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"Regard psychanalytique sur des mouvements écologistes et sur les 11 % des 15-19 ans se sentant déprimés par les écrans avec tensions, conflits, tyrannies, barbarismes, violences exposant les êtres vivants au chaos climatique" par Jacques Hallard
samedi 23 mai 2026, par
ISIAS Sociologie Psychologie
Regard psychanalytique sur des mouvements écologistes et sur les 11 % des 15-19 ans se sentant déprimés par les écrans avec tensions, conflits, tyrannies, barbarismes, violences exposant les êtres vivants au chaos climatique
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 20/05/2026
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Quelques informations préalables pour ce dossier conçu et réalisé ans un but didactique
Qu’est-ce que la notion psychanalytique ? - Les théories psychanalytiques sont vastes et complexes, abordant les mécanismes psychiques inconscients, les conflits internes et l’évolution de la personnalité. Pour mieux comprendre ces concepts, il est essentiel de se pencher sur les grandes théories psychanalytiques qui ont marqué l’histoire de cette discipline. 29 janvier 2025
L’approche psychanalytique permet au patient de mener un travail de repérage de ce qui cause sa présence en psychiatrie. Elle appréhende la personne à travers les registres du symbolique, de l’imaginaire et du réel, autour de ce qui échappe au sens, de ce qui se répète et insiste…
C’est quoi la méthode psychanalytique ? – En bref, la méthode psychanalytique qui vise à traiter la souffrance humaine, a été développée par Sigmund Freud au début du 20ème siècle, et approfondie ensuite par plusieurs générations de psychanalystes dans le monde. Cette méthode est d’abord une méthode de recherche pour investiguer et comprendre les processus psychiques.
Contribution récente : Psychothérapie psychanalytique des patients psychotiques - 13 Juin 2026 – Paris - Gisela Pankow - Journée Gisela Pankow organisé par la Société de psychanalyse freudienne (SPF) – Source : https://www.santementale.fr/evenement/gisela-pankow-psychotherapie-psychanalytique-des-patients-psychotiques/
Accueillir la confusion. En dehors du cabinet de psychanalyse, nous pourrions mobiliser cette « attitude psychanalytique » pour transformer l’indignation brutale qui domine tant de prises de parole en ligne en une curiosité tournée vers nous-mêmes – afin de mieux comprendre nos propres désirs et préjugés. 03 mai 2026
Quelle est la différence entre écologiste et écologique ? L’écologie est strictement scientifique. Alors que l’écologisme correspond aux applications pratiques et normatives, c’est-à-dire économiques, morales et politiques de l’écologie. 27 juillet 2009 – Lecture suggérée > Écologie et écologisme – DUMAS CNRS – « Le débat sur la nature de la relation entre écologie et écologisme repose principalement sur des présupposés épistémologiques quant au statut de l’écologie et quant à la façon dont elle doit prendre en compte les activités humaines. L’écologie peut être considérée comme une partie de la biologie, comme une science naturelle interdisciplinaire, ou comme une science interdisciplinaire qui fait le pont entre sciences de la nature et sciences de l’homme. La prise en compte de la spécificité culturelle de l’homme dans son rapport aux écosystèmes et à la biosphère dépend donc du statut que l’on donne à l’écologie » - Florian Boffard
Les partis politiques et mouvements écologistes sont nombreux et variés : voir > https://www.france-politique.fr/wiki/Cat%C3%A9gorie:Mouvements_%C3%A9cologistes
En 2023, un tiers des internautes ressentaient au moins un effet néfaste des écrans (numériques) - Valentin Guilloton (Insee) : 34 % des internautes de 15 à 74 ans déclarent au moins un effet néfaste lié à l’usage des écrans dans la vie courante, en dehors des temps d’étude ou de travail. Les plus jeunes sont particulièrement concernés : 57 % chez les moins de 20 ans et 49 % chez les 20-34 ans. L’effet néfaste qui revient le plus souvent est, de loin, la réduction du temps de sommeil (25 %), suivi du fait de négliger d’autres activités de loisirs (10 %) et des sensations d’obsession vis‑à‑vis des écrans (9 %). En outre, 5 % des internautes déclarent avoir des conflits avec leur entourage en raison de leur usage des écrans et 4 % se sentir déprimés à cause des écrans. Néanmoins, environ un tiers des personnes interrogées ont conscience des effets néfastes liés à l’usage des écrans et tentent de limiter leur temps d’écran ; 7 % n’y parviennent pas… - Source : https://www.insee.fr/fr/statistiques/8199393
Lecture suggérée > 2050 : chaos climatique - Par Hélène Assekour le 19/05/2026 - 2 h 01 19/05/2026 - En vous abonnant, vous choisissez chaque mois l’émission mise en avant sur AuPoste.media.
Emission - Deux scientifiques, deux livres, un même constat : le réchauffement climatique n’est pas une fatalité --- c’est un choix. Celui de quelques-uns. Et il y a urgence à le nommer. La rencontre avec Magali Reghezza-Zitt et Nathanaël Wallenhorst
Géographe, ancienne membre du Haut Conseil pour le Climat, Magali Reghezza-Zitt vient de publier Bienvenue en 2055 dans un monde neutre en carbone. Nathanaël Wallenhorst, chercheur en sciences de l’environnement et membre de l’Anthropocene Working Group, a signé 2049, ce que le climat va faire à l’Europe. Ensemble, ils dressent un tableau scientifique et politique du réchauffement sans concession. Sur les trajectoires, Reghezza-Zitt est précise : 1,5°C dès le début des années 2030, 2°C en 2050, 3,2°C à la fin du siècle si rien ne change --- soit 4°C pour la France. « À 4 degrés, on n’est plus du tout dans une logique d’adaptation, on est dans une logique de sélection, il va falloir trier. » Au-delà de 2°C, ce sont les processus naturels eux-mêmes qui s’emballent : permafrost, méthane, océans. Wallenhorst : « Le 3,2 d’ici 2100, c’est pas un état stable, c’est un moment dans un processus d’altération des fondements de notre civilisation. »
Sur la montée des eaux, il cite le village gallois de Fairbourne, dont la digue sera abandonnée en 2054 : « Du jour au lendemain, ces gens ont perdu leur capital, ce qu’ils allaient transmettre à leurs enfants. Et ce sentiment communément partagé, c’était l’envie d’en découdre, l’impression d’être abandonné. »
Reghezza-Zitt pointe le double verrou : le changement climatique dégrade les ressources nécessaires pour se décarboner, tandis que la dépendance aux fossiles réduit la capacité d’adaptation. Les injustices sont documentées, les bénéfices de la transition captés par une minorité. « Il y a une indécence absolue à faire peser sur ceux qui sont le plus exposés la responsabilité de l’inaction. »
Sur le capitalisme, Wallenhorst est tranchant : l’accumulation infinie est incompatible avec les limites planétaires. « Un milliardaire, c’est un psychopathe. » Les deux invités convergent sur l’essentiel : le narratif de l’impuissance est une construction politique délibérée. Les partis nationalistes-populistes ont « totalement intégré le changement climatique » --- pour en faire une opportunité de darwinisme social. « Ces gens-là gagnent à tous les coups. Le retard pris préserve leurs intérêts, ils ont déjà préparé la bascule. » Face à quoi, Reghezza-Zitt conclut : « On ne peut pas baisser les bras. On ne peut pas. »
Ecologie Saison 11 Magali Reghezza-Zitt Nathanaël Wallenhorst – Source : https://auposte.media/emissions/2050-chaos-climatique
Voir également > « La Terre est poussée au-delà de ses limites » : la planète a accumulé une chaleur record en 2025, selon l’ONU - Publié le 23 mars 2026 – « L’Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations unies livre ce lundi son bilan annuel sur l’état du climat. « Le chaos climatique s’accélère et toute tergiversation sera fatale », a prévenu le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, alors que tous les voyants sont au rouge… » > Consulter par ici : https://www.humanite.fr/environnement/climat/la-terre-est-poussee-au-dela-de-ses-limites-la-planete-a-accumule-une-chaleur-record-en-2025-selon-lonu
Ce dossier est une composition hybride qui traite de sociologie et de psychologie, notamment à partir d’une approche psychanalytique qui aborde les actions de certains mouvements écologistes au cours des années passées et les effets d’une utilisation massive des écrans numériques, en particulier chez les jeunes…
Les documents sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
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- Entretien avec Boris Cyrulnik : « Nous sommes en train de changer de civilisation » - Par Frédérique Jourdaa / ALP - Publié le 10/05/2026 à 8h00. Document ‘sudouest.fr’
- Rétrospective - Au-delà de l’anthropocentrisme : la nature comme partenaire - Jean-Philippe Pierron - Dans Revue du MAUSS 2013/2 (n° 42), pages 41 à 48 - Comment la FNSEA a eu la peau des Soulèvements de la Terre
- Rétrospective - Écologie : les nouveaux mouvements écologistes se radicalisent-ils ? Le 11 Mars 2023 à 20h31 - Mis à jour le 11 Mars 2023 à 20h46 - Par TV5MONDE - stelle Martin - TV5 JWPlayer Field – Vidéo 12 min 24 s
- Rappel – Mouvement écologiste ‘Extinction Rebellion’ : cinq ans après son lancement en France, un constat d’échec ? - Publié : 06 janvier 2025, 17:26 CET
- Palestine - Gaza : Six interpellations pour un drapeau palestinien placé sur la Tour Eiffel - Cette action a été revendiquée par ‘Extinction Rebellion’ – Publié par 20 Minutes avec AFP le 16/05/2026 à 15h26
- Le mouvement social écologiste international ‘Extinction Rebellion’ selon Wikipédia
- Penser les luttes - Jérôme Baschet : « La première violence est celle d’un système qui expose les êtres vivants au chaos climatique » - 15 juin 2023 par Barnabé Binctin – Publication ‘basta.media’
- Entretien - Opposants à la ligne Lyon-Turin : pour le sociologue Jean Viard, ’ils sont contre, au fond, parce qu’ils sont contre tous les grands projets’ - Article rédigé par Jules de Kiss Radio France - Publié le 17/06/2023 11:33 – De ‘francetvinfo.fr’
- Rappel - Libertés publiques - Parti pris Soulèvements de la Terre : la dissolution est un contresens historique - Jade Lindgaard - 20 juin 2023 à 17h04 – ‘mediapart.fr’
- Rappel - Dissolution des Soulèvements de la Terre : pour Noël Mamère, « une déclaration de guerre contre tous les écologistes » - Par Rachid Laïreche publié le 20 juin 2023 à 19h08 - Article réservé aux abonnés
- Rappel - Violences – Terrorisme - Qu’est-ce que le « djihadisme d’atmosphère », terme omniprésent depuis les attaques à Arras et en Israël ? – France 26/10/2023 06:20 - Par Pierre Tremblay – Document ‘huffingtonpost.fr’
- Actualités - « Pourquoi l’attitude psychanalytique me sert de boussole dans ce monde chaotique » - Publié : 03 mai 2026, 16:15 CEST – Document ‘theconversation.com’
- Santé mentale - Lauréats 2026 du Prix ‘Precision Mind’ sur les biomarqueurs en psychiatrie - Publié le 14 avril 2026 – Document ‘fondation-fondamental.org’
- Fêlures et déséquilibres - Série Forces et fragilités - Lundi 04 mai 2026 - France Culture - 58 minutes - Provenant du podcast Avec philosophie - Par Géraldine Muhlmann
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Entretien avec Boris Cyrulnik : « Nous sommes en train de changer de civilisation » - Par Frédérique Jourdaa / ALP - Publié le 10/05/2026 à 8h00. Document ‘sudouest.fr’{{}}
Boris Cyrulnik : « Si on associe les écrans avec des lectures, des films, du théâtre, de la musique, des copains, on peut combattre les effets secondaires, autrement on est soumis ».
Boris Cyrulnik : « Si on associe les écrans avec des lectures, des films, du théâtre, de la musique, des copains, on peut combattre les effets secondaires, autrement on est soumis ». © Crédit photo : Guillaume Bonnaud / SO
Tensions, conflits, violence, tyrannie des écrans : face à cette déferlante qu’il décrypte, le neuropsychiatre explique l’importance des rituels de civilisation, qui facilitent l’art de vivre ensemble{{}}
Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik vient de publier « Au saccage des petits bonheurs » (1). De la dépression au suicide et aux agressions sexuelles, il analyse la « décivilisation » de nos mœurs et invite chacun d’entre nous à réinventer notre civilité.
En lisant les journaux, chaque jour, on se dit que notre société va mal. Pourquoi, selon vous ?
La fracture est apparue dans les années 1990. 1990 marque un changement de civilisation. Je me souviens avoir été invité à la Cité des sciences à la Villette, à Paris, lors de la présentation de ces redoutables machines qu’on appelle ordinateurs (rire). On ne parlait alors que performances techniques magiques et je m’étais fait vivement taquiner quand j’avais soulevé la question du dépistage des éventuels effets secondaires. On me répondait : « Il n’y en aura pas ». Mais comment le savait-on ?
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Alors que le président de la République a proposé d’interdire l’utilisation des portables aux moins de 11 ans mercredi, une nouvelle enquête de l’Insee démontre les effets particulièrement négatifs des écrans sur les jeunes
Aujourd’hui, en sait-on un peu plus sur ces « effets secondaires » ?
Les jeunes sont désormais gouvernés par les écrans. Aujourd’hui, le fait de vivre dans une civilisation incroyablement technique fait que nous changeons concrètement de civilisation. On communique avec des machines qui affichent des performances stupéfiantes, mais ce ne sont pas des relations, des rencontres, des disputes avec nos prochains. Le résultat, c’est qu’au-dessus de trois à quatre heures d’écran par jour, on multiplie par trois la possibilité de dépression. Trente ou quarante ans après, on découvre aussi qu’il y a des effets secondaires parfois tragiques sur les bébés, qui ont un retard de langage impressionnant. Si on associe les écrans avec des lectures, des films, du théâtre, de la musique, des copains, on peut combattre les effets secondaires, autrement on est soumis.
Les écrans ont donc un potentiel totalitaire ?{{}}
Oui, c’est l’idée de George Orwell dans « 1984 », son roman dystopique paru en 1949. L’écran ou le mono-discours vous explique tout et, si vous critiquez ce discours, vous êtes un dissident. C’est le danger de tous les discours totalitaires. Je vais avoir bientôt 89 ans et j’entends aujourd’hui les mêmes phrases que lorsque j’étais enfant dans les années 1930 et 1940. Les méthodes de propagation de l’information...
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Rétrospective - Au-delà de l’anthropocentrisme : la nature comme partenaire - Jean-Philippe Pierron - Dans Revue du MAUSS 2013/2 (n° 42), pages 41 à 48 - Comment la FNSEA a eu la peau des Soulèvements de la Terre
https://www.cairn.info/cover/width-204/RDM/RDM_042.jpg?fallback=true
« Le soleil donne… de la couleur aux gens », fredonne le chanteur populaire. « Ça pousse, ça donne, ça graine », dit-on de la récolte abondante faite dans les vergers familiaux. Ça donne bien, se réjouit-on à propos des haricots dont la fructification s’échelonne en plusieurs récoltes. Du moins, c’est ce qu’on dit encore lorsqu’on a gardé, en réserves signifiantes, ces mots ruraux qui nouent l’histoire des hommes au calendrier des fruits. Les floraisons du printemps, la vitalité émouvante et tenace des fleurs et même les chants des oiseaux, pour les urbains que nous sommes devenus, sont des joies minuscules à l’ampleur préhistorique où l’homme de la ville est encore un vivant vibrant de la vie des autres vivants. Cela vaut aussi là-bas, pour nos lointains, dans ces pays qui ont inventé l’animal électronique – la tamagoshi. La frénésie technophile ne parvient pas à y faire taire la remontée spectaculaire des cerisiers en fleur qui courent comme le sceau définitif du printemps dans l’archipel nippon. Mais ces joies fragiles, failles et brèches d’une nature qui surabonde, percent vaillamment mais difficilement dans un monde qui les recouvre de sa métrique.
« Que donne la nature, alors ? » On peut, en effet, croire cette expression désuète lorsque le rationnel économisme préfère parler de ce qui se donne dans les mots du rendement. Plus : on pourrait la trouver naïve, y voir la trace d’une intelligence prérationnelle ou trop romantique. Elle projette sur la nature une forme d’anthropocentrisme qui envisage la nature comme une corne d’abondance ayant les hommes pour destinataires. Elle manifeste un finalisme à la Bernardin de Saint-Pierre pour lequel les vraies lois de la nature ne sont pas celles des physiciens mais celles que découvre notre cœur ; ce dernier n’hésitant pas à écrire : « La nature est si bonne qu’elle tourne à notre plaisir tous ses phénomènes… [1] », et voyant, dans le spectacle des melons divisés par côtes, la marque d’un dessein les destinant à être mangés en famille. Pourtant l’expression insiste, résiste au-delà d’un économisme abstrait, plus profonde qu’un résidu d’une mentalité archaïque. Elle met à la question la logique des échanges, aujourd’hui dominante, à partir d’une logique de la surabondance.
Pour celle-là, ce que nous donne la nature est essentiellement ce qu’on lui prend, voire ce qu’on lui arrache. La naissance de la science moderne d’une part, et la critique métaphysique de l’idée de nature, jugée trop finaliste, d’autre part, n’ont cessé de confirmer et d’encourager cette idée. La nature ainsi conçue, élaborée et formulée dans le langage conceptuel du grec phusis et du latin natura, était alors prête à accueillir l’investigation technoscientifique. Cette nature, invention de l’Europe occidentale moderne [2], constitue comme son discours de la méthode. Faire disparaître la nature comme cosmos à admirer la modélise comme espace à étudier et carrière à exploiter. De la nature, il n’y a rien à apprendre immédiatement. Tout y est à comprendre et prendre médiatement, par le biais des sciences et des techniques. C’est ce que consacre le célèbre mot de Kant : « La nature est muette, il faut la forcer à parler », à quoi l’on ajoutera : la forcer à donner – oxymore moderne – , à produire, à se transformer. Dans cette perspective, la nature n’est plus tant une source de significations grâce à laquelle symboliser qu’une ressource à exploiter : « ressource naturelle ». Cette vision instrumentale qui paraît exclure d’autres attentes (esthétique, éthique, voire spirituelle) fait de la nature un ensemble de moyens – les éléments naturels comme l’eau, les minerais, les sols, etc. – à la disposition des besoins ou des désirs humains. Elle convoque moins le lieu où se ressourcer dans l’opaque capillarité qui lie le vivant humain au milieu ambiant que l’espace où venir puiser, parfois jusqu’à l’épuiser. Ainsi en va-t-il, de l’agriculture industrielle aux industries d’extractions, des industries dites de pleine nature (ski ou mer) à l’eau mise en tubes par les sciences de l’hydraulique.
De la ressource naturelle à l’idée de don {{}}
Rien n’est jamais si tranché. « Les problèmes soulevés par les ressources naturelles sont subsidiaires par rapport à la question des valeurs, car ils présupposent déjà une posture morale particulière. Ils ne se posent en fait que de l’intérieur d’une conception généralement ‘anthropocentrée’ du rapport de l’homme à la nature [3]. »
Or c’est cet anthropocentrisme qu’on interroge lorsque l’on se demande « qu’est ce que donne la nature ? ». La ressource naturelle, servile bonne à tout faire, apparaît alors comme une figure du service sans laquelle le monde comme monde ne saurait tenir. Mais la servilité est la caricature du service tout comme le sacrifice est celle du don. La nature donne davantage que ce que l’on croit pouvoir lui prendre. Elle se fait précieuse disponibilité, soutien silencieux de nos activités, occasions d’interactions fragiles mais tenaces qui donnent au monde humain sa vitalité et ses rythmes. Cette puissance donatrice, la pensée nord-américaine, telle qu’elle se formule dans le Walden de Henri-David Thoreau et, bientôt, dans les éthiques environnementales, l’exprime dans l’intraduisible wilderness. Dans la philosophie continentale, l’attention phénoménologique à la nature vécue charnellement par le vif du corps a rappelé la dimension sensible de notre appartenance à la nature, étudiant des expériences esthétiques et kinésiques de pleine nature vues comme ayant de la valeur mais pas de prix. Enfin, la crise environnementale globale et les travaux de l’anthropologie sociale nous découvrent que le mode de présence à la nature développé en Occident est un mode parmi d’autres !
Ainsi, en face du concept moderne de « ressource naturelle » est apparu, dans une modernité tardive, celui de service écologique gratuit. Le service d’épuration naturelle joué par les zones humides, le service de régulation climatique en l’absence de thermostat planétaire, la forêt « puits de carbone », le service des insectes pollinisateurs, voire, dans un spectaculaire renversement, l’écosystème urbain défendant la biodiversité en ville en sont les figures sensibles. Autant de biens que la nature offrirait gratuitement. Mais l’analogie du don doit alors être discutée, pouvant être oublieuse que cette nature généreuse ne fait pas toujours bien les choses ! Toujours est-il qu’en face de la valeur instrumentale de la nature il y aurait alors sa valeur intrinsèque. Sans paganisme qui idolâtrerait les sols ou les sources, ni retour à la Terre suspect, le retour de la Terre dans le champ du discutable et des considérations éthiques et politiques manifeste que la nature donne. À l’unilatéral rapport de domination dans l’utilisation réplique une attention relationnelle à une donation.
L’équivoque idée de « service écologique » {{}}
Apparaît alors une difficulté. Le service écologique, cette réparation de la nature par la nature, est-il l’ultime extension du règne de l’instrumentalisation de la nature ou bien l’expression du don de la nature retrouvé ? Le service écologique gratuit, est-ce du don ou de l’économisme ? Certes, la notion de service écologique gratuit est-elle aussi la tentative de traduire, dans le langage de la quantité qu’affectionne l’économisme, le « gain » que représente le service qualitatif que rend la nature eu égard aux activités de l’homme [4]. La prise en compte, aujourd’hui, dans le calcul économique des externalités – les effets sur l’environnement d’une activité industrieuse, mais également, aujourd’hui, via le protocole de Kyoto, le nouveau marché que représentent « les équivalents carbone » –, en son équivocité même, dit assez, d’ailleurs, que la nature y est encore conçue comme un au-dehors radical. Pourtant, n’est-ce pas la scission au sein de l’oikos entre l’écologue et l’économe qu’il s’agit de venir revisiter et discuter en allant plus loin qu’une simple prise en compte ? Le service écologique n’invite-t-il pas à penser que la nature donne et procure des bienfaits inappropriables parce qu’ils engagent le bien de tous ? L’idée que la nature nous donne nous situe au-delà du dualisme homme-nature, dans un entrelacs [5]. Parler de don conduit à penser notre appartenance à la Terre au-delà de ce qui ne fait d’elle qu’un objet astronomique pour en faire un archè originaire. Si la Terre comme planète peut exister sans l’homme, la relation de don ne se concentre-t-elle pas sur cette unité relationnelle, sur ce nœud où le devenir de la nature et celui de l’homme sont liés physiquement et symboliquement ? N’est-ce pas ce que la grâce originaire du jaillissement de la nature dans nos existences rappelle et réveille ?
La nature : source ou ressource ? {{}}
La nature paraissait n’être qu’une ressource passive, nous la redécouvrons comme une partenaire. Nous nous découvrons solidaires de ce dont nous croyions pouvoir indifféremment nous extraire. La crise environnementale révèle que la crise de la modernité s’envisage aussi comme une crise de la relation qu’elle entretient avec la nature. Elle s’interprète comme une hypertrophie de la rationalité instrumentale qui appauvrit notre expérience du monde en étendant l’empire du calculable et du normalisable. Si la crise de la nature est aussi une crise de la culture, elle conduit au-delà de cette culture de l’intérêt qui ne cesse d’étendre le champ de l’objectivable, du manipulable et du monnayable. Elle questionne l’ontologie naturaliste [6] qui a permis le déploiement planétaire de nos systèmes techniques et procéduraux dans la globalisation et de notre système économique dans la mondialisation. Mais elle observe également que si l’ontologie naturaliste tend à l’hégémonie, elle coexiste avec d’autres approches (analogique, totémique ou animiste) auxquelles il est possible de faire place.
Les valeurs de la nature sont donc plus riches que leur approche en termes de ressources. En parler en termes de don n’est pas céder à un anthropomorphisme naïf. C’est dénoncer un arraisonnement qui néglige les capillarités secrètes et charnelles qui nous lient à elle. C’est pourquoi, en plus d’une technoscience qui la maîtrise, ou qui croit le faire, l’épreuve phénoménologique d’habiter la Terre et les considérations éthique et politique d’un préserver la nature pluralisent nos relations à la nature. Maurice Merleau-Ponty notait déjà que si « la science manipule les choses, elle renonce à les habiter [7] ». Ainsi, à côté du percevoir qui utilise (l’eau potable du consommateur) et du voir pour savoir qui modélise (l’eau pure H2O du chimiste), il faut une place pour le sentir (l’eau douce des Nymphéas de Monnet). En insistant sur l’idée que, par le corps vécu, se nourrit et se tonalise une relation à la nature, le sentir redonne à ce que donne la nature sa subtile et délicate place. Il engage que, par nos sens s’augmente, du fait d’une relation individuante, l’expérience de notre appartenance à la nature, et réciproquement. Penser plus l’appartenance à la nature dans les épreuves du corps vif n’est pas dissoudre la subjectivité mais épeler comment elle s’y amplifie.
Une compréhension élargie de ce qui fait l’humain pense en chiasme les relations de l’homme et de la nature. Pour penser d’avantage la place de l’homme dans la nature, il n’est pas question de le penser moins (la dilution de l’homme dans la nature) mais de le penser mieux. Nous ne sommes pleinement humains qu’en relation à la nature et la nature comme milieu ne l’est qu’en raison des interactions que l’homme entretient avec elle : c’est là ce qui donne sens à l’idée que la nature nous donne. Manger, boire, se promener sont des participations intimes au monde qui nous augmentent. Au-delà de l’acte physiologique, un lien avec l’être à la nature se manifeste qui n’est pas d’ordre fonctionnel mais de réassurance existentielle. C’est pourquoi boire, par exemple, n’est pas que s’hydrater mais bien installer une modalité spécifique de la relation au monde ambiant qui réassure et le goûteur et le monde [8].
Ni cosmos, ni carrière, la nature est un milieu {{}}
Penser ce que donne la nature revient alors à vivre cette tension entre manipuler et habiter, même si nous avons toujours la tentation d’en faire un dilemme opposant l’un à l’autre. L’expérience de l’habiter qu’évoque Merleau-Ponty donne de mesurer l’écart entre topos et chora. Cet écart, il s’agit pourtant de l’investir car c’est là que nous vivons. Nous vivons de et par cette brèche entre la nature comme lieu géométrique (topos) et la nature comme milieu poétique (chora). L’espace newtonien fait de la nature un lieu abstrait objet des géomètres dans lequel un déplacement n’est qu’une délocalisation indifférente.
Telle est la mondialisation qui pense les déplacements – des choses, des êtres et des personnes – comme des délocalisations. Ainsi en va-t-il de l’eau envisagée comme une étendue, parlée en termes de cubages à acheminer indifféremment d’un endroit de captage ou de pompage à celui de son utilisation. Le milieu avec sa cosmicité intime, quant à lui, est une situation, telle qu’un être, s’il change de milieu, s’en trouve bouleversé parce qu’il y devient un autre. Le poète sait que le petit Liré n’est pas le Tibre latin. Le milieu concrétise une manière d’être au monde insubstituable, manifestant une « entente propre », dit le philosophe japonais Watsuji Tetsurô et, avec lui, le géographe Augustin Berque [9].
C’est pourquoi le milieu que l’on traverse est aussi un milieu qui nous travaille. Demander « que nous donne la nature ? » a donc une portée radicale : redécouvrir la pluralité des attitudes possibles eu égard au milieu alors que s’impose massivement une perspective technoscientifique unilatérale faisant de la nature un lieu, non un milieu.
Ce n’est pas un hasard alors que, contemporains d’un rapport fonctionnel de prédation à la nature, nous vivions également l’émergence d’une relation de soin à son égard. Alors que le premier encourageait une forme d’illimitation (hubris) qui concevait toute relation à la nature comme un obstacle épistémologique à dépasser au nom d’une impartialité conquise, la seconde, attentive à ces relations, cultive une partialité admise et convoque une anthropologie de la vulnérabilité.
Après avoir interprété le monde, puis cherché à le transformer, il est donc temps de le préserver. Le moment du soin coïncide ici avec notre moment écologique. Le « prendre soin de la nature », parce qu’il est attitude de soin, n’est pas possible que par la relation. Pas d’aménagement du territoire sans ménagement. D’horizons théoriques divers, de multiples doctrines partagent ce souci : les théories du care qui étendent le soin aux non-humains, voire aux milieux naturels ; l’attention apportée à la vulnérabilité désormais conçue non plus négativement comme une faiblesse mais positivement comme une attention et une attente de relation ; l’éthique appliquée qui, de l’éthique environnementale à l’éthique animale, dans la pluralité de ses expressions, traque une valeur intrinsèque à la nature sous la valeur instrumentale.
Certes l’analogie du soin peut être trompeuse : prend-on soin de la nature comme on prend soin des hommes ? Qui est, dans le cas de la nature, le sujet de soin ? L’objet de soin [10] ? Elle exporte dans les relations à la nature des concepts explorés dans les relations aux hommes. Mais elle est féconde en ce qu’elle oppose, à l’anthropologie utilitariste et individualiste dominante, une anthropologie relationnelle qui accorde à la vulnérabilité et à la relation de soin une importance centrale. Le vivant humain ou non humain, voire la nature, ne sont plus conçus comme un décor sur le fond duquel nous déployons nos activités. Ils se muent en partenaires d’interactions et de relations.
Notes : {{}}
- [1]
Les Études de la nature, 1784, Étude XII.
- [2]
Une telle conception de la nature n’a d’ailleurs pas son équivalent dans d’autres civilisations chinoises (cf. François Julien) ou japonaise (cf. Augustin Berque) par exemple. Voir Philippe Descola, L’Écologie des autres. L’anthropologie et la question de la nature. Editions Quae, Paris, 2011, p. 97.
- [3]
Gérald Hess, Éthiques de la nature. Éthique et philosophie morale, PUF, Paris, 2013, p. 26. C’est l’auteur qui souligne.
- [4]
Sur la tentative de mesurer quantitativement ces services et les débats que cela soulève, on consultera Cécile Barnaud, Martine Antona et Jacques Marzin, « Vers une mise en débat des incertitudes associées à la notion de service écosystémique », Vertigo, revue en ligne, vol. 11, n° 1, mai 2011. Voir également MEEDDM (collectif), Étude exploratoire pour une évaluation des services rendus par les écosystèmes en France, Credoc, oct. 2009.
- [5]
Dans une autre formulation, Augustin Berque parlera d’écoumène (oikoumenê : la terre habitée). « L’écoumène, c’est la Terre en tant qu’elle est habitée par l’humanité, et c’est aussi l’humanité en tant qu’elle habite la Terre […] L’écoumène, c’est la relation de l’humanité à l’étendue terrestre », Être humain sur la Terre, Gallimard/ Le Débat, Paris, 1996, p. 78.
- [6]
« Que l’ontologie moderne soit naturaliste et que le naturalisme soit définissable par une continuité de la physicalité des entités du monde et une discontinuité de leurs intériorités, cela paraît bien établi par l’histoire des sciences et de la philosophie […] », Philippe Descola, Par-delà nature et culture, Gallimard, Paris, 2005, p. 242.
- [7]
Maurice Merleau-Ponty, L’Œil et l’esprit, Gallimard, Paris, 1960.
- [8]
Sur cette perspective phénoménologique, voir Ingrid Auriol, Intelligence du corps, Cerf, Paris, 2013, notamment les chapitres concernant l’animalité, la phénoménologie de l’olfaction ou le rythme des couleurs.
- [9]
Watsuji Tetsurô, Fudô, Le Milieu humain [1935], trad. Augustin Berque, éditions CNRS, Paris, 2011 ; Augustin Berque, Être humain sur la Terre, op. cit., 1996.
- [10]
Voir Éthique, politique et religion, « Prendre soin de la nature et des hommes », Jean-Philippe Pierron (dir.), n° 3, Garnier Classiques, nov. 2013.
Mis en ligne sur Cairn.info le 16/12/2013
Source : https://doi.org/10.3917/rdm.042.0041
Rétrospective - Écologie : les nouveaux mouvements écologistes se radicalisent-ils ? Le 11 Mars 2023 à 20h31 - Mis à jour le 11 Mars 2023 à 20h46 - Par TV5MONDE - stelle Martin - TV5 JWPlayer Field – Vidéo 12 min 24 s
Dernière Rénovation, Deep green Resistance ou Les Soulèvements de la terre, ce sont quelques-uns de ces nouveaux mouvements écologistes qui font parler d’eux par la radicalité de leurs actions. On en parle avec Anthony Cortès journaliste à Marianne. Avec Sébastien Leurquin, il publie une enquête choc sur ces nouveaux écologistes, ’L’affrontement qui vient’.
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Rappel – Mouvement écologiste ‘Extinction Rebellion’ : cinq ans après son lancement en France, un constat d’échec ? - Publié : 06 janvier 2025, 17:26 CET
Le groupe activiste écologiste Extinction Rebellion (XR) avait quatre grandes revendications : une communication honnête sur l’écologie, la neutralité carbone en 2025, l’arrêt de la destruction des écosystèmes et l’émergence d’une assemblée citoyenne. Il n’est pas parvenu à les imposer dans l’agenda politique français. XR s’est-il transformé en une coquille vide ?{{}}
Entre 2019 et 2022, je me suis engagé en tant que militant-chercheur dans le groupe écologiste catastrophiste importé en France du Royaume-Uni. Depuis son lancement, les quatre objectifs qu’il se fixait n’ont pas été atteints.
La crise écologique s’aggrave dans de nombreuses régions du monde, dont le territoire national, comme l’ont encore montré les récentes inondations du mois d’octobre 2024 dans plusieurs départements. Malgré cela, le budget que proposait le gouvernement de Michel Barnier – avant d’être censuré – entendait rogner sur le budget dédié à la transition écologique en réduisant de 1,9 milliard d’euros les aides à la rénovation thermique (MaPrimeRénov) et du Fonds vert.
Si nous y avons pour l’instant échappé, cet énième recul en matière de politique écologique peut être lu comme un échec des actions menées par des groupes écologistes depuis plusieurs années.
En particulier Extinction Rébellion (XR) qui, cinq ans après son lancement en France, n’est pas parvenu à faire reconnaître ou appliquer ses revendications ni par le gouvernement ni par les médias et les entreprises.
Mon travail de recherche mené aux côtés des militants et militantes entre 2019 et 2022 entend apporter des réponses à leurs espoirs déçus.
Chaque samedi, The Conversation en mode week-end (articles, vidéos, quiz…) pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.
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XR porte quatre grandes revendications en France, importées depuis l’Angleterre où le groupe écologiste a vu le jour en 2018 :
- une communication honnête sur l’écologie et le changement climatique,
- la neutralité carbone en 2025,
- l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres,
- et la création d’une assemblée citoyenne chargée de décider des mesures pour atteindre ces objectifs et garante d’une transition juste et équitable.
Toutes semblent désormais vouées à l’échec.
Une écologie visible mais criminalisée{{}}
XR entendait faire reconnaître institutionnellement la gravité et l’urgence des crises écologiques actuelles. Pour ce faire, le groupe écologiste a recruté dans ses rangs nombre de professions culturelles et intellectuelles :
Un militant surnommé Reauthoto, avec lequel j’ai échangé dans le cadre de mon travail de recherche, le constate lui-même :
« On vient un peu tous du même milieu social, clairement. On a tous fait BAC+3 ou BAC+5. On est des architectes, ingénieurs, ou on a fait des écoles d’art, de biologie, de médecine. Voilà, on a fait quand même de hautes études. Il y a très peu de BEP. »
Pourtant, leur stratégie militante de sensibilisation scientifique et de communication médiatique n’a pas porté ses fruits, du moins pas au niveau espéré.
En cause, notamment, la croyance selon laquelle les arguments de la science suffiraient à faire entendre raison aux décideurs politiques et économiques.
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À défaut de déclarer « l’état d’urgence climatique » attendu, le gouvernement et les médias dominants ont, au contraire, surtout criminalisé les actions de XR. L’ex-ministre de l’intérieur Gérald Darmanin qualifiait par exemple, en 2022, les manifestations contre la construction de mégabassines à Sainte-Soline comme « écoterroristes ».
Plus récemment, celui-ci confirmait, dans l’émission Télématin du lundi 29 juillet 2024, pendant les premières épreuves des Jeux olympiques de Paris, l’interpellation d’une « cinquantaine […] de personnes qui, avec d’autres, environ 150, voulaient faire des actions de sabotage ou de contestation radicale. » Parmi celles-ci, selon le Parisien, 44 militants et militantes de XR.
Autant dire que l’État communique bien sur le contexte écologique, mais pas au sens où l’entendait XR.
pancartes
Pancartes du groupe écologiste Extinction Rebellion (XR), accrochées à la sortie du métro, lors de sa première action d’occupation de grande envergure, à la Place du Châtelet, entre les 7 et 12 octobre 2019. Ces pancartes informent sur les quatre revendications d’XR. Florent Vaurs, Fourni par l’auteur
2025 : adieu neutralité carbone ?{{}}
En ce qui concerne la deuxième revendication (la neutralité carbone en 2025), les émissions de gaz à effet de serre (GES) auraient bel et bien baissé depuis la création de XR. Selon le gouvernement, cette réduction en France est estimée à 5,3 % au premier trimestre 2024 par rapport à la même période en 2023.
Une bonne nouvelle en demi-teinte : plus de la moitié des émissions de GES du pays restent délocalisées ou externalisées, c’est-à-dire émises à l’extérieur de la France, dans des pays où la législation sur l’environnement est moins contraignante.
Dans la version grand public du rapport annuel du Haut conseil pour le climat (HCC) publié en septembre 2023, on peut d’ailleurs lire :
« L’empreinte carbone de la France, qui inclut les émissions générées dans d’autres pays pour produire les biens qui sont importés et consommés en France, est 1,5 fois plus élevée que les émissions produites sur le territoire français. »
Cette empreinte concerne avant tout les secteurs des transports, de l’agriculture (l’élevage) ou de l’industrie de la construction et du bâtiment.
C’est précisément ce que ces militants et militantes ont pu dénoncer à maintes reprises à travers leurs actions. L’une de leurs campagnes, intitulée « Fin de chantiers », a visé, à partir de 2020, l’entreprise française de matériaux de construction Lafarge-Holcim.
Or, dans sa ‘stratégie nationale bas carbone’ (SNBC), introduite en 2015 par la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV), le gouvernement a repoussé les objectifs de neutralité carbone à l’horizon 2050.
Alors que nous arrivons à début 2025, cette seconde revendication semble rester lettre morte.
Toujours plus de projets écocidaires{{}}
La troisième revendication exigeait l’arrêt immédiat de la destruction des écosystèmes océaniques et terrestres. Une carte interactive des luttes contre les grands projets inutiles et imposés (GPII), initiée en 2020 par le média Reporterre, recense les nouvelles luttes locales et indique que là non plus, XR n’est pas parvenue à ses fins.
Ses militants et militantes participent d’ailleurs à certaines d’entre elles. Divers groupes locaux prennent part à une inter-coordination nommée « L’eau rage gronde » qui réunit plusieurs collectifs autour de la défense de l’eau. On l’a retrouvée dans les manifestations contre les mégabassines.
De même, le groupe local XR Toulouse s’est récemment mobilisé contre les travaux de construction de l’autoroute A69 entre Toulouse et Castres, en vain pour l’instant.
Ces activités contestataires se montrent insuffisantes pour mettre un terme à la destruction globale tant décriée. Aucune de leurs principales campagnes n’est parvenue à déclencher des changements institutionnels, politiques ou économiques profonds allant en ce sens durant les cinq dernières années.
Malgré cela, XR poursuit – en vain ? – cette troisième revendication.
L’échec de la seule tentative d’assemblée citoyenne{{}}
Enfin, la dernière revendication, visant à faire advenir une assemblée citoyenne, s’avère tout aussi révolue depuis l’expérience malheureuse de la Convention citoyenne pour le climat (CCC).
C’est ce qu’exprime avec regret une militante surnommée Ikunat :
« Là, pour moi ce qu’il s’est passé avec la Convention citoyenne pour le climat, c’était un exemple assez fracassant de pourquoi ça ne marche pas […] On voit qu’on est face à un gouvernement, et dedans, à un pouvoir législatif, qui a écarté d’office les mesures les plus fortes. On sait qu’elles étaient indispensables pour essayer de franchir un pas, en tout cas en termes de mentalité et de régulation des entreprises en la matière. »
militants d’XR avec un drapeau
Des militants du mouvement écologiste Extinction Rebellion (2019). Fabrice Coffrini/AFP
Pour rappel, la CCC a consisté en une assemblée de 150 citoyens et citoyennes volontaires tirés au sort parmi la population française. Elle a été constituée en octobre 2019 par le Conseil économique, social et environnemental (CESE) sur demande du premier ministre de l’époque Édouard Philippe. Ce dispositif a débouché sur la formulation de 149 propositions dans un rapport final publié en juin 2021.
Malgré l’engagement du président de la République de toutes les retenir à l’exception de trois d’entre elles, les principales mesures phares ont fini par être écartées. Le gouvernement n’a finalement repris « sans filtre » que 10 de ces propositions dans sa « loi climat et résilience ».
Écologie radicale{{}}
Désormais, les militants et militantes de XR encore en activité tentent de faire subsister ce qu’il convient bien d’appeler désormais une coquille vide.
Celle-ci leur fournit néanmoins un lien affectif intense en leur servant de « communauté émotionnelle » – selon l’expression du sociologue Max Weber – autour d’un imaginaire commun catastrophiste.
Depuis, le groupe écologiste des Soulèvements de la Terre, créé en janvier 2021 par des militants et des militantes tirant des leçons organisationnelles et stratégiques de leurs expériences d’insuccès (notamment avec XR), ne cesse d’attirer les « rebelles déçus » lors de ses actes de mobilisation.
De cette synthèse flambant neuve advient un passage à une écologie radicale qui renoue avec la signification originelle de cette contestation, telle qu’elle fut initiée dans les années 1960-70.
écologie changement climatique militantisme activisme mobilisation désobéissance civile Extinction Rebellion (XR)
Auteur :
https://storage.theconversation.com/485peqv5x9j1nqyzhziu8qw9jmezFlorian VaursDoctorant en sciences sociales, Université Paris 8 – Vincennes Saint-Denis
Déclaration d’intérêts - Florian Vaurs ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
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DOI : https://doi.org/10.64628/AAK.fx6nw3fjn
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Caroline Nourry Directrice générale The Conversation France
Palestine - Gaza : Six interpellations pour un drapeau palestinien placé sur la Tour Eiffel - Cette action a été revendiquée par ‘Extinction Rebellion’ – Publié par 20 Minutes avec AFP le 16/05/2026 à 15h26
Six personnes ont été interpellées et placées en garde à vue vendredi après avoir déployé un drapeau palestinien au premier étage de la tour Eiffel. Ces personnes ont été interpellées pour « intrusion non autorisée dans un site classé et mise en danger de la vie d’autrui », a-t-on ajouté de même source.
Peu avant 17h00, la police a été appelée pour des personnes exhibant un drapeau palestinien de 4 mètres sur 3 sur l’édifice emblématique de la capitale, après être montés sur le toit du restaurant « Madame » du 1er étage de la tour.
Rima Hassan au soutien{{}}
Cette action, revendiquée par Extinction Rebellion, visait à commémorer l’anniversaire de la Nakba, période durant laquelle plusieurs centaines de milliers de palestiniens ont été chassés lors de la création de l’Etat d’Israël en 1948. Les militants d’Extinction Rebellion ont été placés en garde à vue au commissariat du VIIe arrondissement de Paris.
La députée européenne LFI Rima Hassan leur a apporté son soutien sur X. « Hidalgo n’a pas eu de garde à vue pour avoir éclairé la tour Eiffel aux couleurs du drapeau israélien », a-t-elle écrit. Extinction Rebellion a lancé, sur X, un appel au soutien des militants.
Le mouvement social écologiste international ‘Extinction Rebellion’ selon Wikipédia{{}}
‘Extinction Rebellion’ (prononcé en anglais /ɪkˈstɪŋkʃ(ə)n ɹɪˈbɛliən/[note 1] ; condensé de l’anglais Rebellion against extinction, « Rébellion contre l’extinction »), souvent abrégé en XR, est un mouvement social écologiste international qui revendique l’usage de la désobéissance civile non violente afin d’inciter les gouvernements à agir dans le but d’éviter les points de basculement dans le système climatique, la perte de la biodiversité et le risque d’effondrement social et écologique.
Fondé au Royaume-Uni en mai 2018, XR est officiellement lancé en octobre de la même année avec le soutien d’une centaine d’universitaires. En avril 2019, la première « semaine internationale de la rébellion » mobilise des manifestants dans plusieurs pays, conférant au mouvement une dimension internationale. Des branches apparaissent notamment aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Suisse, en France, en Belgique, en Allemagne, en Afrique du Sud et au Brésil.
Le mouvement est régulièrement qualifié de « radical », tant par la presse que par ses militants, bien qu’une partie de la gauche le considère comme trop timoré [1]… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Extinction_Rebellion
Penser les luttes - Jérôme Baschet : « La première violence est celle d’un système qui expose les êtres vivants au chaos climatique » - 15 juin 2023 par Barnabé Binctin – Publication ‘basta.media’
Alors que les Soulèvements de la Terre multiplient les actions, et les soutiens, et qu’une menace de dissolution plane sur le mouvement, on prend le temps d’une réflexion de fond avec l’historien Jérôme Baschet sur le devoir d’insubordination.
https://basta.media/local/adapt-img/960/10x/IMG/logo/saine_soline.jpg?1686817559
« L’urgence vitale face au désastre ranime une impérieuse nécessité : celle de se battre pour d’autres mondes. » C’est ainsi que la quarantaine d’auteurs du livre collectif On ne dissout pas un soulèvement (Seuil, 2023) résume en introduction la démarche des Soulèvements de la Terre. Alors qu’une nouvelle mobilisation se profile ce week-end (17 et 18 juin), dans la vallée de la Maurienne, en opposition au projet ferroviaire du Lyon-Turin, le mouvement reste plus que jamais dans le collimateur de la répression gouvernementale. Sans que cela entame la détermination de la centaine de milliers de soutiens qui ont signé la déclaration commune en réponse à la menace de dissolution brandie par Gérald Darmanin, au printemps. Nous avons voulu discuter de tout cela avec Jérôme Baschet, l’une des voix de ce livre collectif.
Photo de Jérômes Baschet
Jérôme Baschet - Historien, coprésident de l’Association pour la défense des terres (qui soutient financièrement le mouvement des Soulèvements de la Terre). Il a publié en 2021 à La Découverte le livre Basculements et fait partie des auteurs du livre collectif On ne dissout pas un Soulèvement (Seuil, juin 2023).
basta ! : Comment réagissez-vous à la vague d’interpellations qui a frappé plusieurs militants écologistes, le 5 juin, soupçonnés d’avoir participé à une action contre le cimentier Lafarge ? Avons-nous franchi un cap supplémentaire dans la criminalisation des mouvements écologistes ?
Jérôme Baschet : Disons que les faits s’accumulent. La manifestation du 25 mars à Sainte-Soline a fait face à une violence policière extrême : 5000 grenades tirées en deux heures, avec des personnes mutilées et des blessés graves, tout cela pour défendre un simple « trou », où il n’y avait rien qui puisse être dégradé, pas même des bâches en plastique. Ensuite, il y a eu la menace de dissolution des Soulèvements de la Terre, brandie par Gérald Darmanin. On assiste aussi à un usage totalement inapproprié, et irresponsable, du terme d’« écoterrorisme », dont le pouvoir abuse comme d’une étiquette infamante pour tenter de discréditer le mouvement.
Cela relève clairement d’une propension à criminaliser la contestation sociale, comme on le voit aussi avec la vague d’arrestations coordonnées, au niveau national, ce lundi 5 juin, ou encore contre des militants antifascistes italiens venus participer à un hommage à Clément Méric. Donc, oui, l’actuel gouvernement semble prêt à franchir de nouveaux seuils.
Faut-il s’attendre à un durcissement de l’affrontement entre les luttes écologistes et le pouvoir ?{{}}
« Les difficultés de l’actuel système économique s’accentueront, de même que le besoin vital d’un changement profond »
Cela me semble clair, et ce pour une raison simple : les effets du dérèglement climatique sont déjà dramatiques, et nous n’en sommes pourtant qu’au début. En 2040, dans tous les scénarios du Giec, la température globale moyenne aura augmenté de 1,5° ou 1,6° par rapport à l’ère préindustrielle, contre 1,2° de hausse aujourd’hui. Cela signifie plus de 2° d’augmentation dans un pays comme la France, sans parler des +4° à l’horizon 2100 sur lesquels même le gouvernement table désormais. Cela peut paraître abstrait, mais nous connaissons désormais toutes les dimensions éminemment concrètes qu’impliquent de tels chiffres : dans 15 ans, les tempêtes et les inondations, comme les sécheresses et les mégafeux, déjà insupportables, auront été démultipliés par rapport à ce que l’on connaît déjà, avec des conséquences de tous ordres et notamment des conflits de plus en plus virulents sur l’usage de l’eau.
Pour de multiples raisons, les difficultés de l’actuel système économique s’accentueront, de même que les critiques à son encontre et le besoin vital d’un changement profond. Cela ne concerne pas seulement la crise climatique et écologique. Si l’on veut prendre la mesure de l’inquiétude des cercles dirigeants mondiaux, il suffit de lire les nombreux rapports préparés par diverses institutions systémiques, comme « L’âge du désordre » (Deutsche Bank) en septembre 2020 ou le rapport sur les risques globaux de Davos 2023.
couverture du libre Basculements.
Basculements, Mondes émergents, possibles désirables, Jérôme Baschet, La Découverte, 2021.
Ils anticipent des difficultés à maintenir la croissance mondiale, à garantir une rentabilité du capital aussi favorable que durant l’âge d’or de la mondialisation néolibérale, à faire face à une perte de légitimité des régimes représentatifs et à contrôler une colère sociale de plus en plus ample et imprévisible. Face à un système dont les facteurs de crise s’accumulent, on peut comprendre que les cercles dirigeants mondiaux misent sur le renforcement massif des techniques de contrôle et se préparent méthodiquement à un recours de plus en plus brutal à la répression pour assurer la défense de leurs intérêts.
Dans le cas des Soulèvements de la Terre, cela ne traduit-il pas également une certaine inquiétude vis-à-vis de la portée du mouvement ? Une note du service central du renseignement territorial le présentait comme « un acteur majeur de la contestation écologique radicale »…
Cette note fait un éloge paradoxal des Soulèvements de la Terre, en lui reconnaissant également une grande « inventivité », un « fort rayonnement » et une remarquable capacité d’organisation. Malgré ce bel effort de lucidité, la vision policière du monde n’en bute pas moins sur d’évidentes limites. Elle projette notamment sur le mouvement une structuration hiérarchique, ne pouvant s’empêcher de fantasmer quelques chefs et une cellule centrale qui embrigaderaient une frange de la jeunesse au service de ses intentions occultes et malveillantes. Selon le rédacteur de la note, les enjeux écologiques ne sauraient être qu’un prétexte à des agissements dont la violence et la destruction seraient la véritable raison d’être. Cela conduit à ne rien comprendre à la logique du mouvement, puisque c’est au contraire de là qu’il faut partir, de cette révolte face à la dévastation du monde.
Objectif : 1 000 soutiens avant le 30 juin{{}}
Donnez-nous les moyens d’enquêter sur l’agro-industrie.
Et de mettre en avant celles et ceux qui lui résistent.
Ce qui est sûr, c’est qu’en deux ans et demi d’existence, les Soulèvements de la Terre ont réussi à créer une dynamique remarquable, dont la lutte contre les mégabassines a été l’un des principaux points de cristallisation. Je vois au moins trois caractéristiques du mouvement qui peuvent concourir à sa réussite : d’abord, il s’inscrit dans la continuité des luttes territoriales contre les grands projets destructeurs, par exemple avec les mobilisations contre l’autoroute Toulouse-Castres, contre le contournement de Rouen, ou contre la ligne à grande vitesse Lyon-Turin. Mais les Soulèvements de la Terre ajoutent un maillage de toutes ces luttes à l’échelle nationale, ce qui permet d’en renforcer l’écho et d’apporter à chacune un soutien plus large.
Le souci d’un ancrage territorial des luttes est déjà fort de plusieurs décennies d’expérience, mais les Soulèvements témoignent d’une nouvelle étape qui entend surmonter un trop grand morcellement des forces. Le mouvement assume un besoin d’organisation et de coordination à une échelle plus ample, sans rien perdre de la singularité des expériences locales. Il transforme aussi la temporalité de ces luttes, en structurant les actions en saisons successives, annoncées tous les six mois, ce qui permet de contrecarrer les tendances « immédiatistes » de l’époque pour mieux s’inscrire dans la durée, avec des effets cumulatifs remarquables.
« Après la vague des grandes marches pour le climat et des actions purement symboliques, les Soulèvements de la Terre offrent une option plus radicale »
Ensuite, les Soulèvements de la Terre déploient un travail de composition permettant de lier des milieux et des formes de lutte différentes, issus par exemple de l’activisme du mouvement climat, des luttes contre les grands projets, du syndicalisme paysan ou encore des courants autonomes. La jonction avec la Confédération paysanne est particulièrement importante, et l’une des forces des Soulèvements de la Terre est de lier les luttes territoriales à la question foncière, avec le souci d’un mouvement concret de reprise des terres pour les arracher aux grandes exploitations agro-industrielles et favoriser au contraire un véritable essor de l’agriculture paysanne.
Enfin, le troisième élément tient au fait d’assumer des modes d’action plus « offensifs ». Après la vague des grandes marches pour le climat, et alors que le recours à des actions purement symboliques montre ses limites aux yeux d’une partie de la jeunesse, les Soulèvements de la Terre offrent une option plus radicale, en proposant d’agir directement pour bloquer autant que possible l’expansion des infrastructures et activités « écocidaires ».
Ce registre plus « offensif » n’est-il pas justement ce qui prête le flanc à la recrudescence de la répression policière ?{{}}
Il faut d’abord souligner que les Soulèvements de la Terre déploient des modes d’action multiples, et non un seul. Ils multiplient les actions à la fois déterminées et festives, comme on a pu le voir, par exemple, lors de la manifestation sur le tracé de l’autoroute contestée entre Toulouse et Castres, avec une course parodique de « bolides », tous plus lents les uns que les autres. Ou encore lors de la mobilisation contre le contournement autoroutier de Rouen, dans la forêt de Bord, avec le cloutage des arbres pour en empêcher l’abattage, ainsi qu’avec la création de mares pour que s’y reproduisent des espèces protégées, ce que le philosophe Antoine Chopot a qualifié de « première action naturaliste de masse ».
Il n’en reste pas moins que le recours à des actes plus offensifs est assumé. La notion de « désarmement » a alors été mise au point, pour désigner une action visant à rendre inopérante une « arme de destruction massive » comme le béton, qui contribue pour une large part aux émissions de CO2 et à l’artificialisation des sols. Ce terme, plus que celui de « sabotage », a l’avantage de mettre en avant la justification d’un tel geste, qui n’est pas de détruire, mais d’empêcher une destruction.
« ’Désarmement’ a l’avantage de mettre en avant la justification d’un geste, qui n’est pas de détruire, mais d’empêcher une destruction »
Ce faisant, il aide aussi à défaire la catégorie « violence », dont le gouvernement et la plupart des médias contribuent à faire un tout homogène qui permet de fâcheux amalgames. La notion de désarmement permet de signifier que la première violence est celle d’un système productif qui expose des milliards d’êtres vivants à des pollutions mortifères et aux multiples conséquences du chaos climatique.
La pratique du désarmement ne peut être dissociée d’une bataille du sens, qui implique de toujours fonder la légitimité des actions menées et de la faire comprendre. Ces actes de désarmement restent largement proportionnés et sont menés à basse intensité, utilisant des outils simples comme des cutters ou des clés à molette - et non, par exemple, des explosifs qui sont plus directement associés à l’imaginaire du sabotage.
Et puis, la supposée « violence » que le gouvernement tente d’imputer aux Soulèvements de la Terre ne vise jamais les personnes, ce qui n’est pas le cas des « activistes » du complexe agro-industriel qui n’hésitent pas à s’en prendre physiquement aux défenseurs de l’environnement, à menacer tel maire de séquestration ou à déboulonner les roues des voitures des journalistes qui mettent en cause leurs pratiques.
Quel est le véritable enjeu de cette lutte, aujourd’hui ?{{}}
Il faut repartir, une fois encore, de l’urgence climatique et écologique. La climatologue Valérie Masson-Delmotte, coprésidente du Giec – et qui n’est pas réputée pour être une activiste d’ultragauche – soulignait l’extrême gravité de la situation, lors d’une soirée de soutien aux Soulèvements de la Terre, le 12 avril dernier. « Où est le vrai danger ? » demandait-elle : dans une contestation radicale qui dérange, ou bien dans l’inaction climatique – ce qu’elle a nommé « l’inadéquation des réponses institutionnelles et politiques » ?
Il est clair que l’action des États, sans être inexistante, est complètement insuffisante, ne serait-ce que pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris (2015). Dans une telle situation d’urgence vitale, dès lors que les pouvoirs institués sont incapables de se dissocier des intérêts privés à l’origine de la catastrophe, il devient légitime, et même impérieux d’invoquer un état de nécessité supérieure pour agir.
« Il y a un devoir d’inacceptation et d’insubordination. Cela suppose d’assumer la perspective d’une confrontation plus offensive dans ses modes opératoires »
Il y a un devoir d’inacceptation et d’insubordination. Cela suppose d’assumer la perspective d’une confrontation à la fois plus offensive dans ses modes opératoires, et plus générale dans sa nature même. Il va de soi que l’ennemi n’est pas tel ou tel gouvernant ni tel ou tel ultrariche, mais bien plutôt le réseau des quelques centaines d’entreprises transnationales, banques et fonds d’investissement qui dominent l’économie mondiale. Il n’est pas difficile non plus d’identifier dans le productivisme compulsif du système capitaliste, mû par un impératif d’accumulation illimitée et tenu par une obligation de croissance exponentielle, la cause fondamentale de la catastrophe écologique et climatique.
Le propre de la nouvelle période géologique dans laquelle nous avons basculé, qu’on l’appelle « Anthropocène » ou « Capitalocène », c’est la dégradation accélérée de l’habitabilité de la Terre, qui met en péril de nombreuses espèces vivantes, y compris l’espèce humaine. Une nouvelle ligne de front émerge alors : elle oppose, d’un côté, le monde de l’Économie qui, pour se perpétuer, détruit cette habitabilité, et de l’autre, les forces qui luttent pour que la préservation de celle-ci prime sur les impératifs économiques. Cela ne fait pas disparaître les rapports de classe noués à l’intérieur du régime de production, mais cela met en avant un autre antagonisme majeur, touchant au rapport même à la production.
Vous recensez plusieurs territoires en lutte, catégorisés sous la notion d’ « espaces libérés ». La lutte contre les mégabassines en fait-elle partie ?{{}}
Ces « espaces libérés » désignent la multitude de lieux collectifs et de territoires où s’expérimentent d’autres formes de vie, qui tentent de s’extraire des logiques marchandes et étatiques. Ils ne prétendent pas en être entièrement libérés ; mais du moins luttent-ils pour s’arracher à leurs contraintes mortifères et pour esquisser dès maintenant d’autres mondes plus joyeux et plus désirables. Il faut les concevoir moins comme des îlots préservés au milieu de la tempête que comme des espaces de combat. Leur échelle peut être modeste, par exemple s’agissant de lieux associatifs pratiquant l’entraide et ébauchant des pratiques du commun, comme dans le cas des cantines de quartier.
Le choix courageux des diplômés bifurqueurs ou déserteurs, agronomes, informaticiens ou autres, peut également être considéré comme une amorce d’espace libéré. Tout ce qui permet de nous « décapitaliser », c’est-à-dire de défaire en nous l’emprise des manières de vivre et des subjectivités façonnées par le monde de l’économie, est bon à prendre. Ces espaces libérés peuvent aussi prendre des dimensions plus conséquentes, comme à la Zad de Notre-Dame-des-Landes, au quartier libre des Lentillères, à Dijon, avec des expériences coopératives comme celle de Longo Maï ou, plus nettement encore, avec l’autonomie zapatiste.
Couverture du livre On ne dissout pas un soulèvement.
On ne dissout pas un soulèvement. 40 voix pour les Soulèvements de la Terre, Collectif, Seuil, 2023.
Pour autant, dans le cas de la lutte contre les mégabassines, je ne suis pas sûr qu’il s’agisse de créer de nouveaux espaces libérés – même si toute mobilisation collective crée aussi de nouvelles relations entre les personnes, comme ce fut le cas sur les ronds-points des Gilets jaunes. Il n’a jamais été question de créer une Zad à Sainte-Soline, contrairement aux affirmations de Gérald Darmanin, qui n’a brandi cette supposée « menace » que pour fanfaronner qu’il en avait empêché la réalisation. Je dirais plutôt que la lutte contre les mégabassines, comme les autres mobilisations des Soulèvements de la Terre, relève d’une stratégie de blocage, puisqu’il s’agit d’entraver matériellement l’expansion des infrastructures et la croissance continue de la production.
La proposition stratégique que j’ai développée dans Basculements suppose la combinaison de ces deux registres d’actions, avec d’une part une dynamique continue d’affirmation des espaces libérés, et d’autre part, l’intensification de la conflictualité tendant à un blocage généralisé de l’économie.
Les formes de blocage gagneraient d’ailleurs à être envisagées dans toutes leurs modalités possibles : blocage de la production par la grève, interruption des flux de circulation, entrave aux grands projets d’infrastructure et désarmement des installations productives, mais aussi blocage de la reproduction – avec la grève scolaire ou avec les ingénieurs bifurqueurs qui ne veulent plus collaborer à la « reproduction » du monde de la destruction. Mais il ne s’agit certainement pas d’opposer les deux registres d’action. Au contraire, plus on dispose d’espaces libérés, plus peut croître la capacité de blocage ; et plus les blocages s’étendent, plus ils favorisent l’émergence des espaces libérés.
Diriez-vous que les Soulèvements de la Terre participent, d’une certaine façon, à reconfigurer la grande ambition révolutionnaire ?{{}}
Le recours au terme « révolution » est en partie piégé et reste toujours sujet à débat. En tout état de cause, il s’agit de donner corps à la possibilité d’un monde post-capitaliste, débarrassé des dominations patriarcales et coloniales. Mais cette perspective d’émancipation ne peut plus être pensée sous sa forme classique, élaborée sur la base des anciennes conceptions de la modernité : la croyance dans le progrès et l’inéluctable essor des forces productives ; l’idée d’une voie historique unique dont le monde occidental serait le modèle et l’avant-garde ; ou encore l’ontologie naturaliste qui dissocie les humains de la nature et les érige en maîtres et possesseurs de ses ressources.
Repenser aujourd’hui une perspective d’émancipation crédible – à la fois non productiviste, non naturaliste, non eurocentrique et probablement non étatique – implique à la fois une profonde critique des expériences historiques, une révolution anthropologique et l’émergence de régimes d’historicité inédits. Cela implique également d’accepter qu’il n’y a pas une seule voie pour sortir du capitaliste, mais qu’il s’agit de construire « un monde où il y ait place pour de nombreux mondes », comme disent les zapatistes.
Sur le même sujet : « Une petite partie de l’humanité, par sa gloutonnerie, remet en cause la possibilité d’habiter sur Terre »
Les Soulèvements de la Terre me semblent s’inscrire dans cette perspective, comme de nombreux autres mouvements à travers le monde. Le nom même du mouvement met en avant un acteur non humain et, de ce fait, 100 000 personnes ont ainsi clamé ensemble : « Nous sommes la Terre qui se soulève » ! La lutte ne peut plus se concevoir comme seulement humaine. Dans un contexte inédit de dévastation des conditions de vie sur cette planète, c’est la communauté terrestre qui est appelée à se soulever pour empêcher sa destruction, sous les eaux glacées du calcul égoïste ou, plutôt désormais, sous l’effet du souffle brûlant de la quantification marchande.
Recueilli par Barnabé Binctin
Entretien - Opposants à la ligne Lyon-Turin : pour le sociologue Jean Viard, ’ils sont contre, au fond, parce qu’ils sont contre tous les grands projets’ - Article rédigé par Jules de Kiss Radio France - Publié le 17/06/2023 11:33 – De ‘francetvinfo.fr’
écouter (259min)
Question de société Jean Viard Le samedi et le dimanche à 10h51, 12h51 et 15h04
Une manifestation d’opposants au projet de tunnel ferroviaire Lyon-Turin est prévue samedi 17 juin. Elle a été interdite par la préfecture de Savoie.
Un ouvrier sur le chantier du TGV Lyon-Turin, le 18 janvier 2023. (MARCO BERTORELLO / AFP)
Un ouvrier sur le chantier du TGV Lyon-Turin, le 18 janvier 2023. (MARCO BERTORELLO / AFP)
Nous partons dans les Alpes aujourd’hui, où un serpent de mer doit un jour serpenter à travers la montagne en train à grande vitesse, entre Lyon et Turin. C’est un projet qui est né dans les années 80, prévu pour le début des années 2030. Aujourd’hui encore, aucun tracé officiel n’a été défini. Une manifestation d’opposants est prévue aujourd’hui. Elle est interdite par la préfecture. Il y a eu un rassemblement de soutien, un peu plus tôt dans la semaine. Décryptage avec le sociologue Jean Viard.
franceinfo : Voilà encore un grand projet d’infrastructure qui crée des frictions ?
Jean Viard : Oui, c’est un projet qui doit faire passer 250 trains par jour, et c’est un projet à peu près de 160 kilomètres. Donc il n’y a pas qu’un tunnel, il y a tout l’accès, et il y a deux tunnels. En fait, il y a un tunnel en France, qui fait un peu plus de 40 kilomètres, et un tunnel en Italie qui fait un peu plus de 10 kilomètres. Donc c’est un projet énorme. Il faut le comparer un peu au tunnel sous la Manche, c’est un peu le même effet, c’est un peu le même enjeu qui est le lien entre le nord de l’Italie, qui est une région extrêmement industrielle et effectivement la France, et notamment le monde lyonnais.
Et il faut dire aussi qu’actuellement, il y a deux vallées qui sont couvertes de camions toute la journée, c’est la Maurienne et la vallée de l’Arve. Donc il y a tout ça sur l’affaire. Chaque fois qu’on fait un TGV, il y a les gens qui habitent là, qui trouvent consternant qu’on passe chez eux et on les comprend. On peut comprendre la protestation des riverains, et ça va effectivement abîmer des paysages, etc.
Et il y a un autre mouvement, qui d’ailleurs au départ vient de Notre-Dame-des-Landes, puisque les leaders du mouvement, ce sont d’anciens de Notre-Dame-des-Landes. Ils étaient contre un aéroport par rapport à la pollution des avions, il y avait une cohérence. Là, on est passé à des trains. Le but, c’est quand même de supprimer des milliers de camions. Alors effectivement, ils sont contre, au fond, parce qu’ils sont contre tous les grands projets.
Il y a des approches différentes de cette guerre climatique. Il y a des gens qui veulent faire une écologie de décroissance, où il n’y aurait plus de grands projets, où on serait essentiellement sur le local, et puis des gens qui disent : la guerre climatique, c’est une écologie de progrès, et donc il faut remplacer les camions par des trains, donc faire des voies, etc.
Un peu plus tôt cette semaine, vendredi sur franceinfo, l’élue écologiste Sandrine Rousseau disait que l’existant est peut-être suffisant pour ce qui est du fret ferroviaire.
Il y a ceux qui s’opposent aujourd’hui et qui manifestent, disant que ce chantier implique le forage de dizaines de kilomètres de galeries, que ça va détruire la montagne pour des intérêts économiques. Ils soulignent notamment la question de la gestion de l’eau et l’impact sur cette ressource. Alors que les défenseurs du projet disent que le Lyon-Turin, il n’y a rien de plus écologique, c’est la réduction du trafic routier.
On est vraiment dans deux visions irréconciliables ?{{}}
Irréconciliables, peut-être pas, mais c’est clair que c’est un projet des années 80, quand on voulait faire des grands projets partout. Ça, c’est vrai. Moi, je pense que dans ces projets, il y en a qui vont se faire, d’autres, non. C’est le propre de la régulation par le politique. A un moment, il y a des forces. Est-ce que ces forces sont puissantes ? Est-ce qu’elles sont démocratiques et savent de quoi elles parlent ? Moi, je crois que ça reconstruit du politique, mais il faut insister sur le fait qu’au fond, il y a une montée d’une forme de violence qui pose quand même un vrai problème.
4.000 personnes attendues pour protester, dont 400 à 500 éléments radicaux, selon le ministère de l’Intérieur, avec cet appel à manifester des ’Soulèvements de la Terre’ notamment, qui assument, comme mode d’action, la désobéissance civile. Certaines actions chocs, celles près de Nantes dimanche dernier, avec des serres de maraîchers nantais dégradés. Le gouvernement qui veut dissoudre les ’Soulèvements de la terre’ extrêmement rapidement, dossiers en cours de constitution. {{}}
Comment est-ce qu’on reçoit aujourd’hui en France ce genre de décision, à l’heure où la lutte contre le changement climatique doit être l’affaire de tous ?{{}}
La lutte contre le changement climatique ne leur appartient pas. Tout le monde doit se lancer dans la bataille, et c’est en fait ce qui se passe. Après sur chaque sujet, il y a différentes façons de faire. Toute activité humaine a des défauts, donc je suis d’accord pour qu’on en discute. Mais rappelez-vous quand José Bové avait démonté le McDo de Millau, il avait démonté le McDo de Millau, il ne l’avait pas cassé, et le sens politique était le même quelque part. Il disait non au McDo de son territoire, et c’était un débat politique légitime. Et la méthode était respectueuse du travail des gens qui avaient travaillé là.
Qu’effectivement ils occupent des endroits, qu’il y ait des pratiques qui ne soient pas absolument légales, bien sûr que les combats peuvent parfois être en bordure de la légalité pour se faire entendre. Mais de là à aller agresser le travail du monde agricole, qui est un monde en grande difficulté, en grande souffrance, et qui est quand même le monde qui nous nourrit, et c’est le monde qui gère nos territoires, et qui va mener la bataille carbone. Mais ce que je veux dire, c’est qu’on ne peut pas dresser la société contre ses agriculteurs. C’est contre-productif.
Rappel - Libertés publiques - Parti pris Soulèvements de la Terre : la dissolution est un contresens historique - Jade Lindgaard - 20 juin 2023 à 17h04 – ‘mediapart.fr’
Le gouvernement doit examiner mercredi la dissolution de ce mouvement écologiste. Il n’est pourtant pas la cause mais la conséquence d’une colère qui atteint son paroxysme. Cette mesure est une erreur démocratique et une absurdité politique.
« Sabotage« Sabotage » : le mot revient onze fois dans les quatre pages de la lettre de griefs écrite par le ministère de l’intérieur fin mars pour argumenter en faveur de la dissolution des Soulèvements de la Terre. C’est le principal motif mis en avant pour interdire aux membres de ce mouvement de se réunir ou de mener la moindre activité collective, sous peine de poursuites pour « reconstitution de ligue dissoute », un délit passible de trois ans de prison.
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Rappel - Dissolution des Soulèvements de la Terre : pour Noël Mamère, « une déclaration de guerre contre tous les écologistes » - Par Rachid Laïreche publié le 20 juin 2023 à 19h08 - Article réservé aux abonnés
L’ancien candidat des Verts à la présidentielle soutient le collectif écolo, qui sera dissous mercredi en Conseil des ministres, et le recours à la désobéissance civile.
https://www.liberation.fr/resizer/JiKARlhg-BgvWIypnAivVYwuMRQ=/768x0/filters:format(jpg):quality(70):focal(1755x1695:1765x1705)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/QCW6Y5CZNZACPKWMORKJAKNF3Q.jpg
Une manifestation contre la dissolution des Soulèvements de la Terre, à Angoulême le 19 avril. (YOHAN BONNET/AFP)
La nouvelle est tombée mardi : la dissolution du mouvement écologiste des Soulèvements de la Terre, accusé de violences contre des biens privés et les forces de l’ordre, sera examinée ce mercredi en Conseil des ministres. Ancien candidat des Verts à la présidentielle de 2002, Noël Mamère ne mâche pas ses mots pour dénoncer cette décision et soutenir la nouvelle génération d’activistes qui « lutte face à l’urgence ».
Comment réagissez-vous à la dissolution annoncée des Soulèvements de la Terre ?{{}}
Nous assistons une fois de plus à une gesticulation politique d’un gouvernement fébrile. C’est un aveu de faiblesse. Emmanuel Macron ne supporte pas les contre-pouvoirs. Cette nouvelle gesticulation, cette envie de dissoudre les Soulèvements de la Terre, est une déclaration de guerre contre tous les écologistes. C’est aussi une marque de soumission aux lobbys de l’agro-industrie, ce sont eux qui imposent les lois. Gérald Darmanin, qui finira dans les poubelles de l’histoire, parle d’« écoterrorisme » en désignant les amis des Soulèvements mais on pourrait parler d’« agroterrorisme ». Il suffit de voir où est la violence : est-elle de notre côté ou
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Réchauffement climatique EELV Sainte-Soline Noël Mamère
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Dissolution des Soulèvements de la Terre : pour Noël Mamère, « une déclaration de guerre contre tous les écologistes »Politique 20 juin 2023 abonnés © Libé 2023
Rappel - Violences – Terrorisme - Qu’est-ce que le « djihadisme d’atmosphère », terme omniprésent depuis les attaques à Arras et en Israël ? – France 26/10/2023 06:20 - Par Pierre Tremblay – Document ‘huffingtonpost.fr’
Le concept, théorisé par le politologue Gilles Kepel, est repris notamment par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin.
TERORRISME - L’expression est dans l’air du temps. Depuis l’attentat d’Arras et le début de la guerre entre le Hamas et Israël, un terme revient en boucle sur les plateaux de télévision et dans les déclarations politiques : « le djihadisme d’atmosphère ».
Le 19 octobre, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin dénonçait la « naïveté » au sein des institutions européennes face à un « djihadisme d’atmosphère » qui « permet la radicalisation » et le « passage à l’acte ». « Nous devons lutter sans naïveté contre cet écosystème, contre ce djihadisme d’atmosphère », affirmait-il, à son arrivée à une réunion avec ses homologues européens à Luxembourg.
Dans la vidéo que vous pourrez lire en tête d’article, Le HuffPost vous explique les origines de ce concept développé et popularisé par le politologue et spécialiste de l’islam Gilles Kepel, après l’assassinat de Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine en octobre 2020. On le retrouve notamment dans son livre Le prophète et la pandémie : Du Moyen-Orient au jihadisme d’atmosphère (Gallimard). Au-delà de la nouvelle forme de terrorisme que l’intellectuel cherche à saisir, nous revenons aussi sur l’influence du terme, devenu aussi un slogan politique.
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Source : https://www.huffingtonpost.fr/france/video/qu-est-ce-que-le-djihadisme-d-atmosphere-terme-omnipresent-depuis-les-attaques-a-arras-et-en-israel_224882.html?xtor=EPR-5689964-[daily]-20231026
Actualités - « Pourquoi l’attitude psychanalytique me sert de boussole dans ce monde chaotique » - Publié : 03 mai 2026, 16:15 CEST – Document ‘theconversation.com’
« La curiosité est l’opposé du fanatisme ; elle nous conduit à nous interroger : “Existe-t-il d’autres vérités ?” », écrit le psychanalyste Mannie Sher. Triff/Shutterstock
Face à un monde instable et violent, il est tentant de se raccrocher à des certitudes et à des logiques d’opposition binaires et partisanes. L’essayiste Nicola Redhouse s’inspire du psychanalyste Wilfred Bion (1897-1979), selon qui être en prise avec la réalité implique de supporter l’incertitude. En un sens positif, cette incertitude permet de déployer une ouverture d’esprit et une curiosité salutaire.{{}}
Lorsque j’enseignais l’écriture de nouvelles, je citais souvent Meg Wolitzer : « Vous vous retrouverez dans un endroit que vous ne connaissiez pas. Un endroit où vous ne pensiez pas aller. »
Le principe, disais-je à mes étudiants, c’est de rendre le lecteur curieux. C’était il y a dix ans. Depuis, la curiosité semble passée de mode.
L’IA encourage des réponses rapides, souvent fragiles, plutôt que des enquêtes patientes et nuancées (alors qu’en ce moment, une culture du mensonge à la Maison Blanche – comme lorsque Donald Trump a affirmé qu’un changement de régime avait eu lieu en Iran – exigerait un travail de vérification rigoureux). L’IA favorise aussi des formes de divertissement brèves et superficielles, dans un monde où 36 % des 18–24 ans s’informent via TikTok.
Aujourd’hui, le monde paraît particulièrement instable. De nouveaux conflits en Iran et au Liban s’ajoutent à ceux d’Ukraine et de Gaza – où un cessez-le-feu tient, pour l’instant. Trump se dispute avec le pape. Le seul point lumineux : la défaite de l’autocrate Viktor Orban en Hongrie. Tout cela sur fond d’accélération de la catastrophe climatique.
Dans ces conditions, il n’est pas étonnant que nous cherchions de la certitude. Mais c’est peut-être son contraire – la curiosité – dont nous avons besoin. Elle pourrait rouvrir un peu les possibles, nous permettre de nous intéresser à ce que ressent l’autre, à la manière dont il souffre, ou même à ce qui pourrait nous faire rire ensemble.
Ma vision du monde a été profondément marquée par le psychanalyste du XXe siècle Wilfred Bion et par ce que l’on appelle « l’attitude psychanalytique » : une curiosité ouverte, disponible, dépourvue de précipitation. Les idées de Bion offrent, me semble-t-il, une manière de rencontrer le monde – et peut-être d’en atténuer les formes actuelles de fondamentalisme.
L’attitude psychanalytique{{}}
Avec le temps, je me suis moins intéressée aux réponses qu’à comprendre ce qui nous amène à nous questionner – à tâtonner à l’aveugle. À essayer d’imaginer ce que cela ferait d’être hors de mon propre corps, ou dans la tête de quelqu’un d’autre. « La curiosité est l’opposé du fanatisme ; elle nous conduit à nous interroger : “Existe-t-il d’autres vérités ?” », écrit le psychothérapeute Mannie Sher.
Pour Wilfred Bion, la possibilité même de penser – et d’être en prise avec la réalité – dépend de notre capacité à supporter l’incertitude. Sans cela, la pensée bascule facilement dans la peur, la colère, ou des fantasmes d’anéantissement.
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Wilfred Bion. Facebook
Bion comprenait qu’adopter une posture de savoir préalable empêchait la possibilité d’une compréhension véritable. Son travail s’appuyait sur ce que le poète John Keats considérait comme essentielle à toute grande pensée – la « capacité négative » qu’il définit comme « la faculté chez un homme de savoir exister au sein des incertitudes, des mystères, des doutes, sans vouloir d’irritante façon rejoindre à tout prix le terrain des faits et de la raison ».
La théorie de Bion prend sa source dans la relation mère-bébé. La mère ou la personne qui s’occupe de l’enfant adopte une forme d’écoute et d’attention et supporte de ne pas comprendre ce que veut le bébé. Elle peut contenir la rage ou la déception du nourrisson par le langage et par des gestes apaisants – comme gazouiller ou bercer – jusqu’à comprendre ce qu’il exprime en répondant à ses besoins.
« L’attitude psychanalytique » est devenue la pierre angulaire d’un travail fécond pour ceux qui s’inspirent de la pensée de Bion. Le psychothérapeute Robert Snell la décrit comme « une orientation émotionnelle… un engagement, fondé sur le respect, à maintenir une posture radicalement ouverte d’esprit ».
Confronter des vérités complexes{{}}
Le partisanisme, l’indignation et les divisions profondes caractérisent de plus en plus notre culture politique et idéologique.
Le conflit à Gaza est devenu un point de cristallisation. Prendre position – ou être perçu comme appartenant à un camp – comporte désormais des risques réels.
« Le conflit entre Israël et Gaza est la question la plus polarisante du XXIe siècle », déclarait un participant à un sondage de 2024.
Sur les réseaux sociaux, la vitesse de circulation des informations fausses ou incendiaires, combinée à la brièveté imposée, renforce cette polarisation. Il en résulte une forme de certitude assénée qui empêche d’entendre d’autres vérités – celles, vécues et émotionnelles, d’individus ou de communautés qui ne sont pas les nôtres.
Ces vérités, souvent hors de nos algorithmes, demandent que nous baissions un peu nos défenses et que nous écoutions vraiment – pour être touchés.
Ces dernières années, cela m’est arrivé. Je suis juive, et j’ai été bouleversée de voir combien, après le 7 octobre, certains ont nié ou minimisé les attaques du Hamas. Mais j’ai aussi commencé à me demander ce que je ne savais pas – ou ce que j’avais évité de comprendre. Je n’avais été formée qu’à certaines parties de l’histoire d’Israël. Je suis devenue curieuse.
Israeli family members visit the memorials at the site of the Nova music festival on the second anniversary of the October 7 Hamas attacks. Atef Safadi/AAP
Cela a ouvert ma pensée à des expériences auxquelles je ne m’étais pas assez confrontée : j’ai écouté des témoignages palestiniens, lu des récits historiques palestiniens, regardé des images de Gaza – en m’efforçant de le faire sans le poids de ce que je croyais déjà savoir. J’en ai été profondément bouleversée.
Je conservais le sentiment d’horreur et de chagrin face aux événements du 7-Octobre ainsi que le souvenir de mes propres expériences récentes d’antisémitisme.
La compréhension à laquelle je suis parvenue était d’ordre émotionnel. Elle est contenue dans les mots d’un survivant de la Shoah manifestant en Israël : « Je ne pense pas que nous puissions nous souvenir de notre souffrance sans reconnaître celle de Gaza… Elle occupe la même place dans mon cœur. »
Un proche se recueille sur le corps du correspondant d’Al Jazeera Mohammed Wishah, tué lors d’une attaque de drone israélien en avril. Haitham Imad/AAP
Nous ne pouvons parvenir à ce type de connaissance que si nous pouvons, comme l’écrit Sher, « faire notre deuil sans accusation […] rester liés sans sombrer dans l’idéologie […] préserver la capacité de penser au milieu du bruit de la certitude ».
Ces vérités peuvent être désordonnées : des récits où les coupables sont aussi des victimes, ou l’inverse ; où des individus ordinaires commettent des actes terribles au nom de la bureaucratie ; où des sociétés entières, sous l’emprise d’un pouvoir ou d’un système brutal, agissent mal – ou n’agissent pas du tout. Elles peuvent même impliquer notre responsabilité.
Se détourner de ces vérités ne fait que renforcer les oppositions simples – ce « nous » contre « eux » – dans lesquelles peuvent s’enraciner des horreurs comme les génocides, les pogroms ou les nettoyages ethniques.
Attention, algorithmes et « faits alternatifs »{{}}
« Les intérêts qui sont les nôtres, l’attention que nous développons à certaines choses semblent être les meilleurs moyens d’accéder aux vies que nous désirons », écrit le psychanalyste Adam Phillips.
Toute forme d’attention autre que fragmentée est devenue un luxe. Tout semble accéléré, y compris le processus de recueil des informations et de formation de nos opinions.
Une analyse de 35 millions de publications Facebook a montré que 75 % des liens partagés n’avaient même pas été lus par ceux qui les publiaient. Une étude de grande échelle sur Twitter (désormais X) a montré que la position idéologique d’un utilisateur dans un débat prédit ses positions dans d’autres. Nous tirons des vérités de discours de ceux avec qui nous sommes déjà d’accord.
L’« autre camp » propose souvent une autre vérité. L’écart se creuse.
Qu’est-ce qui est encore réel, pourraient demander les plus jeunes, à une époque où l’on peine à distinguer une chanson humaine d’une chanson générée par une IA ; où les arnaques se multiplient ; où les sites satiriques désorientent plus qu’ils ne font rire.
Sur les réseaux sociaux, où nous passons plus de temps que jamais, les contraintes d’espace et d’immédiateté façonnent la manière dont nous formulons nos pensées, en favorisant des conclusions tranchées.
Nous savons déjà – et nous pensons en savoir assez. Des histoires entières sont réduites à des slogans. Des traumas personnels réduits à 30 caractères. J’aime, je ris, j’adore, je compatis, je m’indigne. Un seul clic.
Ce type de savoir ne peut pas accueillir le réel.
Une incertitude féconde{{}}
Cela laisse aussi peu de place à une position de non-savoir – ce que j’appelle une « incertitude générative ». Une position qui peut ouvrir à un déplacement, à un changement. Un point de départ plutôt qu’une fin.
Il y a des années, après une table ronde, une femme s’est approchée de moi pour me dire qu’elle n’achèterait pas mon livre. « Il a l’air de poser beaucoup de questions, et moi je veux des réponses. » À l’époque, cela m’avait amusée. Aujourd’hui, beaucoup moins.
Avec sa logique de repérage de motifs, l’IA propose précisément ce type de savoir fermé – sans place pour l’incertitude. Elle peut être utile pour traiter certaines données, par exemple en identifiant des maladies rares. Mais elle commet des erreurs dès qu’il s’agit de contexte, donnant parfois des conseils dangereux, notamment sur les troubles alimentaires ou la dépression.
Les réponses automatisées répondent à notre désir de savoir sans passer par le travail de recherche – un processus qui demande du temps, de la réflexion, parfois une lecture étendue. C’est pour cette raison que la philosophe Gillian Rose a critiqué la tendance à écrire « en tant que » – « en tant que femme », « en tant que juive » – comme si l’identité pouvait tenir lieu de savoir.
« Ma trajectoire ne suit aucune logique de ce type », écrit-elle. « Si je savais qui ou ce que je suis, je n’écrirais pas. » Comme tant d’autres, elle écrit pour le découvrir.
La philosophe Gillian Rose. CLT
Accueillir la confusion{{}}
En dehors du cabinet de psychanalyse, nous pourrions mobiliser cette « attitude psychanalytique » pour transformer l’indignation brutale qui domine tant de prises de parole en ligne en une curiosité tournée vers nous-mêmes – afin de mieux comprendre nos propres désirs et préjugés. « Nous devrions accueillir la confusion comme un état d’esprit souhaitable », écrit le psychanalyste Stephen Seligman.
Il ne s’agit pas de renoncer à la vérité. Nous devons nous baser sur les témoignages, les archives, les faits afin de poser un jugement « discipliné et sobre » selon les mots de Raimond Gaita.
Le savoir auquel j’aspire naît de cette double exigence : une ouverture réelle et une fidélité aux faits.
Nous devons aussi être capables de supporter l’ambivalence du réel, sans céder à ce que le philosophe Paul Katsafanas appelle une « politique du ressentiment ».
La peur ou la haine qui nous rendent si sûrs de la faute de l’autre doivent être tempérées par une capacité à s’intéresser à l’autre.
La curiosité, alliée à la colère, peut produire ce que la philosophe Martha Nussbaum appelle une « colère de transition » – une colère tournée vers la réparation plutôt que la vengeance.
Les leçons de la littérature{{}}
L’une de mes nouvelles préférées est « The Lottery », de Shirley Jackson, récit troublant d’un village où l’on procède à une lapidation rituelle. Le choc – comprendre que le tirage au sort désigne celui qui sera mis à mort – est vertigineux.
Lors de sa publication dans le New Yorker en 1948, le texte a suscité incompréhension et protestations. Beaucoup de lecteurs pensaient qu’un tel village existait réellement.
Aujourd’hui, cette histoire de violence collective ressemble presque à un reportage. Mais la forme littéraire qui me semble la plus à même de nous aider aujourd’hui est le poème.
Le psychanalyste et poète David Shaddock écrit que l’imagination poétique, comme le travail analytique, ouvre un espace de vérité psychique : Un « champ qui s’ouvre lorsque le réel est reconnu ». Nous sommes touchés – et cette capacité à être touchés nous ancre dans le réel.
La poésie peut désarmer nos certitudes et créer un espace où quelque chose de nouveau peut advenir. Un espace d’imagination où nous cessons d’être sûrs – pour redevenir curieux.
La version originale de cet article a été publiée en anglais.
Auteure :{{}}
https://storage.theconversation.com/6rg6nv3ani9fmkhobwzb5yeybhcoNicola Redhouse
Lecturer, Publishing and Editing, The University of Melbourne
Déclaration d’intérêts - Dr Mannie Sher est un parent de l’auteur
Partenaires - University of Melbourne apporte des fonds en tant que membre fondateur de The Conversation AU. Voir les partenaires de The Conversation France
Langues : Français English
DOI https://doi.org/10.64628/AAK.w9hqr9uvh
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Santé mentale - Lauréats 2026 du Prix ‘Precision Mind’ sur les biomarqueurs en psychiatrie - Publié le 14 avril 2026 – Document ‘fondation-fondamental.org’
La société Wakam, le réseau de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR et la Fondation ‘FondaMental’ dévoilent les lauréats du prix Precision Mind sur les biomarqueurs en psychiatrie
Le 13 avril 2026 à Londres, la société Wakam, le réseau de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR et la Fondation FondaMental ont dévoilé les lauréats du Prix Precision Mind. Lancé en novembre 2025 dans le cadre du consortium franco-britannique sur la recherche de biomarqueurs en psychiatrie, ce prix récompense des projets de recherche collaboratifs entre les deux pays portant sur l’identification et la validation de biomarqueurs pour les maladies mentales. La sélection des lauréats a été effectuée par un comité scientifique indépendant.
Selon l’OMS, plus d’un milliard de personnes sont affectées par une maladie mentale. Dépressions, troubles bipolaires, schizophrénies… : ces pathologies figurent parmi les premières causes de handicap dans le monde et réduisent l’espérance de vie de 10 à 20 ans. Pourtant, faute de biomarqueurs objectifs et quantifiables - marqueurs sanguins, digitaux, imagerie… - permettant d’identifier de façon précise une maladie, le diagnostic est souvent tardif et les traitements insuffisamment personnalisés.
C’est pour accélérer cette transformation que la société Wakam et la Fondation FondaMental, rejoints par le réseau de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR, ont créé le Prix Precision Mind dans le cadre de ce consortium franco-britannique. Cette initiative s’inscrit dans le sillage de la création d’un consortium dédié à la recherche de biomarqueurs des maladies neurodégénératives (Dementia Discovery Fund) qui a contribué à l’identification des marqueurs sanguins des maladies d’Alzheimer et de Parkinson. La psychiatrie peut et doit connaître le même succès.
Lauréat n°1 – dotation Wakam : AUTOSCREEN - Quand le système immunitaire s’attaque au cerveau : détecter les psychoses d’origine auto-immune{{}}
Porteurs du projet : Dr Adam Al-Diwani (Université d’Oxford, Royaume-Uni) & Dr Laurent Groc (CNRS / Université de Bordeaux, France)
Certaines formes de psychose apparaissent brutalement, avec des symptômes atypiques, et résistent aux traitements classiques. Le projet AUTOSCREEN explore une hypothèse prometteuse : et si ces psychoses étaient provoquées par un dérèglement du système immunitaire ? Dans certains cas, l’organisme produirait desauto-anticorps qui attaquent par erreur les cellules du cerveau, perturbant son fonctionnement et entrainant l’apparition de psychoses auto-immunes.
Comment ?{{}}
- Au Royaume-Uni : des neurones humains cultivés en laboratoire à partir de cellules souches pour observer directement si les anticorps présents dans le sang des patients attaquent les cellules du cerveau.
- À Bordeaux : une microscopie « super-résolue » permettra de détecter et d’étudier les auto-anticorps à l’échelle nanométrique, offrant une vision sans précédent des mécanismes biologiques en jeu.
Objectif final : identifier des signatures biologiques caractéristiques des patients dont la psychose a une origine immunitaire, pour leur proposer des thérapies immunologiques ciblées en complément des médicaments psychiatriques habituels.{{}}
Lauréat n°2 – dotation du réseau de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR : Profil immuno-métabolique de l’anhédonie - Pourquoi certains patients ne ressentent-ils plus aucune motivation ni plaisir ? {{}}
Porteurs du projet : Dr Mireille Laforge (NeuroDiderot – INSERM, IHU-ICE Robert Debré- Paris, France) & Dr Fabiana Corsi-Zuelli (Université d’Oxford / UKRI-MRC, Royaume-Uni).
Dépression, troubles bipolaires, troubles psychotiques : certaines formes de ces maladies partagent un symptôme commun particulièrement invalidant : l’anhédonie, c’est-à-dire la perte de la capacité à ressentir du plaisir ou de la motivation. Ce symptôme est souvent le plus résistant aux traitements et celui qui dégrade le plus la qualité de vie des patients. Des recherches récentes suggèrent qu’il pourrait être lié à une inflammation chronique de faible intensité dans le corps, qui perturberait le métabolisme des cellules immunitaires.
Comment ?{{}}
- Au Royaume-Uni : des analyses biologiques approfondies sur des échantillons sanguins, dans le but d’identifier des signatures moléculaires associées à la sévérité de l’anhédonie.
- À Paris : des techniques de pointe pour observer en détail les cellules immunitaires et mesurer leur signature bioénergétique, afin de comprendre en quoi elles fonctionnent différemment chez les patients touchés.
L’originalité de l’approche : s’intéresser à l’anhédonie quelle que soit la maladie psychiatrique dont souffre le patient. À terme, des traitements ciblant spécifiquement ce symptôme, via l’inflammation ou le métabolisme, pourraient compléter les stratégies thérapeutiques classiques. En collaboration avec la Dr Livia Carvalho (Queen Mary, Londres), ce projet s’appuie sur la UK Mental Health Platform (MHP), une infrastructure nationale financée par l’UKRI/MRC et conçue pour permettre une recherche biologique et clinique harmonisée en santé mentale (https://www.mentalhealthplatform.ac.uk/).
Le financement de la dotation pour le Prix Precision Mind provient du NIHR (Institut national pour la recherche en santé et en soins), via le groupe de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR (MH-TRC). Le MH-TRC est hébergé par le Centre de recherche biomédicale en santé du NIHR à Oxford.
Ces deux projets incarnent parfaitement l’ambition du prix Precision Mind : fédérer les meilleures équipes françaises et britanniques pour transformer notre compréhension des maladies mentales et ouvrir la voie à des traitements réellement personnalisés.
Catherine Charrier-Leflaive, CEO du Groupe Wakam et Présidente de Wakam for Good{{}}
Les maladies mentales ne sont pas une fatalité, ce sont des maladies biologiques comme les autres. En finançant la recherche sur les biomarqueurs, nous contribuons à le démontrer – et à changer le regard que la société porte sur ceux qui en souffrent. En tant que société à mission pionnière dans l’assurance, c’est notre responsabilité : protéger les biens et les personnes, toutes les personnes.
Olivier Jaillon, Chairman of the Board de Wakam{{}}
Le programme de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR est fier de s’associer au Prix Precision Mind. La recherche sur les biomarqueurs dans le domaine des maladies mentales représente l’une des perspectives les plus prometteuses de la médecine moderne. Mais il est essentiel de tirer parti de ce type de partenariat international pour garantir la rigueur scientifique et permettre des avancées à grande échelle, afin que des percées majeures puissent voir le jour.
Rachel Upthegrove, Professor of Psychiatry at the University of Oxford and NIHR Mental Health Translational Research Collaboration Chair{{}}
Le Royaume-Uni et la France sont tous deux des leaders mondiaux dans le domaine de la recherche en santé mentale. Nous sommes convaincus qu’en collaborant, nous pouvons obtenir de meilleurs résultats qu’en travaillant chacun de notre côté. En mettant en commun nos ressources, notre expertise et nos points de vue, nous pourrons stimuler l’innovation dans la recherche et les traitements, ce qu’aucune institution ne pourrait accomplir à elle seule.
Husseini Manji, professeur à l’Université d’Oxford{{}}
Nous sommes fiers de soutenir ces deux projets d’excellence qui illustrent la force du consortium franco-britannique. En mettant en commun expertises et cohortes, ces équipes accélèrent concrètement le passage de la recherche fondamentale à la psychiatrie de précision.
Marion Leboyer, Professeur à l’Université Paris-Est Créteil, directrice générale de la Fondation FondaMental{{}}
Soutenir le consortium{{}}
Fort du succès de cette première édition, nous invitons particuliers, entreprises, fondations et institutions à soutenir financièrement ce consortium pour contribuer à la découverte de biomarqueurs objectifs des maladies mentales, en soutenant un réseau d’excellence réunissant les meilleures équipes de recherche françaises et anglaises.
Contact mécénat : mecenat@fondation-fondamental.org
À propos de Wakam - Wakam est un assureur B2B2C spécialisé dans la conception de solutions d’assurance sur mesure pour ses partenaires distributeurs.
Wakam conçoit et opère des produits d’assurance en marque blanche, intégrés directement dans les parcours clients de ses partenaires. Grâce à des API ouvertes et une plateforme technologique avancée Plug & Play®, Wakam est capable de coconstruire une solution d’assurance et la déployer sur tout le territoire européen en un temps réduit.
Leader en Europe sur les marchés de l’assurance embarquée, Wakam est présent dans toute l’Europe continentale, avec une filiale au Royaume-Uni, et réalise près d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2023, dont 70% à l’international.
A propos du réseau de collaboration en recherche translationnelle sur la santé mentale du NIHR{{}}
Le MH-TRC (Mental Health Translational Research Collaboration), basé au Royaume-Uni, a été créé en 2017. Il rassemble des chercheurs de premier plan dans les domaines de la médecine expérimentale et de la recherche translationnelle en santé mentale à un stade précoce, dans le but d’accélérer la transposition des découvertes vers la pratique clinique. Mental Health TRC
La Fondation FondaMental : innover pour vaincre les maladies mentales{{}}
Créée en 2007 à l’initiative du ministère de la Recherche, et dédiée à la coopération scientifique dans le domaine des maladies mentales sévères, la Fondation FondaMental a pour missions : de faire avancer la recherche de pointe, d’innover en matière de diagnostic et de suivi, de former les professionnels, d’informer le public et de fédérer les différents acteurs du secteur de la psychiatrie.
Elle concentre ses efforts sur la schizophrénie, les troubles bipolaires, la dépression résistante et les troubles du spectre de l’autisme pour proposer des réponses porteuses d’espoirs à la communauté scientifique et médicale, aux patients et à leurs proches.
La Fondation FondaMental s’appuie sur des financements à la fois publics et privés pour faire rayonner et partager l’état des connaissances françaises à l’international, parvenir rapidement à des résultats significatifs et vaincre les maladies.
Contacts presse :
- Wakam :
Bérangère Monnet – berangere.monnet@wakam.com – 06 59 36 32 34
Léa Galosi – lea.galosi@waka.com – 06 66 48 17 91 - Fondation FondaMental :
Mathilde Couderc – mathilde.couderc@agence-constance.fr – 07 57 68 30 62
→ Télécharger le communiqué de presse
Fêlures et déséquilibres - Série Forces et fragilités - Lundi 04 mai 2026 - France Culture- 58 minutes - Provenant du podcast Avec philosophie - Par Géraldine Muhlmann
Tout déséquilibre semble constituer la condition même de l’existence humaine. Il révèle nos limites, mais aussi les tensions intérieures qui nous mettent en mouvement et donnent sens à nos expériences. {{}}
Dès lors, faut-il voir dans toute fragilité des faiblesses à corriger ou des forces à comprendre ?{{}}
Avec : {{}}
Evelyne Grossman Professeure de littérature française contemporaine à l’Université Paris Diderot Paris 7
Charlotte Casiraghi Ecrivaine, présidente et co-fondatrice des Rencontres Philosophiques de Monaco
Les démonstrations de force hantent notre présent. Les pouvoirs politiques et économiques en général n’aiment pas la faiblesse, et il n’y a pas que la guerre et ses menaces qui mettent en scène la force. À un an d’une élection présidentielle française, nous entrons aussi dans une période où la parole ne cesse d’évoquer une énergie puissante, comme si elle montrait des muscles.
Mais le contraire de la force n’est-il que la faiblesse ? Les fragilités ne sont-elles pas ce avec quoi la force doit toujours composer, y compris en son propre sein ? Ces fragilités ne sont-elles que promesse de démolition ? Evelyne Grossman et Charlotte Casiraghi y voient un potentiel moteur de création et de pensée et l’analysent.
Fitzgerald ou la profonde fêlure intérieure{{}}
Prenant pour exemple Scott Fitzgerald qui incarnait une génération brillante mais fragile, marquée par une profonde ’fêlure’ intérieure, Charlotte Casiraghi évoque l’addiction de Fitzgerald à l’alcool, venue très tôt, et amplifiant ses doutes et ses crises ; une dépendance qui a progressivement brisé son équilibre. Il écrit en 1936 un texte autobiographique qui a pour titre La Fêlure (The Crack Up) :
’Fitzgerald s’est fait prendre à son propre jeu, il a pendant des années vécu au-dessus de ses moyens, c’est-à-dire qu’avec l’alcool, avec la séduction, avec ce désir d’être quelqu’un, d’être reconnu, il a épuisé toutes ses ressources, et il a eu des satisfactions factices. Mais jouer ce jeu-là lui a coûté très cher, et quand il se rend compte qu’il n’a plus la force de donner le change, il est allé trop loin.’ Et là, apparaît la fêlure. L’écriture littéraire, poursuit Charlotte Casiraghi, fut le moyen pour lui de retrouver sa puissance et sa singularité, à partir d’un sentiment initial d’impuissance, transformant le traumatisme en matière de pensée.
À écouter :Francis Scott Fitzgerald
L’art du déséquilibre{{}}
S’autoriser une certaine fragilité, rappelle Evelyne Grossman, une ’fêlure’, devient un levier créatif, une puissance qui se distingue de la force aveugle ou destructrice : ’Ce que montre bien Paul Klee avec Le Funambule, c’est que l’équilibre grouille de mouvements, il n’est pas quelque chose de statique.’ En accord avec Charlotte Casiraghi sur le fait que la fêlure n’est pas une espèce de constat de stabilité ou d’échec, parce que la création peut en émerger, elle cite aussi Gilles Deleuze qui invite à explorer ces zones fragiles et défend une éthique de la création de soi : transformer ce qui fragilise en puissance d’expression, tout en évitant les dérives où la fêlure devient enfermement, comme l’addiction ou l’effondrement.
Pour aller plus loin avec nos invitées{{}}
Evelyne Grossman est professeure émérite de littérature française à l’Université Paris Diderot, éditrice chez Gallimard des œuvres d’Antonin Artaud ; elle inscrit ses travaux au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse. Parmi ses publications :
- L’Art du déséquilibre, Minuit, 2025.
- La Créativité de la crise, Minuit, 2020.
- Éloge de l’hypersensible, Minuit, 2017.
- L’Angoisse de penser, Minuit, 2008.
Charlotte Casiraghi est Présidente des Rencontres Philosophiques de Monaco, écrivaine. Elle a fait paraître :
- La Fêlure, Julliard, 2026.
- Archipel des passions, co-écrit avec Robert Maggiori, Seuil, 2018.
À écouter Deleuze retrouvé : 16 leçons de philosophie
Références sonores{{}}
- Archive. Le philosophe Jean-Louis Chrétien, Les Chemins de la philosophie sur France Culture, novembre 2017.
- Texte 1. Francis Scott Fitzgerald, La Fêlure (The Crack-Up), 1936.
- Extrait. Sur Antonin Artaud et la drogue. Interview de l’écrivain Michel Balfort par Roger Pillaudin, RTF, 1960
- Archive. Gilles Deleuze, “B comme Boisson”, dans L’Abécédaire de Gilles Deleuze, produit par Pierre-André Boutang, avec Claire Parnet, 1988-1989.
- Texte 2. Gilles Deleuze, “Porcelaine et volcan” dans Logique du sens (1969), Minuit, coll. “Critique”, p. 183-184.
- Texte 3. Pascal, “Disproportion de l’homme” (Fragment 72 Brunschvicg), Les Pensées (1670).
- Archive de la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle, “Nouvelles Vagues” sur France Culture, janvier 2016
- Chanson. “Magnolia”, J.J. Cale (1971).
L’équipe - Géraldine Muhlmann Journaliste et productrice de l’émission ’Avec philosophie’ sur France Culture - Carla Michel Collaboration - Axel Dubois Collaboration - Corinne Amar Attaché(e) de production - Nicolas Berger Réalisation - Riyad Cairat Réalisation - Nassim El Kabli Production déléguée - Luna Hadjla Stagiaire
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– 20/05/2026
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