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"Luttes des travailleurs et travailleuses dans le monde rappelées par le ‘Portail des médias indépendants’ - Histoire de la Commune de Paris (1871) et du Front Populaire (1936-1938) - Hymne planétaire "L’Internationale" et chanson "Le temps des cerises"" par Jacques Hallard
lundi 11 mai 2026, par
ISIAS Histoire Musique Mai
Luttes des travailleurs et travailleuses dans le monde rappelées par le ‘Portail des médias indépendants’ - Histoire de la Commune de Paris (1871) et du Front Populaire (1936-1938) - Hymne planétaire ’L’Internationale’ et chanson ’Le temps des cerises’
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 09/05/2026
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Avant-propos :
Partition de l’Internationale sans prénom de Degeyter
« L’Internationale » musique de Pierre Degeyter - Détails - Mis à jour : 19 Décembre 2023 - Juin 1871 : Paris retentit encore des salves des fusillades de mai. Echappé au massacre, recherché, Eugène Pottier, élu du deuxième arrondissement, écrit, dans une mansarde, L’Internationale. C’est encore un poème ; il deviendra le chant de lutte du prolétariat grâce à la musique d’un ouvrier : Pierre Degeyter (1)… - Source : https://www.commune1871.org/index.php?option=com_content&view=article&id=975:l-internationale-musique-de-pierre-degeyter&catid=31
Autour de la Commune - Marc Ogeret | Deezer
Le temps des cerises - Marc Ogeret - 25 février 2021 - Provided to YouTube by Vogue Le temps des cerises · Marc Ogeret Autour de la Commune ℗ 1968, Disques Vogue. Source : https://www.youtube.com/watch?v=0_mohoVAdag
« Le thème des chants ouvriers de mai peut très bien s’inscrire dans une perspective historique, sociale et culturelle autour de la mémoire des luttes, des solidarités et des traditions populaires européennes ».
Préambule
Quelques rappels préliminaires pour ce dossier préparé dans un but culturel et didactique
La Commune de Paris est la plus importante des communes insurrectionnelles de France en 1870-1871, qui dura 72 jours, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. Cette insurrection, faisant suite aux communes de Lyon et de Marseille, refusa de reconnaître le gouvernement issu de l’Assemblée nationale constituante, qui venait d’être élue au suffrage universel masculin dans les portions non occupées du territoire, et choisit d’ébaucher pour la ville une organisation de type proudhonien, blanquiste et jacobin (des 3 courants de pensée majoritaires de ces insurrections) fondée sur la démocratie directe, qui donnera naissance au communalisme. Ce projet d’organisation politique de la République française visant à unir les différentes communes insurrectionnelles ne sera jamais mis en œuvre du fait de leur écrasement lors de la campagne de 1871 à l’intérieur dont la Semaine sanglante, marquée par d’importants incendies, constitue l’épisode parisien et la répression la plus célèbre…. - Wikipédia
Le Front populaire, en France, est une coalition politique de gauche, formée en vue des élections législatives de 1936 autour du Parti radical, de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et du Parti communiste.
Image illustrative de l’article Front populaire (France)https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_populaire_(France)
’L’Internationale’, composée en 1888 par le militant ouvrier Pierre Degeyter sur un texte du poète révolutionnaire Eugène Pottier, a porté les plus grands espoirs et couvert certains des plus grands crimes du XXe siècle en devenant l’hymne commun à tous les régimes et mouvements communistes. 05 juin 2024
Pierre De Geyter (plus connu par la suite comme Pierre Degeyter), prononcé [dəɡetɛʁ], né le 8 octobre 1848 à Gand et mort le 26 septembre 1932 à Saint-Denis, est un ouvrier et musicien belge célèbre pour avoir composé à Lille la musique de L’Internationale….
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3b/Pierre_De_Geyter_componist_van_de_Internationale.png/250px-Pierre_De_Geyter_componist_van_de_Internationale.pnghttps://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Degeyter
Eugène Pottier, né le 5 octobre 1816 à Paris[1] et mort le 6 novembre 1887 dans la même ville, est un goguettier, poète et révolutionnaire français, auteur des paroles de L’Internationale. Dessinateur sur étoffes, Eugène Pottier compose sa première chanson, Vive la Liberté, en 1830. En 1840, il publie Il est bien temps que chacun ait sa part. Il participe à la Révolution de 1848. Sous le Second Empire, il crée une maison d’impression sur étoffes et, en 1864, il est à l’origine de la création de la Chambre syndicale des dessinateurs, qui adhère ensuite à la Première Internationale. …
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2e/Eug%C3%A8ne_Pottier_par_%C3%89tienne_Carjat_%28cropped%29.jpg/250px-Eug%C3%A8ne_Pottier_par_%C3%89tienne_Carjat_%28cropped%29.jpgEugène Pottier vers 1870-1875 - Wikipédia
Quelle est l’histoire de la chanson ’Le temps des cerises’ ? - Ecrite en 1866 et devenue l’hymne de la Commune de Paris, la chanson ’Le temps des cerises’ fut dédiée en 1882, par le chansonnier, militant républicain et communard Jean-Baptiste Clément à Louise, une ambulancière morte à Paris pendant la Semaine sanglante.
Jean Baptiste Clément[Note 1], né à Boulogne-sur-Seine (Seine, désormais appelé Boulogne-Billancourt) le 31 mai 1836, mort à Paris 10e le 23 février 1903, est un chansonnier montmartrois[Note 2], journaliste, syndicaliste et communard français. La plus grande partie de son répertoire est aujourd’hui oubliée, excepté quelques chansons et en particulier les très célèbres Le Temps des cerises et La Semaine sanglante. Dans un registre différent, il rédigea une version parodique de la célèbre ronde enfantine Dansons la capucine[1], contre le Second Empire. Jean Baptiste Clément était militant du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR)… -
Jean Baptiste Clément — WikipédiaJean Baptiste Clément photographié par Nadar. Wikipédia
Pourquoi « le temps des cerises » est une chanson engagée ? - Pour évoquer la commune de Paris, la chanson « Le temps des cerises » en illustre l’espoir au XXIème siècle. Car, la Commune que l’histoire a retenue, c’est l’insurrection de Paris qui a duré 72 jours du 18 mars au 28 mai 1871, bien que d’autres communes ont eu lieu dans des villes de province et même à l’étranger. 23 mars 2021
Introduction
Ce dossier est composé de documents sélectionnés qui rappellent :
* la Commune de Paris selon Wikipédia
* la victoire du Front Populaire, social et antifasciste … une coalition politique de gauche de 1935 à 1938 en France … soulignant l’intégration et la xénophobie vis-à-vis des étrangers … - avec une vidéo : « 1936, le Front Populaire, entre joie et colères » …
* l’histoire de ’L’Internationale’, poème mal-aimé devenu hymne planétaire : son histoire et les paroles avec des enregistrements en chinois mandarin, en chinois cantonais, en russe, en arabe tunisien, en hébreu - האינטרנציונל
* l’histoire et de la chanson française « Le Temps des cerises » avec 7 sélections de vidéos
* en annexe, quelques chants et musiques typiques, abordées sous l’angle des travailleurs et de travailleuses et au mois de mai, suite à une requête auprès de ‘ChatGPT’…
Les documents sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
Retour au début de l’introduction
- Informations diffusées par le portail des médias Indépendants, mai 2026
- Histoire de la Commune de Paris selon Wikipédia
- La victoire du Front Populaire, sociale et antifasciste, ’moment unique’ dans l’histoire française – Récit - Publié le : 03/05/2026 - 08:49 - Par : Stéphanie TROUILLARD – Document ‘france24.com’
- Rappel du Front populaire : une coalition politique de gauche de 1935 à 1938 en France avec Wikipédia
- Intégration et xénophobie : le Front populaire et les étrangers – Document ‘histoire-immigration.fr’ – Par Ralph Schor, historien, professeur à l’Université de Nice
5.2 Vidéo 1936, le Front Populaire, entre joie et colères - Documentaire ... France TV
- L’histoire de ’L’Internationale’, poème mal-aimé devenu hymne planétaire - Par Chloé Leprince • Lundi 18 janvier 2021 • France Culture - radiofrance.fr/franceculture
- Histoire de « L’Internationale » (chanson)
- Chinois mandarin - The Internationale : Mandarin (国际歌:普通话版) [Rare Version] - GETchan – 1er juillet 2022
- Chinois cantonais - The Internationale : Cantonese (國際歌 : 廣東話) [Rock] - GETchan - 27 juillet 2016
- Chinois - 孙中山纪念堂:国际歌︱The Internationale|Интернационал|L’Internationale︱Sun Yat-sen Memorial Hall, China - 玉麒麟
- La Tunisie chante l’Internationale en Arabe pour rendre hommage à Choukri Belaïd
- Selon Wikipédia : personnalité du tunisien Chokri Belaïd - شكري بلعيد
- Hébreu - האינטרנציונל - L’Internationale, The Internationale (Hebrew Lyrics, Version & English Translation) - Greenian YTH - 04 mai 2021
- Chanson française « Le Temps des cerises » 7 sélections
- Annexe - Quelques chants et musiques typiques sous l’angle des travailleurs au mois de mai – Suite à une requête auprès de ‘ChatGPT’
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Retour au début de l’introduction
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Informations diffusées par le portail des médias Indépendants Portaill engagé en France 02 mai 2026 - Édition n°58
Bonjour, dans cette nouvelle édition de notre newsletter internationale, au lendemain du 1er mai, on s’intéresse aux luttes des travailleurs et travailleuses dans le monde, avant de faire un tour sur une île aux multiples histoires où les chèvres sont « plus nombreuses que les habitants ». On parle aussi d’une enquête transnationale édifiante, qui montre comment un fonds européen pour la transition écologique finance en fait des projets polluants et des oligarques russes. Bonne lecture ! - Une sélection d’Emma Bougerol {{}}Journaliste chez Basta !
[Basta !, anciennement Bastamag, est un média pure player indépendant, lancé en France en 2008, traitant de l’actualité économique, sociale et environnementale…. – Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Basta ! ]
https://9tcmw.img.sp1-brevo.net/im/sh/0EgEnZ-yEIEz.png?u=WtVElij8PJZGdKGlffDRjcJ56mLU0c1V
Le focus {{}}
Partout dans le monde, les travailleurs et travailleuses s’unissent pour faire avancer leurs droits, réclamer de meilleures conditions de travail ou simplement le droit de vivre dans le pays où ils sont employés. Les médias indés racontent leurs luttes.
Une manifestation des ouvriers et ouvrières de l’ex-usine GKN et de leurs soutiens, à Florence (Italie), en 2022. CC BY-SA 4.0 Matteo Guardini via Flickr
1er mai dans le monde : quand les travailleur·ses s’imposent pour défendre leurs droits
Aux États-Unis, la semaine précédant le « May Day », les préparatifs prennent de l’ampleur. Près de 3000 actions sont prévues dans tout le pays, plus du double de l’année précédente. « Ces manifestations sont une réaction aux mesures et aux menaces de l’administration Trump, notamment la proposition d’envoyer des agents de l’ICE dans les bureaux de vote lors des élections de mi-mandat, ainsi qu’aux actions militaires unilatérales menées contre le Venezuela et l’Iran », décrit The Guardian
Au programme, un « black-out économique » inspiré des mobilisations anti-ICE dans le Minnesota, où les personnes ne se rendaient ni au travail, ni à l’école, ni dans les magasins. Selon l’une des organisatrices, cette mobilisation du 1er mai pourrait constituer « une étape vers la création d’un mouvement plus large » aux États-Unis.
L’essor de la syndicalisation dans plusieurs pays{{}}
Les mouvements de travailleur·ses ne se consolident pas que face à Donald Trump. Le média italien DinamoPress remarque une « renaissance » du mouvement syndical britannique « avec des grèves, une croissance et une restructuration des syndicats, ce qui a eu des répercussions importantes sur les partis de gauche qui lui sont traditionnellement liés ».
De son côté, Jacobin raconte le renforcement des organisations représentantes des travailleur·ses en Éthiopie. Leur nombre d’adhérent·es a doublé ces dernières années. « L’Éthiopie et d’autres pays africains où les syndicats sont en plein essor contredisent l’idée selon laquelle le mouvement syndical serait en déclin à l’échelle mondiale », ajoute le magazine de gauche.
Certaines catégories de travailleur·ses sont plus vulnérables que d’autres aux abus. C’est le cas des personnes venues d’un autre pays pour travailler, souvent avec un statut précaire, parfois sans papiers. Leur apport à l’économie est pourtant essentiel.
C’est sur ce constat que s’est construite la campagne « Esenciales » (essentiels) en Espagne, qui a mené à la régularisation de travailleurs et travailleuses sans-papiers. « Cette décision est le fruit et l’aboutissement d’abord d’une dynamique citoyenne par le bas », témoigne l’un de ses initiateurs, Augustin Ndour, auprès d’Enass.
Le chiffre : 100 % - C’est le chiffre de l’inflation à Téhéran – l’un des aspects de la vie difficile dans la capitale iranienne durant le cessez-le-feu.
‘IranWire’ est allé à la rencontre des habitants de la capitale iranienne, pour décrire au plus près leur vie quotidienne. « Une inflation supérieure à 100 %, un chômage massif et des retards dans le versement des pensions mensuelles ont favorisé une forte augmentation des petits vols, des vols à l’étalage, des agressions et des vols à la tire », décrit le média indépendant. Une profession « s’en sort bien », souligne le média : les serruriers. L’augmentation des vols, liée à la précarité grandissante à Téhéran, profite à Hamid : « Les affaires marchent bien, grâce à l’augmentation des cambriolages, témoigne-t-il. Les serrures russes, hongroises et autres modèles conformes aux normes européennes sont très demandées. » Dans la file d’une boulangerie, deux hommes âgés se disputent pour leur place dans la file. Une femme souffle : « Le pays tout entier est en proie au chaos, et ces hommes se disputent pour du pain, qui coûte désormais trois fois plus cher que l’année dernière. » - Lire l’article sur IranWire (anglais) Basta, média indépendant et Portail des médias indépendantsSdpsoetrno165o8f5ttlifrt822ouflcf94eg2b30f180i2 cti4m1 mufmg · - https://portail.basta.media/a-propos
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Histoire de la Commune de Paris selon Wikipédia{{}}
Pour les articles homonymes, voir Commune de Paris (homonymie) et Commune (homonymie).
Ne doit pas être confondu avec Commune de Paris (Révolution française).
Commune de Paris - 18 mars – 28 mai 1871 - (2 mois et 10 jours)
Drapeau |
|---|
| {{}} |
| Informations générales | |
|---|---|
| Statut | Commune autonome administrée selon les principes de la démocratie directe |
| Capitale | Paris |
| Langue(s) | Français |
| Monnaie | Franc français |
| Démographie | |
|---|---|
| Population (1866) | 1 799 980 hab. |
| Histoire et événements | |
|---|---|
| 18 mars 1871 | Les Parisiens, essentiellement ouvriers, artisans et professions libérales, se soulèvent contre le gouvernement d’Adolphe Thiers qui veut désarmer la Garde nationale, et empêchent l’enlèvement des canons de la Garde nationale ; le gouvernement quitte Paris pour Versailles. |
| 26 mars 1871 | Élections des membres du Conseil de la Commune. |
| 28 mars 1871 | Proclamation du Conseil de la Commune, surnommé « Commune de Paris », à qui le Comité central de la Garde nationale remet ses pouvoirs. |
| 29 mars 1871 | Pour gouverner, la Commune se dote d’une Commission exécutive, à la tête de 9 commissions. |
| 19 avril 1871 | La Commune présente son programme dans sa Déclaration au peuple français. |
| 1er mai 1871 | La Commission exécutive est remplacée par un organisme plus autoritaire : le Comité de salut public. |
| 16 mai 1871 | Démolition de la colonne Vendôme, considérée comme symbole du despotisme impérial. |
| 21-28 mai 1871 | La semaine sanglante met fin à la Commune de Paris. Procès, exécutions et déportations des prisonniers communards. |
| Délégués de commission | |
|---|---|
| 29 mars 1871 | Jourde, Varlin, Grousset… |
| 20 avril 1871 | Cluseret, Frankel, Vaillant… |
| 10 mai 1871 | Rossel, Delescluze… |
Entités précédentes :
-
Drapeau de la FranceGouvernement de la Défense nationale
Entités suivantes :
-
Drapeau de la FranceTroisième République (Territoires occupés par l’Allemagne de 1871 à 1873)
La Commune de Paris est la plus importante des communes insurrectionnelles de France en 1870-1871, qui dura 72 jours, du 18 mars 1871 à la « Semaine sanglante » du 21 au 28 mai 1871. Cette insurrection, faisant suite aux communes de Lyon et de Marseille, refusa de reconnaître le gouvernement issu de l’Assemblée nationale constituante, qui venait d’être élue au suffrage universel masculin dans les portions non occupées du territoire, et choisit d’ébaucher pour la ville une organisation de type proudhonien, blanquiste et jacobin (des 3 courants de pensée majoritaires de ces insurrections) fondée sur la démocratie directe, qui donnera naissance au communalisme. Ce projet d’organisation politique de la République française visant à unir les différentes communes insurrectionnelles ne sera jamais mis en œuvre du fait de leur écrasement lors de la campagne de 1871 à l’intérieur dont la Semaine sanglante, marquée par d’importants incendies, constitue l’épisode parisien et la répression la plus célèbre.
La Commune est à la fois le rejet d’un armistice de la France face aux armées prussiennes menées par Otto von Bismarck lors de la guerre franco-prussienne de 1870 et du siège de Paris, et une manifestation de l’opposition entre un Paris républicain, favorable à la démocratie directe, et une Assemblée nationale à majorité acquise au régime représentatif. Cette insurrection et la violente répression qu’elle subit eurent un retentissement international important, notamment au sein du mouvement ouvrier et des différents mouvements révolutionnaires naissants. La Commune est de ce fait encore aujourd’hui une référence historique importante pour les mouvements d’inspiration libertaire, communiste et conseilliste, la mouvance révolutionnaire issue du mouvement ouvrier et plus largement pour les sympathisants de gauche, y compris réformistes, ou encore d’autres mouvements favorables à la démocratie directe. L’implication de nombreuses femmes est également un trait remarquable de cet épisode.
À l’origine de la Commune{{}}
Paris, bivouac des révolutions{{}}
Depuis 1789, l’histoire de Paris est marquée par de nombreuses journées d’émeutes révolutionnaires qui, selon l’historien Michel Cordillot, « ont souvent décidé du sort politique de la France tout entière »[1]. La prise de la Bastille le 14 juillet 1789 en constitue le premier repère et les révoltes parisiennes, dont la prise de l’Hôtel de ville devient rapidement l’acte symbolique, contribuent au renversement du pouvoir, à l’image des Trois Glorieuses qui instaurent la monarchie de Juillet en 1830 ou de la révolution de février 1848 qui aboutit à l’avènement de la Deuxième République. Pour autant, jusqu’en 1870, la France vit principalement sous des régimes politiques plus ou moins autoritaires et la République tout comme la démocratie représentative ne sont que des expériences passagères. L’émeute parisienne est parfois réprimée rapidement et violemment, comme lors des journées de Juin en 1848 ou après le coup d’État du 2 décembre 1851 qui marque le début du Second Empire, mais le pouvoir « se méfie des réactions d’une capitale jugée imprévisible »[1].
Au XIXe siècle, Paris est donc le « bivouac des révolutions » selon l’expression forgée par l’écrivain Jules Vallès et reprise par plusieurs historiens comme Robert Tombs[2] et Michel Cordillot[1].
Pour Michel Cordillot, la Commune est en réalité portée « par trois dynamiques distinctes mais confluentes, qui à ce moment précis entrèrent brutalement en résonance pour donner naissance à un puissant élan populaire » : d’une part, le processus de républicanisation de la France sur le long terme, élément politique d’autant plus manifeste à Paris ; d’autre part le contexte économique et social marqué par l’émergence d’organisations ouvrières structurées et l’essor des actions revendicatives ; enfin l’élan patriotique suscité par la guerre contre la Prusse[3].
Émergence du sentiment républicain{{}}
Dessin d’un train, chaque wagon portant le nom d’un député dont la tête est caricaturée.
La députation de Paris, caricature de Pilotell dans Le Charivari (22 juin 1869).
La Commune trouve donc en partie son origine dans l’élan républicain né de la Révolution de 1789, « révolution modèle pour tous les Parisiens d’origine ou d’adoption, indissociable de leur histoire et de celle de la capitale » pour Hélène Lewandowski, qui qualifie Paris de « berceau de la République »[4]. De fait, le sentiment républicain ne cesse de progresser dans la capitale et, des bourgeois libéraux aux représentants du mouvement ouvrier, tous voient dans l’établissement de ce régime la garantie des grandes libertés et du suffrage universel[1],[4].
Depuis 1851, la capitale est privée de ses droits municipaux et gouvernée de manière autoritaire par le préfet de police Joseph Marie Pietri et le préfet de la Seine Georges Eugène Haussmann, ce qui n’empêche pas les mouvements de contestation dans un contexte de libéralisation du régime. Ainsi, lors des élections législatives de 1869, la ville élit huit députés républicains sur neuf, et lors du plébiscite du 8 mai 1870, le non l’emporte avec une large majorité dans certains quartiers, atteignant par exemple 77 % à Belleville où l’opposition à l’empereur est la plus forte[1].
La parole se libère dans les réunions publiques, tolérées depuis 1868, et les funérailles du journaliste Victor Noir, assassiné par le prince Pierre-Napoléon Bonaparte, sont transformées en une vaste manifestation républicaine où se pressent environ 200 000 personnes[5]. Ainsi, à la veille d’un conflit armé contre la Prusse, Paris apparaît « comme indiquant la voie du progrès et du mouvement » à une France encore rurale et majoritairement conservatrice, à l’exception de quelques grandes villes traditionnellement frondeuses, et cette rupture est encore accentuée par la défaite de 1870[1].
Contexte social parisien{{}}
| La misère ouvrière sous le Second Empire. Les conditions de vie et le travail des enfants dans l’industrie. |
|---|
Enfants du peuple vers 1865.
Enfants en usine à la forge.|
En 1870, Paris est une ville en pleine transformation : d’une part, après l’absorption de plusieurs communes limitrophes en 1860, la capitale occupe désormais tout l’espace compris dans l’enceinte érigée dans les années 1840 sous l’impulsion d’Adolphe Thiers et sa population a considérablement augmenté, passant d’environ un million d’habitants en 1851 à près de deux millions en 1870 ; d’autre part, les transformations urbanistiques menées par le baron Haussmann sous le Second Empire ont entièrement redessiné la ville, les ruelles étroites des quartiers insalubres laissant place à de grands boulevards rectilignes et à des monuments publics comme l’Opéra Garnier. Dans ce Paris moderne, la mixité sociale a presque disparu, l’accroissement de la population et l’augmentation du prix des loyers ayant repoussé les habitants les plus pauvres dans les faubourgs récemment annexés, tandis que les arrondissements de l’ouest et du centre abritent les plus fortunés[1].
- Eugène Varlin, socialiste et libertaire.
Toutefois, Paris est encore une ville socialement très diversifiée[1]. D’après le recensement de 1866, la capitale compte 455 400 ouvriers, 120 600 employés, 140 000 patrons et 100 000 domestiques[5], tandis qu’environ 125 000 oisifs vivent de leurs rentes[1]. L’industrie textile et le vêtement concentrent près d’un quart des travailleurs actifs, tandis que les métiers d’art, le bâtiment et la métallurgie sont également bien représentés. C’est néanmoins la petite industrie qui domine car plus de 60 % des patrons travaillent seuls ou avec un seul ouvrier. Ainsi, dans les quartiers populaires, de nombreuses ateliers et boutiques de petite taille coexistent avec de grands établissements industriels comme les sociétés Cail à Grenelle et Goüin aux Batignolles qui emploient toutes deux plus de 1 000 ouvriers[1],[5]. Entre les classes fortunées et les classes laborieuses, Paris voit aussi l’émergence d’une couche sociale intermédiaire composée de boutiquiers, d’artisans et d’employés que l’écrivain et journaliste Jules Vallès qualifie de « bourgeoisie travailleuse »[1].
Quoique ses conditions de vie demeurent précaires, le monde ouvrier vit modestement et les salaires ont augmenté dans le contexte économique favorable des années 1860. Il présente toutefois une grande diversité, un ouvrier journalier, au travail incertain gagnant de 2 à 2,50 francs par jour quand un ouvrier qualifié en gagne environ le double[1]. Par ailleurs, ouvriers originaires de la province ou de l’étranger côtoient les ouvriers de « vieille souche parisienne », mais la plupart savent lire, fréquentent des lieux de sociabilité et assistent à des réunions publiques, si bien qu’« il s’est forgé comme une nationalité ouvrière parisienne » selon l’expression de l’historien Jacques Rougerie[5].
La misère ouvrière pousse les parents à envoyer leurs enfants, dès leur plus jeune âge, à l’usine[6]. En 1868, une enquête révèle la présence de 100 000 enfants de moins de huit ans dans les fabriques dont certains avaient cinq ans[6]. À Lille, un médecin constate que sur 21 000 nourrissons, il en meurt 20 700 avant d’avoir atteint l’âge de 6 ans[6].
- Auguste Blanqui, révolutionnaire socialiste.
Ainsi, les années 1860 voient l’émergence d’un « prolétariat combatif » et les associations ouvrières se développent, certaines agissant par la grève, tolérée depuis 1864, au point que les manifestations se multiplient à Paris entre 1869 et 1870[5]. L’Association internationale des travailleurs, dont Eugène Varlin est le représentant dans la capitale, regroupe quelques dizaines de milliers de militants à travers l’Europe qui questionnent le pouvoir de l’État et revendiquent la nationalisation des grandes entreprises. À leurs côtés, l’extrême gauche républicaine, et notamment les blanquistes, victimes majeurs du coup d’État en 1851, intensifie ses actions. Partisans de l’insurrection ou révolutionnaires anticapitalistes forment donc un ensemble hétéroclite qui remet en cause l’organisation de la société, ce qui inquiète à la fois l’opinion publique, les classes dirigeantes et les élus républicains [7]. Comme l’écrit l’historien Jean-Jacques Chevallier, « la Commune était l’expression, chez ses meneurs, d’un républicanisme ultra rouge, antireligieux, jacobin, prolétarien, fouetté par la haine pour cette assemblée monarchiste »[8].
Défaite de 1870 et conséquences {{}}
Léon Gambetta proclamant la République à l’hôtel de ville de Paris, le 4 septembre 1870.
Articles détaillés : Guerre franco-allemande de 1870, Chronologie de la guerre franco-allemande de 1870-1871, Siège de Paris et Chronologie du siège de Paris.
De la déclaration de guerre à la capitulation de Paris{{}}
Le 19 juillet 1870, la France déclare la guerre à la Prusse[9]. Mal préparée[10], l’armée française mène une campagne désastreuse et subit de nombreux revers[11]. Après la capitulation de l’armée de Napoléon III à Sedan, les députés parisiens proclament la République le 4 septembre[12]. Un gouvernement de défense nationale s’installe à l’hôtel de ville et la guerre se poursuit mais Paris est assiégé dès le 19 septembre[9].
Isolée du reste de la France, la capitale livre une résistance acharnée malgré l’intensification des bombardements prussiens[13] et les souffrances causées par la famine et le froid[9],[3]. Des centaines de milliers d’hommes rejoignent les rangs de la Garde nationale et l’exaltation révolutionnaire donne lieu à plusieurs soulèvements populaires qui exigent l’instauration d’une Commune[14]. Le 31 octobre puis le 22 janvier, le gouvernement contient les tentatives de renversement venues de la gauche qui déplore le manque d’initiative du commandement militaire et conteste son pouvoir[14]. Les Parisiens, humiliés, apprennent la proclamation de l’Empire allemand dans la galerie des Glaces du château de Versailles le 18 janvier et l’annonce de la signature de l’armistice le 28 janvier est vécue comme une trahison[3].
Le siège de Paris - Bombardement de la ville par l’artillerie allemande.
Dans les tranchées, tableau d’Alphonse de Neuville exposant la détresse des gardes nationaux.
La queue devant la boucherie, par Clément-Auguste Andrieux.
Soulèvement du 22 janvier 1871 devant l’Hôtel de ville.
L’Assemblée contre Paris{{}}
- Entrée triomphale des troupes allemandes dans Paris le 1er mars 1871, après la signature de l’armistice de janvier.
La capitulation de Paris marque un tournant décisif dans la marche vers l’insurrection, comme l’affirme le 10 mars l’architecte Georges Arnold : « Il a fallu que les dernières illusions s’évanouissent… Il a fallu voir Paris, ce héros, ce martyr, conspué, calomnié par les infâmes qui, de tout temps, ont méprisé les peuples ; il a fallu cette paix honteuse et hideuse entre toutes… pour que cette population, disposée à une confiance aussi candide, s’aperçût enfin qu’elle n’avait plus à compter que sur elle-même pour assurer son honneur et sa liberté »[15]. La convention d’armistice prévoit notamment la convocation d’une Assemblée nationale chargée de conclure le traité de paix : les élections législatives du 8 février 1871 marquent ainsi la rupture entre les départements ruraux qui portent à la Chambre une majorité monarchiste, conservatrice et réactionnaire, et le peuple parisien résolument hostile à l’armistice qui choisit d’élire 36 députés républicains sur les 43 sièges à pourvoir dans la capitale[9]. Pour les Parisiens, l’humiliation est totale : l’armistice prévoit, outre l’annexion de l’Alsace-Lorraine et le versement d’une indemnité de guerre de 5 milliards de francs, l’occupation partielle de la ville par les Allemands pendant trois jours, ce qui est vécu selon l’historien Michel Cordillot comme « une injure faite au patriotisme et à l’abnégation » d’une population exaspérée[9].
À cela s’ajoute une série de mesures vexatoires. Le 6 mars, la nomination du général bonapartiste Louis d’Aurelle de Paladines à la tête de la Garde nationale est perçue comme une nouvelle provocation. Le 10 mars, l’Assemblée nationale met fin au moratoire sur les effets de commerce, ce qui pousse des milliers d’artisans et de commerçants à la faillite, et supprime la solde quotidienne de nombreux gardes nationaux en décidant de ne la verser qu’aux seuls individus en mesure de prouver leur indigence. L’Assemblée choisit par ailleurs de s’installer à Versailles, « décapitalisant ainsi Paris au profit de la ville des rois » selon l’expression de Jacques Rougerie[9],[16].
Toutes ces mesures entraînent la radicalisation des éléments les plus modérés, cependant que la Fédération de la Garde nationale s’organise et finit par établir un Comité central le 15 mars[14]. Dès la fin février, les troupes régulières se retirent des quartiers populaires de la ville, où la tension s’accroît. Le général Vinoy, nommé gouverneur de la capitale, tente vainement de rétablir l’ordre en multipliant les mesures répressives : interdiction des réunions et suppression de six journaux républicains[9].
Soulèvement du 18 mars{{}}
Articles détaillés : Soulèvement du 18 mars 1871 et Chronologie de la Commune de Paris.
« Poussé à bout par une série d’événements formidables, [Paris] ressemblait à un canon que l’on a chargé jusqu’à la gueule et que les mains imprudentes du gouvernement ont fait partir. »
— Charles Beslay, délégué du Comité central républicain des Vingt arrondissements, Mes souvenirs, 1873[17].
Les généraux Lecomte et Clément-Thomas devant le peloton d’exécution.
Photomontage d’Ernest-Charles Appert issu de son album de propagande Crimes de la Commune.
Chef du pouvoir exécutif, Adolphe Thiers est déterminé à rétablir l’ordre à Paris avant que l’Assemblée nationale ne commence à siéger à Versailles le 20 mars. Pour ce faire, il compte s’emparer des canons parisiens, acquis pendant le siège par souscription populaire, et que les gardes nationaux ont installé sur les hauteurs de la ville, de Montmartre à Belleville, mais également sur la place des Vosges[9],[18].
Le 17 mars au soir, évaluant mal l’état d’esprit des Parisiens, Thiers réunit les membres du gouvernement et les chefs militaires pour élaborer le plan d’une offensive prévue pour le lendemain et qui consiste à reprendre les canons tout en arrêtant les principaux meneurs du mouvement[19],[20]. Dans le même temps, il fait imprimer une affiche qui doit être placardée dans les rues de Paris afin d’appeler le peuple à soutenir son initiative, et, conscient de l’influence du révolutionnaire Auguste Blanqui sur le mouvement social parisien, il le fait arrêter alors que ce dernier se repose chez un ami médecin à Bretenoux dans le Lot[19],[21].
Environ 15 000 soldats de l’armée régulière sont mobilisés. Les 4 000 hommes du général Susbielle et du général Lecomte doivent s’emparer des canons de Montmartre tandis que la division du général Faron, forte de 6 000 hommes, doit faire de même aux Buttes-Chaumont et à Belleville, quartiers populaires entièrement acquis aux Fédérés. Les hommes du général Maud’huy doivent pour leur part s’installer à la Bastille, tenir le faubourg Saint-Antoine et les ponts de la Seine afin d’isoler la rive gauche[19],[20]. Adolphe Thiers néglige ainsi les quartiers sud de la ville, qu’il juge trop éloignés du théâtre principal des opérations, quand bien même le 13e arrondissement est tombé lui aussi, depuis le 3 mars, sous le contrôle des Fédérés[19].
- Soulèvement du 18 mars.
- Les troupes envoyées par Adolphe Thiers s’emparant des canons de Montmartre.
- Barricade de la chaussée de Ménilmontant.
- Arrivée devant la mairie du 18e arrondissement des canons repris à l’armée.
Les troupes progressent de nuit et au matin du 18 mars, les canons sont saisis sans difficulté. Il faut cependant les transporter et les chevaux manquent. À Montmartre, le peuple parisien s’éveille et s’oppose à la troupe. Tandis que les gardes nationaux se rassemblent, le général Lecomte donne l’ordre de faire feu, mais ses soldats refusent d’obtempérer et fraternisent avec la foule. Le même scénario se répète dans les différents quartiers. Lecomte est capturé et, malgré la demande de protection du maire du 18e arrondissement, Georges Clemenceau, il est finalement exécuté en fin de journée en compagnie du général Clément-Thomas, l’ancien commandant de la garde nationale qui avait participé à la répression du soulèvement de juin 1848, reconnu en civil sur un boulevard.
« La Sainte Famille » : Thiers, Favre et le comte de Paris, prétendant au trône, fuyant à Versailles.
Caricature de Charles de Frondat.
En fin de matinée, les gardes nationaux s’activent pour se protéger d’un retour de l’armée. Ils occupent des points stratégiques et des barricades sont érigées à la hâte. Ils passent à l’offensive dans l’après-midi et la reconquête populaire contraint les troupes régulières à se replier en direction du Champ-de-Mars. Vers 16 h, Adolphe Thiers décide de gagner Versailles et donne l’ordre d’évacuation des troupes. Dans la soirée, malgré la résistance de Jules Ferry, l’Hôtel de ville est évacué à son tour. Les Fédérés en prennent possession et le Comité central de la Garde nationale s’y installe vers minuit[19],[20].
Apprenant les événements, Victor Hugo écrit dans son journal : « Thiers, en voulant reprendre les canons de Belleville, a été fin là où il fallait être profond. Il a jeté l’étincelle sur la poudrière. Thiers, c’est l’étourderie préméditée »[22].
Expérience de la Commune{{}}
Mise en place{{}}
La « semaine de l’incertitude » (18-26 mars){{}}
Après la journée du 18 mars, les Fédérés contrôlent la plus grande partie de la capitale et occupent les principaux lieux du pouvoir abandonnés par le gouvernement en fuite, de même que les grandes casernes de la ville et six mairies d’arrondissement sur vingt[19]. S’ouvre alors une période que l’historien Jacques Rougerie qualifie de « semaine de l’incertitude »[23].
Dès sa prise de fonction, et parce qu’il estime que sa compétence se limite à la représentation et à la défense de la Garde nationale, le Comité central annonce la tenue d’élections municipales, fixées dans un premier temps au 22 mars mais finalement organisées le 26. En attendant, il nomme plusieurs de ses membres à la tête des différents secteurs de l’administration municipale : François Jourde et Eugène Varlin aux Finances, Victor Grêlier et Édouard Vaillant à l’Intérieur, Lucien Combatz à la direction du Télégraphe, Édouard Moreau de Beauvière à la tête de l’Imprimerie nationale et du Journal officiel, Émile-Victor Duval et Raoul Rigault à la préfecture de Police, tandis que Jules Bergeret est nommé commandant de la place et Adolphe Assi gouverneur de l’hôtel de ville[14]. Par ailleurs, le Comité central adopte une série de mesures urgentes ou symboliques : occupation des édifices publics et des lieux du pouvoir, levée de l’état de siège dans le département de la Seine, libération des prisonniers politiques, rétablissement de la liberté de la presse, suspension de la vente des objets déposés au Mont-de-piété, prorogation des échéances de loyers ou encore interdiction d’expulsion des locataires[24].
Pendant plusieurs jours, le Comité central s’efforce d’étendre son pouvoir à l’ensemble de la ville alors que certains quartiers bourgeois sont encore tenus par des bataillons de gardes nationaux favorables à l’ordre versaillais. Il négocie étroitement avec les élus de la capitale (maires, adjoints et députés), à qui le ministre de l’Intérieur Ernest Picard a confié provisoirement par décret l’administration de la ville et qui tentent finalement de jouer le rôle de médiateurs entre Versailles et la Commune[24]. Un « parti des maires » se constitue autour de Pierre Tirard, Frédéric Arnaud, Hippolyte Carnot, Henri Martin et Georges Clemenceau, respectivement maires des 2e, 7e, 8e, 16e et 18e arrondissements, et des députés Henri Tolain, Charles Floquet, Édouard Lockroy, Victor Schœlcher et Louis Greppo[25]. Au soir du 19 mars, un accord est trouvé entre les élus parisiens, qui s’engagent à porter à l’Assemblée les exigences des insurgés, et le Comité central qui s’engage à restituer l’Hôtel de ville. Ainsi le 20 mars, à la séance d’ouverture de l’Assemblée à Versailles, dix-sept députés parisiens déposent les projets de lois convenus avec le comité : Lockroy défend l’élection des cadres de la Garde nationale, Clemenceau porte la demande d’élections municipales et Jean-Baptiste Millière dépose le projet de loi sur la prorogation des échéances, l’Assemblée votant l’urgence pour ces deux derniers projets[26].
Cependant, le même jour, sous l’impulsion du Comité des vingt arrondissements, le Comité central refuse finalement de céder l’Hôtel de ville et le lendemain, à l’Assemblée, Jules Favre brandit à la tribune la menace d’une guerre civile. Le 22 mars, sur proposition d’Étienne Vacherot, l’Assemblée rejette le projet d’élections municipales[27]. Les négociations trainent et le 23 mars, une députation de maires tente de se faire recevoir par la Chambre, en vain. La majorité rurale conservatrice s’obstine dans le refus du compromis : à la fois rejetés par les Versaillais et menacés par les insurgés, les élus parisiens cèdent et abandonnent leurs tentatives de conciliation. Clemenceau déclare à cet égard : « Nous sommes pris entre deux bandes de fous ». Sept députés, sept maires et trente-deux adjoints acceptent le principe des élections municipales, malgré l’opposition du gouvernement[25].
Élections municipales du 26 mars{{}}
Articles détaillés : Conseil de la Commune et Élections municipales du 26 mars 1871 à Paris.
- Les hommes de la Commune.
Le 25 mars, à la veille des élections municipales, le Comité central de la Garde nationale lance auprès des Parisiens un appel à la vigilance et à la réflexion avant d’élire leurs représentants[28]. Le nombre de votants s’élève à 230 000 sur les 475 000 inscrits que comptent la capitale, soit une abstention supérieure à 50 % qui s’explique en partie par le départ de nombreux Parisiens pendant et après le siège de la capitale. Toutefois, la légitimité de la Commune est certaine car les candidats communards obtiennent environ 190 000 voix contre seulement 40 000 voix aux partisans de l’ordre versaillais. Pour Michel Cordillot, « l’instauration de la Commune répond donc bien à une forte volonté populaire, quoique non majoritaire dans l’absolu une fois les abstentions prises en compte »[29].
Le résultat du scrutin témoigne d’un profond décalage entre les arrondissements populaires de l’Est et du Nord de Paris qui votent massivement pour les candidats fédérés, l’adhésion étant totale dans le 20e arrondissement où les candidats communards recueillent près de 100 % des voix et où l’abstention n’est que de 24 %. Dans les arrondissements plus bourgeois de l’Ouest et du Centre, révolutionnaires et conservateurs font pratiquement jeu égal. Sur les 85 élus, 70 sont favorables à la Commune[29]. Les 15 autres élus, membres du « parti des maires », démissionnent rapidement pour marquer leur désaccord avec les premières mesures d’urgence. Quelques républicains les imitent ensuite pour contester le fait que la Commune outrepasse ses attributions municipales[29].
Le Conseil est représentatif des classes populaires et issues de la petite bourgeoisie parisienne : 33 artisans et petits commerçants (cordonniers, relieurs, typographes, chapeliers, teinturiers, menuisiers, bronziers), 24 professions libérales ou intellectuelles (12 journalistes, 3 avocats, 3 médecins, 2 peintres, 1 pharmacien, 1 architecte, 1 ingénieur, 1 vétérinaire), et 6 ouvriers (métallurgistes).
Organisation{{}}
Le conseil de la Commune{{}}
29 avril 1871 : manifestation pacifiste de francs-maçons sur les fortifications pour demander l’arrêt des bombardements de Paris et l’ouverture de négociations[30].
Le conseil de la Commune rassemble des membres de toutes tendances. Il compte une vingtaine de jacobins, principalement des anciens révolutionnaires de 1848 comme Charles Delescluze, Félix Pyat, Charles Ferdinand Gambon ou Paschal Grousset, qui défendent une certaine centralisation du pouvoir. Une dizaine de blanquistes se montrent favorables à une Révolution sociale, comme Eugène Protot, Édouard Moreau de Beauvière, Jean-Baptiste Chardon, Émile Eudes, Théophile Ferré, Raoul Rigault ou Gabriel Ranvier. Plusieurs républicains radicaux sont partisans de l’autonomie municipale et d’une république démocratique et sociale, tels Arthur Arnould, Charles Amouroux, Victor Clément et Jules Bergeret. Le conseil compte également des socialistes membres de l’Association internationale des travailleurs et des chambres syndicales ouvrières comme Charles Beslay, qui se réclame du proudhonisme décentralisateur, ou Léo Fränkel, Benoît Malon et Eugène Varlin, qui défendent un collectivisme antiautoritaire, mais également des indépendants comme Jules Vallès et Gustave Courbet[31].
Par ailleurs, près d’un quart des élus au conseil de la Commune sont francs-maçons, notamment Charles Beslay, Félix Pyat, Gustave Lefrançais ou Eugène Protot[32].
La Commission exécutive{{}}
Article détaillé : Commission exécutive (1871).
Le 29 mars 1871, la Commune se dote pour gouverner d’une Commission exécutive de huit membres (Jules Bergeret, Émile Duval, Émile Eudes, Gustave Lefrançais, Félix Pyat, Gustave Tridon et Édouard Vaillant) à la tête de neuf commissions collégiales qui sont, d’après l’historien Jacques Rougerie, « autant de petits ministères » : Services publics, Finances, Enseignement, Justice, Sûreté générale, Subsistances, Travail et Échange, Guerre, et Relations extérieures[33]. Gustave Lefrançais en démissionne dès le 3 avril après l’échec de la marche sur Versailles qu’il désapprouve[32].
Du fait des démissions, de la mort au combat de certains élus ou de leur impossibilité d’être à Paris, tel Auguste Blanqui, toujours emprisonné[29], 31 sièges sont vacants au conseil de la Commune[32] et des élections complémentaires sont organisées le 16 avril après avoir été deux fois ajournées[29]. Ces élections montrent le signe d’une première désaffection de la population parisienne à l’égard de la Commune, l’abstention atteignant plus de 70 %. Leur validation est aussitôt débattue et deux nouveaux membres démissionnent aussitôt car ils estiment leur élection non valide du fait de n’avoir pas obtenu les voix d’un huitième des inscrits. Pour les adversaires de la Commune comme pour le gouvernement versaillais, qui considèrent que les insurgés du 18 mars ont usurpé le pouvoir, cet échec relance la question de la légitimité politique du mouvement[29].
Le 21 avril, les neuf commissions sont renouvelées et comptent chacune à leur tête un délégué, ces neuf délégués constituant à leur tour l’exécutif de la Commune[33].
Le Comité de salut public{{}}
L’efficacité de la Commission exécutive est rapidement mise en cause : le 28 avril, le jacobin Jules Miot propose la création d’un Comité de salut public pour donner tous les pouvoirs à un groupe d’hommes chargés de coordonner la lutte contre Versailles. Ses opposants dénoncent la création d’un pouvoir dictatorial qui risque de conduire à la suppression des libertés individuelles ainsi qu’une atteinte aux principes mêmes de la Commune et de son élection. Il est néanmoins adopté le 1er mai par 45 voix contre 23 et se compose de cinq membres : Armand Arnaud, Léo Melliet, Gabriel Ranvier, Félix Pyat et Charles Gérardin[34],[31].
L’action du Comité de salut public demeure sans effet : selon Michel Cordillot, l’aggravation de la situation militaire met en évidence « l’impuissance d’un organisme dont les pouvoirs n’ont pas été clairement définis et qui entend se mêler de tout ». Le 8 mai, Gérardin, Meillet et Pyat sont remplacés par Émile Eudes, Charles Ferdinand Gambon et Charles Delescluze, ce dernier étant lui-même remplacé deux jours plus tard par Alfred-Édouard Billioray après sa nomination comme délégué à la Guerre[34].
Le Conseil de la Commune se divise en « majorité » et « minorité » : les majoritaires, qui rassemblent principalement des jacobins et des blanquistes, se veulent les continuateurs de l’action des « montagnards » de 1793 et revendiquent le vote de mesures centralisatrices, voire autoritaires ; les minoritaires comptent surtout des membres de l’Internationale et des radicaux et s’attachent à promouvoir des mesures sociales pour transformer la société. Partisans d’une République sociale, démocratique et morale, ils publient un Manifeste le 16 mai qui dénonce le fait d’avoir placé le pouvoir de la Commune « entre les mains d’une dictature » et réclame l’établissement de la liberté politique[31]. La majorité ayant exigé le désaveu du Manifeste, les membres de la minorité refusent de siéger au conseil et n’y reviennent que le 21 mai, premier jour de la Semaine sanglante. C’est au cours de cette séance que Billioray avertit les communards de l’entrée des Versaillais dans Paris. Opposés sur les questions politiques, majoritaires et minoritaires s’unissent néanmoins dans le combat contre l’armée régulière[31].
Politiques suivies Article détaillé : Déclaration au peuple français.
Dans son programme daté du 19 avril 1871, la Commune résume[35] :
« La Révolution communale, commencée par l’initiative populaire du 18 mars, inaugure une ère nouvelle de politique expérimentale, positive, scientifique. C’est la fin du vieux monde gouvernemental et clérical, du militarisme, du fonctionnarisme, de l’exploitation, de l’agiotage, des monopoles, des privilèges, auxquels le prolétariat doit son servage, la Patrie ses malheurs et ses désastres. »
La Commune administre Paris jusqu’au 20 mai. De nombreuses mesures sont prises et appliquées pendant les 72 journées d’une intense activité législative. La Commune n’ayant aucune légitimité au regard du gouvernement légal du pays, ces mesures disparaissent avec elle sans qu’il soit nécessaire de les abolir explicitement ensuite. Certaines seront reprises par la République plusieurs décennies plus tard.
Mesures économiques et sociales d’urgence{{}}
- Séance à l’Hôtel de ville, par Henri-Alfred Darjou.
Dès son installation, le conseil de la Commune s’attache à régler les questions qui sont à l’origine du soulèvement en adoptant précisément des mesures pour lutter contre la précarité de la population parisienne. Le 29 mars, les loyers non payés d’octobre 1870 à avril 1871 sont remis aux locataires qui obtiennent également le droit de résilier leurs baux pendant six mois, ou de proroger pendant trois mois le congé donné. Le 25 avril, les logements vacants sont réquisitionnés et mis en location à la seule condition de fournir un état des lieux aux représentants des possesseurs en titre et de sceller les meubles contenant des objets portatifs. Les poursuites concernant les échéances commerciales non payées sont suspendues et le 16 avril, un délai de trois ans est accordé pour leur règlement. De même, la vente des objets déposés au Mont-de-piété est suspendue le 29 mars et, le 6 mai, le dégagement gratuit des dépôts de moins de 20 francs est permis[36].
La solidarité est également organisée : une pension est versée aux blessés ainsi qu’aux veuves (600 francs) et aux orphelins (365 francs) des gardes nationaux tués au combat (8 et 10 avril) ; le 25 avril, un décret réquisitionne les logements vacants au profit des sinistrés des bombardements allemands et versaillais ; des orphelinats sont créés avec l’aide en fourniture des familles parisiennes.
La question du ravitaillement est moins cruciale que pendant le siège hivernal de Paris par les Prussiens mais le conseil de la Commune assure la baisse des prix et l’approvisionnement de la capitale malgré la suppression des correspondances avec les départements et l’interdiction des convois fluviaux décidées par le gouvernement versaillais. Les denrées sont acheminées par voie terrestre et les marchés parisiens bénéficient également des terres agricoles et des jardins situés entre les fortifications et les lignes allemandes. La commission des Subsistances décide par ailleurs d’acheter en gros certains produits de consommation pour les vendre à prix coûtant et le 30 avril, le sel est offert aux boulangers[36]. Seuls la viande et le pain sont taxés, mais dans certains arrondissements, des boucheries municipales et des cantines sont mises à disposition des plus démunis[37].
Mesures symboliques{{}}
La destruction de la colonne Vendôme, considérée comme le symbole du despotisme impérial, « un monument de barbarie, un symbole de la force brute et de la fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus », est décrétée le 12 avril et réalisée le 16 mai[38]. De même, l’hôtel particulier d’Adolphe Thiers est détruit le 15 mai : la Commune envisage d’édifier un square public à son emplacement, tandis que le linge, les objets et le mobilier précieux seraient redistribués ou vendus aux enchères au profit des veuves et des orphelins[38].
- Renversement par les Communards de la colonne Vendôme portant la statue de l’empereur Napoléon Ier, le 16 mai 1871.
- La statue de l’empereur Napoléon Ier à terre, cliché issu de la série de photographies La chute de la colonne Vendôme par Bruno Braquehais.
La Commune prend d’autres mesures symboliques : le drapeau rouge est adopté le 28 mars et le calendrier républicain (an 79 de la République) remis en vigueur. Il semblerait également que les membres du Comité central se soient attribués un insigne-médaille. Mais l’usage de cette médaille, dont plusieurs exemplaires sont aujourd’hui conservés, n’est pas clairement prouvé[39].
Démocratie et citoyenneté Article détaillé : Étrangers dans la Commune de Paris.
L’appel du 22 mars[40] du Comité central de la Garde nationale énonce que « les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables » et que leur mandat est impératif. Il s’agit d’une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, renouant avec l’esprit de la constitution de 1793 qui fait du droit à l’insurrection « le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs » (article XXXV de la Déclaration des droits de l’Homme de 1793).
Du fait de « la présence de militants à forte expérience internationale », selon l’historien Jean-Louis Robert, les communards défendent l’idée d’une République universelle et les étrangers, nombreux à Paris avant le déclenchement de la guerre contre la Prusse, sont bien accueillis. Bien que la Commune ne se préoccupe pas de la question de la naturalisation, elle reçoit favorablement les étrangers, considérant que « toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent ». C’est ce qui permet, entre autres, au Hongrois Léo Frankel d’être élu au Conseil puis comme Délégué au Travail, ou aux Polonais Jarosław Dąbrowski et Walery Wroblewski de recevoir le commandement de plusieurs bataillons[41]. De même, les étrangers bénéficient des mêmes droits sociaux que les Français : leurs enfants sont accueillis dans les écoles publiques et les allocations aux familles des gardes nationaux leur sont ouvertes[41].
Travail et démocratie sociale{{}}
Le Conseil de la Commune, issu d’un mouvement populaire, se préoccupe d’améliorer la condition des prolétaires. La Commune entend réaliser l’aspiration du mouvement ouvrier français du XIXe siècle : « l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes » (mot d’ordre de l’Association internationale des travailleurs dès 1864).
Manifestation ouvrière à Londres le dimanche 16 avril 1871 en soutien à la Commune. Gravure d’Edwin Buckman pour The Graphic.
Le 16 avril, un décret réquisitionne les ateliers abandonnés par leurs propriétaires (assimilés à des déserteurs) ; il prévoit de les remettre à des coopératives ouvrières après indemnisation du propriétaire. Deux ateliers fonctionnent ainsi pour la fabrication d’armes ; la journée de travail y est de 10 heures et l’encadrement est élu par les salariés. Le 20 avril, les bureaux de placement de la main d’œuvre, entreprises privées très florissantes sous l’Empire, monopoles agissant bien souvent comme des « négriers », sont supprimés et remplacés par des bureaux municipaux. Le même jour, le travail de nuit dans les boulangeries est interdit, mais il faut lutter contre le travail clandestin par des saisies de marchandises et l’affichage de la sanction dans les boutiques. Pour contrer une pratique très répandue, la Commune interdit les amendes patronales et retenues sur salaires, dans les administrations publiques comme dans les entreprises privées (28 avril). Pour lutter contre le sous-salariat dans les appels d’offres concernant les marchés publics, un cahier des charges avec indication du salaire minimum est créé.
La Commune annonce les prémices de l’autogestion[42]. Dans les entreprises, un conseil de direction est élu tous les 15 jours par l’atelier et un ouvrier est chargé de transmettre les réclamations.
Vers l’émancipation des femmes{{}}
Article détaillé : Femmes dans la Commune de Paris.
- La barricade de la place Blanche défendue par des femmes, lithographie d’Hector Moloch[43]. Une séance du Club des femmes dans l’église Saint-Germain-l’Auxerois, par Frédéric Lix.
Pendant la Commune, sous l’impulsion d’Élisabeth Dmitrieff, jeune militante russe de l’Internationale, et de Nathalie Lemel, ouvrière relieuse, se crée l’un des premiers mouvements féminins de masse, l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. L’Union réclame le droit au travail et l’égalité des salaires (un commencement d’application est mis en place pour les institutrices), elle participe au recensement des ateliers abandonnés par leurs patrons (les francs fileurs) réfugiés à Versailles et organise des ateliers autogérés. La Commune reconnaît l’union libre (elle verse une pension aux veuves de fédérés mariées ou non, ainsi qu’à leurs enfants légitimes ou naturels)[44],[45], interdit la prostitution, met en place un début d’égalité salariale et décrète la séparation des Églises et de l’État dans les écoles et les hôpitaux. Des femmes se battent — comme Louise Michel et d’autres — sous l’habit des « fédérés » et défendent Paris contre les « Versaillais » sur les barricades (elles sont une centaine, place Blanche, avec Nathalie Lemel), rejoignent le front en tant qu’ambulancières ou vivandières — les témoignages de Victorine Brocher ou d’Alix Payen nous sont parvenus — ou poursuivent les gardes nationaux réfractaires dans Paris — une légion des Fédérées armée est levée pour cette tâche. Sur le chemin de l’émancipation des femmes, la Commune a marqué une étape importante[44],[45].
Fonctionnaires{{}}
La Commune doit faire face à l’absentéisme des fonctionnaires, qui pour une grande part sont partis à Versailles avec Adolphe Thiers ou restent chez eux comme ce dernier le leur ordonne. Il s’agit aussi de changer l’état d’esprit de ces agents publics recrutés sous le Second Empire. La Commune décide l’élection au suffrage universel des fonctionnaires (y compris dans la justice et dans l’enseignement), l’instauration d’un traitement maximum (2 avril) de 6 000 francs annuels (l’équivalent du salaire d’un ouvrier[réf. nécessaire]) et l’interdiction du cumul (4 mai). Les fonctionnaires ne doivent plus prêter serment politique et professionnel.
Justice{{}}
Les communards défendent l’idée d’une justice plus démocratique, où les magistrats seraient élus par le peuple, davantage accessible aux plus pauvres, et qui garantit les droits des accusés, contrairement au caractère arbitraire de la Justice impériale. Les communards souhaitent donc une justice humaniste, considérant que le vol est le plus souvent l’expression de la misère, et l’établissement d’un État de droit, mais ce projet est largement contredit par le contexte de guerre civile qui oppose Fédérés et Versaillais[46]. Par ailleurs, la commission de la Justice, dirigée par le jeune avocat Eugène Protot, se heurte à l’absence de magistrats de métier, la plupart des professionnels de la justice ou du droit ayant rejoint Versailles, et à l’activité répressive de Raoul Rigault à la Sûreté générale. Plusieurs mesures sont adoptées néanmoins : le décret du 14 avril stipule que les perquisitions et réquisitions sans mandat sont interdites, et que l’arrestation ne peut être maintenue au-delà de 24 h sans l’accord de la délégation à la Justice ; la liberté de la défense est déclarée supérieure à tous les évènements dans les juridictions d’exception[46] ; les enfants légitimés sont considérés comme reconnus de droit ; le mariage libre par consentement mutuel est instauré (avec un âge minimum de 16 ans pour les femmes, 18 ans pour les hommes) ; la gratuité des actes notariaux (donation, testament, contrat de mariage) est décidée.
Divisée sur la question de la peine de mort, la Commune ne se prononce pas sur son abolition mais la guillotine est brûlée et les exécutions doivent être validées par la Commission exécutive. Les juges d’instruction nommés par Protot font preuve d’une certaine clémence envers les prisonniers pour délit de droit commun, et de nombreux voleurs détenus depuis plusieurs sans instruction sont libérés. Une commission chargée d’inspecter les prisons est d’ailleurs fondée. De même, la guerre civile conduit les communards à créer deux juridictions exceptionnelles dont le fonctionnement se révèle peu efficace, l’une consacrée à l’application du décret des otages, l’autre visant au respect de la discipline militaire, aux questions d’espionnage ou de trahison[46].
Éducation et laïcité{{}}
La Commune entend faire de l’éducation une question prioritaire alors que 32 % des enfants parisiens ne fréquentent aucune école à cette époque[47]. Une commission de l’Enseignement est mise en place sous la direction d’Édouard Vaillant dans le but d’affirmer la liberté de conscience en garantissant la laïcité et la gratuité de l’école communale afin qu’elle devienne un droit pour tous quelle que soit l’origine sociale. Pour les insurgés, l’éducation ne doit donc pas se limiter à l’acquisition de connaissances mais relever d’un projet d’émancipation global[47]. Le 2 avril, la Commune décrète la séparation de l’Église et de l’État, la suppression du budget des cultes et la sécularisation des biens des congrégations religieuses[48]. Les communards réaffirment cependant leur tolérance à l’égard du fait religieux, à condition qu’il soit restreint à la sphère privée[47].
Conformément au souhait de la société de l’Éducation nouvelle, qui inspire le programme de réforme scolaire communard[49] et pour qui la qualité de l’enseignement est « déterminée tout d’abord par l’instruction rationnelle, intégrale, qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privée, de la vie professionnelle et de la vie politique ou sociale », la Commune veut remplacer l’enseignement religieux par un enseignement scientifique qui s’appuie sur des faits constatés et indiscutables. Dans le même temps, les principes d’un enseignement technique et professionnel sont jetés, et la Commune entend promouvoir une instruction laïque, gratuite et obligatoire pour les enfants des deux sexes. Compte tenu de la brièveté de l’insurrection, la commission pour l’Enseignement ne peut entreprendre des réformes significatives, et les deux écoles professionnelles pour les filles et les garçons, qui devaient s’ouvrir le 22 mai, en sont empêchées par l’entrée des Versaillais dans la capitale. Mais dans plusieurs arrondissements, des commissions locales travaillent efficacement : à titre d’exemple, dans le 11e arrondissement, 12 000 enfants pauvres sont scolarisés dans des établissements entièrement laïcisés[47].
Sur un autre plan, la Commune encourage l’éducation populaire : la Sorbonne accueille des conférences de l’Association philotechnique, une bibliothèque communale qui propose des lectures publiques et des conférences populaires est ouverte dans le 13e arrondissement[47].
Arts Article détaillé : Arts et Commune de Paris.
- Autoportrait de Gustave Courbet, enfermé dans la prison de Sainte-Pélagie en 1872.
Nombreux sont les artistes engagés dans l’insurrection et l’historien Jean-Louis Robert constate que la Commune se démarque par « une visée où les arts devraient, comme d’autres activités, relever de l’association ouvrière et de la démocratie sociale »[50]. L’appel lancé le 6 avril par Gustave Courbet aboutit à la création de la Fédération des artistes de Paris qui est définitivement constituée le 17 avril avec l’élection d’une commission fédérale de 47 membres qui représentent la diversité des métiers[50],[51] : ainsi l’art ne se limite plus aux beaux-arts réservés à une élite mais intègre également les arts décoratifs dans une ambition démocratique et émancipatrice[52].
Le programme de la Fédération se développe autour de quatre grandes principes : d’une part, la liberté de l’art et sa libre expansion, « dégagée de toute tutelle gouvernementale et de tous privilèges », dont découle la suppression des écoles d’art officielles ; l’autogestion des artistes afin qu’ils prennent eux-mêmes la direction des grands musées parisiens et contrôlent la distribution de leurs œuvres ; la fraternité et l’égalité des artistes pour assurer l’amélioration de leurs conditions matérielles tout en supprimant le favoritisme, les privilèges et les récompenses des salons ; enfin la responsabilité sociale et morale des artistes qui doivent participer à la « régénération de la République » en démocratisant l’art par la généralisation de son enseignement, la participation des artistes aux fêtes publiques et la diffusion du « luxe communal » qui consiste à répandre la beauté et les chefs-d’œuvre jusqu’aux « plus humbles communes de France »[50].
Gustave Courbet devient le président de cette nouvelle fédération dont certains membres élus ne sont pas présents à Paris, comme Camille Corot, Honoré Daumier ou Jean-François Millet, retirés en province, ou d’autres refusent leur mandat, si bien que seule une vingtaine d’artistes participent activement aux activités de la fédération[51]. C’est donc une toute nouvelle organisation sociale de la profession qu’envisagent les artistes engagés[53], mais l’action de la fédération est en réalité relativement modeste par le caractère éphémère de la Commune. Tous les musées n’ont pu être rouverts au public, en particulier celui du Luxembourg et la grande exposition envisagée pour le 15 juin ne peut avoir lieu, après l’écrasement de l’insurrection. En revanche, la commission s’occupe activement de la sauvegarde des collections et remet la main sur des œuvres que s’étaient appropriées les dignitaires du Second Empire[50].
De la même manière, les artistes du spectacle (musiciens, comédiens, chanteurs et compositeurs) s’organisent en fédération sous l’impulsion de l’auteur-librettiste Paul Burani, du chanteur et ouvrier-typographe Jules Pacra ou de Jules Perrin, fondateur de l’Union des Artistes lyriques des Cafés-concerts en 1865. La Fédération du spectacle ne partage pas le même idéal socio-politique que son homologue des Beaux-Arts mais elle développe rapidement des actions concrètes permettant la reprise immédiate du travail[53],[50]. La Fédération participe ainsi activement à l’organisation de représentations ou de concerts d’une grande variété, dont les grands concerts organisés au jardin des Tuileries ne sont qu’un exemple. Elle soutient également la création d’un bataillon artistique qui permet aux artistes d’éviter les temps d’arrêt imposés par le service dans la Garde nationale. Un décret proposé par Édouard Vaillant et adopté le 19 avril garantit « la liberté des arts et l’indépendance esthétique et matérielle des artistes » en faisant cesser « le régime de l’exploitation par un directeur ou une société » pour le remplacer immédiatement par « le régime de l’association »[50]. Parmi les principaux artistes du spectacle engagés dans la Commune figurent le chanteur comique populaire Henri Plessis, l’actrice Agar ou la chanteuse Rosa Bordas[50].
Médiatisation{{}}
Selon l’historien Quentin Deluermoz, « dès mars 1871, la révolte parisienne est sans doute l’un des événements les plus médiatisés de l’époque »[54]. La Commune est suivie par les journaux européens aussi bien que dans l’aire d’influence britannique (Canada, Inde, Australie) et dans l’espace atlantique (Brésil, Mexique, États-Unis)[54]. D’après l’examen des télégrammes Reuters circulant sur le réseau du câble télégraphique transatlantique, l’écrasante majorité des informations concerne l’insurrection parisienne « alors que de nombreux « faits » signifiants se déroulent bien entendu à l’échelle de la planète »[54]. Selon l’historien Samuel Bernstein (en), « aucun thème économique ou politique […], à l’exception de la corruption gouvernementale, n’a reçu plus de gros titres dans la presse américaine des années 1870 que la Commune de Paris »[55]. En France, l’insurrection parisienne a été très largement combattue par la presse, tant monarchiste que républicaine modérée[56].
Vivre à Paris sous la Commune{{}}
Atmosphère de liberté et de tranquillité relative{{}}
- Proclamation des résultats des élections le 28 mars 1871, sur la place de l’Hôtel de Ville, par Auguste Lamy.
Article complet à lire sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Commune_de_Paris
La victoire du Front Populaire, sociale et antifasciste, ’moment unique’ dans l’histoire française – Récit - Publié le : 03/05/2026 - 08:49 - Par : Stéphanie TROUILLARD– Document ‘france24.com’
Le 03 mai 1936, le Front populaire, une coalition des forces de gauche, remportait les élections législatives en France. Dans son sillage, un large mouvement de grève était lancé entraînant l’instauration d’importantes réformes sociales. Quatre-vingt-dix ans plus tard, cette victoire reste une des références majeures de la gauche.
Anglais
Français
Allemand
French Prime Minister Leon Blum giving a Communist salute in acknowledgment to the crowds on Bastille Day at the Place de la Nation in Paris, France on July 14, 1936. Shown right of the premier are Maurice Thorez and Roger Salengro, the French Minister of Interior.
265
Le Premier ministre français Léon Blum salue la foule d’un salut communiste à l’occasion de la Fête nationale française, place de la Nation à Paris, le 14 juillet 1936. À sa droite se trouvent Maurice Thorez et Roger Salengro, ministre français de l’Intérieur.
Anglais Français Allemand French Prime Minister Leon Blum giving a Communist salute in acknowledgment to the crowds on Bastille Day at the Place de la Nation in Paris, France on July 14, 1936. Shown right of the premier are Maurice Thorez and Roger Salengro, the French Minister of Interior. 265
Le Premier ministre français Léon Blum salue la foule d’un salut communiste à l’occasion de la Fête nationale française, place de la Nation à Paris, le 14 juillet 1936. À sa droite se trouvent Maurice Thorez et Roger Salengro, ministre français de l’Intérieur. AP
’Ce n’est pas assez de dire que le second tour achève la victoire. Il lui donne des proportions et une signification que personne n’osait presque espérer. Le triomphe du Front Populaire est écrasant’. C’est par ces mots que Léon Blum, le futur président du conseil, salue la victoire de la coalition des forces de gauche en une du journal socialiste ’Le Populaire’ le 3 mai 1936. Ce ’Front populaire’ vient d’obtenir 386 sièges sur 608 à la Chambre des députés, dont 147 pour la SFIO. Pour la première fois, les socialistes, alliés aux radicaux et aux communistes, vont diriger le pays.
Le danger fasciste{{}}
’C’est une alliance large qui découle d’un long et lent processus’, résume l’historien Jean Vigreux, professeur à l’université de Bourgogne, spécialiste des gauches au XXe siècle. ’Ce qui a permis cette union, c’est l’onde de choc de l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler’, ajoute l’auteur de ’Découvrir le Front populaire’ (Les éditions sociales). Deux ans auparavant, un événement va changer la donne. Alors que la France est à son tour touchée par la Grande dépression, des ligues d’extrême droite s’attaquent au régime parlementaire. Le 6 février 1934, elles manifestent devant la Chambre des députés. Le rassemblement tourne à l’émeute faisant une quinzaine de morts et près de 1 500 blessés.
’Cela a été perçu comme un coup de force à gauche et comme une atteinte à la démocratie et à la République. La mise en œuvre de la dictature nazie en quelques mois à la même période en Allemagne a fait prendre conscience du danger que représente le fascisme’, décrit Jean Vigreux.
Photo prise le 06 février 1934 sur la place de la Concorde à Paris des débordements de la manifestation faisant suite au scandale Alexandre Stavisky, une vaste affaire d’escroquerie pour laquelle les dirigeants des ligues des Croix de feu et les associations d’anciens combattants avaient décidé d’organiser une manifestation le jour même où Edouard Daladier devait faire sa déclaration ministérielle devant la Chambre.
Photo prise le 06 février 1934 sur la place de la Concorde à Paris des débordements de la manifestation faisant suite au scandale Alexandre Stavisky, une vaste affaire d’escroquerie pour laquelle les dirigeants des ligues des Croix de feu et les associations d’anciens combattants avaient décidé d’organiser une manifestation le jour même où Edouard Daladier devait faire sa déclaration ministérielle devant la Chambre. AFP
La gauche décide alors de s’unir. Dans les jours qui suivent ce coup de force des ligues d’extrême droite, communistes et socialistes défilent ensemble avec la bénédiction de Moscou. Au mois de juillet, les deux partis signent un ’pacte d’unité d’action antifasciste’. En juin 1935, le parti radical, positionné plutôt au centre droit, opère aussi un rapprochement avec la SFIO et le PC. Le 14 juillet 1935, ces trois formations se rassemblent ensemble pour la première fois, aux côtés d’autres petits partis, de syndicats et d’associations, lors d’une manifestation regroupant 500 000 personnes.
La manifestation du 14 juillet 1935, à Paris, place de la Bastille.
La manifestation du 14 juillet 1935, à Paris, place de la Bastille. © Wikimedia/Gallica
’Ils ont prêté serment de rester unis pour défendre les libertés démocratiques menacées, pour apporter au monde la paix et pour construire un avenir pour le monde du travail. En ce sens, ils ont rédigé un programme connu sous le nom de Front populaire’, explique l’historienne Danielle Tartakowsky, spécialiste de l’histoire sociale et politique en France au XXᵉ siècle. ’Leur programme s’organisait autour de trois thèmes : pain, paix et liberté. Leurs mesures étaient destinées à lutter contre la crise et contre le danger de guerre’, ajoute l’autrice de ’Le Front populaire : La vie est à nous’ (éditions Gallimard).
Un climat de violence{{}}
La campagne électorale se déroule dans un climat très lourd, tant d’un point de vue national qu’international, comme le souligne Nicolas Brisset, historien de la pensée économique à l’Université Côte d’Azur : ’L’institution des régimes fascistes et nazi respectivement en Italie et en Allemagne et le sentiment de la montée en puissance des ligues d’extrême droite s’accompagnent d’un climat de violence. La figure de Léon Blum cristallise cette violence. Attaqué parce que juif, parce qu’intellectuel, mais également pour une apparence prétendument faible et ’efféminé’’.
Le 13 février 1936, le député socialiste est ainsi victime d’une tentative de lynchage par un groupe de Camelots du roi, des militants de l’extrême droite nationaliste, qui attendaient le passage du cortège funèbre de Jacques Bainville, figure de l’Action française. ’Il y a vraiment une bipolarisation de la vie politique qui a bien été perçue à l’époque par la presse. Déjà en 1935, le magazine Vu titrait ’Front national contre Front populaire’. Ce dernier suscitait un immense espoir pour certains, mais aussi de grandes peurs pour d’autres, avec la crainte des communistes’, ajoute l’historien Jean Vigreux.
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Le dirigeant socialiste français, Léon Blum, la tête bandée, quitte l’hôpital après avoir reçu des soins médicaux pour son oreille et son cou à la suite d’une agression perpétrée par un groupe de royalistes français, le 13 février 1936 à Paris.
Le dirigeant socialiste français, Léon Blum, la tête bandée, quitte l’hôpital après avoir reçu des soins médicaux pour son oreille et son cou à la suite d’une agression perpétrée par un groupe de royalistes français, le 13 février 1936 à Paris. AP
À lire aussi Charles Berling : ’Léon Blum était un visionnaire’
Un large mouvement de grèves{{}}
Cette fracture s’accentue avec les grèves qui débutent au début du mois de mai 1936. Pour Nicolas Brisset, elles ne sont pas ’tournées contre le Front populaire’, mais en sont au contraire ’l’émanation’ : ’Le point de départ est la grève du 1er mai 1936, choisie par la CGT comme un grand moment de soutien au Front populaire. Le patronat réagi assez violemment, en licenciant un certain nombre de grévistes, ce qui déclenche d’autres grèves.’
’Ces grèves de la joie’, comme elles seront surnommées, se répandent un peu partout en France. On compte jusqu’à 2 millions de grévistes. Les nombreuses photographies de ces joyeuses occupations d’usines sont restées dans les mémoires : pique-niques, bals populaires au son de l’accordéon, matches de boxes, ou encore parties de belotes.
Des ouvriers en grève occupent leur usine et dansent en juin 1936.
Des ouvriers en grève occupent leur usine et dansent en juin 1936. AFP -
Installé à la tête d’un gouvernement composé de ministres socialistes et radicaux soutenu par le Parti communiste depuis le 6 juin, le nouveau président du conseil Léon Blum s’empresse d’y répondre, selon Nicolas Brisset : ’Les grèves jouent de manière décisive dans la mise en place de mesures rapides, via les accords de Matignon. Elles font aujourd’hui parti de la mémoire syndicale française, tout comme les mots de Maurice Thorez (le patron du PCF, NDLR) prononcés le 11 juin 1936 : ’Il faut savoir terminer une grève, dès que satisfaction a été obtenue’’.
En moins de deux mois sont ainsi notamment votés la semaine de quarante heures, les congés payés et les conventions collectives. Pour Danielle Tartakowsky, ces mesures ont changé le monde du travail, mais aussi la vie des Français : ’Pour la première fois à l’été 1936, des hommes et des femmes ont été payés tout en s’arrêtant de travailler. Ils ont pu aller voir la mer. Ils ont donc ressenti les acquis de cette lutte au plus profond d’eux-mêmes dans cette capacité d’avoir un temps à soi’.
Les ouvriers et les employés n’ont pas été les seuls à bénéficier de cette réforme, insiste d’ailleurs l’historienne : ’Des salariés agricoles se sont aussi mis en grève. Un office du blé a été créé pour soutenir les prix payés aux paysans. Les familles d’agriculteurs ont aussi pu voir revenir grâce aux congés pays leurs enfants qui étaient devenus ouvriers’. ’Cela a été un moment unique’, résume cette spécialiste du Front populaire.
Un article exaltant le cyclotourisme, ’mode économique et sportif de voyage’, dans le cadre des congés payés, publié dans le magazine communiste ’Regards’, le 13 août 1936.
Un article exaltant le cyclotourisme, ’mode économique et sportif de voyage’, dans le cadre des congés payés, publié dans le magazine communiste ’Regards’, le 13 août 1936. © Wikimedia/Gallica
Des difficultés intérieures et extérieures{{}}
Mais cette grande victoire populaire a aussi été marquée par des désillusions. Jean Vigreux rappelle par exemple que cette gauche unie ’n’a pas été jusqu’au bout pour donner le droit de vote aux femmes’. Le Front Populaire est aussi ’très rapidement confronté à la guerre d’Espagne’, ajoute l’historien. Même si Léon Blum soutient les Républicains face aux Franquistes, il décide finalement de ne pas intervenir par crainte d’un éclatement de la coalition gouvernementale.
Au même moment, le gouvernement fait aussi face à des difficultés économiques, comme l’explique Nicolas Brisset : ’La contrainte extérieure et la fuite de capitaux, dans un contexte de montée des périls internationaux, poussent à privilégier les dépenses militaires, au détriment du prolongement du programme social de 1936. Cela nourrit une déception au sein de la base ouvrière et militante’.
Pour répondre à ces défis, Léon Blum demande les pleins pouvoirs financiers qui lui sont refusés. Le 21 juin 1937, un an et deux semaines après son investiture, Léon Blum rend son tablier. Rappelé à la présidence du Conseil en mars 1938, il ne tiendra pas un mois. L’aventure du Front populaire prend fin en novembre 1938 avec la répression d’une vague de grèves en riposte aux décrets-lois pris par le gouvernement du radical Daladier, remettant en cause les conquêtes sociales.
À lire aussi Après l’appel à un nouveau ’Front populaire’, retour sur ’l’immense espoir’ suscité en 1936
’Une expérience majeure’{{}}
Malgré la brièveté de cette aventure, ’le Front populaire a jeté les bases non seulement de l’état social, mais de la pensée selon laquelle l’état est légitime à intervenir en matière de politiques sociales et d’économie. Le Front populaire est devenu une expérience majeure ouvrant le champ des possibles politiques, comme a pu l’être le New deal’, estime Nicolas Brisset. Pour preuve, dix ans plus tard, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, le Conseil national de la Résistance s’inspirera en grande partie de son programme.
Dans les décennies qui ont suivi, le Front populaire est resté comme une boussole pour la gauche. Jean Vigreux rappelle la 5e semaine de congés payés et la retraite à 60 ans sous la présidence de François Mitterrand ou encore les 35 heures sous le gouvernement de Lionel Jospin. ’Il y a toujours cette projection par rapport à ces acquis sociaux et à la possibilité de changer la vie des gens’, résume-t-il.
Des participants brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire ’Nous sommes le Nouveau Front Populaire’ lors d’une réunion de campagne électorale législative en plein air intitulée ’Construire le Front Populaire (NFP) avec la société civile’ de la coalition électorale des partis de gauche surnommée le ’Nouveau Front Populaire’ à Montreuil, le 17 juin 2024.
Des participants brandissent des pancartes sur lesquelles on peut lire ’Nous sommes le Nouveau Front Populaire’ lors d’une réunion de campagne électorale législative en plein air intitulée ’Construire le Front Populaire (NFP) avec la société civile’ de la coalition électorale des partis de gauche surnommée le ’Nouveau Front Populaire’ à Montreuil, le 17 juin 2024. AFP - LUDOVIC MARIN
Plus récemment, le Front populaire a été de nouveau invoqué lors des élections législatives anticipées en juin 2024. Les différents partis de gauche se sont regroupés pour constituer un ’Nouveau Front populaire’. Le NFP est arrivé en tête du scrutin, obtenant une majorité relative à l’assemblée nationale, mais le président de la République Emmanuel Macronn’a pas choisi de nommer à Matignon l’un de ses candidats. ’Il a manqué une figure et il y a eu trop de divisions internes’, constate Jean Vigreux.
À un an des prochaines élections présidentielles et alors que l’extrême droite est donnée en tête dans les sondages, certains à gauche appellent de nouveau à l’unité. Dans un édito publié à l’occasion du 1er mai, le journal la Marseillaise invite ’à trouver dans l’histoire les clés de notre avenir’ : ’Le nom du programme du Front populaire, ’Pain, paix, liberté’ est un manifeste contre l’oppression et les injustices et n’a pas pris une ride tant ces fléaux font rage sur notre planète’.
À lire ensuite :
Des femmes reçoivent leur bulletin de vote pour la première fois en France lors des élections municipales à Paris, le 29 avril 1945.
’J’étais contente et fière’ : il y a 80 ans, les Françaises votaient pour la première fois
Avec Léon Blum pour chef de file, le Front populaire est une coalition de gauche, qui gouverne la France de mai 1936 à avril 1938.
Après l’appel à un nouveau ’Front populaire’, retour sur ’l’immense espoir’ suscité en 1936
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Rappel du Front populaire : une coalition politique de gauche de 1935 à 1938 en France avec Wikipédia
Pour les articles homonymes, voir Front populaire.
Pour la coalition politique espagnole formée en 1936, voir Front populaire (Espagne).
Pour la coalition politique catalane formée en 1936, voir Front des gauches de Catalogne.
Pour la coalition politique française formée en 2024, voir Nouveau Front populaire.
Front populaire | |
Image illustrative de l’article Front populaire (France) |
| Fondation {{}} | 14 juillet 1935 |
| Disparition {{}} | Novembre 1938 |
| Élections concernées par l’alliance {{}} | Élections législatives de 1936 (XVIe législature) |
| Organisations politiques concernées {{}} | Parti radical |
| Représentation à l’Assemblée nationale | 386 / 608 |
| Idéologie {{}} | Socialisme |
| Couleurs | Rouge |
En France, le Front populaire est une coalition politique de gauche, formée en vue des élections législatives de 1936 autour du Parti radical, de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) et du Parti communiste.
Ayant remporté une majorité de sièges, elle donne naissance à quatre gouvernements entre juin 1936 et avril 1938. Le premier est dirigé par le socialiste Léon Blum, les deux suivants par le radical Camille Chautemps et le dernier par Léon Blum à nouveau. Les communistes les soutiennent mais n’y participent pas.
La victoire du Front populaire aux élections est un choc pour une grande partie de la bourgeoisie. À l’inverse, elle suscite en soutien un large mouvement de grève dans les usines en mai et juin 1936. Pourtant élu sur un programme modéré, le gouvernement nouvellement formé appuie alors, par la négociation des accords de Matignon, l’instauration d’importantes réformes sociales, comme la réduction du temps de travail à 40 heures par semaine ou la création de deux semaines de congés payés.
Après deux ans au pouvoir marqués par de nombreuses dissensions, la coalition éclate devant le refus du Sénat d’accorder à Léon Blum les pleins pouvoirs financiers pour faire face à une crise économique et monétaire. Le radical Édouard Daladier lui succède à la présidence du Conseil en avril 1938.
Près d’un siècle après sa disparition, le Front populaire reste une des références majeures de la gauche française. La coalition des partis de gauche formée en vue des élections législatives de 2024 y fait directement référence.
Genèse et formation{{}}
La réaction militante au 6 février 1934{{}}
Manifestation de la SFIO en réaction à la crise du 6 février 1934. Une pancarte proclame « à bas le fascisme » et des banderoles exigent « le pouvoir au socialisme » et la « dissolution des ligues fascistes »
(agence Meurisse, 1934, Paris, BnF).
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/6/68/SFIO.svg/250px-SFIO.svg.pngEmblème du parti socialiste SFIO.
C’est en réaction à la journée d’émeutes menée le 6 février 1934 par les ligues d’extrême droite (Action française, Jeunesses patriotes, etc.) et d’autres groupes d’anciens combattants que les partis de gauche décident de s’unir contre « le danger fasciste »[1].
Dès le 12 février 1934, un mouvement en faveur d’une unité d’action se dessine lors des manifestations de rue en France[2]. Durant ces manifestations, les cortèges communistes et socialistes défilent ensemble sous la pression des militants de chaque parti. Le même jour, la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU) appellent à une journée de grève[3].
Les socialistes et les communistes sont sincèrement convaincus qu’ils viennent de connaître une tentative de coup d’État concerté en vue d’établir un régime autoritaire[4]. Cependant, ils réagissent d’abord en ordre dispersé. À la fois concurrents et adversaires depuis la scission survenue lors du congrès de Tours de la SFIO, qui a vu la formation de la Section française de l’Internationale communiste qui deviendra plus tard le Parti communiste (PC), les deux partis ouvriers peinent à renouer le dialogue. Pour les communistes, qui suivent les orientations de la Troisième Internationale, le capitalisme est entré dans sa « troisième phase » : il va bientôt connaître une période de crise qui le poussera à agresser l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS). Lorsque ce conflit, qu’ils pensent inévitable, surviendra, les communistes auront pour tâche de lutter énergiquement contre leur bourgeoisie nationale, quel que soit son bord politique (de ce point de vue, les radicaux ou les républicains-socialistes sont assimilés à la droite et taxés de fascistes). Fondamentalement révolutionnaire, le PC considère même que le combat doit s’étendre à la SFIO, coupable de contribuer à faire avorter la Révolution en prônant des politiques réformistes[1]. Cette défiance contre la SFIO remonte également à l’acceptation de l’Union sacrée en 1914 par la SFIO.
Pour sa part, la SFIO se méfie d’un Parti communiste qui, sous couvert de proposer un front unique, pourrait chercher en réalité à attirer vers lui les militants socialistes en les éloignant de leurs dirigeants[5]. Par ailleurs les socialistes, alliés traditionnels des radicaux, sont en froid avec ces derniers. Ces deux partis ont déjà connu ensemble par deux fois l’expérience de la coalition, dans le cadre du Cartel des gauches, en 1924 et 1932. Des accords de désistements réciproques leur avait alors permis d’investir une majorité absolue de sièges à la Chambre des députés. Or, à chaque fois, socialistes et radicaux finissaient par entrer en conflit sur les questions économiques et sociales : les premiers refusant à terme leur soutien aux gouvernements des seconds, les radicaux finissaient par s’allier à la droite et les socialistes passaient dans l’opposition. Sur la question de la responsabilité de cet échec, les deux partis se renvoient la balle et leurs rapports sont, depuis 1934, bien conflictuels[6]. Concrètement, les socialistes comme les communistes, attaquent violemment les radicaux, ne leur pardonnant pas leur alliance avec la droite dans le gouvernement Doumergue (février-novembre 1934), tandis que les radicaux reprochent aux socialistes de ne pas les avoir efficacement soutenus lors des deux expériences du Cartel, ce qui en fait à leurs yeux des alliés définitivement peu recommandables.
Pourtant, le 6 février déclenchera une dynamique qui l’emportera peu à peu sur les querelles d’appareil[7]. Au lendemain de cette journée, plusieurs comités antifascistes se forment, comprenant des socialistes, des radicaux et des représentants de divers groupes de gauche, mais jamais de communistes. Les clivages idéologiques persistent. Le 9 février, le PC et la CGTU organisent un grand rassemblement[8] place de la République, contre le fascisme et les ambiguïtés du gouvernement. De son côté, la SFIO préfère relayer par une manifestation l’appel de la CGT à la grève générale pour le 12 février. Le PC décide de se joindre à la manifestation, espérant toujours attirer à lui les militants socialistes en plaçant des orateurs tout le long du cortège. C’est pourtant l’inverse qui se produit : « les militants communistes se joignent au cortège socialiste, abandonnant estrades et orateurs communistes, et c’est aux cris de « Unité ! Unité ! » que les militants des deux partis défilent de concert »[9].
Ce sont donc les militants ordinaires, contre la volonté des états-majors hormis Jacques Doriot, qui font du 12 février 1934 une manifestation unitaire, et préparent ainsi les esprits à l’idée du Rassemblement populaire. Épisode symptomatique d’une union antifasciste bien plus précoce à la base qu’à la tête de deux partis dont les dirigeants se haïssent[réf. nécessaire].
Changement de ligne du Parti communiste{{}}
Maurice Thorez, photographie parue dans le compte rendu sténographique du VIIIe Congrès national du PC (Lyon-Villeurbanne en janvier 1936).
La faucille et le marteau, alors emblème du PC.
L’évolution vers l’unité n’est pas évidente, la direction du PC étant dans un premier temps hostile à tout rapprochement avec la SFIO, conformément à la tactique « classe contre classe » élaborée à la fin des années 1920 par la Troisième Internationale. Pourtant, le 26 juin 1934 à Ivry, Maurice Thorez opère un virage en appelant à l’unité d’action avec les socialistes[10].
Les explications de cette spectaculaire évolution[11] sont diverses et, pour certaines, sujettes à caution[12]. Il est certain que c’est avec l’accord de l’Internationale, dirigée depuis Moscou, que Thorez opère ce changement de stratégie, la question restant en suspens de savoir si les communistes français l’avaient préalablement sollicitée ou si l’initiative en revenait exclusivement au Komintern. Des raisons intérieures ont certainement joué, outre la volonté unitaire de la base : la tactique « classe contre classe » avait montré ses limites en isolant le parti et en provoquant un net recul du PC aux élections de 1932. Mais c’est également parce que Joseph Staline réévalue le danger fasciste[13], considéré jusqu’ici comme une évolution de la démocratie bourgeoise. Face à l’installation d’Adolf Hitler au pouvoir le PC adopte une attitude résolument unitaire.
Il ouvre ainsi la voie à la formation d’un « Front populaire » (l’expression est attribuée à Eugen Fried, représentant de l’Internationale communiste en France), avec comme première étape la signature entre les deux partis marxistes d’un « pacte d’unité d’action antifasciste » le 27 juillet 1934[14], où ils s’engagent à joindre leurs forces dans la lutte contre le fascisme et le gouvernement d’Union nationale de Gaston Doumergue.
Mais Thorez ne souhaite pas en rester là et déborde une SFIO qui, stupéfaite, l’entend à Nantes le 24 octobre 1934[15] suggérer « l’alliance des classes moyennes avec la classe ouvrière » et la constitution d’un rassemblement non seulement ouvrier mais « populaire », ce qui constitue clairement un appel du pied au Parti radical, représentant des classes moyennes. De fait, Thorez considère que les résultats des élections cantonales d’octobre 1934, où l’extrême-droite progresse en attirant à elle d’anciens électeurs radicaux, « attestent de la « course de vitesse » engagée entre les fascistes et les partis ouvriers pour la conquête des classes moyennes »[16], touchées par le chômage et désorientées politiquement. En intégrant les radicaux à la logique d’union à gauche, Thorez espère créer cette dynamique. Ces derniers, très méfiants vis-à-vis des communistes, refusent d’abord cette proposition d’alliance, position logique dans la mesure où ils participent aux gouvernements d’Union nationale : le Parti radical semble pencher à droite.
Le ralliement des radicaux (voir les images à la source){{}}
En 1933, photographie d’Édouard Daladier (assis) entouré de deux de ses collaborateurs
(Agence Meurisse à Paris - Photographie se trouvant à la BnF).
En 1936, photographie d’Édouard Herriot, ancien président du Parti radical,
se tient en retrait lors du Front populaire
(agence Meurisse à Paris -Photographie se trouvant à la BnF).
Pourtant, en juin 1935[17], la pression de l’aile gauche du Parti radical, notamment des « Jeunes Turcs » et d’Édouard Daladier (qui cherche à retrouver un espace politique après son échec à la suite du 6 février 1934), amène Édouard Herriot à accepter le rapprochement avec la SFIO et le PC. De fait, de nombreux éléments, outre la volonté de la plupart des militants de base de renouer avec la tradition d’un ancrage à gauche du parti, suggèrent le ralliement au Rassemblement populaire. En effet, le Parti radical, bien qu’allié de la droite dans les gouvernements de trêve, subit de la part de ses partenaires des critiques souvent violentes, allant de l’incompétence à la corruption, alors même que la politique de droite menée par ces gouvernements met mal à l’aise un nombre de plus en plus important de militants.
Dans le même temps, les communistes couvrent d’éloges le Parti radical, héritier selon eux de la Révolution française et représentant d’une classe moyenne désormais solidaire du prolétariat[18]. Le dernier verrou tombe lorsque l’Union soviétique se rapproche de la France à la suite de la visite de Pierre Laval à Moscou en mai 1935. Le PC peut désormais voter les budgets militaires et laisse libre cours à un discours patriotique[19] qui tranche avec ses positions antérieures et ne peut que satisfaire les radicaux.
Comme les élections municipales de mai 1935 se caractérisent par un nouveau recul du Parti radical, sauf là où il s’était allié avec la SFIO, Edouard Herriot n’a plus de réel argument pour poursuivre la politique d’alliance avec la droite, et le comité exécutif du parti, « emporté par la mystique unitaire antifasciste »[20], décide le 3 juillet de participer à la grande manifestation unitaire prévue pour le 14 juillet 1935.
Pierre Cot (1928).
Jean Zay (1937).
Gaston Bergery (1933).
Pierre Mendès France (1932).
La manifestation du 14 juillet 1935{{}}
Manifestation du 14 juillet 1935, Paris, place de la Bastille
(agence Meurisse, 1935, Paris, BnF).
Assises de la Paix et de la Liberté tenues le 14 juillet 1935 au stade Buffalo à Montrouge.
Le choix de la date, à la fois fête révolutionnaire et fête nationale, et du lieu (la manifestation suit le même parcours que celle du 12 février 1934) est significatif. Surtout, pour la première fois, militants et chefs radicaux (notamment Daladier), socialistes et communistes défilent de concert aux côtés d’autres petits partis, syndicats et associations (CGT, CGTU, CVIA, Ligue des droits de l’homme…), dans une manifestation de près de 500 000 personnes[21] et « dans l’euphorie d’une unité retrouvée de la gauche »[22]. La solennité du moment est renforcée par la rédaction d’un serment, écrit par Jean Guéhenno, André Chamson, et Jacques Kayser[23], prêté par tous les manifestants, qui réaffirme l’importance de la mobilisation antifasciste et dégage des objectifs pour améliorer la situation du pays[24].
La tranquille mobilisation d’un peuple de gauche qui revendique son histoire, y compris nationale (Jeanne d’Arc, La Marseillaise, le Soldat inconnu[25]) apparaît irrésistible, et c’est tout naturellement que le comité d’organisation de cette manifestation, dirigé par le président de la Ligue des droits de l’homme Victor Basch, est prolongé en un comité national pour le rassemblement populaire, chargé d’élaborer un programme commun et des accords de désistement dans la perspective des élections du printemps 1936.
Un programme électoral modéré et ambigu{{}}
Le programme du Front populaire, censé se structurer autour de son slogan électoral « Pain, Paix, Liberté », est plus concrètement organisé en deux rubriques.
Dans le domaine politique, les revendications sont classiques : défense de la démocratie (désarmement et dissolution des ligues, obligation pour les organes de presse de publier leur bilan financier pour permettre à leurs lecteurs de connaître l’identité de ceux qui les financent, promotion des droits syndicaux et de l’école laïque) et de la paix (désarmement relatif, promotion de la sécurité collective et de la négociation dans le cadre de la Société des Nations). En dehors de la volonté de nationaliser les industries pour soustraire la politique extérieure de la France à l’influence des marchands de canon, « cette plateforme somme toute modérée témoigne davantage de préoccupations électorales que d’une claire perception de la situation internationale : ni la question coloniale, ni les dangers extérieurs, ni la situation en Europe ne semblent préoccuper ses signataires »[26], et l’antifascisme reste essentiellement à destination interne, contrairement aux souhaits du PC, plus belliciste et prêt à internationaliser la lutte contre le fascisme[27]. Ces ambiguïtés en matière de politique extérieure pèseront lourd dans les difficultés ultérieures du gouvernement de Front populaire.
Les mesures préconisées par le Front populaire en matière économique sont plus importantes, bien que tout autant marquées du sceau du compromis. En dehors de la volonté de réformer la Banque de France, « il s’agit, à l’instar de Roosevelt aux États-Unis, de conduire, comme on le dira plus tard, une politique de relance par la consommation, dont on espère la reprise de la production, la réduction de la thésaurisation et le retour de la croissance »[28] : « réduction de la journée de travail », « plan de grand travaux d’utilité publique », création d’un « fonds national de chômage » et d’un régime de retraite pour les vieux travailleurs. À cela s’ajoute en matière agricole la mise en place d’un Office national des céréales destiné à régulariser le marché et lutter contre les spéculateurs.
En fait, même sur le plan économique, ce programme modéré du « plus petit dénominateur commun » reste modeste et se contente de prévoir la « réalisation des tâches immédiates » pour résoudre la crise et apporter « une solution aux injustices sociales les plus criantes […], sans toucher aux structures de la société »[29], comme le souhaiteraient les socialistes. De ce point de vue, il est nettement plus proche des vues du Parti radical[30] que de celui de la SFIO, plus étatiste quand les radicaux restent fondamentalement des libéraux[31]. Cela n’a pas été sans créer des tensions entre le Parti radical et les socialistes, mais ces derniers ont dû s’incliner compte tenu de la farouche volonté du PC de faire preuve de modération pour assurer le ralliement des classes moyennes au Front populaire[32], en acceptant par exemple le fait de rayer du programme final la mention « Réduction de la semaine de travail sans réduction du salaire hebdomadaire. » ainsi que le plafond des 40h par semaine[33]. Il ne constitue d’ailleurs qu’une base de désistement pour le second tour, chaque parti défendant au premier tour son propre programme, dont la compatibilité avec le programme de Front populaire n’est pas toujours évidente. Ici comme en politique étrangère, les divergences entre alliés, les ambiguïtés sont nombreuses, même si dans un premier temps l’enthousiasme des militants peut les maintenir sous cloche.
La victoire électorale et la mise en place du gouvernement de Front populaire{{}}
Victoire et rapports de forces internes au Front populaire{{}}
Article détaillé : Élections législatives françaises de 1936. Une du journal Le Populaire, no 4831, 4 mai 1936.
Profitant de son unité (les désistements entre le premier et le second tour furent quasi-systématiques et de ce fait, les reports de voix, notamment communistes, meilleurs qu’en 1928 et 1932), de la crise économique et de l’absence d’une politique alternative à droite (où l’argument de campagne principal se limita à l’anticommunisme), le Front populaire remporte une nette victoire aux élections législatives des 26 avril et 3 mai 1936, rassemblant environ 57 % des suffrages exprimés au premier tour et envoyant, au terme du second, un total de 386 députés sur 608 siéger à la Chambre des députés, dont 147 pour la SFIO.
Composition politique de la Chambre des députés de 1936 {{}}
Le caractère spectaculaire — y compris à l’époque — de ce succès électoral ne doit pas laisser penser que l’opinion française aurait alors nettement glissé à gauche. Comme le souligne l’historien Eric Hobsbawm, le triomphe du Front populaire « résulte de l’augmentation d’à peine 1 % des suffrages obtenus par les radicaux, les socialistes et les communistes en 1932 », déjà favorable à la gauche il est vrai, et le succès du Front populaire met surtout « dramatiquement en relief les coûts de la désunion passée »[34].
Malgré cette relative stabilité du corps électoral de gauche, les évolutions de la part de chacun des trois partenaires du Front populaire permettent d’éclairer l’évolution de l’opinion de gauche. « Le parti communiste pouvait légitimement apparaître comme le grand vainqueur de la consultation : avec 1 500 000 voix, il doublait ses suffrages de 1932 »[35]. L’essentiel de ces gains sont réalisés aux dépens des socialistes, qui compensent leur perte dans le milieu ouvrier en mordant sur l’électorat rural du Parti radical.
De fait, les radicaux (1 400 000 voix), compromis par leur participation aux gouvernements de droite et par leur soutien à la politique de déflation, mais également du fait de la bipolarisation du scrutin, perdent 350 000 voix. Cependant, le caractère stratégique de leur place dans la coalition gouvernementale ne doit pas être négligé. Si les radicaux ont perdu de leur superbe, ce sont leurs 106 députés qui permettent au gouvernement d’exister, dans la mesure où aux 219 députés socialistes et communistes correspondent les 219 députés de la droite. De ce fait, les radicaux affaiblis jouent néanmoins un rôle pivot. Il suffit qu’ils fassent le choix de basculer vers la droite comme en 1926 ou 1934, et le gouvernement de Front populaire disparaîtrait. Paradoxalement, bien que « battus par les électeurs le 26 avril, les radicaux se trouvent en position d’arbitres, en mesure de faire ou défaire les majorités, et leur puissance parlementaire fait d’eux, au moment même où leur parti commence son déclin, les maitres réels du jeu politique français »[36].
Le gouvernement Blum{{}}
Le gouvernement Blum en juin 1936.
Léon Blum
(agence Meurisse, 1936, Paris, BnF).
Roger Salengro
(Bibliothèque numérique Roubaix).
Bien que la progression du PC dans son électorat traditionnel soit réelle, la SFIO conserve un électorat stable de près de 2 millions de voix. Premier parti de France, il apparaît dès lors naturel que le chef du nouveau gouvernement soit issu de ses rangs. Léon Blum s’efforce cependant de rester pragmatique : il distingue l’exercice de la conquête du pouvoir. Les Français n’ayant pas donné de majorité aux « prolétariens » (SFIO et PC seuls), il en déduit qu’il est impossible, dans l’état actuel des choses, de transformer les structures sociales de la France pour aller dans le sens d’une société socialiste [37]. Il plaide donc en faveur de l’application la plus stricte du programme du Front populaire : le 31 mai, il déclare devant le Conseil national de la SFIO, que « non seulement le Parti socialiste n’a pas la majorité, mais les partis prolétariens ne l’ont pas davantage. Il n’y a pas de majorité socialiste ; il n’y a pas de majorité prolétarienne. Il y a la majorité du Front populaire dont le programme du Front populaire est le lieu géométrique. Notre mandat, notre devoir, c’est d’accomplir et d’exécuter ce programme. Il s’ensuit que nous agirons à l’intérieur du régime actuel, de ce même régime dont nous avons montré les contradictions et les iniquités tout au long de notre campagne électorale »[38]. L’expérience ne sera donc pas socialiste, mais se limitera à une nouvelle forme de réformisme social. Blum voit également un deuxième avantage à prendre la tête du gouvernement : en « occupant » le pouvoir, les socialistes peuvent directement empêcher les fascistes de s’y installer[37].
De fait, cette majorité parlementaire inédite investit le premier gouvernement à dominante socialiste de la IIIe République, et Léon Blum est nommé président du Conseil par le président de la République Albert Lebrun, le 4 juin 1936. Contrairement à la tradition de la Troisième République, Blum décide de ne se charger « d’aucune responsabilité particulière pour se consacrer tout entier à la direction du gouvernement », dans le but de renforcer la présidence du Conseil : « À ses yeux, le chef du gouvernement ne devait pas se limiter à coordonner l’action des ministres, mais devait véritablement diriger, à la manière du Premier ministre britannique »[39]. Blum dispose effectivement d’une réelle autorité sur le gouvernement qu’il préside.
Léon Blum ne se contente pas de redéfinir le rôle dévolu au président du Conseil : il innove également en créant de nouveaux postes ministériels et en attribuant ces ministères à de nouvelles personnalités (Composition du premier gouvernement), même si certains barons du radicalisme tiennent leur place, comme Camille Chautemps, Yvon Delbos (ministre des Affaires étrangères) ou Édouard Daladier, vice-président du Conseil, ministre de la Défense nationale et de fait numéro deux du gouvernement.
L’équipe réunie par Blum compte de nombreux ministres néophytes[40] parmi lesquels les socialistes Vincent Auriol aux Finances et Georges Monnet à l’Agriculture, ainsi que le jeune (36 ans) Léo Lagrange, nommé sous-secrétaire d’État aux Sports et aux Loisirs, et aussitôt tourné en dérision par la droite et l’extrême-droite comme titulaire du « ministère de la paresse »[41]. Il recrute aussi dans le vivier des Jeunes Turcs, « cette nouvelle génération d’élus radicaux non-conformistes et ancrés à gauche »[42], à des postes qu’il juge importants : l’Éducation nationale pour Jean Zay (32 ans), l’Air pour Pierre Cot. En outre, Blum est le premier à faire appel à des femmes (Suzanne Lacore, Irène Joliot-Curie et Cécile Brunschvicg)[43] pour occuper des secrétariats d’État, alors que celles-ci n’ont toujours pas le droit de vote[44].
Le gouvernement est globalement dominé par les socialistes (20 ministres et secrétaires d’État, contre 13 radicaux), les communistes choisissant de le soutenir de l’extérieur. En effet, tout en assurant Blum de son total soutien, le PC préfère ne pas donner prise aux craintes d’une révolution alimentées dans les classes moyennes par l’opposition, qui « agitait sans cesse l’épouvantail de « l’homme au couteau entre les dents » et prédisait la violence bolchévique à brève échéance »[45]. Cette position a en outre l’avantage de ne pas trop le compromettre avec un pouvoir resté bourgeois et de préserver le cas échéant son image au sein des masses, où son influence grandit[46].
Le mouvement de grève de mai-juin 1936{{}}
Grève de la métallurgie : occupation d’une usine de la banlieue parisienne
(agence Meurisse, 1936, Paris, BnF).
Avant la formation du nouveau gouvernement, des grèves éclatent dans des usines d’aviation du Havre. Le 11 mai, 600 ouvriers et 250 employés des usines Breguet arrêtent le travail pour demander la réintégration de deux militants licenciés pour avoir fait grève le 1er mai. L’usine est occupée et les tentatives de la police de déloger les grévistes échouent, les dockers se solidarisant des grévistes[47]. En deux jours, ces derniers obtiennent satisfaction. Le 13 mai, c’est au tour des usines Latécoère, à Toulouse, puis le 14 à celles de Bloch, à Courbevoie, d’être occupées. Le mouvement se répand comme une trainée de poudre, atteignant rapidement les entreprises voisines[38]. Des femmes se mobilisent et certaines mènent les grèves (Martha Desrumaux, Madeleine Colliette, Suzanne Gallois…), en particulier dans les usines textiles ou alimentaires[48].
Le 24 mai le rassemblement en souvenir de la Semaine sanglante qui signe la fin de la Commune de Paris rassemble 600 000 participants, brandissant des drapeaux rouges et entonnant des chants révolutionnaires. Le lendemain, de nombreuses grèves débutent en région parisienne, qui obtiennent généralement rapidement satisfaction. Le 28, les 30 000 ouvriers de Renault à Billancourt entrent dans la grève[49]. Un compromis est trouvé avec la CGT, mais la lame de fond continue, et à partir du 2 juin des corporations entières entrent en grève : la chimie, l’alimentation, le textile, l’ameublement, le pétrole, la métallurgie, quelques mines, etc. À partir du 5, les vendeurs de journaux, les tenanciers de kiosques, les employés des salles de spectacles, les commis, les garçons de café, les coiffeurs, des ouvriers agricoles, etc., font grève, souvent pour la première fois[50].
Pour la première fois également les entreprises sont occupées par les grévistes, qui organisent des comités de grève. Se trouve remis en cause le principe de la propriété privée des moyens de production[38]. Des bals sont donnés dans les usines ou les grands magasins, des compagnies de théâtre (comme le groupe Octobre de Jacques Prévert) jouent des pièces. On compte 12 000 grèves, dont 9 000 avec occupation, entraînant environ 2 millions de grévistes. Malgré les paroles rassurantes de Léon Blum, le climat qui règne alors en France a des connotations clairement révolutionnaires. Peu ou pas encadré par des organisations politiques ou syndicales, le mouvement trouve des causes multiples et fortement localisées, mais a aussi un côté festif. Comme l’a écrit la philosophe Simone Weil dans la revue La Révolution prolétarienne, ce sont de véritables « grèves de la joie » : on fête la victoire électorale de la gauche, la dignité ouvrière retrouvée après une longue période de compression[51]. L’aile gauche de la SFIO soutient pleinement la grève générale : dans un article publié dans Le Populaire le 27 mai, Marceau Pivert presse Léon Blum de s’appuyer sur ces mouvements sociaux pour envisager une vraie conquête du pouvoir, clamant que « tout est possible ».
C’est bien l’opinion du président du Conseil, le radical Albert Sarraut, qui invite Blum à prendre immédiatement sa place pour résoudre la situation. Mais celui-ci refuse, soucieux de respecter scrupuleusement le calendrier fixant l’expiration du mandat de la Chambre élue en 1932 au mois de juin[51]. Le patronat hésite à employer la force pour évacuer les usines et préfère la négociation. Le gouvernement Blum, enfin formé le 4 juin, cherche tout de suite à faire cesser le mouvement de grève : Léon Blum rencontre une délégation du patronat composée de René-Paul Duchemin, Pierre-Ernest Dalbouze, Pierre Richemond et Alfred Lambert-Ribot[52]. Les accords Matignon sont signés dans la nuit du 7 au 8 en échange de l’évacuation des usines. Mais la reprise n’est pas immédiate, et bien des délégués des usines en grève souhaitent continuer le mouvement. À partir du 11 juin, le PC conseille l’arrêt des grèves, Maurice Thorez déclarant qu’« il faut savoir arrêter une grève dès que satisfaction a été obtenue »[53]. Le mouvement gréviste reflue peu à peu à Paris, mais continue à se développer en province.
Action du gouvernement{{}}
Le succès électoral a donc éveillé chez l’ensemble des travailleurs un immense espoir. Ainsi, un mouvement de grève et d’occupation d’usines se mit en place, gagnant toute la France. Près de deux millions de travailleurs débrayèrent, paralysant le pays. À l’image des électriciens et des gaziers[54], la plupart des différentes catégories professionnelles ont pris part à ce mouvement largement dominés par les métallurgistes. Les patrons, craignant au plus haut point une révolution bolchevique, s’empressèrent de négocier sous l’égide du gouvernement dans le but d’obtenir la reprise du travail.
Politique économique et sociale{{}}
Léo Lagrange, sous-Secrétaire d’Etat au Sport et aux Loisirs (1936).
Article exaltant le cyclotourisme, « mode économique et sportif de voyage », dans le cadre des congés payés (magazine communiste Regards, no 136, 13 août 1936).
Ainsi, le 7 juin 1936, les accords Matignon furent signés par la CGT et le patronat, à l’initiative du gouvernement. Ces accords mettaient en place, entre autres, le droit syndical, et prévoyaient une hausse des salaires de plus de 7 à 15 % selon les branches professionnelles, soit environ 12 % en moyenne sur toute la France. Quelques jours plus tard, bien que ces mesures ne figurent pas dans le programme du Front populaire, par deux lois votées par le Parlement, les premiers congés payés (2 semaines) furent instaurés, et la semaine de travail passa de 48 à 40 heures. Pour les ouvriers et employés partant en vacances, Léo Lagrange créa des billets de train avec 40 % de réduction, qui existent toujours. Ces accords n’empêchèrent pas les grèves et les occupations de se poursuivre, parfois jusqu’en juillet 1936.
Le 29 juillet fut votée la retraite des mineurs et, le 28 août, une loi sur les allocations chômage. Une politique de nationalisations fut mise sur pied, dans l’industrie aéronautique, d’armement (7 août), puis dans les chemins de fer (naissance de la SNCF en 1937). La Banque de France ne fut pas nationalisée, mais la tutelle de l’État s’accrut et le droit de vote s’étendit à tous les actionnaires (il était jusqu’alors réservé aux 200 plus gros).
Le 28 août fut adopté un budget de 20 milliards de francs pour de grands travaux. Le gouvernement signe le 1er octobre un accord monétaire avec la Grande-Bretagne et les États-Unis pour fixer la valeur du franc dans une fourchette de 43 à 49 milligrammes d’or contre 65,5 milligrammes auparavant[55].
Un Office national interprofessionnel du blé (actuel Office national interprofessionnel des grandes cultures) fut chargé de soutenir les prix payés aux agriculteurs, très durement touchés par la crise. Georges Monnet, ministre de l’Agriculture, ne réussit pas à faire adopter la création d’autres offices pour les autres productions, devant les réticences du Sénat, mais l’Onib servit de modèle aux structures créées après la Libération, voire à celles mises en place par la Politique agricole commune (PAC). La politique d’électrification des communes rurales, très énergique dans les années 1920 sous Henri Queuille, fut reprise.
Politique coloniale{{}}
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/be/Maurice_Viollette_1929.jpg/250px-Maurice_Viollette_1929.jpgMaurice Viollette en 1929.
En matière coloniale, les réalisations furent plus difficiles en raison du profond conservatisme des colons, très puissants, et du dynamisme de certains mouvements politiques locaux (principalement en Algérie), qui préfèrent souvent l’indépendance à l’égalité des droits. Ainsi, le projet Blum-Viollette étendant la nationalité française à certains Algériens est-il bloqué par le Sénat, comme le projet d’accorder l’indépendance aux mandats du Liban et de la Syrie. En Tunisie, les colons les plus influents « tinrent l’avènement du Front populaire pour une catastrophe cosmique et [le sous-secrétaire d’État] Pierre Viénot pour l’Antéchrist […] » (Charles-André Julien, dans Léon Blum, chef de gouvernement) : ils déployèrent donc tous leurs efforts pour saboter la politique menée.
Alors qu’elle avait soutenu le Front populaire[56], l’Étoile nord-africaine de Messali Hadj est dissoute le 26 janvier 1937 en application du « décret Régnier » qui réprimait les manifestations contre la souveraineté française en Algérie, marquant ainsi la fin de toute évolution de la politique coloniale sous le Front populaire[57][source insuffisante].
Le Front populaire est pour une continuation de la colonisation du Maroc, ’protégé’ par la France et l’Espagne[58].
Lors de la guerre d’Espagne, la CNT demande le soulèvement du Maroc au Front populaire, qui refuse sous menace de représailles envers la république espagnole déjà attaquée par les franquistes. Ainsi la république française garantie à Franco ses Regulares marocains, l’infanterie de choc indispensable à la pérennisation de l’efficacité de sa Légion, la meilleure unité militaire du conflit.
Avatar tardif du projet Blum-Viollette, le Code de l’indigénat est vidé de sa substance, puis complètement abrogé par la loi du 7 avril 1946, par Marius Moutet, qui s’efforce d’améliorer le sort des colonisés et de les associer à l’administration de leurs territoires[réf. nécessaire]. La nomination d’une personne noire, Félix Éboué, comme gouverneur de la Guadeloupe, puis du Tchad, est une petite révolution[réf. nécessaire].
Sur le territoire métropolitain, le décret de 1935 contraignant les étrangers à résider dans le département où ils avaient obtenu leur carte d’identité est annulé : le décret du 14 octobre 1936 permet le libre déplacement sur le territoire[59].
Éducation, sports et loisirs{{}}
Une partie du programme du Front populaire touchait l’éducation et loisirs. La scolarité obligatoire fut portée dès 1936 à quatorze ans, les passerelles entre l’enseignement primaire et les lycées furent multipliées — dans le prolongement de l’œuvre entreprise par Édouard Herriot quelques années plus tôt — les collections des grands musées furent enrichies et leurs tarifs réduits pour les gens modestes. Le CNRS est une création du Front populaire. L’ENA fut créé en 1945 par Michel Debré sur un projet de Jean Zay, projet qui n’avait pas pu voir le jour à cause de la guerre.
« Notre but simple et humain, est de permettre aux masses de la jeunesse française de trouver dans la pratique des sports, la joie et la santé et de construire une organisation des loisirs telle que les travailleurs puissent trouver une détente et une récompense à leur dur labeur. » (Léo Lagrange, sous-secrétaire d’État à la jeunesse et aux loisirs, lors d’un discours radiodiffusé, le 10 juin 1936). Des centaines de piscines et de stades publics sont construits à son initiative[60].
Le ministre Jean Zay est également porteur d’un projet de loi abolissant la propriété littéraire et artistique, faisant du droit d’auteur un droit inaliénable, et du contrat d’édition non pas un contrat de cession des droits, mais un contrat de concession temporaire à l’étendue extrêmement limitée[61]. L’opposition des éditeurs (Bernard Grasset) et de la droite conservatrice (René Dommange) ralentit l’adoption du texte, qui ne sera jamais voté, la guerre interrompant les débats sur le sujet.
Politique étrangère{{}}
Bataille d’Irun durant la guerre d’Espagne, 1936
(Madrid, musée national centre d’art Reina Sofía).
Le contexte international fut également une cause des difficultés du Front populaire. En juillet 1936 la guerre civile en Espagne vient d’éclater. Le Front populaire se divise sur le projet de soutien militaire de la France aux républicains espagnols opposés aux franquistes. Sous la pression du gouvernement conservateur britannique de Stanley Baldwin[62] et des radicaux, Léon Blum décide la « non-intervention », à un moment où la société française est, à la suite de la Grande Guerre, profondément pacifiste. Cette non-intervention satisfaisait Hitler dont le but est d’isoler la France pour mieux la briser (« Car il faut qu’on se rende enfin clairement compte de ce fait : l’ennemi mortel, l’ennemi impitoyable du peuple allemand est et reste la France. Peu importe qui a gouverné et qui gouvernera la France ; que ce soient les Bourbons ou les Jacobins, les Napoléons ou les démocrates bourgeois, les républicains cléricaux ou les bolchéviks rouges »[63] ou encore « Une deuxième guerre viendra. Il faut, auparavant, isoler si bien la France que cette seconde guerre ne soit plus une lutte de l’Allemagne contre le monde entier, mais une défense de l’Allemagne contre la France qui trouble le monde et la paix »[64]).
Léon Blum souhaite intervenir aux côtés des républicains espagnols mais les radicaux et la droite y sont opposés. Blum sait que s’il tente d’intervenir, son gouvernement sera renversé au profit d’une alliance entre les radicaux et les partis de droite. C’est d’ailleurs une telle alliance qui constituera le troisième gouvernement d’Édouard Daladier (12 avril 1938-11 mai 1939). La mort dans l’âme, Blum se résigne à la non-intervention mais fait en sorte que les autorités françaises ferment les yeux sur le trafic d’armes s’exerçant au profit des républicains espagnols à la frontière entre la France et l’Espagne.
Conscient des menaces sur la paix, le gouvernement de Front populaire entame le réarmement de la France et tente de rattraper le retard provoqué par la politique de réduction des dépenses publiques, y compris en matière militaire, réalisée par Pierre Laval en 1935. La nationalisation partielle des industries d’armement et la politique énergique des nouveaux responsables relancent le potentiel français d’armement : la politique du Front populaire permet une réorganisation de la production dans un sens de massification, qui ne subit pas plusieurs des inconvénients de l’industrie privée tels que les problèmes de trésorerie et l’incertitude des commandes. Ce n’est toutefois que dans un second temps, après la chute du Front populaire, que la production d’armement démarre réellement, lorsque les capitaux reviennent et que le conflit social est tranché au profit du patronat avec notamment la baisse du coût du travail[65].
Les rapports avec l’Italie sont beaucoup plus difficiles qu’avec l’Allemagne[précision nécessaire], en raison de la politique agressive de Mussolini qui envahit l’Éthiopie, seul État africain encore indépendant, dont la chute entraîne le discrédit de la Société des Nations. La clémence française envers l’Italie s’explique par le fait que, jusqu’en 1938, l’Italie est plus proche de la France et du Royaume-Uni que de l’Allemagne. Surtout, Mussolini refuse encore que l’Autriche soit rattachée à l’Allemagne et apparaît donc comme un potentiel allié de circonstance qu’il faut ménager.
Crise et fin de l’alliance{{}}
Manifestation du Rassemblement populaire, 14 juillet 1936. Dans la tribune, de gauche à droite : Thérèse Blum, Léon Blum, Maurice Thorez, Roger Salengro, Maurice Viollette, Pierre Cot.
Mais les difficultés du Front populaire ne furent pas pour autant effacées. En effet, la France était dans une grave crise économique depuis 1931, et la politique économique du Front populaire ne parvint pas à relancer la production, ni la consommation[réf. nécessaire] ; le chômage en revanche se réduisit[66]. Ainsi, la hausse des prix annula vite celle des salaires prévue par les accords Matignon. Ce fut une des causes de la chute du Front populaire, très vivement critiqué par une partie de la presse dès l’automne 1936.
La priorité accordée à l’alliance britannique conduit le Front populaire à renoncer au contrôle des capitaux, condition pourtant nécessaire à une forte dévaluation. Un expert influent, Emmanuel Monick, présente à Léon Blum l’arbitrage qui lui échoit en ces termes : « De deux choses l’une. Ou bien vous instaurez le contrôle des changes, vous imposez un dirigisme strict, vous mettez la France en autarcie — et alors vous êtes obligé d’instituer un régime autoritaire qui risque de glisser vers le totalitarisme. Ou bien vous ouvrez les frontières, vous maintenez un régime de liberté des changes, et vous devez alors vous appuyer sur Londres et Washington pour opérer un ajustement des monnaies en même temps qu’une coalition des régimes démocratiques. »
Sur le plan intérieur, le gouvernement Blum parvint à résoudre la crise sociale. Mais dès l’été 1937, il dut faire face à diverses difficultés économiques qui le poussèrent à dévaluer le franc dès le 17 septembre. Cette situation transforma l’inquiétude de la droite en opposition résolue. Le 24 février 1937, il décide également une pause dans les réformes. Des réformes importantes comme celles des retraites sont alors abandonnées[67]. La pause ne rencontre guère la réussite, puisqu’elle déçoit l’aile gauche de la SFIO et le PC sans apaiser l’opposition de droite, qui la considère comme un aveu de faiblesse du gouvernement.
Affiche anticommuniste du Centre de propagande des républicains nationaux dépeignant les Soviets manipulant depuis Moscou les dirigeants des partis de la coalition du Front populaire : Édouard Herriot (parti radical), Léon Blum (SFIO) et Marcel Cachin (PC).
Par ailleurs, les attaques calomnieuses de l’extrême droite affaiblirent plusieurs personnalités du Front populaire, à commencer par Blum lui-même : son arrivée au pouvoir déclencha en effet une vague d’antisémitisme d’une très grande ampleur, visant à remettre en cause sa crédibilité et sa loyauté aux intérêts de la France. De même, une campagne médiatique agressivement diffamatoire menée notamment par L’Action française et par Gringoire[68] déstabilisa Roger Salengro, ministre SFIO de l’Intérieur et l’un des principaux artisans des accords Matignon. Accusé, sans aucun fondement[69], à partir du 14 juillet 1936, d’avoir été déserteur durant la Première Guerre mondiale, il fut rapidement innocenté, mais ne supporta pas de voir son honneur de patriote sali et se suicida le 17 novembre 1936[70].
Dans la presse française se formèrent de fait deux camps bien distincts, d’une part les partisans du Front populaire (L’Humanité, Le Populaire, L’Œuvre, Vendredi, Marianne), d’autre part les opposants (L’Action française, L’Ami du peuple, Le Jour, Candide, Gringoire, Je suis partout, L’Écho de Paris, Le Temps). Entre ces deux positions, très peu de journaux ou d’hebdomadaires jouèrent la carte de la neutralité. La presse allant dans le sens du Front populaire était largement plus faible que la presse d’opposition et l’une comme l’autre contribuèrent à l’échec du gouvernement du Front populaire. C’est dans la presse étrangère, notamment anglo-saxonne, que parurent les analyses les plus objectives[réf. souhaitée].
Passation de pouvoirs entre Léon Blum (à droite) et Camille Chautemps, nouveau président du Conseil, à l’hôtel Matignon en 1937.
Le 21 juin 1937, le premier gouvernement Blum présenta sa démission. Le radical Camille Chautemps prit sa succession. Il reprit, à un rythme ralenti, les réformes du Front populaire, créant, notamment, la SNCF. L’aggravation de la situation économique (creusement du déficit budgétaire) poussa Chautemps à réclamer les pleins pouvoirs, ce qui lui fut refusé le 9 mars 1938, en partie à cause des votes socialistes[71]. Son ministère prit fin à la suite de ce refus.
Ensuite, en mars-avril 1938, après avoir été rappelé le 13 mars par le président de la République Albert Lebrun, Léon Blum forma un éphémère gouvernement, puis démissionna, n’arrivant pas à obtenir les pleins pouvoirs financiers auprès du Sénat, dans le but d’appliquer de grandes réformes financières pour sortir la France du marasme économique. Le radical Édouard Daladier le remplaça, décidé à « remettre la France au travail » et revint sur plusieurs réformes du Front populaire. La fin de « la semaine des deux dimanches », soit le retour aux 48 heures, généra une forte opposition populaire et syndicale, avec grèves et manifestations. La répression qui s’ensuivit, avec licenciements massifs et nombreuses arrestations, marqua la fin du Front populaire, et affaiblit considérablement les effectifs du parti communiste[réf. souhaitée].
Bilan{{}}
Le bilan du Front populaire est « contrasté »[72]. Il introduit de nombreuses réformes historiques, notamment en matière économique et sociale : les congés payés, la réduction du temps de travail avec la semaine de quarante heures et l’établissement des conventions collectives.
La question de l’héritage du Front populaire, de l’état dans lequel il laissa la France en 1938, suscita bien des passions. Ainsi, le régime de Vichy lui attribua pour partie la responsabilité de la défaite française face à l’Allemagne nazie, ce que tous les historiens ne font pas[73]. On retient de cette période ces grèves joyeuses et les premiers congés payés qui permirent à des travailleurs de partir en vacances souvent pour la première fois (Léon Blum parle d’« embellie dans les vies difficiles »).
Pour la gauche française le front populaire reste durablement un exemple à suivre et à revendiquer, accusant régulièrement la droite de chercher à détruire les acquis du front populaire.
En 1984, le démographe Alfred Sauvy considérait ce passage aux 40 heures comme une décision « bloquant une économie en pleine reprise qui est l’acte le plus dommageable commis depuis la révocation de l’édit de Nantes », une erreur si immense « que nous n’osons pas encore la reconnaître, tant il est malséant de s’en prendre à un progrès social »[74]. Dans le même sens, on trouve les critiques de Raymond Aron et Robert Marjolin : le premier regrette, comme Alfred Sauvy, la supposée ignorance économique de la classe politique[réf. nécessaire], tandis que le second insiste sur le caractère néfaste de l’abaissement de la production industrielle de la France au pire moment.
Postérité…{{}}
Voir la suite et les images citées, sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Front_populaire_(France)
Intégration et xénophobie : le Front populaire et les étrangers – Document ‘histoire-immigration.fr’ – Par Ralph Schor, historien, professeur à l’Université de Nice
L’histoire du Front populaire n’accorde pas toujours une place importante aux étrangers qui, cependant, avec un effectif de 3 millions de personnes, réfugiés politiques et surtout travailleurs, recensées en 1931, formaient 7 % de la population totale. Cette absence historiographique relative vient de ce que les immigrés ne constituèrent pas un enjeu majeur de la période. Or, les travailleurs venus d’autres pays, attendaient beaucoup de la gauche qui avait remporté les élections de 1936, participèrent au mouvement social et inspirèrent des débats politiques parfois très vifs. En fait, les passions étaient en éveil car la crise économique née aux Etats-Unis en 1929, la montée du chômage, les rivalités entre nationaux et étrangers sur le marché de l’emploi entretenaient une grande nervosité dans toutes les couches de la société. De plus, les nouveaux venus avaient mauvaise presse car, dans un passé proche, le président de la République Paul Doumer avait été assassiné par un Russe en mai 1932 ; assassinés aussi par un nationaliste croate, en octobre 1934 à Marseille, le roi Alexandre de Yougoslavie et le ministre des Affaires étrangères Louis Barthou. Quant au scandale Stavisky, escroc juif d’origine russe, il se développa en 1934 et mit en cause l’honnêteté des hôtes de la France.
Les étrangers et les événements de l’été 1936{{}}
Le restaurant de la famille Scanzaroli s’installe à Montreuil au parc Montreau lors des fêtes communistes de 1936. © Collection René Scanzaroli / Musée de l’Histoire vivante, Montreuil.
Légende - Le restaurant de la famille Scanzaroli s’installe à Montreuil au parc Montreau lors des fêtes communistes de 1936. © Collection René Scanzaroli / Musée de l’Histoire vivante, Montreuil.
Les étrangers, soucieux de ne pas déplaire au patronat et aux autorités du pays d’accueil, observaient généralement une grande réserve politique. Mais, en 1936, influencés par l’exemple des travailleurs français, stimulés par l’espoir de faire aboutir leurs revendications, encouragés par l’absence de répression, ils participèrent souvent aux manifestations, aux défilés, aux grèves. Un policier de Nancy mit en valeur le rôle actif des Italiens et des Polonais, nombreux dans la région (Rapport du 22 janvier 1937, Archives départementales de la Meurthe-et-Moselle, 4 M 137).
La gauche se félicita de cette réaction de solidarité. Ernesto Caporali, d’origine italienne et dirigeant de la CGT, observa dans Le Peuple, quotidien publié par la confédération : ’Les ouvriers étrangers n’ont pas été remorqués… Bien souvent, ils sont été à la pointe du combat’ (Ernesto Caporali, Le Peuple, 6 décembre 1936). Le roman Pain de brique, publié en 1937 par le communiste Jean Fréville, retraça l’histoire d’une grève animée dans l’été 1936 par un révolutionnaire polonais.
Front populaire. Délégation tunisienne dans le cortège du 14 juillet à Paris en 1936 © Roger Viollet
Légende - Front populaire. Délégation tunisienne dans le cortège du 14 juillet à Paris en 1936 © Roger Viollet
Le grand public n’accorda pas une attention soutenue au rôle joué par les étrangers durant l’été 1936. En revanche, l’extrême droite xénophobe affirma souvent que l’agitation sociale était imputable à des individus venus de loin. Ainsi le journaliste Henri Béraud, éditorialiste du grand hebdomadaire extrémiste Gringoire, garantissait que les manifestants de 1936 n’avaient ’ni le parler ni la figure de gens de chez nous’ (Henri Beraud, Gringoire, 7 août 1936).
Dans le quotidien fascisant L’Ami du Peuple, François Hulot apporta des précisions : ’Le rôle des éléments étrangers dans la paralysie des usines de Paris et de province est nettement établi… On a vu des milliers et des milliers d’agents provocateurs venant d’Espagne, d’Allemagne, de Suisse et de Russie s’installer dans les hôtels meublés. On a vu des orateurs improvisés s’installer en permanence aux bouches du métro, dans les cafés populaires pour haranguer la foule et lui expliquer la situation telle qu’elle est vue de Madrid ou de Moscou. On a vu des hommes à l’accent guttural, et qui ne venaient ni de notre banlieue ni de notre province, provoquer la grève et organiser les piquets de surveillance’ (François Hulot, L’Ami du Peuple, 6 juin 1936).
Dans un pamphlet célèbre, paru en 1942, Les Décombres, Lucien Rebatet, se remémorait avec horreur le 14 juillet 1936 et mettait en cause les juifs : ’De monstrueuses familles de youtres berlinois remontaient les Champs-Elysées au cri de Fife lé Vront Bobulaire’ (Lucien Rebatet, Les Décombres, Paris, 1942, p. 40).
Les travailleurs immigrés et leurs défenseurs français, négligeant les affabulations extrémistes, remarquaient que le nouveau chef du gouvernement, Léon Blum, et certains de ses ministres, comme Marius Moutet, s’étaient toujours faits les avocats des droits des allogènes. Aussi attendaient-ils beaucoup des dirigeants de gauche qui accédaient au pouvoir.
La pusillanimité de la gauche victorieuse{{}}
La nouvelle équipe gouvernementale afficha d’emblée de bonnes dispositions. Le Parti socialiste SFIO, majoritaire, créa une Commission d’étude des questions de la main-d’œuvre étrangère.
Passeport Nansen de la princesse Vera Mestchersky © Dépôt de Pierre Mestchersky
Légende - Passeport Nansen de la princesse Vera Mestchersky © Dépôt de Pierre Mestchersky
Quelques mesures significatives furent rapidement prises. Ainsi la convention de Genève du 28 octobre 1933, accordant le bénéfice du passeport Nansen aux apatrides, fut ratifiée. Le décret du 17 septembre 1936 institua un certificat de nationalité en faveur des réfugiés originaires d’Allemagne.
Des instructions furent données pour humaniser les relations entre l’administration et les étrangers, éviter les rapatriements forcés de chômeurs, réduire le nombre des expulsions, ces dernières devant être seulement prononcées pour des ’manquements très graves aux réserves qui s’imposent à tout étranger recevant l’hospitalité de notre pays’ (Circulaire du ministre de l’Intérieur n° 119, 27 juillet 1936).
Information relative à la mise en œuvre des décrets Daladier, encadrant plus strictement le renouvellement de la carte d’identité, 2 novembre 1938 © Archives départementales de la Loire, 27 1ETP503
Légende - Information relative à la mise en œuvre des décrets Daladier, encadrant plus strictement le renouvellement de la carte d’identité, 2 novembre 1938 © Archives départementales de la Loire, 27 1ETP503
Pourtant, même si un climat nouveau s’était instauré, force était de constater que la condition des étrangers et les dispositions de l’opinion à leur égard ne s’étaient pas profondément modifiées. Parmi les revendications les plus insistantes présentées par les associations humanitaires figurait la définition d’un statut des étrangers qui aurait comporté des dispositions libérales : facilités accrues pour l’octroi des papiers et l’accès à la nationalité française, amélioration des avantages sociaux, participation aux élections professionnelles, large extension des libertés, garantie solennelle du droit d’asile, expulsion prononcée seulement par un tribunal civil avec publication d’un jugement motivé…
Ces demandes ne furent pas entendues. Le Front populaire avait seulement réparé quelques injustices catégorielles. Mais il n’avait pas pris pour les immigrés des décisions hardies et novatrices comme pour les Français. Il négligea même de contrôler la bonne application des quelques mesures favorables qu’il avait édictées. De manière significative, Le Populaire, quotidien de la SFIO, célébrant dans son numéro spécial du 4 juin 1937 l’œuvre de Léon Blum, après un an de pouvoir, ne cita aucune des décisions prises au bénéfice des étrangers. De son côté, Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste, énumérant devant ses camarades, le 11 juillet 1936, les catégories sociales pour lesquelles le parti luttait, ne songea pas à mentionner la main-d’œuvre immigrée. Plus grave encore, le gouvernement, ne rompant pas réellement avec les pratiques de ses prédécesseurs modérés, expulsa des étrangers intervenant dans les conflits politiques et sociaux. Il appliqua avec rigueur la loi du 11 août 1932 qui permettait de limiter la main-d’œuvre immigrée dans les entreprises privées. La CGT ne montra pas plus de bienveillance. Certains militants, constatant un afflux d’adhésions d’immigrés et craignant de perdre ainsi une part d’influence dans la confédération, dénoncèrent ’cette intrusion des étrangers dans le mouvement syndical français’ (Le Peuple, 25 juin 1936). Les nouveaux adhérents, étroitement surveillés, ne pouvaient en aucun cas constituer des sections menant une vie autonome.
File d’attente devant la Préfecture de Police à la suite des premiers décrets Daladier concernant le séjour des étrangers vivant en France. Paris, 31 mai 1938. © Eyedea/Keystone France
Légende - File d’attente devant la Préfecture de Police à la suite des premiers décrets Daladier concernant le séjour des étrangers vivant en France. Paris, 31 mai 1938. © Eyedea/Keystone France
Dans ces conditions, les étrangers ne cachèrent pas leur déception. Le Hongrois Paul Loffler observa dans ses souvenirs : ’Pour moi personnellement, le Front populaire n’a rien changé. Ce n’était pas fait pour les étrangers, mais pour améliorer la situation des Français’ (Paul Loffler, Journal de Paris d’un exilé, Rodez, 1974, p.163). Le syndicaliste Ernesto Caporali notait tristement : ’Les parents pauvres que nous sommes n’ont qu’à se taire’ et concluait que l’union de la gauche avait représenté pour les étrangers ’la plus amère des désillusions’ (Ernesto Caporali, Le Peuple, 15 avril 1938).
Les haines de l’extrême droite vaincue{{}}
Malgré la modestie des réalisations du Front populaire en faveur des immigrés, l’extrême droite interpréta la période comme une victoire du parti des étrangers et multiplia les déclarations passionnées.
Détective, n°500, 26 mai 1938 © Musée national de l’histoire et des cultures de l’immigration, CNHI
Légende - Détective, n°500, 26 mai 1938. Coll. Musée national de l’histoire de l’immigration
Les attaques visaient d’abord Léon Blum. Celui-ci était peint comme le symbole même de l’étranger. L’écrivain à succès Maurice Bedel, lauréat du prix Goncourt, publia un pamphlet dans lequel le chef du gouvernement était représenté comme un juif, de ce fait inapte à comprendre le pays qu’il administrait : ’il se sentait incommodé d’être le chef d’un peuple étranger à sa chair’ (Maurice Bedel, Bengali, Paris, 1937, pp. 108 et 126). Jean-Pierre Maxence surenchérissait : ’M. Léon Blum par toutes ses fibres représente l’étranger. Au sens quasi chimique, au sens physiologique du mot, il est étranger à la France’ (Jean-Pierre Maxence, Histoire de dix ans, 1927-1937, paris, 1939, p. 361). Blum fut aussitôt accusé de favoriser ses coreligionnaires nés sous d’autres cieux et de diriger, comme disait l’Action Française, un ’gouvernement de ghetto’ (Pierre Tuc, L’Action Française, 20 juin 1937) qui donnait aux juifs tous les postes importants du pays.
Gringoire, Illustration de Roger Roy, 10 septembre 1937 : “Après celles de 1804, 1805, 1870, 1914, ... l’invasion de 1937” © Collection Kharbine-Tapabor
Légende - Gringoire, Illustration de Roger Roy, 10 septembre 1937 : “Après celles de 1804, 1805, 1870, 1914, ... l’invasion de 1937” © Collection Kharbine-Tapabor
Le gouvernement était jugé coupable d’ouvrir grandes les frontières non seulement aux juifs mais aux étrangers de toutes provenances dont les exigences étaient immédiatement satisfaites. Bien que le chiffre des décrets de naturalisation ne présente aucune augmentation anormale pour les années 1936 et 1937, l’extrême droite certifia avec aplomb que le gouvernement octroya très largement la nationalité française au profit des individus les moins recommandables : ’M. le ministre de la Justice fabriquait des citoyens français avec de la lie italienne, de la moisissure russe et de la gadoue allemande’, affirmait Maurice Bedel (Maurice Bedel, Bengali, op. cit. p. 56).
L’objectif semblait évident : le député conservateur Louis Marin assurait que ’la naturalisation est devenue une industrie électorale’ car tout nouveau citoyen, reconnaissant, votait pour la gauche (Journal Officiel, Débats de la Chambre, 24 mars 1938, p. 933). Peut-être même, selon les extrémistes, les révolutionnaires voulaient-ils détruire la vraie France en la rendant cosmopolite, en transformant les étrangers et les naturalisés en troupe de choc de la subversion bolchevique.
Il est incontestable que le gouvernement de 1936 manifesta peu d’intérêt pour les étrangers qui, d’ailleurs, n’étaient pas mentionnés dans le programme du Front populaire. Une telle indifférence s’expliquait par le jeu de divers facteurs. Blum ne voulait vraisemblablement pas s’aliéner l’opinion pour qui les immigrés étaient des escrocs, des régicides et surtout des concurrents sur le marché de l’emploi. Quand les Français eurent été satisfaits par les premières lois sociales, d’autres soucis absorbèrent l’attention des pouvoirs publics : les difficultés financières, les débuts de la guerre d’Espagne, la détérioration de la situation internationale, la montée des oppositions. Il ne paraissait pas urgent de satisfaire précipitamment les revendications des étrangers, question délicate, généralement impopulaire et source de dépenses nouvelles. L’année 1936 est l’une de celles où l’immigration fut le moins traitée par les journaux de toutes tendances. En cette période du Front populaire, les Français pensèrent d’abord à eux-mêmes.
Ralph Schor, historien, professeur à l’Université de Nice.
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Musée de l’histoire de l’immigration Aquarium tropical
Source : https://www.histoire-immigration.fr/integration-et-xenophobie/le-front-populaire-et-les-etrangers
5.2
Vidéo 1936, le Front Populaire, entre joie et colères - Documentaire ... France TV
L’histoire de ’L’Internationale’, poème mal-aimé devenu hymne planétaire - Par Chloé Leprince • Lundi 18 janvier 2021 • France Culture- radiofrance.fr/franceculture
Le chant ouvrier était à l’origine un poème dédié à un militant de la Commune de Paris. Il a fait l’objet de plusieurs versions, et patienté dix-sept ans avant d’être mis en musique pour devenir, plus tard, l’hymne national de l’URSS.
Crédits photo Pierre Degeyter (à droite) et le citoyen Fourcade, ancien communard de 1871 (à gauche), reçus en grande pompe à Moscou en 1928 au sixième congrès de l’internationale communiste.
Derrière le char funèbre qui déambule dans les rues de la ville ouvrière de Saint-Denis, le parti communiste a fait le plein. Marcel Cachin, le patron de L’Humanité, est là lui aussi, comme les syndicats, des dizaines de délégations ouvrières, et l’Association Fraternelle des Vétérans et Amis de la Commune a également battu le rappel. Sur les quelques photos qui restent de ce dimanche d’automne 1932, la densité de la foule aux portes de Paris, frappe :
Crédits photo En octobre 1932, tous les réseaux du monde communiste ont battu le rappel et plusieurs dizaines de milliers de personnes se massent à Saint-Denis, près de Paris, pour honorer la mémoire de Pierre Degeyter. ©Getty - Gamma Keystone
Ce 2 octobre 1932, cette foule invitée en Une de L’Humanité à saluer la mort de Pierre Degeyter pour lui faire ’de grandioses funérailles révolutionnaires’ fait l’effet d’un sacré contraste au regard de sa notoriété, plus relative aujourd’hui en France. Elle était pourtant compacte jusque dans les travées du cimetière de la ville ouvrière, où l’on distingue une bannière à la mémoire de la Commune de Paris, en 1871 :
Crédits photo - Sur une banderole, dans les allées du cimetière de Saint-Denis, aux obsèques de Pierre Degeyter, on distingue l’évocation de la Commune de Paris, en 1871. ©Getty - Gamma Keystone
En 1932, ceux qui s’amassent pour saluer la mémoire du compositeur témoignent de la notoriété bien vivace de ce fils d’ouvriers belges établis dans le nord de la France, qui avait appris la musique aux cours du soir du conservatoire de Lille. Militant au parti ouvrier français qui est à l’époque la première formation politique marxiste, c’est à ce menuisier qui fabrique des escaliers qu’on devra, en 1888, la musique du chant L’Internationale. Un chant suffisamment iconique, identitaire et fédérateur, pour rassembler aussi large dans un cimetière de banlieue parisienne, un demi-siècle plus tard, à la mort du musicien.
Pourtant, malgré sa célébrité de longue durée, L’Internationale ne s’est pas tout de suite imposée comme ce monument de culture populaire, à la fois marqueur et emblème de ce qu’à pu représenter le socialisme à la fin du XIXe siècle. Si, il y a cent-cinquante ans exactement, la naissance du chant remonte à la séquence de la Commune de Paris, en 1871, L’Internationale eut d’abord un destin contrarié. Et pour ainsi dire, souterrain.
Celui qui en fut l’auteur, dix-sept ans avant qu’on demande à Degeyter de le mettre en musique, était un communard aux avant-postes de l’épisode insurrectionnel : Eugène Pottier. Militant de la section française de l’Association internationale des travailleurs après sa création, à Londres, en 1864 lors d’un congrès ouvrier européen, le poète qui avait commencé commis papetier vivait d’abord de son activité de peintre et dessinateur. On le retrouve parmi ceux qui furent à la manœuvre pour créer des chambres syndicales, à la fin du Second Empire, lorsque l’étau de la loi et la surveillance des autorités commencèrent à se faire plus lâches. Ancien de la révolution de juin 1848, il n’avait jamais quitté les réseaux militants, et, après le soulèvement de Paris le 18 mars 1871, Pottier sera élu dans le 2e arrondissement. Parmi les quatre-vingt-douze membres élus de la Commune, un gros tiers étaient affiliés à l’AIT et se réclamaient de l’internationalisme, et Pottier était l’un de ceux-là.
Et de fait, un siècle et demi plus tard, L’Internationale est un chant qui ouvre aux mots des internationaux, et noue ensemble l’histoire de la Commune de Paris, et ce que ces militants-là ont pu y faire après que le peuple de la capitale a commencé à s’insurger, le 18 mars. Pour beaucoup, ils y ont poussé un agenda politique, et cherché à façonner l’horizon émancipateur de ce que pourrait être une république sociale. La Commune de Paris est d’abord un archipel pluriel et l’AIT une nébuleuse qui tient à la fois du syndicat, du club de réflexion et d’un réseau international. Aussi, les liens sont-ils souvent plus filandreux, et qui dit communard ou communarde ne dit pas nécessairement militant à l’AIT. Mais, dans l’intervalle très bref que restera l’épisode de la Commune et ses 72 jours, plusieurs des quelques grandes décisions adoptées par le pouvoir issu de l’insurrection infusent du côté de la doxa internationaliste. C’est le cas, par exemple, de la remise des loyers ou encore des projets de réorganisation du travail.
C’est ce bain commun-là qui irrigue le poème que compose Pottier en 1871 et qui restera comme L’Internationale. La première version du texte porte la marque de cet horizon. À la deuxième strophe de son poème, Eugène Pottier lance un appel : “Producteurs sauvons-nous nous-mêmes”. En fait, un écho très explicite aux statuts de l’AIT rédigés par Karl Marx en 1864 (’L’émancipation de la classe ouvrière doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes”). Au moment où Pottier écrit ces vers pourtant, le vent a déjà tourné. Seulement 72 jours après le soulèvement du 18 mars, et moins de deux mois après les élections qui portaient à Paris un pouvoir élu par le peuple insurgé, la Commune de Paris avait fait long feu. Après avoir combattu durant la Semaine sanglante, en mai 1871, Eugène Pottier avait réchappé des massacres et de la répression qui s’était abattue sur la capitale, lorsque l’armée du gouvernement Thiers, réfugié à Versailles, avait entrepris de reprendre Paris. Une fois la Commune défaite, le poète tapissier était parvenu à fuir lorsqu’il écrivait :
Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits !
Des vers qui reprennent encore presque mot pour mot ce qu’avait posé Karl Marx dans le préambule des statuts de l’AIT, en 1864 :
Pas de devoirs sans droits, pas de droits sans devoirs.
La répression de la Commune a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, et devant la justice militaire, les procès s’égraineront à un rythme intensif durant plus de sept ans. Quelque 38 000 prisonniers arrêtés pour avoir participé à la Commune seront déférés devant les conseils de guerre, parmi lesquels plus de trois mille seront jugés par contumace. C’est le cas d’Eugène Pottier, qui a d’abord fui en Angleterre, puis rallié les Etats-Unis.
’Vive la Commune !’ au Père-Lachaise{{}}
Le texte n’eut pas tout de suite vocation à être chanté ni même mis en musique. D’abord un poème, il est dédié à un communard, Gustave Lefrançais, qui lui aussi comptait parmi les rangs internationalistes. Quand Eugène Pottier mourra, en 1887, on entendra les allées du cimetière du Père-Lachaise résonner aux cris de “Vive la Commune !” Vieux de la vieille des luttes et du monde socialiste, Pottier est très célèbre à sa mort. Il incarne aussi une forme de continuité entre les révolutions, et déjà un patrimoine militant.
Mais dans le recueil qui paraît de son vivant, en 1884, et rassemble ses poèmes, on ne retrouve pas trace de L’Internationale, dont une trace manuscrite datée de 1871 existe pourtant (un document aujourd’hui conservé à Amsterdam, parmi d’autres archives des réseaux internationalistes). Le cœur du mystère qui ourle toujours la genèse du plus célèbre chant du mouvement ouvrier dans le monde est là : Pottier en était-il mécontent au point de l’évincer ?
Il l’a en tous cas retravaillé, si l’on compare la version manuscrite de juin 1871, et la version définitive, qui circulera ensuite jusqu’à être mise en musique, un an après la mort du poète. Ainsi, c’est seulement dans sa deuxième mouture que “l’âme du prolétaire” devient “les damnés de la terre”. Quant aux “forçats de la faim”, le même vers, dans la première version de cette strophe, disait plutôt : “Groupons-nous enfin”. En fait, un vers que le grand historien de la Commune, Jacques Rougerie, a très tôt rattaché directement à cette pétition de la chambre syndicale des mécaniciens qu’on pouvait trouver, placardée dans les rues de Paris, quelques semaines avant l’avènement de l’insurrection, et qui appelait :
Groupons-nous, faisons nos affaires nous-mêmes.{}
En rapprochant les deux versions du poème, on voit encore au passage que le fameux “Producteurs sauvons-nous nous-mêmes”, qui puise directement à la racine de l’écriture et de la doxa internationaliste, avait commencé par être :
Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes.
Le refrain, qui en revanche n’a pas bougé, tient ensemble les différentes versions qui ont précédé la facture définitive de l’hymne socialiste :
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.
Les droits d’auteur de ’L’Internationale’{{}}
Lorsqu’une loi d’amnistie pour les condamnés de la Commune est votée en 1880, Eugène Pottier revient en France. Il a soixante ans passés et une piètre santé. Son séjour américain n’a rien eu d’une franche coupure avec les réseaux militants qui étaient les siens depuis le milieu du XIXe siècle : sur place, on retrouve sa trace dans plusieurs villes de la côte est, de Philadelphie à Boston en passant par New York, où il adhère au Socialist labor party, le parti socialiste américain, tout juste fondé en 1876. De retour en France, il renoue avec le monde de la chanson engagée, et une vraie notoriété que l’exil n’a pas éclipsée. Mais il faudra attendre sa mort, et la publication d’une nouvelle anthologie par ses amis, pour que L’Internationale soit diffusée pour la première fois sous format imprimé. C’est le texte qu’on connaît aujourd’hui, qui fit l’objet de très nombreuses traductions depuis lors.
A la BNF aujourd’hui, on trouve une version imprimée qui date de 1888 et qu’on avait tirée, à l’époque, à 6 000 exemplaires. D’autres suivront, avec ou sans partition : Pottier est déjà mort lorsqu’on confie à Degeyter le soin de mettre ses paroles en musique. C’est Gustave Delory, un cacique socialiste à Lille, qui l’avait choisi en cherchant quel texte pourrait bien devenir le chant officiel de sa section au parti.
L’Internationale est chantée pour la toute première fois à Lille en 1888 par la chorale ouvrière “La Lyre des travailleurs”, où officiait Degeyter. Mais quand, peu après, la Deuxième internationale décide d’en faire son hymne, en 1889, le compositeur se fait souffler la paternité de l’arrangement que l’on attribue par erreur à son propre frère, Adolphe. Brouille, micmac, procès et trahison : Pierre Degeyter mettra des années à obtenir qu’on reconnaisse qu’il est bien l’auteur de la musique de L’Internationale. En fait, celui qui donnera au texte de Pottier tout son souffle, et sa notoriété.
Pottier mort depuis longtemps, c’est Degeyter que Staline honorera d’une invitation à Moscou : l’URSS avait fait de la version russe de L’Internationale son hymne national. Il existe encore aujourd’hui une courte archive filmée, muette et en noir et blancOuverture dans un nouvel onglet, où l’on voit Degeyter, le Lillois, faire une arrivée triomphale à Moscou (à 6 min 31). Et lors des grands meetings du sixième congrès de l’Internationale communiste, en 1928 à Moscou, c’est Degeyter en personne qui dirige le chœur lorsque résonne L’Internationale comme on peut l’apercevoir encore en images par iciOuverture dans un nouvel onglet (à 1 min 55).
Annonçant les obsèques de Degeyter, qui meurt dans la pauvreté en 1932, L’Humanité honorera en Une “un petit ouvrier tourneur sur bois de Lille né en 1848”. Chanté par “160 millions de prolétaires”.
Crédits photo ’La Ville Rouge de Saint-Denis va faire à l’auteur de ’l’Internationale’, des obsèques solennelles, titrait L’Humanité avant l’enterrement de Pierre Degeyter, le 2 octobre 1932. - L’Humanité
Références :
Classe ouvrièreCommunismeCommune de ParisJoseph StalineSciences et SavoirsHistoirePodcasts A-Z- Radio France Nous contacter
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Première publication en français de L’Internationale. Composée par Pierre Degeyter avec les paroles écrites en 1871 par Eugène Pottier.
L’Internationale est l’un des principaux hymnes, sinon le principal hymne, du mouvement ouvrier international. Le chant a été composé en 1888 par Pierre Degeyter, sur des paroles écrites par Eugène Pottier en 1871.
Sommaire{{}}
- 1 Ecouter
- 2 Écriture
- 3 Mise en musique
- 4 Diffusion de la chanson
- 5 Questions juridiques sur la paternité de la musique
- 6 Paroles
- 7 Notes
- 8 Sources
Ecouter{{}}
Instrumental{{}}
1:13
En espagnol{{}}
4:04
En russe{{}}
En français{{}}
Écriture{{}}
À l’origine, il s’agit d’un poème à la gloire de l’Internationale ouvrière, écrit par le chansonnier, poète et goguettier Eugène Pottier, caché à Paris en juin 1871, en pleine répression de la Commune — sous laquelle il fut maire du 2e arrondissement[1],[2].
L’histoire de ce poème et de son auteur est liée à celle des goguettes. En 1883, Eugène Pottier présente une chanson au concours de la goguette de la Lice chansonnière et remporte la médaille d’argent. Il retrouve à cette occasion le chansonnier Gustave Nadaud qu’il a croisé en 1848 et à qui il avait alors fait une forte impression[3]. Grâce à ces retrouvailles, une cinquantaine de chansons de Pottier sont publiée pour la première fois en 1884 et sauvée de l’oubli par Nadaud qui admire beaucoup son talent poétique tout en étant très loin de partager ses opinions politiques.
L’initiative de Nadaud incite les amis politiques de Pottier à publier en 1887 ses Chants révolutionnaires avec une préface d’Henri Rochefort[4]. Au nombre de ceux-ci figure L’Internationale. Sans la Lice chansonnière et Nadaud, ce chant révolutionnaire célèbre et les autres œuvres de Pottier seraient aujourd’hui oubliées.
L’Internationale est dédiée à l’instituteur anarchiste Gustave Lefrançais[5].
Mise en musique{{}}
L’historien Robert Brécy indique :
« Sans doute Pottier, comme le font la plupart des poètes chansonniers, avait écrit ses paroles avec un timbre en tête (probablement La Marseillaise, qui a la même coupe), mais il ne l’a pas précisé[6]. »
En 1888, un an après la première édition imprimée des paroles, la chorale lilloise du Parti ouvrier demande à un de ses membres, Pierre Degeyter, de composer une musique originale pour L’Internationale. Le 23 juillet 1888, pour la première fois, la chorale de la Lyre des Travailleurs, réunie dans l’estaminet La Liberté au 21 rue de la Vignette à Lille (partie disparue de cette rue englobée dans l’actuelle avenue du Président-Kennedy), dans le quartier populaire Saint-Sauveur, interprète le chant sur l’air nouveau de Degeyter. Sa partition est publiée en 1889.
Dès 1900, l’anarchiste italien Sante Ferrini, enfermé dans la forteresse de Narni[7], entend pour la première fois ce chant révolutionnaire : « Celui qui chantait, un détenu de Bielle, avait appris l’hymne de Pottier à Paris […] C’est donc en écoutant ce détenu que, dans ce château de la faim, d’où l’on ne devait sortir que morts ou, pire encore, tels des squelettes vivants, pour la première fois les prisonniers politiques entendirent l’Internationale. »
Diffusion de la chanson{{}}
Dans un premier temps, le succès de la chanson s’est limité aux milieux ouvriers du Nord de la France. Mais en 1896, à l’occasion du congrès du Parti ouvrier français réuni à Lille, elle est chantée par tous les participants. En 1899, à l’occasion d’un congrès syndical, elle supplante La Marseillaise comme hymne du mouvement syndical français.
Puis elle se diffuse progressivement à l’international, et notamment dans l’Internationale ouvrière (fondée en 1889). Au congrès de 1893, après le discours de Friedrich Engels, on chante encore la Marseillaise.[8]
Au congrès de 1900, on adopte l’Internationale, mais celle-ci continuera à cohabiter avec la Marseillaise. Lors du congrès de 1910 à Copenhague, l’Internationale est chantée en danois par un chœur de 500 personnes. A ce moment-là il existe au moins 18 traductions dans le monde.[9]
Dans de nombreux pays d’Europe, ce chant a été illégal durant des années du fait de son image communiste et anarchiste et des idées révolutionnaires dont il faisait l’apologie. En août 1894, l’éditeur Armand Gosselin est condamné par la Cour d’assises à un an de prison ferme pour avoir publié le texte de L’Internationale, incriminé pour le cinquième couplet dit « des généraux »[10].
La chanson est traduite en russe dès 1902, mais Trotski témoigne, au sujet de la révolution de février 1917 : « A cette époque, on chantait encore la Marseillaise, et non l’Internationale. »[11]
Mais lors du 2e congrès des soviets de Russie, en octobre, qui acte la révolution d’Octobre, on chante l’Internationale. Les délégués ouvriers, soldats et paysans réalisent seulement maintenant l’ampleur du moment historique qu’ils vivent et façonnent. Le Palais d’Hiver (siège du gouvernement provisoire) vient de tomber, et les orateurs appellent à la révolution mondiale.
Comme témoigne John Reed :
« Brusquement, sur une impulsion générale nous nous trouvâmes tous debout, reprenant les accents entraînants de l’Internationale. Un vieux soldat aux cheveux gris pleurait comme un enfant. Alexandra Kollontaï cillait rapidement des yeux pour ne pas pleurer. La puissante harmonie se répandait dans la salle, perçant vitres et portes, et montant bien haut vers le ciel. »
Ou encore Trotski :
« Etait-ce vers le ciel ? Plutôt vers les tranchées d’automne qui découpaient la misérable Europe crucifiée, vers les villes et villages dévastés, vers les femmes et les mères en deuil. ’ Debout, les damnés de la terre ; debout, les forçats de la faim !... ’ Les paroles de l’hymne s’étaient dégagées de leur caractère conventionnel. Elles se confondaient avec l’acte gouvernemental. C’est de là que leur venait leur sonorité d’action directe. Chacun se sentait plus grand et plus significatif en ce moment-là. Le cœur de la révolution s’élargissait au monde entier. ’ (...) Celui qui n’était rien deviendra tout ! ’ Tout ? Si la réalité du passé s’est transformée plus d’une fois en un hymne, pourquoi l’hymne ne deviendrait-il pas la réalité de demain ? Les capotes des tranchées n’ont déjà plus l’air d’une vêture de galérien. Les bonnets à poil, à la ouate déchirée, se dressent d’autre manière sur des yeux étincelants. ’ Réveil du genre humain ! ’ Etait-il concevable qu’il ne se réveillât pas des calamités et des humiliations, de la boue et du sang de la guerre ? »[12]
Cette chanson a accompagné toutes les expériences révolutionnaires du 20e siècle. Une version russe a servi d’hymne national à l’URSS jusqu’en 1941. Ainsi Trotski raconte comment fut modifiée la symbolique du Kremlin lorsque le gouvernement soviétique s’y installe en mars 1918 :
« Le carillon de la tour Spassky [Tour dite du « Sauveur » qui surmonte une des grand’portes du Kremlin] subit une transformation. Désormais, les vieilles cloches, au lieu d’exécuter le « Bojé, tsaria khrani ! » sonnaient languissamment et rêveusement, tous les quarts d’heure, l’Internationale. »[13]
En France, le Parti socialiste remplace L’Internationale par son propre hymne lors des fins de congrès à partir de celui de Valence en 1981 ; elle est réintroduite lors du congrès de Lille de 1987[14].
Lors de la révolte des étudiants et des travailleurs sur la place Tian’anmen en 1989, on chanta l’Internationale.
Questions juridiques sur la paternité de la musique{{}}
Entre 1914 et 1916, un conflit opposa Pierre Degeyter à son frère Adolphe, qui revendiquait la paternité de la chanson. Adolphe aura d’abord gain de cause, mais, rongé par le remord, il se pendra en 1916 en reconnaissant avoir menti. Pierre est rétabli dans ses droits en 1922.
Paroles{{}}
Version définitive{{}}
L’INTERNATIONALE
Couplet 1 : Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
La raison tonne en son cratère,
C’est l’éruption de la fin.
Du passé faisons table rase,
Foule esclave, debout ! debout !
Le monde va changer de base :
Nous ne sommes rien, soyons tout !
Refrain : (2 fois sur deux airs différents)
C’est la lutte finale
Groupons-nous, et demain,
L’Internationale,
Sera le genre humain.
Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes,
Ni Dieu, ni César, ni tribun,
Producteurs sauvons-nous nous-mêmes !
Décrétons le salut commun !
Pour que le voleur rende gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Soufflons nous-mêmes notre forge,
Battons le fer tant qu’il est chaud !
Refrain
Couplet 3 :
L’État comprime et la loi triche,
L’impôt saigne le malheureux ;
Nul devoir ne s’impose au riche,
Le droit du pauvre est un mot creux.
C’est assez languir en tutelle,
L’égalité veut d’autres lois :
« Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Égaux, pas de devoirs sans droits ! »
Refrain
Couplet 4 :
Hideux dans leur apothéose,
Les rois de la mine et du rail,
Ont-ils jamais fait autre chose,
Que dévaliser le travail ?
Dans les coffre-forts de la bande,
Ce qu’il a créé s’est fondu.
En décrétant qu’on le lui rende,
Le peuple ne veut que son dû.
Refrain
Couplet 5 :
Les Rois nous saoulaient de fumées,
Paix entre nous, guerre aux tyrans !
Appliquons la grève aux armées,
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent, ces cannibales,
A faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux.
Refrain
Couplet 6 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs ;
La terre n’appartient qu’aux hommes,
L’oisif ira loger ailleurs.
Combien de nos chairs se repaissent !
Mais si les corbeaux, les vautours,
Un de ces matins disparaissent,
Le soleil brillera toujours !
Refrain
Première version manuscrite du poème{{}}
L’INTERNATIONALE
Couplet 1 :
Debout ! l’âme du prolétaire
Travailleurs, groupons nous enfin.
Debout ! les damnés de la terre !
Debout ! les forçats de la faim !
Pour vaincre la misère et l’ombre
Foule esclave, debout ! debout !
C’est nous le droit, c’est nous le nombre :
Nous qui n’étions rien, soyons tout !
Refrain :
C’est la lutte finale
Groupons-nous et demain
L’Internationale
Sera le genre humain !
Couplet 2 :
Il n’est pas de sauveurs suprêmes :
Ni dieu, ni césar, ni tribun.
Travailleurs, sauvons-nous nous-mêmes ;
Travaillons au salut commun.
Pour que les voleurs rendent gorge,
Pour tirer l’esprit du cachot,
Allumons notre grande forge !
Battons le fer quand il est chaud !
Refrain
Couplet 3 :
Les Rois nous saoulaient de fumées
Paix entre nous ! guerre aux Tyrans !
Appliquons la grève aux armées
Crosse en l’air ! et rompons les rangs !
Bandit, prince, exploiteur ou prêtre
Qui vit de l’homme est criminel ;
Notre ennemi, c’est notre maître :
Voilà le mot d’ordre éternel.
Refrain
Couplet 4 :
L’engrenage encore va nous tordre :
Le capital est triomphant ;
La mitrailleuse fait de l’ordre
En hachant la femme et l’enfant.
L’Usure folle en ses colères
Sur nos cadavres calcinés
Soude à la grève des Salaires
La grève des assassinés.
Refrain
Couplet 5 :
Ouvriers, Paysans, nous sommes
Le grand parti des travailleurs.
La terre n’appartient qu’aux hommes.
L’oisif ira loger ailleurs.
C’est de nos chairs qu’ils se repaissent !
Si les corbeaux si les vautours
Un de ces matins qui disparaissent...
La terre tournera toujours.
Refrain
Couplet 6 :
Qu’enfin le passé s’engloutisse !
Qu’un genre humain transfiguré
Sous le ciel clair de la Justice
Murisse avec l’épi doré !
Ne crains plus les nids de chenilles
Qui gâtaient l’arbre et ses produits
Travail, étends sur nos familles
Tes rameaux tout rouges de fruits
Refrain
Notes voir le site : https://wikirouge.net/L%27Internationale_(chanson)
« « «
Version en russe -Enregistrement 3:59 - ... Internationale adopting it as their official ... Bandiera Rossa (The Red Flag) & L’Internazionale (The Internationale) [Old Versions]. YouTube · VladimirGLenin · 29 avril 2012
Source : https://www.youtube.com/watch?v=t8EMx7Y16Vo
Chinois mandarin - The Internationale : Mandarin (国际歌:普通话版) [Rare Version] - GETchan – 1er juillet 2022
The standard Mandarin Chinese version of The Internationale, released on the occasion of the 1997 handover of Hong Kong. Instrumental version : • The Internationale : Chinese Instrumental (... Performer : Central Symphony Orchestra & Chorus Of China (中国中央管弦乐团及合唱团) Year Recorded : 1997 Composer : Pierre De Geyter Year composed : 1888 Lyricists : Xiao San (萧三), adapted from French lyrics by Eugène Pottier Year Written : 1923 (Chinese version), 1871 (French original) Source : CD ’中華人民共和國慶典歌曲’ Picture : Poster ’The Internationale’ (国际歌), depicting the first line of the song.
https://yt3.ggpht.com/06S-l16sH4XxgspvK-1hvjB22UxXC-9PkDeM-WIbiX763ORlZlossrVsPa8b_YzOH6lGm2gMlg=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rj
GETchan{{}}
Source : https://www.youtube.com/watch?v=h6Q3U4yhV1E
- Chinois cantonais - The Internationale : Cantonese (國際歌 : 廣東話) [Rock] - GETchan - 27 juillet 2016
I was unfortunately unable to find a choral version of the Internationale in Cantonese, but I did manage to stumble upon this. The flag is that of the Guangzhou Peasant Movement Training Institute.
GETchan{{}}
Source : https://www.youtube.com/watch?v=-gac_HyUsfA&lc=UgiduSur5tYf0XgCoAEC
Chinois - 孙中山纪念堂:国际歌︱The Internationale|Интернационал|L’Internationale︱Sun Yat-sen Memorial Hall, China - 玉麒麟
06 octobre 2023 - 孙中山纪念堂:国际歌︱The Internationale|Интернационал|L’Internationale︱Sun Yat-sen Memorial Hall, China
https://yt3.ggpht.com/ytc/AIdro_lUzi-LuB1Xd7Dm5ayoeJstbSOwkHxKouNl1NWCQvm9ews=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rj
Source : https://www.youtube.com/watch?v=CGxRvWuhgKA et ceci <
https://www.youtube.com/watch?app=desktop&v=aS_odzUCk3o
La Tunisie chante l’Internationale en Arabe pour rendre hommage à Choukri Belaïd{{}}
https://yt3.ggpht.com/ytc/AIdro_kVVA4H4zDKAvG8VlUxh3lTc5ITsSUvFZYHtO5HTsU=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjAnas FAOUR
Source : https://www.youtube.com/watch?v=aS_odzUCk3o
- Selon Wikipédia : personnalité du tunisien Chokri Belaïd - شكري بلعيد
Chokri Belaïd
| |
Illustration. Chokri Belaïd en 2012. | |
| Fonctions | |
| Secrétaire général et porte-parole du Mouvement des patriotes démocrates | |
| 12 mars 2011 – 6 février 2013
(1 an, 10 mois et 25 jours) | |
| Prédécesseur | Création de la fonction |
| Successeur | Zied Lakhdhar |
| Biographie | |
| Nom de naissance | Chokri Belaïd |
| Date de naissance | 26 novembre 1964 |
| Lieu de naissance | Djebel Jelloud, Tunisie |
| Date de décès | 6 février 2013 (à 48 ans) |
| Lieu de décès | El Menzah, Tunisie |
| Nature du décès | Assassinat |
| Sépulture | Cimetière du Djellaz |
| Nationalité | tunisienne |
| Parti politique | Mouvement des patriotes démocrates/Parti unifié des patriotes démocrates |
| Conjoint | Basma Khalfaoui |
| Diplômé de | Université Paris-VIII |
| Profession | Avocat |
Chokri Belaïd (arabe : شكري بلعيد soit [ˈʃokri belˈʕiːd] en arabe tunisien), né le 26 novembre 1964 à Djebel Jelloud[1] et assassiné le 6 février 2013 à El Menzah VI, est un homme politique et avocat tunisien. Son assassinat provoque des manifestations violentes et la plus grave crise gouvernementale depuis la révolution de 2011.
Biographie{{}}
Études{{}}
Chokri Belaïd étudie le droit en Irak avant de poursuivre des études de troisième cycle à l’université Paris-VIII, en France.
Dans les années 1980, il est très actif au sein de l’Union générale des étudiants de Tunisie dont il est élu membre du bureau exécutif au 18e congrès extraordinaire du syndicat : il est chef de la mouvance des patriotes démocrates à l’université tunisienne. En avril 1987, il est détenu à R’jim Maâtoug, au sud de la Tunisie, sous le régime du président Habib Bourguiba pour son activisme politique en milieu universitaire. Il est relâché en novembre de la même année à la prise du pouvoir par Zine el-Abidine Ben Ali.
Carrière professionnelle et politique{{}}
Il devient avocat, défenseur des droits de l’homme, et plaide souvent dans les procès politiques sous le régime Ben Ali. En 2008, il dénonce la répression des grèves de Gafsa[2] et dirige le groupe d’avocats chargés de défendre les mineurs mis en accusation à la suite de ce mouvement social[3].
Chokri Belaïd au siège de son parti à Tunis en 2011.
Au lendemain de la révolution de 2011, il devient membre de la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique. Il est aussi membre du Conseil de l’ordre national des avocats de Tunisie. Le 12 mars 2011, il obtient la légalisation de son propre parti politique, le Mouvement des patriotes démocrates[4] et, le 2 septembre 2012, il crée le Parti unifié des patriotes démocrates avec d’autres militants patriotes démocrates[5]. Il participe avec celui-ci à la création du Front populaire, une coalition de partis de gauche.
En mai 2012, il est l’avocat de la chaîne de télévision Nessma, accusée d’avoir diffusé le film Persepolis[6].
Positions{{}}
Dans plusieurs prises de position publiques, Chokri Belaïd critique vivement la poussée de l’islam intégriste en Tunisie, s’en prenant aux promoteurs de ce qu’il désigne comme un « projet salafiste servant un plan de déstabilisation américano-qatari-sioniste » et reprochant au parti Ennahdha au pouvoir sa complaisance à l’égard de ces mouvements extrémistes.
« La Tunisie est transformée en marché pour les criminels américano-sionistes manipulant nos jeunes pour les envoyer mourir en Syrie et défendre un projet qui n’est pas le leur » déclare-t-il sur un plateau de télévision[7] ; il va jusqu’à préciser que « 5 000 jeunes Tunisiens et d’autres nationalités suivent des entraînements (dans un camp de djihadistes situé dans la localité de Lewtiya, à proximité de la frontière libyenne) pour qu’une partie d’entre eux soit envoyée en Syrie et une autre pour s’occuper de semer la violence en Tunisie »[7].
Assassinat{{}}
Mémorial en hommage à Chokri Belaïd (El Menzah VI).
Il est assassiné par balles le 6 février 2013 alors qu’il sort en voiture de son domicile du quartier d’El Menzah VI[8],[9]. Il est transporté d’urgence à la clinique Ennasr, où plusieurs personnalités politiques et culturelles sont rassemblées. Il meurt à 8 h 45[10].
Cet assassinat déclenche alors de nombreuses manifestations dans tout le pays. En signe de protestation contre cet assassinat, les bureaux d’Ennahdha à Sfax, Monastir, Béja, Gafsa et Gabès sont brûlés et saccagés[11], les manifestants demandant le départ du gouvernement Jebali ainsi que de la troïka, en dénonçant leur incompétence. Son frère accuse le parti au pouvoir, Ennahdha, d’avoir fomenté cet assassinat, vu que Belaïd parlait de violence politique et disait qu’il était menacé et sur écoute[12].
Le président français François Hollande dénonce fermement cet assassinat politique[13], tout comme l’ambassadeur américain Jacob Walles[14] et le Parlement européen qui lui rend hommage[15].
Le soir même, le chef du gouvernement, Hamadi Jebali, annonce la dissolution du gouvernement, son remplacement par un autre gouvernement de technocrates, et fait part de l’organisation d’élections à aussi brève échéance que possible[16],[17]. Le lendemain, Ennahdha désavoue son numéro deux et refuse le gouvernement de technocrates[18],[19].
Tombe au cimetière du Djellaz.
Le 7 février, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) déclare une grève générale pour le 8 février sur tout le territoire tunisien[20]. Le même jour, Chokri Belaïd est transporté de la maison de la culture de Djebel Jelloud au cimetière du Djellaz en présence de centaines de milliers de personnes[21]. Sa veuve, Basma Khalfaoui, déclare alors : « Il avait confiance au peuple, il avait confiance en l’intelligence humaine, il avait confiance en l’intelligence des Tunisiens ».
Par ailleurs, Zied El Heni, membre du bureau exécutif du Syndicat national des journalistes tunisiens (en) et journaliste au quotidien Essahafa al Youm, indique que les photos de journalistes, de militants de gauche et de la société civile circuleraient sur les réseaux sociaux tunisiens comme cibles à éliminer[22]. Parmi eux, outre Belaïd, figurent Ahmed Néjib Chebbi (personnalité d’Al Joumhouri), Taoufik Ben Brik (journaliste et écrivain), Habib Kazdaghli (doyen de la faculté des lettres de La Manouba), Nabil Karoui (patron de Nessma), Sami Fehri (directeur d’Ettounsiya TV), Olfa Riahi (blogueuse ayant révélé une affaire de corruption touchant Rafik Abdessalem) et Houcine Abassi, secrétaire général de l’UGTT, menacé de mort début février 2013 au cas où l’organisation syndicale appellerait à la grève générale à la suite du meurtre de Chokri Belaïd[22].
Auteurs{{}}
Le 26 février, le ministre de l’Intérieur annonce que le meurtrier est identifié alors que quatre complices, appartenant à un groupe religieux radical, sont arrêtés[23]. Trois jours plus tôt, Amine Gasmi et Yasser Mouelhi ont été interpellés et ont livré les noms d’Ali Harzi, Abou Qatada, Ahmed Rouissi, Marouane Ben Haj Salah, Mohamed Ali Damak et Kamel Gadhgadhi, identifié comme le tueur, qui tous évoluent dans la nébuleuse salafiste[24]. Plusieurs restent en fuite à l’été 2013[24].
Un an plus tard, Kamel Gadhgadhi est tué le 4 février 2014, lors de l’opération de Raoued[25].
Le 25 juillet, Mohamed Brahmi, autre figure de l’opposition tunisienne, est assassiné devant son domicile avec la même arme ayant servi à l’assassinat de Chokri Belaïd[26],[27],[28].
L’un des terroristes suspectés dans l’assassinat, Ezzeddine Abdellaoui, ancien agent de la police tunisienne âgé de 38 ans, est arrêté lors d’une opération de la brigade antiterrorisme le 5 août 2013, à El Ouardia, au sud de Tunis. Interrogé le 16 août par le juge d’instruction, il avoue qu’il faisait partie du groupe ayant organisé et perpétré l’assassinat de Belaïd[29],[30].
Dans une vidéo rendue publique le 18 décembre 2014, l’assassinat de Chokri Belaïd, ainsi que celui de Mohamed Brahmi, est revendiqué par Boubaker El Hakim, dit Abou Mouqatel, un djihadiste franco-tunisien. Dans la vidéo, où il apparaît avec trois autres hommes, il revendique l’assassinat de Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi et menace de commettre d’autres attentats, « tant que la Tunisie n’applique pas la loi islamique ». Il appelle également les Tunisiens à prêter allégeance à l’État islamique[31],[32],[33].
Le 14 mars 2015, Ahmed Rouissi, devenu entretemps l’un des « émirs » du groupe État islamique, est tué à son tour dans des combats à Syrte en Libye[34].
Analyses et conséquences{{}}
Plusieurs voix tunisiennes, dont l’ambassadeur en France Adel Fekih[35], une représentante des droits de l’homme[36] et de façon générale la majorité des partis politiques[37] attribuent la responsabilité politique de l’assassinat au gouvernement de la troïka, en raison de son laisser-faire face au climat de violence politique comme moyen de résolution des conflits, climat favorisé par Ennahdha et la Ligue de protection de la révolution.
Sur le plan politique, la situation est incertaine et qualifiée de critique, le chef du gouvernement confirmant son intention de former un gouvernement de technocrates sans consultation de l’Assemblée constituante, malgré le désaveu par son propre parti. Dans le même temps, son parti annonce se donner un à deux jours pour se livrer à des consultations avant de se prononcer[38]. Après plusieurs jours de tractations, le chef du gouvernement finit par remettre sa démission ainsi que celle de son gouvernement à Moncef Marzouki le 19 février[39].
Hommage{{}}
Une plaque commémorative lui rendant hommage sur la place Chokri-Belaïd est dévoilée le 6 février 2017 à l’occasion de l’anniversaire de sa mort ; elle suscite une polémique de la part des internautes du fait d’une mise en avant du nom du président de la République tunisienne sur cette plaque, donnant ainsi l’impression d’être avant tout un hommage à Béji Caïd Essebsi qui voit son nom inscrit en grandes lettres d’or alors que celui de Belaïd est mentionné en plus petits caractères noirs. La présidence fait savoir que cette plaque sera modifiée[40]. Il est également décoré à titre posthume des insignes de grand officier de l’ordre de la République tunisienne[41].
Vie privée{{}}
En 2002, il épouse Basma Khalfaoui, militante et avocate née en 1971 à Tunis, avec qui il a deux filles, Neirouz et Nada[42]. Sa fille aînée, Neirouz, veut devenir avocate et militer pour les droits de l’homme comme son père[43].
Article avec Notes et références à retrouver par ici > https://fr.wikipedia.org/wiki/Chokri_Bela%C3%AFd
Hébreu - האינטרנציונל - L’Internationale, The Internationale (Hebrew Lyrics, Version & English Translation) - Greenian YTH - 04 mai 2021
EN - Facebook My Group : / 82517 . ’The Internationale’ (French : ’L’Internationale’) is a left-wing anthem. It has been a standard of the socialist movement since the late nineteenth century when the Second International adopted it as its official anthem. The title arises from the ’First International’, an alliance of workers which held a congress in 1864. The author of the anthem’s lyrics, Eugène Pottier, an anarchist, attended this congress. These songs are for educational purposes and don’t reflect my beliefs or are meant to further a political agenda and social. Lyrics & Version in Hebrew : קוּם עַם עוֹבֵד, הָרֵם דְּגָלֶיךָ מִן הַשָֹדֶה, מִן הַסַּדְנָה כָּל הָרָעֵב שָלוֹם וְלֶחֶם, הוּא אָח אִתְּךָ לָאֱמוּנָה. עוֹלָם יָשָן עֲדֵי הַיְסוֹד נַחְרִימָה, מִגַב כָּפוּף נִפרֹק הָעֹל, אֶת עוֹלָמֵנוּ אָז נָקִימָה, לֹא כלוּם אֶתְמוֹל - מָחָר הַכֹּל. אַחוָה הִיא דִגְלֵנוּ וְחֵרוּת לְכָל עַם, עִם הָאִינְטֶרְנַצְיוֹנַל, יֵעוֹר, יִשְגַב אָדָם ! (2x)
FR - Facebook Mon groupe : / 82517. . « L’Internationale » (en français : « L’Internationale ») est un hymne de gauche. Elle est un symbole du mouvement socialiste depuis la fin du XIXe siècle, lorsque la Deuxième Internationale l’a adoptée comme hymne officiel. Le titre tire son origine de la « Première Internationale », une alliance de travailleurs qui tint un congrès en 1864. L’auteur des paroles de l’hymne, Eugène Pottier, un anarchiste, assista à ce congrès. Ces chansons sont destinées à des fins éducatives et ne reflètent pas mes convictions ni ne visent à promouvoir un programme politique ou social. Paroles et version en hébreu : Lève-toi, peuple travailleur, hisse tes drapeaux dans les champs, dans les ateliers, tous ceux qui ont faim de paix et de pain, ils sont tes frères dans la foi. Un monde ancien, jusqu’à ses fondements, nous le détruirons ; de nos dos courbés, nous nous débarrasserons du joug ; nous édifierons alors notre monde ; rien hier – tout demain. La fraternité est notre drapeau et la liberté pour tous les peuples, avec l’Internationale, lève-toi, lève-toi, ô homme ! (2x) -
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)
https://yt3.ggpht.com/H_5dUkjhrDN9oqe_yM1qirVefxt1n-cJQhcokRNiCtOmvYmslAVu1TVFsMRJtYot6lHUOXEiHg=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjGreenian YTH
Source : https://www.youtube.com/watch?v=0PY1xUOIwaA
Chanson française « Le Temps des cerises »
Pour les articles homonymes, voir Le Temps des cerises (homonymie).
| Informations générales | |
|---|---|
| Forme | Œuvre poétique mise en musique (d) |
| Compositeur | Antoine Renard |
| Parolier | Jean Baptiste Clément |
| Interprète | Tokiko Katō |
| Langue | Français |
| Pays | France |
| Dates de création | 1866 |
| Date de sortie | 1868 |
| Genre | Poésie |
Le Temps des cerises est une chanson dont les paroles sont écrites en 1866 par Jean Baptiste Clément et la musique composée par Antoine Renard en 1868[1].
Bien que lui étant antérieure, cette chanson est fortement associée à la Commune de Paris de 1871, l’auteur étant lui-même un communard ayant combattu pendant la Semaine sanglante.
Contexte{{}}
Jean Baptiste Clément écrit cette chanson en 1866, lors d’un voyage vers la Belgique. Sur la route des Flandres, il fait une halte à Conchy-Saint-Nicaise, dans la maison située près de l’estaminet du lieu-dit de la poste. La maison entourée de cerisiers anciens inspire alors l’auteur.
Dédicace{{}}
Jean Baptiste Clément, parolier du Temps des cerises.
Antoine Renard, compositeur du Temps des cerises.
Des années plus tard, en 1882[2], Jean Baptiste Clément dédie sa chanson à une ambulancière rencontrée lors de la Semaine sanglante, alors qu’il combattait en compagnie d’une vingtaine d’hommes dont Eugène Varlin, Charles Ferdinand Gambon et Théophile Ferré[3] : « À la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue de la Fontaine-au-Roi, le dimanche 28 mai 1871. » À la fin des paroles, il explicite cette dédicace :
« Puisque cette chanson a couru les rues, j’ai tenu à la dédier, à titre de souvenir et de sympathie, à une vaillante fille qui, elle aussi, a couru les rues à une époque où il fallait un grand dévouement et un fier courage ! Le fait suivant est de ceux qu’on n’oublie jamais : Le dimanche, 28 mai 1871 […]. Entre onze heures et midi, nous vîmes venir à nous une jeune fille de vingt à vingt-deux ans qui tenait un panier à la main. […] Malgré notre refus motivé de la garder avec nous, elle insista et ne voulut pas nous quitter. Du reste, cinq minutes plus tard, elle nous était utile. Deux de nos camarades tombaient, frappés, l’un, d’une balle dans l’épaule, l’autre au milieu du front… »
« Nous sûmes seulement qu’elle s’appelait Louise et qu’elle était ouvrière. Naturellement, elle devait être avec les révoltés et les las-de-vivre. Qu’est-elle devenue ? A-t-elle été, avec tant d’autres, fusillée par les Versaillais ? N’était-ce pas à cette héroïne obscure que je devais dédier la chanson la plus populaire de toutes celles que contient ce volume[4] ? »
Dans La Commune Histoire et souvenirs (1898), Louise Michel rappelle cette dédicace en indiquant indirectement qu’elle n’est pas la Louise du Temps des cerises :
« Au moment où vont partir leurs derniers coups, une jeune fille venant de la barricade de la rue Saint-Maur arrive, leur offrant ses services : ils voulaient l’éloigner de cet endroit de mort, elle resta malgré eux. Quelques instants après, la barricade jetant en une formidable explosion tout ce qui lui restait de mitraille mourut dans cette décharge énorme, que nous entendîmes de Satory, ceux qui étaient prisonniers ; à l’ambulancière de la dernière barricade et de la dernière heure, J.-B. Clément dédia longtemps après la chanson des cerises. Personne ne la revit. […] La Commune était morte, ensevelissant avec elle des milliers de héros inconnus[5]. »
Analyse{{}}
Tombeau de Jean Baptiste Clément.
La chanson n’a pas été créée durant la Commune[6], mais une raison stylistique explique cette assimilation du Temps des cerises au souvenir de la Commune de Paris : son texte suffisamment imprécis qui parle d’une « plaie ouverte », d’un « souvenir que je garde au cœur », de « cerises d’amour […] tombant […] en gouttes de sang ». Ces mots peuvent aussi bien évoquer une révolution qui a échoué qu’un amour perdu – évoqué, semble-t-il, à travers le souvenir d’une défloration. On est tenté de voir là une métaphore poétique évoquant de manière indirecte une révolution : dans cette interprétation, les cerises représenteraient les impacts de balles ; balles auxquelles il serait fait allusion à travers l’image des « belles » qu’il vaut mieux éviter… La coïncidence chronologique fait aussi que la Semaine sanglante fin mai 1871 se déroule justement durant la saison (le temps) des cerises. Le simple examen de la date de composition (1866) montre qu’il s’agit là d’une extrapolation postérieure. Il s’agit, en fait, d’une chanson évoquant simplement le printemps et l’amour (particulièrement un chagrin d’amour, évoqué dans la dernière strophe). Les cerises renvoient aussi au sucre et à l’été, et donc à un contexte joyeux voire festif. Ainsi la chanson véhicule-t-elle à la fois une certaine nostalgie et une certaine idée de gaîté[6].
Interprètes{{}}
Le Temps des cerises est l’une des chansons les plus enregistrées en France, sinon la chanson la plus enregistrée, et ceci dès les débuts, vers 1895, de l’industrie phonographique. Martin Pénet, dans un recensement incomplet, cite plus de 90 interprétations différentes gravées sur cylindres et sur disques entre 1898 et 1997[7]. Entre autres, elle figure sous le n° 957 dans le catalogue de 1899 des cylindres Lioret[8] et interprété par Maréchal dans le catalogue 1898 des cylindres Pathé[9].
Parmi les très nombreux interprètes du Temps des cerises :
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Temps_des_cerises
- Par Yves Montand > https://www.youtube.com/watch?v=OYNJbuBoMIA 4:45
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YouTube · Ina Chansons · 8 novembre 2021
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Le Temps des cerises, chanson d’amour et de révolte ...{{}}
3:44
Écrit 5 ans avant la Commune de Paris, “Le Temps des Cerises” parle d’abord des beaux jours, de l’amour qui fait souffrir et du temps qui ...
YouTube · France Musique · 10 février 2023
Le Temps des cerises, chanson d’amour et de révolte - Culture prime {{}}
France Musique 10 février 2023 #cultureprime #histoire #musique
Écrit 5 ans avant la Commune de Paris, “Le Temps des Cerises” parle d’abord des beaux jours, de l’amour qui fait souffrir et du temps qui passe. Rien de très politique a priori. Pourtant, elle est devenue l’hymne communard, le chant de ralliement des révoltés. Reprise aussi bien dans les cortèges de manifestants que par les grands noms de la chanson française, tels qu’Yves Montand ou Juliette Gréco, la chanson est universelle et parle au plus grand nombre. Son auteur : Jean Baptiste Clément. Né en 1836, ce militant socialiste a connu ’36 métiers avant de se lancer dans la chanson’. Il s’y illustre par ses textes engagés et s’attire plusieurs fois les foudres du pouvoir. Il sera aux premières loges de la répression sanglante des Communards. #tempsdescerises #CommunedeParis #cultureprime #histoire #musique - Crédits Vidéo : Pierre-Yves Georges Motion design : Augustine Gottraux Responsable pôle vidéo : Lucie Bombled Archives vidéo : INA (documentaliste : Ingrid Lecointe) Images : Getty, Gallica, AFP, IMSDLP Musique : Cézame 🔔 Pensez à vous abonner pour découvrir d’autres vidéos France Musique ! / @francemusiqueconcerts Découvrez tout France Musique : ► Site internet - https://www.radiofrance.fr/francemusique ► Espace Concerts - https://www.radiofrance.fr/concerts ► Newsletters - https://www.radiofrance.fr/francemusi... Suivez-nous sur les réseaux sociaux : ► Facebook - / francemusique ► Twitter - https://twitter.com/francemusique?lan... ► Instagram - https://www.instagram.com/francemusiq... ► TikTok - https://www.tiktok.com/@francemusique...
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Source : https://www.youtube.com/watch?v=Nw06P2bDNXw
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- Nana Mouskouri
http://Le temps des cerises chanté...
Le temps des cerises chanté par {{}}
3:05
Provided to YouTube by Universal Music Group Le temps des cerises · Nana Mouskouri Le Jour Ou La Colombe / Chants De Mon Pays ℗ 1967 Mercury ...
YouTube · Nana Mouskouri - Topic · 9 janvier 2019
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Par Cora Vaucaire - Le temps des cerises - Chanson française
3:27
Comments · Le Temps des cerises, chanson d’amour et de révolte - Culture prime · Cora Vaucaire - Récital au Théâtre de l’Oeuvre (Paris, septembre ...
YouTube · Chanson Française · 12 juin 2012
Source : https://www.youtube.com/watch?v=zrzoL4xTJFE
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- Le Temps des cerises par Mouloudji
23 novembre 2014
Provided to YouTube by harmonia mundi Le Temps des cerises · Marcel Mouloudji - Le siècle d’or : un jour tu verras ℗ Le Chant du Monde Released on : 2009-06-16 Artist : Marcel Mouloudji Auto-generated by YouTube.
Musique :{{}}
Le Temps des cerises{{}}
Marcel Mouloudji{{}}
Marcel Mouloudji - Le siècle d’or : un jour tu verras
https://yt3.ggpht.com/Ps4nXTq1qAtqn5CmA4-HRiePoEkTTzVVSC9E_KgGM8WHQdsOfeTI3exEn5zxztD3eWpxRVTVZw=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjMouloudji
Source : https://www.youtube.com/watch?v=Px-bKokr3-c
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Annexe - Quelques chants et musiques typiques sous l’angle des travailleurs au mois de mai – Suite à une requête auprès de ‘ChatGPT’{{}}
Sous l’angle ouvrier et populaire, le mois de mai évoque surtout la Fête internationale des travailleurs, les luttes sociales, les cortèges syndicaux et les chants de solidarité.
Voici quelques chants et musiques emblématiques liés aux travailleurs, aux grèves et aux mouvements sociaux :
France : {{}}
- L’Internationale
Hymne historique du mouvement ouvrier mondial, né après la Commune de Paris. Très chanté dans les manifestations du 1er mai. - Le Temps des cerises
Plus mélancolique, mais devenue symbole des espérances populaires et ouvrières. - La Jeune Garde
Chant militant socialiste et syndical du début du XXe siècle. - Bella Ciao
À l’origine lié aux ouvrières des rizières italiennes (“mondines”), puis devenu hymne antifasciste et populaire dans les mouvements sociaux. - Le Chant des partisans
Pas strictement ouvrier, mais souvent repris dans les rassemblements militants.
Monde anglophone : {{}}
- Which Side Are You On ?
Né lors des grèves minières du Kentucky dans les années 1930. - Solidarity Forever
Très célèbre dans le syndicalisme anglo-saxon. - Bread and Roses
Inspiré des luttes des ouvrières textiles américaines.
Italie / Espagne / Amérique latine : {{}}
- Bandiera Rossa
Très présent dans les fêtes populaires de gauche et manifestations ouvrières. - A las barricadas
Lié aux mouvements ouvriers de la Guerre d’Espagne. - El pueblo unido jamás será vencido
Hymne international des mouvements populaires depuis les années 1970.
Mai 68 et héritage français : {{}}
Autour de Mai 68, on entend aussi :
- L’Estaca
- Hexagone
- Les Canuts — très important pour la mémoire ouvrière française.
Et bien sûr les chansons de Jean Ferrat, Léo Ferré ou Colette Magny, très liées aux combats sociaux.
Retour au début de l’introduction
Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant
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– 09/05/2026
Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales
Site : https://isias.info/
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Fichier : ISIAS Histoire Musique Mai.7.docx
Mis en ligne bénévolement par le co-rédacteur par Pascal Paquin https://fr.linkedin.com/in/pascal-paquin-a85690296 - comme toutes les autres contributions publiées sur ISIAS !
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