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"Femmes savantes et de pouvoir, écrivaines célèbres ‘autour du 12ème siècle’ (renaissance du XIIème siècle selon Charles H. Haskins) en Afrique, Europe, Asie : les trobairitz et les abbesses mystiques des aires germanique et almoravide" par Jacques Hallard

dimanche 1er mars 2026, par Hallard Jacques

ISIAS Histoire Femmes 2026

Femmes savantes et de pouvoir, écrivaines célèbres ‘autour du 12ème siècle’ (renaissance du XIIème siècle selon Charles H. Haskins) en Afrique, Europe, Asie : les trobairitz et les abbesses mystiques des aires germanique et almoravide

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 01/03/2026

Plan du document : Avant-propos Préambule Introduction Sommaire Auteur


Avant-propos
Ce dossier est constitué en référence à deux évènements de saison :

  • La Journée internationale des droits des femmes
    Le 8 mars est, en France, une journée de sensibilisation et de mobilisation des élèves des écoles, collèges et lycées pour les droits des femmes et l’égalité entre les filles et les garçons. 14/01/2026 - La Journée internationale des droits des femmes trouve son origine dans les manifestations de femmes au début du 20e siècle en Europe et aux États-Unis, réclamant l’égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Elle a été officialisée par les Nations unies en 1977.

La thématique 2026 : Accéder à la page Journée internationale des femmes 2026 de l’ONU femmes - La Journée internationale des droits des femmes 2026 a pour thème ’Droits. Justice. Action. Pour TOUTES les femmes et les filles’.

Une journée d’action et une politique publique au sein des établissements scolaires - Le 8 mars est une journée de rassemblements à travers le monde et l’occasion de faire un bilan sur la situation des femmes. Traditionnellement les groupes et associations de femmes militantes préparent des événements partout dans le monde pour fêter les victoires et les acquis, faire entendre leurs revendications, améliorer la situation des femmes. Le code de l’éducation rappelle que la transmission de la valeur d’égalité entre les filles et les garçons, les femmes et les hommes, se fait dès l’école primaire. Cette politique publique est une condition nécessaire pour que, progressivement, les stéréotypes s’estompent et que d’autres modèles de comportement se construisent sans discrimination sexiste ni violence. Les établissements d’enseignements sont invités à inscrire cette problématique dans leur règlement intérieur et à mettre en place, dans le cadre des comités d’éducation à la santé et à la citoyenneté (CESC), des actions de sensibilisation et de formation dédiées. Les écoles, collèges et lycées sont également incités à nouer des partenariats, notamment avec des acteurs du monde économique et professionnel ou du secteur associatif, pour développer des projets éducatifs autour de l’égalité.

Découvrez la petite histoire du droit des femmes en vidéo sur Lumni.fr - Source : https://www.education.gouv.fr/journee-internationale-des-droits-des-femmes-465948

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/thumb/e/ec/MIN_Education_Nationale_et_Jeunesse_RVB.jpg/250px-MIN_Education_Nationale_et_Jeunesse_RVB.jpg

  • Le Printemps des poètes et le concours ’Explorer la poésie’
    Le Printemps des poètes est une manifestation nationale et internationale qui a pour vocation de sensibiliser à la poésie sous toutes ses formes. Le thème 2026 sera ’La liberté. Force vive, déployée’. 29/12/2025

Le Printemps des poètes

Le concours ’Explorer la poésie’

Le label Écoles en poésie

Le Printemps des poètes - Le Printemps des poètes concerne tous les élèves, de la maternelle au lycée. Cette manifestation vise à les sensibiliser à la poésie, à encourager la lecture de poèmes et à susciter des rencontres entre poètes contemporains et élèves. Tout au long de l’année, de nombreuses actions sont ainsi proposées aux enseignants et à leurs élèves : correspondances et rencontres avec des poètes, expositions, ateliers d’écritures, brigades d’intervention poétique, participation à des prix et concours, etc.

Le thème 2026 du Printemps des poètes est ’La liberté. Force vive, déployée’.Des milliers d’événements sont organisés partout en France et dans le monde, dans les écoles et établissements scolaires, les bibliothèques, les théâtres, les librairies, les hôpitaux, etc. 

L’actrice Isabelle Adjani sera la marraine de cette 28e édition qui se déroulera entre le 9 mars et le 31 mars 2026.- L’association Printemps des poètes coordonne cette manifestation nationale. Elle propose aux enseignants un répertoire d’actions qu’ils peuvent utiliser librement. Un travail approfondi peut être mené tout au long de l’année. La participation à la manifestation peut également être ponctuelle

Le concours ’Explorer la poésie’ - L’Opération ’Explorer la poésie’ a pris en 2025 la forme d’un concours d’écriture sur le thème du kangorang-outan ou, autrement dit, sur le thème de l’hybridité animale telle qu’elle se manifeste dans l’imaginaire poétique depuis l’antiquité jusqu’à présent.

Pour les professeurs qui souhaitent inscrire leur classe, l’inscription se fait exclusivement sur la plateforme Adage. Pour en savoir plus sur le concours, découvrez la page du site officiel.

Le label Écoles en poésie

Le label Écoles en poésie a été créé à destination des établissements qui, de la maternelle au secondaire, mettent la poésie au coeur de leur projet d’établissement. Le Printemps des Poètes et l’Office central de la Coopération à l’École (OCCE) accompagnent ces établissements pour les aider à mener à bien leurs projets en mettant à leur disposition du matériel de communication, des affiches, des marques-pages etc… - Les élèves peuvent également s’initier à l’informatique en postant leurs réalisations sur le blog des écoles en poésie.

Ministère de l’Éducation nationale (France) — Wikipédia

Source : https://www.education.gouv.fr/le-printemps-des-poetes-et-le-concours-explorer-la-poesie-468207

Un prétexte pour mettre en relief, dans ce dossier, à la fois des femmes exceptionnelles ayant vécu ‘autour du 12ème siècle’ et dont certaines ont laissé des traces étonnantes en matière de poésie !


Préambule

Encore quelques informations préliminaires pour ouvrir ce dossier – qui coïncide avec la Journée du 8 mars, dédiée aux droits des femmes au niveau international, d’une part, et à la poésie, d’autre part … {{}}– Tout ceci a été fait dans un but didactique

Le XIIe siècle (ou 12ème siècle) commença le 1er janvier 1101 et finit le 31 décembre 1200. Il fut, en Occident, un siècle de Renaissance, provoquée notamment par les traductions latines d’œuvres scientifiques et philosophiques grecques et arabo-musulmanes, et un contexte de réforme religieuse…. - A noter : 1080-1180 : période d’hivers doux et d’étés secs en Europe occidentale [20]. Vers 1100 : 48 millions d’habitants en Europe [21]. Les conditions climatiques favorables entrainent la formation de nouvelles agglomérations et des défrichements. La population s’accroît… - Les évènements et personnages significatifs au niveau mondial sont à découvrir par ici > https://fr.wikipedia.org/wiki/XIIe_si%C3%A8cle

À propos de Charles Homer Haskins : c’est un médiéviste américain, conseiller du président américain Woodrow Wilson. Il est considéré comme le premier historien américain spécialisé dans le Moyen Âge… - Wikipédia

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/0/02/Charles.h.haskins.jpg

Date/Lieu de naissance : 21 décembre 1870, États-Unis - Date de décès : 14 mai 1937, Cambridge, Massachusetts, États-Unis - Enseignement : Université Johns-Hopkins - Partenaire : Clare Allen Haskins

Ce 12ème siècle est passé en revue à l’aide d’ une annexe dans ce dossier{{}}

Au XII siècle, les trobairitz chantaient un amour libre et audacieux. Comme la Comtesse Béatrice de Die, elles osaient des paroles sensuelles, donnant voix aux femmes — de vraies popstars médiévales ! 29 août 2025

Page enluminée du ’Codex Manesse’, manuscrit de poésie lyrique du XIVe siècle, conservé à la Bibliothèque de l’université de Heidelberg. - Domaine public - © Universitätsbibliothek Heidelberg - . - .

Page enluminée du ’Codex Manesse’, manuscrit de poésie lyrique du XIVe siècle, conservé à la Bibliothèque de l’université de Heidelberg. - Domaine public - © Universitätsbibliothek Heidelberg

Le mot trobairitz vient de l’occitan médiéval et désigne une femme poète et compositrice du Moyen Âge, comme par exemple Béatrice de Die ou Beatritz de Dia.

Quel est le rôle de l’abbesse ? - L’abbesse est la supérieure d’une communauté religieuse, généralement une communauté suivant la règle de saint Benoît. En matière communautaire, elle possède la même autorité qu’un abbé, mais sans la fonction sacramentelle. L’abbesse est la supérieure spirituelle, administrative et juridique de la communauté.

La règle de saint Benoît est une règle monastique écrite par Benoît de Nursie pour donner un cadre à la vie cénobitique de ses disciples. Rédigée en 530[1], elle établit un mode de vie monastique (organisation de la liturgie, du travail, des repas et de la détente entre autres) qui provient de son expérience d’abbé à Subiaco, puis au mont Cassin en Italie. Elle divise la journée en trois parties : la prière, le travail et la lectio divina (« lecture divine »), soit la lecture des textes sacrés. Ce qui la caractérise le plus est sa « discrétion », c’est-à-dire son équilibre, sa souplesse, son souci de ne pas faire peser sur les disciples un joug trop contraignant. Vers 529, Benoît fonde une communauté de moines au mont Cassin. Au cours des siècles qui suivent, la règle qu’il a écrite pour ses moines est progressivement adoptée par un nombre croissant de monastères en Occident. Au-delà de sa grande influence religieuse, elle a une grande importance dans la formation de la société médiévale, grâce aux idées qu’elle propose : une constitution écrite, le contrôle de l’autorité par la loi et l’élection du détenteur de cette autorité, Benoît ayant voulu que l’abbé soit choisi par ses frères [rsb 1]. Au XXIe siècle, plusieurs milliers de moines et moniales à travers le monde vivent encore selon la règle de saint Benoît… - Source

Une expérience mystique ou religieuse, également appelée expérience spirituelle ou expérience sacrée, est une expérience subjective interprétée dans un cadre religieux. [ 1 ] Au sens strict, l’« expérience mystique » désigne spécifiquement une expérience extatique d’union, ou de non-dualité , entre le « soi » et d’autres objets, mais peut plus largement désigner une conscience ou une intuition sensorielle, non sensorielle ou non conceptualisée, tandis que l’« expérience religieuse » peut désigner toute expérience pertinente dans un contexte religieux. [ 2 ][ 3 ][ a ] Le mysticisme englobe les traditions religieuses de transformation humaine, favorisées par diverses pratiques et expériences religieuses. [ 4 ][ note 1 ][ note 2 ] - Voir https://en-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Mystical_or_religious_experience?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=rq

Exemple choisi - La poésie d’un parchemin tenu par Herrade de Lansberg (née entre 1125 et 1130, morte le 25 juillet 1195) en Alsace
 
« Ô vous, fleurs blanches comme la neige,
qui répandez le parfum de vos vertus,
en dédaignant la poussière terrestre, 
persistez dans la contemplation des choses célestes,
ne cessez pas de vous hâter vers le ciel,
où vous verrez, face à face,
l’Époux caché à vos regards ».
« « « 

Les Almoravides sont une succession (dynastie) de chefs musulmans qui ont dirigé la partie nord-ouest de l’Afrique du Nord et une partie de l’Espagne aux XIe et XIIe siècles ? - Le nom Almoravides est la transformation en langue espagnole du nom arabe Al-Murabit, qui veut dire les gens du ’ribat’. Un ribat est une forteresse. Ibn Yasin le fondateur du mouvement almoravide avait regroupé ses partisans dans un fortin qui leur servait de refuge contre leurs adversaires et de base pour mener des attaques contre les principales villes-étapes du grand commerce de l’or à travers le Sahara occidental. Le mouvement almoravide est né parmi les tribus berbères qui nomadisaient entre le nord du Sénégal et le sud du Maroc… - Voir par exemple : https://www.lhistoire.fr/les-almoravides-fondent-marrakech

Pour mémoire, des articles étiquetés « Femmes savantes » et mis en ligne antérieurement sur ISIAS.info, sont accessibles à partir d’ICI > https://isias.info/spip.php?page=recherche&recherche=femmes+savantes

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Introduction {{}}

Pour ces thèmes conjoints - Journée internationale des droits des femmes et Printemps des poètes - retenus en 2026, des documents ont été sélectionnés de façon personnelle et arbitraire : ils mettent en lumière un certain nombre d’institutions et de personnalités considérées comme exceptionnelles dans l’Histoire de l’Humanité :

* les trobairitz au XIIème siècle en Provence et dans le Languedoc …

* la Comtesse Béatrice de Die dans le sud-est de la France …

* l’abbesse et compositrice visionnaire Hildegarde de Bingen de la moyenne vallée du Rhin …

* l’abbesse Herrade de Landsberg au monastère de Hohenbourg en Alsace…

Le sujet mérite d’être repris ultérieurement pour d’autres femmes exceptionnelles de l’aire germanique

* une étude sur la surprenante indépendance des femmes du Moyen Âge, d’après leurs testaments…

* une autre étude sur les femmes dans l’Avignon des papes au Moyen Âge : blanchisseuses, putains ou nonnes…

* une autre aire géographique est abordée ici avec la confédération tribale et le mouvement politico-religieux des Almoravides, s’étendant ‘autour du 12ème siècle’ du Sénégal actuel au Languedoc en France !

* les femmes almoravides décrites sous l’égide des ‘Études marocaines’, d’après Osire Glacier

https://www.parlement-ecrivaines-francophones.org/app/uploads/2023/05/Osire.jpg

« La maroco-canadienne, Osire Glacier (Hadouche) est née à Agadir (Maroc), où elle a vécu et grandi jusqu’à l’âge de 17 ans. Après quelques années en France et aux États-Unis, elle a déménagé au Québec pour y réaliser une maîtrise à l’Université Laval (Québec, Canada), puis un doctorat à l’université McGill (Montréal, Canada). Osire est professeure d’histoire à l’Université Athabasca (Athabasca, Canada), conférencière et chercheure, se spécialisant dans les domaines de l’histoire des femmes, des construits des genres et de la sexualité, et des droits de la personne au Maroc. Elle est l’autrice de plusieurs livres… » Source : https://www.parlement-ecrivaines-francophones.org/member/osire-glacier/

Il a été ajouté en annexe de ce dossier un rappel de la ‘Renaissance du XIIème siècle’ d’après Wikipédia …

Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

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Sommaire {{}}

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  • Avant les popstars, il y avait… les trobairitz au XIIème siècle - Vendredi 29 août 2025 – Documents divers de ‘radiofrance.fr/franceculture’ - Provenant du podcast Le Fil histoire

    Miniature du Codex Manesse : Konrad von Altstetten et sa dame enlacés, symbole de l’amour courtois, thème central des trobairitz comme la Comtesse de Dia - UB Heidelberg, Cod. Pal. germ. 848, fol. 249v, Zurich, vers 1300–1340). Numérisation : Universitätsbibliothek Heidelberg, domaine public / reproduction © UB Heidelberg

Miniature du Codex Manesse : Konrad von Altstetten et sa dame enlacés, symbole de l’amour courtois, thème central des trobairitz comme, par exemple, la Comtesse de Dia - UB Heidelberg, Cod. Pal. germ. 848, fol. 249v, Zurich, vers 1300–1340). Numérisation : Universitätsbibliothek Heidelberg, domaine public / reproduction © UB Heidelberg

Le Fil histoire

On les a presque oubliées : au XII siècle, les trobairitz chantaient un amour libre et audacieux. Comme la Comtesse de Dia, elles osaient des paroles sensuelles, donnant voix aux femmes — de vraies popstars médiévales.

Avec Emanuele Arioli, archiviste paléographe, maître de conférences à l’université des Hauts-de-France

Un soir entre mes bras, nu, qu’il se sente comblé avec mon corps pour oreiller’. Devinez : Madonna, Beyoncé ou Dua Lipa ? Non. C’est Beatriz de Dia, une ’trobairitz’ qui chantait déjà le désir féminin… au XIIᵉ siècle. Comme Marie de Ventadour, Castelloza, Azalaïs de Porcairagues, ces femmes troubadours sont les premières compositrices de musique profane dont on connaisse le nom en Occident. Issues de la noblesse du sud de la France, elles osent chanter un amour audacieux, sensuel, parfois extraconjugal. Pourtant, leurs voix se sont presque éteintes : moins de trente chansons nous sont parvenues, et une seule avec sa mélodie. Alors, que nous disent ces vers oubliés ? Comment ces ’popstars médiévales’ ont-elles transformé la poésie, la musique et la place des femmes ?

À écouter :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production-eu3/2025/03/68a6cb2f-5d51-4cc2-a2cc-8c3c4256d086/120x120_sc_lundi-musique-recadre-evrart-de-conty-livre-des-evrart-de-btv1b8426258c-134.jpg

Troubadouresses et ménestrelles, musiciennes au Moyen Âge Le Cours de l’histoire 58 min

Une popstars médiévale : un effet Madonna… au XII siècle

Au XIIᵉ siècle, les ’trobairitz’, ou femmes troubadours, prennent la parole dans une société dominée par les hommes. Elles renversent les rôles : la femme n’est plus l’objet du désir, mais son sujet. La Comtesse de DieBeatriz de Dia, l’affirme sans détour dans son chant, copié vers 1270 dans un manuscrit de Charles d’Anjou, conservé à la BnF. Dans ce poème en Occitan, elle écrit notamment :

’A chantar m’er de so qu’eu no volria’
(’Il me faut chanter ce que je ne voudrais pas’)

et plus loin, on trouve ces vers :

Bel ami, charmant et bon,
Quand vous tiendrai-je en mon pouvoir ?
Quand coucherai-je près de vous un soir,
Vous donnant un baiser d’amour ?
Sachez que j’ai grand désir de vous
À la place de mon mari,
Pourvu que vous m’ayez promis
De faire tout ce que je voudrai.
{}

Ces extraits dévoilent une voix féminine qui assume son désir et pose ses conditions. Bien avant Madonna ou Taylor Swift, une femme chante son intimité et ses blessures dans les cours occitanes !

Le déclin des trobairitz : une liberté brisée par l’histoire{{}}

L’âge d’or des cours du sud de la France fut bref, mais intense. Au XIIᵉ siècle, les trobairitz émergent dans un climat raffiné, propice à la prise de parole féminine. Mais à partir de 1209, la Croisade contre les Albigeois ravage le Languedoc : villes brûlées, châteaux assiégés, populations massacrées. Les troubadours déclinent, et la voix des femmes s’éteint avec eux. Pourquoi ont-elles été oubliées ? Peut-être parce qu’elles osaient dire ce que l’on taisait : le désir, la liberté, l’amour au féminin. Aujourd’hui, en réécoutant Beatriz, on redécouvre des popstars avant l’heure qui auraient sans doute enflammé TikTok…

Référence : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-fil-histoire/avant-les-popstars-il-y-a-avait-les-trobairitz-au-xiie-siecle-4518560

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  • Béatrice de Die, la vengeresse - Épisode 8 - Lundi 19 juin 2023 - Provenant du podcast Musique, nom féminin - Documents ‘www.radiofrance.fr’

    visuel du podcast ’Musique, nom féminin’ par Aliette de Laleu

Avec le poème occitan ’A Chantar M’er’, Béatrice de Die participe au mouvement de création féminine qui traverse le Sud de la France entre le XIe et le XIIIe siècle. Parmi les trobairitz - ainsi appelait-on ces femmes poétesses - elle nous livre un témoignage vif de son temps.

’Il me faudra chanter de ce dont je ne voudrais pas le faire,
tant je me plains de celui dont je suis l’amante,
car je l’aime plus qu’aucun être au monde ;
auprès de lui ne me servent de rien
ni miséricorde, ni courtoisie, ni ma beauté,
ni mon mérite, ni mon intelligence [...] ’
{}

Ainsi débute le poème de la Comtesse de Die, connue aussi sous d’autres noms comme Béatrice de Die ou Beatriz de Dia en occitan. Un poème de la fin du XIIe siècle, d’il y a donc plus de 800 ans. Et pourtant, il n’a pas pris une ride !

L’art des trobairitz est un art subtil, mené par des femmes qui maîtrisent parfaitement leurs classiques et leurs plumes. Ces trobairitz, mot qui désigne les femmes troubadour dans le sud de la France, sont haut placées dans la société. Ce statut les protège : elles peuvent créer en toute liberté, que ce soit des poèmes ou des musiques. Depuis huit siècles, certaines traces de cet art au féminin ont été perdues ou effacées. La seule partition qu’il nous reste pour admirer le travail de mise en musique d’un texte, c’est ce poème de la Comtesse de Die : A Chantar M’er*.

* Poème repris dans des versions très différentes selon les voix, les inspirations des interprètes et la lecture de cette partition ancienne. Mais pourquoi la Comtesse de Die a-t-elle écrit ce texte déchirant ? À qui s’adressent ces mots accusateurs : “Je me retrouve trompée et trahie” ? Retracer l’histoire de cette chanson implique de résoudre de nombreuses énigmes. La première concerne directement son autrice : la Comtesse de Die, qui était-elle ?

Le privilège des trobaïritz{{}}

“La Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers ; elle était belle et bonne, devint amoureuse du seigneur Raimbaut d’Orange, et fit à son sujet maintes bonnes poésies.” Voici l’unique et précieuse information que l’on a sur la Comtesse de Die. Ce court texte biographique s’appelle une ’vida’ et raconte de manière très succincte la vie des troubadours et des trobairitz. Ce qui nous permet de situer l’époque, ce sont aussi les poèmes des autres trobairitz. Pendant toute la période médiévale, les femmes n’ont pas toujours eu cette possibilité de devenir poétesse ou compositrice reconnue.

Cette création féminine se développe entre le XIe et le XIIIe siècle, et ce, uniquement dans le sud de la France. Comment expliquer cette différence entre le nord et le sud du même pays ? Tout simplement grâce à des codes établis dans le sud de la France à ce moment-là : les codes Justinien et Théodosien, qui donnent aux femmes des privilèges.

Attention, toutes les femmes n’ont pas accès à l’écriture et la musique. Sur la vingtaine de trobairitz retrouvées à cette époque, toutes viennent d’un milieu aisé et éduqué. L’autre point commun entre toutes ces créatrices : il s’agit du sujet de l’amour. La thématique est abordée de manière très différente si l’on compare avec la poésie des troubadours. Quand les hommes doivent répondre à des codes précis du fin’amor ou amour courtois, les femmes, elles, n’ont pas besoin de gagner leur vie avec leur musique ou leurs poèmes. Ce qui fait de ces textes écrits pas les trobairitz, un témoignage très vif et sans filtre de ce qu’elles vivent dans leurs relations amoureuses.

’A chantar m’er’, un poème de vengeance ?{{}}

Dans son A chantar m’er, la Comtesse de Die semble à première vue plutôt désespérée. Mais, si on lit entre les lignes et que l’on re-contextualise cette poésie, elle utilise la plume comme un moyen de se venger et d’afficher publiquement celui qui lui a fait de la peine. Elle rappelle qu’elle est une femme de pouvoir, instruite, courtoise, intelligente, belle et qu’elle a été une amoureuse parfaite. Tout ce que reproche la Comtesse de Die à celui qui l’a trahie dépasse la sphère intime et personnelle. Elle expose les manquements de son ancien amant et au Moyen Âge : être orgueilleux envers son amoureuse, courtiser deux femmes en même temps et simplement de manquer à ses engagements premiers envers elle.

Mais la cerise sur le gâteau reste cette dernière strophe clôturant son poème par cette simple phrase : “Excès d’orgueil nuit à beaucoup de gens”. Une fin qui sonne comme une menace. Entre autres, ce poème a fait entrer Béatrice de Die dans l’histoire. Pas seulement parce qu’il est le seul dans le corpus des trobairitz a avoir été retrouvé avec une partition, mais bien parce qu’il respire l’intelligence d’une créatrice qui devait se faire un nom dans l’histoire de la musique et de la poésie.

Programmation musicale :

Béatrice DE DIE

  • A chantar m’er de so 
    Montserrat Figueras (soprano), Driss El Maloumi (oud), Hespérion XX (ensemble) 
    Label Alia Vox 2009
  • A chantar m’er de so qu’ieu non volria
    Mara Kiek (voix)
    Label Hyperion 1988
    ANONYME
  • Dananza amorosa
    Christophe Deslignes (organetto), Carole Matras (harpe et voix), Thierry Gomar (percussions)
    Label Ricercar 2001
    ANONYME (France, XIIIe siècle)
  • Bele Doette as fenestres se siet
    Barbara Thornton (soprano), Jill Feldman, Guillemette Laurens, Candace Smith
    Label RCA 1990
    Aimeric DE PEGUILHAN
  • Na carenza
    Stevie Wishart (direction), l’ensemble SINFONYE avec Jim Denley (bendir, pandeiro), Paula Chateauneuf (oud)
    Label Hyperion 1993
    Béatrice DE DIE
  • A chantar m’er de so qu’ieu non voiria
    Troubadours Art Ensemble, Gérard Zuchetto (direction)
    Label Troba 2009
  • A chantar m’er de so q’ieu no voldria
    Hespérion XX, Montserrat Figueras (soprano), Jordi Savall (vièle)
    Label EMI 2000
    Thibaud IV Comte de Champagne et Roi de Navarre
  • Amour me fait commencer une chanson (pour ensemble instrumental)
    Millenarium (ensemble vocal et instrumental), Carole Matras (harpe), Christophe Deslignes (organetto), Thierry Gomar (percussions)
    Label Ricercar 2017
    ANONYME
  • La nova estampida real (pour ensemble instrumental)
    Millenarium (ensemble vocal et instrumental), Carole Matras (harpe), Christophe Deslignes (organetto), Thierry Gomar (percussions)
    Label Ricercar 2017
    Et des bruitages réalisés par Bernard Charon et produits par Radio France en 2009 : ’Cheval : arrivée sur sol dur’, ’Oiseaux forêt’

À réécouter :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2020/06/407e9076-a0a0-463c-9318-e9f4a8578eb8/120x120_capture_decran_2020-06-07_a_14.30.25.jpg

Les chants oubliés de la Comtesse de Die (1140-1212) Musicopolis 25 minutes

Série « La musique du Moyen Âge - Anthologie »

Les chants oubliés de la Comtesse de Die (1140-1212) - Jeudi 11 juin 2020 - Provenant du podcast Musicopolis

Image carrée Musicopolis

Portrait d’une musicienne méconnue. Le manuscrit, dans lequel on trouve ’A chantar’, la chanson de la Comtesse de Die, aurait été réalisé pour Charles d’Anjou, le petit frère de Saint Louis, élevé à la Cour de France, au milieu des tournois, de la poésie courtoise, des chansons et des danses. {{}}

Portrait d’une jeune fille en feu {{}}

Le feu brûle dans l’immense cheminée, les tapis sont étendus devant les fauteuils et les tabourets garnis de coussin. On a démonté la table du repas, et les convives sont assis le plus près possible du feu. La maîtresse de maison quitte la fenêtre où elle s’est tenue un moment, scrutant les étoiles d’un oeil mélancolique. Elle s’assied, elle fixe la tenture sur le mur comme pour y trouver l’inspiration, et elle commence à chanter.

’Je dois chanter des choses que je préférerais taire Tant ma rancoeur est grande Envers celui que j’aime plus que tout. Pour lui ne valent ni grâce ni belles manières, Ni ma beauté, ni ma vertu, ni mon entendement. Car il m’a trompée et trahie comme si j’étais devenue méprisable.’

C’est la Comtesse de Die qui chante ces mots, elle est trobaïritz, c’est-à-dire qu’elle trouve des poèmes et qu’elle les chante sur une mélodie qu’elle a composée elle-même. Une troubadour femme, en quelque sorte…

BnF ms. 854 fol. 141 - La comtesse de Die

BnF ms. 854 fol. 141 - La comtesse de Die - Gallica

On sait qu’il y avait au Moyen Age des musiciennes professionnelles, ‘jongleresses’ ou ménestrelles. Elles diffusent un répertoire populaire de chansons, chansons d’aube, ou de toile, ou de mal mariées.

La Comtesse de Die ne fait pas partie de cette catégorie, en tant que Dame de noble naissance, elle pratique une poésie élaborée, au même titre que ses collègues troubadours. Il semble que dans la Provence des XII° et XIII° siècles, les femmes jouissaient de davantage de liberté que les siècles précédents, et les trobairitz ont été nombreuses. Elles étaient le plus souvent riches et instruites. On trouve mention d’une vingtaine d’entre elles et environ 32 poésies leur sont attribuées. Mais notre Comtesse de Die est la seule dont on ait une chanson dont nous sont parvenus à la fois le texte et la musique

Une vie en pointillé{{}}

La comtesse de Die a vécu probablement à la fin du 12ème siècle. C’est en tous cas ce que nous pouvons déduire de sa vida, une courte biographie en langue romane, inscrite dans un chansonnier provençal du siècle suivant. Voici la traduction de ce texte, dans son intégralité : ’La Comtesse de Die épousa Guillaume de Poitiers ; elle était belle et bonne, devint amoureuse du seigneur Raimbaut d’Orange, et fit à son sujet maintes bonnes poésies.’ 

A lire aussi :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2020/03/dd1237f7-1e52-4327-826f-d4aef98390b6/120x120_gettyimages-51240957.jpg

L’intégrale de Musicopolis 1/3 (oeuvres de 1199 à 1800)

Programmation musicale : {{}}

Comtesse de Die (fin du 12ème siècle ?)
A chantar m’er de so qu’ieu non volria
Mara Kiek, chant
Hypérion CDA66283

Manuscrit du Roi (v. 1270-1320)
Estampie royale n°4
Hesperion XXI, direction Jordi Savall
Alia Vox AVSA 9857

Comtesse de Die (fin du 12ème siècle ?)
A chantar m’er de so qu’ieu non volria
Brigitte Lesne, chant, harpe
Zig Zag Territoires ZZT090402

Comtesse de Die (fin du 12ème siècle ?)
A chantar m’er de so qu’ieu non volria
Montserrat Figueras, chant, Jordi Savall, lira, Pedro Estevan, percussions
EMI 8265102

Comtesse de Die (fin du 12ème siècle ?)
A chantar m’er de so qu’ieu non volria
Montserrat Figueras, chant, Jordi Savall, lira, Driss El Maloumi, oud, Michaël Grébil, luth médiéval, Pierre Hamon, flûte, Pedro Estevan, percussions
Alia Vox AVSA 9873 A/C

Raimon de Miraval (1160-1220)
Aissi cum es genser Pascors Lluis Vilamajo, chant, Hespérion XXI, direction Jordi Savall
Alia Vox AVSA 9873 A/C

Comtesse de Die / musique de Raimon de Miraval (1160-1220)
Estat ai en greu cossirier
Montserrat Figueras, chant, Jordi Savall, lira, Christophe Coin, vièle
EMI 8265102

Raimbaud d’Orange (1140-1273)
Ar resplan la flors envèrsa
Gérard Zuchetto, chant, Patrice Brient, Jacques Khoudir
VDE-GALLO

« « « {{}}

Comtesse de Die / musique de Bernard de Ventadorn (v.1130/40-v.1190/1200)
Ab joi et ab joven m’apais
Montserrat Figueras, chant, Jordi Savall, lira, Christophe Coin, vièle
EMI 8265102

Guiraut de Borneilh (v.1140-v.1200)
Tenso : Si us quer conselh, bel’ami’Alamanda
Montserrat Figueras, Josep Benet, chant, Hesperion XX, direction Jordi Savall
EMI 8265102

Comtesse de Die (fin du 12ème siècle ?)
A chantar m’er de so qu’ieu non volria
Montserrat Figueras, chant, Jordi Savall, lira, Driss El Maloumi, oud, Michaël Grébil, luth médiéval, Pierre Hamon, flûte, Pedro Estevan, percussions
Alia Vox AVSA 9873 A/C - Musicopolis

Musiques – Actualité musicale Musique classique

L’équipe :

Anne-Charlotte RemondAnne-Charlotte Rémond -

Max DozolmeMax Dozolme Collaboration - Philippe Petit Réalisation

À réécouter :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2018/09/392750cb-1686-41c4-91cb-03896f606467/120x120_troubadour_et_photo_tire_de_lamour_de_loin_de_kaija_saariaho.jpg

Le Troubadour ou l’amour de loin Histoires de Musique 10 minutes – Source : https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/histoires-de-musique/le-troubadour-ou-l-amour-de-loin-2647395

Musique, nom féminin{{}}

Une série écrite et produite par Aliette de Laleu - Réalisée par Lionel Quantin
Avec la collaboration d’Aude Vassent (INA)
Avec le partenariat du CNM (Centre national de la musique)

Musiques – Actualité musicale Musique classique Musiques anciennes Musique médiévale – Musique du Moyen Âge Montserrat Figueras Jordi Savall

L’équipe :

Aliette de Laleu

Aliette de Laleu Productrice - Lionel Quantin Réalisation - Aline Bieth Collaboration -

Source : https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/musique-nom-feminin/episode-8-beatrice-de-die-la-vengeresse-8914812

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Rappel - Hildegarde de Bingen est-elle une histoire vraie ?{{}}

Hildegarde, une naturopathe visionnaire au XIIe siècle - Agir ...

« Sainte Hildegarde de Bingen est une vraie sainte de l’Église Catholique, reconnue en 2012 pour sa vie exemplaire par le pape Benoit XVI, allemand comme elle, et considérée pour beaucoup comme la première naturopathe de l’histoire ».


  • Série concernant Hildegarde de Bingen, génie cosmique - Par Aurélie Sfez – Document ‘radiofrance.fr/franceculture’
    L’histoire se passe au Moyen Âge : une petite fille aux capacités hors normes voit le jour dans la vallée du Rhin. Elle s’appelle Hildegarde de Bingen et connaîtra un destin extraordinaire de mère abbesse, visionnaire et compositrice de génie, femme de pouvoir devenue symbole de sororité.{{}}

5 épisodes • En savoir plus

Épisodes : {{}}

Vue de l’Abbaye Sainte Hildegarde d’Eibingen, près de Rüdesheim am Rhein (Allemagne){{}}Épisode 1/5 : Une enfance hors norme

Hildegarde de Bingen naît à la fin du 11e siècle dans la vallée du Rhin. Placée dans un monastère bénédictin dès son plus jeune âge, elle développe des dons extraordinaires... - 18 déc. 2024 • 60 minutes

Hildegarde de Bingen (collection de l’Abbaye d’Eibingen)

Épisode 2/5 : La compositrice visionnaire

Hildegarde de Bingen est la première à fonder un couvent de femmes, au 12e siècle, et la première à noter la musique composée pour les offices. Elle y exprime d’une voix personnelle, mystérieuse, ’l’amour qui inonde toute chose’. 18 déc. 2024 • 60 minutes – [Cette rubrique est reprise en détail ci-après]

Dieu, le cosmos et l’humanité. Miniature extraite du Liber Scivias d’Hildegard de Bingen, 1175 (collection de l’Abbaye d’Eibingen)

Épisode 3/5 : La mère nature

Hildegarde de Bingen est une femme d’avant-garde, audacieuse et créative, qui conjugue tous ses savoir-faire. C’est une ’accoucheuse’, une ’femme sage’, qui s’intéresse aux plantes et envisage la guérison sur le plan du corps autant que de l’esprit. 18 déc. 2024 • 60 minutes

Le rédempteur. Miniature extraite du Liber Scivias d’Hildegarde de Bingen, 1175 (collection de l’Abbaye d’Eibingen)

Épisode 4/5 : Et Dieu créa le matriarcat

Femme d’autorité et d’influence, libre et engagée, Hildegarde de Bingen est l’interlocutrice des grands de son époque, le Moyen Âge central. Autant dire une exception ! 18 déc. 2024 • 59 minutes

Influences célestes sur les hommes, les animaux et les plantes, une vision d’Hildegarde de Bingen, extrait du livre ’Studies in the history and method of science’, 1917

Épisode 5/5 : Hildegardemania

Hildegarde de Bingen est redécouverte au 20e siècle et accède au rang de phénomène planétaire, icône féministe ’New Age’ et patronne des médecines douces. 18 déc. 2024 • 59 minutes

À propos de la série : {{}}

L’histoire se passe au Moyen Âge  : une petite fille aux capacités hors normes voit le jour dans la moyenne vallée du Rhin. Elle s’appelle Hildegarde de Bingen et connaîtra un destin extraordinaire de mère abbesse, visionnaire et compositrice de génie, femme de pouvoir devenue symbole de sororité.

Abbesse, artiste et visionnaire, Hildegarde de Bingen est une figure majeure du Moyen Âge central. Née à la fin du 11e siècle et ’donnée’ à l’Église par sa famille à l’âge de 14 ans, elle vivra plus de quatre-vingts ans selon la règle bénédictine, tout en développant sa propre originalité ainsi qu’une érudition peu commune. Compositrice de génie, elle révolutionnera le chant grégorien et sera la première à noter sa musique. Passionnée de sciences, elle deviendra guérisseuse, s’intéressera aux maux féminins et à la sexualité.

Femme de pouvoir, elle sera l’interlocutrice des grands de son époque et ira prêcher en dehors de son monastère. Poétesse, elle inventera une langue mystérieuse, la Lingua Ignota (langue inconnue), et fera connaître ses visions, riches et complexes. Symbole de sororité, de bienveillance et de respect de la nature et des êtres, elle finira par susciter une véritable ’Hildegardemania’.

Statue d’Hildegarde de Bingen, parvis de l’abbaye Sainte-Hildegarde d’Eibingen

Statue d’Hildegarde de Bingen, parvis de l’abbaye Sainte-Hildegarde d’Eibingen - Benjalin Hu

Une Grande Traversée d’Aurélie Sfez, réalisée par Benjamin Hu
Prise de son : Yann Fressy et Martin Troadec. Mixage : Manuel Couturier
Lectures : Marie Constant et Renaud Bertin Cordoliani
Documentation musicale : Antoine Vuilloz
Coordination : Christine Bernard

Avec :
Laurence Moulinier-Brogi, professeur d’histoire médiévale à l’université Paris-Nanterre, auteure de « Le Manuscrit perdu à Strasbourg : enquête sur l’œuvre scientifique d’Hildegarde », éditions de la Sorbonne, 1995
Geneviève Bührer-Thierry, historienne spécialiste des sociétés du haut Moyen Âge, professeure à l’université Paris1-Panthéon-Sorbonne
Pierre Lemarquis, neurologue attaché d’enseignement à l’université de Toulon et à l’université de Lyon, coauteur de « L’art qui guérit », éditions Hazan, 2020
Léo Henry, écrivain de fantasy et de science-fiction, scénariste de bandes dessinées et auteur du roman « Hildegarde », Folio Gallimard, 2023
François Boespflug, dominicain, théologien professeur d’histoire des religions à l’université de Strasbourg et spécialiste des représentations de Dieu dans l’art
Benjamin Bagby, musicologue et directeur musical de l’ensemble Séquentia
François Chaignaud, danseur et chorégraphe
Marie-Pierre Brébant,
musicienne
Camille Fritsch, chanteuse
Margarethe von Trotta
, réalisatrice du film ’Vision – Sur la vie de Hildegarde de Bingen’ (2009)

Merci  : aux bénédictines de l’Abbaye de Sainte Hildegarde, aux éditions Millon, au Musée Cluny - Musée national du Moyen Âge à Paris, au site Richelieu de la Bibliothèque Nationale de France, et en particulier au conservateur Alexandre Tur, A Sofi Jeannin, directrice musicale de la Maîtrise de Radio France, à Dame Corinne de la biscuiterie « Gourmandises médiévales » de Provins, à Katja Zimmermann, interprète, enfin à Hildegarde, musicien.ne et performeuse, en concert le 25 janvier 2025 au Bois Harel, à Rennes. Son EP Improcedente sortira le 20 mars 2025.

Discographie / Bibliographie :
Ensemble Sequentia : ’Ordo Virtutum’ - Hildegard von Bingen : ’Saints’ - Hildegard von Bingen : ’O Jerusalem’ - Hildegard von Bingen : ’Symphoniae / Spiritual Songs’ - Hildegard von Bingen : ’Voice of the Blood’ - Hildegard von Bingen : ’Canticles of Ecstasy’
François Chaignaud et Marie-Pierre Bréband, Fondation Cartier pour l’art contemporain
Ensemble Discantus
Sainte Hildegarde : ’Scivias ou Les trois livres des visions et des révélations’ (éd. 1909), Hachette LIvre BNF, 2013
Pascale Fautrier : « Hildegarde de Bingen, un secret de naissance », Albin Michel, 2018
Guillaume Kosmicki : « Compositrices, l’histoire oubliée de la musique », Le Mot et le Reste, 2023
Régine Pernoud : « Hildegarde de Bingen », Le Livre de Poche, 1996
Ouvrages d’Audrey Fella consacrés à Sainte Hildegarde : ’Les Femmes mystiques : histoire et dictionnaire’, Robert Laffont, coll. Bouquins, 2013. ’Hildegarde de Bingen corps et âme en Dieu’, éditions du Seuil, coll. Points Sagesses, 2015. ’Hildegarde de Bingen, la sentinelle de l’invisible’, Le Courrier du Livre, 2009

Une ’Grande Traversée’ en partenariat avec le journal{{}}

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L’équipe :

aurélie svez.jpgAurélie Sfez Production - Benjamin Hû Réalisation

Provenant de l’émission :

Les Grandes Traversées{{}}Les Grandes Traversées, sur France Culture

Depuis 2006, France Culture propose chaque année des Grandes Traversées, épopées radiophoniques qui rassemblent documentaires, archives et débats. Chacune est consacrée à une figure qui a marqué et marque encore l’histoire.

Accueil France Culture Podcasts -Contacter France Culture - Nous contacter

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-hildegarde-genie-cosmique

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  • La compositrice visionnaire Hildegarde de Bingen – Épisode rapporté en détail ici 2/5 : mardi 22 juillet 2025 (première diffusion le mercredi 18 décembre 2024) – Documents ‘radiofrance.fr/franceculture’ - Provenant du podcast Les Grandes Traversées

    Les Grandes Traversées

Hildegarde de Bingen est la première à fonder un couvent de femmes, au 12ème siècle, et la première à noter la musique composée pour les offices. Elle y exprime d’une voix personnelle, mystérieuse, ’l’amour qui inonde toute chose’.

L’abbesse de Disibodenberg, de Rupertsberg puis de Eibingen écrit les plus belles pages de la musique médiévale. Une musique vivante, à la recherche de la communion des âmes, de la beauté, mais aussi de la guérison des corps et des esprits, qui révolutionne le chant grégorienHildegarde est un esprit supérieur, la première à connaître une renommée internationale.

À la recherche de la lumière{{}}

Le Moyen Âge central, contemporain de Hildegarde, connaît un renouvellement intellectuel et artistique exceptionnel, qui met l’accent sur la lumière comme véhicule de la divinité. Hildegarde parle de ’lumière vivante’, d’énergie ’ignée’, et chante l’amour ’qui inonde toute chose’.

Une musique comme un chemin sans fin{{}}

Première femme à signer son œuvre, elle compose une musique ’horizontale’, sans tension harmonique, étrange.

Le musicien Benjamin Bagby souligne le caractère inédit de la musique de Hildegarde :’Les textes sont très étranges. Ils ne sont pas normaux pour des textes du 12e siècle. Elle crée un imaginaire en utilisant le latin, ce qui ne ressemble à rien de connu au 12e siècle.’ D’ailleurs, en termes de composition musicale, il est évident, à l’oreille, qu’il ne s’agit pas de chant grégorien. Pour le musicien, il ne faudrait pas tant parler de ’style’ que d’une ’voix’ tout à fait propre à Hildegarde : ’La façon dont elle traite les modes, l’agilité avec laquelle elle utilise la voix, la façon radicale dont elle monte dans les aigus et sa manière d’aller dans les graves, très étirée et complexe, sa manière d’utiliser la notation, le texte. Toutes ces choses sont personnelles, et ce n’est vraiment pas un style, mais une voix.

À lire aussi :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2020/04/59750503-def3-4efa-b04b-28f65a22ca6f/120x120_montage_hildegard.jpg

Tendez l’oreille ! Hildegard von Bingen... oui... mais encore ? Tendez l’oreille 6 minutes

Tendez l’oreille ! Hildegard von Bingen... oui... mais encore ? - Samedi 02 mai 2020 - Provenant du podcast Tendez l’oreille

Image carrée tendez l’oreille

Depuis les années 1980, Hildegard(e) von/de Bingen (1098-1179), religieuse allemande, médecin, naturaliste, compositrice, mystique, biographe, fondatrice de l’abbaye de Rupertsberg, fascine par l’étendue de son intelligence dans de multiples domaines. Mais musicalement... qui est-elle réellement ?{{}}

Si l’oeuvre musicale d’Hildegard von Bingen reste extraordinaire, il est intéressant de la replacer dans son contexte... En somme, prenons le temps d’écouter la musique de sa période. XIe et XIIe siècles : nous sortons du chant grégorien, l’unisson est prêt à se fissurer et la polyphonie est déjà contenue dans ces lignes mélodiques complexes et extrêmement lyriques.

Deux procédés musicaux mis en valeur dans cette chronique en utilisant son Columba aspexit :

  • le ruminatio : plutôt que de composer par ’centonisation’ (agencer des petits fragments mélodiques pré-composés), Hildegarde de Bingen développe un seul motif et lui fait subir des variations mélodiques, pour signifier sa compréhension de plus en plus profonde du mot chanté. ’Ruminer’ le mot et sa mélodie, c’est aussi évoluer soi-même dans notre compréhension du texte religieux.
  • les grands intervalles : ses séquences explorent le grave et l’aigu de la voix. En composant dans tous les registres en même temps, elle semble égrener les notes d’un accord ! Nous touchons ainsi à la polyphonie. Sa musique (monodique) sera d’ailleurs connue et étudiée par les compositeurs de l’école polyphonique de Notre-Dame.
    Son génie est le sien, mais c’est également celui de ses interprètes d’aujourd’hui : tous les musicologues, historiens, chanteurs, directeurs musicaux qui prennent le temps de comprendre sa musique pour mieux nous la transmettre et ainsi nous faire vivre cet effet de ’transe musicale’ qui caractérise sa musique depuis les années 1980. Il faut rappeler que ces partitions sont très difficiles à décrypter, très lacunaires dans les indications d’accompagnement, de bourdon, de tempo, de nuances, d’expressivité.

Cette chronique est un hommage aux interprètes d’Hildegard von Bingen.

Programmation musicale{{}}

Nunc Aperuit Nobis (disque : Canticles of Ecstasy)

Columba Aspexit (disque : The medieval muse : Ancient music for voices & harp)

Musiques – Actualité musicale Musique classique

L’équipe :

Christophe Dilys Christophe Dilys Producteur radiophonique

Soeur Lydia, abbaye Sainte-HildegardeSoeur Lydia, abbaye Sainte-Hildegarde - Benjalin Hu

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-grandes-traversees/la-compositrice-visionnaire-7037679

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https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2021/03/571abe35-ef24-4cf5-a115-ed4bc20e7cc8/120x120_hildegard-von-bingen-musicopolis.jpg

Séries « La musique du Moyen Âge - Anthologie »

Artiste aux multiples talents (musique, sciences, médecine...), Hildegard von Bingen ne passa pas sa vie de religieuse sans créativité terrestre. De nombreux chants religieux écrits et composés par elle étonnent encore aujourd’hui par leur maîtrise{{}}

La grande musicienne du Moyen-Âge{{}}

Hildegard von Bingen est surtout connue pour son Scivias, recueil où se mêlent visions et chants. Dans sa 3e partie notamment, elle compose 14 chants et l’ordo virtutum, drame religieux narratif sur la lutte entre l’âme humaine et le Diable. Croyant fermement que le chant sert à servir Dieu, elle bravera l’interdit papal lorsque le Vatican voudra interdire à son couvent la pratique du chant. Elle continue à composer de massifs manuscrits musicaux témoins de son grand talent.

à réécouter :

https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production/2019/06/06b0b5c4-0665-4efd-9158-38768600b091/120x120_cathedrale_notre_dame_de_paris_fin_xii_e_siecle_-musicopolis_perotin_viderunt_omnes.jpg

1199, Perotin compose ’’Viderunt Omnes’’ Musicopolis 24 minutes

Programmation musicale : {{}}

Hildegard von Bingen (1098-1179) O vis aeternitatis (répons)
Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Hildegard von Bingen (1098-1179) Nunc aperuit nobis (antienne)
Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Hildegard von Bingen (1098-1179) Quia ergo femina mortem instruxit (antienne)
Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Hildegard von Bingen (1098-1179) O clarissima mater (répons)
Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Hildegard von Bingen (1098-1179) O successories fortissimi leoni (Scivias)
Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Hildegard von Bingen (1098-1179) Ordo virtutum (Le jeu des Vertus) Prologue ’Qui sunt hi qui tu nubes’ Ensemble Sequentia
Deutsche Harmonia Mundi GD77051

Hildegard von Bingen (1098-1179) Ordo virtutum (Le jeu des Vertus) Scène 1. ’O peregrines sumus’ Ensemble Sequentia
Deutsche Harmonia Mundi GD77051

Hildegard von Bingen (1098-1179) Ordo virtutum (Le jeu des Vertus) Scène 2. ’Ego sum amatris simplicium morum’ Ensemble Sequentia
Deutsche Harmonia Mundi GD77051

Hildegard von Bingen (1098-1179) O virga mediatrix (alleluia-antienne) Sequentia, direction Barbara Thornton
Deutsche Harmonia Mundi 05472 77555 2

Partitions d’Hildegard von Bingen

Version digitale du Riesenkodex, manuscrit conservé à Wiesbaden qui contient beaucoup d’oeuvres de Hildegard von Bingen

Musique médiévale – Musique du Moyen Âge

Hildegarde de Bingen

L’équipe :

Anne-Charlotte RemondAnne-Charlotte Rémond - Philippe Petit Réalisation - Clément Diaz Collaboration

Pour aller plus loin :

Six figures de la musique au Moyen Âge

Les grandes marches du féminisme

L’équipe :

aurélie svez.jpg

Aurélie Sfez Chroniqueuse, reporter, compositrice et réalisatrice - Benjamin Hû Réalisation

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-fil-histoire/avant-les-popstars-il-y-a-avait-les-trobairitz-au-xiie-siecle-4518560

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  • Rappel - Herrade de Landsberg née entre 1125 et 1130, morte le 25 juillet 1195 au monastère de Hohenbourg dont elle était l’abbesse, fut une poétesse, artiste et encyclopédiste de langue latine… - Wikipédia - Date/Lieu de naissance : 1130, Alsace - Date de décès : 25 juillet 1195, Hohenburg, Allemagne -Livres : Hortus deliciarum, Hortus Deliciarum : A Reconstruction
    Herrade de Landsberg, femme savante (1125 ? – 1195) – Document ‘institut-iliade.com’{{}}

Si le nom d’Herrade de Landsberg est certes tombé dans l’oubli, cela ne l’empêche nullement de rivaliser avec des femmes savantes de son époque plus connues, comme Hildegarde de Bingen.{{}}

Herrade de Landsberg (1125 ? – 1195)

« Ô vous, fleurs blanches comme la neige, qui répandez le parfum de vos vertus, en dédaignant la poussière terrestre, persistez dans la contemplation des choses célestes, ne cessez pas de vous hâter vers le ciel, où vous verrez, face à face, l’Époux caché à vos regards. »{}

Cet extrait est issu d’un poème rédigé par Herrade de Landsberg. La vie de cette abbesse est très peu connue, toutefois sa date de naissance est située entre 1125 et 1130. L’origine même d’Herrade reste entourée de mystère, car son appartenance à la famille noble des Landsberg n’est pas totalement certaine, c’est pourquoi elle est appelée aujourd’hui « Herrade dite de Landsberg », ou « Herrade de Hohenbourg », faisant référence au monastère dont elle fut l’abbesse durant presque trente ans.{{}}

Son entrée au couvent de Hohenbourg, situé sur le mont Saint-Odile dans le massif vosgien, marque véritablement le début de la vie d’Herrade. L’abbesse Relinde se charge de l’éducation de la jeune fille, devenant sa véritable mère spirituelle. Elle la forme non seulement à la vie religieuse, mais également aux lettres et aux arts, contribuant à faire d’Herrade une femme pieuse, dévouée au Christ, mais également dotée d’un solide bagage savant et artistique. C’est donc en toute logique qu’Herrade prend la tête du couvent en succédant à Relinde en 1167.

La nouvelle abbesse dirige une communauté composée de quarante-six chanoinesses vivant selon la règle de saint Augustin, et de douze converses placées sous l’égide des Prémontrés. L’empereur Frédéric Ier Barberousse valide lui-même le nouveau statut d’Herrade, montrant à quel point cette fonction est prestigieuse. Durant son abbatiat, la religieuse poursuit l’œuvre de Relinde en achevant la restauration du monastère, soutenue également par l’empereur Frédéric Ier Barberousse. Herrade permet également l’installation de Prémontrés dans le monastère de Niedermunster, situé au pied du mont Saint-Odile et fondé vers 700 par sainte Odile.

À côté de ses obligations d’abbesse, Herrade de Landsberg se consacre à une œuvre monumentale qu’elle réalise entre 1159 et 1175 : il s’agit de l’Hortus Deliciarum (Le Jardin des Délices). Composé de plus de six cents pages in folio et comportant des illustrations réalisées par l’abbesse, l’Hortus Deliciarum est la toute première encyclopédie rédigée par une femme. Ce codex comporte des citations bibliques, des écrits provenant des Pères de l’Église ainsi que des grands auteurs ayant marqué l’histoire de la pensée chrétienne, comme Eusèbe de Césarée, saint Augustin, Bède le Vénérable, saint Jérôme, Grégoire le Grand et saint Ambroise.

À ces auteurs incontournables, Herrade ajoute des penseurs plus récents, comme Raban Maur. Plus surprenant encore, elle évoque des théologiens qui lui sont contemporains, comme saint Anselme de Cantorbéry, Pierre Lombard et son élève, Pierre le Mangeur. Ce détail prouve qu’Herrade est particulièrement bien renseignée sur les évènements politiques et les débats qui agitent le monde savant en Europe occidentale, ce qui signifie qu’elle a entretenu des correspondances avec les grands penseurs et abbés de cette époque. Elle aurait même échangé des lettres avec le Pape Lucius III.

Herrade alterne ce contenu religieux avec des chapitres portant sur l’Histoire sainte, ainsi que des considérations sur des sciences telles que la cosmologie, l’agriculture, la topographie et les systèmes philosophiques alors en vigueur en Europe. Notons qu’après le chapitre dédié à la Création de l’Homme, l’abbesse n’hésite pas à évoquer la médecine et l’anatomie, dénotant ainsi une véritable curiosité scientifique. En outre, toute l’œuvre d’Herrade est parsemée de poèmes et d’hymnes disposant d’annotations musicales en marge, ainsi que de trois cent trente-six illustrations faites de sa main. À la fin de l’œuvre, Herrade s’est même amusée à créer un calendrier perpétuel allant jusqu’en 1707 ! Cette œuvre monumentale avait pour vocation de servir d’outil d’enseignement aux religieuses désireuses d’acquérir le bagage de connaissances le plus complet possible. Les illustrations réalisées par Herrade devaient permettre de rendre ce contenu plus ludique.

Hélas, le manuscrit original a disparu lors de l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg par les troupes prussiennes, dans la nuit du 24 au 25 aout 1870. Heureusement, des copies de l’encyclopédie ont été effectuées avant ce funeste évènement, permettant à n’importe quel esprit curieux de se plonger dans cette œuvre monumentale.

Si le nom d’Herrade de Landsberg est certes tombé dans l’oubli, cela ne l’empêche nullement de rivaliser avec des femmes savantes de son époque plus connues, comme Hildegarde de Bingen. L’abbesse du mont Sainte-Odile a marqué l’Europe savante du Moyen Âge par cette grande encyclopédie, inspirant ainsi des générations d’artistes et de penseurs, dont Jérôme Bosch. Après tout, ce dernier n’a-t-il pas également appelé l’une de ces œuvres les plus emblématiques le Jardin des Délices ?

L’existence d’Herrade est intimement liée à cette encyclopédie si remarquable, mais également à l’abbaye de Hohenburg, dans laquelle elle a passé presque toute sa vie. Juché à plus de sept-cent mètres d’altitude, sur le mont Sainte-Odile, c’est un haut lieu de pèlerinage revêtu de grès rose qui s’élève majestueusement. Malgré trois incendies depuis sa création en 680 par Sainte Odile et ses nombreuses reconstructions, l’abbaye comporte aujourd’hui une basilique, des chapelles, une bibliothèque et un cloître tout à fait remarquable. Il est également intéressant de noter qu’au pied de cet édifice chrétien court un mur païen encore visible, dans un cadre naturel propice à l’inspiration, comme l’atteste le séjour de Maurice Barrès sur ce site.

Anne-Sophie B. — Promotion Léonidas

Bibliographie :

  • Jacques Le Goff, Les Intellectuels au Moyen Âge, 1985, Éditions du Seuil ;
  • Sophie Cassagnes-Brouquet, La Vie des Femmes au Moyen Âge, 2009, Éditions Ouest-France ;
  • Marie-Thérèse Fischer, Treize siècles d’histoire au mont Sainte-Odile, Strasbourg, Éditions du Signe, 2006
    Photo : médaillon sculpté par Johann Baptist Riegger, Bibliothèque Nationale Universitaire, Strasbourg.

Mots clefs : Abbayes, Alsace, Jacques Le Goff, Jérôme Bosch, Maurice Barrès, Moyen Age, Saint Augustin, Saint Empire romain germanique

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Source : https://institut-iliade.com/herrade-de-landsberg-1125-1195/

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  • L’encyclopédie chrétienne manuscrite Hortus deliciarum Le Jardin des délices selon Wikipédia
Données clés
Fondation 1159 par Herrade de Landsberg
Arrêt 1175
Langue latin

Description de cette image, également commentée ci-aprèsImage de l’enfer dans l’Hortus deliciarum

L’Hortus deliciarum est une encyclopédie chrétienne manuscrite, réalisée entre 1159 et 1175 par Herrade de Landsberg (aussi appelée Herrade de Hohenbourg) et ses moniales au couvent de Hohenbourg (mont Sainte-Odile), dont l’original a été détruit pendant l’incendie de la bibliothèque de Strasbourg le 24 août 1870.

C’est la première encyclopédie connue qui ait été réalisée par une femme. Cet ouvrage en latin résume les connaissances théologiques et profanes de l’époque.

Le manuscrit original, qui avait été transféré à la bibliothèque de Strasbourg lors de la Révolution française, a été détruit lors de l’incendie de la bibliothèque en 1870, au cours de la guerre franco-prussienne. Les miniatures nous sont connues par des copies partielles effectuées par Christian Moritz Engelhardt et par le comte Auguste de Bastard d’Estang. Dans la plupart des cas, les légendes originales ont été ignorées lors de la copie (voir la section « Reconstruction de l’original »).

A lire en entier sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Hortus_deliciarum

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  • La surprenante indépendance des femmes du Moyen Âge : ce que nous apprennent leurs testaments - Publié : 27 juillet 2025, 16:52 CEST – Document ‘theconversation.com’
    Auteur :

https://storage.theconversation.com/mg9ue4qa4pbzzvbzxu2l9luv3pseJoëlle Rollo-KosterProfessor of Medieval History, University of Rhode Island

Déclaration d’intérêts - Joëlle Rollo-Koster ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.

Partenaires - University of Rhode Island apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation US. Voir les partenaires de The Conversation France

Langues : Français English

DOI https://doi.org/10.64628/AAK.6ktkvjxc9

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Les testaments des femmes donnent une image plus nuancée de la vie au Moyen Âge que celle que les stéréotypes véhiculent, comme le montre la Mort et la Prostituée, de la duchesse de Lorraine Philippe de Gueldre (1464-1547), entrée dans les ordres après le décès de son époux. Gallica/BNF

Dans les villes européennes du début du Moyen Âge, les droits des femmes s’étendent même s’ils sont encore limités. Des cadeaux pour l’Au-delà, des corsages pour les plus pauvres ou des fonds pour la réparation de ponts : les testaments des femmes dans la France médiévale donnent un aperçu surprenant de leur quête d’indépendance.{{}}

Dans l’Europe du Moyen Âge, l’image de la femme se résumait souvent en deux mots : pécheresse ou sainte.

En tant qu’historienne du Moyen Âge, je donne cet automne un cours intitulé « Entre Ève et Marie : les femmes au Moyen Âge ». Le but du cours tente d’éclairer sur la façon dont les femmes du Moyen Âge se voyaient elles-mêmes.

Selon le récit biblique, Ève est la cause de l’expulsion des humains du jardin d’Éden, car elle n’a pas su résister à l’envie de croquer dans le fruit défendu par Dieu. Marie, quant à elle, réussit à concevoir le Fils de Dieu sans aucune relation charnelle.

Ces deux modèles sont écrasants. Le patriarcat considère dans les deux cas que les femmes ont forcément besoin de protection, qu’elles sont incapables de se prendre en main ou de se maîtriser, voire qu’elles sont attirées par le mal et doivent par conséquent être dominées et contrôlées. Mais comment savoir ce que pensent les femmes à l’époque médiévale ? Acceptent-elles réellement cette vision d’elles-mêmes ?

Je ne crois pas que l’on puisse totalement comprendre quelqu’un qui a vécu et qui est mort il y a plusieurs centaines d’années. Cependant, nous pouvons tenter de reconstituer partiellement son état d’esprit à partir des éléments dont nous disposons, comme les registres de recensement de population et les testaments.

Les documents datant de l’Europe médiévale à avoir été écrits ou même dictés par des femmes sont peu nombreux à nous être parvenus. Le manuel de Dhuoda et les écrits de Christine de Pisan sont de rares exceptions. Nous avons plus souvent accès à des documents administratifs, comme les registres de recensements ou les testaments. Il s’agit en général de formulaires rédigés dans un jargon juridique ou religieux par des scribes ou des notaires masculins.

Ces testaments et registres de recensement sont l’objet de mes recherches et ils nous ouvrent, même s’ils n’ont pas été rédigés par des femmes, une fenêtre sur la vie et l’esprit des femmes de l’époque. Ces documents suggèrent que les femmes du Moyen Âge disposaient bien au minimum d’une certaine forme de pouvoir pour décider de leur vie – et de leur mort.

Un recensement vieux de plusieurs siècles{{}}

En 1371, la ville d’Avignon (Vaucluse) organise un recensement de sa population. Le registre liste les noms de plus de 3 820 chefs de foyer. Parmi eux, 563 sont des femmes – des femmes responsables de leur propre foyer et qui n’hésitent pas à l’affirmer publiquement.

Ces femmes ne sont pas d’un statut social élevé, et l’histoire ne s’en souvient guère ; elles n’ont laissé de traces que dans ces registres administratifs. Célibataires ou mariées, un cinquième d’entre elles déclarent avoir une profession  : de l’ouvrière non qualifiée à la servante, en passant par l’aubergiste, la libraire ou la tailleuse de pierre.

Près de 50 % de ces femmes déclarent un lieu d’origine. La majorité d’entre elles vient de la région d’Avignon et d’autres régions du sud de la France, mais environ 30 % viennent de ce qui est aujourd’hui le nord de la France, du sud-ouest de l’Allemagne et de l’Italie. Ainsi, l’immigration joue déjà un rôle substantiel à l’époque.

Illustration d’une femme blonde en robe rose portant un récipient en bois sur la tête

Illustration tirée du traité Taqwīm al-iḥḥa, ou Tacuinum sanitatis, (Tableau de santé), du médecin irakien Ibn Butlân, datant du XIᵉ siècle. Bibliothèque nationale de France

La majorité des femmes venues de régions lointaines arrivent seules, ce qui tend à montrer que les femmes du Moyen Âge n’étaient pas nécessairement « coincées à la maison » sous la coupe d’un père, frère, cousin, oncle ou mari. Même si certaines finissent par se retrouver dans cette situation, il leur en a fallu du cran pour décider de partir.

Nouvelles villes, nouvelles vies{{}}

Dans des villes comme Avignon, où la proportion d’immigrants est élevée, les lignées de familles tendent à disparaître. Comme le suggère l’historien Jacques Chiffoleau, la plupart des Avignonnais de la fin du Moyen Âge sont des « orphelins », sans réseau familial étendu dans leur nouvel environnement – ce qui se reflète dans leur façon de vivre.

Depuis le XIIe siècle, les femmes du sud de la France sont considérées comme sui iuris – c’est-à-dire autonomes, capables de gérer leurs affaires juridiques –, si elles ne sont pas sous la tutelle d’un père ou d’un mari. Elles peuvent disposer de leurs biens comme elles l’entendent et les transmettre à leur gré, aussi bien de leur vivant qu’après leur mort. Les dots des filles mariées les empêchent souvent d’hériter des biens parentaux, car en principe la dot remplace l’héritage. Mais en l’absence d’héritier de sexe masculin, elles aussi peuvent hériter.

À la fin du Moyen Âge, les droits juridiques des femmes s’élargissent, car l’anonymat de la ville et l’immigration transforment les relations sociales. Elles peuvent devenir tutrices légales de leurs enfants. Mieux encore, à en juger par les testaments féminins, les veuves et les filles aînées prennent parfois seules des décisions juridiques, sans le tuteur masculin « requis ».

Un vieux manuscrit avec des lignes de caractères et une illustration aux couleurs vives d’hommes et de femmes dans un champ, tandis que d’autres grimpent aux arbres

Une page du livre d’Heures, d’Alelaïde de Savoie, artiste du XVᵉ siècle, montre la récolte des poires et des pommes. PHAS/Universal Images Group via Getty Images

De plus, les femmes mariées peuvent aussi prendre des décisions juridiquement contraignantes tant que leurs maris sont présents avec elles devant un notaire. Bien que les maris soient techniquement considérés comme les « tuteurs » de leurs épouses, ils peuvent les déclarer juridiquement affranchies de la tutelle. Les épouses peuvent alors nommer leurs témoins testamentaires, désigner un héritier universel et établir des dons et legs à des particuliers ou à l’Église, dans l’espoir de sauver leur âme.

Des voix d’outre-tombe{{}}

Les archives européennes débordent littéralement de documents juridiques encore à découvrir, conservés dans des boîtes poussiéreuses. Ce qui manque, c’est une nouvelle génération d’historiens capables de les analyser et de paléographes capables de lire les écritures manuscrites. Pour y remédier, des journées d’études internationales ont eu lieu en jui 2025 à Paris-Évry, consacrées à la transmission patrimoniale en France et en Italie, à travers des testaments datant de la fin du Moyen Âge à l’époque moderne. Richissimes ou issus de classes populaires, hommes et femmes, religieux et laïcs, tout le monde ou presque fait un testament.

En Avignon, des hommes et des femmes de toutes conditions font appel aux services de notaires pour établir des actes contractuels : fiançailles, mariages, ventes de biens, transactions commerciales ou donations. Dans cette masse de documents, les testaments donnent une perspective rafraîchissante sur l’autonomie et les émotions des femmes médiévales à l’approche de la fin de leur vie.

Dans la soixantaine de testaments féminins conservés à Avignon, les femmes indiquent où et avec qui elles souhaitent être enterrées, choisissant souvent leurs enfants ou leurs parents plutôt que leur mari. Elles désignent les œuvres de charité, ordres religieux, hôpitaux pour les pauvres, paroisses et couvents qui bénéficieront de leur générosité – y compris des legs destinés à la réparation du célèbre pont d’Avignon.

Ces femmes ont peut-être exprimé leurs dernières volontés allongées dans leur lit, au seuil de la mort, guidées dans leurs décisions par le notaire. Pourtant, au vu de ce qu’elles dictent – que ce soit des dons pour les dots de jeunes filles pauvres, leurs proches et amis, ou pour que leur nom soit prononcé lors de messes catholiques pour les morts –, je soutiens que ce sont bien leurs propres voix que nous entendons.

Chapelets, réparations et fourrures{{}}

En 1354, Gassende Raynaud d’Aix demande à être enterrée auprès de sa sœur Almuseta. Elle lègue une maison à son amie Aysseline, tandis que Douce Raynaud – peut-être une autre sœur – reçoit six assiettes, six pichets, deux plats, une cruche en étain, un chaudron, son meilleur pot de cuisson, une cape de fourrure doublée de mousseline, une grande couverture, deux grands draps, son plus beau corsage, un petit coffret, ainsi que tous les fils à repriser et le chanvre qu’elle possède. Gassende Raynaud d’Aix lègue également un coffret, un chauffe-main en cuivre, le meilleur trépied de la maison et quatre draps neufs à son amie Alasacia Boete.

La générosité de Gassende ne s’arrête pas là. Jacobeta, fille d’Alasacia, reçoit un chapelet d’ambre ; Georgiana, la belle-fille d’Alasacia, un corsage ; et Marita, la petite-fille d’Alasacia, une tunique. On constate ici que les liens d’amitié remplacent les liens de famille. Ainsi, la lignée de Gassande se confond avec celle de son amie. À son autre amie Alasacia Guillaume, Gassende lègue, en plus d’une couverture brodée, un cadeau peu commun : un autel portatif pour la prière. À Dulcie Marine, une autre amie encore, elle donne un livre de chœur appelé antiphonaire et sa plus belle cape ou fourrure. On voit que Gassende donne surtout à d’autres femmes, ses amies, devenues comme sa famille.

Dans un autre testament avignonnais rédigé en 1317, Barthélemie Tortose fait des dons à plusieurs frères dominicains, dont son propre frère. On peut imaginer le contentement que peut ressentir une femme à soutenir financièrement un religieux. Elle laisse des fonds au supérieur de son frère, le prieur de l’ordre (peut-être pour s’assurer que celui-ci soit bien disposé à l’égard de son frère). Elle donne à des œuvres de charité et pour la réparation de deux ponts sur le Rhône tumultueux, et elle offre aussi une somme substantielle pour nourrir et habiller toutes les religieuses de tous les couvents de la ville.

Illustration dans les tons verts et rouges montrant deux villes reliées par un pont enjambant une rivière avec quelques petites îles

Illustration du Rhône au XVIᵉ siècle, avec Avignon (Vaucluse) à droite. Wikimedia

Elle soutient les femmes de sa famille, léguant notamment un revenu locatif à sa nièce, une religieuse bénédictine. Elle demande ensuite que ses vêtements soient transformés en habits pour les religieuses et en tuniques liturgiques.

On voit bien ici à quel point ces legs sont éminemment personnels : ces femmes se disent que ce qu’elles ont touché, ce qui a été en contact avec leur peau, pourra toucher d’autres personnes. Ce sont des dons charnels, tactiles. Elles espèrent que leurs possessions pourront transmettre un peu de leur mémoire, de leur existence, de leur identité. Et je dirais même, un peu de leur odeur.

De plus, les femmes médiévales peuvent aussi être sacrément radicales, sans être Jeanne d’Arc pour autant.

Au moins dix femmes dont j’ai lu les testaments demandent à être enterrées dans des habits de moines, dont Guimona Rubastenqui. Veuve d’un marchand de poisson d’Avignon – un métier souvent lucratif – elle demande au frère carme Johannes Aymerici de lui donner un de ses vieux habits pour être enterrée avec. Elle paye pour cela le prix relativement élevé de six florins.

Affirmer leur volonté{{}}

Alors, que retenir de tout cela ? Il est impossible de reconstituer entièrement la façon dont les gens vivaient, aimaient et mouraient il y a des siècles. J’ai passé ma vie d’adulte à penser « médiéval », tout en sachant que je n’y parviendrai jamais vraiment. Mais nous avons des indices – et ce que j’appelle une intuition éclairée.

Selon nos critères modernes, ces femmes font face à de réelles limites en matière de pouvoir et d’indépendance, autrement dit, elles se heurtent à des murs. Pourtant, je soutiens qu’elles se libèrent à leur mort : leurs testaments leur offrent une rare occasion de prendre des décisions juridiques personnelles et de survivre dans des archives écrites.

Les femmes du Moyen Âge ont eu le pouvoir d’agir. Pas toutes et pas tout le temps. Mais cet échantillon même réduit montre qu’elles récompensaient et aidaient selon leurs choix.

Quant à leur souhait d’être enterrées dans des vêtements d’hommes, je n’ai aucun moyen de vérifier et de savoir s’il a été respecté. Mais de mon point de vue, il y a quelque chose de profondément satisfaisant de savoir qu’au moins, elles ont essayé.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

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Blanchisseuses, putains ou nonnes : les femmes dans l’Avignon des papes au Moyen Âge

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Source : https://theconversation.com/la-surprenante-independance-des-femmes-du-moyen-age-ce-que-nous-apprennent-leurs-testaments-260257

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  • Blanchisseuses, putains ou nonnes : les femmes dans l’Avignon des papes au Moyen Âge - Publié : 7 avril 2025, 16:54 CEST - Document ‘theconversation.com’
    Auteur :

https://storage.theconversation.com/mg9ue4qa4pbzzvbzxu2l9luv3pseJoëlle Rollo-KosterProfessor of Medieval History, University of Rhode Island

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DOI : https://doi.org/10.64628/AAK.5g9ffehut

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Jusque dans les années 1330, la prostitution était une profession légale en Avignon. Elle avait souvent lieu dans les maisons de bain. Miniature tirée du Livre de Valère Maxime, blibliothèque de l’Arsenal, Paris, XVe siècle

Quelle place avaient les femmes à la cour papale, au Moyen Âge ? En suivant la trace des paiements effectués par la papauté, une étude historiographique montre que si elles n’étaient pas des figures de pouvoir, elles étaient indispensables au quotidien de la cour.{{}}

Le rôle des femmes dans l’église médiévale était officiellement très limité. Il se circonscrivait à l’enfermement et au célibat. Elles pouvaient être emmurées à vie comme recluses, ou nonnes dans un couvent classique.

En pratique, la réalité était plus complexe.{{}}

Les femmes médiévales étaient présentes partout, même dans les maisons des prêtres. L’historienne Jennifer Thibodeaux nous rappelle que si le célibat était déjà l’idéal de l’Église, il n’a pas été véritablement appliqué avant la fin du Moyen Âge. Jusqu’au XIe siècle au moins, certains prêtres avaient des épouses et des enfants qui n’étaient pas considérés comme illégitimes. Même après la peste noire du XIVe siècle, les foyers cléricaux avec femmes et enfants prospéraient en Italie.

L’historienne Isabelle Rosé insiste aussi sur le fait que le célibat se définissant en binôme : abstinence temporaire et perpétuelle, une abstinence temporaire, largement acceptée par l’Église n’empêchait pas une vie familiale.

A jewel-toned miniature painting shows a small walled city with a castle

Représentation du palais des Papes à Avignon, datant du XVe siècle, atelier du Maître de Boucicaut. Bibliothèque nationale.

Au fil du temps, à partir du Moyen Âge central, l’approche de l’Église sur la sexualité illicite et l’illégitimité se durcit, et son attitude envers les femmes fait de même. Les scolastiques médiévaux – tous des hommes – définissent le tempérament des femmes en termes négatifs. Pour eux, elles sont lubriques, frivoles, infidèles, capricieuses, imprévisibles et facilement tentées. Elles doivent donc être constamment surveillées et tenues à l’écart des clercs – du moins en théorie. Elles ne peuvent pas occuper de poste officiel à la cour pontificale, sauf si elles sont la mère ou la sœur du pape.

Ainsi, les normes officielles excluent les femmes des fonctions cléricales et limitent leurs rôles sociaux, mais l’étude des registres comptables médiévaux révèle une réalité plus nuancée.

Les registres comptables des Archives vaticanes permettent de tracer ce qui était payé pour quoi à la cour d’Avignon, où la papauté est installée pour la majeure partie du XIVe siècle. Au fil d’une tâche fastidieuse – déchiffrer les « mains médiévales » qui classent les dépenses en catégories telles que « salaires extraordinaires », « ornements liturgiques », « dépenses militaires » ou « comptes de la cire » – j’ai découvert une surprise : les femmes apparaissent dans les comptes parmi les employés salariés de la cour papale.

Des petites mains essentielles à la cour papale{{}}

Elles travaillent, sont rémunérées, et participent au bon fonctionnement de la cour pontificale et de ses environs, bien que dans l’ombre et sous l’autorité de figures masculines. Les femmes occupent même des postes qui impliquent un contact direct avec le chef de l’Église. Même les vêtements d’un pape doivent être confectionnés, réparés et lavés.

Les Introitus et Exitus, les registres financiers médiévaux des Archives apostoliques du Vatican, fournissent des preuves substantielles que les femmes fabriquaient des ornements et des vêtements sacerdotaux. Ce sont des femmes qui ont créé le style orné hautement apprécié des pontifes avec du lin blanc pur et des broderies d’or.

Entre 1364 et 1374, les registres mentionnent également les blanchisseuses du pape – des femmes perdues dans l’histoire. Parmi elles, on trouve Katherine, l’épouse de Guillaume Bertrand ; Bertrande de Saint-Esprit, qui lave tout le linge du pape lors de son élection ; et Alasacie de la Meynia, épouse de Pierre Mathei, qui s’occupe du linge du pape pour les festivités de Noël de 1373, puis en 1375.

Ces femmes sont toutes épouses d’officiers à la cour papale. Les archives les identifient par leur nom complet, ce qui n’est pas le cas pour tout le monde dans les registres. C’est important : les archives leur confèrent une présence réelle, contrairement à la plupart des travailleuses de l’époque.

A yellowed page with a colored drawing in the middle of the text.

Une femme faisant la lessive, Codices Palatini germanici, manuscrit mediéval allemand. Heidelberg University Library.

Les archives plus tardives sont moins précises. Entre 1380 et 1410, des vêtements liturgiques sont confectionnés et lavés par diverses femmes, notamment l’épouse non nommée de Pierre Bertrand, docteur en droit ; Agnès, épouse de Maître François Ribalta, médecin du pape ; Alasacie, épouse du charpentier Jean Beulayga ; et l’épouse non nommée du chef cuisinier du pape, Guido de Vallenbrugenti, alias Brucho. Seule une femme, Marie Quigi Fernandi Sanci de Turre, apparaît sans parent masculin.

Avec le temps, dans les archives du XVe siècle tardif, les noms des femmes ne sont plus systématiquement enregistrés.

Un salaire touché par le mari{{}}

La plupart de ces femmes sont également mariées à des officiers curiaux qui maintiennent leur rang à la cour grâce à des métiers dans le commerce, la médecine ou l’armée. Les épouses maintiennent une occupation salariée, explicite et enregistrée mais ne sont jamais payées directement, leur mari perçoit leur salaire.

Les travaux domestiques et artisanaux réalisés par ces femmes ne sont pas toujours documentés avec précision, mais ils sont néanmoins essentiels. Elles sont responsables de la fabrication et de l’entretien des vêtements liturgiques, du linge personnel du pape, et d’autres tâches qui garantissent le bon déroulement des cérémonies ecclésiastiques. Cette reconnaissance financière, même si elle est administrée par leur époux, témoigne d’une forme d’emploi rémunéré pour les femmes à la cour papale.

Les femmes, 15 % des cheffes de famille en Avignon au Moyen Âge{{}}

Même si ces femmes ne sont pas officiellement reconnues comme membres de la cour papale, leur travail est crucial pour le fonctionnement de l’Église. Le fait qu’elles apparaissent dans les archives financières papales montre que l’Église médiévale reconnaissait leur contribution, même si cela était sous une forme limitée et indirecte. Leur présence rappelle que l’histoire de l’Église n’est pas seulement celle des cardinaux et des papes, mais aussi celle des nombreuses personnes anonymes qui ont contribué à son fonctionnement quotidien.

De nombreuses femmes à la fin du Moyen Âge ont immigré en Avignon pour y trouver un gagne-pain. Selon une enquête partielle sur les chefs de ménage de la ville en 1371, environ 15 % sont des femmes. La plupart arrivent de loin – d’autres régions de la France actuelle, ainsi que d’Allemagne et d’Italie – pour rejoindre la cour papale et tenter leur chance sur le marché du travail.

Parmi ces cheffes de ménage, 20 % déclarent une profession. La variété de leur métier est stupéfiante. Il y a des marchandes de fruits, des couturières, des tenancières de tavernes, des bouchères, des chandelières, des charpentières et des tailleurs de pierre. À Avignon, les femmes peuvent être poissonnières, orfèvres, gantières, pâtissières, épicières et marchandes de volaille. Certaines sont fabricantes d’épées, pelletières, libraires, revendeuses de pain ou gardiennes d’étuves.

Travailleuses du sexe à la cour papale{{}}

Les bains publics, appelés « étuves », sont souvent des bordels. En Avignon, la prostitution est considérée comme une profession légale, quelques fois contrôlée par l’Église. Marguerite de Porcelude, surnommée « la Chasseresse », paie ainsi une taxe annuelle au diocèse pour son logement. Plusieurs prostituées louent des logements appartenant au couvent de Sainte-Catherine, et Marguerite Busaffi, fille d’un banquier florentin influent, possède un bordel dans la ville.

En 1337, le maréchal de la cour romaine – le plus haut magistrat séculier à la cour – impose une taxe de deux sols par semaine aux prostituées et aux souteneurs. Scandalisé par cette pratique, le pape Innocent VI l’annule en 1358.

One side of the illustration shows pairs of people sitting in tubs and eating at a table, while the other shows a couple in a blue bed.

Scène de bordel, illustrée par Maître François dans une édition du XVe siècle de la Cité de Dieu, de saint Augustin. Bibliothèque nationale des Pays-Bas.

Cependant, en raison de la souillure attachée au commerce du sexe, l’Église tenta de réformer les prostituées et de les convertir en religieuses. Dans les années 1330, les papes d’Avignon les enferment dans un couvent spécial, celui des repenties, situé loin du centre-ville.

Pendant près d’un siècle, des groupes de prostituées y prennent le voile et vivent en religieuses, dirigeant elles-mêmes les affaires de leur couvent avec une poigne de fer.

Dans les années 1370, le pape Grégoire XI offre aux religieuses et à leurs bienfaiteurs une indulgence plénière, c’est-à-dire une absolution totale de leurs péchés. Cloîtrées, les repenties suivent une règle qui insiste sur leur abstinence, le « chemin à suivre pour le retour à une chasteté spirituelle ».

Les dames du couvent ont laissé des archives détaillées des biens qu’elles ont acquis. En 1384, ses dirigeantes adressent une requête au Trésor pontifical, exigeant le paiement des arriérés d’un don sacerdotal – et elles obtiennent gain de cause. Peu de femmes médiévales osaient réclamer leurs dus devant une cour, encore moins devant la cour du pape. Les repenties, ces anciennes travailleuses du sexe, elles, l’ont fait.

La version originale de cet article a été publiée en anglais.

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Source : https://theconversation.com/blanchisseuses-putains-ou-nonnes-les-femmes-dans-lavignon-des-papes-au-moyen-age-251089

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  • Repérage – La confédération tribale et le mouvement politico-religieux des Almoravides selon Wikipédia
    Almoravides 10401147
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Description de cette image, également commentée ci-après

L’Empire almoravide à son extension maximale, XIIe siècle.

Informations générales
Statut Émirat
Capitale Azougui (1040–1058)

Aghmat (1058-1062)

Marrakech (1062-1147)

Langue(s) Berbère, Arabe, Mozarabe
Religion Islam sunnite (jurisprudence malikite)
Monnaie Dinar almoravide
Superficie
Superficie (1120) 1 000 000 km2 [1]
Émir
(1er) 1040-1048 Yahya ben Ibrahim
(Der) 1147 Ishaq ben Ali

Entités précédentes :

Le mouvement almoravide nait vers 1040 parmi un groupe de tribus berbères sahariennes qui nomadisent entre le sud du Maroc et le fleuve Sénégal — les Lemtouna et les Juddala, du grand groupe berbère des Sanhadja. Sous l’impulsion du prédicateur malékite Abdullah Ibn Yassin et d’un chef berbère local Yahya ben Brahim, un ribat est établi afin de former un groupe armé qui donne son nom au mouvement.

La première phase d’expansion du mouvement débute en 1055 et leur permet de conquérir Azougui, Aoudaghost, Agghmat et Sijilmassa. Elle rencontre une résistance contre les Berghouata et Ibn Yassin meurt au combat en 1059. Les frontières se stabilisent après cela, malgré la menace Ziride au nord, et la ville de Marrakech est fondée. Une transition de pouvoir s’opère entre Abou Bakr ben Omar et Youssef ben Tachfine en 1072, permettant à une nouvelle phase d’expansion d’émerger.

Après s’être emparé de Ceuta et Tanger en 1083, donnant accès au détroit de Gibraltar, le mouvement devenu Émirat almoravide entame la conquête de la péninsule ibérique dès 1086. En 1094, tous les territoires d’al-Andalus sont occupés. Cependant, à partir de 1121, le mouvement almohade émerge, hostile aux almoravides, et contribue à son déclin puis sa chute en 1147.

Étymologie{{}}

Le terme Almoravide vient de l’arabe al-Murabit ( المرابط ), prononcé en espagnol almorávide[3]. En arabe, al-Murabit signifie littéralement « celui qui attache », mais au sens figuré, « les gens du ribat ». Ce terme est lié à la notion de ribat[4],[5].

Ce nom est lié à une école de droit malékite appelée Dar al-Murabitin, fondée à Sus al-Aksa, au Maroc actuel, par un érudit nommé Waggag ibn Zallu al-Lamti (en). Le nom des Almoravides vient donc des adeptes de Dar al-Murabitin, « la maison de ceux qui étaient unis dans la cause de Dieu »[6].

Histoire{{}}

Contexte{{}}

Au tournant du XIe siècle, le Maghreb al-Aqsa se trouve divisé entre plusieurs organisations politiques découlant des conflits entre Omeyyades de Cordoue et Fatimides. Le sud du territoire et les voies commerciales sont contrôlés par l’Émirat de Sijilmassa déclinant et assujetti aux Omeyyades [7]. Une portion de l’ouest Atlantique est sous contrôle des Berghouata qui ont affirmé leur indépendance à la fin du Xe siècle et subi plusieurs attaques Omeyyades et Fatimides en représailles [8]. Le nord et la région rifaine sont l’objet de luttes pour le contrôle et permet au pouvoir des Zirides de s’affirmer et tend à s’émanciper du pouvoir des Fatimides[9].

Ainsi, la fin de la première moitié du XIe siècle correspond à une importante période d’émancipation des organisations politiques à l’égard des pouvoirs centraux Omeyyades et Fatimides. Le mouvement Almoravide émerge dans ce contexte et ce en parallèle du mouvement Hilalien qui déferle d’Est en Ouest en Afrique du Nord[10].

Du Souss à l’Adrar, une multitude de pouvoirs tribus Sanhadjas sont quant à eux désunis, mais constitués de quelques groupes confédérés comme les Lemtounas situés dans l’Adrar. Ces différents groupes contrôlent chacun l’un des axes caravaniers. Celui des Lemtounas est le plus important, reliant Aoudaghost à Sijilmassa. Au sud-ouest de cet axe se trouvent les Goudala. Les Massoufas se trouvent plus au nord de cet axe. Ces différents groupes sont en rivalité[11],[12]. Plusieurs tentatives d’islamisation de ces groupes et de réunification ont eu lieu précédemment, sans véritable succès. Ces communautés sont donc constituées d’adeptes de différentes obédiences considérées comme impures dans les mouvements malikites, avec une forte influence du Kharidjisme[13],[14]. Le particularisme berbère atteignait dans la première moitié du XIe siècle un point extrême propice à l’émergence de bouleversements radicaux[12].

Origine du mouvement{{}}

Deux versions traditionnelles s’opposent quant aux origines du mouvement Almoravide, laissant supposer à une tentative de rationalisation ultérieure du récit fondateur, en opposition au contexte désuni de la région dans laquelle s’implante le mouvement. Bien que les versions divergent sur le personnage de Yahya ben Ibrahim, elles s’accordent sur un contexte d’islamisation faible au sein des populations du Sahara et l’impact du pèlerinage pour engendrer une prise de conscience[15]. Cependant, les origines du mouvement almoravide restent méconnues et reposent sur des sources postérieures altérées qui relèvent de l’épopée et de l’histoire sainte. Il reste encore aujourd’hui complexe de démêler la part du mythe et de la réalité[16],[17].

Dans la plus ancienne version, l’origine s’enracine dans le pèlerinage à La Mecque effectué par Yahya ben Ibrahem, chef ou émir des Goudala qui, à son retour entre 1036 et 1039, envisage de renforcer la foi religieuse en enseignant un islam expurgé de toute influence kharijite et païenne[18],[19]. Après avoir rencontré Abu Imran al-Fasi (en), juriste malikite de Kairouan,[18][19], celui-ci lui conseille de solliciter l’assistance de Waggag ibn Zallu al-Lamti (en), un de ses disciples chez les Lemtunas qui réside à Nafis, dans le Souss[18]. Ce dernier missionne alors son élève, Abdellah ben Yassin, d’accompagner Yahya ben Ibrahim dans ce travail car sa mère est d’origine sahraouie[15]. C’est à partir de cet instant que les deux versions convergent autour de ben Yassin[15].

Entre 1039 et 1042, un ribat visant à former des élèves combattants est fondé. Ces élèves prennent le nom d’al-Morabioun, « les gens du ribāt »[20] ou Almoravides. Cette étape constitue l’élément fondateur du mouvement du même nom. Ibn Yasin ne parvient pas à fédérer l’ensemble des Goudala et, lorsque son protecteur Yahya ben Ibrahim meurt, il en est chassé et part rejoindre les Lemtounas. Leur chef, Yahya ben Omar, succède à Yahya ben Ibrahim également et soutient la constitution d’une communauté armée[21]. L’enseignement se concentre sur une réforme morale sévère. Ibn Yassin impose la prière, la zakāt et l’impôt légal du ʿushr, tout en punissant les manquements par des châtiments corporels[22],[23]. Il prêche un malikisme orthodoxe opposé aux courants kharijites et chiites qui sont les principaux courants dans la région, et fait du djihad un devoir spirituel[24],[25].

Ibn Yassin agit en tant que chef religieux du mouvement, Yahya ben Omar en tant que chef politique de la confédération et enfin son frère Abou Bakr ben Omar est nommé à la tête de l’armée afin d’entreprendre, dès 1049, l’expansion des territoires[24]. À son origine, le pouvoir Almoravide fonctionne de manière bicéphale avec un chef politique, émir sanhadja, et un Imam. Le mouvement relève plutôt d’un imamat venant compléter les bases confédérées d’un émirat. Les premiers membres de la dynastie Almoravide ne sont dès lors pas émirs almoravides, le premier à endosser ce titre est Youssef ben Tachfine en 1087[16].

L’implantation de ce premier groupe d’un millier d’individus reste indéterminée mais pourrait être située sur l’Île d’Arguin. Cependant d’autres sites pourraient correspondre à cette installation. L’archéologie n’est pas encore parvenue à le démontrer à ce jour[26]. Cet établissement est décrit comme une utopie égalitaire qui s’observe même dans la conception de sa cité où toutes les maisons ont la même hauteur[27]. Ce point d’origine prend la forme d’un mouvement réformateur religieux qui s’achève en 1053 et entame sa transition vers le djihad en 1055[28].

Djihad et première phase d’expansion{{}}

Yahya ben Omar et son frère Abou Bakr ben Omar sont nommés pour diriger les armées. Les premières campagnes visent à soumettre les différentes tribus sahariennes puis à entamer une première conquête en 1055 avec la ville marchande d’Aoudaghost disputée par l’Empire du Ghana et un groupe berbère[17],[29]. Le djihad trouve un nouveau prétexte de conquête dans un appel des oulémas du Tafilalet afin que les Almoravides se dirigent vers Sijilmassa pour libérer les habitants des Zénètes Maghraouas qui dirigent l’Émirat de Sijilmassa. L’expédition militaire est une importante victoire qui apporte un très important butin ainsi que la conquête de territoires du Drâa et du Tafilelt[24],[19]. Une révolte des Goudala du territoire force Yahya ben Omar à protéger la capitale Azuggi tandis que son frère et Ibn Yasin répriment une révolte à Sijilmassa. La révolte Goudala détruit l’armée de Yahya ben Omar qui meurt au combat en 1056. Son frère lui succède[17].

Les campagnes militaires reprennent en 1058 et s’étendent dès lors vers le nord. Ils s’emparent du port de Massa et de la ville de Taroudant dont ils exterminent la population chiite installée par les Fatimides. Ils soumettent ensuite les Masmoudas du Haut Atlas[30]. Ils fixent leur capitale à Aghmat en 1058[31]. En 1059, ils lancent un djihad à l’encontre des Berghouatas, cependant durant le conflit, Ibn Yassin est tué. son successeur est tué peu de temps après et, en conséquence, Abu Bakr est investi de la direction religieuse du mouvement en plus de ses fonctions d’Émir. Il devient le premier Émir Almoravide et transforme le mouvement religieux en véritable royaume[30],[32].

Les dix premières années du règne d’Abou Bakr restent mal connues car la phase d’expansion semble s’interrompre durant ce laps de temps, probablement afin de consolider le nouveau pouvoir[32]. Un nouveau péril apparaissait à l’est. Un souverain hammadide, Bologhine ibn Muhammad ibn Hammad, lui aussi Sanhadja, marcha, avec une grande armée, jusqu’à Fès, dont il s’empara. Sur le chemin du retour il fut assassiné, dit Ibn Khaldoun, « avec l’appui des Sanhaja, que tant d’expéditions dans les pays lointains et hostiles avaient indisposés ». Les Zirides ne pouvaient, sans danger pour leur vie, se payer le luxe inutile et coûteux de conquêtes occidentales[33].

En 1070 ou 1062, Abu Bakr fonde la ville de Marrakech[34],[17]. Cependant, il est contraint de redescendre au Sahara à cause d’importantes dissensions entre les Lemtounas et les Messoufas. Il confie dès lors le commandement des armées et la protection du nord du territoire à son cousin Youssef ben Tachfine en 1070 ou 1062[19],[17]. Cette situation provoque une double gouvernance dans laquelle Abu Bakr procède à la réunification des tribus du Sahara et entre en guerre contre l’Empire du Ghana. La conquête de la capitale, Koumbi Saleh en 1076 provoque l’effondrement du Ghana[35]. Pendant ce temps, au nord, Youssef ben Tachfine s’emploie à s’affranchir de la tutelle de son cousin et à s’affirmer en tant qu’Émir Almoravide[30].

Conquête d’al-Andalus{{}}

Articles détaillés : Conquête almoravide d’al-Andalus et Youssef ben Tachfine.

Grâce au pouvoir accordé par Abou Bakr ben Omar, et à son mariage avec Zaynab Nefzaouia, Youssef ben Tachfine parvient rapidement à s’affirmer politiquement et militairement. Il continue la construction de la nouvelle capitale, Marrakech, et réorganise son armée pour y incorporer de nouvelles unités[35]. Après s’être rendu maître de Fès en 1071[36], cette montée au pouvoir force Abou Bakr à le rencontre à Aghmat en 1072 afin de régler ce potentiel conflit[36],[14]. Youssef lui démontre sa loyauté et Abou Bakr l’autorise en retour à continuer son action militaire[14]. Abou Bakr préserve le statut d’Émir et Youssef fait constituer un cercle d’oulémas afin de sanctionner ses actions et l’autoriser à adopter le titre d’amîr al-muslimîn (« prince des musulmans »). Grâce à cela, il endosse symboliquement toutes les fonctions du mouvement Almohade, confirmant définitivement sa transition au statut d’Émirat[37].

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Les conquêtes almoravides de 1085 à 1115

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Tombeau du célèbre prince et poète Al Mutamid Ibn Abbad de Séville, condamné à finir sa vie dans une prison d’Aghmat au sud de Marrakech

En 1075, il réagit à l’approche de Bologhine ibn Ziri qui s’apprête à attaquer Fès. Il envahit les villes du nord et, en 1076, s’empare de Tanger et de l’Émirat de Nekor. En 1083, il se dirige vers ´Ténès et occupe Alger où il fait construire une mosquée[38]. C’est également en 1083 qu’il parvient à conquérir Ceuta et achève de contrôler la partie africaine du Détroit de Gibraltar[39].

En 1086, à la demande d’al-Mu’tamid, il affronte Alphonse VI et le bat le 2 novembre 1086 à Sagrajas (az-Zallàqa)[40]. Les tensions persistent et il revient lors d’une deuxième campagne en 1088 qui l’amène à s’emparer de la majorité des territoires dirigés par les Taïfas, comme Séville, Grenade, Almeria et Badajoz[40]. En 1094, les Almoravides occupent tout al-Andalus[40].

En parallèle des conquêtes, l’empire se structure en quatre grandes provinces, dont la plus grande et la plus prospère se trouve au sud. L’activité économique et commerciale est particulièrement prospère[41]. A la fin du règne de Youssef, l’empire Almoravide s’étend de l’Èbre en Espagne jusqu’au fleuve Sénégal[42]. Son fils, Ali ben Youssef, lui succède en 1106[19].

Déclin et chute{{}}

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L’affaiblissement des Almoravides de 1115 à 1144

Ali Ben Youssef succède en 1106. Contrairement à son père, il est formé dans le tissu andalou et se soumet aux oulémas qui prennent progressivement le contrôle politique[19]. Sur le plan militaire, il parvient à préserver les différentes conquêtes et s’étend même au sein du Portugal et des Îles Baléares. Sa dernière victoire espagnole date de 1134[43]. L’empire almoravide ne décline pas immédiatement. En effet, le règne d’Ali Ben Youssef est marqué par de nombreuses entreprises urbanistiques et la construction de plusieurs bâtiments comme la Mosquée Koutoubia à Marrakech. Il construit également une fortification autour de la ville[44].

Cependant, à l’intérieur du territoire, le faible contrôle impérial permet au mouvement almohade de s’installer au sud tandis que la péninsule ibérique commence à se décomposer à la fin des années 1130[45]. Lorsque Tachfine ben Ali lui succède en 1143, l’empire Almohade a perdu le contrôle des territoires espagnols qui plongent dans leur seconde période des Taïfas[45]. Le véritable problème se joue quant à lui dans les environs de Marrakech avec les Almohades qui interviennent même en 1145 dans les conflits ibériques après avoir mis en déroute l’armée almoravide à proximité de Tlemcen[45]. La poche maghrébine almoravide est définitivement défaite en 1147 avec les prises de Fès et Marrakech[46]. Le dernier représentant almoravide fonde une thalassocratie aux Baléares et y préserve un émirat jusqu’en 1203[47].

Dynastie des Almoravides{{}}

Liste des souverains Almoravides{{}}

Début de la construction de la mosquée Koutoubia à Marrakech en 1120, fortement transformée par les Almohades en 1162.

Commerce transsaharien{{}}

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La Grande Mosquée de Tlemcen édifiée par les Almoravides en 1136.

La monnaie développée par la nouvelle dynastie Almoravide du Maroc est issue du système monétaire qui existait dans le monde musulman depuis la création du système bimétallique arabe par l’émir Abdul Malik à Damas à la fin du VIIe siècle. Pendant ce temps, le dinar d’or est fixé à 4,25 grammes et le dirham d’argent est à moins de 3 grammes. Bien qu’il respecte les institutions orientales comme toutes les dynasties musulmanes, le premier émir Almoravide a développé un nouveau type de monnaie pour déclarer ses messages religieux et politiques souverains. À partir de ce siècle, la ville carrefour de Sijilmasa fut occupée, le premier dinar almoravide fut émis. La masse totale de cette monnaie d’or réservée au commerce extérieur était de 4,25g. Les Almoravides savaient effectivement donner à l’international la dimension de sa monnaie, qui devint le principal instrument du commerce méditerranéen aux XIe et XIe siècles[49].

La route principale de ce commerce passait par le Sahara Occidental dès la fin du Xe siècle, depuis ’les mines d’or de Bambuk et Bure par Sijilmasa, puis à travers l’Atlas jusqu’au califat de Fès et Cordoue ». Ces terres du Niger apparaissent en effet particulièrement riches en or. Partout où les géographes arabes parlent de « bourgeons d’or », ils insistent sur leur abondance, mais aussi sur leur pureté. Surtout chez les Almoravides, le commerce va où l’or est. L’importance de ce gisement est si grande que cela marque l’esprit de ce siècle, en alliant l’idée de l’or au Soudan, « Or du Soudan antique » qui était la principale source d’or médiéval avant la découverte de l’Amérique à la fin du XVe siècle[49].

Reste à trouver néanmoins scientifiquement des traces de ce minerai ouest-africain dans le dinar almoravide, d’autant plus qu’il existait à l’époque d’autres mines d’or, certes moins importantes, notamment dans la péninsule ibérique. En plus de cela, les Almoravides émettaient également de petites pièces d’argent, les qirats, accompagnées de Scores de 1/2 à 1/16 qirat. Ces monnaies, qui pèsent environ 1 gramme, valent 1/2 dirham et 1/20 dinar, sont davantage destinées aux usages courants, locaux des populations[49].

Fiscalité{{}}

Dans les années 1070, un Trésor unique, alimenté par le butin de guerre et la fiscalité, est instauré. Les revenus proviennent initialement des impôts canoniques légaux selon l’islam, cependant de nouveaux impôts sont institués sous l’influence des traditions andalouses. Ces modifications découlent du poids financier que représente le maintien de l’armée qui se constitue de plus en plus de mercenaires[19].

Religion{{}}

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Qoubba Almoravide (1120) à Marrakech.

Le mouvement almoravide repose sur deux fondements idéologiques : le malikisme et le djihad. Ces fondements sont renforcés en 1073 par la création du titre d’amîr al-muslimin qui le rapproche du statut califal. Cependant, son titre n’en est qu’une version dérivée afin de pouvoir légitimer l’action politique par le respect des canons religieux[17]. Le malikisme professé par les Almoravides est anthropomorphiste et littéraliste[50].

La religion et la notion de djihad sont utilisés comme éléments politico-religieux afin de justifier les guerres et l’expansion territoriale almoravide. Le principe consiste à mener des combats contre les non-musulmans et contre les hétérodoxies musulmanes du Maghreb. Se faisant, les almoravides contribuent à l’islamisation et à la diffusion du sunnisme malikite dans l’ensemble du territoire, ainsi que la disparition du kharijisme. Cette période provoque une certaine uniformisation des pratiques religieuses ainsi que l’apparition de premières discriminations à l’égard des juifs[17].

En Espagne, la domination des Almoravides se traduit par la fin de la relative tolérance qui existait vis-à-vis des juifs et des chrétiens[51]. Les juifs feignent alors la conversion à l’islam ou fuient vers les royaumes chrétiens du nord pour ne pas être contraints de se rendre au Maroc[52]. Un contemporain, Abraham ibn Dawd Halevi, écrit dans le Sefer ha-Qabbalah (en) rapporte ainsi[53],[54] :

« Celui qui prépare le soulagement avant l’affliction, que Son nom soit loué, avait anticipé la calamité en déposant dans le cœur du roi Alphonse la décision de confier à notre maître et rabbin Juda, le « Prince » Ibn Ezra (en), le gouvernorat de Calatrava et de mettre toutes les provisions royales sous sa responsabilité. […]. Alors il supervisa le passage des réfugiés, délivra ceux qui étaient dans les chaînes et libéra les opprimés… Dans son foyer et à sa table, il nourrit les affamés et… habilla ceux qui étaient nus. Puis, à ceux qui étaient faibles, il donna des bêtes et ils purent aller aussi loin qu’à Tolède. »

À la fin du XIIe siècle, la communauté juive est ainsi devenue résiduelle [52].

Culture Article connexe : Art almoravide et almohade.

Art{{}}

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Mausolée du roi abbadide de Séville Al Mutamid ibn Abbad à Aghmat (époque almoravide).

L’art de la période almoravide est comme influencé par « l’intégration de plusieurs zones en une seule unité politique et le développement qui en résulte d’un style andalou-maghrébin répandu », ainsi que les goûts des dirigeants de Sanhaja en tant que mécènes de l’art. Cependant on conteste également la caractérisation de l’art d’al-Andalus et du Maghreb comme provincial et périphérique compte tenu de l’art islamique dans le monde, et des contributions des Almoravides comme « clairsemées » en raison de la « ferveur puritaine » de l’empire.

Dans un premier temps, les Almoravides, souscrivant à l’école conservatrice Maliki de jurisprudence islamique, ont rejeté ce qu’ils percevaient comme une décadence et un manque de piété chez les musulmans ibériques des royaumes taïfas andalous. Cependant, les monuments et les textiles d’Almería de la fin de la période almoravide indiquent que l’empire avait changé d’attitude avec le temps.

La production artistique sous les Almoravides comprenait des minbars finement construits produits à Cordoue ; bassins et pierres tombales en marbre d’Almería ; textiles fins à Almería, Málaga, Séville[55],[56] ; et céramique de luxe[57].

Un découpage provincial est pratiqué afin de gouverner l’empire à partir de 1071, lorsque Youssef Tashfin dirige le nord du territoire et Abou Bakr ben Omar le sud. Par la suite, la partie septentrionale est elle-même divisée en quatre provinces dirigées chacune par un gouverneur : deux au nord (Fès et Meknès), deux au sud (Marrakech et Sijilmassa). Deux provinces supplémentaires sont créées ultérieurement, l’une à Ceuta pour administrer le Détroit, l’autre dans le Rif[17],[19].

Youssef Ibn Tachfine pose les bases d’une administration centralisée sommaire avec des gouverneurs qui lui sont proches[19]. S’il est de coutume de nommer gouverneur des membres de la dynastie almoravide, ceux qui n’en font pas partie y sont associés par des alliances matrimoniales. L’Émir fait également appel à des juges et jurisconsultes andalous pour l’assister dans les tâches administratives[17].

Les fonctions juridiques et religieuses qui découlent du pouvoir sont endossées par des Fokahas, cadis, imams et muezzins. Leur rôle s’accentue sur la durée et en particulier après la mort de Youssef Tashfin en 1106[19].

Article complet avec notes, références et bibliographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/Almoravides

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Bio{{}}

Études marocaines a été créé par Osire Glacier (PhD) dans le but de vulgariser un ensemble d’études et de recherches portant sur les droits humains, l’histoire des femmes, et femmes / genre/ sexualité au Maroc. Osire est professeure à Athabasca University (Athabasca, Canada), écrivaine et conférencière se spécialisant dans les domaines des droits humains, de l’histoire des femmes et des construits des genres et de la sexualité au Maroc. Elle a publié les livres suivants :

  • Hikayat ‘Aila min ar-Rif : Al-Maghreb min Muqāwamat al-Isti’mar ‘Ila Moumana’at as-Sultah (L’hisoire d’une famille du Rif : des luttes anticoloniales aux luttes contre l’autoritarisme), traduction Dr. Maâti Monjib, (Caire/Égypte : Dar Sefsafa, 2026) ;
  • Le Maroc en quête de liberté : un récit familial (Paris : Harmattan, 2025) ;
  • Freedom for Morocco : A Family Tale (Trenton : Africa World Press/Red Sea Press, 2022) ;
  • Féminin, masculin : photos d’affiches publicitaires (Montréal : M. Éditeur, 2019) ;
  • Le Sexe nié : féminité, masculinité et sexualité au Maroc et à Hollywood (Montréal : Pleine Lune, 2019) & (Casablanca : Croisée des chemins, 2020) ;
  • Femininity, Masculinity and Sexuality in Morocco and Hollywood : The Negated Sex (New York : Palgrave-Macmillan, 2017) ;
  • Femmes, Islam et Occident (Montréal : Pleine Lune, 2018) ;
  • Les Droits humains au Maroc : entre discours et réalité (Casablanca : Tarik, 2015) ;
  • Universal Rights, Systemic Violations and Cultural Relativism in Morocco (New York : Palgrave-Macmillan, 2013) ;
  • Des femmes politiques au Maroc : d’hier à aujourd’hui (Casablanca : Tarik, 2013) ;
  • Political Women in Morocco, Then and Now (Trenton : Africa World Press/Red Sea Press, 2013).
    Osire est également l’autrice de plusieurs chapitres de livre, articles scientifiques et articles grand public. La plupart de ces textes est accessible sur ce blogue. 

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Treize femmes almoravides repérées :{{}}

Radhiyah, femme de lettres (10-11ème siècles) (miladi){{}}

Publié le 29 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Radhiyah fait partie des esprits qui ont brillé en Andalousie durant les 10ème et 11ème siècles. En effet, celle-ci a été surnommée « l’Étoile Heureuse », parce que ses vers et ses histoires élégantes font l’admiration des salons princiers aussi bien en Andalousie qu’en Orient. En fait, elle est applaudie des savants partout où elle va.

Pour certains historiens, Radhiyah symbolise l’amour d’un père pour son fils : comme celle-ci était une esclave, Abd ar-Rahmane, calife omeyyade à Cordoue, l’a achetée et l’a offerte à son fils Labibe al-Fata, pour qu’elle brille dans son salon. Ce dernier l’épouse. Ensuite, les deux époux font un pèlerinage à la Mecque autour de 964. Radhiyah est décédée autour de 1032, alors qu’elle était centenaire.

Sources consultées :
Gustave Le Bon, La civilisation des arabes (Paris : Librairie de Firmin-Didot, 1884), 429.

Abd al-Hadi Tazi, al-Mar’ah fi tarikh al-gharb al-islami (Casablanca : Fennec, 1993), 215.

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Asma al-Amiriyya (12ème siècle) (miladi)

Publié le 17 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Asma al-‘Amiriyya est native de Séville. Elle l’est l’une des descendantes de la famille d’al-Mansour, ou liée à cette famille. Rappelons qu’Ibn Abi ‘Amir al-Mansour a gouverné de facto Cordoue de 978 jusqu’à sa mort en 1002. Asma al-Amiriyya a donc vécu au 12ème siècle. Elle est décrite comme l’une des grandes poétesses d’Andalousie. Cependant, la postérité n’a retenu que trois vers de son corpus poétique. Il s’agit de panégyriques adressés au calife almohade Abd al-Mu’min ben Ali, qui unifié le Maghreb et l’Andalousie. La poétesse rappelle à ce dernier sa descendance princière, et lui demande de l’exempter de loger les soldats dans sa résidence ainsi que de lever l’embargo qu’il a placé sur ses biens.

Sources consultées :
Ben Abd al-Malek al-Murrakuchi (tahqiq ibn Charifa), Adh-dhil wa takmilah (Matbou’at al-academia al-maghribiya, 1984), vol. 2, 480.

Teresa Garulo, Diwan de las poetisas de Al-Andalus (Madrid : Hiperion, 1986), 61.

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← Aïcha al-Qurtubiyya (fin 10ème siècle – début 11ème siècle) (miladi)

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Aïcha al-Qurtubiyya (fin 10ème siècle – début 11ème siècle) (miladi)

Publié le 16 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Aïcha bint Ahmed ben Mohamed ben Qadim al-Qurtubiyya appartient à une famille célèbre de lettré-es de Cordoue. Les chroniqueurs de l’époque la décrivent comme une merveille de son temps. En effet, celle-ci a été l’un des grands esprits qui ont brillé en Andalousie. Ce faisant, elle a été une femme savante, une femme des lettres, une poétesse, une oratrice d’une éloquence rare et une calligraphe délicate.

Aïcha al-Qurtubiyya a été très dynamique. Il a reproduit plusieurs copies du Coran. Elle aimait lire ; et donc elle collectionnait les livres, et avait une grande bibliothèque de livres scientifiques. Elle composait des panégyriques, ce qui lui a valu l’amitié de nombreux hommes puissants. Enfin, elle avait une grande fortune.

Aïcha al-Qurtubiyya est décédée en 1010 ; et comme disent les historiens, elle ne s’est pas mariée.

Sources consultées :
Jalal Ad-Dine Suyuti, Nuzhat al-julasa’ fi ashaar al-nisa (Beirut : Dar al-Makchouf, 1958), 71-73.

Teresa Garulo, Diwan de las poetisas de Al-Andalus (Madrid : Hiperion, 1986), 56-58.

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Zahra (10ème siècle) / زهرة (القرن 10)

Publié le 15 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

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(تجدون النسخة العربية للمقال في الرابط أسفله)

Quand Abd ar-Rahmane III a succédé à son grand-père comme émir omeyyade de Cordoue en 912, le pays était menacé de guerres civiles, et exposé aux attaques chrétiennes et celles de la dynastie fatimide de l’Afrique. Mais en l’espace de quelques décennies, non seulement ce dernier a sauvé l’Andalousie des luttes intestines et des menaces étrangères, mais aussi il a réussi à l’élever au rang des meilleures nations au monde. En effet, celui-ci a unifié l’Andalousie, et a étendu son autorité sur tout le Maghreb, de Tanger à Alger. L’Andalousie est rentrée alors dans une période de paix et de prospérité, si bien qu’en 951, les coffres royaux contenaient l’immense somme de 20 millions de pièces en or.

L’homme puissant qu’a été Abd er-Rahmane était éperdument amoureux de Zahra, l’une de ses esclaves et concubines. Les historiens attestent qu’il ne lui refusait aucun souhait. D’ailleurs, c’est pour satisfaire le désir de Zahra que la ville d’al-Zahra a été érigée. En effet, quand l’une des esclaves et concubines d’Abd ar-Rahmane III est décédée, elle lui a laissé une somme importante d’argent. De prime abord, celui-ci avait décidé d’utiliser cet argent pour libérer les musulmans qui étaient captifs dans les pays non-musulmans. Après investigation, il s’est avéré qu’il n’y en avait point. Apprenant la nouvelle, Zahra lui a demandé de construire une ville qui immortaliserait son nom.

C’est ainsi que la ville al-Zahra a été construite au pied du mont al-Arousse, au nord de Cordoue – à trois miles de la Cordoue actuelle. La construction a duré 25 ans, et a nécessité le travail quotidien de dix milles personnes, l’usage de mille cinq cents chevaux, et l’emploi de matériaux importés de partout dans le monde.

Les historiens considèrent Madinat al-Zahra comme l’une des merveilles du monde. De nos jours, elle est considérée comme l’un des sites archéologiques principaux du début de l’islam et comme l’un des plus étendus de l’Europe occidentale.{{}}

زهرة (القرن 10)
نقله إلى العربية فهد المقروط

عندما خلف عبد الرحمن الثالث جده وأصبح أميرا أمويا على قرطبة، كانت البلاد مهددة بالحروب الأهلية، وتعرضت لهجمات المسيحيين وهجمات السلالة الفاطمية من إفريقيا. لكن في غضون عقود قليلة، لم ينقذ هذا الأخير الأندلس من الاقتتال الداخلي والتهديدات الخارجية فحسب، بل نجح أيضًا في رفعها إلى مرتبة أفضل الأمم في العالم. وبالفعل وحد عبد الرحمن الثالث الأندلس، وبسط سلطته على المنطقة المغاربية بأكملها، من طنجة إلى الجزائر العاصمة. عاشت الأندلس بعد ذلك فترة من السلام والازدهار، لدرجة أنه في عام 951، احتوت الخزائن الملكية على مبلغ هائل يبلغ 20 مليون قطعة ذهبية

كان عبد الرحمن، الرجل القوي، متيما حد الجنون بزهرة، إحدى جارياته ومحظياتة. يشهد المؤرخون أنه لم يكن يرفض لها طلب. علاوة على ذلك، ولتلبية رغبة زهرة، شيدت مدينة الزهراء. في الواقع، عندما ماتت إحدى جاريات عبد الرحمن الثالث ومحظياتة، تركت له مبلغًا كبيرًا من المال. في البداية، قرر استخدام هذه الأموال لتحرير المسلمين الذين كانوا أسرى في البلدان غير الإسلامية. بعد التحقيق، اتضح أنه لم يكن هناك أسرى. وعند سماع الخبر، طلبت منه زهرة بناء مدينة تخلد اسمها

 هكذا تم بناء مدينة الزهراء عند سفح جبل العروس شمال قرطبة – على بعد ثلاثة أميال من قرطبة الحالية. استمر البناء 25 عامًا، وتطلب العمل اليومي الاستعانة بعشرة آلاف شخص، واستعمال ألف وخمسمائة حصان، واستخدام مواد مستوردة من جميع أنحاء العالم. يعتبر المؤرخون مدينة الزهراء من عجائب الدنيا. وتعتبر اليوم واحدة من المواقع الأثرية الرئيسية في بدايات الإسلام وأكثرها اتساعا في أوروبا الغربية


Sources consultées :
Abd al-Hadi Tazi, al-Mar’ah fi tarikh al-gharb al-islami (Casablanca : Fennec, 1993), 217-218.

Ahmad Ibn Muhammad Maqqari, Nafh al-tib min ghusn al-andalus al-ratib (Amsterdam : Oriental Press, 1968), vol. 1, 523-527.

Reinhart Dozy, trans. Francis Griffin Stokes, Spanish Islam, A History of the Moslems in Spain (London : Frank Cass, 1972), 445-447.

Jurji Zaydan, Abd al-Rahman (Misr : Hilal, 1920).

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Sourah bint Youssef ben Tachfine (12ème siècle) (miladi)

Publié le 14 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Sourah bint Youssef ben Tachfine a été citée par l’historien Ibn Khaldoun dans son livre al-Ibar. À l’instar des femmes almoravides, celle-ci ne se voilait pas, ce qui lui a valu d’être interpellée par le futur leader Ibn Toumart. Ce dernier lui a fait des commentaires désobligeants sur sa tenue. Aussi, elle s’en est plainte à son frère, le sultan Ali ben Youssef.

Ce qui est intéressant à noter ici ce sont les relatives libertés, autonomie et reconnaissance dont bénéficiaient les femmes almoravides. D’ailleurs, les cours almoravides ont retenu le nom de plusieurs femmes exceptionnelles, dont la poétesse Tamima et Zaynab an-Nafzawiya, l’épouse du leader Youssef ben Tachfine, pour n’en citer que quelques-unes.

Cela dit, certains chercheurs pensent que le quartier « Harat Sourah » est nommé d’après cette princesse. D’autres suggèrent que ce quartier s’appelait initialement « Harat Choura ». Mais quand les Marocains de confession juive ont habité le quartier, ils prononçaient le lieu avec un « s », ce qui a donné au fil des ans « Harat Sourah ».

Si on ignore la date de décès de Sourah, on sait par contre que quand les Almohades ont pris le pouvoir, ils ont éliminé les princes et princesses almoravides autour de 1147.

Ici-joint le texte en arabe : Sourah

Sources consultées :
Abd ar-Rahmane Ibn Khaldoun, Kitab al-ibar, vol. 6, (Beyrouth : Dar al-koutoub al-Ilmiya) 268.

Zahra Najiya az-Zahraoui, Mo’jam chahirate al-maghreb (Mourakoche : Manchourate al-majlis al-ilmi, 2009), 185.

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Zahra (10ème siècle) / زهرة (القرن 10) →

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Oum al-‘Ala’, poétesse andalouse du 11ème (miladi)

Publié le 9 mars 2011 par Osire Glacier, PhD

Oum al-Ala’ bint Youssef al-Hiyariyya al-Barbariyya a été une poétesse andalouse à Guadalajara durant le 11ème siècle. Comme son nom l’indique, elle est d’origine berbère. La postérité n’a retenu que cinq de ses poèmes. Cependant, les historiens supposent que son corpus poétique a dû être plus vaste. Ici-joint ces poèmes en arabe en format pdf : Oum Al-Ala.

Sources consultées :
Teresa Garulo, Diwan de las poetisas de Al-Andalus (Madrid : Hiperion, 1986), 128-130.

Suyuti, Jalal Ad-Dine (d. 1505), Nuzhat al-julasa’ fi ashaar al-nisa (Beirut : Dar al-Makchouf, 1958), 22-23

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Rahma al-Madani, l’une des premières féministes marocaines →

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Tamima (12ème siècle miladi) - Publié le 1 mars 2011 par Osire Glacier, PhD

Tamima est la fille du grand calife almoravide Youssef Ben Tachfine (1060-1106), et la sœur de son successeur Ali Ben Youssef (1106-1142). Elle est également connue par le surnom de Oum Talha (la mère de Talha). Elle a vécu à Fès. Cependant d’après certaines sources, c’est fort probable qu’elle ait résidé en Andalousie à un moment donné de sa vie. Tamima a dû recevoir une éducation sophistiquée. En effet, celle-ci est décrite autant comme une femme de lettres que comme une leader politique, qui a contribué au développement du mouvement almoravide par ses idées justes et bien avisées.

Tamima a été une femme autonome. Elle a géré elle-même ses affaires financières. De plus, elle a surveillé de près ses employés et comptables, discutant avec eux ses affaires dans les moindres détails.

D’après certaines lectures des sources, Tamima ferait partie des pionnières du féminisme, dont les principales manifestations sont l’autonomie et le rejet du voile.

Sources consultées :

Abd al-Hadi Tazi, al-Mar’ah fi tarikh al-gharb al-islami (Casablanca : Fennec, 1993), 192-193.

Garulo, Teresa, Diwan de las poetisas de Al-Andalus (Madrid : Hiperion, 1986), 127.

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Lalla Fatima (18ème siècle miladi) →

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Sitt al-Muluk (fin du 12ème – seconde moitié du 13ème)

Publié le 23 janvier 2011 par Osire Glacier, PhD

Sitt al-Muluk est une femme soufie, qui a été vénérée par les saints et savants de son époque.

Le cas de la sainte Sitt al-Muluk soulève avec acuité la question de savoir jusqu’à quel degré l’historien contemporain peut récupérer des faits passés qui n’ont été que partiellement couverts par les historiens de l’époque concernée. En effet, s’il n’y a pas de doute que Sitt al-Muluk a existé, on ignore presque tout de sa vie et de son cheminement spirituel. 

Néanmoins, son cas vaut la peine d’être rapporté : parmi d’autres, Sitt al-Muluk est un exemple de la philosophie égalitaire du soufisme. Rappelons à cet égard que selon cette philosophie, la sainteté peut être attribuée autant à une femme qu’à un homme. Ce faisant, pour devenir « ami-e de Dieu, » il faut emprunter la voie qui mène à l’union avec Lui, en renonçant aux futilités du monde profane.

Comme l’égo est la principale entrave à cette union, toute personne en quête est appelée à pratiquer la contemplation, l’intériorisation et une prise de conscience de plus en plus élevée. Une fois l’égo annihilé, la personne en quête connaît l’ivresse spirituelle, c’est-à-dire elle accède à la conscience de la présence de l’action de Dieu. Donc, ce cheminement est asexué.

Si le soufisme est une philosophie, il est également un courant ésotérique et initiatique. 

Autrement dit, toute personne en quête d’union avec Dieu devient disciple d’un maître, qui a lui-même emprunté la voie avec l’aide d’un autre maître. 

Aussi, Sitt al-Muluk a eu pour maître spirituel Abu Yusuf al-Dahmani (? – 1224). D’ailleurs, cette dernière est l’unique disciple que les hagiographes lui connaissent. Encore une fois, soulignons le caractère égalitaire du soufisme. En effet, s’il n’y a pas de réponse à des questions clés concernant les circonstances de l’initiation de Sitt al-Muluk, il n’en demeure pas moins que durant l’Islam médiéval, une femme a eu la possibilité d’être initiée par un maître spirituel de renommée, de plus enseignant à Mahdiyya ensuite à Qayrawan, en Tunisie actuelle.

Un autre fait, tout aussi intriguant, est que Sitt al-Muluk a quitté le Maghreb, en compagnie de son maître spirituel, pour aller visiter Jérusalem. D’où vient-elle ? On l’ignore. Le seul auteur de son époque qui l’a mentionnée, à savoir le soufi égyptien Safi al-Din Ibn l-Mansur (1198-1283), la qualifie de « maghribiya » (maghrébine,) sans préciser toutefois le lieu de son bercail. 

Quoi qu’il en soit, Sitt al-Muluk jouit de la liberté de mouvement, et a pu voyager avec un homme autre qu’un membre de sa famille. C’est d’ailleurs à Jérusalem que cette dernière rencontre son conjoint et frère spirituel le grand cheikh Ali Ibn Gulays al-Yamani (d. 1202 ?). En effet, d’après les dires de ce saint, il se trouvait dans l’enceinte sacrée de Haram al-Maqdis (le temple de Jérusalem,) quand il a vu un faisceau lumineux descendre vers l’une des coupoles du Haram. Intrigué, il se dirige vers le lieu, pour découvrir que la lumière en question englobe Sitt al-Muluk qui était alors fort absorbée à prier. Sans tarder, Ibn Gulays al-Yamani demande sa main, avec l’intention de devenir son frère spirituel. Sitt al-Muluk accepte.

En ce qui nous concerne, cet événement est significatif pour deux raisons. D’une part, il confirme l’entière autonomie de Sitt al-Muluk : c’est à elle seule qu’incombe la décision de se marier ou pas. D’autre part, il indique que celle-ci est porteuse de la karama, c’est-à-dire du charisme, de la grâce divine, du fait miraculeux et du pouvoir initiatique. En fait, la lumière qui émane d’elle en est à peine une manifestation extérieure.

Ici mentionnons que dans l’ouvrage qu’il consacre au soufisme en Égypte et en partie au Maghreb, l’hagiographe Safi al-Din Ibn l-Mansur relate les karamat des saints, et non leur biographie. Il faut croire qu’aux yeux d’un soufi, les faits et données concrets, tels qu’une date et lieu de naissance, palissent devant les accomplissements spirituels des saints. Aussi, il rapporte deux événements extraordinaires que Sitt al-Muluk lui a racontés. Le premier est survenu quand Ibn Gulays, conjoint de Sitt al-Muluk, lui confie une aiguière en céramique, avant de partir pour un voyage à Damas. Sitt al-Muluk la place sur une étagère. Un jour, sans que quiconque ne la touche, l’aiguière éclate en morceaux. Surprise, Sitt al-Muluk invoque Dieu, met les morceaux dans un linge, et note la date de l’incident. Quelques jours plus tard, elle apprend que le cheikh Ibn Gulays est décédé à Damas, à l’instant précis où l’aiguière s’était brisée. Le deuxième événement est survenu lors du premier croissant d’un mois de Ramadan. En effet, la vue de la lune naissante inspire à Sitt al-Muluk le désir de connaître pleinement laylat al-qadr (Nuit du destin,) nuit où le Coran a été révélé. Cette nuit-là, Sitt al-Muluk a été traversée par des lumières divines, au point où ces lumières jaillissent de ses yeux, et que leur force est telle que Sitt al-Muluk a passé la nuit à implorer Dieu.

En relatant ces événements qui rompent avec le cours habituel des choses (kharq al-adat,) l’hagiographe Ibn l-Mansur souligne les manifestations extérieures de la sainteté de Sitt al-Muluk. Aussi, il ne manque pas de préciser que les grands saints et savants viennent la voir, et lui témoignent un profond respect. D’ailleurs, le respect dont jouit Sitt al-Muluk est immédiatement perceptible par le titre honorifique de « Sitt » qui lui est attribué.

Sources :
Elizabeth W. Fernea & Basima Bezirgran eds., Middle Eastern Women Speak, (Texas : University of Texas Press, 1977), 37-39.

John Renard ed., Windows on the House of Islam, Muslim Sources on Spirituality and Religious Life (Berkeley : University of California Press, 1998), 137-138. (Il reprend Ibn Zafir.)

Safi al-Din Ibn Abi L-Mansur Ibn Zafir, La Risala, biographies des maîtres spirituels connus par un cheikh égyptien du 13ème, texte arabe et trad. Denis Gril (Caire : Institut Français d’archéologie orientale du Caire, 1986), 89-90 (du texte arabe.)

Yusuf Ben Ismail An-Nabhani, Jami’ karamat al-awliya (Misr : Mustfa al-Babi al-Halabi wa Awlad misr, 1962), vol. 2, 88. (Il reprend Ibn Zafir.)

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Hawwa, poétesse et femme de lettres almoravide au 11ème et 12ème (miladi) siècle - Publié le 2 décembre 2010 par Osire Glacier, PhD

Comme c’est le cas pour de nombreuses femmes médiévales, ce qu’on sait de Hawwa se limite plus ou moins à sa relation avec certains hommes puissants de son époque. En effet, celle-ci est la nièce du conquéreur et dirigeant Youssef ben Tachfine. Elle est également la conjointe de Sir Ben Abi Bakr, gouverneur de Séville qui a favorisé l’avènement des almoravides en Andalousie, et qui a régné jusqu’à son décès en 1114. Hawwa a donc vécu de la fin du 11ème siècle au 12ème siècle (miladi).

Par ailleurs, on suppose que Hawwa a bénéficié d’une éducation sophistiquée, puisque les historien-nes s’accordent pour dire qu’elle est une poétesse et une femme de lettres reconnue. De plus, elle tient un salon littéraire, qui reçoit les meilleur-es poète-sses et écrivain-es de son époque. Malek Ben Wahib, Ibn Qusayra et Ibn al-Marrkha font partie des figures illustres de ce salon. Lors de ces rencontres, Hawwa donne des conférences, écoute les poèmes de ses collègues et participe à leurs débats.

Certains récits célèbrent Hawwa comme l’une des premières féministes marocaines. Malheureusement, aucun de ses poèmes ne nous est parvenu. Toutefois, la postérité a retenu les vers d’Abu Jafar Ben Abd Allah Ben Hurayra Al-Qissi Tatili, qui fait l’éloge de la poétesse.

Sources consultées :
H.T. Norris, The Berbers in Arabic Literature (New York : Longman, 1982),138.

Abd al-Hadi Tazi, al-Mar’ah fi tarikh al-gharb al-islami (Casablanca : Fennec, 1993), 201-202.

Ben Abd Malek Murrakshi, Adh-dhil wa takmilah, tahqiq Ibn Charifah (Rabat (?) : Académie marocaine, 1984), vol II, 497.

Ibn Idhari, dir. Colan & Provençal, Bayane al-Mughrib (Bayrut : Dar thaqafa, 1967), vol. 4, 34 et suivantes.

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Fatima al-Andalousia, mystique soufie du 12ème–13ème siècle (miladi)

Publié le 21 novembre 2010 par Osire Glacier, PhD

J’ai pris connaissance de l’existence de la mystique Fatima al-Andalousia dans l’essai de Halima Ferhat « Le Maghreb aux XIIème et XIIIème siècles : les siècles de la foi ».[1] En effet, dans une étude qui s’intéresse à Abu Madyan, l’un des grand-es mystiques des 12ème et 13ème siècles, et plus précisément aux rapports de ce mystique avec les femmes, l’auteure mentionne Fatima al-Andalousia. Aussi, on apprend que cette dernière a été l’amie en Dieu des mystiques Abu Ya’za et Ibn Ghalib. À cette époque, Fatima a été jeune et coquette. De nos jours, son sanctuaire figure parmi les plus célèbres sanctuaires de la ville de Ksar al-Kabir.

Malheureusement, les amples recherches que j’ai effectuées au sujet de cette mystique ne m’ont conduite qu’à une seule source, soit les travaux de l’hagiographe Abu Ya’qub Yusuf Ibn Yahya at-Tadili.[2] (Ici-joint le document en arabe en format PDF : page-1 page-2). Grâce à cette source, on apprend que Fatima al-Andalousia a habité Ksar Ketama, qu’elle a été une saliha (une sainte), et a été très respectée par ses amis en Dieu, tous des mystiques masculins.

En ce qui nous concerne, l’intérêt de ce témoignage réside dans le fait qu’il montre que dans le Maroc médiéval, la ségrégation des sexes ne prévalait pas autant qu’on pourrait le croire. Il montre également que les femmes avaient accès à la formation ésotérique mystique auprès des grand-es maître-sses spirituel-les. Enfin, il montre que dépendamment de leurs accomplissements individuels, les femmes étaient également considérées des voix d’autorité dans le domaine.

Sources consultées :{{}}

Halima Ferhat, Le Maghreb aux XIIème et XIIIème siècles : les siècles de la foi (Casablanca : Wallada, 1993), 67.

Abu Ya’qub Yusuf Ibn Yahya at-Tadili, At-Tashawwuf ila rijal al-tasawwuf, Vies des saints du sud marocain des V, VI, VII siècles de l’hégire, contribution à l’étude de l’histoire du Maroc (texte arabe établi par A. Faure) (Rabat : Éditions techniques nord africaines, 1958), 331-332.

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[1] Halima Ferhat, Le Maghreb aux XIIème et XIIIème siècles : les siècles de la foi (Casablanca : Wallada, 1993), 67.

[2] Abu Ya’qub Yusuf Ibn Yahya at-Tadili, At-Tashawwuf ila rijal al-tasawwuf, Vies des saints du sud marocain des V, VI, VII siècles de l’hégire, contribution à l’étude de l’histoire du Maroc (texte arabe établi par A. Faure) (Rabat : Éditions techniques nord africaines, 1958), 331-332.

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Ana de Melo, rescapée marocaine de l’inquisition portugaise lors du 16ème siècle (miladi) →

Études marocaines, Osire Glacier– Source consultée : https://etudesmarocaines.com/category/femmes/femmes-medievales/

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L’amoravide Mimouna ou Tamajounte (première moitié du 12ème siècle)

Publié le 25 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Mimouna ou Tamajounte bint al-caïd Yantane ben Omar ou Amrane est connue pour son courage ainsi que ses connaissances de la scène politique de son temps.

Mimouna ou Tamajounte (selon certaines sources) est rentrée dans l’histoire vers 1142, à la fin du règne d’Ali ben Youssef ben Tachfine, lors des attaques conquérantes du leader almohade al-Mehdi ibn Toumart. En effet, lors de la reconquête de Tazajourte par les Almohades, des milliers de personnes ont été tuées et des milliers d’autres capturées. Tamajounte figure parmi les captifs. Comme le père de notre héroïne, le caïd Yantane ben Omar ou Amrane, est intervenu dans le passé pour libérer ibn Toumart des prisons du calife Ali ben Youssef, celle-ci demande à voir ibn Toumart. Elle lui rappelle alors l’événement. En guise de gratitude, celui-ci la libère. Cependant, Tamajounte exige qu’il libère les quatre cents autres femmes qui ont été capturées avec elle. Ibn Toumart accède à sa demande. Une fois libérées, ces dernières se sont dirigées dignement et en toute sécurité de Souss à Marrakech.

Source :
Ibn Qatane al-Mourrakouchi, Nozom al-jamane li-tartibe ma salfa min akhbar az-zamane (Beyroute : Dar al-Gharb al-islami, 1990), 224-225.

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Sourah bint Youssef ben Tachfine (12ème siècle) (miladi)

Publié le 14 avril 2011 par Osire Glacier, PhD

Sourah bint Youssef ben Tachfine a été citée par l’historien Ibn Khaldoun dans son livre al-Ibar. À l’instar des femmes almoravides, celle-ci ne se voilait pas, ce qui lui a valu d’être interpellée par le futur leader Ibn Toumart. Ce dernier lui a fait des commentaires désobligeants sur sa tenue. Aussi, elle s’en est plainte à son frère, le sultan Ali ben Youssef.

Ce qui est intéressant à noter ici ce sont les relatives libertés, autonomie et reconnaissance dont bénéficiaient les femmes almoravides. D’ailleurs, les cours almoravides ont retenu le nom de plusieurs femmes exceptionnelles, dont la poétesse Tamima et Zaynab an-Nafzawiya, l’épouse du leader Youssef ben Tachfine, pour n’en citer que quelque-unes.

Cela dit, certains chercheurs pensent que le quartier « Harat Sourah » est nommé d’après cette princesse. D’autres suggèrent que ce quartier s’appelait initialement « Harat Choura ». Mais quand les Marocains de confession juive ont habité le quartier, ils prononçaient le lieu avec un « s », ce qui a donné au fil des ans « Harat Sourah ».

Si on ignore la date de décès de Sourah, on sait par contre que quand les Almohades ont pris le pouvoir, ils ont éliminé les princes et princesses almoravides autour de 1147.

Ici-joint le texte en arabe : Sourah

Sources consultées  :
Abd ar-Rahmane Ibn Khaldoun, Kitab al-ibar, vol. 6, (Beyrouth : Dar al-koutoub al-Ilmiya) 268.

Zahra Najiya az-Zahraoui, Mo’jam chahirate al-maghreb (Mourakoche : Manchourate al-majlis al-ilmi, 2009), 185.

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Qamar (11ème - 12ème siècle miladi)

Publié le 1 mars 2011 par Osire Glacier, PhD

Qamar a été l’épouse d’Ali Ibn Youssef Ben Tachfine (1083-1142), sultan de la dynastie berbère des Almoravides. Elle a été également la mère du prince Sir et la mère adoptive du prince Ishaq. Elle est décrite par les historiens comme une femme puissante, qui a eu un grand ascendant sur le sultan. Elle a donc été capable d’orienter ses décisions politiques, y compris celles qui se rapportent à la succession. À cet égard, rappelons que le fils aîné du sultan, auquel le trône revient de droit, est Tachfine – dont la mère a été une autre épouse d’Ali. Or, bien que Tachfine ait eu une bonne réputation en Andalousie, Qamar a réussi à l’isoler. De plus, elle a convaincu le sultan de céder le trône à Sir, son propre fils. Comme le sultan savait qu’il lésait le droit de son fils aîné, il a recommandé Sir comme son successeur aux juges et théologiens du pays, mais leur a confié la responsabilité de prendre une décision à ce sujet.

Cependant, le prince Sir est décédé. Derechef, Qamar convainc le sultan de céder le trône au prince Ishaq, bien que celui-ci n’ait pas atteint l’âge mûr. Cette dernière considère Ishaq comme son propre fils, parce que sa mère est décédée quand il était très jeune et c’est elle qui l’a élevée.  Comme le sultan ne refuse rien à Qamar, il lui a proposé de réunir les habitants de Marrakech dans la mosquée et de leur suggérer Ishaq comme son successeur ; si ces derniers le lui permettent, il ferait ce que Qamar lui suggère.

Somme toute, Qamar fait partie des mères qui ont tout fait pour favoriser l’accession de leur fils au trône.

Sources consultées :
Abd al-Hadi Tazi, al-Mar’ah fi tarikh al-gharb al-islami (Casablanca : Fennec, 1993)253-254.

Zahra’ Najiya al-Zahraoui, Mo’jam chahirate al-maghreb (Mourakuch : Manchourate al-Majlis Alim, 2008), 277.

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Sources Études marocaines, Osire Glacier

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Annexe – La Renaissance du XIIème siècle d’après Wikipédia

Pour les articles homonymes, voir Renaissance (homonymie). Pour un article plus général, voir Renaissances médiévales.

La renaissance du XIIe siècle est une période majeure de renouveau du monde culturel au Moyen Âge, mise en évidence par les travaux des historiens Charles H. Haskins, Jacques Le Goff ou encore Jacques Verger. Sur le plan architectural, elle voit s’imposer le château fort en pierre, construction tardive mais devenue emblématique du Moyen Âge, qui remplace définitivement la motte castrale à palissade en bois. On parle plus précisément d’architecture philippienne.

Stimulée par un contexte de prospérité inédit depuis le début du Moyen Âge, sur les plans démographique et économique, mais aussi par une période de « renaissance politique » et par la réforme de l’Église, la chrétienté vit une profonde mutation de ses structures culturelles. Le monde monastique se recentre sur la fonction méditative, ce qui profite aux écoles urbaines qui fleurissent dans les grandes villes, à commencer par Paris, notamment grâce à l’abbaye Saint-Victor, mais aussi Chartres ou Bologne. Les disciplines intellectuelles sont ainsi dynamisées et nourries par l’élan des traductions depuis le grec et l’arabe en Espagne et en Italie, qui diffuse de nouveaux textes d’Aristote et de ses commentateurs musulmans. De là découle un goût nouveau pour les disciplines scientifiques, pour la dialectique, la naissance de la théologie dogmatique et l’esquisse de la scolastique, ou encore l’essor du droit et de la médecine dans les régions méditerranéennes.

Siècle de l’essor d’une véritable classe d’« intellectuels » selon les mots de Jacques Le Goff, tels Abélard, connu pour ses amours avec Héloïse et la virulence de son conflit avec saint Bernard, ou encore Jean de Salisbury ou Pierre Lombard, siècle d’un nouvel humanisme fondé sur le renouveau de la culture antique selon l’adage de Bernard de Chartres (« des nains sur des épaules de géants »), siècle de l’épanouissement d’une culture de cour et de la littérature courtoise, le XIIe siècle prépare la maturité culturelle du siècle suivant, qui se révélera dans le cadre des universités.

Historiographie{{}}

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Charles H. Haskins, qui élabora la notion de « renaissance du XIIe siècle ».

L’application du concept historiographique de « renaissance » au XIIe siècle est apparemment due au médiéviste américain Charles H. Haskins, bien que certains auteurs du XIXe siècle aient utilisé cette formule sans l’approfondir[N 1], et que la notion de renaissance ait déjà été reprise pour qualifier d’autres périodes du Moyen Âge[N 2],[1]. En 1927 paraît en effet un livre devenu un classique, The Renaissance of the Twelfth Century[2]. La démarche adoptée est résolument novatrice : contrairement par exemple à Jacob Burckhardt[3], qui entend montrer que la Renaissance du XVIe siècle prend racine dans les siècles précédents, Haskins tente de mettre en évidence un renouveau culturel distinct et autonome, et d’en comparer la démarche en soulignant certains traits communs (redécouverte de textes classiques, développement d’une activité intellectuelle sinon laïque, en tout cas moins contrôlée par l’Église)[4]. Dans sa préface, Haskins affirme ainsi :

« Le XIIe siècle en Europe fut sur bien des plans une période fraîche et vigoureuse. Outre les Croisades, l’essor urbain, et les premiers États bureaucratiques d’Occident, cette époque a aussi permis l’apogée de l’art roman et les débuts du gothique, l’émergence des littératures vernaculaires, le renouveau des classiques latins, de la poésie latine et du droit romain, la redécouverte de la science grecque avec ses enrichissements arabes, et de la majeure partie de la philosophie grecque, et les origines des premières universités d’Europe. Le douzième siècle a laissé sa marque sur l’éducation supérieure, sur la philosophie scolastique, sur les systèmes juridiques européens, sur l’architecture et la sculpture, sur le drame liturgique, sur la poésie latine et vernaculaire [5]. »

Le succès du livre de Haskins popularise la notion de « renaissance du XIIe siècle », avec son usage notable pour le monde scolaire par trois dominicains canadiens, Gérard Paré, Adrien Brunet et Pierre Tremblay, auteurs de La Renaissance du XIIe siècle : les écoles et l’enseignement, ouvrage paru en 1933[6]. Diverses contestations sont toutefois émises après la guerre, en raison de différences fondamentales et indéniables entre le XIIe et le XVIe siècle, les hommes du premier n’ayant pas eu au même point que ceux du second la conscience d’un renouveau après des siècles d’obscurité[7]. Les sources d’époque accréditent d’ailleurs cette interprétation, les auteurs du XIIe siècle se réclamant d’une renovatio (renouveau) ou d’une reformatio ou restauratio (réforme), c’est-à-dire d’un retour à un essor momentanément empêché, plutôt que d’une « renaissance » ou d’une rupture[8]. Le concept de renaissance du XIIe siècle est pourtant entré dans les habitudes et, loin d’être abandonné, il est fréquemment utilisé[9] et d’ailleurs appliqué à diverses autres périodes médiévales[1].

Article connexe : renaissances médiévales.

Ce succès du concept de renaissance du XIIe siècle est sanctionné par quelques colloques internationaux importants et leurs actes, notamment Renaissance and Renewal in the Tweltfth Century, publié en 1982[10],[11]. Ce titre est également repris par Jacques Verger pour un petit ouvrage synthétique d’abord publié en italien[12] puis en français[13]. Comme le note ce dernier, la vision essentiellement culturelle de Haskins a été renouvelée grâce aux progrès de la recherche, et en particulier l’apport des monographies locales, des études économiques et politiques, et la connaissance plus précise des mouvements de réforme religieuse[14]. La vision des historiens de la période s’est par ailleurs élargie, au-delà des zones géographiques et de la période privilégiées par Haskins (c’est-à-dire le nord de l’Italie et le nord de la France, des environs de 1100 au début du XIIIe siècle) : presque tout l’Occident semble concerné à des degrés divers par ce mouvement, dont les prémices remontent en réalité au dernier tiers du XIe siècle, certains historiens instaurant même une véritable continuité avec la renaissance ottonienne[15], voire avec la renaissance carolingienne[16] (la continuité étant moins assurée en aval)[17]. « C’est donc une ’Renaissance du XIIe siècle’ plus diverse et moins sûre d’elle-même que ne le pensait Haskins, que l’état actuel de l’historiographie [...] incite à présenter »[18].

Contexte{{}}

Essor économique et politique de l’Occident{{}}

Si l’expression « renaissance du XIIe siècle » désigne principalement un mouvement intellectuel et culturel, on peut toutefois la distinguer de la renaissance carolingienne et de la renaissance ottonienne en cela que le XIIe siècle connaît, bien plus que les siècles précédents, un contexte général de prospérité, et de profondes mutations sociales et politiques. L’essor de l’Occident au XIIe siècle résulte de différents facteurs d’expansion : croissance démographique, défrichements et mise en valeur de terres nouvelles, essor urbain, progrès des échanges et de l’économie monétaire, et enfin reprise de l’extension territoriale de l’Occident, pour la première fois au Moyen Âge, après des siècles de repli et d’invasions[14]. Ces facteurs interagissent entre eux et il est donc difficile de les distinguer ou de les hiérarchiser[19].

Croissance démographique{{}}

La faiblesse quantitative et qualitative des sources (malgré l’apport de l’archéologie) rend difficile les évaluations démographiques précises au Moyen Âge, encore plus avant le XIIIe siècle[N 3]. La croissance démographique de l’ensemble de l’Occident est cependant une certitude qui, même sans vision statistique, est largement étayée par une série d’indices[20],[21].

On peut retenir l’extension des terroirs habités et cultivés en France (Île-de-France, Normandie), en Allemagne du centre et de l’est, les asséchements de la Flandre, de la plaine du Pô en Italie, l’apparition de nouveaux hameaux et de fermes isolées à l’écart des villages existants. Ce mouvement se poursuit au XIIIe siècle mais est probablement essentiellement accompli dès le XIIe[19].

La croissance démographique est également une réalité dans les villes, même si on l’observe surtout dans quelques zones : Italie du nord et Flandre surtout avec un maillage de villes dépassant les dix mille habitants. Quelques grandes villes s’y ajoutent de façon plus isolée (Londres, Paris, Cologne, Montpellier, Barcelone)[22].

Croissance agricole et l’essor des campagnes{{}}

La conquête de nouveaux sols par défrichements et asséchements, observée dans tout l’Occident chrétien, permet un accroissement de la production agricole. Celle-ci est également facilitée par l’amélioration des techniques : la métallurgie permet d’améliorer les outils (hache, fourche, bêche, houe), de remplacer l’araire par la charrue, de ferrer les chevaux ; la traction bénéficie du recours plus fréquent au cheval de labour, et à l’amélioration de l’utilisation du bœuf grâce au joug de cornes et à l’attelage en file[23]. Ceci, combiné à la période probable d’optimum climatique entamée entre 800 et 900, permet l’amélioration notable des rendements, notamment dans les grandes plaines limoneuses d’Europe du nord, où l’assolement devient triennal, réduisant la part de la jachère[24]. La production augmente donc, et se diversifie : les grains pauvres cèdent la place aux bonnes céréales (froment pour les hommes, avoines pour les chevaux), les légumineuses désormais intercalées (fèves, vesces, pois) diversifient l’alimentation, les cultures de vigne s’étendent, et les espaces non cultivés ou en jachère demeurent assez vastes pour les troupeaux[24].

Cette amélioration de la production, en plus de limiter les disettes (et donc de contribuer à l’essor démographique), permet des excédents qui, écoulés sur le marché, intègrent les campagnes dans le jeu de l’économie monétaire. Un mécanisme qui permet des profits, certes fragiles et inégaux, mais assez larges pour la seigneurie foncière, et qui participent à financer de nouvelles constructions (châteaux mais aussi églises et abbayes), des œuvres d’art (sculptures, orfèvrerie), le travail des scriptoria et l’entretien des écoles. Par ailleurs, les familles enrichies de ces campagnes sont confrontées aux difficultés des partages successoraux, et contrôlent sévèrement le mariage des filles et des cadets, souvent écartés vers un célibat prolongé, voire vers la cléricature : ce milieu de jeunes nobles compte de nombreux clercs éminents de la renaissance du XIIe siècle, de saint Bernard à Pierre le Chantre[25].

Société urbaine{{}}

L’essor des villes d’Occident ne se traduit pas seulement sur le plan démographique. La population urbaine[26] reste assez faible si on la compare à d’autres époques, et sa croissance est inférieure à celle de la population rurale[22]. Les chiffres concernant Paris, la plus grande ville occidentale du temps qui joue un rôle majeur dans la renaissance culturelle, sont très difficiles à définir[27], la ville ne compte sans doute pas plus de 200 000 habitants à la fin du XIIIe siècle et peut-être 80 à 100 000 habitants vers 1200[28]. Le XIIe siècle montre une société urbaine parvenue à maturité, et c’est en son sein que fleurit la renaissance culturelle : contrairement aux siècles précédents, le travail intellectuel est désormais avant tout urbain, et non plus monastique[29].

La croissance urbaine présente quoi qu’il en soit une rapidité[27] suffisante pour animer un véritable « chantier urbain » selon l’expression de Jacques Le Goff[30], qui décrit à la fois les profonds travaux qui se déroulent dans la ville[N 4], et les profondes mutations sociales et politiques qui la traversent. La société urbaine se diversifie, la fonction économique se renforce, entraînant une plus grande division du travail, l’apparition des métiers, et de classes sociales distinctes, avec une élite marchande enrichie.

Ces changements sont également liés à des facteurs politiques : les rois Louis VI (1108-1137), Louis VII (1137-1180) et Philippe Auguste (1180-1223) font de Paris notamment une véritable capitale politique. La société de cour naît alors, et s’agrège à la société ecclésiastique (autre classe dominante traditionnelle de la ville)[31]. Ces différents groupes (Église, oligarchie marchande, clientèle politique), ouverts sur l’ensemble de la société grâce à des mécanismes efficaces de mobilité sociale[N 5] sont liés[N 6], ils s’influencent, se renforcent ou s’affrontent dans un contexte général de bouleversement des structures politiques, notamment avec le mouvement communal[32], ils stimulent la renaissance culturelle en redonnant vie à la circulation des hommes et des idées, et en protégeant les lettrés[N 7],[22].

Ce dynamisme résulte finalement en la naissance de « mentalités urbaines » au cours du XIIe siècle. La ville est l’objet d’éloges chez les lettrés, en particulier Paris, véritable paradis selon le rapprochement des sonorités entre Parisius et Paradisus[33] que font notamment les Goliards, clercs itinérants produisant des vers satiriques : « Paradisius mundi Parisius, mundi rosa, balsamum orbis »[34]. Jean de Salisbury expose dans une lettre à Thomas Becket en 1164 la bonne impression que lui a fait Paris, lieu de bonheur et d’activité intellectuelle qu’il élève à l’équivalent d’une terre sainte : « j’ai cru voir plein d’admiration l’échelle de Jacob dont le sommet touchait le ciel et était parcourue par des anges en train de monter et de descendre. Enthousiasmé par cet heureux pèlerinage j’ai dû avouer : le Seigneur est ici et je ne le savais pas »[35],[N 8]. Philippe de Harvengt fait un éloge comparable à un disciple : « Poussé par l’amour de la science te voilà à Paris et tu as trouvé cette Jérusalem que tant désirent. C’est la demeure de David [...] du sage Salomon. Un tel concours, une telle foule de clercs s’y presse qu’ils sont en voie de surpasser la nombreuse population des laïcs. Heureuse cité où les saints livres sont lus avec tant de zèle, où leurs mystères compliqués sont résolus grâce aux dons du Saint-Esprit, où il y a tant de professeurs éminents, où il y a une telle science théologique qu’on pourrait l’appeler la cité des belles-lettres ! »[35],[N 9]. On peut encore citer Gui de Bazoches et sa fameuse lettre dite « Éloge de Paris » : « Elle [Paris] est assise au sein d’un vallon délicieux, au centre d’une couronne de coteaux qu’enrichissent à l’envi Cérès et Bacchus. La Seine, ce fleuve superbe qui vient de l’Orient, y coule à pleins bords et entoure de ses deux bras une île qui est la tête, le cœur, la moelle de la ville entière. [...] Dans l’île, à côté du Palais des rois, qui domine toute la ville, on voit le palais de la philosophie où l’étude règne seule en souveraine, citadelle de lumière et d’immortalité »[36],[réf. incomplète].

Reprise des échanges{{}}

Cette société plus riche devient également une société plus commerçante, et c’est tout l’Occident chrétien qui connaît une mobilité géographique accrue[N 10]. L’essor économique et la stabilisation politique permettent d’améliorer les routes, de construire des ponts, et de rendre le réseau plus sûr par l’entretien des infrastructures (ponts, hospices) et la conduite des voyageurs (cols), le tout étant permis par l’essor d’une fiscalité adaptée (péages)[37]. Ces progrès profitent aux marchands qui affluent dans les foires urbaines comme celles de Champagne, mais aussi aux pèlerins, les pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle ou de Rome connaissant alors un certain apogée. L’économie monétaire remplace progressivement les pratiques de don et contre-don[N 11], ce qui se vérifie par la multiplication des frappes par les princes[N 12], par les efforts d’unification de l’unité pondérale (le marc germanique), ou encore par la multiplication des textes canoniques (concile de Latran II en 1139, Décret de Gratien en 1140, concile de Latran III en 1179, décrétale Consuluit d’Urbain II en 1187) et des textes théologiques (Hugues de Saint-Victor, Pierre Lombard, Pierre le Mangeur) condamnant l’usure et y assimilant souvent le prêt à intérêt[38].

Le monde de la pensée bénéficie de cette mobilité accrue : les lettrés entretiennent une correspondance fournie (plus de cinq cents lettres pour saint Bernard en une trentaine d’années), les jeunes étudiants effectuent des chemins de plus en plus longs pour rallier les écoles urbaines (à Paris, Abélard vient de Bretagne, Hugues de Saint-Victor vient de Saxe), et sont nombreux à franchir les Alpes pour suivre l’enseignement des juristes de Bologne ou des médecins de Salerne [37].

Ce commerce routier à portée locale est également complété par un commerce lointain grandissant, qui prend son essor sur les voies fluviales et maritimes surtout. Les péages se multiplient sur les fleuves et certains historiens y voient le principal moyen de transport en Occident, ne réservant aux routes qu’un rôle d’appoint [39]. Pour les échanges avec les régions plus éloignées encore, la navigation maritime croît également. En Méditerranée, elle est principalement contrôlée par les républiques maritimes italiennes, dont l’activité commerciale facilite aussi les contacts culturels avec les aires islamique et byzantine, l’importation de manuscrits et d’innovations techniques[40]. Dans le même temps, le nord de l’Europe et la façade Atlantique participent à l’essor du commerce nordique. Celui-ci s’amorce par un renforcement des infrastructures portuaires, comme à Lübeck, à Bruges (création de l’avant-port de Damme en 1180), à Rouen, à La Rochelle[41].

Reprise de l’extension territoriale{{}}

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L’Occident et ses dépendances orientales en 1142.

L’Occident du XIIe siècle maîtrise donc l’espace, et cela se traduit également par l’extension de son aire géopolitique. Avant tout en Méditerranée avec, à la fin du XIe siècle, trois événements surtout, presque simultanés : la conquête par les Normands, de 1058 à 1091, de l’Italie du sud lombarde et byzantine et de la Sicile musulmane ; la prise de Tolède en 1085, étape essentielle de la Reconquista ; et l’entrée des croisés de la première croisade à Jérusalem, en 1099[42]. Des avancées qui ne sont pas toutes également durables, toutefois Tolède restera désormais chrétienne, le royaume de Sicile acquiert puissance et richesse sous Roger II (1127-1154), les États croisés d’Orient survivent jusqu’au XIIIe siècle. Et ces conquêtes entraînent dans leur sillage de nouveaux marchands. Des comptoirs amalfitains, génois, pisans ou vénitiens ouvrent sur tout le pourtour méditerranéen, jusque dans la riche Constantinople des Comnènes. L’horizon du monde chrétien s’étend, ce qui aboutira aux explorations du XIIIe siècle[43].

Renaissance politique{{}}

Les mutations politiques du XIIe siècle, enfin, sont un dernier aspect de l’arrière-plan culturel du temps qui joue un rôle important dans la renaissance. Ce dernier fut presque ignoré par l’historiographie traditionnelle, dont fait partie Charles H. Haskins, hormis le « mouvement communal »[44]. Le renouveau du droit romain et la valorisation de la figure du prince et de la notion de souveraineté donnent pourtant à la renaissance du XIIe siècle une indéniable dimension politique.

Il faut en particulier noter que la chevalerie tend de plus en plus à se confondre avec la noblesse dirigeante, et s’affirme comme un modèle par son prestige, sa cohésion en tant que groupe[45]. Cette chevalerie, contrairement au mythe faisant du chevalier un être mal dégrossi qui balance entre la brutalité de sa fonction et la rudesse de son milieu, témoigne par ailleurs d’un intérêt grandissant pour les manifestations littéraires, en particulier pour les poèmes les plus distrayants à la création desquels certains s’essaient même (tel Wolfram von Eschenbach, auteur de Parzival ou les chevaliers itinérants que sont les troubadours comme Gui d’Ussel, Guillaume IX), ou encore l’histoire, en tout cas celle de leur propre lignage (ainsi les comtes de Guînes font rédiger leur histoire par le magister Lambert d’Ardres)[46]. Ces chevaliers lettrés apprennent dès leur enfance à lire en latin dans le psautier de leur mère puis lisent les classiques latins, ce qui leur permet de parler de littérature avec les clercs savants et les incite à réprimer leur violence (tel le chevalier Gervais de Tilbury qui devient juriste). De même, la poésie et la courtoisie polissent ce chevalier, allant jusqu’à le rendre plus charitable envers son prochain[47].

Le « mouvement communal » a connu un traitement historiographique privilégié, quelque peu réévalué à la baisse aujourd’hui[48], à la fois parce que de grandes villes n’ont pas été touchées, notamment en Italie du sud ou en Sicile, et parce que des zones rurales ont connu des mécanismes de reconnaissance similaires[49]. Ce mouvement d’émancipation, qui fait partie du mouvement général d’essor d’une société urbaine[50], voit donc, dans les villes, des groupes sociaux adresser au seigneur local des revendications modérées, et rechercher en général un compromis pacifique, afin de participer dans une certaine mesure à la gestion urbaine (attributions judiciaires et militaires surtout). L’éloignement des structures féodales ne doit donc pas être exagéré et s’est fait d’une manière progressive. Les cas de révolte ouverte et violente sont en effet rares, on peut néanmoins citer les descriptions d’Otton de Freising concernant les réactions lombardes à la politique de restauration impériale de Frédéric Barberousse, vers 1155, dans les Gesta Friderici I imperatoris[48],[51].

Enfin, le XIIe siècle est surtout le siècle de la renaissance du pouvoir princier, de l’État, au niveau du royaume, ou plus largement encore avec la vaine tentative de renovatio imperii de Frédéric Barberousse en Allemagne, ou à l’inverse plus localement, comme dans le comté de Champagne[52]. Partout aussi où les princes affirment leur contrôle, des efforts de légitimation idéologique mettent à contribution des maîtres connaissant l’histoire, le droit, la théologie. Jean de Salisbury publie en 1159 le Policraticus, premier traité de philosophie politique depuis l’Antiquité. Composé de huit livres, Jean y présente un idéal de cité terrestre orientée à des fins spirituelles, où le roi exerce son pouvoir en étroite collaboration avec l’Église et en se défiant de ses conseillers laïcs[53]. En France, les capétiens affermissent leur primauté, ce qui aboutit avec Philippe Auguste à un pouvoir aux allures d’État souverain (domaine élargi, capitale, administration centrale et locale). La monarchie anglaise prend son essor plus tôt, notamment sous Henri II Plantagenêt, et attire de nombreux lettrés (juristes, poètes, philosophes), intégrant l’Angleterre dans l’essor intellectuel et artistique, malgré le conflit célèbre avec l’archevêque de Cantorbéry Thomas Becket sur l’indépendance de l’Église. En Italie, les papes aussi appliquent des ambitions politiques nouvelles, notamment pour résister aux ambitions de Frédéric Barberousse, et les papes entreprennent une politique de prestige, avec la restauration des basiliques romaines et du palais du Latran, et Rome redevient un centre où affluent les lettrés. L’Italie du sud contrôlée par les Normands est un cas à part, lieu de richesse culturelle où se côtoient latinistes, arabophones et hellénophones, où les rois encouragent de brillantes réalisations architecturales aussi bien que de nombreuses traductions, mais où on n’observe guère de centres d’enseignement et de productions intellectuelles originales, hormis de rares exceptions (écoles de médecine de Salerne, scriptorium du Mont-Cassin)[54].

Réforme religieuse{{}}

La vie religieuse et la vie culturelle sont indissociables au Moyen Âge[55]. La réforme parfois dite « grégorienne » débute vers le milieu du XIe siècle, bien avant le pontificat de Grégoire VII proprement dit (1073-1085), et se prolonge jusqu’au concile de Latran IV (1215) dont l’œuvre législative est une conclusion symbolique[56]. Cette réforme profonde a des implications culturelles certaines, en particulier en ce qui concerne la culture savante et l’institution scolaire qu’elle maintient sous son contrôle.

Article connexe : Réforme grégorienne.

Émancipation pontificale{{}}

Le premier aspect de la réforme ecclésiastique est l’affirmation par la papauté de son indépendance (la libertas ecclesiae) vis-à-vis des pouvoirs laïcs : la querelle des investitures est ainsi réglée par le décret de 1059 sur l’élection pontificale, et par les Dictatus papæ de Grégoire VII en 1075, qui affirment l’interdiction formelle des investitures laïques[57]. Ce principe d’interdiction du césaropapisme n’est en fait globalement appliqué que progressivement, notamment après le concile de Latran I en 1123, et même plus tard dans certaines régions (milieu du XIIe siècle en France, application incomplète en Angleterre)[58].

Article détaillé : Querelle des investitures.

Mais cette indépendance n’est qu’un aspect du programme, dont le but est l’épuration de l’Église gravement corrompue par les excès de la simonie, du mariage et de l’incontinence des prêtres : l’indépendance est un préalable pour imposer une réforme qui ne se conçoit que centralisée[59]. Cette centralisation se traduit par l’affirmation de la plenitudo potestatis, l’autorité souveraine de la papauté sur l’Église, qui s’appuie sur le droit canon : l’action pontificale est relayée par tous les conciles, les légats et les ordres exempts. Les litiges locaux trouvent désormais en l’appel à Rome une voie de recours normale, ce qui permet à la papauté de multiplier les interventions[60].

La réforme pontificale est encore en cours au XIIe siècle, et le pouvoir pontifical ne connaît son apogée qu’à partir d’Innocent III[61]. L’impact de celle-ci sur la sphère ecclésiastique est donc énorme. Tous les domaines de l’institution religieuse sont touchés par le mouvement de réforme. De plus, même si la papauté est à l’origine d’importantes mesures institutionnelles de Nicolas II à Innocent III, ce sont les relais locaux qui permettent à la réforme et à la libertas ecclesiae de s’imposer en profondeur : évêques et chanoines reprenant le message pontifical rapporté par les légats lors de leurs tournées, princes laïcs de bonne volonté[60].

Évêques et leur entourage{{}}

Le profond renouvellement du clergé, et notamment du haut clergé, est l’une des réalisations majeures de la réforme : au niveau de la formation, des mœurs, de l’action pastorale et administrative[N 13]. Les évêques sont en effet désormais de plus en plus éduqués, au moins en ce qui concerne la grammaire, la lecture de la Bible et l’initiation au droit canon[62], et se conforment de mieux en mieux à un type idéal illustré notamment par le portrait dressé par saint Bernard[63]. Aussi, dans l’exercice de leur fonction, les évêques entretiennent-ils généralement une école et un juge[N 14]. Ils se font aussi les défenseurs tenaces des libertés de l’Église, la résistance de Thomas Becket et son martyre en étant l’exemple le plus illustre.

Avec ces efforts, l’entourage des évêques se transforme aussi. Les chapitres cathédraux reviennent à une vie régulière (souvent abandonnée après l’ère carolingienne) dès le XIe siècle[64], et suivent l’ancienne Règle d’Aix (ordo antiquus) ou bien la Règle de saint Augustin (ordo novus)[N 15]. Dans les deux cas, les chanoines reviennent à la vie en commun, et l’appropriation des revenus de la mense canoniale est interdite. Ces chapitres développent enfin de plus en plus une activité culturelle, tenant une bibliothèque, et s’occupant généralement de l’école cathédrale sous la direction d’un écolâtre issu des chanoines[62]. Enfin, il faut mentionner l’innovation majeure que constitue la fondation de chapitres collégiaux indépendants comme Saint-Victor de Paris ou l’ordre prémontré[65].

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Intérieur de l’église abbatiale de Fontenay

Enfin les évêques prennent l’habitude d’entretenir un autre entourage, notamment pour échapper aux oppositions avec le chapitre, alors courantes. Cette cour de proches, la familia de l’évêque, compte fréquemment des lettrés et des juristes auxquels sont dévolues certaines fonctions précises (chancellerie et tribunal épiscopaux, rédaction des Gesta des évêques locaux). Ce type de cour se multiplie à petite échelle, et certains des plus éminents représentants de la culture lettrée du siècle y passent une grande partie de leur vie (Jean de Salisbury, Adélard de Bath)[62].

Monde monastique et régulier{{}}

La fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle voient une poussée exceptionnelle du monde monastique, à travers de nouvelles formes qui prennent le relais du cénobitisme clunisien, et mettent en œuvre un idéal de vie apostolique (vita apostolica) « associant les exigences de pauvreté extrême, de pénitence, de spiritualité intense et de prédication itinérante »[66]. Les premières manifestations de ce véritable « revival monastique » selon les mots de Jacques Verger[67] sont les communautés érémitiques de l’ouest de la France, en particulier les Chartreux disciples de saint Bruno, qui combinent isolement et vie commune dans une grande sévérité, et une spiritualité teintée de mysticisme. Les chartreuses se multiplient bientôt, comme en Italie, créant un ordre original dont s’inspirent d’autres ordres comme celui de Grandmont fondé par Étienne de Thiers, celui de Fontevraud fondé par Robert d’Arbrissel, ou, en Italie, à Camaldoli, Vallombrosa et Cava[68],[69].

Cîteaux et saint Bernard{{}}

Mais l’ordre qui prend véritablement la suite de Cluny en ce qui concerne le prestige et l’influence est incontestablement Cîteaux[69],[68]. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, qui n’y reste qu’un an (1098-1099), l’abbaye de Cîteaux prend son essor sous Aubry (1099-1108) et Étienne Harding (1108-1133), qui l’orientent vers le retour au strict monachisme communautaire bénédictin, en opposition donc au modèle clunisien : alors même que Cluny achève sa nouvelle et fastueuse église abbatiale (« Cluny III »), symbole d’un ordre riche, hiérarchisé et dont les splendeurs accompagnent un assouplissement de la Règle, Cîteaux affirme non loin de là son modèle d’austérité et de pénitence. Parmi les différences majeures, on note en particulier à Cîteaux l’obligation du travail manuel et le rejet formel (confirmé par la Charte de charité d’Étienne Harding) de l’exploitation des domaines par des tenanciers laïcs (des convers, vivant à part, leur sont préférés), de la perception de dîmes et de la possession de paroisses, la soumission à l’autorité des évêques, et une moindre centralisation[68],[69].

Article détaillé : Ordre cistercien.

Comme Cluny, ces différents ordres, dont Cîteaux, n’ont d’abord pas de vocation intellectuelle : on ne trouve pas d’école dans les monastères, et les disciplines profanes en sont bannies. Mais cela change rapidement, conséquence notamment de l’éducation de la plupart des fondateurs de nouveaux ordres, eux-mêmes passés par des écoles monastiques ou cathédrales[68]. Les Cisterciens entretiennent bientôt des scriptoria et de riches bibliothèques au contenu centré sur la Bible et les Pères, encouragent la lecture chez les moines, et forment certains lettrés dont les écrits spirituels ou théologiques de première importance mettent les ressources des arts libéraux au service de l’idéal monastique.

Le plus connu est évidemment Bernard de Clairvaux (1091-1153), figure originale et contradictoire, « chimère de [son] siècle » selon ses propres mots[70], produit des écoles et de l’enseignement classique[N 16] et, dans le même temps, opposant radical à la théologie moderne des dialecticiens Abélard ou Gilbert de la Porrée[N 17]. Entré à Cîteaux en 1112, Bernard est consacré abbé de Clairvaux dès 1115, et le demeure jusqu’à sa mort en 1153. Son influence dans l’expansion de l’ordre est décisive : organisateur acharné, il fonde soixante-huit monastères dépendant de Cîteaux, et est ainsi le véritable instigateur de l’ordre cistercien qui compte trois cents abbayes à sa mort[69]. Farouchement attaché à l’idéal clunisien de pénitence, il est pourtant en permanence distrait de son abbatiat, intervenant dans le siècle, comme conseiller auprès des princes et des papes, comme arbitre de conflits ou comme prédicateur populaire à l’occasion de la croisade ou contre les cathares.

Hormis Bernard, on peut citer Guillaume de Saint-Thierry (✝1148), proche de saint Bernard, Aelred de Rievaulx (✝1166), Isaac de l’Étoile (✝1169), Alcher de Clairvaux, ou encore Joachim de Flore (✝1202) dont la division de l’histoire de l’humanité en trois âges (dont le dernier, celui du Saint-Esprit, est proche) exercera une forte séduction sur le siècle suivant, notamment sur les franciscains[71].

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Bernard de Clairvaux, enluminure du XIIIe siècle.

Le rôle culturel de l’ordre devient de plus en plus important et, même sans écoles, les Cisterciens, en plus de réalisations artistiques et notamment architecturales liées à l’extension de l’ordre[N 18], font preuve d’une activité soutenue de copie et d’achat de manuscrits, de production et de diffusion de textes spirituels et exégétiques. Ceci est notamment permis par le recrutement d’anciens étudiants comme Évrard d’Ypres ou Hélinand de Froidmont[68]. Les manuscrits produits à l’époque de Bernard tranchent avec ceux du temps et même avec les premières réalisations cisterciennes comme la Bible d’Étienne Harding[72]. La Bible dite de Bernard[73] et la Grande Bible de Clairvaux[74] sont deux étapes vers un style épuré : dans la dernière, toute représentation figurative disparaît, le texte s’offre nu et les lettrines sont enjolivées subtilement en camaïeu unicolore[75].

Article connexe : Art cistercien.

Des courants originaux{{}}

Cette évolution culturelle rapproche les Cisterciens du courant canonial, en effet on compte parmi les innovations de la période la fondation d’ordres canoniaux indépendants dont les premiers datent du XIe siècle, mais dont les plus importants sont fondés au début du XIIe siècle et jouent un rôle majeur dans la renaissance culturelle. Saint-Victor de Paris est ainsi fondé par Guillaume de Champeaux en 1108, et Hugues de Saint-Victor est le plus brillant représentant de ce foyer d’études, qui fait une véritable concurrence à l’école cathédrale de Notre-Dame[76]. L’ordre de Prémontré est quant à lui fondé en 1122 par Norbert de Xanten. On peut également mentionner Saint-Ruf, près d’Avignon, dont le rôle dans le renouveau de l’enseignement juridique dans le midi est à souligner[77].

Enfin, le renouveau monastique du XIIe siècle comprend également la création très originale que constituent les ordres militaires : la confrérie des Templiers fondée en 1119, celle des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem fondée en 1050, ainsi que celle plus tardive des Chevaliers teutoniques, fondée à la fin du siècle. Les Templiers en particulier sont soutenus par Cîteaux, et Bernard rédige en grande partie leur règle reçue au concile de Troyes de 1129[78], ainsi qu’un éloge appuyé en leur faveur[79]. Les questions intellectuelles sont très éloignées de la vocation de ces trois ordres.

Vie religieuse des laïcs{{}}

Mal connue, la vie religieuse des laïcs est cependant elle aussi touchée par la réforme, qui vise notamment à l’encadrer plus précisément, comme par les sacrements qui suscitent la réflexion des théologiens et canonistes, en particulier le mariage et la pénitence (confession)[80],[N 19]. Des évolutions qui participent, selon les mots du père Chenu, à « l’éveil de la conscience » au Moyen Âge[81].

Les questions culturelles ne sont pas étrangères aux laïcs. La réforme réhabilite en effet la prédication, et certains fidèles passent par les écoles : laicus n’est plus un synonyme d’illiteratus. On peut y ajouter l’impact de l’art religieux (décors peints et sculptés) sur les laïcs, difficile à évaluer[80]. L’Église se préoccupe aussi de l’édification de l’aristocratie, notamment de la chevalerie[45], ce qu’illustre l’apparition des ordres militaires[82], dont saint Bernard se fait le chantre[79].

Il ne faudrait pas cependant omettre de mentionner les importantes résistances à ces cadres nouveaux, qui suscitent différentes hérésies plus ou moins élaborées, essentiellement après 1140. Le valdéisme d’abord, qui réclame la traduction de l’Évangile en vernaculaire et le droit des laïcs à prêcher, puis l’hérésie cathare sans doute d’origine orientale mais qui se nourrit aussi du refus de l’autoritarisme de l’Église établie[80]. La curiosité pour l’Écriture parfois manifestée dans ces mouvements fondamentalement populaires les fait parfois rapprocher de l’esprit scolaire[83]. À l’inverse, le phénomène hérétique a souvent nourri la réflexion des théologiens, dans un double esprit de réfutation et d’explicitation de la doctrine, comme avec le De fide catholica contra haereticos sui temporis d’Alain de Lille[84].

Traductions Article détaillé : Traductions latines du XIIe siècle.

Apport de connaissances décisif{{}}

Avant le XIIe siècle et depuis le début du Moyen Âge, l’enseignement et la réflexion sont limités par le faible nombre des « autorités » disponibles, connues qui plus est dans des versions médiocres, et par l’impossibilité d’entrer en possession de nombreux textes écrits en grec, langue dont la connaissance a totalement disparu en Occident[85]. L’élan de traductions observé au XIIe siècle dans les deux foyers que constituent le sud de l’Italie (notamment la Sicile) et la frontière musulmane d’Espagne joue un rôle majeur dans l’activité intellectuelle en Occident, notamment pour la philosophie, pour les sciences du quadrivium, pour l’astrologie et pour la médecine.

L’Occident rentre en effet en possession d’œuvres essentielles, comme des textes d’Euclide (mathématiques), de Ptolémée (astronomie), d’Hippocrate et de Galien (médecine), et entre autres d’Aristote et Platon (physique, logique, éthique)[86],[87]. L’enseignement de la logique bénéficie en particulier de l’apport de la Logica nova composée des Analytiques, des Topiques et des Réfutations d’Aristote, et qui complète les textes connus depuis Boèce et désormais désignés sous le nom de Logica vetus[86]. Il faut ajouter à ces traductions classiques la très importante contribution musulmane, en particulier Al-Khwarizmi (algèbre[N 20]), Rhazès (médecine), Avicenne (médecine et philosophie), Al-Kindi et Al-Farabi[88] (philosophie)[85]. L’impact est en revanche plus faible sur la grammaire et la rhétorique, latines par nature, sur le droit, sur l’exégèse ou sur la théologie, les traductions de textes religieux (Bible, Pères grecs) étant d’ailleurs assez peu nombreuses. Les traductions du Coran[N 21] et du Talmud[N 22] ont quant à elles un but essentiellement polémique[85].

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Rhazès, représenté dans une copie de la traduction de Gérard de Crémone (vers 1250-1260).

Deux foyers : Italie et Espagne{{}}

En Italie, où les traductions sont très principalement faites depuis le grec et non depuis l’arabe[N 23], la Sicile est un centre important, notamment grâce à deux officiers de la cour, Henri Aristippe et l’« émir » Eugène. Sur le continent, Jacques de Venise se voit attribuer de nombreuses traductions, mais on compte une multitude de traducteurs parfois notables comme Burgondio de Pise, Moïse de Bergame et Léon Tuscus (qui travaille d’abord longtemps à Byzance), et plus souvent anonymes.

En Espagne, où la part des traductions depuis l’arabe est prépondérante[89],[90], les traducteurs sont souvent des Juifs généralement convertis comme l’Aragonais Pierre Alphonse (Pedro Alfonso) ; des mozarabes comme Hugues de Santalla et sans doute Jean de Séville ; des chrétiens de la marche comme Dominique Gundissalvi ; des Italiens comme Platon de Tivoli, et Gérard de Crémone, dont la production prolifique fut permise par l’organisation d’un véritable atelier de traducteurs ; et d’autres lettrés venus de régions parfois lointaines, comme l’Angleterre pour Robert de Chester ou Herman de Carinthie[86],[85]. Par ailleurs, les historiens du XIXe siècle ont suggéré que l’archevêque Raymond de Tolède (1125-1152) avait créé une école officielle de traduction, mais aucun élément concret ne vient étayer l’hypothèse de l’« école de Tolède » : les traducteurs sont en effet plus nombreux hors de Tolède, et ceux qui y travaillent (comme Gérard de Crémone) y restent sans organisation particulière, et d’ailleurs plutôt au temps de Jean (1152-1166) que de Raymond[91],[92]. L’une des principales entreprises de traduction connues est celle du Coran (la Lex Mahumet pseudoprophete) parrainée par Pierre le Vénérable, abbé de Cluny qui la commande en 1142 à Robert de Chester, Herman de Carinthie, Pierre de Tolède, Pierre de Poitiers et un musulman connu seulement sous le nom de « Mohammed »[93],[85].

On peut également mentionner des traducteurs itinérants se rattachant moins précisément à un foyer, en particulier Adélard de Bath. Ce dernier est d’ailleurs l’un des rares traducteurs, avec Dominique Gundissalvi, à avoir réellement complété son travail de traduction d’un effort d’assimilation par des commentaires et des ouvrages originaux. Il faut en effet préciser que les traducteurs restent en général spécialisés et n’étudient pas véritablement la matière première qu’ils participent à importer[86],[85].

Au cœur et aux marges de la chrétienté{{}}

Au Moyen Âge central (1000-1300 environ), avant les expulsions de 1306, de 1323, puis de 1394, la petite minorité juive de France connaît elle aussi une forme de renaissance culturelle, en études talmudiques (en académies talmudiques) et en littérature (hébreu, langues d’oïl et d’oc, traductions croisées), aussi bien en Provence (France du sud) qu’en Tsarfat (France du nord).

Rachi (1040c-1105c), rabbin, talmudiste, poète, légiste, est à l’origine d’un renouveau des études talmudiques dans le Nord de la France (Tsarfat), dont témoignent les Tossafistes.

Joseph Kimhi (Andalousie et Narbonne, 1105-1170), Abraham ben David de Posquières (1120-1197), Samuel ibn Tibbon (Lunel, 1150-1230), Jacob ben Reuben (en) (XIIe), Menahem Hameïri (Narbonne, 1249c-1306/1315), parmi d’autres, témoignent d’un dialogue juridique, philosophique et religieux, entre autres judéo-chrétien, en lien avec les écrits des autorités rabbiniques du Moyen Âge de la péninsule hispanique, dont Moïse Maïmonide (1138-1204).

Écoles au XIIe siècle

Crise des écoles carolingiennes et défiance de l’Église{{}}

Il est avant tout nécessaire de rappeler qu’en ce qui concerne les écoles, la renaissance du XIIe siècle ne s’inscrit pas dans la continuité des écoles héritées de la période carolingienne et de l’an mille. Le monde scolaire est en effet traversé par une profonde crise au XIe siècle, conséquence directe des transformations du temps[94]. De plus en plus, l’Église, prise dans son effort de réforme, se défie de la culture classique et des libertés prises par certains maîtres. Les critiques de l’écolâtre Gozechin de Mayence adressées à son ancien élève Vaucher de Liège, à la fin du XIe siècle, illustrent cette évolution :

« Il en est qui devraient encore étudier sous la férule de leurs maîtres mais qui, s’étant adonnés à la paresse, à la stupidité et ayant écouté leur ventre devenu leur dieu, répugnent à se former au sérieux de la pratique morale. Comme de légers fétus de paille, ils se laissent emporter à tous les vents de la doctrine et, comme le dit l’Apôtre Paul (II Tim, 3,4), au lieu de soutenir une saine doctrine, ils s’en vont chercher des maîtres selon leur convenance qui leur “chatouillent les oreilles”, et les voilà esclaves des nouveautés vaines et pernicieuses aussi bien dans les mots que dans les points de doctrine.
Alors qu’ils étaient une argile encore informe et malléable, ils auraient dû être vigoureusement modelés sur le tour de la discipline par la main du potier, afin de devenir des “vases d’élection” et non, fuyant leur école, se transformer en “vases de honte” (cf. Rom 9,2).
Certains d’entre eux, nommés professeurs par on ne sait quelle autorité, n’ayant pas de domicile fixe et ne pouvant se retirer dans une maison qu’ils ne possèdent pas, ne cessent d’errer de-ci de-là par les villages, les bourgs et les villes, donnant de nouvelles interprétations du Psautier, de Paul, de l’Apocalypse, et traînent derrière eux dans une pente dangereuse par l’attrait de la facilité une jeunesse avide de nouveautés, esclave de la frivolité et rebelle à la discipline.
Ces gens-là, par l’extrême dépravation de leurs mœurs, outragent le respect de la discipline, la soumission de l’obéissance, le respect de la religion et tous les bienfaits d’une vie régulière[N 24]. »

Les textes contre les auteurs classiques se multiplient. Raoul Glaber, déjà, relate comment Virgile, Horace et Juvénal apparaissent à un certain Vilgardus, grammairien de Ravenne, sous la forme de démons[95]. La vie de Poppon de Stavelot, rédigée dans les années 1050 relate l’apparition semblable des héros virgiliens, dont Énée et Turnus, à un jeune moine[96],[97]. Othlon de Saint-Emmeran quant à lui compose un Livre des Proverbes (Liber proverbiorum) dans lequel il entend remplacer les proverbes païens, comme ceux de Sénèque, d’Avianus ou du pseudo-Caton par des équivalents chrétiens[98]. Othlon s’élève aussi dans le préambule d’un traité théologique contre les excès des dialecticiens, qui s’appuient plus souvent sur Boèce que sur l’Écriture sainte[99]. Pierre Damien suit un raisonnement comparable ; lui qui fut éduqué aux arts libéraux et au droit dans les écoles de Faenza et Parme compte ces disciplines parmi tous les méfaits qu’il dénonce : on le voit ainsi rejeter du même geste Platon, Pythagore, Nicomaque, Euclide et tous les rhéteurs, pour affirmer que le Christ est pour ainsi dire sa seule grammaire : « que la simplicité du Christ m’instruise, et que le vrai dénuement rustique du sage me libère des chaînes du doute »[100]. Les maîtres, rhéteurs et dialecticiens dénoncés par ces témoignages, ce sont notamment ceux des écoles urbaines où naissent les hérésies, dès 1022 pour l’hérésie d’Orléans. Plus tard, l’enseignement de Bérenger de Tours, qui entend expliquer le mystère de l’Eucharistie par la dialectique, niant la « présence réelle », secoue particulièrement les écoles d’Occident[94]. C’est Bérenger, excommunié en 1050 mais qui poursuit son enseignement pendant plusieurs années, que vise particulièrement la lettre de Gozechin à Vaucher[101].

Face à cela la réforme de l’Église s’attache à reprendre en main les écoles, à partir de Léon IX puis, surtout, du concile de 1079 qui confie la direction des études aux évêques et privilégie la connaissance des Écritures[94]. Surtout, on assiste à un véritable divorce entre les monastères et les écoles : l’oblation disparaît, et les nouvelles fondations (Chartreuse, Cîteaux, Grandmont) n’acceptent pas les enfants[102]. Même Cluny limite d’abord l’oblation à six individus, avant de porter l’entrée au monastère à l’âge de vingt ans[94]. L’activité monastique se recentre sur la prière et abandonne l’enseignement : la place est libre pour les écoles urbaines.

Essor des écoles urbaines{{}}

Selon les mots de Jacques Verger[103], au XIIe siècle se déroule une véritable « révolution scolaire », dont les contemporains ont tenu compte. Guibert de Nogent, lorsqu’il parle vers 1115 de sa jeunesse (donc des années 1065) évoque la dimension quantitative et qualitative de cette révolution : « Jadis, et même encore au temps de ma jeunesse, il y avait si peu de maîtres d’école qu’on n’en trouvait pratiquement pas dans les bourgs et à peine dans les villes ; et quand on en trouvait, leur science était si mince qu’on ne saurait même pas la comparer à celle des petits clercs vagabonds d’aujourd’hui »[104]. L’essor quantitatif des structures scolaires urbaines, d’abord, a été largement étudié par l’historiographie de la renaissance du XIIe siècle[6],[105], et découle des diverses mutations déjà notées : essor urbain, mobilité accrue, diversification sociale, renaissance politique, réforme de l’Église, renouveau de l’épiscopat, mouvement canonial[106]. Les écoles cathédrales se multiplient, auxquelles il faut ajouter les écoles de communautés canoniales comme Saint-Victor de Paris ou Saint-Ruf, en Provence, ainsi que quelques écoles « privées » tenues par un maître faisant payer ses leçons à des élèves attirés par sa réputation[106].

Géographie{{}}

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Différentes écoles en Europe.

La géographie de cet essor est mieux connue pour certaines régions, à commencer par la France septentrionale. Au début du siècle domine l’école de Laon, sous Anselme, élève de saint Anselme du Bec. Né vers 1055, il fonde l’école en 1089, et son enseignement exégétique attire de nombreux disciples : on compte parmi eux Guillaume de Champeaux, Albéric de Reims, Gilbert l’Universel, Matthieu d’Albano ou encore Abélard lui-même qui se vante d’avoir eu le dessus sur le maître dans l’Histoire de mes malheurs[107]. L’école de Laon est ensuite dirigée par Raoul, frère d’Anselme, après la mort de ce dernier en 1117. De nombreux lettrés rendent hommage aux deux frères[108], dont le plus notable est Jean de Salisbury qui les décrit comme « deux frères, éblouissante lumière des Gaules, gloire de Laon, dont la mémoire est en joie et bénédiction, que personne n’a critiqués impunément, et qui n’ont déplu qu’aux hérétiques ou à ceux qui sont enveloppés de turpitudes honteuses »[109].Vient ensuite Paris, qui attire les éloges[50] en raison de ses nombreuses écoles, celle de la cathédrale Notre-Dame, mais aussi celle de Saint-Victor, fondée par Guillaume de Champeaux en 1108, et diverses écoles privées, notamment sur la montagne Sainte-Geneviève comme celle ouverte par Abélard vers 1110-1112[110] puis dans les années 1130 : Jean de Salisbury la fréquente en 1136 (un an après la mort d’Henri Ier d’Angleterre), et parle du « péripatéticien du palais » (peripateticum palatinum)[111], ce qui désigne bien Abélard selon le jeu de mots sur le latin palatium qui désigne aussi Le Pallet, bourg natal d’Abélard[112].

Chartres enfin est la troisième principale école de France, fondée par Fulbert au début du XIe siècle[113], elle est entretenue par Yves de Chartres (évêque en 1090-1115) et Geoffroy de Lèves (évêque en 1115-1149), qui la place sous l’autorité d’un chancelier choisi parmi les chanoines. Elle est le « grand centre scientifique du siècle » selon Jacques Le Goff[114], notamment grâce à Bernard de Chartres dont la vie est essentiellement connue par le témoignage de son élève Jean de Salisbury. Pourtant, l’existence même de l’école de Chartres est remise en cause, pour la période postérieure à 1130, par l’historien Richard W. Southern qui soutient que les maîtres cités comme chartrains auraient seulement reçu leurs prébendes à Chartres, et auraient pour le reste enseigné ailleurs, en particulier à Paris[115]. Cette position a néanmoins été fortement nuancée[116] : l’école de Chartres, selon Pierre Riché, a bien existé[117]. Bernard est maître à partir de 1112, et chancelier en 1124, soit deux ans avant sa mort probable en 1126[118]. Son successeur Gilbert de la Porrée lui succède (1126-1140), puis Thierry de Chartres devient chancelier (1141) jusqu’à sa mort vers 1150[119]. Ces trois lettrés insufflent à l’école de Chartres son esprit particulier[120].

D’autres écoles de moindre envergure sont connues en France, dans le centre et l’Ouest à Orléans (avec Hugues Primat, Arnoul de Saint-Euverte, et sans doute Bernard de Meung qui y enseigne l’ars dictaminis que reprennent Hilaire et Foulques d’Orléans), Angers (Marbode, Ulger), Tours (où Bérenger reste admiré, et où enseignent aussi un certain Guy dont Baudri de Bourgueil fait l’éloge, Roscelin qui rejoint ensuite Loches, et Bernard Silvestre), Poitiers (Arnoul, Pierre Hélie), Le Mans (Hildebert de Lavardin et son successeur Guy), dans le Nord à Reims (Bruno de Cologne y enseigne avant de fonder la Chartreuse, ainsi que Godefroy et Albéric), Cambrai, Valenciennes, Arras, Tournai, et enfin Auxerre[121]. Le mouvement s’est également étendu vers l’Empire, à Liège, Cologne, Trèves, Mayence (où enseigne le Lombard Presvotin), Spire (un maître André est cité par une charte en 1182) et jusqu’en Franconie et en Saxe (Bamberg, Hildesheim)[106],[121].

L’Italie, et surtout le nord de la péninsule, est réputée pour ses écoles de droit qui attirent des étudiants étrangers, à Bologne surtout (à partir des maîtres Pepo vers 1075 et Irnerius au début du XIe siècle), ainsi qu’à Milan (Landolf), Plaisance (un certain maître Jean), Pavie et Modène. Au sud, Salerne bénéficie de la vigueur des traductions[122] et se constitue comme principal centre d’enseignement de la médecine en Occident[106],[121]. Ces centres influencent la Provence, le Languedoc et même la Catalogne, où se tiennent des enseignements de droit à Arles et Avignon et le droit et la médecine à Montpellier (où Per de Cardona enseigne le droit romain dans sa jeunesse), en tout cas par intermittences[106]. Des écoles sont aussi installées en Aquitaine (Saintes, Angoulême, Limoges, Bourges, Bordeaux) et au nord de l’Espagne (Braga, Coimbra, Lisbonne et Palencia ou étudie saint Dominique à la fin du siècle[121].

En Angleterre enfin, les principales écoles connues se trouvent à Oxford, où enseignent Théobald d’Étampes, et à la fin du siècle Alexandre Neckam et Giraud le Cambrien ; ainsi qu’à Exeter (Robert Pullen) et à Northampton (Geoffroy de Vinsauf)[121].

Acteurs Maîtres …….{{}}

De nombreuses sources permettent de mieux appréhender la vie des écoles urbaines [123]. Certains aspects du fonctionnement des écoles restent pourtant méconnus, les différents types d’école n’ayant de toute façon laissé aucun statut [106]. Les écoles cathédrales et canoniales sont placées sous l’autorité de l’évêque ou de l’abbé …

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