possible similitude entre les deux

Carpentras : cité d’accueil des personnages au Moyen Age et aujourd’hui

Un complément concernant « les Juifs du Pape »

Les articles sélectionnés et les compositions écrites pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

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  • Qu’est-ce que l’humanisme ? - Par Clemence Revest, CNRS-Centre Norbert Élias / The Harvard University Center For Italian Renaissance Studies – documentation et images ‘essentiels.bnf.fr’

    Angelo Camillo Decembrio, Politiæ literariæ… (De l’élégance de la culture...), Augsbourg, 1540

Angelo Camillo Decembrio, Politiæ literariæ… (De l’élégance de la culture...), Augsbourg, 1540 - Bibliothèque nationale de France  

Le terme « humanisme » désigne originellement le mouvement culturel qui fut à l’avant-garde de la Renaissance. Fondé sur l’aspiration à retrouver l’idéal antique, il a connu un formidable essor dans l’Europe des 15e-16e siècles. Quels en furent les principes et la portée ? 

Le terme « humanisme » est employé par les historiens pour désigner un mouvement culturel d’élite qui fut extrêmement influent en Europe à partir des 15e-16e siècles. Son principe directeur était l’aspiration à un renouveau de l’Antiquité, à travers la quête, l’étude et l’imitation des textes et des vestiges conservés. Né dans les milieux savants italiens du 14e siècle, particulièrement parmi des juristes et des notaires épris de poésie et d’histoire classiques, l’humanisme a connu un formidable essor au cours du 15e siècle, au point de devenir un modèle de pensée dominant : partagé par une vaste « république des lettres » il fut adopté de plus en plus largement par les aristocraties européennes au tournant des années 1500.

La Gloire sur un char distribuant des couronnes de laurier aux grands chefs de guerre

Altichiero da Zevio, La Gloire sur un char distribuant des couronnes de laurier aux grands chefs de guerre, Padoue, 1379 | Bibliothèque nationale de France 

L’humanisme tire son nom de l’expression « sciences de l’humanité », empruntée à Cicéron et tôt choisie par ses protagonistes pour caractériser leur projet. Il s’agissait de retrouver la connaissance de l’humanitas, c’est-à-dire de l’idéal de civilisation gréco-romain, en vue de régénérer un âge d’or.
« Qui pourrait douter que Rome se relèvera sur-le-champ, si elle commence à se connaître ? », avait lancé François Pétrarque, auteur immensément admiré de son vivant et rapidement passé à la postérité comme le précurseur d’un réveil de la littérature. Les humanistes ont en effet associé à leur programme d’études un puissant et durable imaginaire historique, qui distinguait la « Renaissance » dont ils se voulaient les porteurs, du « Moyen Âge », intervalle millénaire d’oubli qui les avait précédé.

Pour un retour aux sources{{}}

Pour accomplir ce renouveau autoproclamé, il fallait avant toute chose puiser à la source, autrement dit retrouver la mémoire la plus authentique et exhaustive possible de l’Antiquité. Cela signifiait évacuer ses réinterprétations variées au cours des siècles précédents l’humanisme s’est opposé avec véhémence aux traditions savantes concurrentes – notamment à la scolastique universitaire, dont Aristote était l’autorité par excellence – et aux formes qu’avait pris cet héritage au fil du temps, comme le latin médiéval ou les réinventions légendaires des ruines romaines. De telles évolutions furent perçues comme le fruit de déformations barbares contre lesquelles il convenait d’adopter une approche centrée sur l’exactitude originelle des textes et des vestiges.

Leonardo Bruni, humaniste

Jean Bourdichon, Leonardo Bruni, humaniste, Tours, vers 1480 | Bibliothèque nationale de France 

C’est pourquoi les humanistes se sont lancés à la recherche tous azimuts de manuscrits, pour reconstituer les œuvres du passé dans leurs versions primitives et intégrales, et les interpréter. Cette entreprise a concerné les auteurs latins – les classiques (Sénèque, Tite-Live, Cicéron pour commencer) comme les pères de l’Église (Augustin, Jérôme par exemple) – mais elle a aussi été alimentée par la connaissance d’autres langues anciennes. L’apprentissage, d’abord du grec grâce à l’arrivée de maîtres byzantins, puis de l’hébreu, du chaldéen, de l’arabe, s’est progressivement développé et a permis, avec l’afflux de manuscrits venus du monde méditerranéen, la production d’éditions et de traductions nouvelles, notamment des grandes œuvres philosophiques grecques et des textes bibliques. La traduction de l’Éthique à Nicomaque d’Aristote par Leonardo Bruni en 1418 fut l’un des premiers actes d’une conquête savante qui déclencha d’âpres controverses autant qu’elle fut couronnée d’un large succès européen.

Le couronnement d’Hérodote par Apollon

Benedetto Bordon, Le couronnement d’Hérodote par Apollon, Venise, 1494 | Bibliothèque nationale de France 

Une telle soif d’Antiquité cibla spécifiquement la connaissance de l’histoire, à travers l’étude non seulement des historiens grecs et romains (Plutarque fut ainsi très apprécié) mais aussi des traces matérielles. Les innombrables monuments, œuvres d’art, inscriptions qui avaient survécu au passage des siècles apparurent comme de précieux indices à recenser, collectionner, analyser au sein de recueils épigraphiques et de relevés de vestiges. Cet « antiquarianisme » alla de pair avec la montée en puissance d’une idéologie selon laquelle les ruines étaient des témoins essentiels de l’âge d’or perdu, destinés à être préservés et valorisés. En 1446 Biondo Flavio acheva une grande description de la ville de Rome dans l’Antiquité, la Roma instaurata, qu’il dédia au pape Sixte IV parce que, soulignait-il, « tu restaures et rebâtis à grands frais les monuments écroulés ou défigurés ». 

Connaître et imiter l’Antiquité{{}}

Lorenzo Valla, Elegantiæ linguæ latinæ

Lorenzo Valla, Elegantiæ linguæ latinæ, Rome, 1471 | Bibliothèque nationale de France  

Cependant ces legs antiques, il n’était pas seulement question de les étudier et de les restituer au plus près, mais encore de les imiter. Pour retrouver l’humanitas, il fallait écrire, penser, faire comme les grands Anciens. C’est pourquoi les humanistes s’efforcèrent avant toute chose de reproduire le latin classique : ils créèrent le néo-latin, dont les Élégances de la langue latine de Lorenzo Valla (1435-1444) devinrent un ouvrage de référence. Il s’agissait aussi de reproduire l’écriture, ce qui donna naissance à la graphie humanistique. Enfin, l’éloquence devint l’art politique par excellence. Les styles classicisants se diffusèrent massivement parmi les professionnels de la rhétorique (secrétaires, chanceliers, ambassadeurs, prédicateurs), au point que certains des lettrés les plus à l’avant-garde du mouvement moquèrent eux-mêmes à la fin du 15e siècle les « singes de Cicéron », selon une célèbre formule d’Ange Politien.

La dynamique intellectuelle créée par le mouvement humaniste a influé sur l’ensemble des champs du savoir. Ses répercussions dans la théologie chrétienne sont particulièrement notables. La connaissance des sagesses antiques a conduit à la recherche d’un syncrétisme universel, comme à Florence, où Marsile Ficin chercha à promouvoir la conciliation entre foi chrétienne et platonisme. L’étude philologique de la Bible et des textes des pères de l’Église a en outre appuyé l’aspiration à un retour aux sources évangéliques du catholicisme, pensé au premier chef par Érasme, auteur notamment d’une édition bilingue et corrigée du Nouveau Testament. 

Nouveau Testament en grec et en latin

Érasme, Nouveau Testament en grec et en latin, Bâle, 1516 | Bibliothèque nationale de France 

Buste de Marsile Ficin par Andrea Ferrucci

Andrea Ferrucci, Buste de Marsile Ficin, Cathédrale de Florence (Duomo), 1522 | Photo © Stéphane Toussaint, 2024

L’empreinte de l’humanisme fut également sensible dans le domaine du droit, avec la critique historique des sources juridiques promue par André Alciat, de la géographie, de l’astronomie, des mathématiques ou encore de la littérature vernaculaire. Les domaines de l’art (architecture, dessin, peinture, sculpture, art de la médaille, musique) en furent eux aussi transformés. La connaissance et l’imitation des idéaux et des vestiges classiques est devenue, autant pour les théoriciens que pour les praticiens, un principe capital et fécond. De la redécouverte du traité de Vitruve aux œuvres d’Andrea Palladio, l’histoire de l’architecture en fournit maints exemples.

Premier livre d’architecture de Vitruve

Jean Goujon, Premier livre d’architecture de Vitruve, Paris ?, vers 1540-1545 | Bibliothèque nationale de France

Une culture à l’usage des gouvernants{{}}

Toutefois l’humanisme était loin d’être purement une affaire d’érudits et d’artistes de haute volée. Il s’adressait à l’ensemble des élites sociales, particulièrement aux hommes de pouvoir : il s’agissait, fondamentalement, de régénérer chez les gouvernants la grandeur intellectuelle et morale des hommes illustres de l’Antiquité.

Un traité d’éducation fondateur

Vergerio, Sur l’éducation libérale de la jeunesse, Louvain, 15e siècle | Bibliothèque nationale de France 

À cet égard, la réforme de la pédagogie fut un élément essentiel. De nombreux traités ont défini le programme scolaire des « sciences de l’humanité », afin d’en faire le fondement de l’éducation des jeunes aristocrates. L’apprentissage de la grammaire et de la rhétorique latines et grecques, la lecture poussée de la littérature et de l’histoire antiques, en constituaient le cœur. Pionnier du genre, Pier Paolo Vergerio l’Ancien avait insisté sur ce point : « s’il convient à tous, et en particulier aux parents, de se préoccuper de bien instruire les enfants […], il est plus important encore que ceux qui sont les plus en vue, ceux dont la moindre parole ou le moindre geste sont connus de tous, éduquent leurs enfants dans les arts principaux, afin d’être considérés comme dignes de leur fortune et de leur condition élevée ».

Alphonse V d’Aragon, roi de Naples

Cola Rapicano et/ou Andrea Contrario, Alphonse V d’Aragon, roi de Naples, Naples, 1471 | Bibliothèque nationale de France

Dans le même temps l’humanisme a été soutenu par un nombre croissant de seigneurs et de prélats, qui ont protégé les lettrés et les artistes, stimulé la production d’œuvres, financé des institutions d’enseignement, constitué des bibliothèques d’apparat et des collections d’objets antiques.
À Milan, Mantoue, Ferrare, Florence, Rome, Urbino, Naples, les princes d’Italie avaient les premiers donné l’exemple et su en tirer profit, pour magnifier leur propre image de nouveaux « Mécène ». Avec Alphonse V d’Aragon, Leonello d’Este ou Frédéric de Montefeltre, la promesse d’une « renaissance » engagée par l’humanisme pénétra durablement la mise en scène des pouvoirs.

Liber de intellectu. Liber de sapiente…

Charles de Bovelles, Liber de intellectu. Liber de sapiente…, Paris, 1511 | Bibliothèque nationale de France

Provenance - Cet article a été publié à l’occasion de l’exposition « L’invention de la Renaissance. L’humaniste, le prince et l’artiste » présentée à la Bibliothèque nationale de France du 20 février au 16 juin 2024.

Mots-clés : 14e-15e siècles Europe Italie Littérature Histoire de l’art Histoire Éducation Renaissance et humanisme

Source : https://essentiels.bnf.fr/fr/histoire/temps-modernes/79ef3adc-83de-4ffc-95d0-c88644f0c05e-renaissance-et-humanisme-en-italie-14e-16e-siecles/article/f3a061ee-6369-4de1-b9b8-7174acabac1f-qu-est-ce-que-humanisme

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  • Article - Pétrarque, un humaniste vagabond - Par Luca Marcozzi, Università di Roma Tre – Document ‘essentiels.bnf.fr’

    Pétrarque écrivant

Pétrarque écrivant - Bibliothèque nationale de France

Pétrarque est un homme sans patrie. Né en exil, comme il le dit lui-même, il a passé son existence « pèlerin partout » entre l’Italie et la Provence, choisissant le lieu où vivre en fonction d’un seul critère : celui qui lui offre le plus de temps disponible pour étudier, la plus grande liberté pour lire ses classiques bien-aimés, écrire ses propres œuvres, pratiquer la poésie.

Une jeunesse provençale{{}}

Francesco Petrarca, dit Pétrarque, est né à Arezzo, dans la nuit du 19 au 20 juillet 1304. Il est le fils d’Eletta Canigiani et du notaire Petracco di Parenzo, qui avait été banni de Florence en 1302 pour des raisons politiques en même temps que Dante. Après avoir passé son enfance en Toscane, entre 1311 et 1312, le jeune Francesco se rend en Provence, à Carpentras, pour suivre son père.

À l’automne 1316, il commence ses études de droit à Montpellier, puis les poursuit à partir de 1321 à Bologne avant de les abandonner en 1326 à la mort de son père. De retour en Provence, faisant face à une situation économique difficile, il décide d’entrer à la cour de la famille romaine Colonna, comme aumônier du cardinal Giovanni. Mais il est en fait au service de son frère cadet, l’évêque Giacomo, qu’il suit dans son évêché de Lombez, en Gascogne.

Pétrarque et Laure dans un cœur

Pétrarque et Laure dans un cœur | Bibliothèque nationale de France

Entre-temps, ses premiers poèmes vulgaires commencent à circuler, qui lui apportent une certaine célébrité. Au fil des ans, il les réunit dans le Rerum vulgarium fragmenta (Fragments composés en langue vulgaire), également connu sous le nom de Canzoniere. La plupart sont dédiés à une femme nommée Laure, qu’il indiquera – bien des années plus tard – avoir vue pour la première fois le 6 avril 1327, un Vendredi Saint, dans l’église Sainte-Claire d’Avignon. Cette reconstruction n’est pas sans soulever quelques doutes. Ce qui est certain, cependant, c’est que Laure possède de nombreuses connotations allégoriques : son nom lui-même revêt plusieurs symboliques, dont celle de la couronne de laurier, emblème de la gloire poétique.

À la poursuite de la gloire{{}}

En 1333, au cours d’un voyage effectué pour ses mécènes dans le nord de l’Europe (Paris, Gand, Liège, Aix-la-Chapelle, Cologne, les Ardennes, Lyon), Pétrarque parvient à récupérer des œuvres peu connues de Cicéron et d’autres auteurs antiques dont la mémoire s’est perdue au fil du temps. Il se fait alors reconnaître comme un expert de la littérature classique et de l’histoire ancienne, un trait qu’il cultivera toute sa vie. 

Vue de Rome

Vue de Rome | Bibliothèque nationale de France

En février 1337, après un voyage aventureux, il arrive à Rome, qu’il contemple pour la première fois. Son récit est plein d’émerveillement et d’étonnement : devant la majesté de la Ville, où tout le monde ne voyait que des ruines, il perçoit au contraire la grandeur des reliques du passé, et imagine comment rendre à l’époque actuelle la gloire des temps anciens. De retour en Provence, il achète une maison à Fontaine-de-Vaucluse destinée à devenir son Parnasse : un paradis poétique où il peut résider dans la solitude, loin du bruit d’Avignon, pour se consacrer le plus possible à la poésie.

Il rassemble là une abondante bibliothèque, où il se met à écrire quelques Épystoles latines, sur le modèle d’Horace, et à composer deux ouvrages : l’Africa, poème épique sur les exploits de Scipion, et le De viris illustribus (Des hommes illustres), recueil de biographies. Grâce à ces œuvres, jamais achevées mais connues et en partie diffusées par quelques amis, il acquiert une certaine renommée d’historien et de poète qui lui permet d’aspirer à la reconnaissance publique.

La plus ancienne effigie de Pétrarque

La plus ancienne effigie de Pétrarque | Bibliothèque nationale de France

Pétrarque et Laure conversant

Pétrarque et Laure conversant | Bibliothèque nationale de France

Sur la route de la liberté{{}}

1341 est l’année de la consécration. Au début du mois d’avril, Pétrarque est couronné « poète, historien et maître » à Rome, dans le palais sénatorial du Capitole. Il déclare lui-même (mais nous n’en avons pas d’autre confirmation) qu’il a reçu une invitation du chancelier de la Sorbonne, Roberto de’ Bardi, pour être couronné à Paris, mais qu’il a choisi Rome pour son caractère sacré et la gloire de l’Antiquité. La cérémonie elle-même est inspirée, selon lui, par les gloires du passé.

L’arc de Septime Sévère, vu depuis le Forum

L’arc de Septime Sévère, vu depuis le Forum | Bibliothèque nationale de France

Nous n’en savons pas beaucoup plus que ce que lui-même nous dit, non sans désintéressement. Il obtient cette reconnaissance avec l’aide de la famille Colonna et le patronage de Robert d’Anjou, roi de Naples, à la cour duquel il passe quelques jours avant de se rendre à Rome, en compagnie d’un seigneur sans scrupules, Azzo da Correggio. Immédiatement après, il suit ce dernier dans la conquête de Parme, où il séjourne quelques mois, réticent à l’idée de retourner en Provence : après avoir obtenu son diplôme, il veut se consacrer à l’écriture et être reconnu comme écrivain et poète. Son rôle de courtisan commence à lui peser lourdement.

Les années de pèlerinage{{}}

Les années qui suivent sont marquées par d’incessants déplacements. Au printemps de 1342, Pétrarque retourne à Avignon : il fréquente la cour pontificale et en garde une très mauvaise impression, qu’il consigne dans les premières lettres d’un livre polémique, le Sine nomine (Livre sans nom), consacré à la dénonciation de la corruption papale. À la même période, il entreprend un autre travail historique, le Rerum memorandarum libri (Livre des choses mémorables), et à l’été 1343, se rend à Naples pour une mission diplomatique, où il trouve une ville dévastée après la mort de son roi bien-aimé Robert.

Les neuf Muses : Erato, Muse de la poésie lyrique

Les neuf Muses : Erato, Muse de la poésie lyrique | Bibliothèque nationale de France

Les neuf Muses : Calliope, Muse de la poésie épique

Les neuf Muses : Calliope, Muse de la poésie épique | Bibliothèque nationale de France

Il rejoint donc ensuite Parme et y achète une maison, pensant pouvoir y rester paisiblement pour cultiver un jardin à la gloire des Muses. À ses amis qui le réclament en Provence, il répond qu’il restera en Italie, sous la protection d’Azzo da Correggio. Mais les choses ne se passent pas comme prévu : la ville est assiégée par les ennemis d’Azzo et à la fin du mois de février 1345, il doit se réfugier à Vérone. Là encore, il reste quelques mois, consacrés à lire les Épîtres familières de Cicéron, sur lesquelles il modèle ses propres recueils de lettres. 

Entre inspiration poétique et difficultés politiques{{}}

Fontaine de Vaucluse dessiné par Pétrarque

Fontaine de Vaucluse dessiné par Pétrarque | Bibliothèque nationale de France

De retour en Provence, il passe ensuite plusieurs années fructueuses à commencer le Secretum, texte spirituel où il dialogue avec Saint-Augustin, et à composer quelques égologues rassemblés dans le Bucolicum carmen, le De vita solitaria (La Vie solitaire) et le De otio religioso (Le Repos religieux). Ces poèmes à thème pastoral sont inspirés par le choix de son frère Gherardo de devenir moine à la chartreuse de Montrieux.
Ces années fertiles passées à La Source de Vaucluse ne sont pas pour autant faciles, marquées par une impatience grandissante à l’égard de la cour pontificale et de la famille Colonna. À l’été 1347, Pétrarque soutient la révolution romaine de Cola di Rienzo, qu’il avait rencontré en 1342 et avec qui il partageait des intérêts d’antiquaire, le culte de la Rome républicaine et l’amour de la liberté. Mais Cola, qui établit un éphémère gouvernement populaire à Rome, était hostile aux barons et en particulier aux Colonna, qu’il extermina à la bataille de Porta San Lorenzo. Pétrarque, placé dans une position intenable, se retire en novembre 1347, à l’occasion d’une mission diplomatique à Vérone. Il rompra définitivement les liens trois ans plus tard, après l’arrestation de Cola en 1350 par la papauté.

La mort de Laure : gisant

La mort de Laure : gisant | Bibliothèque nationale de France

Mais c’est surtout l’arrivée de la Peste Noire qui change profondément la donne. Pétrarque passe la terrible année 1348 à Parme, où il est atteint par la nouvelle de la mort de Laure, puis de celle de son proctecteur, le cardinal Giovanni. Libéré de son service à la cour, il doit subvenir à ses besoins. Au fil du temps, il accumule habilement une série de bénéfices ecclésiastiques, en particulier à Parme, où il réside comme archidiacre du diocèse et commence à réorganiser ses lettres et ses poèmes en langue vernaculaire. Il obtient aussi en 1349 un riche canonicat à Padoue grâce à Iacopo da Carrara, seigneur de cette ville, qui est cependant tué en décembre 1350.

À l’automne de cette même année, Pétrarque se rend à Rome pour le Jubilé. Sur le chemin du retour, il s’arrête à Arezzo et à Florence, où quelques admirateurs, dont Boccace, l’invitent à s’installer. Pourtant, au printemps 1351, il retourne à Avignon et avec le premier Contra medicum (Invectives contre un médecin), fait ses débuts dans le genre de l’invective. Il reste là jusqu’à l’élection du nouveau pape, Innocent VI, mais considérant qu’il ne peut rien attendre de bon de ce nouveau pontife, il abandonne définitivement la Provence pour l’Italie au début de l’année 1353.

Milan : des années de maturité{{}}

Pétrarque

Pétrarque | Bibliothèque nationale de France

C’est vers Milan qu’il se dirige alors, et s’installe en tant qu’hôte des seigneurs de la ville : les Visconti, avec lesquels, prévoyant, il avait établi des relations depuis quelque temps. Accusé par ses amis florentins de s’être mis au service de dictateurs sanguinaires, Pétrarque déclare qu’il se sent libre, et que cette liberté consiste à avoir obtenu les meilleures conditions pour pouvoir étudier et se consacrer à ses œuvres. Il passe ainsi de fructueuses années à Milan, à écrire son œuvre la plus importante, le De remediis utriusque fortune (Les Remèdes aux deux fortunes), qui est diffusé immédiatement dans toute l’Europe. Il mène en parallèle d’importantes activités diplomatiques pour les Visconti et sert de porte-parole à l’occasion de plusieurs ambassades, y compris celles de l’empereur Charles IV, à Prague en 1356, et du roi de France, Jean II, en 1361

Une vieillesse laborieuse{{}}

Quelques mois après l’oraison prononcée à Paris, une recrudescence de la peste le pousse à quitter Milan pour Venise, où il réside jusqu’en 1368, obtenant une rente et une maison en échange du legs de la bibliothèque.

Mais en 1368 il pose finalement ses bagages à Padoue, en tant qu’invité de Francesco da Carrara. Dans sa dernière et sereine résidence sur les Collines Euganéennes, à Arquà, il continue à écrire et à réarranger ses œuvres, aidé d’un petit groupe de copistes et d’assistants : les Seniles (Lettres de la vieillesse), la réécriture du De viris illustribus, les dernières rédactions du Canzoniere datent de cette période. Il meurt dans la nuit du 18 au 19 juillet 1370, à la veille de son soixante-dixième anniversaire.

Le triomphe de l’Amour et Le triomphe de Chasteté

Le triomphe de l’Amour et Le triomphe de Chasteté | Bibliothèque nationale de France

Ayant parcouru toute sa vie l’Italie et la Provence, et d’autres pays en Europe, en quête de protection et d’honneurs auprès des papes et des princes, Pétrarque n’a jamais cessé d’étudier, d’écrire, et de lire les auteurs classiques anciens (écrivant en grec et en latin), dialoguant avec eux comme avec des amis chers. Une légende, qui n’a pas tardé à se répandre, raconte qu’au jour de sa mort, il appuya sa tête sur le lutrin, tout en lisant et en annotant son bien-aimé auteur Virgile…{{}}

Provenance - Cet article a été publié à l’occasion de l’exposition « L’invention de la Renaissance. L’humaniste, le prince et l’artiste » présentée à la Bibliothèque nationale de France du 20 février au 16 juin 2024.

Mots-clés 14e-15e siècles France Italie Littérature Renaissance et humanisme Pétrarque

Source : https://essentiels.bnf.fr/fr/article/d5a52c67-4da3-44b8-83f1-e30604a268cf-petrarque-un-humaniste-vagabond?utm_source=chatgpt.com

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Pétrarque{{}}

Description de cette image, également commentée ci-après

Pétrarque peint par Andrea del Castagno, série des Hommes et femmes illustres, Galerie des Offices, Florence.

Données clés
Nom de naissance Francesco Petrarca
Naissance 20 juillet 1304

Arezzo (république de Florence)

Décès 19 juillet 1374 (à 69 ans)

Arquà (république de Venise)

Nationalité Florentin
Activité principale Poète, humaniste
Distinctions Couronne de laurier d’Apollon
Auteur
Langue d’écriture latine et toscane
Mouvement Humanisme de la Renaissance

Œuvre principale

Canzoniere

Francesco Petracca ou Petrarca[1], en français François Pétrarque[2], ou simplement Pétrarque, né le 20 juillet 1304 à Arezzo et mort le 19 juillet 1374 à Arquà[N 1], est un érudit, poète et humaniste italien de la république de Florence. Avec Dante Alighieri et Boccace, il compte parmi les auteurs fondateurs de la littérature italienne.

Pétrarque passe à la postérité pour la qualité de sa poésie qui met en vers son amour pour Laure de Sade. Son Canzoniere, dans lequel il rénove la manière des écrivains du « dolce stil novo »[3], a eu une influence stylistique et linguistique majeure.

Dans cette œuvre, il se présente comme « une sorte de Janus regardant à la fois vers le passé et l’avenir, l’antiquité et la chrétienté, la frivolité et le recueillement, le lyrisme et l’érudition, l’intérieur et l’extérieur »[4].

Il est également reconnu comme celui qui a retrouvé les Correspondances de Cicéron jusqu’alors perdues. Ces dernières sont à l’origine de la volonté de Pétrarque de publier ses propres lettres.

Biographie « Le lundi 22 juillet de l’an 1304[N 2], au lever de l’aurore, dans un faubourg d’Arezzo appelé l’Horto[N 3], je naquis, en exil, de parents honnêtes, Florentins de naissance et d’une fortune qui touchait à la pauvreté. » — Pétrarque, Epistola ad Posteros (Épître à la Postérité[5]).

Fils du notaire Ser Pietro di Parenzo (it)[N 4], Pétrarque passa son enfance dans le village d’Incisa in Val d’Arno, proche de Florence, car son père avait été banni de la cité florentine par les Guelfes noirs en 1302[N 5] en raison de ses liens politiques avec Dante[N 6]. Le notaire et sa famille rejoignirent ensuite Pise puis Marseille et le Comtat Venaissin.

Études à Carpentras{{}}

  • La maison natale de Pétrarque à Arezzo.
    Les exilés arrivèrent à Avignon[N 7] en 1312 puis François s’installa à Carpentras où « il fit ses humanités sous l’autorité de l’excellent maître toscan Convenole de la Prata »[6]. La tradition veut que celui-ci ait reçu de son élève un livre de Cicéron contenant, entre autres, le De Gloria aujourd’hui perdu. Toujours gêné pécuniairement, le maître avait engagé ce livre et, malgré les offres de Pétrarque pour le lui racheter, il refusa toujours par fierté. À sa mort, le poète gémit d’avoir « perdu à la fois son livre et son maître ». Ce fut pourtant de lui que le jeune homme acquit le goût des belles lettres. Dans une lettre à son ami d’enfance, Guido Settimo[N 8], archevêque de Gênes, qui étudia avec lui chez le maître toscan, il rappelle :

« Je séjournai quatre ans à Carpentras, petite ville voisine d’Avignon, du côté du levant, et dans cette ville j’appris un peu de grammaire, de dialectique et de rhétorique, autant que l’on peut en apprendre à cet âge et qu’on peut en enseigner à l’école[N 9]. »

Pour payer ses études, son père donnait chaque année au recteur du collège quatorze éminées de blé, et le futur poète devait apporter son vase à vin et son gobelet pour boire au cours des repas.

À Carpentras, le jeune Pétrarque vécut un moment important. Il assista, le 1er mai 1314, à l’arrivée du Sacré Collège venu élire un nouveau pape[7]. Les vingt-trois cardinaux — dont quinze Français et huit Italiens — entrèrent en conclave puis durent se disperser face à l’attaque armée des Gascons de la famille de Clément V, le pape défunt.

Universités{{}}

  • Cloître de la faculté de droit de Montpellier
    François, qui avait terminé ses études, quitta Carpentras pour suivre des cours de droit à l’Université. C’est lui-même qui nous indique son cursus :

« Je me rendis à Montpellier, où je consacrai quatre années à l’étude des lois ; puis à Bologne, où pendant trois ans, j’entendis expliquer tout le corps du droit civil. » — Épître à la Postérité[5]

Il arriva à Montpellier au cours de l’automne 1316 et y apprécia son séjour estudiantin si l’on en croit cette confidence épistolaire :

« Là-bas aussi, quelle tranquillité avions-nous, quelle paix, quelle abondance, quelle affluence d’étudiants, quels maîtres ! » — Pétrarque, Lettres familières aux amis

En 1318 ou en 1319, alors qu’il était adolescent, Pétrarque perdit sa propre mère, Eletta, qui était alors âgée de 38 ans. « Détail véridique ou inventé, c’est cette disparition qui lui fit écrire ses premiers vers, une élégie de trente-huit hexamètres latins en hommage à cette mère morte à trente-huit ans »[8].

Pourtant, ce fut dans cette cité universitaire qu’à peine un ou deux ans plus tard, se déroula un autre drame. En 1320, son père brûla ses livres. Lui et son cadet Gérard[9] partirent alors continuer leurs études à Bologne, le plus grand centre européen d’études juridiques.

Ils étaient accompagnés de Guido Settimo, rencontrèrent les trois fils de l’influente et puissante famille Colonna, Agapito, Giordano et Giacomo et se lièrent avec ce dernier. Ce fut là, dès l’automne 1320, que le jeune homme prit conscience de la naissance d’une nouvelle forme de poésie écrite, non plus en latin, mais en langue vulgaire, le plus souvent le toscan.

La famille Colonna a une importance considérable pour Pétrarque ; il entre en 1325 au service de celle-ci à travers Giacomo et son père, Stefano le Vieux, et jusqu’en 1347. Il voue à la figure parentale de Stefano une affection et une admiration considérable, ayant trouvé en devenant orphelin des deux parents — le père de Pétrarque mourut en avril 1326 — un père modèle qui lui permettra de faire face aux aléas de la vie. Dans les Correspondances, il témoigne de reconnaissance pour ce lien néo-parental[ 10]->https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trarque#cite_note-19].

Les deux frères ne revinrent à Avignon qu’à la mort de leur père, abandonnant leurs études de droit. François, âgé de 22 ans, attiré par la Cour pontificale, s’y installa en avril 1326. L’héritage paternel, bien écorné, permit aux deux frères de mener pendant quelques mois une vie insouciante et mondaine.

Séjour et imprécations contre Avignon{{}}

  • Pétrarque et ses amis
    « Là, je commençai à être connu et mon amitié fut recherchée par de grands personnages. Pourquoi ? J’avoue maintenant que je l’ignore et que cela m’étonne ; il est vrai qu’alors cela ne m’étonnait pas car, selon la coutume de la jeunesse, je me croyais très digne de tous les honneurs. » — Épître à la Postérité[5]

François, flanqué de son ami Giacomo Colonna, s’est effectivement fait remarquer par son élégance, sa prestance et son éloquence avant d’être admiré pour ses talents poétiques. En effet, le jeune homme, qui avait définitivement abandonné le droit, s’adonna dès lors à une activité littéraire.

« Le talent qu’il va démontrer dans ces exercices poétiques et le raffinement de sa personne[N 10] lui permettent d’acquérir rapidement, dans cette société courtoise, une réputation prometteuse »[11].

Mais, pour continuer à satisfaire autant leurs besoins que leurs ambitions, les deux frères durent s’assurer des revenus réguliers. C’est sans nul doute ce qui les amena à recevoir les ordres mineurs[N 11], seule possibilité de percevoir des revenus ecclésiastiques.

En 1330, François rejoignit son ami Giacomo, évêque de Lombez où il retrouva son frère Gherardo, devenu chanoine, ainsi que deux autres de ses amis, Lello et Luigi di Campina[N 12]. Son séjour estival dans la cité a été idyllique :

« Ce fut un été quasi divin grâce à la franche allégresse du maître de céans et de ses compagnons. » — Épître à la postérité[ 5]->https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trarque#cite_note-épitre-postérité-8]

De retour dans la cité papale, il entra au service du cardinal Giovanni Colonna[N 13]. Mais il ne se plaisait point à Avignon, la cité des papes lui semblant être une nouvelle Babylone. Il déversait sur elle les pires calomnies et médisances [N 14]. La cité papale avait droit à ce type d’invective : « Ô Avignon, est-ce ainsi que tu vénères Rome, ta souveraine ? Malheur à toi si cette infortunée commence à se réveiller ! ».

Pour lui, Avignon était « l’enfer des vivants, l’égout de la terre, la plus puante des villes », « la patrie des larves et des lémures », « la ville la plus ennuyeuse du monde »[5] ou bien « le triste foyer de tous les vices, de toutes les calamités et de toutes les misères ». Il ajouta même que « La Cour d’Avignon [était] un gouffre dévorant que rien ne peut combler ». Enfin, il eut cette formule qui fit florès « Avignon, sentine[N 15] de tous les vices »[N 16].

Attaques contre les cardinaux français d’Avignon{{}}

  • Pétrarque (sanguine de Jacques Le Boucq).
    Mais plus que sa haine d’Avignon, c’est celle contre les cardinaux du Sacré et Antique Collège qui éclate dans ses lettres. Les affublant du nom de boucs, il leur réservait ses traits les plus acérés[N 17].

Il cloua au pilori un de ceux-ci qui « [pesait] de tout son poids sur les malheureuses chèvres et ne [dédaignait] aucun accouplement », dénonça son alter ego qui « [troublait] tous les enclos et ne [laissait] aucune chèvre dormir tranquillement pendant la nuit somnifère », fustigea un autre qui « n’[épargnait] pas les tendres chevreaux ».

Dans son « Invective contre le cardinal Jean de Caraman »[N 18], il s’attaquait en particulier à « un petit vieillard capable de féconder tous les animaux. Il avait la lascivité d’un bouc ou s’il y a quelque chose de plus lascif et de plus puant qu’un bouc ». Pour que ses contemporains l’identifient avec précision, Pétrarque indiqua « qu’il avait dépassé sa soixante-dixième année, qu’il ne lui restait plus que sept dents, qu’il avait la tête blanche et chauve et qu’il était si bègue qu’on ne pouvait le comprendre ».

Puis il narra à son sujet un épisode tragicomique. Le barbon dut, alors qu’il était dans le plus simple appareil, coiffer son chapeau de cardinal pour convaincre une jeune prostituée effarouchée qu’il était membre du Sacré Collège.

Et le poète de conclure : « Ainsi ce vétéran de Cupidon, consacré à Bacchus et à Vénus, triompha de ses amours, non en armes, mais en robe et en chapeau. Applaudissez, la farce est jouée. »

Rencontre avec Laure{{}}

  • Buste de Laure de Noves (Musée Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse (84)) Vestige d’une des chapelles de l’église du couvent Sainte-Claire d’Avignon
  • Plaque commémorative apposée par l’Académie de Vaucluse sur la façade du couvent Sainte-Claire
    Pourtant, en 1327, en dépit de la mort de sa mère Eletta Cangiani[N 19], la cité pontificale d’Avignon lui sembla parée de tous les charmes un certain 6 avril. Ce jour-là, pour la première fois, le poète rencontra Laure[N 20]. Sur son manuscrit de Virgile, il nota :

« Laure, célèbre par sa vertu et longuement chantée par mes poèmes, apparut à mes regards pour la première fois au temps de ma jeunesse en fleurs, l’an du Seigneur 1327, le 6 avril, à l’église de Sainte-Claire d’Avignon, dans la matinée. »

Laure de Sade, épouse d’Hugo de Sade, venait d’avoir dix-sept ans et Pétrarque eut un coup de foudre. Un événement banal qui allait pourtant, par la grâce du génie d’un poète, entrer dans l’histoire de la littérature mondiale. Il allait, en effet, la chanter et la célébrer comme jamais aucun poète ne l’avait fait depuis le temps des troubadours.

Fidèle aux règles de l’amour courtois, le poète a peu donné de renseignements sur Laure. Il précisa seulement que « sa démarche n’avait rien de mortel », que « sa bien-aimée avait la forme d’un ange » et que « ses paroles avaient un autre son que la voix humaine »[N 21]. Il en conclut : « Moi qui avais au cœur l’étincelle amoureuse, quoi d’étonnant si je m’enflammais tout à coup ».

Depuis quelques années, une nouvelle campagne « négationniste » a été développée par certains pétrarquistes. Pour eux, il faut que Laure n’ait point existé charnellement et qu’elle soit réduite, si l’on en croit leurs analyses, à un simple mythe poétique. Le plus acharné est Nicholas Mann qui nie en bloc et l’existence même de Laure et la véracité, nous le verrons plus loin, de l’ascension du Ventoux par le poète[N 22]. Une dernière et récente hypothèse suggère que le personnage de Laure ait été celui d’une chanteuse rencontrée en Vénétie vers le milieu du XIVe siècle[12].

Ces hypothèses d’école sont battues en brèche par une lettre du poète à Giacomo Colonna, parue dans ses Epistolæ metricæ, I, 6, et qui a été écrite à Vaucluse, vers l’été ou l’automne 1338 « Il est dans mon passé une femme à l’âme remarquable, connue des siens par sa vertu et sa lignée ancienne et dont l’éclat fut souligné et le nom colporté au loin par mes vers. Sa séduction naturelle dépourvue d’artifices et le charme de sa rare beauté lui avaient jadis livré mon âme. Dix années durant j’avais supporté le poids harassant de ses chaînes sur ma nuque, trouvant indigne qu’un joug féminin ait pu m’imposer si longtemps une telle contrainte »[13].

Portraits de Pétrarque et de Laure{{}}

On sait que Simone Martini arriva à Avignon, en 1336, pour décorer le palais des papes. Giacomo Stefaneschi, le cardinal de Saint-Georges, en profita pour lui passer commande des fresques du porche de Notre-Dame des Doms.

C’est cette année-là que Pétrarque rencontra le maître qui, à sa demande, réalisa pour lui deux médaillons à son effigie et à celle de Laure[N 23].

Un an plus tard, le poète accompagna le dauphin Humbert II lors de son pèlerinage à la Sainte-Baume[14]. En cette année 1337, à Avignon, naquit Giovanni, son fils naturel ; l’événement suscita un scandale. Dans la chapelle napolitaine de Sancta Maria dell’Incoronata de Naples, lieu de culte voulu par la souveraine et édifié entre 1360 et 1373, les fresques des voûtes représentent les sept Sacrements et le Triomphe de l’Église[N 24]. Dans le Mariage, les spécialistes ont pu identifier les portraits de Robert d’Anjou et de la reine Jeanne, et on suppose que dans le Baptême on a représenté Pétrarque et Laure[N 25].

Son portrait de profil est paru sur un timbre-poste émis par la principauté de Monaco en 2009, dessiné par Cyril de La Patellière (un des projets visibles au musée-bibliothèque François Pétrarque à Fontaine de Vaucluse).

Périples du poète et l’ascension du mont Ventoux{{}}

Il est sûr que la rencontre du poète et de sa muse ne le fixa pas sur place. De 1330 à 1333, il voyagea. Après sa visite à Lombez, il entreprit un périple qui, par Paris, Liège et Aix-la-Chapelle, lui fit traverser la France, la Flandre et la Rhénanie. Il retourna enfin vers Avignon par les Ardennes et Lyon.

L’itinéraire possible de l’ascension du Ventoux par Pétrarque
(d’après un croquis dressé par Pierre de Champeville).

Son cadet le rejoignit dans le Comtat Venaissin en 1336. Là, le 26 avril[N 26], François et Gérard firent l’ascension du mont Ventoux. Le poète décrivit sa randonnée de Malaucène jusqu’au sommet à François Denis de Borgo San Sepolcro. Cette expédition de Pétrarque tranche avec les autres auteurs médiévaux, qui se désintéressent des milieux montagneux[15]. Certains auteurs ont mis en doute la date de cette montée. Pour étayer leur thèse, les adversaires de la réalité de la montée du Ventoux, en 1336, ont été obligés de déplacer la date de l’ascension après 1350, période où effectivement, pendant un demi-siècle, les accidents climatiques se succédèrent. Cet artifice leur permet d’expliquer que, dans de telles conditions, ce périple était impossible à réaliser au printemps 1353[16] et parle donc d’une recherche uniquement mystique[N 27].

Personne aujourd’hui ne nie que la lettre relatant la montée du Ventoux n’est pas la relation primitive que Pétrarque fit à son confesseur. Si elle a été réécrite par le poète pour mieux passer à la postérité[N 28], cela ne peut servir d’argument pour expliquer que cette ascension n’eut pas lieu.

C’est bien pourtant la voie dans laquelle s’est lancé Nicholas Mann, un professeur d’histoire de la tradition antique au Warburg Institute de l’Université de Londres. Indiquant que « la lettre ne prit sa forme définitive qu’en 1353 », il glose : « Dix-sept ans plus tard, l’excursion d’une journée était devenue un programme pour la vie. Même, si au bout du compte, Pétrarque n’escalada jamais le mont Ventoux, la chaleur du récit qu’il en tira est autant littéraire que morale : la difficulté d’adopter le chemin le plus escarpé qui mène au bien ».

Des arguments bien différents en faveur de la réalité de cette montée ont été apportés dès 1937, année où Pierre Julian a fait paraître une traduction du texte latin de François Pétrarque sur L’ascension du Mont Ventoux suivie d’un essai de reconstitution de l’itinéraire du poète par Pierre de Champeville[17]. En dépit du peu d’indications géographiques données, il en existe une essentielle. Le poète signale s’être reposé au pied de la Filiole.

Cette dénomination désigne toujours un ensemble toponymique qui comprend un piton dominant la combe la plus haute et la plus importante du Ventoux qui part du Col des Tempêtes et descend jusqu’au Jas de la Couinche. Cette combe est aujourd’hui dite Combe Fiole. Sa désignation a été, à l’évidence, faite par le berger qui guidait les deux frères[N 29]. Elle est largement suffisante, à moins de traiter le poète de menteur, pour prouver qu’il a atteint dans son ascension au moins ce point précis situé à quelques centaines de mètres du sommet.

Dans son essai de reconstitution de l’itinéraire des frères Pétrarque, l’alpiniste Pierre de Champeville suppose qu’après Les Ramayettes, à la différence de la route qui emprunte à partir de là le flanc nord, ils ont parcouru la face méridionale moins boisée et plus accessible de l’ubac[N 30].

Le projet humaniste{{}}

Mais Avignon, objet de tant d’amour et de haine, permit surtout à Pétrarque de mener à bien un grand dessein qui occupa toute sa vie, « retrouver le très riche enseignement des auteurs classiques dans toutes les disciplines et, à partir de cette somme de connaissances le plus souvent dispersées et oubliées, de relancer et de poursuivre la recherche que ces auteurs avaient engagée »[11].

Il a eu non seulement la volonté mais aussi l’opportunité et les moyens de mettre en œuvre cette révolution culturelle.

  • Symbole de l’humanisme retrouvé, Le jeune Cicéron lisant, fresque de Vincenzo Foppa de Brescia, datée vers 1464.
    Sa notoriété de poète et d’homme de lettres désormais reconnue, ses contacts avec la Curie qui lui ouvre ses portes, le soutien efficace de la famille Colonna, lui permirent de rencontrer tous les érudits, lettrés et savants qui se rendaient dans la cité papale. À titre d’exemple, sous le pontificat de Benoît XII, Pétrarque apprit les rudiments[18] de la langue grecque grâce à un grec calabrais, le basilien Barlaam, évêque de Saint-Sauveur, venu à Avignon avec le Vénitien Étienne Pandolo en tant qu’ambassadeurs du basileus Andronic III Paléologue afin de tenter de mettre un terme au schisme entre les Églises orthodoxe et catholique. La condition était que les armées « franques » vinssent soutenir l’empire byzantin contre la poussée turque, les arguties réciproques firent capoter cette ambassade. L’évêque Barlaam, de retour à Constantinople, en butte aux persécutions quiétistes, préféra revenir en Avignon où il se lia d’amitié avec Pétrarque[19].

Il créa, au cours de ces rencontres, un réseau culturel qui couvrait l’Europe et se prolongeait même en Orient. Pétrarque demanda à ses relations et amis qui partageaient le même idéal humaniste que lui de l’aider à retrouver dans leur pays, leurs provinces, les textes latins des anciens que pouvaient posséder les bibliothèques des abbayes, des particuliers ou des villes.

Ses voyages lui permirent de retrouver quelques textes majeurs tombés dans l’oubli. C’est à Liège qu’il découvrit le Pro Archia de Cicéron et à Vérone, Ad Atticum, Ad Quintum et Ad Brutum du même[N 31]. Un séjour à Paris lui permit de retrouver les poèmes élégiaques de Properce. En 1350, la révélation de Quintilien marqua, aux dires du poète, son renoncement définitif aux plaisirs des sens.

Dans un souci constant de restituer le texte le plus authentique, il soumit ces manuscrits à un minutieux travail philologique et leur apporta des corrections par rapprochements avec d’autres manuscrits.

C’est ainsi qu’il recomposa la première et la quatrième décade de l’Histoire Romaine de Tite-Live à partir de fragments et qu’il restaura certains textes de Virgile.

Ces manuscrits, qu’il accumula dans sa propre bibliothèque, en sortirent par la suite sous forme de copies et devinrent ainsi accessibles au plus grand nombre[N 32]. Un de ses biographes, Pier Giorgio Ricci, a expliqué à propos de la quête humaniste de Pétrarque :

« L’aspiration à un monde idéal, soustrait à l’insuffisance de la réalité concrète, se trouve à la base de l’humanisme pétrarquiste : étudier l’antiquité par haine du présent et rechercher une perfection spirituelle que Pétrarque n’aperçoit ni en lui ni autour de lui. »

Abordant la question d’une possible dichotomie entre humanisme et christianisme, il affirme :

« Il n’existe aucun conflit entre son humanisme et son christianisme. La vraie foi manqua aux Anciens, c’est vrai, mais lorsqu’on parle vertu, le vieux et le nouveau monde ne sont pas en lutte. »

L’admiration de Pétrarque envers les auteurs classiques n’est pas simplement la marque de son humanisme mais révèle une prise de conscience nationale, un nationalisme romain qui, à l’instar de Dante, juge les autres cultures barbares toujours imprégnées de scolastique, ce qui entraîne en retour un réveil du nationalisme français[20].

Les séjours du poète à la fontaine de Vaucluse{{}}

  • Le site de la Fontaine de Vaucluse.
    Pétrarque, parce qu’il n’aimait point Avignon ou parce que Laure ne l’aimait pas, se réfugia sur les berges de la Sorgue à la fontaine de Vaucluse à partir de 1338. Décidé de mettre un terme à ses obligations mondaines et à mener une vie consacrée à la solitude, la poésie et la réflexion, il y fit installer sa bibliothèque[21]. C’est ce qu’il explique dans son Épître à la Postérité : « Je rencontrai une vallée très étroite mais solitaire et agréable, nommé Vaucluse, à quelques milles d’Avignon, où la reine de toutes les fontaines, la Sorgue, prend sa source. Séduit par l’agrément du lieu, j’y transportai mes livres et ma personne. »[réf. souhaitée]

Il va y séjourner épisodiquement mais régulièrement jusqu’en 1353 faisant de ce lieu le « centre de sa vie émotive et intellectuelle »[22]. Philippe de Cabassolle, l’évêque de Cavaillon, qui y possédait son château épiscopal, devint dès lors son ami le plus cher. Ses amours ne l’empêchèrent point d’avoir le sens de la formule puisqu’il déplora ce « bien petit évêché pour un si grand homme »[N 33].

Il resta en tout quinze années à Vaucluse. Le poète dit lui-même : « Ici j’ai fait ma Rome, mon Athènes, ma patrie »[N 34]. Dans l’une de ses lettres à l’évêque de Cavaillon, Pétrarque explique les raisons de son amour pour la Vallis Clausa : « Exilé d’Italie par les fureurs civiles, je suis venu ici, moitié libre, moitié contraint. Que d’autres aiment les richesses, moi j’aspire à une vie tranquille, il me suffit d’être poète. Que la fortune me conserve, si elle peut, mon petit champ, mon humble toit et mes livres chéris ; qu’elle garde le reste. Les muses, revenues de l’exil, habitent avec moi dans cet asile chéri. »

Dans ses Familiarum rerum, il nota : « Aucun endroit ne convient mieux à mes études. Enfant, j’ai visité Vaucluse[N 35], jeune homme j’y revins et cette vallée charmante me réchauffa le cœur dans son sein exposé au soleil ; homme fait, j’ai passé doucement à Vaucluse mes meilleures années et les instants les plus heureux de ma vie. Vieillard, c’est à Vaucluse que je veux mourir dans vos bras. »

  • la Sorgue, reine de toutes les fontaines.
    Au cours d’un premier séjour de deux ans, il rédigea De Viris Illustribus et le monumental poème latin Africa dont les neuf livres inachevés ont pour héros Scipion l’Africain. Son second séjour, d’un an, eut lieu en 1342, après la naissance de Tullia Francesca, sa fille naturelle. Jules Courtet, le premier historiographe du Vaucluse, se permit de commenter « Cette faiblesse embarrasse quelque peu certains biographes (…) mais Pétrarque n’aima que Laure. C’est possible, sauf la distraction »[23].

En 1346, il retourna à nouveau à Vaucluse. Il y écrivit De Vita Solitaria et Psalmi Penitentiales où il implorait la rédemption. Un an plus tard, il se rendit à Montrieux rencontrer son frère Gherardo[N 36]. De retour de la Chartreuse, il composa De otio religioso (ou De Otio Religiosorum) : « Du Repos religieux » ou De la Paix et de la liberté des esprits contemplatifs et religieux.

L’année 1351 marqua le commencement des trois séjours consécutifs du poète à Vaucluse. Au cours de ces trois années, où il fustigeait les mœurs de la Cour pontificale d’Avignon, il composa ses traités Secretum meum et De otio religioso.

La somme de travail qu’il accumula est impressionnante, car c’est dans le Vaucluse que prirent corps toutes ses œuvres poétiques et littéraires[24], le poète le reconnaît lui-même : « En résumé, presque tous les opuscules qui sont sortis de ma plume (et le nombre est si grand qu’ils m’occupent et me fatiguent encore jusqu’à cet âge) ont été faits, commencés et conçus ici »[25].

  • Dessin de la main de Pétrarque de la Fontaine de la Sorgue.
    Ce qui est certain, c’est que François, rêvant et travaillant sur les rives de la Sorgue, cultivait autant ses amours (platoniques) pour Laure que sa réputation (bien établie) de poète. La solitude de la Vallis clausa lui servit « à faire revenir la mémoire en arrière et à vagabonder par l’esprit à travers tous les siècles et tous les lieux »[26]. En dépit de sa gloire, il revenait toujours à son séjour de prédilection. Il y organisait sa vie et écrivit à Francesco Nelli, prieur de l’église des Saints-Apôtres à Florence : « J’ai acquis là deux jardins qui conviennent on ne peut mieux à mes goûts et à mon plan de vie. J’appelle ordinairement l’un de ces jardins mon Hélicon transalpin, garni d’ombrages, il n’est propre qu’à l’étude et il est consacré à notre Apollon. L’autre jardin, plus voisin de la maison et plus cultivé, est cher à Bacchus »[27].

Pétrarque, comblé d’honneurs, cultivait donc conjointement sa muse et ses vignes. Comme il le nota lui-même la fontaine de la Sorgue aurait été un lieu parfait de résidence si l’Italie avait été plus proche et Avignon plus lointaine[28]. C’est de plus à sa plume qu’est dû le plus ancien croquis de la Fontaine. Il dessina en marge de son Histoire Naturelle de Pline la Sorgue jaillissante du rocher sommé d’une chapelle avec en premier plan un échassier. Il légenda transalpina solitudo mea jocundissima[29]> (en français : Ma solitude transalpine très joyeuse).

Les lauriers d’Apollon{{}}

  • Statue du piazzale des Offices représentant Pétrarque.
    Sa notoriété était telle qu’en 1340, son maître et confesseur, le moine augustin François Denis de Borgo San Sepolchro, lui proposa de recevoir la couronne de lauriers à la Sorbonne où il professait. Les docteurs de Paris lui offraient cette distinction pour remercier celui qui permettait la renaissance des lettres, la redécouverte des textes anciens oubliés et ouvrait la voie aux humanistes.

Le Sénat romain lui fit la même proposition. Pétrarque eut donc le choix entre Paris et Rome. S’il opta pour la Ville Éternelle, ce fut avant tout pour être honoré par Robert d’Anjou, roi de Naples et comte de Provence. Car, expliqua-t-il, « Le roi de Sicile est le seul que j’accepterai volontiers parmi les mortels comme juge de mes talents »[N 37].

Au cours de l’année 1341, Pétrarque quitta momentanément sa retraite de Vaucluse et sa fontaine pour se rendre au royaume de Naples. Le Vauclusien fut d’abord accueilli, en mars, par le roi Robert à Naples qui allait juger s’il était digne d’être couronné des lauriers d’Apollon comme prince des poètes.

Durant trois jours, Pétrarque se soumit publiquement à son jugement. Le premier jour, il discourut longuement sur l’utilité de la poésie ; le second, le roi l’interrogea sur des sujets allant de la métaphysique aux phénomènes naturels, de la vie des grands hommes à ses voyages à Paris ; le troisième, après lecture de quelques extraits de l’Africa, le souverain le déclara digne des lauriers et proclama « Nous l’engageons dans notre maison pour qu’il soit possesseur et jouisse des honneurs et privilèges que possèdent les autres familiers, après avoir prononcé le serment d’usage ». Ce que Pétrarque fit avec joie. Et le poète vauclusien proclama haut et fort :

« Heureuse Naples, à qui il est échu, par un singulier don de la Fortune, de posséder l’ornement unique de notre siècle ! Heureuse Naples, et digne d’envie, siège très auguste des Lettres ; toi qui parus déjà douce à Virgile, combien dois-tu le sembler davantage maintenant que réside en tes murs un juge si sage des études et des talents. »

Robert d’Anjou lui ayant proposé de le couronner à Naples, le poète insista pour l’être à Rome. Il partit donc en compagnie de Giovanni Barrili, chambellan royal et fin lettré, après avoir reçu des mains du roi l’anneau et le manteau pourpre aux fleurs de lys. La cérémonie a eu lieu début avril au Palais Sénatorial sur la colline du Capitole, mais les sources donnent de dates contradictoires, les 8 et 13 avril sont les dates fournies par Pétrarque, et la plus probable semble être la deuxième, cependant Boccace situe l’événement au 17 et le document officiel, le Privilegium laureationis, au moins en partie rédigé par Pétrarque lui-même, porte la date du 9 avril[30]. Dès lors, il fut porté aux nues par tout ce que l’Occident comptait de lettrés.

Mais ces lauriers si désirés déçurent rapidement le poète vauclusien. « Cette couronne n’a servi qu’à me faire connaître et me faire persécuter », écrivit-il à l’un de ses amis. Il confia à un autre « Le laurier ne m’a porté aucune lumière, mais m’a attiré beaucoup d’envie ». François Pétrarque adorait égratigner mais ne supportait pas de l’être.

Il quitta Rome et ses lauriers à l’invitation d’Azzo di Correggio, seigneur de Parme qui lui offrit l’hospitalité pour un an. Là, il découvrit et chérit sa seconde solitude à Selvapina.

Pétrarque et l’idéalisation de Rome{{}}

  • Pétrarque, dans son épître à Benoît XII, décrit Rome sous les traits d’une vieille femme qui supplie à genoux de la délivrer de son infortune[31]
  • Statue de Cola di Rienzo, il fut admiré puis méprisé par Pétrarque
    Rome, où le poète avait été couronné, devint dès lors pour lui une obsession. Vénérant et idolâtrant cette ville plus que toute autre, il écrivit à son propos :

« Rome, la capitale du monde, la reine de toutes les villes, le siège de l’empire, le rocher de la foi catholique, la source de tout exemple mémorable. »

Cette glorieuse cité ruinée, capitale d’un empire, devait retrouver tout son lustre. Pétrarque, partisan des gouvernements populaires, vit d’un bon œil la politique qu’y menait Nicola Gabrino, dit Cola di Rienzo. Mais, pour que Rome redevienne Rome, il fallait surtout que la papauté délaissât les berges du Rhône pour retourner sur celles du Tibre.

En 1342, travaillé par une profonde crise spirituelle due à sa lecture des textes de Saint Augustin, il quitta le Vaucluse pour revenir à Avignon. Là, il demanda à Clément VI de retourner à Rome qui bouillonnait de révolte sous la férule du jeune et brillant de Cola di Rienzo. Ce fut une fin de non-recevoir.

Un an plus tard, Cola di Rienzo arriva à Avignon à la tête d’une ambassade italienne. Le tribun et le poète ne purent que sympathiser. Ne venait-il pas demander au Souverain Pontife de quitter Avignon pour Rome ? Lors de sa réponse, le pape ne daigna pas aborder ce sujet mais accorda aux Romains un jubilé pour l’année 1350. Déçu, le poète retourna à sa chère maison de Vallis Clausa ruminer contre Clément quelques acerbes clémentines.

Le pape le sortit rapidement de sa réserve et le chargea d’une ambassade à Naples au cours de ce mois de septembre 1343. Arrivé sur place, il constata que le Royaume était comme « un navire que ses pilotes conduisaient au naufrage, un édifice ruiné soutenu par le seul évêque de Cavaillon ». Pétrarque dénonça à Clément VI la camarilla qui entourait Jeanne et mit particulièrement en cause un certain fra Roberto qu’il accusa d’être responsable de la décrépitude de la Cour napolitaine[N 38].

Un an plus tard, le poète vauclusien, retourné à ses chères études, commença la rédaction des quatre livres de Rerum Memorandorum. Il reprit foi dans le devenir de Rome quand, en 1347, Rienzo se fit élire Tribun. Pétrarque rompit alors avec le cardinal Giovanni Colonna et partit rejoindre la Ville Éternelle pour le soutenir.

La déception fut à la hauteur de l’espoir. Chassé de Rome le 15 décembre 1347 aux cris de « Mort au tyran ! », Rienzo fut contraint de se réfugier chez les franciscains spirituels puis à Prague auprès de l’empereur Charles IV de Luxembourg[N 39]. Celui-ci le fit incarcérer puis l’envoya à Avignon, où il fut emmuré pendant un an au Palais des Papes dans la Tour du Trouillas.

Pétrarque commença à se poser des questions sur celui en qui il voyait l’homme providentiel capable de faire renaître la splendeur de la Rome antique. Il écrivit à son ami Francesco Nelli :

« Nicolas Rienzi est venu dernièrement à la Curie, pour mieux dire, il n’est pas venu, il y a été amené prisonnier. Jadis tribun redouté de la ville de Rome, il est maintenant le plus malheureux de tous les hommes. Et pour comble d’infortune, je ne sais s’il n’est pas aussi peu digne de pitié qu’il est malheureux, lui qui, ayant pu mourir avec tant de gloire au Capitole, a à supporter à sa grande honte et à celle de la République romaine d’être enfermé dans la prison d’un Bohème puis dans celle d’un Limousin[32]. »

Un an plus tard, il envoya une lettre à Rienzo dans laquelle il put lire : « Vous me ferez dire ce que Cicéron disait à Brutus : Je rougis de vous ».

Incarcéré à Avignon, Rienzo est resté prisonnier jusqu’au 3 août 1353. Rappelé à Rome par le cardinal Gil Álvarez Carrillo de Albornoz, il n’échappa pas à son destin et mourut lors d’une nouvelle émeute du peuple romain.

La mort de Laure et le Canzoniere {{}}

  • Laure de Sade
    Le 6 avril 1348, vingt et un ans jour pour jour après sa rencontre avec Pétrarque, Laure, le parangon de toutes les vertus, trépassa, sans doute atteinte de la peste noire. Pétrarque était alors en ambassade auprès du roi Louis de Hongrie. Ce fut son ami Louis Sanctus de Beeringen qui, le 27 avril, lui envoya un courrier d’Avignon pour l’informer. Pétrarque reçut la missive le 19 mai. Outre la mort de l’aimée, elle l’informait qu’Avignon était vidé de ses habitants les plus notables, réfugiés dans les campagnes avoisinantes et que sept mille demeures étaient fermées.

De plus, le 3 juillet, son ami et protecteur, le cardinal Giovanni Colonna, décédait à son tour du mal contagieux. C’est à lui qu’en 1338, il avait confessé son amour pour Laure, cette dame de rang élevé, dont l’image le poursuivait dans ses pérégrinations et dans sa solitude de Vaucluse[33]. Effondré, le poète ne put qu’écrire « La postérité pourra-t-elle croire à tant de malheurs ? ». Mais, son naturel reprenant le dessus, il composa un sonnet où il explique que « la mort paraissait belle sur son beau visage ». Celui-ci reste un des sommets de la poésie de Pétrarque, l’une des images les plus parfaites du concept idéal incarné par Laure[3].

Il ne lui restait plus qu’à compiler ses différents sonnets pour composer le Canzoniere dit encore Rime Sparse ou Rerum Vulgarum Fragmenta[N 40]. Dans sa première partie, In Vita di Madonna Laura, le poète apparaît tourmenté par sa passion amoureuse, l’humaniste épris de vie et de gloire se heurte au chrétien cherchant à renier toutes ses faiblesses. Dans la seconde, In Morte di Madonna Laura, les tourments du poète se sont apaisés et Laure, transfigurée par la mort, devient plus tendre et plus accessible pour un François dont l’amertume a laissé place à la mélancolie.

Des poèmes qui allaient faire pendant des siècles le tour de l’Europe entière. Grâce à eux, Laure et Pétrarque entrèrent dans l’imaginaire amoureux au même titre que Tristan et Iseut ou Roméo et Juliette. L’impossible amour de Messer Francesco pour Madonna Laura avait, de toute éternité, trouvé son cadre sur les rives de la Sorgue. Il avait suffi de la magie d’une rencontre pour que le génie d’un des plus grands poètes puisse le magnifier. Car si Vaucluse est le lieu où germèrent les Épitres, c’est aussi et surtout la vallée dans laquelle l’amant de Laure vagabonda « de pensée en pensée, de monts en monts »[34].

Le départ pour l’Italie…{{}}

Si les rapports de Pétrarque avec Clément VI avaient été quelquefois tendus, une estime réciproque unissait les deux hommes. Mais sentant venir la fin de ce pontife, le 16 novembre 1352, le poète voulut quitter définitivement sa retraite de Vaucluse. Surpris par une pluie torrentielle, il dut s’arrêter à Cavaillon. Là, il apprit que les routes vers l’Italie étaient bloquées soit par la neige, soit par des soldats débandés. Il préféra faire demi-tour[28].

Ses relations avec le nouveau pape Innocent VI furent peu amènes. Il faut dire que le poète avait pris en grippe non seulement la Curie mais aussi les physiciens de la Cour pontificale dont l’illustre Guy de Chaulhac et que son soutien affiché à Rienzo et ses partisans, contre lesquels luttait le cardinal Albornoz en Italie, lui avait valu l’hostilité du nouveau Souverain Pontife.

Il préféra quitter Vaucluse et le comtat Venaissin pour aller se faire oublier en Italie. Avant son départ, il s’arrêta à la chartreuse de Montrieux pour y rencontrer son frère Gérard. Pétrarque passa la frontière au Montgenèvre en mai 1353. La vue de son pays d’origine depuis le col souleva son émotion littéraire et il versifia :

« Salut terre très sainte, terre chérie de Dieu, terre douce aux bons, aux superbes redoutable. » — Epistolææ metricæ, III, XXIV

Il avait quitté le village de Vaucluse au bon moment. En effet, le jour de Noël de cette même année, une bande de pillards pénétra dans la Vallis Clausa et la maison du poète fut brûlée.

…et l’impossible retour à Florence{{}}

En route à Padoue, Pétrarque se vit remettre une lettre du Sénat de Florence par l’intermédiaire de son ami Boccace. Elle lui proposait de venir enseigner à l’Université florentine qui venait d’ouvrir et de rentrer en possession des biens paternels. Dans leur missive, les sénateurs florentins le couvraient de louanges :

« Illustre rejeton de notre patrie, il y a longtemps que votre renommée a frappé nos oreilles et remué nos âmes. Le succès de vos études et cet art admirable dans lequel vous excellez vous ont valu le laurier qui ceint votre front et vous rendent digne de servir de modèle et d’encouragement à la postérité. Vous trouverez dans les cœurs de vos compatriotes tous les sentiments de respect et d’affection auxquels vous avez tant de droit. Mais, afin qu’il n’y ait rien dans votre patrie qui désormais puisse encore vous blesser, nous vous accordons, de notre propre libéralité et par un mouvement de tendresse paternelle, les champs jadis ravis à vos ancêtres, qui viennent d’être rachetés des domaines publics. Le don est faible en lui-même, sans doute, et peu proportionné à ceux que vous méritez, mais vous l’apprécierez davantage si vous avez égard à nos lois, à nos usages, et si vous vous rappelez tous ceux qui n’ont pu obtenir une semblable faveur. Vous pouvez donc, à l’avenir, habiter dans cette ville qui est votre patrie. Nous nous flattons que vous n’irez pas chercher ailleurs les applaudissements que le monde vous donne et la tranquillité que vous aimez. Vous ne rencontrerez pas parmi nous des César et des Mécène. Ces titres nous sont inconnus. Mais vous rencontrerez des compatriotes zélés pour votre gloire, empressés à publier vos louanges et à étendre votre renommée, sensibles à l’honneur d’avoir pour concitoyen celui qui n’a pas d’égal dans le monde. Nous avons résolu, après mûre délibération, de relever notre ville en y faisant fleurir les sciences et les arts ; c’est par là que Rome, notre mère, acquit l’empire de toute l’Italie. Or il n’y a que vous qui puissiez remplir nos vœux. Votre patrie vous conjure, par tout ce qu’il y a de plus saint, par tous les droits qu’elle a sur vous, de lui consacrer votre temps, de présider à ses études et de concourir à lui donner ainsi un éclat qu’enviera le reste de l’Italie. Les magistrats, le peuple et les grands vous appellent ; vos dieux pénates et votre champ recouvré vous attendent. S’il y a dans notre style quelque chose qui vous blesse, ce doit être un motif de plus pour vous porter à vous rendre à nos vœux : vos leçons nous seront nécessaires. Vous faites la gloire de votre patrie, et c’est à ce titre que vous lui êtes si cher ; c’est à ce titre qu’elle vous chérira davantage si vous cédez à ses instances[35]. »

Pétrarque répondit négativement :

« J’ai assez vécu, mes chers compatriotes, suivant l’axiome du sage, qu’il faut mourir quand on n’a plus rien à désirer… Hommes illustres et généreux, si j’avais été auprès de vous, aurais-je pu solliciter rien de plus que ce que vous m’avez accordé en mon absence, et lorsque je ne le sollicitais pas ! Comblé de vos faveurs, j’oserais m’approprier la réponse que fit Auguste au Sénat, en versant des larmes : Arrivé au comble de mes vœux, que puis-je demander aux dieux si ce n’est que votre bonne volonté dure autant que ma vie ! Jean Boccace, interprète de votre volonté et porteur de vos ordres, vous dira combien je désire vous obéir et quels sont mes projets pour mon retour. Je les lui ai confiés. En vous remettant cette lettre, il vous fera connaître mes sentiments ; je vous prie de croire à ses paroles comme si je vous parlais moi-même. Fasse le ciel que votre république soit toujours florissante[36]. »

Et il ne retourna jamais à Florence.

  • La maison de Pétrarque à Venise sur la Riva degli Schiavoni
    L’ambassadeur des Visconti{{}}

À l’invitation de l’archevêque Giovanni Visconti, il se fixa à Milan d’abord dans une petite maison près de Saint-Ambroise puis au monastère de Saint-Simplicien-hors-les-murs. Au cours des neuf années de son séjour lombard, il exerça à nouveau sa verve contre Guy de Chaulhac en publiant « Invective contre un médecin ».

En 1356, Barnabò et Galeazzo Visconti, potentats de Milan qui venaient de succéder à leur oncle Giovanni, le chargèrent de se rendre à Prague auprès de l’empereur Charles IV de Luxembourg. Sa présence en Lombardie n’empêcha point Innocent VI d’utiliser ses talents d’ambassadeur auprès du doge Giovanni Dolfin en 1357.

Le 13 janvier 1361, à Villeneuve-lès-Avignon, arriva l’ambassadeur de Galeazzo Visconti en l’Hôtel du Dauphin. C’était François Pétrarque. Après un discours d’une rare éloquence, il remit au roi de France, de la part du Milanais, la bague sertie d’un diamant perdu par Jean II à Maupertuis. Puis il offrit au Dauphin Charles une autre bague montée d’un rubis[N 41]. Ravi, le roi voulut retenir le poète à sa Cour mais Pétrarque préféra rejoindre Milan.

À son retour, son fils Giovanni venait de mourir de la peste. Fuyant l’épidémie qui ravageait la plaine du Pô, il quitta les Visconti et se réfugia à Padoue à l’invitation de Francesco da Carrara. Il se rendit ensuite à Venise, en 1362, où il fut accueilli par le doge Lorenzo Celsi. Dithyrambique, le poète proclama :

« Ville auguste, seul réceptacle à notre époque de liberté, de paix et de justice, dernier refuge des bons, port unique où peuvent trouver abri les vaisseaux de ceux qui aspirent à la tranquillité » — Seniles, Iv, III.

Il allait y rester cinq ans et fut rejoint par sa fille et son gendre. Le couple venait d’avoir une petite fille, Eletta[N 42]. Au cours de ce séjour, il termina De Remediis et Familiari ainsi que son recueil Senili. Pour répondre aux attaques de jeunes vénitiens averroïstes, il composa De sui ipsius et multorum ignorantia, dégoûté d’avoir été traité d’ignorant par ce groupe.

L’installation à Arqua{{}}

  • La maison du poète à Arqua, lithographie de 1831
    En 1367, Pétrarque quitta la Sérénissime République avec sa fille Francesca et son gendre Francescuolo da Brossano pour se rendre à l’invitation de Francesco de Carrare, seigneur de Padoue. Le poète acheta alors une maison à Arqua, dans les Monts Euganéens.

Là, il apprit l’entrée triomphale d’Urbain V dans Rome le 16 octobre 1367. Pétrarque afficha une joie sans retenue. Il en fit part à son ami Francisco Bruni : « Jamais mes paroles n’ont égalé ce que je pense de ce pontife. Je lui ai fait des reproches que je croyais justes, mais je ne l’ai pas loué comme je voulais. Mon style a été vaincu par ses mérites. Ce n’est point l’homme que je célèbre, c’est cette vertu que j’aime et que j’admire avec étonnement ».

Le 30 mai 1368, Urbain V décréta Barnabò Visconti coupable de révolte contre l’Église et prêcha la croisade contre lui. Le pape désirait que Charles de Luxembourg en prenne la tête. Pétrarque quitta Arqua pour se rendre à Udine auprès de l’empereur et participer à la guerre contre les Visconti.

Deux ans plus tard, alors qu’il se rendait à Rome auprès d’Urbain V, une syncope frappa le poète. Le 4 avril 1370, il dut rédiger son testament.

Quand, en 1373, Grégoire XI annonça à son tour son intention de retourner à Rome, Pétrarque en fut comblé d’aise. Un an auparavant, désespéré, il avait rédigé son Apologia contra Gallum, où il réfutait la thèse favorable au maintien de la papauté en Avignon[N 43].

Cette année-là, le poète, fatigué par l’âge, accepta quand même de reprendre sa toge d’ambassadeur pour aider son ami Francesco de Carrare. Battu par les Vénitiens, ce dernier devait non seulement verser une forte rançon mais aussi livrer son fils en otage. Ce fut Pétrarque qui l’accompagna à Venise afin de le recommander au doge Andrea Contarini[N 44].

Pétrarque mourut à Arqua, le 19 juillet 1374[37], terrassé par une crise d’apoplexie. Sa fille le retrouva la tête reposant sur un livre. Francesca lui fit élever un mausolée et son gendre fut son exécuteur testamentaire. Sur un des piliers qui soutiennent son cercueil, figure la traduction littérale en latin d’un distique grec : Inveni requiem. Spes et fortuna, valete ! / Nil mihi vobiscum est ; ludite nunc alios (« J’ai trouvé le repos. Adieu illusions et fortune ! Vous n’êtes plus rien pour moi ; que d’autres vous servent de jouet »).

La tombe et les restes{{}}

Le tombeau{{}}

  • Tombeau du poète à Arquà, près de l’église de Santa Maria Assunta.
    Par testament, les restes de Pétrarque ont été enterrés dans l’église paroissiale du village[38] , puis placés par son gendre, en 1380, dans une arche de marbre à côté de l’église. Les vicissitudes concernant la dépouille de Pétrarque ont alimenté les comptes rendus. Comme le raconte Giovanni Canestrini dans l’un de ses volumes écrits à l’occasion du 500e anniversaire de la mort de Pétrarque.

« Nel 1630, e precisamente dopo la mezzanotte del 27 maggio, questa tomba fu spezzata all’angolo di mezzodì [quindi a sud, n.d.a], e vennero rapite alcune ossa del braccio destro. Autore del furto fu un certo Tommaso Martinelli, frate da Portogruaro, il quale, a quanto dice un’antica pergamena dell’archivio comunale di Arquà, venne spedito in quel luogo dai fiorentini, con ordine di riportare seco qualche parte dello scheletro del Petrarca. La veneta repubblica fece riattare l’urna, suggellando con arpioni le fenditure del marmo, e ponendovi lo stemma di Padova e l’epoca del misfatto » — Giovanni Canestrini, [39].

« En 1630, et précisément après minuit le 27 mai, cette tombe fut brisée à l’angle de midi [alors au sud, n.d.a.], et quelques os du bras droit furent pris. L’auteur du vol est un certain Tommaso Martinelli, un frère de Portogruaro, qui, selon un ancien parchemin des archives municipales d’Arquà, a été envoyé dans ce lieu par les Florentins, avec l’ordre de rapporter une partie du squelette de Pétrarque. La République vénitienne fit restaurer l’urne, en scellant les fissures du marbre avec des harpons, et en y plaçant les armoiries de Padoue et l’époque du méfait. » — [39].

Les restes volés n’ont pas été retrouvés[40],[41]. En 1843, le tombeau, qui était en très mauvais état, fut restauré par l’historien Pier Carlo Leoni (it), qui fut bouleversé par l’état dans lequel se trouvait le tombeau. Leoni, cependant dut abandonner et à la suite de complications bureaucratiques et de conflits de compétence et même de questions politiques, fut même jugé pour « profanation de tombe »[42].

Le dilemme des restes - En novembre 2003, des anatomistes ont annoncé vouloir exhumer le corps de Pétrarque à Arquà Petrarca dans le but de vérifier les rapports établis au XIXe siècle indiquant qu’il avait une taille de 1,83 m, ce qui l’aurait rendu très grand pour cette période. Le groupe de scientifiques souhaitait aussi reconstruire son crâne pour obtenir une image numérisée de ses caractéristiques faciales. Malheureusement, la datation par le carbone 14 effectuée en 2004 a révélé que le crâne trouvé dans son cercueil n’était pas le sien[43],[44].

Laure et la poésie - Dès le 6 avril 1327, un vendredi saint, à la vue de Laure à la sortie de l’église de Sainte-Claire d’Avignon, Pétrarque développa une longue passion célébrée dans le Canzoniere (Livre de Chant) puis dans I Trionfi.

Du Canzoniere…

Épouse de Hugues de Sade ou personnage anonyme idéalisé ? La représentation réaliste de Laure dans ses poèmes contraste avec les clichés des troubadours et de l’amour courtois. Sa présence lui causait une joie inexplicable mais son amour non partagé lui fit endurer un désir insoutenable. Plus que Laure, c’est le poète lui-même qui est le personnage central. Au fil de chaque poème, il déroule « l’inquiétude de celui qui n’est plus très sûr des valeurs morales de son époque »[45].

  • Détail du portrait de Laura Battiferri présentant le Canzoniere, Angelo Bronzino (1550 / 1555), Palazzo Vecchio de Florence
    Partagé entre l’amour profane - il confesse son vil penchant pour les femmes - et la conception médiévale de l’amour - Laure, comme Béatrice, devant lui montrer la voie qui conduit au salut - Pétrarque se réfugie dans le rêve et magnifie dans ses vers ce qui pourrait être la réalité.

Marc Maynègre[45] résume en deux phrases cette philosophie du poète : « Cette mise en scène, cette contemplation de lui-même, vont devenir contemplation esthétique, œuvre d’art. La Beauté devient alors l’Idéal du Poète ».

Maria Cecilia Bertolami[46] constate : « Dès le premier sonnet, le Canzoniere se présente comme l’histoire exemplaire d’un échec. L’amour pour Laure, tel qu’il est décrit dans le premier sonnet du recueil, est un giovenile errore qui a conduit le poète à osciller constamment fra le vane speranze e il van dolore ».

Pétrarque a canalisé ses sentiments en poèmes d’amour exclamatifs plutôt que persuasifs et son œuvre montre son dédain envers les hommes qui harcelaient les femmes. À l’époque de la mort de Laure en 1348, le poète considérait son chagrin aussi difficile à vivre que l’était son précédent désespoir :

« Dans mon jeune âge, j’ai lutté constamment contre une passion amoureuse débordante mais pure - mon seul amour, et j’aurais lutté encore si la mort prématurée, amère mais salutaire pour moi, n’avait éteint les flammes de la passion. J’aimerais certainement pouvoir dire que j’ai toujours été entièrement libre des désirs de la chair mais je mentirais en le disant. » — Lettres à la Postérité, Pétrarque

Ève Duperray, commente : « Pétrarque reprend le thème néoplatonicien de l’amour comme médiateur entre le profane et le sacré. La poésie de Pétrarque est essentiellement une anagogie car elle se veut à la fois l’expression de l’extériorité des sentiments et de l’intériorité de la conversion ».

Et ce durant toute sa vie, c’est l’analyse que fait Pier Giorgio Ricci à partir du Canzioniere et des Triomphes, ses deux œuvres majeures en langue vulgaire : « Les désirs, les espérances, les angoisses, les tristesses de Pétrarque furent toujours les mêmes, à trente ans comme à soixante ans. C’est une remarque importante parce qu’elle révèle que le climat spirituel de Pétrarque n’eut point de développements quand bien même la disposition des poèmes du Canzioniere voudrait démontrer une ascension progressive de l’humain au divin, fait confirmé par les Triomphes qui manifestent également l’intention de considérer comme atteint ce « port tranquille » toujours convoité par le poète ».

… au Triomphe de l’Amour

  • Les Triomphes de Pétrarque, gravure.
    Si, dans le Canzionere, Laure n’existe qu’à travers les effets qu’elle provoque dans l’âme du poète, il en va tout autrement dans les Trionfi. Commencé en 1354, ce poème allégorique est un testament spirituel où triomphent, tour à tour, le Désir et la Chasteté, la Mort et la Gloire, le Temps et l’Éternité. Ève Dupperay commente ainsi cette œuvre : « Ce poème en langue italienne, en tercets d’hendécasyllabes à la manière dantesque[N 45], participe à l’œuvre la plus expérimentale de Pétrarque. Il s’inscrit dans une structure emboîtante de six Triomphes distribués en douze chapitres selon le schéma combatif et homicide du vaincu-vainqueur-vaincu où les abstractions personnifiées terrestres Amour, Chasteté, Mort, Renommée et célestes Temps, Éternité s’affrontent et s’efforcent crescendo sous un pouvoir plus irréductible dans un mécanisme qui s’accélère en degrés ascendants avec une unique triomphatrice : Laure ».

Dans cette épopée amoureuse, le poète adresse à sa muse provençale cette question qu’il avait laissée sans réponse dans le Canzoniere :

« L’amour fit-il jamais naître dans votre esprit la pensée d’avoir pitié de mon long tourment ? »

Quittant enfin sa froideur habituelle, Laure déclare son amour à Francesco : « Jamais loin de toi ne fut mon cœur, jamais ne le sera. »

Et le poète lui fait préciser : « En nous l’ardeur amoureuse était égale, avec toi était mon cœur, mais je n’osai porter mes yeux sur toi[3]. »

Alors que le Canzoniere se clôt avec une invocation au nom de la Vierge Marie, les Triomphes se terminent sur celui de Laure, son éternel amour[N 46].

« Une Laure [qui] renvoie à quelque chose de plus haut, à une splendeur qui n’est plus humaine mais qui, cependant, garde et exalte cette humanité », explique Maria Cecilia Bertolami[46]. Ce que confirme Pierre Dubrunquez pour qui Pétrarque, toujours hésitant entre attrait et retrait du monde, développe dans son œuvre : « Une sensibilité si neuve qu’elle ne sait pas encore ce qu’elle perçoit, et une conscience qui cherche dans son patrimoine spirituel une règle de conduite pour en user ».

C’est ce que laisse entrevoir Pétrarque dans une lettre adressée à l’un de ses amis[réf. nécessaire] :

« La part la plus considérable de la vie se passe à mal faire, une large part à ne rien faire, toute la vie à ne pas être à ce que l’on fait. Me citeras-tu un homme qui attribue une valeur réelle au temps, qui pèse le prix d’une journée, qui comprenne qu’il meurt un peu chaque jour ? » — Sénèque, Lettre à Lucilius (I, 1-2).

Dans ce conflit entre l’humain et le divin, Pier Giorgio Ricci souligne que, dans chacune des œuvres du poète, « Il est possible de trouver des allusions au temps qui s’envole, à notre vie qui n’est qu’une course rapide vers la mort, au monde qui va, lui aussi, vers une fin inéluctable ».

Les sonnets - Le sonnet de Pétrarque, dit sonnet italien, comprend un huitain suivi d’un sizain. Le huitain est composé de deux quatrains, le sizain de deux tercets. Il comporte une volta qui consiste en un changement majeur du sujet entre le huitain et le sixain. Le poète, dans la première moitié du poème, rime sur un thème, la seconde lui permettant de présenter, grâce à la ‘’volta’’, une réflexion personnelle à propos de ce même sujet. Article détaillé : Sonnet.

Œuvres{{}}

  • Rime, Trionfi de Pétrarque, Manuscrit du XVe siècle (Bibliothèque nationale, Rome)
    Avec son premier gros ouvrage, Africa - une épopée en latin qui fait le récit de la deuxième guerre punique -, Pétrarque devint une célébrité européenne : cet ouvrage lui valut la couronne de lauriers des poètes et la reconnaissance de ses pairs.

Cependant, si ses œuvres en latin ont consacré sa célébrité de son vivant, c’est surtout son Canzoniere, rédigé en toscan, qui passa à la postérité. À partir du XVIe et jusqu’au XVIIIe siècle, nombreux furent les imitateurs de son style pur et harmonieux. Ses imitations furent si nombreuses qu’elles ont donné naissance à un courant : le pétrarquisme. Il est caractérisé par les dialogues avec les modèles antiques, le recours aux antithèses, aux symétries et aux images.

Sa mort en 1374 empêcha Pétrarque d’achever ce qui eût dû constituer sa troisième œuvre majeure : les Trionfi. Corrado Belluomo Anello, dans le catalogue de l’exposition Le Triomphe de l’Amour : Éros en guerre[N 47], souligne que le Carros de Raimbaut de Vacqueyras est parmi les sources possibles des Triomphes du poète[N 48]. Le troubadour provençal l’a inspiré au même titre que la Divine Comédie de Dante et l’Amoroso Visionne de Boccace, la Bible ou les auteurs latins (Virgile, Ovide, Properce).

En dehors de l’Africa, du Canzoniere et des Trionfi, Pétrarque a laissé un très grand nombre de textes en latin : églogues invectives, biographies héroïques, récits exemplaires et plusieurs traités. Il faut y ajouter un Epistolario riche de plus de six cents lettres adressées à ses parents, amis et même à certains grands penseurs de l’Antiquité.

Parmi les œuvres latines de Pétrarque, on trouve De Viris Illustribus, le dialogue Secretum (dans lequel il fait le récit de ses pensées et de ses combats intérieurs et qui n’était pas destiné à la publication), un débat avec saint Augustin, un Rerum Memorandarum Libri, un traité incomplet sur les vertus cardinales, De Remediis Utriusque Fortunae, son œuvre en prose latine la plus populaire, Itinerarium, un guide sur la Terre promise et De Sui Ipsius Et Multorum Ignorantia, contre les Aristotéliciens. Il a écrit ses œuvres culturelles et son épopée poétique en latin, ses sonnets et chants en toscan, idiome qui allait dès lors fixer la langue littéraire italienne.

Un texte apocryphe de Pétrarque{{}}

  • L’accouchement de Jeanne, gravure ornant le chapitre que Boccace consacra à la papesse dans ses Dames de renom.
    La Cronica delle vite de Pontefici et Imperatori Romani est généralement attribuée sans preuve à Pétrarque[N 49]. Ce texte, qui fut pour la première fois imprimé à Florence en 1478 puis à Venise en 1534, est surtout célèbre car il élève la papesse Jeanne au rang de personnage historique.

En Italie, une tradition vivace voulait qu’une femme d’origine anglaise, mais née à Mayence, se fût travestie en homme pour poursuivre des études avec son amant. Ils se rendirent à Athènes puis à Rome. Anna ou Agnès, tel aurait été son prénom, dissimulant toujours son sexe, fut reçue dans les milieux ecclésiastiques et en particulier par la Curie. Son savoir et son charisme furent tels que le conclave l’éleva sur le trône de saint Pierre. Mais ce qui devait arriver arriva : la papesse se retrouva enceinte. Au cours d’une procession qui se déroulait entre Saint-Pierre du Vatican et Saint-Jean de Latran, elle fut prise de contractions et fut contrainte d’accoucher publiquement, ce qui lui valut d’être condamnée à mort[N 50].

Manuscrits et incunables{{}}

En France, ce fut en 1378 que Jean Daudin rédigea De Remediis en français pour le Dauphin à la demande du roi Charles V.

Il fut suivi par Philippe de Mézières qui, entre 1384 et 1389, traduisit Griseldis[N 51].

À la Bibliothèque Inguimbertine de Carpentras se trouve l’un des plus anciens manuscrits du Canzoniere (milieu XVe siècle) avec, sur deux médaillons, les portraits de Pétrarque et de Laure de Sade. Ce recueil des sonnets à la louange de Madonna Laura débute ainsi : « In comincia la cantilena di Messer Francesco Petrarco famossimo poeta fiorentina chiamato il canzioneri… ».

Le Canzoniere et les Trionfi figure dans le manuscrit vénitien du cardinal Mazarin dont les enluminures furent réalisées par Cristoforo Cortese en 1420. Ce manuscrit se trouve à la Bibliothèque nationale de France (MS. ital. 549).

Un manuscrit des Trionfi, calligraphié à Florence par Besse Ardinghelli en 1442 et illustré par Apollonio di Giovanni, fait partie des collections de la Bibliothèque Laurentienne (Ms. Med. Pal. 72). Un autre manuscrit florentin des Trionfi, provenant du studio de Francesco d’Antonio del Ghierico et réalisé vers 1456-1457, est déposé à la Bibliothèque nationale de France (MS. ital. 548).

La bibliothèque de l’Université de Manchester possède seize éditions incunables des « Rime » de Pétrarque, depuis l’édition princeps de 1470, imprimée à Venise par Vindelinus de Spira, jusqu’à l’édition de 1486 avec sa typographie à la mode différenciant les vers (imprimés en gros caractères) et les commentaires (en petits caractères).

Une attention toute particulière doit être portée à la merveilleuse et rarissime édition Lauer de 1471 ainsi qu’à trois éditions vénitiennes différentes de 1473[réf. nécessaire].

En 1476, la ville de Florence offrit à Charles VIII, roi de France, un manuscrit des Triomphes somptueusement illustré (B. N. Ms. Ital. 548). Quant à celui de la Walter Art Gallery de Baltimore (Ms. W. 755), il a été composé à la fin des années 1480 par Sanvito.

Deux manuscrits vénitiens des Trionfi, datés de la fin du XVe siècle se trouvent l’un au Musée Jacquemart-André (Ms. 17) et son jumeau à la Bibliothèque Apostolique du Vatican (Ms. Vat. Lat. 3157). Au cours de la même période, à Paris, fut enluminé un livre des Triomphes de l’Amour par un artiste inconnu dénommé le Maître des Triomphes de Pétrarque (BN. fr. 594)[47].

Manchester détient également deux éditions des Rime qui ne se trouvent pas dans la collection Willard Fiske de la bibliothèque de l’université Cornell : l’édition napolitaine de 1477 par Arnold de Bruxelles et une édition vénitienne de 1480 due à un imprimeur inconnu. Elle possède en outre quatre-vingt des (approximativement) cent-cinquante éditions publiées au cours du XVIe siècle, dont la totalité des éditions Aldine, les fameuses éditions lyonnaises contrefaites, ainsi que deux des dix exemplaires sur vélin de l’édition de 1501.

Enfin, la Bibliothèque nationale de France, le musée Condé à Chantilly et le British Museum possèdent les éditions du Laure d’Avignon : au nom et adveu de la Royne Catharine de Médicis, Royne de France, extraict du poete florentin François Petrarque ; mis en françois par Vaisquin Philieul à Carpentras. La première fut imprimée à Paris en 1548, la seconde à Avignon, en 1555[N 52].

Éditions des œuvres - Chansonnier. Rerum vulgarium fragmenta, édition de Giuseppe Savoca, introduction de François Livi, traduction de Gérard Genot, Les Belles-Lettres, 2009 (ISBN 978-2-251-34496-6)

Pétrarquisme et anti-pétrarquisme{{}}

Italie{{}}

Une Accademia degli Umidi fut fondée par un groupe de jeunes marchands florentins en novembre 1540. Son but était d’offrir « une seconde chance à ces marchands qui n’ont pas eu accès à la culture classique »[48]. Elle était consacrée à la poésie, à la philosophie puis aux sciences[48]. Ses principaux fondateurs furent Niccolò Martelli, Luigi Tansillo, Annibal Caro et le Bronzino. Réunis autour de Giovanni Mazzuoli da Strada par une même admiration pour Dante et Pétrarque, une commune passion pour les lettres, leur but était de défendre l’utilisation de la langue florentine.

Placée au départ sous le simple patronage de Cosme Ier, elle passa sous sa coupe. Le grand-duc imposa statuts et membres, lieux de réunions et productions littéraires[48]. Le 23 février 1541, elle changea son nom en Accademia Fiorentina o Società di Eloquenza[49], mais elle fut le plus souvent désignée sous celui de l’Accademia Fiorentina. Son premier secrétaire fut Anton Francesco Doni.

France - À la suite d’une rencontre entre Jacques Peletier du Mans et Joachim du Bellay, puis avec Pierre de Ronsard, l’idée d’un renouveau littéraire germa et prit tout d’abord le nom de « La Brigade ». Il allait donner naissance à la « Pléiade », réunissant sept poètes très influencés par Pétrarque qui allaient se retrouver dans une même démarche, celle de « La Défense et illustration de la langue française »[50].

Au même moment, dans tous les pays de langue d’oc, une renaissance littéraire se fit aussi sous l’influence du pétrarquisme avec le gascon Pey de Garros (1525-1583), le provençal Bellaud de la Bellaudière (1543-1588) et le languedocien Auger Galhard (1540-1593)[51]. Il faut également compter parmi les adeptes du pétrarquisme le lyonnais Maurice Scève (1501-1564), à qui l’on a attribué de son temps la découverte du Tombeau de Laure[52].

Espagne - ette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?

Portugal - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?

Angleterre et Écosse - Parmi les recueils de sonnets de la Renaissance anglaise imprégnés des réminiscences de Pétrarque, on peut citer Astrophil and Stella de Philip Sidney, composé vers 1582 et publié en 1591, exprimant la rébellion de l’amant et du poète contre les conventions du pétrarquisme. En 1594, Michael Drayton publie Idea’s Mirrour, et en 1595 Edmund Spenser, traducteur de Pétrarque, publie Amoretti. Un recueil de sonnets de William Shakespeare est publié plus tardivement, en 1609. En 1621, une poétesse, Mary Wroth, publie elle aussi un recueil de sonnets, Pamphilia to Amphilanthus, en annexe de The Countess of Mongomery’s Urania, un roman à clef qui fait scandale.

Allemagne - Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue ! Comment faire ?

Jugements sur Pétrarque et sur son œuvre{{}}

  • Statue de Pétrarque.
    Vittore Branca, dans sa biographie consacrée au poète, affirme que : « Pétrarque a occupé dans l’histoire de la poésie et de la culture de l’Europe chrétienne et moderne une place exceptionnelle : jamais, peut-être, un écrivain n’eut une influence aussi décisive ni aussi prolongée ».

Au XIVe siècle - Quand il apprit la mort de Pétrarque, Grégoire XI salua en lui « une lumière éclatante de la sagesse morale »[53] et demanda à Philippe de Cabassolle, son vicaire en péninsule italienne de lui procurer ou de lui faire copier, « De Africa », ses « Invectives » et « De Vita Solitaria »[54].

Au XVe siècle - « Au grand Pétrarque, nous sommes redevables en premier lieu d’avoir fait surgir du caveau des Goths les lettres depuis longtemps ensevelies. » — Jean Pic de la Mirandole (1463-1494)

Au XVIe siècle - Portrait de Pétrarque par Giorgio Vasari.

« J’allèguerai Pétrarque, duquel j’ose bien dire que, si Homère et Virgile avaient entrepris de le traduire, ils ne pourraient le rendre avec la même grâce et naïveté. » — Joachim du Bellay (1522-1560)

Au XVIIe siècle - La reine Christine de Suède (1626-1689) qui lui portait une admiration sans borne eut ce mot à son sujet : « Grandissimo filosofo, grandissimo innamorato, grandissimo poeta ! ».

Madeleine de Scudéry, qui tenait le poète vauclusien en grande estime, lui rend hommage dans Clélie puis dans Mathilde où elle narre le récit de ses amours avec Laure. Dans cette dernière nouvelle, la Grande Précieuse fait quatorze fois référence à des sonnets du Canzionere.

Au XVIIIe siècle - Le poète vauclusien a perdu toute son aura et est même dénigré. C’est ce que fait Voltaire en 1764 :

« Pétrarque, après tout, n’a peut-être d’autre mérite que d’avoir écrit des bagatelles sans génie dans un temps où ces amusements étaient fort estimés parce qu’ils étaient rares. »

—  Lettre aux auteurs de la Gazette littéraire, 6 juin 1764

Seul l’Abbé de Sade (1705-1778) s’intéressa au poète auquel il consacra trois tomes intitulés Mémoires pour la vie de François Pétrarque, tirés de ses œuvres et des auteurs contemporains avec les notes ou dissertations et les pièces justificatives.

Au XIXe siècle - Chateaubriand et Victor Hugo, les deux géants de la littérature française, lui rendirent hommage en des termes tout à fait différents :

« Siècle fécond, jeune, sensible, dont l’admiration remuait les entrailles ; siècle qui obéissait à la lyre d’un grand poète, comme à la loi d’un législateur. C’est à Pétrarque que nous devons le retour du souverain pontife au Vatican ; c’est sa voix qui a fait naître Raphaël et sortir de terre le dôme de Michel-Ange » — François-René de Chateaubriand, Mémoires d’outre-tombe, partie 2, livre 14, chapitre 2 (Voyage dans le midi de la France, 1802)

« Pétrarque est une lumière dans son temps, et c’est une belle chose qu’une lumière qui vient de l’amour. Il aima une femme et il charma le monde. Pétrarque est une sorte de Platon de la poésie ; il a ce qu’on pourrait appeler la subtilité du cœur, et en même temps la profondeur de l’esprit ; cet amant est un penseur, ce poète est un philosophe. Pétrarque en somme est une âme éclatante. Pétrarque est un des rares exemples du poète heureux. Il fut compris de son vivant, privilège que n’eurent ni Homère, ni Eschyle, ni Shakespeare. Il n’a été ni calomnié, ni hué, ni lapidé. Pétrarque a eu sur cette terre toutes les splendeurs, le respect des papes, l’enthousiasme des peuples, les pluies de fleurs sur son passage dans les rues, le laurier d’or au front comme un empereur, le Capitole comme un dieu. » — Victor Hugo, Lettre autographe conservée au musée Pétrarque, 18 juillet 1874

Verlaine a écrit un sonnet intitulé : À la louange de Laure et de Pétrarque

Chose italienne où Shakspeare a passé
Mais que Ronsard fit superbement française,
Fine basilique au large diocèse,
Saint-Pierre-des-Vers, immense et condensé,

Elle, ta marraine, et Lui qui t’a pensé,
Dogme entier toujours debout sous l’exégèse
Même edmondschéresque ou francisquesarceyse,
Sonnet, force acquise et trésor amassé,

Ceux-là sont très bons et toujours vénérables,
Ayant procuré leur luxe aux misérables
Et l’or fou qui sied aux pauvres glorieux,

Aux poètes fiers comme les gueux d’Espagne,
Aux vierges qu’exalte un rythme exact, aux yeux
Épris d’ordre, aux cœurs qu’un vœu chaste accompagne.

Paul Verlaine Jadis et naguère[55]

Au XXe siècle - Pierre de Nolhac (1869-1936), qui fut conservateur du musée de Versailles et l’un des meilleurs spécialistes de Pétrarque et de son école, écrivit :

« Pétrarque est donc du petit nombre des esprits auxquels, sans le savoir, nous devons tous quelque chose de notre vie intellectuelle. Il faut juger sa grandeur à celle des idées qu’il a fait revivre et dont l’Europe n’a pas encore, après des siècles, cessé de nourrir sa pensée. »

En 1947, Aragon et Picasso unirent leurs talents pour faire éditer à 110 exemplaires Cinq sonnets de Pétrarque[N 53]. Aragon, pour cet hommage, a finement pétrarquisé en plaçant en exergue « They said Laura was somebody else », jeu de mots bien dans la veine du poète vauclusien où le texte anglais qui affirme « Ils disent que Laure était une autre » laisse à entendre et à lire le nom d’Elsa[56].

En 2009, la principauté de Monaco rendit hommage à Pétrarque par l’émission d’un timbre-poste à son effigie, dessinée par Cyril de La Patellière. Le projet se trouve au Musée-bibliothèque Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse.

Publications - Œuvres de Pétrarque…….

Article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/P%C3%A9trarque

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Près de l’un de ses totems émaillant sa propriété{{}}

Dario Pellegrini, président de l’association « Parole Vive », est un homme avenant, doté par la nature d’une voix qui porte et d’une passion pour les mots, qu’ils soient dits ou écrits. Passion pour les mots, pour les langues, plaisir de se les approprier, de les manipuler, de jouer avec eux, sous toutes leurs formes. On l’entend bien lorsqu’à l’occasion du Printemps des Poètes, Dario lit des vers de Rimbaud. On le perçoit avec force à la lecture de ses quatre (bientôt cinq) recueils de poèmes. Et on en constate la persistance lorsqu’on apprend qu’il est diplômé en anglais et docteur en linguistique.

Peut-être faut-il voir la source de cette passion dans ce que Dario a vécu enfant. Il est né en Toscane, à Arezzo, 50 km au Sud-Est de Florence. Ses parents sont métayers et vivent une vie de misère. Pour y échapper, alors que Dario a six ans, ils partent en France et s’installent à Carpentras, où ils travailleront encore dans l’agriculture mais dans de meilleures conditions. Le jeune Dario, qui a appris à parler en dialecte toscan et en italien, est plongé dans la langue française, dans laquelle se déroulera toute sa scolarité. Aujourd’hui encore, il aime rapprocher le vocabulaire des deux langues. 

Six siècles plus tôt, également à Arezzo, naissait Pétrarque, le grand poète florentin du XIVè siècle. Ce parallélisme que Dario relève avec un clin d’œil ne s’arrête pas là : comme lui, Pétrarque est parti très jeune en Provence ; comme lui, il a commencé l’école à Carpentras. Comme lui, il a vécu à Avignon. Ce qui pourrait n’être qu’une coïncidence amusante me semble recouvrir quelque chose de plus profond, que révèle le titre d’une « causerie » (par modestie, il préfère ce terme à celui de conférence) prononcée par Dario il y a quelques années : « Pétrarque entre deux mondes », entre le monde profane et le monde sacré, entre l’Italie et la France, entre la langue toscane et la langue latine.

Il me semble que Dario lui aussi est à certains égards « entre deux mondes ». Il a conjugué une carrière professionnelle riche et diversifiée, au service le plus souvent du Ministère de l’éducation nationale, donc d’une certaine manière comme propagateur de la culture supposée rationnelle de la République. Parallèlement, au fil de ses séjours en Afrique, dans l’Océan Indien et en Polynésie, il a développé une fascination pour les cultures premières, les mythes, les spiritualités anciennes. Jusqu’à faire naître son jardin secret, que dévoile la photo qui illustre ce portrait : Dario construit des totems que, jusqu’à présent tout du moins, il garde chez lui et n’expose pas.

Une carrière riche et diversifiée : avec son doctorat, il aurait pu être enseignant ou chercheur, mais il a préféré choisir une autre voie en passant avec succès le concours d’inspecteur. Pas spécialement par goût de l’autorité mais plutôt en raison de la diversité des missions qu’un inspecteur peut se voir confier : missions d’évaluation, de réflexion, de coordination, de construction de programme, de développement de programme, responsabilités de chef de projet, etc ... Et il préfère former plutôt qu’enseigner.

Très tôt, Dario est attiré par l’outre-mer ; il débute en partant en coopération au Gabon, où il récoltera la matière de sa thèse de doctorat. Il sera plusieurs fois affecté en Afrique, au Niger, au Sénégal, au Gabon à nouveau, en Afrique du Nord, dans l’Océan Indien aux Seychelles. Son dernier poste est aussi le plus lointain : il est inspecteur de l’éducation nationale pour les Iles Tuamotou (Polynésie française), un archipel long de 1 700 km, à 15 000 km de la France – ce qui lui donnera l’occasion de visiter tant les Marquises que l’Ile de Pâques, références de choix pour qui s’intéresse à la culture polynésienne.

Dans chacune de ces affectations, il se voit confier des fonctions différentes. Citons entre autres le pilotage de projets de réforme du système éducatif, la conduite d’un projet pour les autorités polynésiennes sur les convergences dans l’enseignement des langues, les fonctions de responsable de la recherche appliquée aux enseignements à l’Institut pédagogique national du Gabon, etc…

Il exerce aussi en France, notamment en région parisienne, à Massy, à Boulogne et Saint-Cloud, à Champs-sur-Marne, en tant qu’inspecteur de l’éducation nationale. Au début des années 90, il est responsable de la formation des cadres étrangers de l’éducation au Centre International d’Etudes Pédagogiques à Sèvres. Ce poste conduit Dario à voyager dans de nombreux pays, avec des interlocuteurs très variés, sur quantité de projets concrets. Un seul exemple : travailler avec les communautés francophones du Canada pour leur transmettre certaines méthodes de l’école maternelle française. Un poste passionnant.

Auparavant, de 1993 à 1997, Dario est chargé du service de l’inspection pour le Nord des Bouches-du-Rhône (où exercent 300 enseignants). C’est à ce moment-là qu’il emménage avec sa famille dans notre village d’Eygalières 13, qui restera ensuite leur port d’attache.

Cet ancrage dans la région va lui valoir une « parenthèse » professionnelle au service du département de Vaucluse : de 2001 à 2005, sollicité par le président du Conseil général, il est Directeur général pour l’éducation et la culture du département. Une responsabilité qui conjugue construction, équipement et gestion des collèges avec la vie culturelle très active de ce département – on pense bien sûr au Festival d’Avignon et aux Chorégies d’Orange, mais il y a encore beaucoup d’autres activités.

Plus tard, de retour en métropole après son séjour en Polynésie française, Dario sera président d’« Arts vivants en Vaucluse », une association départementale qui gère l’auditorium du Thor, élargissant ainsi ses compétences à la programmation et à la réalisation de spectacles vivants.

En 2007, Dario prend sa retraite ; son épouse et lui s’installent alors définitivement à Eygalières. Jusqu’en 2011, Dario accomplira encore quelques missions à l’étranger, par exemple en Roumanie ou au Mali.

Dans le cadre de ses différentes fonctions, Dario a beaucoup écrit : des articles sur l’éducation pour tous, sur l’école en milieu rural, sur les défis de l’évaluation, et bien d’autres. Surtout, il est le co-auteur d’un ouvrage sur l’Informatique à l’école, puis d’un véritable best-seller réédité plusieurs fois, le « Guide du système éducatif », vade mecum à l’usage des enseignants. 

Mais ce qui tient vraiment au cœur de Dario, c’est la poésie. Depuis toujours, il écrit des poèmes même s’il en a finalement publié assez peu. Son premier recueil, en partie inspiré par l’Afrique et intitulé « Pulsions », est paru en 1981. Le second paraîtra vingt ans plus tard, sous le titre « Il y a mot d’homme » - on reconnaîtra là le plaisir que Dario éprouve à jouer avec les mots. Plus tard, « Po lyn ésie » - jeu de mots, là aussi -, doit beaucoup à son séjour aux Iles Tuamotou. Ce recueil est aujourd’hui utilisé dans les lycées et collèges de Polynésie française, ce dont Dario est plutôt fier. Puis en 2010 paraît « Traverses », un bel objet magnifiquement illustré (L’édition à façon, Forcalquier). Le cinquième recueil de poèmes, « Fractales », va être publié très bientôt. Parallèlement, Dario s’essaie à mettre certains de ses textes en musique, à la guitare, dans la veine du Blues.

Ce n’est donc pas un hasard si, en octobre 2017, Dario fonde « Parole Vive » avec son ami Philippe Moras : l’association qui depuis 2012, organisait à Eygalières le ‘Printemps des Poètes’ ne voulait pas poursuivre. Parole Vive a donc mis sur pied avec succès la sixième édition de cette manifestation en mars 2018 (en y associant « Li Cacharello », l’association que préside Magali Anglada) et a bien l’intention de recommencer chaque année. Mais ses ambitions ne s’arrêtent pas là. L’association a lancé un cycle de conférences sur des thèmes d’actualité, dont deux ont déjà eu lieu. D’autres suivront. Et Parole Vive nourrit de futurs projets, que l’on découvrira avec le temps.

Dario Pellegrini, le jeune Toscan immigré en France à l’âge de six ans, est aujourd’hui un citoyen du monde, en relation avec de nombreux amis en Afrique, en Océanie. C’est aussi un citoyen actif d’Eygalières, désireux de contribuer à créer des passerelles entre les habitants de notre village, afin que ceux-ci se connaissent mieux. 

Dario Pellegrini est décédé le 24 avril 2026 à Venise

© : Paul Hunsinger - Intégration : 2CPC/PIXEL-ART

Source : https://eygalieres-galeriedeportraits.fr/dario-pellegrini/

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Dario PELLEGRINI. Avis de décès du 7 mai 2026 - La Provence - La Provence https://carnets.laprovence.com › dario-pellegrini-6560 - 07 mai 2026 — Dario PELLEGRINI Retraité inspecteur des écoles, survenu le 24 avril 2026 à l’âge de 79 ans. La cérémonie religieuse aura lieu lundi 11 mai 2026, ...

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  • La cité d’Avignon et ses environs – dont le village de Noves – sont au XIVème siècle un territoire culturel hybride et un lieu absolument capital en Europe – Note de Jacques Hallard
    Du fait de la papauté d’Avignon (1309–1377), par l’installation des papes en Provence, Avignon est caractérisé par une forte présence de clercs italiens et français et une circulation active des élites religieuses et diplomatiques : c’est une ville multiculturelle où se croisent des juristes, écrivains, marchands italiens, des personnalités françaises - dont les représentants du comté de Provence – et tout un clergé international…

Addenda - Le comté de Provence (en provençal, Lou Coumtat de Prouvènço) est un ancien fief situé à l’est du delta du Rhône. Pays issu de la Francie médiane, la Provence se constitua en royaume avant de progressivement se disloquer à la suite des transmissions féodales et la guerre civile de l’union d’Aix. Ses frontières naturelles au sud allaient à l’origine du Rhône à Nice et au nord d’Embrun au Vivarais, en passant par la Drôme provençale. Au nord, ses frontières s’étendaient jusqu’à Valence. Le comté est réuni à la France en 1487[1] et le roi devient « comte de Provence, Forcalquier et terres adjacentes »[2] tout en nommant Palamède de Forbin grand-sénéchal, gouverneur et lieutenant-général de Provence. La Provence conservera ses privilèges, franchises, et libertés… - Source : Wikipédia

Culturellement, cela se traduit par usage du latin comme langue commune savante, par les échanges de manuscrits et d’idées des auteurs antiques, ainsi que par le développement progressif d’une culture humaniste naissante : Avignon est donc, pour le moins, une ville-frontière culturelle évidente entre l’Italie et la France à cette époque….

Par ailleurs, le village provençal de Noves (Bouches-du-Rhône13) – proche d’Avignon – est un espace rural périphérique d’Avignon et son intérêt historique est important du fait qu’il entre dans le réseau de rencontres et d’échanges de Pétrarque.

Noves est important car, étant situé entre Avignon et les espaces ruraux typiques de Provence, il constitue un lieu de résidence et de retraite intellectuelle pour Pétrarque dans lors de ses déplacements, tout en étant proches des circuits de la noblesse provençale. C’est aussi un lieu qui joua un rôle dans l’hybridation culturelle car il représente une transition entre la ville savante d’Avignon et la campagne provençale, ainsi qu’un espace de retrait pour l’écriture et la réflexion dans la Provence déjà marquée par les influences françaises et italiennes.

En bref, Avignon et ses environs constituent un lieu de synthèse entre la vie intellectuelle et le monde rural méditerranéen.

L’hybridation culturelle est en action du fait de la circulation des hommes et des idées : Pétrarque apporte la tradition italienne (Dante, la poésie toscane) ; il découvre en Avignon une culture française et pontificale et les manuscrits antiques anciens circulent entre les bibliothèques italiennes et provençales – Au plan linguistique et littéraire, le latin est utilisé dans les échanges savants, le toscan émerge comme langue littéraire et l’influence du contexte franco-provençal influence la sensibilité de l’expression poétique

Au plan social, les élites italiennes et françaises se trouvent mêlées à Avignon et ses alentours, les réseaux diplomatiques et ecclésiastiques mixtes se conjuguent et l’évolution des carrières se manifeste entre l’Italie et la Provence…

La personnalité de Pétrarque intervient comme “pont culturel” dans cet espace Provence–Toscane en Italie, et Pétrarque y joue trois rôles : humaniste grâce à la redécouverte des textes antiques anciens et la diffusion d’une culture classique ; médiateur culturel entre Italie (langue vernaculaire) et France (cour pontificale), entre le latin savant et la poésie en langue vulgaire et comme figure de mobilité avec des missions et voyages constants en Europe dans les réseaux d’érudits, permettant la circulation des manuscrits et des idées. L’ensemble Avignon-Noves, Toscane en Italie forment un véritable espace culturel hybride au XIVe siècle : Avignon est une capitale intellectuelle et politique transnationale ; Noves est un petit espace périphérique de retrait et d’ancrage provençal et Pétrarque y exerce comme médiateur entre cultures italienne, française et antique…

Cet ensemble illustre un constat essentiel : l’humanisme naît et se diffuse dans des espaces ouverts et de circulation, et non pas dans des espaces fermés.

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  • Article Wikipédia sur Laure de Noves - Pour la muse de Pétrarque, voir aussi Laure de Sade.
    Laure de Noves est une dame de l’aristocratie provençale de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle. Elle est parente de Laure de Sade (1314-1348), souvent appelée elle aussi Laure de Noves, plus tard chantée par le poète Pétrarque, avec laquelle elle ne doit pas être confondue. Elle était fille de Pierre Audibert de Noves.

Biographie{{}}

Parmi les plus anciens seigneurs qui aient gouverné le fief de Mollégès avec les abbesses du monastère, on trouve Pierre Audibert, chevalier de Noves, ami de l’évêque Robert II d’Uzès. Il garantit de ses biens en 1272 la parole donnée par ce dernier à Charles Ier d’Anjou et mourut jeune (avant 1278) en laissant deux filles, Alix et Laure de Noves, que l’évêque prend sous sa protection en leur choisissant comme tuteur Bertrand de Lubières, « probablement de la famille de la mère »[1], chevalier de Tarascon[2].

Vers 1285, Laure se maria avec Guigonet de Chateauneuf et reçut en dot tous les biens que son père avait à Mollégès. C’est ainsi que cette co-seigneurie entra dans une famille qui devait devenir célèbre en Provence, car Guigonet était, semble-t-il, le fils du troubadour fameux, Peire de Castelnou[3] (Pierre de Chateauneuf) loué par Jean de Nostredame. Cette Maison tenait son nom du lieu de Châteauneuf[note 1] dont elle était co-seigneur au XIe siècle au pays niçois. Elle meurt peu avant 1337, laissant à son fils Ricaud tous les revenus qu’elle possédait sur Noves, dont certains n’avaient pas été perçus depuis seize ans[pertinence contestée]. Deux fils issus de cette union[4] : Ricaud et Burgundus de Châteauneuf Mollégès

Note 1 - Aujourd’hui Châteauneuf-Villevieille à 25 km dans l’arrière-pays niçois.

Références :{{}}

  • Elle et sa sœur Alix sont qualifiées de « petites orphelines » dans l’ouvrage de Marc Mielly Noves, Agel et Verquières p. 139, « leur père Pierre Audibert de Noves étant mort jeune [entre 1272 et 1278] encore damoiseau ». Le tuteur désigné par l’évêque Robert d’Uzès à qui Pierre avait rendu des services, est Bertrand de Lubières, chevalier de Tarascon « probablement de la famille de la mère » qui n’est plus là non plus semble-t-il.
  • Acte passé à Noves, Archives du Vaucluse G15 f°109 V°.
  • Marc Mielly, Noves, Agel et Verquières.
  • Arbre Généalogique de Gérard Grawitz Beauvezet.
    Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Laure_de_Noves

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  • Note de Jacques Hallard sur Laure de Noves{{}}
    Laure de Noves est la femme que la tradition identifie comme l’inspiratrice du Canzoniere de Francesco Petrarca, Pétrarque. Elle est une femme de la noblesse provençale, issue d’une famille du village voisin de Noves en Provence. Elle est épouse de Hugues de Sade (famille noble locale) et elle est intégrée à l’aristocratie d’Avignon et du Comtat Venaissin. Elle appartient donc pleinement à l’espace provençal alors sous influence pontificale française.

Laure de Noves est avant tout une figure littéraire : Pétrarque la rencontre à Avignon (selon la tradition en 1327) et elle devient alors le centre symbolique de son amour poétique, célébrée dans le Canzoniere sous le nom de “Laura” – Il semble que Laure soit surtout une construction poétique idéalisée : elle incarne, dans le système poétique de Pétrarque, un amour idéalisé mais inaccessible et une tension entre le désir terrestre et une élévation spirituelle. Elle deviendra de ce fait un modèle européen de l’amour lyrique, repris ensuite par les poètes français de la Renaissance.

Laure de Noves constitue une figure typique d’hybridation culturelle entre l’espace français médiéval de Provence qui entre dans la mythologie littéraire européenne, d’une part, et la poésie italienne naissante dans la culture chrétienne médiévale, au sein de société aristocratique d’Avignon, d’autre part. Elle est donc un point de rencontre symbolique forte entre l’Italie et la France.

Pétrarque construit à travers Laure de Noves une nouvelle forme d’amour littéraire qui deviendra le modèle dit pétrarquiste. Laure de Noves n’est pas seulement une figure biographique : elle est une création littéraire fondatrice qui devint l’un des symboles majeurs de la poésie européenne.

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  • Portrait de Laure de Noves, au damier (dite Catherine de Sade) (1308-1348) – Anonyme – Document ‘institutcalvet.fr’

Il est normal de trouver en pendant du portrait de Pétrarque celui de Laure. Issue d’une vieille famille d’Avignon, Laure de Noves est née à une date connaît pas avec certitude, probablement en 1308. En 1325, elle épousa Hugues de Sade. Le 6 avril 1327, rencontrant Pétrarque à l’église des religieuses de Sainte Claire en Avgnon, elle lui inspira un amour éperdu. Cette passion fut chantée par le poète dans un recueil de poèmes (le Canzonière) qui comptent parmi les pages les plus célèbres de toute la littérature. Laure de Noves est morte de la peste noire à Avignon en 1348. De l’église Sainte-Claire, il ne reste que quelques débris dans la rue qui s’appelle aujourd’hui rue du Roi-René ; une plaque y rappelle le souvenir de cette rencontre qui devait avoir un si grand écho poétique.

Le tableau du musée Calvet représente-t-il effectivement la maîtresse, ou plutôt la muse, de Pétrarque ? Gustave Bayle (1880) a démontré que la robe arborée par prétendue Laure n’est pas de celles qui se portaient dans les années 1330, mais date de la fin du XIVe siècle. Il voit dans le rapport entre le damier du corsage et les losanges des manches une allusion héraldique. Catherine de Sade fut successivement la femme d’un Cabassol de Réal (les losanges) et d’un Giffardi (les carrés). C’est elle qui serait le modèle du tableau.

Source : https://www.institutcalvet.fr/fr/les-oeuvres/portrait-de-laure-de-noves-au-damier-dit-catherine-de-sade

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  • Une page de notre patrimoine : Laure et Pétrarque – Document ‘noves.fr/laure-et-petrarque’{{}}

Le 6 avril 1327, lors d’une messe matinale en l’église Sainte-Claire d’Avignon, Pétrarque aperçoit Laure de Noves. Aussitôt, il en tombe éperdument amoureux. Un amour fidèle aux règles de l’amour courtois qui n’aura jamais de retour de la part de la belle Laure.

Laure est issue de la famille des Noves, connue dès le XIIème siècle et faisant partie de la noblesse du village. Elle s’est mariée à Noves avec Hugues de Sade, ancêtre du célèbre marquis. Son contrat de mariage a été rédigé par le notaire Raymond Fogace et signé le 13 janvier 1325, dans la Chapelle des Pénitents Blancs (l’actuelle Médiathèque Marc Mielly). Elle meurt de la peste en 1348, le jour de ses quarante ans. Elle est enterrée dans l’église du couvent des Cordeliers à Avignon. Pétrarque a continué à chanter Laure. Tout le « Canzoniere », recueil de 366 poèmes en langue toscane, lui est consacré.

« Quand je suis tout entier tourné du côté où luit le beau visage de ma Dame, et qu’il m’est resté en la pensée la lumière qui me brûle et me détruit en dedans tout entier. » - Sonnet XIV.

Plus d’informations – Source : https://noves.fr/laure-et-petrarque/

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  • Une recherche fiable et contextualisée sur Dario Pellegrini en lien avec la culture et l’éducation. Avec l’aide de ‘ChatGPT
    Position intellectuelle (interprétation scientifique) - Même si les données biographiques de Dario Pellegrini sont limitées, ses contributions le situent dans un courant précis :

Thématiques associées : pédagogie du projet, innovation éducative, organisation scolaire, culture institutionnelle de l’école, coopération entre acteurs éducatifs

Lien avec “culture et éducation” - Dans ce cadre, “Dario Pellegrini” s’inscrit dans une problématique plus large :

Culture scolaire : → comment l’école produit des normes, des valeurs et des pratiques

Éducation comme culture collective → le projet éducatif comme construction partagée

Hybridation des approches pédagogiques → articulation entre théorie, pratique et JH2026-06-20T22:12:00J

JH2026-06-20T22:12:00J

JH2026-06-20T22:12:00J

JH2026-06-17T22:02:00J

JH2026-06-17T22:01:00J

innovation

Conclusion - Dario Pellegrini (dans les sources disponibles) est un acteur des sciences de l’éducation en contexte francophone associé à des réflexions sur le projet éducatif et la culture scolaire et intégré dans des travaux collectifs de pédagogie (depuis les années 1990)

Dario Pellegrini et l’éducation en Polynésie française{{}}

Existence d’une trajectoire ultramarine documentée{{}}

Dario Pellegrini est bien identifié comme : Inspecteur de l’Éducation nationale - Expert en politiques éducatives internationales - Acteur de la coopération éducative en Afrique et dans l’océan Indien - Et surtout : inspecteur de l’éducation nationale en Polynésie française (îles Tuamotu)

Rappel - Les îles Tuamotu[[2], aussi connues sous l’expression toponymique archipel des Tuamotu[3] ou juste Les Tuamotu, constituent un archipel de 76 atolls[4] situé dans le Nord-Ouest de l’océan Pacifique Sud et faisant partie de la Polynésie française. Ce vaste ensemble insulaire très dispersé (allant de Mataiva au nord-ouest à Marutea (Sud) au sud-est) s’étend sur une longueur de 1 762 km selon une direction allant de l’ouest-nord-ouest vers l’est-sud-est… - Wikipédia ]

Polynésie française : contexte institutionnel de ses missions - Même si ses textes ne sont pas tous publiés sous forme de livres, ses interventions s’inscrivent dans le cadre institutionnel suivant :

  • système éducatif sous double tutelle État / Polynésie
  • forte politique de plurilinguisme éducatif
  • enjeux d’adaptation culturelle des programmes scolaires
    Contexte administratif - Cela correspond directement aux missions d’un inspecteur : adaptation des programmes nationaux, accompagnement des enseignants et prise en compte des réalités culturelles locales

Types de travaux réalisés en Polynésie - Les sources indiquent qu’il a travaillé sur les convergences linguistiques et culturelles par l’enseignement des langues, une articulation français / langues locales (reo tahiti, etc…) et des politiques de plurilinguisme scolaire

Rappel - Le tahitien (autonyme : te reo Tahiti /te ˈreo ˈtahiti/) est l’une des cinq langues reconnues de la Polynésie française, où il reste la seconde langue véhiculaire, en concurrence avec le français, unique langue officielle de ce pays d’outre-mer[3]. La langue tahitienne est parlée dans l’archipel de la Société, notamment à Tahiti, au Nord-Ouest des Tuamotu et à Tubuai[4]. Elle est également la langue maternelle d’une partie des Tahitiens de Nouvelle-Calédonie. C’est une langue de tradition orale, transcrite pour la première fois au début du XIXe siècle par des évangélisateurs chrétiens de la London Missionary Society pour la traduction de la Bible. Définition – Classification - Le classement des langues par famille de la langue tahitienne[5],[6] permet d’imaginer le voyage qui conduisit à travers les siècles les ancêtres des Polynésiens de l’île de Taïwan jusqu’aux Îles de la Société. Le tahitien fait en effet partie des langues austronésiennes parlées à Madagascar, en Asie du Sud-Est et dans l’océan Pacifique. L’origine probable du proto-austronésien, ancêtre commun à toutes les langues de cette famille, est l’île de Taïwan. Cette famille se divise en deux branches, l’une comprenant les langues formosanes contemporaines parlées par les autochtones de Taïwan, l’autre, dite malayo-polynésienne, comprenant les langues parlées dans les océans Indien et Pacifique. Le tahitien est donc classé dans la branche malayo-polynésienne, plus précisément dans le groupe central-oriental, qui regroupe les langues parlées à l’Est de Célèbes. Ce groupe comprend un sous-groupe océanien pour les langues parlées à l’Est de la Nouvelle-Guinée. Ce sous-groupe se scinde lui-même pour distinguer les langues océaniennes centrales et orientales, dont le foyer de diffusion est les Îles Samoa. Le tahitien est inclus dans les langues du Pacifique central (avec par exemple le fidjien), parmi les langues polynésiennes (tongien, samoan, hawaïen) et donne son nom au sous-groupe des langues tahitiennes (maoris) parlées dans les archipels de la Société, des Australes et des Tuamotu ainsi qu’aux Îles Cook et en Nouvelle-Zélande.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Tahitien

Une logique de coopération éducative internationale - Son parcours montre une continuité dans divers pays : Gabon, Niger, Sénégal, Afrique du Nord, Océan Indien et Polynésie française - Il agit dans une logique de transfert et adaptation de modèles éducatifs

La Polynésie apparaît comme un espace d’hybridation culturelle - Dans les missions de Dario Pellegrini, la Polynésie devient un espace où se croisent à la fois le : modèle éducatif français (programme national), les cultures polynésiennes locales et les enjeux internationaux (UNESCO, politiques éducatives globales) - Cela produit une situation typique d’hybridation culturelle éducative du fait de l’adaptation des contenus, la reconnaissance des langues locales et la transformation des pratiques pédagogiques

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  • Dario Pellegrini dans des actions culturelles locales : à Eygalières 13 et au Thor 84{{}}
    Les actions culturelles de Dario Pellegrini liées à Eygalières (13) et au Thor (84), notamment via le réseau associatif et les structures culturelles du Vaucluse, ont originales

1. Eygalières (Bouches-du-Rhône 13) – Association ‘Parole Vive’, fondée et animée par Dario Pellegrini qui exerce comme président de l’association ‘Parole Vive’, animateur de conférences poétiques et organisateur d’événements culturels locaux dont des conférences sur la poésie (ex : Paul Éluard, Liberté), l’animation du Printemps des Poètes (festival local annuel) et des lectures publiques, ateliers et “causeries poétiques” - 👉 L’objectif est clairement la diffusion de la littérature et la médiation culturelle dans un village rural – Se dessine alors un portrait biographique : Dario Pellegrini cherche à créer des passerelles entre les habitants en développant une culture de proximité autour de la poésie et en animant un réseau associatif local actif

2. Le Thor (Vaucluse 84) dans un réseau culturel élargi{{}}

Dario Pellegrini a également été impliqué dans des structures culturelles du Vaucluse, notamment avec ‘Arts vivants en Vaucluse’ dont il a présidé l’association, étant actif dans la gestion et programmation de l’Auditorium du Thor qui est ouvert pour des spectacles vivants et la diffusion artistique développement de l’accès au théâtre et aux arts

On passe d’une animation locale à Eygalières 13 à une politique culturelle territoriale dans le département du Vaucluse 84)

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  • Conclusion sur les principes proches de l’humanisme chez Dario Pellegrini : il est indirect, non philosophique, mais éducatif{{}}

    Humanisme éducatif : accès universel à l’éducation (“Éducation pour tous”) ; réduction des inégalités scolaires ; valorisation de l’élève comme sujet

Humanisme interculturel : adaptation des systèmes éducatifs aux cultures locales ; reconnaissance des langues et pratiques locales ; hybridation entre modèles internationaux et réalités locales

Humanisme institutionnel{{}}

  • coopération internationale (UNESCO, États, ministères)
  • circulation des modèles éducatifs
    Ici, l’humanisme n’est plus une philosophie de la Renaissance, mais une logique d’action éducative centrée sur l’humain et la dignité culturelle

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Article L’école en milieu rural : dossier - Odile LUGINBUHL, coord. ; Dario PELLEGRINI, coord. | Dans Revue internationale d’éducation Sèvres (n° 10, juin 1996) - L’école en milieu rural fait l’objet, dans de nombreux pays, de débats passionnés car le monde rural change et avec lui le secteur scolaire qui y est implanté [...] Plus d’information... Ajouter à ma sélection

Article Introduction {{}}Odile LUGINBUHL ; Dario PELLEGRINI | Dans Revue internationale d’éducation Sèvres (n° 10, juin 1996) Plus d’information... Ajouter à ma sélection

Revue Les défis de l’évaluation Dans Education et pédagogie (n° 20, décembre 1993) - Michèle SELLIER, éd. ; Dario PELLEGRINI, coord. A l’aide d’un éclairage international par les contributions et les études de cas, la revue ’Education et pédagogies’ relève les défis de l’évaluation dans les champs pédagogiques et administratifs [...] Plus d’information... Ajouter à ma sélection

Texte Guide du système éducatif {{}}Yves NAZE ; Odile LUGINBUHL ; Nicole MARTY et al. | Hachette | 1993 - Cette vue d’ensemble du système éducatif français aborde l’organisation des séquences d’enseignement, la mise en oeuvre de dispositifs d’accompagnement dans le domaine socio-éducatif [...] Plus d’information... Ajouter à ma sélection

Article Le projet en éducation Dario PELLEGRINI, coord. | Dans Education et pédagogie (n° 11, septembre 1991) Le projet a, depuis longtemps déjà, une histoire complexe et féconde dans le système éducatif français. Ce numéro s’intéresse aux enjeux du projet en éducation (avec un essai de définition) [...] Plus d’information... jouter à ma sélection

Source : https://liseo.france-education-international.fr/index.php?lvl=author_see&id=1625

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C:\Users\JH\Documents\Dario Pel...

Dario Pellegrini Facebook https://www.facebook.com › dario.pellegrini.395 Former Inspecteur, chargé du plurilinguisme at Ministère de l’Éducation nationale. Former DG Education culture at Conseil général de Vaucluse.

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Ministere de l’education ebooks.education.pf https://www.ebooks.education.pf › albums

DOC - Dario PELLEGRINI, Inspecteur de l’Education nationale, Illustrations de Martiale DELCASSE, artiste-peintre

  • Mémoire, école et colonisation, Bulletin n° 9 de l’Association des Historiens et Géographes de Polynésie française, Collectif d’enseignants représenté par M. Jean-Marie DUBOIS ;
  • Te aài o Orava te fee, de Mme Mélinda BODIN, Illustrations de Mauarii MEUEL ;
  • Te aài o Taitaa, de Mme Mélinda BODIN, Illustrations de Mauarii MEUEL ;
  • Un parcours en chantant – Répertoire-progression pour le Cycle 2, de M. Jean-Paul BERLIER, professeur d’éducation musicale à l’Ecole normale ;
  • Un parcours en chantant – Répertoire-progression pour le Cycle 3, de M. Jean-Paul BERLIER, professeur d’éducation musicale à l’Ecole normale ;
  • L’imagier trilingue, de Mme Maryel PEREZ, conseillère pédagogique au CRDP, Dessins de Torea CHAN directeur d’école ;
  • Rapport de jury de concours 2007 – Concours de recrutement des Professeurs des écoles CEAPF, de Mme Michèle BECK, IA-IPR ;
  • POlynESIE, de M. Dario PELLEGRINI, Inspecteur de l’Education nationale, Illustrations de Martiale DELCASSE, artiste-peintre ;
  • Urariimanu, de M. Patrick AMARU, enseignant à HOTR, Illustrations de Mauarii MEUEL ;
  • Géologie de la Polynésie française, Bulletin n° 10 de l’Association des Historiens et Géographes de Polynésie française, de M. Patrick DEMOUGEOT, IA-IPR des Sciences de la Vie et de la Terre ;
  • Lexique SVT, de Mme Maryel PEREZ, conseillère pédagogique au CRDP ;
  • Le cahier d’activités d’Education civique niveau CE2 (réédition).
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14.
Revue - L’éducation pour tous en Afrique de l’Ouest - Dario Pellegrini Inspecteur de l’Éducation nationale, conseiller technique au ministère sénégalais de l’éducation nationale... OpenEdition Journals - https://journals.openedition.org - p. 51-61 - https://doi.org/10.4000/ries.2377

Abstract | Index | Outline | Text | Annex | Notes | Illustrations | References | Cited by | About the author

L’éducation pour tous en Afrique de l’Ouest - Education for all in West Africa - Educación para todos en África del Oeste - Dario Pellegrini

Abstracts - Résumés : Français English Español

It was clear at Dakar in April 2000, ten years after Jomtien, that the objectives put forward at the World Conference on Education in 1990 are, despite some progress, far from having been reached. At the same time, economically and technologically speaking, the world context has changed, introducing new parameters which must be considered. As far as West Africa is concerned, the country is capable of meeting these challenges.

Keywords : système éducatif, inégalité sociale, politique éducative, éducation pour tous

Geographical index : Afrique de l’Ouest

Outline :

De Jomtien à Dakar

De nouveaux contextes

Les perspectives après Dakar 2000

Pour une éducation de qualité pour tous

Quelques questions actuelles

La rénovation des curricula

Le rôle de l’éducation non formelle et des modèles alternatifs d’éducation de base

Pilotage, gestion et communication

Déconcentration et décentralisation

Les défis de l’évaluation et de l’information

Le financement de l’éducation

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De Jomtien à Dakar

1 La Conférence mondiale sur l’éducation de Jomtien avait proposé, en 1990, un cadre d’action autour de six grands objectifs pour répondre aux besoins éducatifs fondamentaux :

  • « expansion des activités d’éveil et de protection de la petite enfance, y compris à travers la famille et les communautés ;
  • universalisation de l’éducation primaire ou fondamentale ;
  • amélioration des résultats de l’apprentissage afin d’atteindre ou de dépasser un niveau d’acquisition jugé nécessaire ;
  • réduction du taux d’analphabétisme des adultes, notamment des femmes ;
  • extension des services d’éducation fondamentale et des formations à d’autres compétences, essentielles aux adolescents et adultes ;
  • acquisitions par les individus et les familles et à travers tous les canaux d’éducation, médias et actions sociales, de connaissances, compétences et valeurs durables à même de modifier les comportements. »
    2 Dix-huit indicateurs avaient été fixés afin de suivre par pays le développement de l’éducation pour tous.

3 Les données collectées en vue du Forum mondial sur l’éducation pour tous (Dakar, avril 2000) ont mis en évidence un indéniable progrès dans les taux de scolarisation, une première diminution des taux de redoublement et d’abandon, ainsi qu’une relative amélioration de l’égalité entre les sexes dans les écoles primaires. Mais l’effort est à poursuivre : moins d’un tiers des enfants bénéficient d’une éducation préscolaire ; des millions de filles n’ont pas accès à l’éducation ; les taux d’analphabétisme restent très élevés. Et les seuls résultats quantitatifs ne nous informent pas sur les exclus du savoir, ni sur la qualité de l’enseignement ou les résultats de l’apprentissage.

4 Un « saut qualitatif » est donc nécessaire. On le retrouve à travers les six nouveaux objectifs de Dakar 2000 :

De nouveaux contextes

5 Si la vision de Jomtien demeure pertinente, elle est loin de correspondre à la réalité. En effet, parmi les transformations les plus importantes de la décennie 1990-2000, l’UNESCO cite :

6 Mais on évoque aussi, eu égard à ces mutations, la multiplication de zones de conflit, l’accroissement de la pauvreté et de l’endettement, la mondialisation étant perçue à la fois comme créatrice d’opportunités et d’échanges et comme marché du savoir excluant les défavorisés. Enfin, l’UNESCO rappelle l’impact terrifiant du sida – même s’il varie selon les zones géographiques – sur la demande, l’offre et la qualité de l’éducation. L’Afrique subsaharienne, en particulier, reste à l’écart des grands progrès en matière de technologie tout comme de santé, de nutrition et d’éducation.

7 Au plan des stratégies et des plans d’action, on relèvera également la part grandissante des ONG et organisations bénévoles dans l’appui à l’éducation.

Les perspectives après Dakar 2000

Pour une éducation de qualité pour tous

8 L’éducation pour tous, telle qu’elle est redéfinie, invite les États et partenaires à porter leurs efforts sur l’accès diversifié à l’éducation, la qualité des apprentissages ainsi que sur le pilotage et la gestion du système. Cela implique tout autant l’évolution des concepts que des dispositifs.

  • 1 Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Organisation des Nations Unies pour l’éducation, l (...)
    9 Le suivi des plans d’action nationaux depuis Jomtien, les évaluations conduites, les réflexions pilotées tant par les organisations internationales (Unicef, Unesco, O.U.A, Confemen, Adea1), les partenaires (Coopération française, ONG) que par des pays concernés (Conférences nationales, lois d’orientation et lettres de politique éducative) ont permis d’aller au-delà des premières définitions d’une scolarisation universelle comprise uniquement à travers des progressions statistiques vers 100 % : les chercheurs et responsables raisonnent aujourd’hui davantage en termes d’éducation de qualité pour tous, au sein de laquelle l’éducation de base englobe à la fois le scolaire formel et des approches alternatives.

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10 Après les premiers progrès enregistrés entre 1990 et 2000, les nouveaux plans d’action continueront naturellement à consolider l’accès quantitatif à l’éducation (élévation des taux de scolarisation, notamment des filles, augmentation du nombre de structures tant dans le secteur formel que dans le secteur alternatif, développement de l’éducation préscolaire, intégration des enfants handicapés, alphabétisation). Mais ils visent aussi à agir sur les facteurs qualitatifs, notamment :

11 Il s’agit de créer « un environnement éducatif sain et sûr, inclusif et équitablement doté en ressources, qui favorise l’excellence de l’apprentissage, avec des niveaux d’acquisition bien définis pour tous » (Cadre d’action, Dakar 2000). Les stratégies mettent en avant l’importance de synergies intégratrices, multisectorielles et d’approches par des programmes qui articulent éducation, développement sanitaire et élimination de la pauvreté, tels qu’enseignement scolaire formel, éducation de la petite enfance et programmes d’alphabétisation ou éducation, nutrition et santé.

12 Des plans d’action régionaux et par pays sont prévus sur ces bases, comme, par exemple, le programme décennal de l’éducation et de la formation au Sénégal (voir encadré ci-contre).

Quelques questions actuelles

La rénovation des curricula

13 Les pays de la sous-région sont tous engagés, bien qu’à des rythmes différents, dans la rénovation des programmes – en priorité du curriculum de l’éducation de base, affiché maintenant comme axe majeur de transformation des systèmes éducatifs et entendu comme curriculum de l’école de base et curriculum du non-formel. Le comité de pilotage sous-régional de Bamako de juin 1999 (réunissant les ministres de l’Éducation du Burkina, du Mali, de la Guinée, du Sénégal et du Tchad) a réaffirmé : « En dépit des réformes déjà entreprises, la nécessité de faire émerger des modèles éducatifs adaptés aux besoins et ressources des pays africains se fait d’autant plus urgente que l’Afrique est confrontée à la mondialisation et au XXIe siècle. »

14 Dans ce contexte, le concept de curriculum se dégage du simple programme d’enseignement réduit à une nomenclature de thèmes. Il s’agit, selon une définition communément admise, d’« un ensemble structuré de compétences à construire, de moyens associés et de personnes qui l’animent. Le curriculum se justifie sur la base de besoins définis chez les individus et au sein d’une collectivité ou d’une société. » Ce qui sous-entend, comme nous l’avons indiqué par ailleurs, la relance d’une dynamique de mobilisation autour des objectifs d’éducation de qualité pour tous.

15 Tous les travaux sur le thème ont ainsi mis en relief l’importance d’une réelle prise en compte des paramètres culturels spécifiques (y compris les langues nationales dont l’introduction est déjà entreprise par plusieurs pays de la sous-région, leur impact psycholinguistique, social et cognitif étant maintenant largement reconnu et intégré aux plans d’éducation de base). Dans ce même registre et pour atteindre les objectifs d’une éducation pour tous revus et renforcés lors de Dakar 2000, émerge également avec une nouvelle force la nécessité du développement contextualisé de la petite enfance (c’est-à-dire dégagé du modèle prestigieux mais sans doute inadapté pour de multiples raisons de l’« école maternelle » occidentale) ; les propositions vont plutôt vers des formules d’accueil communautaire à visée sociale, éducative et propédeutique.

16 Par ailleurs, le développement d’un curriculum global et intégré (« démarche curriculaire ») passe également par :

17 On retiendra enfin que les échanges sous-régionaux sur le développement et la mise en place des nouveaux curricula de l’éducation de base sont entrés dans une phase active (cellule de coordination, basée à Dakar, et réseau internet).

Le rôle de l’éducation non formelle et des modèles alternatifs d’éducation de base

18 L’un des moyens retenus pour atteindre les objectifs d’éducation de base pour tous, tout en limitant les incidences budgétaires pour les États, est la diversification des approches éducatives, au-delà du seul cadre scolaire formel. Les études de cas sur l’éducation non formelle présentées par différents pays au dernier symposium de l’ADEA (Johannesburg, décembre 1999) ont montré que lorsque les programmes correspondent aux valeurs et aux besoins des communautés, et si celles-ci ont participé à leur planification, ils se révèlent utiles et durables, en renforçant les compétences des apprenants en termes de savoirs fondamentaux (alphabétisation et lecture), mais aussi les valeurs démocratiques et sociales et une éducation à l’environnement et à la santé : « La valorisation des méthodes d’apprentissage concrètes et participatives élaborées par les ONG, qui associent alphabétisation, responsabilisation et développement local, est particulièrement importante » (Cadre d’action, Dakar 2000). Il faut noter qu’un centre de ressources sur l’éducation non formelle en Afrique va permettre de recenser et documenter les initiatives innovantes.

19 Le débat porte cependant sur les finalités et la place des structures alternatives. En effet, deux grandes options coexistent. D’une part, face à une demande non satisfaite par l’État, de nombreuses communautés, souvent rurales, prennent l’initiative de créer une école avec des moyens réduits (écoles communautaires, écoles d’initiative locale, écoles des parents, etc.) ; on trouve ce type d’écoles au Tchad, au Niger, au Togo, par exemple. Dans d’autres cas (écoles communautaires de base au Sénégal, centres d’éducation pour le développement au Mali), l’État incite les communautés à prendre en charge des écoles différentes, avec des approches pédagogiques innovantes : adaptation au milieu local, réponses aux besoins des jeunes déscolarisés, méthodes inspirées de l’alphabétisation.

20 Il est clair que dans un cas il s’agit d’offrir un enseignement de base de substitution, équivalent aux écoles publiques formelles et qui puisse établir une passerelle vers le secondaire. Dans l’autre cas, il s’agit d’innover en construisant des compétences et une qualification directement réinvesties dans le milieu, pour des publics d’enfants mais aussi de jeunes (9-15 ans). La pertinence de cette deuxième approche n’est pas toujours perçue par les familles, qui ont une double demande pour leurs enfants : ancrage dans le milieu et ouverture socio-économique, mais en même temps possibilité de rejoindre le cursus scolaire formel du secondaire. D’autres difficultés touchent au statut précaire des éducateurs et aux aléas de la pérennisation par la communauté elle-même d’expériences souvent initiées à partir d’une forte dynamique sociale, et des partenariats locaux.

Pilotage, gestion et communication

21 Les stratégies préconisées par le Forum mondial sur l’éducation insistent sur « la mise en place de systèmes de gestion et de gouvernance éducative qui soient réactifs, participatifs et évaluables [...]. Les systèmes éducatifs de demain devront être transparents et rendre compte de la façon dont ils sont dirigés, gérés et financés » (Cadre d’action, Dakar 2000).

Déconcentration et décentralisation

22 Depuis le début des années quatre-vingt-dix, la déconcentration des systèmes éducatifs est en marche. Elle s’est traduite de manière générale par la création d’échelons intermédiaires comme les directions régionales de l’éducation ou les inspections d’académie, avec les services associés, mais sans qu’on ait totalement délégué à ces niveaux et services territoriaux l’ensemble des compétences de décision, de gestion, de suivi qui auraient pu permettre d’en faire de véritables centres de responsabilité. La raison est sans doute à rechercher dans l’absence fréquente de schémas directeurs et d’analyses systémiques ainsi que dans une sensibilisation insuffisante des directions des ministères, qui n’ont pas toujours perçu les avancées fonctionnelles nécessaires et qui s’accrochent à des pouvoirs, prérogatives et réflexes centralisateurs ou hégémoniques, notamment autour de la gestion de l’information ou des affectations.

23 Les défis actuels en ce domaine concernent donc la mise à jour des textes réglementaires et de comptabilité publique, la délimitation précise des responsabilités et la mise en place de plans régionaux et départementaux intégrés d’éducation et de formation véritablement pilotés par les échelons déconcentrés.

24 Cela sous-entend en premier lieu le renforcement des capacités locales de planification, notamment de la carte éducative de chaque zone à travers la constitution de bases de données fiables et communicables au sein du système (voir ci-dessous). Et cela passe nécessairement par la formation, sur de nouveaux profils de compétences, des inspecteurs et directeurs d’école au pilotage et à la gestion de projets de circonscription et d’école ou de contrats locaux d’éducation.

25 C’est dans ces conditions que déconcentration, décentralisation et partenariat dessineront de manière sans doute irréversible un espace de consultation directe et régulière avec la société civile, c’est-à-dire une démocratie participative, des obligations de transparence, et des contrats qui traduisent les engagements mutuels.

Les défis de l’évaluation et de l’information

  • 2 Monitoring of Learning Achievement.
    26 Les responsables et les partenaires du développement n’ont encore aujourd’hui que peu d’informations sur la nature et la qualité de l’enseignement et de l’apprentissage ainsi que sur les résultats de l’éducation à tous les niveaux des systèmes éducatifs. L’installation d’une culture de l’évaluation et de tableaux de bord constitue un autre grand défi des dix ans à venir, lié aux questions précédentes de planification et de pilotage. Outre l’importance d’indicateurs touchant à la carte scolaire à chaque niveau du système éducatif, les récentes opérations conduites par la CONFEMEN, puis par l’UNESCO (suivi des acquis scolaires, MLA2) dans un échantillon de pays africains ont permis de forger des instruments de référence dans le champ de la qualité de l’éducation. Le cadre d’action pour dix ans, redéfini à Dakar 2000, prévoit ainsi le suivi comparatif du développement de l’éducation de qualité pour tous, et notamment de sa composante éducation de base.

27 La constitution de bases de données complètes et fiables pour chaque système éducatif est donc devenue une priorité absolue. Plusieurs pays de la sous-région s’y appliquent actuellement en conjuguant la mise en place d’outils d’analyse du fonctionnement du système qui débouchent sur la rationalisation des structures centrales et déconcentrées avec la mise en œuvre de schémas directeurs pour l’informatisation des systèmes éducatifs, qui intègrent à la fois les structures de planification et la mise en réseau des unités de base.

28 Les connexions intranet et internet ouvrent en ce domaine des possibilités importantes, y compris maintenant en termes de coût-efficacité et de productivité (préparation de la carte scolaire, synthèse des informations utiles à la décision et à la programmation des actions de formation, tableaux de bord pour les inspections territoriales, banques de données et sites sur les projets et innovations, documentation en ligne).

29 On consultera avec intérêt certains sites nationaux, mais également les sites des ONG intervenant dans les pays de la sous-région.

Le financement de l’éducation

30 Les États seuls ne peuvent plus supporter le financement des systèmes éducatifs en Afrique de l’Ouest. e place au financement des autres intrants qualitatifs. Une réduction des coûts est possible ; elle passe essentiellement par l’assainissement de la gestion des personnels (mise à jour des fichiers, mPlus de 90 % des budgets sont consacrés au paiement des salaires des personnels, ce qui laisse peu dise en adéquation recrutement-besoins, affectations prioritaires et redéploiement). L’une des réponses novatrices, actuellement testée, est le recrutement de volontaires et de contractuels de l’éducation (au Mali, au Sénégal, au Niger notamment) diplômés, mais moins coûteux.

31 En tout état de cause, la mobilisation de ressources complémentaires est devenue la règle générale. Le rôle indispensable des États en matière d’éducation doit être étayé par des partenariats élargis à tous les niveaux de la société. En contrepartie, l’exigence de mécanismes efficaces et transparents de consultation, d’élaboration, de planification et de gestion, et la nécessité de rendre des comptes sont indispensables. Dans plusieurs pays de la sous-région, les familles sont fortement sollicitées : contribution à la construction d’écoles voire à la rémunération des enseignants, paiement de fournitures et de manuels, cotisation quasiment obligatoire à la coopérative scolaire. Mais la question des limites de cette ponction est aujourd’hui posée, compte tenu de la paupérisation quasi générale des sociétés africaines. Dans certains pays, les frais mis à la charge des familles ont un effet désastreux sur la scolarisation.

32 De même, la part des collectivités locales (communes, conseils généraux), encore relativement limitée, devrait croître à la mesure des objectifs de décentralisation dans la plupart des pays. Il ne peut s’agir seulement de transférer des compétences en matière d’éducation, mais de mettre en place des mécanismes de fonds de développement. Malheureusement, l’expérience de ces dernières années impose de revoir souvent les règles de gestion comptable afin d’affecter à l’éducation des lignes budgétaires dédiées ou une part suffisante des ressources fiscales. Des structures doivent être mises en place pour permettre à la société civile d’être associée à des dispositifs de budgétisation et de financement transparents et responsables. De plus « les ressources doivent être utilisées de manière plus efficace et plus honnête » (Cadre d’action, Dakar 2000).

33 Les partenaires extérieurs devraient encore jouer un rôle essentiel dans les années à venir, alors même que l’aide au développement a globalement baissé ces dernières années. Outre la réduction de la dette des pays africains, l’accroissement de l’aide internationale aux plans d’éducation de qualité pour tous reste un des facteurs déterminants de leur réussite. L’effort de rigueur et d’évaluation exigé en échange et le renforcement de la coopération entre les agences et les opérateurs plaident en faveur de cadres de développement intégrés (cf. plan des Nations Unies pour la lutte contre la pauvreté).

Annexe LE CONCEPT D’ÉDUCATION DE BASE

L’objectif fixé à Jomtien suppose que chaque individu ait accès à une éducation de base qui s’attache à développer les talents et la personnalité des apprenants, leur permettant d’améliorer leur vie personnelle et de transformer la société dans laquelle ils vivent.

Telle que la définit la Déclaration mondiale sur l’éducation pour tous (Jomtien 1990), l’éducation de base désigne tout une série d’activités éducatives qui ont lieu dans différents cadres et visent à répondre aux besoins éducatifs fondamentaux spécifiques de groupes de personnes de tous âges. Elle comprend donc à la fois l’enseignement scolaire formel (primaire et parfois premier cycle du secondaire) et un ensemble très divers d’activités éducatives non formelles et informelles, publiques et privées (alphabétisation, acquisitions de compétences essentielles). Ce concept d’éducation de base renvoie donc à une scolarisation, une éducation et un apprentissage tout au long de la vie, indissociables du développement de la santé et de la nutrition. Il renvoie également à un ensemble de réponses et de structures sur le terrain, assurant cohérence et continuité des cursus ou des acquis. On retrouve ici l’orientation des systèmes éducatifs vers une école fondamentale 6-14 ans, maintenant des passerelles d’accueil pour des structures alternatives également qualifiantes aux différents niveaux (écoles communautaires de base, dispositifs post-primaire à vocation préprofessionnelle ou professionnelle dans le milieu).

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Zoom Original (jpeg, 252k) Source : UNESCO

Comme le montre le tableau statistique ci-dessus, et comme l’a mis en évidence la préparation du Bilan sur l’éducation pour tous 2000, il est encore presque impossible de disposer de données complètes et fiables par pays, ce qui rend la comparaison, la mesure de l’évolution quantitative et qualitative et l’analyse très difficiles. C’est bien là l’un des défis soulignés d’autant plus que l’on connaît l’importance de ces informations pour la planification éducative, la programmation des ressources, le suivi et l’évaluation des actions.

Notes : {{}}

1 Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Organisation de l’unité africaine (OUA), Conférence des ministres de l’Éducation des pays ayant en commun l’usage du français (CONFEMEN), Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA).

2 Monitoring of Learning Achievement.

List of illustrations{{}}

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References - Bibliographical reference : Dario Pellegrini, “L’éducation pour tous en Afrique de l’Ouest”, Revue internationale d’éducation de Sèvres, 27 | 2000, 51-61.

Electronic reference - Dario Pellegrini, “L’éducation pour tous en Afrique de l’Ouest”, Revue internationale d’éducation de Sèvres [Online], 27 | 2000, Online since 01 October 2003, connection on 13 June 2026. URL : http://journals.openedition.org/ries/2377 ; DOI : https://doi.org/10.4000/ries.2377

This article is cited by asińska, Kaja. Akpe, Yapo Hermann. Seri, Blahoua Axel Debaye. Zinszer, Benjamin. Agui-Kouadio, Rodrigue Yoffo. Mulford, Kelsey. Curran, Erin. Ball, Mary-Claire. Tanoh, Fabrice. (2022) Evaluating Bilingual Children’s Native Language Abilities in Côte d’Ivoire : Introducing the Ivorian Children’s Language Assessment Toolkit for Attié, Abidji, and Baoulé. Applied Linguistics, 43. DOI : 10.1093/applin/amac025

About the author : Dario Pellegrini Inspecteur de l’Éducation nationale, conseiller technique au ministère sénégalais de l’Éducation

By this author : Introduction [Full text] Published in Revue internationale d’éducation de Sèvres, 10 

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Source : https://journals.openedition.org/ries/2377?lang=en

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15.
Dario Pellegrini apparaît comme contributeur à des travaux collectifs sur la pédagogie et les politiques éducatives, notamment dans la revue Éducation et pédagogies.

Une identification précise du rôle public et culturel de Dario Pellegrini {{}}

Source : https://www.archives.culture-co.fr/documentation/381/actes-rencontres-de-beaumes-2012.pd

Le document des Actes des 2èmes Rencontres nationales du Théâtre des amateurs à Beaumes-de-Venise (2012) mentionne explicitement : « Dario Pellegrini, président d’Arts Vivants en Vaucluse » - Cela confirme qu’il n’était pas seulement lié au monde éducatif, mais également à l’animation culturelle territoriale et à l’éducation populaire.

Ce que cette source apporte{{}}

Une figure de l’éducation populaire et culturelle{{}}

Dans les échanges reproduits dans les actes, Dario Pellegrini apparaît comme : un responsable associatif culturel, un défenseur des pratiques artistiques amateurs, un acteur engagé dans la démocratisation culturelle et un médiateur entre institutions, territoires et citoyens.

Le contexte des rencontres est très marqué par : l’éducation artistique, le théâtre comme lien social, la transmission, la pratique culturelle collective et la décentralisation culturelle.

Cela rejoint fortement les valeurs pédagogiques déjà entrevues dans les références sur « le projet en éducation ».

Une personnalité intellectuelle discrète mais engagée{{}}

Le ton de ses interventions est révélateur. Dans une prise de parole reproduite dans les actes, il déclare : « La vocation du maître est de s’effacer. » Cette phrase résume assez bien une philosophie pédagogique humaniste : transmettre sans domination, favoriser l’autonomie, accompagner plutôt qu’imposer, faire émerger les pratiques collectives. On retrouve ici l’influence des traditions françaises d’éducation populaire, de pédagogie active et de culture participative. {{}}

Un rôle institutionnel{{}}

Le document le situe comme : président de la fédération départementale Arts Vivants en Vaucluse, partenaire des rencontres nationales du théâtre amateur, interlocuteur du ministère de la Culture et des réseaux d’action culturelle.

Cela indique qu’il occupait probablement une position reconnue dans : les politiques culturelles locales, les réseaux associatifs artistiques, et les dispositifs d’éducation artistique territoriale.

Un portrait d’intellectuel qui se dessine{{}}

Avec les différentes sources désormais croisées, Dario Pellegrini apparaît comme une personnalité : humaniste, attachée au collectif, proche des valeurs de l’éducation populaire, investie dans la culture de territoire, sensible à la transmission artistique, et engagée dans la pratique amateur comme outil d’émancipation sociale.

Synthèse biographique de Dario Pellegrini :{{}}

À ce stade des recherches, on peut raisonnablement présenter Dario Pellegrini comme :

  • un acteur culturel et éducatif français ;
  • impliqué dans les réflexions pédagogiques autour du « projet en éducation » ;
  • président d’Arts Vivants en Vaucluse au début des années 2010 ;
  • engagé dans les réseaux de théâtre amateur, d’éducation artistique et de démocratie culturelle ;
  • reconnu localement en Provence, notamment autour d’Eygalières et de Beaumes-de-Venise.
    Les Actes de Beaumes 2012 constituent désormais la source la plus riche et la plus substantielle retrouvée sur sa pensée et son engagement public.

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Sources bibliographiques fournies par ‘ChatGPT’ :

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://eygalierespoesie.blogspot.com&sz=32eygalierespoesie.blogspot.com Le printemps des poètes 20 mars 2016

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://eygalierespoesie.blogspot.com&sz=32eygalierespoesie.blogspot.com Le printemps des poètes : mars 2017

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://eygalierespoesie.blogspot.com&sz=32eygalierespoesie.blogspot.com Le printemps des poètes

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://www.jds.fr&sz=32jds.fr Conférence ’Éluard, Liberté’, Conférences Eygalières : date, horaires, tarifs 28 janvier 2026 — CONFÉRENCE ’ÉLUARD, LIBERTÉ’ Le 25/03/2026 Médiathèque Charles Galtier, 120 rue de la République

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://eygalierespoesie.blogspot.com&sz=32

eygalierespoesie.blogspot.com Le printemps des poètes - LE PRINTEMPS DES POÈTES Eygalières en poésie... Printemps des Poètes 2018 Affiche nationale Flyer Eygalières Programme Jusqu’au 1er mars

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16.
Dario Pellegrini et l’association culturelle d’Eygalières 13 ’Parole Vive ’ {{}}

Cette association dont Dario Pellegrini était le président et la personne référente, organise notamment : le ‘Printemps des Poètes’, des conférences, des tables rondes et événements culturels. Un portrait biographique détaillé présente bien Dario Pellegrini comme un ancien cadre de l’Éducation nationale, poète et animateur culturel installé à Eygalières. On trouve des annonces publiques de conférences données par lui au nom de l’association, par exemple autour de Paul Éluard. Enfin, des publications locales signalent son décès à l’âge de 79 ans en le présentant comme président de ’Parole Vive’.

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Il existe bien un lien public entre Dario Pellegrini et l’univers de Pétrarque, surtout dans le contexte culturel vauclusien autour de Fontaine-de-Vaucluse et d’Avignon.

Dario Pellegrini apparaît comme contributeur dans le catalogue d’exposition Le triomphe de l’amour : Éros en guerre, publié par le Musée Pétrarque de Fontaine-de-Vaucluse lors des célébrations du 700eème anniversaire de Pétrarque en 2004.

Ce projet tournait autour : de l’œuvre de Pétrarque, des Triomphes, de la poésie amoureuse et du patrimoine humaniste lié au Vaucluse et à la Sorgue.

C’est un lien cohérent avec le profil public de Dario Pellegrini : animateur culturel, poète, conférencier, président de l’association ‘Parole Vive’ à Eygalières.

Le contexte local est important, car Pétrarque a vécu dans le secteur de Fontaine-de-Vaucluse, près de la source de la Sorgue, lieu devenu central dans son imaginaire poétique.

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Sources (selon ‘ChatGPT’) :

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://openbibart.fr&sz=32openbibart.fr Le triomphe de l’amour : Eros en guerre : une histoire amoureuse de l’humanité

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://essentiels.bnf.fr&sz=32Essentiels Pétrarque, un humaniste vagabond

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musicologie.org Les sources chez Pétrarque : lieux, héritages et résonances

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https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://fr.wikipedia.org&sz=32fr.wikipedia.org Pétrarque

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alderan-philo.org Pétrarque et l’humanisme - Université Populaire de Philosophie - 5 mars 2018 — * ##### Pétrarque et l’humanisme Conférencier : Éric Lowen - Le nom de... Image : PÉTRARQUE ET L’HUMANISME Exclusivité web ! PÉTRARQUE ET L’HUMANISME Référence : 4110-01 Conférencier : Éric Lowe...

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://www.universalis.fr&sz=32universalis.fr PÉTRARQUE - repères chronologiques - Encyclopédie Universalis - PÉTRARQUE (REPÈRES CHRONOLOGIQUES) Fin du xiii^e s.-début du xiv^e s. Dolce Stil Novo, poésie amoureuse savante. 20 juillet 1304 Naissance de Pétrarque à Arezzo, en Toscane. 1311 Son père se r...

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://www.universalis.fr&sz=32universalis.fr Biographie de PÉTRARQUE (1304-1374) : La période italienne - Encyclopédie Universalis - * 1. Les années de jeunesse et la formation * 2. Entre Terre et Ciel * 3. Vaucluse : solitude et fécondité * 4. La période italienne * 5. Modernité de Pétrarque * 6. La diffusion du pétrarquisme en F...

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://essentiels.bnf.fr&sz=32bnf.fr Pétrarque - Personnalité PÉTRARQUE Humaniste et poète italien 1304-1370 Image : La plus ancienne effigie de Pétrarque Bibliothèque nationale de France > Je veille, je pense, je brûle, je pleure ; et ce qui...

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bnf.fr Francesco Petrarca (1304-1374) – Bibliographie - Pétrarque (1304-1374) – Bibliographie (FR - pdf - 1.09 Mo) FRANCESCO PETRARCA (1304-1374) – BIBLIOGRAPHIE Considéré comme l’un des premiers humanistes, le poète Francesco Petrarca (Pétrarque) naqui...

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://fr-academic.com&sz=32fr-academic.com Petrarque - PETRARQUE * * * * * * * * Petrarque PÉT RARQUE Francesco Petrarca Pétrarque peint par Andrea di Bartolo di Bargilla Galleria degli Uffizi, Florence * * * Activité(s)

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://fr-academic.com&sz=32

fr-academic.com - Pétrarque - PÉTRARQUE * * * * * * * * Pétrarque Francesco Petrarca Pétrarque peint par Andrea del Castagno^[1] Galerie des Offices, Florence * * * Nom de naissance

https://www.google.com/s2/favicons?domain=https://wikiland.org&sz=32wikiland.org Pétrarque - Pétrarque François Pétrarque --- Image : Portrait par Altichiero, vers 1370-1380Portrait par Altichiero , vers (environ) 1370-1380 Né

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nii.ac.jp Momenti del petrarchismo veneto : cultura volgare e cultura classica tra Feltre e Belluno nei secoli XV-XVI : atti del convegno di studi, Belluno-Feltre, 15-16 ottobre 2004 - MOMENTI DEL PETRARCHISMO VENETO : CULTURA VOLGARE E CULTURA CLASSICA TRA FELTRE E BELLUNO NEI SECOLI XV-XVI : ATTI DEL CONVEGNO DI STUDI, BELLUNO-FELTRE, 15-16 OTTOBRE 2004 Web Site CiNii Available...

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17.
Conclusion comparative - Une continuité conceptuelle entre les deux personnages étudiés dans ce dossier : Pétrarque et Dario Pellegrini{{}}

D’une part on relève une comparaison structurante :

Axes

Pétrarque (14ème)

Dario Pellegrini (20-21ème)

Espace/ Arezzo/ Italie Avignon / ProvenceEurope Afrique du Nord et de l’Ouest / Polynésie / Institutions internationales
Culture humanisme naissant politiques éducatives globales actions locales
Circulation manuscrits, langues, idées modèles éducatifs, ONG, UNESCO
Hybridation latin / toscan / culture française Règles institutionnelles / Cultures locales
Fonction IntellectuellePoésie Expertise institutionnelle Poésie

Dans les deux cas : la culture est produite par la circulation entre des espaces et territoires différents

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D’autre part, l’hybridation culturelle est manifeste sur le fond :

Axes

Pétrarque

Dario Pellegrini

Espace carrefour Italie–France carrefour France–Afrique et Océanie
Culture humanisme latin + toscan, italien école française + cultures locales
Circulation manuscrits, langues idées politiques éducatives et culturelles globales
Hybridation langues et savoirs du 14ème siècle avec une expression poétique pédagogie contemporaine, plurilinguisme et actions locales culturelles

Enfin, l’examen sous différents axes renforce la pertinence des comparaisons :

Axes

Pétrarque

Dario Pellegrini

Période XIVe siècle contemporain
Type d’humanisme{{}} intellectuel et littéraire éducatif et institutionnel
Centre textes antiques systèmes scolaires
Finalité redéfinir l’homme par la culture Démocratiser par l’éducation
Espace Italie ↔ France France ↔ Outre-mer
Logique naissance d’une pensée originale et humaniste application des principes humanistes dans le cours d’une vie

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18.
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Annexe interrogative - Y a-t-il une relation entre la dimension humaniste du personnage Dario Pellegrini d’Eygalières, et une orientation commune dans des obédiences maçonniques ? Requête formulée auprès de ‘ChatGPT’ aménagée par Jacques Hallard - Juin 2026

On peut relever des convergences de valeurs à travers le portrait rapporté plus haut qui met en avant plusieurs traits marquants : un profond attachement à la culture, à la poésie et au langage ; une carrière consacrée à l’éducation, à la transmission et au dialogue entre les cultures ; une ouverture aux spiritualités et aux mythes rencontrés au cours de ses séjours en Afrique et en Océanie ; la volonté de créer des passerelles entre les personnes, notamment à travers l’association locale d’Eygalières 13 : ‘Parole Vive’

Ces caractéristiques évoquent effectivement des valeurs que l’on retrouve dans de nombreuses obédiences maçonniques, notamment : l’humanisme (développement de la personne et respect de la dignité humaine) ; la recherche de la connaissance et le perfectionnement de soi ; la fraternité et le dialogue entre des personnes d’origines diverses ; la tolérance et l’ouverture à la pluralité des cultures et des convictions ; le recours au symbolisme et à la réflexion sur les traditions, davantage comme outils de pensée que comme dogmes.

En revanche, il faut distinguer cette proximité de valeurs, d’une appartenance. Les grandes obédiences maçonniques françaises (par exemple le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Droit Humain, la Grande Loge Nationale Française) partagent certaines références humanistes, mais elles diffèrent sur plusieurs points : la place accordée à la spiritualité ou à la transcendance ; le type d’engagement sociétal ; les conditions d’admission des hommes et des femmes et l’interprétation du symbolisme maçonnique.

Ainsi, un profil de personnalité comme celui de Dario Pellegrini pourrait être considéré comme compatible avec l’esprit humaniste qui est présent en général dans les obédiences maçonniques… -

Une approche philosophique et son parcours s’inscrivent dans une tradition d’humanisme universaliste — inspirée par la culture, l’éducation, le dialogue interculturel et la quête de sens — qui recoupe une partie de l’idéal maçonnique, sans lui être propre. Toutefois, c’est un terrain commun que l’on retrouve également chez de nombreux intellectuels, pédagogues et poètes qui n’ont jamais appartenu à la franc-maçonnerie.

Des échanges entre Dario Pellegrini et l’auteur de ce dossier, Jacques Hallard, avaient notamment porté sur certaines convergences troublantes qui existent entre les mythes, les contes et légendes, la pensée chinoise et la franc-maçonnerie.

En particulier, une comparaison étonnante fut soulevée en matière de symbolisme : entre la franc-maçonnerie et les traditions chinoises :{{}}

Fichier:Compas-equerre.jpg — Wikipédia{{}}

Rappel : L’Équerre et le Compas : symboles universels de la Franc-Maçonnerie

En matière de symbolisme, l’illustration ci-après représente Fuxi et Nüwa, qui sont toujours considérés comme les ancêtres légendaires des populations chinoises, tenant l’un une équerre et l’autre un compas, - qui sont aussi tous deux des symboles maçonniques - selon une étude intitulée ‘Regards croisés sur la pensée chinoise et la franc-maçonnerie’ par Che Bing Chiu

D’après Wikipédia, Che Bing Chiu, né en 1955 à Hong Kong, est un architecte qui est chargé de cours à l’École d’architecture de Versailles. Il est membre du Centre de recherche sur l’Extrême-Orient de Paris-Sorbonne et de centres de recherche sur l’architecture traditionnelle et les jardins en Chine…

Voir tous les détails de cette comparaison dans ce dossier dédié et mis en ligne sur le site ISIAS.info : ’Quelques soc
iétés secrètes qui ont marqué le monde avec des regards croisés sur la pensée chinoise et la franc-maçonnerie et le discours du Président de la République au Grand Orient lors des 250 ans de cette obédience’ par Jacques Hallard

« « « 

Outil utilisé - Pour certains paragraphes, ce dossier a été élaboré en juin 2026 avec l’assistance rédactionnelle et documentaire de ChatGPT (OpenAI), modèle GPT-5.5, https://chatgpt.com après des requêtes formulées en juin 2026, puis les éléments ont été relus, vérifiés, certains mis en forme et adaptés dans ce dossier par l’auteur.

« « « 

In memoriam Dario Pellegrini, acteur contemporain de politiques éducatives et culturelles : éducation pour tous, coopération internationale, animation culturelle locale (se reporter à ce site : https://parolevive13.blogspot.com/ )

Eygalières : Dario Pellegrini, président de l’association ...

Source : Eygalieres Galerie de Portraits - DARIO PELLEGRINI - 25 septembre 2018 - Le site ‘Eygalières Galerie de portraits’ est une initiative mémorielle et culturelle consacrée aux habitants marquants du village d’Eygalières dans les Bouches-du-Rhône 13.

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Collecte de documents et agencement, traductions, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant

C :\Users\Jacques\Downloads\jh.jpg

– 23/06/2026

NB. Le bouclage de ce dossier coïncide avec la Saint Jean d’été - Source – REAA = Rite écossais ancien et accepté 

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

Site : https://isias.info/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : © ISIAS Humanisme Hybridation interculturelle.24.docx

Mis en ligne bénévolement par le co-rédacteur par Pascal Paquin https://fr.linkedin.com/in/pascal-paquin-a85690296 - comme toutes les autres contributions publiées sur ISIAS !

https://isias.info/local/cache-vignettes/L99xH99/10000000000000c8000000c80ff59cec-f91e7.jpg?1752136363

[Pascal Paquin – Ses travaux sur https://yonnelautre.fr/ ]

Mis en ligne via Yonnelautre.fr : un site des alternatives, d’éducation populaire, un site interassociatif, coopératif, gratuit, sans publicité, sans subvention, indépendant de tout parti, un site sans Facebook, Google+ ou autres GAFA, sans mouchard, sans cookie tracker, sans fichage, et à empreinte numérique réduite, un site entièrement géré sous Linux et avec l’électricité d’Énercoop , géré par Yonne Lautre : https://yonnelautre.fr –

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