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"L’observance du ramadan paraît très bien suivie par les musulmans de France : secrets du jeûne selon Ibn Arabi (1165-1240), concilier jeûne et enseignement, effets sur la grossesse, le fœtus, le nouveau-né et le gérer chez les diabétiques" par Jacques Hallard
samedi 14 février 2026, par
ISIAS Monde musulman Ramadan
L’observance du ramadan paraît très bien suivie par les musulmans de France : secrets du jeûne selon Ibn Arabi (1165-1240), concilier jeûne et enseignement, effets sur la grossesse, le fœtus, le nouveau-né et le gérer chez les diabétiques
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 11/02/2026
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Quelques sélections pour ouvrir ce dossier réalisé dans un but didactique et d’information
Ramadan Mubarak
Le monde musulman, également appelé civilisation islamique ou encore simplement l’Islam [a], désigne à la fois la civilisation musulmane et la zone géographique couverte par son expansion au fil de l’histoire, constituée de plusieurs périodes et influences. Cet article traite des aspects de ces civilisations à différentes périodes, indépendamment de la religion islamique. [a] Le fait de mettre une majuscule initiale à « Islam » permet de distinguer la civilisation de la religion : en effet « l’islam », sans majuscule initiale désigne uniquement la religion, telle qu’elle est pratiquée depuis le VIIe siècle jusqu’à aujourd’hui, dans le monde musulman proprement dit ou à l’extérieur de celui-ci…
Civilisation islamique au début du XXIe siècle. Carte des pays dont la communauté musulmane représente plus de 50 % de la population. Extraits de https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_islamique#/media/Fichier:Muslim_majority_countries2.png
Musulmans en France - La proportion de musulmans au sein de la population française adulte est passée de 0,5% en 1985 à 7% en 2025, faisant de l’islam la deuxième religion de France après le catholicisme (43%) mais devant le protestantisme (4%). L’Islam est désormais, avec 5 millions de fidèles, la seconde religion de France. La majorité des musulmans de France sont issus de l’immigration, comme en témoigne leur répartition sur le territoire français, similaire à celle des populations en provenance du Maghreb et d’Afrique noire… Cette étude souligne que cette progression s’est faite lentement mais de manière continue sur quarante ans. Elle s’inscrit dans un contexte de recomposition du paysage religieux français marqué par le recul du catholicisme et la montée des personnes sans religion. Contexte de l’étude Ifop : l’enquête a été menée en 2025 auprès d’un échantillon représentatif de la population adulte française. Les chiffres sont fondés sur des déclarations individuelles d’appartenance religieuse, ce qui est courant dans les sondages mais ne constitue pas un recensement officiel (la France ne collecte pas de statistiques religieuses détaillées par recensement national). Important à noter : ces chiffres sont des estimations de sondage (basées sur déclarations), et non des recensements administratifs officiels. Selon d’autres sources (comme l’INSEE pour 2019-2020), l’islam venait déjà en deuxième position derrière le catholicisme dans la population française, mais avec une part estimée autour de 10 % pour l’ensemble de la population (incluant mineurs), et non strictement 7 % pour les adultes. 18 novembre 2025…
L’islam est aujourd’hui la deuxième religion en France après le catholicisme[5] en nombre de pratiquants, la troisième en nombre de lieux de culte après le protestantisme. La communauté musulmane française est aussi la première en Europe. Essentiellement issues de l’immigration connue par la France à partir des années 1960, les populations musulmanes sont aujourd’hui souvent de deuxième, de troisième voire de quatrième génération. En l’absence de recensements officiels portant sur la religion, il est assez difficile de chiffrer avec précision le nombre de musulmans en France. Les évaluations les plus récentes se situent dans une fourchette allant de 4,1 millions de musulmans (selon une estimation de l’Observatoire de la laïcité en 2019) à 8,4 millions de personnes ayant une « origine musulmane » (selon une estimation de François Héran en 2017) en fonction des méthodes de calcul retenues pour les estimations. Le Pew Research Center estimait en 2017 que les musulmans étaient 5,72 millions en 2016 en France, soit 8,8 % de la population. Par projection, le même centre de recherche estime qu’en 2050 en France entre 12,7 % et 18 % de la population sera musulmane, ce nombre variant en fonction de la quantité d’immigration vers la France [6]. Selon une étude de l’INED et l’Insee dont les résultats ont été publiés en 2023, parmi la population de 18 à 59 ans en France métropolitaine, il y avait en 2019-2020, 10 % de personnes se déclarant musulmans (contre 51 % se déclarant sans religion et 38 % se déclarant chrétiens) [2]. La grande majorité des musulmans de France appartient au courant principal de l’islam, le sunnisme… - Source : Wikipédia
Rétrospective 2003 - Les musulmans déclarés en France : affirmation religieuse, subordination sociale et progressisme politiques – Par Claude Dargent Chercheur à l’Observatoire Interrégional du Politique (OIP) - Cahier du CEVOPOF n° 39 43 - Février 2003 - CEVIPOF : 98, rue de l’Université 75007 Paris Tél. 33 (0)1 45 49 51 05 - e-mail : info@cevipof.sciences-po.fr - Site Internet : www.cevipof.msh-paris.fr – Source : https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/cahierducevipof34.pdf
Rétrospective sur les musulmans en France en 2015 :
Combien de musulmans en France ?
Combien de musulmans en France ? DÉCODEURS
Quel part de l’islam radical en France ?
Rappel - Quel part de l’islam radical en France ? DÉCODEURS
Source - Extraits - Quel est le poids de l’islam en France ? Combien de pratiquants, de mosquées, de radicaux ? Au-delà des fantasmes, quelques chiffres sur la deuxième religion de France. Par Samuel Laurent et Alexandre Pouchard - Publié le 21 janvier 2015 à 11h25, modifié le 06 juillet 2016 à 15h24 – Voir https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/01/21/que-pese-l-islam-en-france_4559859_4355770.html
Autre sources à consulter :
État des lieux du rapport à l’islam et à l’islamisme des musulmans de France – IFOP - Entre réislamisation et tentation islamiste
A l’heure où les questions sur l’intégration des musulmans occupent une grande place dans le débat public, force est de constater que les enquêtes permettant de mesurer avec précision et dans la durée l’évolution du rapport à la religion au sein de cette population sont rares, voire inexistantes. Réalisée auprès de plus de 1 000 personnes de confession musulmane, cette enquête offre un éclairage inédit sur les transformations profondes qui traversent l’islam de France depuis quarante ans. En reconstituant des séries historiques remontant aux années 1980, cette étude met en exergue un phénomène de « réislamisation » qui affecte tout particulièrement les nouvelles générations et s’accompagne d’une progression préoccupante de l’adhésion aux thèses islamistes. Loin de confirmer les discours sur une sécularisation à l’œuvre chez les musulmans français, les données révèlent au contraire une intensification des pratiques religieuses, un durcissement des positions sur les questions de mixité, et une sympathie croissante pour les courants radicaux de l’islam politique. Pour lire les résultats de l’étude, cliquez sur le lien ci-dessous : Infographie - Rapport complet – Lire ceci : « Étude Ifop pour la revue Ecran de Veille réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 1005 personnes de religion musulmane, extrait d’un échantillon national représentatif de 14 244 personnes âgées de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine. » - Contacts presse : François Kraus (IFOP) - Tel. : 06 61 00 37 76 - mail : francois.kraus@ifop.com - Source : https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2025/11/analyse_ifop_2025.11.18.pdf
Ramadan 2026 Tunisie Tunis
Le Manuel du Ramadan 2026 - Rapport de la Tunisie - Découvrez des insights approfondis sur la saison du Ramadan grâce à notre Manuel 2026. De l’identification des tendances d’achat au profilage de cinq personnes consommateurs clés, ce rapport met en lumière les attitudes envers la communication des marques et révèle quelles sont les 10 marques qui se démarquent actuellement dans le paysage du Ramadan du point de vue des consommateurs. 04.02.26 – Source pour approfondir > https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2026-02/Le%20Manuel%20du%20Ramadan%202026%20-%20Rapport%20de%20la%20Tunisie.pdf
Ramadan, parfois orthographié ramadhan ou ramaḍān, est le neuvième mois du calendrier hégirien. Seul mois dont le nom figure dans le Coran, il est pour les musulmans le « mois saint par excellence » car il constitue le mois du jeûne et contient Laylat al-Qadr… - Source : Wikipédia
Le jeûne est la privation, volontaire ou non, de nourriture, accompagnée ou pas d’une privation de boisson. Le jeûne partiel fait partie intégrante de la pratique de certaines religions (carême, ramadan, kippour, etc…). D’un point de vue médical et physiologique, on considère que la période de jeûne commence à partir de la sixième heure après le dernier repas [1]. Le jeûne met en marche des mécanismes d’adaptation physiologique hérités du lent processus de l’évolution. Diverses expériences ont montré sur le modèle animal qu’une restriction alimentaire non excessive prolonge la durée de vie de nombreuses espèces (souris, rat, singe rhésus [2]). Une étude publiée dans Nature en 2016, a aussi montré que ce jeûne s’accompagne d’une diminution des dommages à l’ADN [3]. Sur une période courte, le jeûne intermittent permet une perte de poids et de masse grasse similaire à la restriction calorique ainsi qu’une augmentation de la sensibilité à l’insuline. Mal contrôlé ou trop prolongé, il peut conduire à la mort… - Source : Wikipédia
Laylat al-Qadr ou Nuit du Destin est l’une des nuits de la fin du mois du Ramadan durant laquelle, selon l’interprétation classique, les premiers versets du Coran ont été envoyés par Dieu aux hommes… - Source : Wikipédia
Ibn ‘Arabī, né le 26 juillet 1165, à Murcie, et mort le 16 novembre 1240, à Damas, est un ouléma, théologien, juriste, poète, soufi, métaphysicien et philosophe arabo-andalou, auteur d’environ 850 ouvrages…. - Wikipédia
Qui était Muhyiddin Ibn Arabi ? Muhyiddin Ibn Arabi n’était pas seulement un mystique, un poète et un sage, mais un écrivain révolutionnaire et intrépide dont les œuvres ont laissé une empreinte bouleversante sur le monde. Publié : 29 février 2024, écrit par Maysara Kamal, BA Philosophie & Film
qui était muhyiddin ibn arabi
Kamal, Maysara. ’Qui Était Muhyiddin Ibn Arabi ?’ TheCollector.com, 29 février 2024, https://www.thecollector.com/maysara-kamal/ - In Who Was Muhyiddin Ibn Arabi ? Source : https://www.thecollector.com/who-was-muhyiddin-ibn-arabi/
Rappel - Poésie - Ibn ʿArabi : ’Je crois en la religion de l’amour’ - Par Institut du monde arabe - Mis à jour le jeudi 22 juillet 2021 à 10h05, publié le mercredi 11 mars 2020 à 11h45
Ibn ʿArabiIbn ʿArabi © Getty - Wikimedia Commons
Docteur en sciences de l’Islam, mais aussi poète, philosophe, Ibn ʿArabi est considéré comme le pivot central de la pensée métaphysique de l’Islam. Référence majeure du soufisme, Ibn ʿArabi a fondé son enseignement sur le Coran et l’exemple prophétique. Dans Les Cinq Piliers de l’islam, anthologie thématique de son chef-d’œuvre, Les Révélations de La Mecque, il présente la signification intérieure des fondements de la religion musulmane : la profession de foi, la prière, le jeûne, l’aumône rituelle et le pèlerinage. Un écrit qui illustre que, bien loin de la récupération haineuse désormais répandue à des fins plus politiques que spirituelles, d’autres visions de l’islam sont possibles. Une rencontre enregistrée en janvier 2019. Leili Anvar, maîtresse de conférences en langue et littérature persanes à l’Inalco - Abdallah Penot, traducteur de traités soufis et des sources musulmanes, créateur des éditions Alif et des éditions i, directeur de l’institut Asharite - Hassan Boutaleb, membre de la section scientifique de la fondation Emir Abdelkader, traducteur de traités soufis - Jean Annestay, éditeur et cofondateur des éditions i, codirecteur aux éditions Entrelacs de la collection Hikma sur le soufisme, auteur de l’essai Une femme soufie en Islam, Râbi’a al-’Adawiyya.Une minute d’écoute sur https://www.radiofrance.fr/franceculture/ibn-arabi-je-crois-en-la-religion-de-l-amour-8392223
Accès à des articles étiquetés Ibn Arabî et mis en ligne antérieurement sur Isias.info :
Ce dossier est proposé à l’occasion de la fête du Ramadan en 2026 dans le monde musulman.
L‘accent est mis sur :
- une approche politique et sociologique du ramadan,
- sur un aspect de l’œuvre du personnage arabo-andalou Muhyiddin Ibn Arabi du 11ème et 12ème siècle,
- une étude sociologique portant sur des collégiens face à l’épreuve du Ramadan (comment concilier le jeûne et l’enseignement ?),
- puis sur des articles de revues médicales qui abordent des questions de santé en rapport avec le ramadan, dont le cas particulier des musulmans diabétiques face au jeûne du Ramadan…
Ce dossier se termine avec deux annexes qui font état d’un récent sondage en France qui « interroge sur l’ingérence étrangère » et « pourquoi le sondage sur les musulmans est révélateur »…
Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
Retour au début de l’introduction
- Ramadan 2026 : grosse surprise sur la date cette année en France - La Rédaction - 09 février 2026 18:42
- Livre - Ramadan et politique - Présentation - CNRS Éditions – François Georgeon Texte intégral - Document ‘‘books.openedition.org’’ CNRS Éditions
- Ramadan, approche sociologique - Dimanche 23 mars 2025 – Enregistrement radiofrance.fr/franceculture de 53 minutes - Provenant du podcast Questions d’islam
- Ouvrage - Les secrets du jeûne - Par Ibn Arabi - Traduit de l’arabe par Abdallah Penot – 2023 - Éditions i - 64 pages - Date de mise en ligne : 23/01/2020 – Document ‘shs.cairn.info’
- Article de revue - Des collégiens face à l’épreuve du Ramadan : comment concilier le jeûne et l’enseignement ? - Par Hédi Saïdi - Le Sociographe 2019/5 N° Hors- série 12 - Pages 220 à 245 – Document ‘shs.cairn.info’ - PDF
- Accès à des articles de revue - Médecine générale et ramadan. Enquête qualitative auprès de médecins généralistes - Par C Edin, P Marais, P Moulevrier, Jean-François Huez et Serge Fanello - Pages 89 à 99 – ‘stm.cairn.info’
- Article de revue - Les musulmans diabétiques face au jeûne du Ramadan : quelques réflexions anthropologiques - Commentaire - Par Patrice Cohen Pages 105 à 112 Islam et monde musulman Philosophie de la santé
Annexes :
- Musulmans : le sondage qui interroge sur l’ingérence étrangère – La rédaction - 25 novembre 2025 – Document ‘lecourrierdelatlas.com’
- La France en question : pourquoi le sondage sur les musulmans est révélateur - Opinion - Analyse - Olivier Bot Journaliste Publié : 03.12.2025, 06h38 – Document ‘tdg.ch’
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Ramadan 2026 : grosse surprise sur la date cette année en France - La Rédaction - 09 février 2026 18:42
La Rédaction
La date du premier jour du ramadan a été communiquée par le CFCM. Mais la Grande Mosquée de Paris ne s’est pas encore prononcée. Surprise : une autre instance a donné une autre date !
À l’approche de la mi-février 2026, les millions de musulmans de France s’apprêtent à entrer dans une période de ferveur, de recueillement et de partage : le mois de Ramadan. Neuvième mois du calendrier hégirien, il est considéré par les croyants comme le plus ’sacré’ de l’année. Pour les musulmans, ce n’est pas seulement une épreuve physique liée à l’abstinence, mais un voyage spirituel profond destiné à purifier l’âme et à renforcer les liens communautaires.
Quand commence précisément le jeûne ? Si la réponse semble mathématique et scientifique pour certains, elle reste une affaire d’observation céleste pour d’autres. Cette année, le décalage entre les méthodes de calcul et la tradition millénaire provoque des crispations inhabituelles au sein des instances religieuses.
Quelle est la date exacte du début du ramadan 2026 en France ?{{}}
Le ramadan 2026 débute autour du mercredi 18 février 2026. Pour le Conseil français du culte musulman (CFCM), c’est même très clair depuis le 2 février. Un communiqué vient en effet d’être mis en ligne par cette instance très écoutée par les musulmans de France, et il est catégorique : le premier jour du ramadan est pour elle le jeudi 19 février. ’Conformément aux données scientifiques, la conjonction de la nouvelle lune de Ramadan 1447 H aura lieu mardi 17 février 2026 à 13 : 01 (heure de Paris). Les conditions pour la visibilité de la nouvelle lune ne seront remplies que le 18 février 2026’.
Grosse surprise cette année : pour cette année 2026, il y a une divergence nette entre le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM) et le Conseil Théologique Musulman de France (CTMF), qui s’appuient pourtant tous deux sur la méthode astronomique. Le Conseil Théologique s’appuie sur une lecture des calculs astronomiques privilégiant la conjonction. Leur raisonnement est le suivant : dès lors que la lune est ’née’ et qu’elle se couche après le soleil (même de quelques minutes), le nouveau mois commence. Selon le CTMF, l’observation du nouveau croissant serait possible le 18 février à partir de 4h42, heure de Paris : le ramadan débutera donc selon cette instance le mercredi 18 février 2026 !
La Grande Mosquée de Paris confirmera l’une de ces dates lors de la nuit du doute, au moment où sera observé collectivement le ciel, dans le respect de la tradition. Le rendez-vous est déjà donné : la nuit du doute est fixée au 17 février 2026. ’La commission religieuse chargée de déterminer et d’annoncer la date du début du mois béni de Ramadan 1447/H en France se réunira à la Grande Mosquée de Paris le mardi 17 février 2026 à 18h, correspondant au 29 Chaâbane 1447/H’. La Grande mosquée de Paris ajoute aussi que ’la commission religieuse prendra en compte les observations de la nouvelle lune ainsi que les résultats des calculs astronomiques.’
Le ramadan a en tout cas lieu en tous cas en plein milieu de l’hiver. Une bonne nouvelle sur un point : la durée du jeûne, qui dure du lever au coucher du soleil, sera plus courte en France. Ce qui rend le jeûne un peu plus facile à supporter d’autant que les pratiquants n’auront pas à endurer les journées de grandes chaleur qui rendent parfois l’exercice très rude.
Quelle est la date de la fin du ramadan 2026 en France ?{{}}
Le ramadan 2026 doit s’achever aux alentours du jeudi 19 mars 2026. L’Aïd el-Fitr doit donc avoir lieu autour du 20 mars 2026. Pendant tout le ramadan, les musulmans sont guidés par un calendrier des horaires de prière et de rupture de jeûne, reposant sur les heures de levers et de couchers du soleil ainsi que sur la durée totale de l’ensoleillement. Le CFCM a déjà tranché et assure que la date de l’Aïd 2026 en France est vendredi 20 mars.
Précisions sur les deux méthodes pour fixer les dates du ramadan
Le calendrier musulman est fondé sur un calendrier lunaire : cela signifie que l’on change de mois à la nouvelle Lune. L’entrée dans le mois du ramadan comme sa fin et l’entrée dans le mois de chawwal dépendent donc de la nouvelle Lune. Mais il existe un conflit d’opinion entre ceux qui considèrent qu’il faut absolument voir l’astre dans le ciel et ceux qui font confiance à la science astronomique pour s’assurer que nous entrons bien dans un nouveau mois lunaire.
Les tenants de la méthode scientifique estiment que les calculs astronomiques sont fiables sur l’apparition de la Lune et que fixer à l’avance les dates de début et de fin du ramadan permet aux croyants d’organiser en amont leur abstinence, mais aussi les festivités de l’Aïd. Cela permettrait également d’unifier les dates du ramadan dans le monde entier.
Les tenants de la ’tradition’ considèrent que l’observation à l’oeil nu de la nouvelle Lune (le tout premier croissant de Lune) dans le ciel est indispensable, quels que soient les calculs scientifiques. Ce n’est que si la Lune est visible que l’on entre dans un nouveau mois lunaire. C’est un point important : pour ceux qui s’en tiennent à la tradition, comme la Grande mosquée de Paris, si la lune n’est pas observable lors de ’la nuit du doute’, alors le ramadan dure une journée supplémentaire.
La Commission théologique de la Grande Mosquée de Paris tente depuis 2022 un compromis et prend à la fois en considération l’observation de la Lune et ’les résultats des travaux sur l’adoption du calcul scientifique et des données astronomiques universelles pour la détermination du début et de la fin du mois béni de Ramadan.’ Et de souligner qu’il s’agit de ’deux méthodes complémentaires’.
Questions / Réponses
Qu’est-ce que le ’Imsak’ et pourquoi il ne faut pas le confondre avec l’Aube ?{{}}
Le calendrier du Ramadan affiche souvent une colonne Imsak. Ce terme signifie littéralement ’s’abstenir’. Il s’agit d’une marge de sécurité, généralement placée 10 à 15 minutes avant l’appel à la prière de l’aube (Fajr). Contrairement à une idée reçue, l’Imsak n’est pas le moment légal où le jeûne commence obligatoirement, mais une recommandation pour finir de manger tranquillement. L’interdiction stricte de manger et boire ne débute qu’au moment du Fajr (l’aube véritable). Si tu termines ton verre d’eau au moment de l’Imsak, ton jeûne est parfaitement valide. C’est un outil pédagogique pour éviter le stress de la dernière seconde et s’assurer que l’on commence sa journée dans la sérénité.
Le télescope est-il une ’triche’ pour fixer la date du ramadan lors de la nuit du doute ?{{}}
Le débat fait rage chez les juristes : la vision doit-elle être ’naturelle’ ou peut-elle être ’assistée’ ? Pour la majorité des savants modernes, utiliser un télescope ou des jumelles est parfaitement licite (halal). C’est considéré comme une extension de l’œil, au même titre que des lunettes de vue. Cependant, certains puristes insistent sur le fait que si le croissant n’est pas visible à l’œil nu, le mois ne peut commencer, car le rite doit rester accessible à l’homme du commun. En 2026, l’imagerie infrarouge permet même de voir le croissant en plein jour, mais cette technique est encore loin de faire l’unanimité religieuse.
Comment font les musulmans qui vivent aux pôles ?{{}}
Dans les régions proches du cercle polaire, comme le nord de la Norvège ou de la Suède, le soleil peut ne jamais se coucher en été ou ne jamais se lever en hiver. Jeûner 22 heures ou 0 heure serait impossible ou dangereux. Pour pallier cela, les savants ont émis des fatwas (avis juridiques) spécifiques. Deux options majeures existent : soit les habitants s’alignent sur les horaires de la ville sainte de La Mecque (horaires fixes), soit ils suivent les horaires de la ville la plus proche où le cycle jour/nuit est ’normal’ et discernable. Cela illustre le principe de ’souplesse’ (Taysir) de la loi islamique, qui interdit de mettre sa santé en péril pour une pratique religieuse, privilégiant toujours la préservation de la vie.
Pourquoi la date du Ramadan avance-t-elle de 11 jours chaque année ?{{}}
Le calendrier hégirien (islamique) est strictement lunaire, basé sur les cycles de la Lune, tandis que le calendrier grégorien est solaire. Une année lunaire dure environ 354 jours, soit 11 jours de moins que l’année solaire (365 jours). Conséquence directe : le mois de Ramadan ’glisse’ à travers les saisons. En 2026, nous sommes en février ; dans une quinzaine d’années, il tombera en plein été. Ce décalage permet à chaque musulman, au cours de sa vie, de connaître le jeûne à différentes périodes de l’année, alternant entre des journées très courtes et fraîches en hiver et des journées longues et caniculaires en été. C’est une forme d’équité géographique et temporelle sur le long terme pour les croyants du monde entier.
Le Ramadan est-il une fête ?{{}}
On décrit souvent le Ramadan comme un mois de fête, mais c’est un terme un peu inexact. Le Ramadan est un mois de discipline, de recueillement et d’effort. La dimension festive n’apparaît que le soir, lors de la rupture du jeûne, et surtout à la fin du mois pour l’Aïd. On pourrait plutôt le comparer à une période de ’retraite spirituelle’ active. C’est un temps de sérieux, de réflexion sur soi et de retour aux valeurs essentielles. La joie ressentie n’est pas une joie de divertissement, mais une joie profonde liée au sentiment d’accomplissement et à la proximité avec la communauté et le divin. C’est l’ambiance des soirées, le partage des repas et la ferveur des prières nocturnes qui donnent ce sentiment de ’fête’ continue pendant 30 jours, malgré la fatigue de la journée.
Comment distinguer le ’fil blanc du fil noir’ pendant le ramadan ?{{}}
La limite quotidienne du jeûne est définie par un verset poétique : manger et boire jusqu’à ce que l’on puisse distinguer le ’fil blanc du fil noir’ de l’aube. Techniquement, les astronomes parlent du crépuscule astronomique. C’est le moment où le centre du soleil est à 18 degrés sous l’horizon. À cet instant, les premières lueurs apparaissent à l’est, formant une ligne horizontale. C’est le Fajr. Il ne faut pas le confondre avec le lever du soleil (Chourouq). Entre les deux, il s’écoule environ 1h30. Pour les journalistes météo, c’est un point de vigilance : selon que l’on calcule à 12, 15 ou 18 degrés d’inclinaison solaire, l’heure du premier café peut varier de 15 à 20 minutes, un enjeu de taille pour les fidèles.
Comment souhaiter un bon Ramadan à un ami ?{{}}
Si vous avez des amis, des collègues ou des voisins musulmans, il est très poli et apprécié de leur souhaiter un bon mois. La formule la plus courante est « Ramadan Mubarak » (Ramadan béni) ou « Ramadan Kareem » (Généreux Ramadan). En français, un simple « Bon Ramadan à toi et à ta famille » est parfait. Ces vœux sont perçus comme une marque de respect et de reconnaissance de l’effort qu’ils accomplissent. Vous n’avez pas besoin d’être mal à l’aise de manger ou de boire devant eux ; la plupart des jeûneurs sont habitués et considèrent que leur jeûne est un choix personnel qui ne doit pas peser sur les autres. Néanmoins, éviter de proposer un café ou une collation par automatisme est une attention délicate qui sera toujours remarquée et appréciée.
Mais pourquoi la ’Nouvelle Lune’ des calendriers ne suffit pas pour la date du ramadan ?{{}}
En astronomie, la ’Nouvelle Lune’ est l’instant précis de la conjonction : la Lune se trouve entre la Terre et le Soleil. À cet instant, elle est totalement invisible. Pour le Ramadan, ce qui compte, c’est le Hilal (le premier croissant). Il faut généralement attendre entre 12 et 24 heures après la conjonction pour que la lune s’éloigne suffisamment du soleil et devienne discernable à l’œil nu après le coucher de l’astre diurne. C’est ce laps de temps, appelé ’l’âge de la lune’, qui crée souvent le décalage d’un jour entre les calculs théoriques (basés sur la conjonction) et l’observation traditionnelle (basée sur le croissant visible).
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Qu’est-ce que le ramadan ?{{}}
Le quatrième pilier de l’islam est respecté par de nombreux musulmans pratiquants en France : selon l’Insee, 5 millions de croyants pratiquent le ramadan chaque année dans l’Hexagone. Dans le monde, c’est plus de 1,5 milliard de personnes qui sont concernées. Au-delà de l’abstinence de nourriture et de boisson du lever au coucher du soleil, ce mois est marqué par une multitude de traditions profondément enracinées qui ont pour but, selon l’islam, d’enrichir l’expérience spirituelle des croyants. Pour les musulmans pratiquants, ces traditions revêtent une grande importance, offrant une occasion précieuse de croissance spirituelle, de solidarité et de connexion avec leur foi.
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Lire l’article Entre culture, foi et traditions... Le ramadan et ses règles expliqués simplement{{}}
Qu’est-ce qu’une journée typique de Ramadan ?
Avant l’Aube : Suhoor - La journée commence bien avant l’aube avec un repas appelé ’suhoor’. C’est un moment crucial où les croyants consomment des aliments riches en protéines et en fibres pour fournir l’énergie nécessaire pour la journée de jeûne à venir. Il est dit dans les enseignements que le suhoor renforce le jeûneur pour accomplir son acte de dévotion. Ce repas est souvent partagé en famille ou en communauté, ajoutant ainsi une dimension sociale à la pratique du jeûne.
Du Lever du Soleil au Coucher du Soleil : Le Jeûne - Une fois que le soleil commence à se lever, les musulmans entament leur jeûne quotidien. Pendant cette période, qui dure du lever au coucher du soleil, les croyants s’abstiennent non seulement de nourriture et de boisson, mais aussi de tout comportement indésirable, tels que la colère, le mensonge ou la calomnie. Le jeûne est bien plus qu’une simple abstention physique ; il vise à purifier l’âme et à cultiver la patience, la compassion et la gratitude envers Dieu.
La Prière et la Réflexion - Tout au long de la journée, les musulmans croyants s’engagent dans une prière régulière et une lecture du Coran, le livre saint de l’islam. Ces pratiques spirituelles offrent une occasion de se recentrer sur la foi et de rechercher la proximité divine. De plus, le Ramadan est une période de réflexion, où les croyants évaluent leur vie, cherchent le pardon et renouvellent leurs intentions pour l’avenir.
La Pause du Jeûne : Iftar - Le coucher du soleil annonce la fin du jeûne quotidien, marquant le moment de rompre le jeûne avec un repas appelé ’iftar’. Cette rupture du jeûne est souvent réalisée en famille, en communauté ou même en invitant des voisins et des amis de différentes confessions à partager le repas. L’iftar est un moment de festivités, de gratitude et de générosité, où les croyants partagent leur nourriture avec ceux dans le besoin et renforcent les liens sociaux.
La Prière Tarawih - Après l’iftar, de nombreux musulmans se rendent à la mosquée pour participer à une prière spéciale appelée ’Tarawih’. Cette prière nocturne est une tradition du Ramadan et consiste en une série de prières supplémentaires effectuées en groupe. La Tarawih est une occasion de renforcer la spiritualité, de se réunir en communauté et de rechercher les bénédictions de Dieu.
L’importance du calendrier du ramadan se ressent dans les rituels quotidiens du mois. Les heures de jeûne commencent à l’aube, au moment précis de la prière du fajr, et se terminent au coucher du soleil, lors de l’iftar. Chaque journée est ponctuée pour les croyants de moments de spiritualité, mais aussi de préparation et d’organisation. Pour de nombreuses familles, anticiper les horaires des prières et du jeûne est une routine essentielle, parfois facilitée par des applications ou des calendriers imprimés indiquant les heures exactes selon la localisation géographique.
Suivre les interdits du ramadan et faire le jeûne en 2026 est tout de même très différent d’il y a 20 ou 30 ans. L’essor des technologies de l’information et des réseaux sociaux a transformé la manière dont le ramadan est vécu. Des applications mobiles permettent de suivre les horaires de prière, de recevoir des notifications pour l’iftar et le suhur, et même de suivre des conférences religieuses en ligne. Les réseaux sociaux sont devenus des plateformes où les musulmans partagent leurs expériences, leurs recettes et leurs réflexions spirituelles. Des initiatives comme les ’ramadan challenges’ ou les ’Iftar Tour’ deviennent populaires, permettant aux jeunes de vivre leur foi de manière moderne et connectée.
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Livre - Ramadan et politique - Présentation - CNRS Éditions – François Georgeon Texte intégral - Document ‘‘books.openedition.org’’ CNRS Éditions-
Au moment où s’achevaient les festivités du 1er janvier de l’an 2000, les musulmans s’apprêtaient à célébrer l’une des plus grandes fêtes de l’islam, l’‘îd al-fîtr, la fête de rupture du jeûne clôturant le mois de ramadan de l’année de l’hégire 1420. En cette période qui marquait, en même temps que l’avènement d’un nouveau millénaire, le triomphe du calendrier grégorien et du temps « occidental », cette quasi-coïncidence venait à point nommé pour nous rappeler qu’il existe d’autres façons de calculer les années et les siècles, d’autres manières de vivre l’écoulement du temps. Précisément, s’il existe un moment qui paraît irréductible au système du temps « universel », c’est bien le ramadan.
Ramadan est le nom d’un mois du calendrier musulman, le neuvième, situé entre le mois de chacbân et le mois de chawwâl. Le nom vient d’une racine r-m-ḍ qui veut dire « être brûlant », et qui évoque la chaleur de l’été. Cela peut nous paraître surprenant, alors que le ramadan tombe actuellement en hiver (du moins dans l’hémisphère nord) ; mais, à l’origine, le ramadan était un mois d’été, et ce n’est qu’après la suppression d’une période intercalaire permettant aux mois lunaires d’être fixes par rapport au soleil, qu’il a commencé à se déplacer dans le temps. L’année lunaire étant plus courte de onze jours, comme tous les mois du calendrier musulman, le ramadan « remonte les saisons ». En 1999, il a débuté, pour les musulmans de France, le 9 décembre. En l’an 2000, il commencera probablement le 27 novembre. Quant aux célébrations de la « rupture du jeûne », elles devraient coïncider avec la fête de Noël.
Mais le fait que le ramadan soit un mois de l’année musulmane ne suffit pourtant pas à justifier notre enquête. Imagine-t-on une étude sur « janvier et politique » ? Avouons que cela n’aurait guère de sens. Si une telle entreprise a sa raison d’être, c’est que le ramadan n’est pas un mois comme les autres.
Dans le calendrier musulman, il occupe une place bien particulière ; il est en effet « le mois au cours duquel le Coran a été envoyé sur terre » (Coran, II, 185). Seul mois mentionné dans le livre saint de l’islam, témoin des premières révélations divines, il contient la nuit même au cours de laquelle a été révélé le Coran : laylat al-qadr en arabe, la Nuit du Pouvoir, ou du Destin, qui tombe entre le 26e et le 27e jour de ramadan. « Nous avons fait descendre le Coran dans la nuit d’al-Qadr... La nuit d’al-Qadr vaut plus que mille mois... La paix accompagne cette nuit jusqu’au lever de l’aurore » (Coran, XCVII, 1).
Le ramadan n’est pas seulement le mois de la révélation ; il est également le mois au cours duquel de nombreux événements importants de l’histoire de l’islam ont eu lieu, et qui sont commémorés, à des degrés divers, dans les pays musulmans : la naissance de Hussein, petit-fils de Mahomet, la mort d’Ali, gendre du Prophète, la mort de Khadidja, sa première femme, la bataille de Badr, au cours de laquelle les musulmans remportèrent leur première victoire sur les Mecquois, et enfin la prise de La Mecque. Tous ces événements sont soigneusement rappelés aux croyants sur les calendriers établis pour l’occasion, sur lesquels sont notées également les heures des prières et de l’iftâr (rupture du jeûne). Du fait de cette place particulière dans le calendrier islamique, le ramadan est le mois saint par excellence.
Mois de la révélation, le ramadan a été choisi dès l’époque du Prophète comme période de jeûne, sans doute pour se démarquer de l’usage établi des juifs et des chrétiens. La pratique en a été réglementée par les prescriptions du Coran (II/179-183)1 qui ont été complétées ensuite par la tradition. Constituant avec la profession de foi, la prière, l’aumône légale et le pèlerinage, l’un des cinq « piliers » de l’islam, le jeûne est obligatoire pour tout individu adulte valide ; il doit être pratiqué du lever jusqu’au coucher du soleil, durée pendant laquelle il est interdit de manger, de boire, de fumer, d’avoir des relations sexuelles. Les seules dispenses reconnues par le droit islamique concernent les voyageurs, les soldats, les femmes enceintes, les malades. Une fois la nuit venue, tout redevient permis et possible, jusqu’à ce que, au moment du lever du soleil, on arrive à distinguer à nouveau « un fil blanc d’un fil noir » (Coran, II/183).
L’élément central de la religiosité du ramadan, c’est évidemment le jeûne. Bien qu’on le compare souvent au carême des chrétiens, l’esprit en est sensiblement différent : si le carême est essentiellement un temps de pénitence dans l’attente de Pâques, le jeûne musulman met davantage l’accent sur le contrôle de soi, la maîtrise du corps, le domptage des instincts, la soumission des passions. Le but, comme l’expliquait Ghazzali (1059-1111), c’est de s’approcher de Dieu. Le jeûne est donc bien ce qu’il appelait « la porte du service de Dieu ».
Mois du jeûne, le ramadan est aussi le temps fort de la dévotion musulmane. Le Coran marque nettement dans les prescriptions concernant le jeûne que la piété ne s’arrête pas avec l’abstinence : « Pendant ce temps [la journée d’un mois de ramadan], n’ayez aucun commerce avec vos femmes, passez-le plutôt en actes de dévotions dans les mosquées » (Coran, II/183). Les prières, la lecture du texte sacré, la fréquentation des mosquées, les sermons et les prônes, tout cela témoigne d’une ferveur religieuse plus intense. En dehors des mosquées, les fidèles fréquentent aussi volontiers d’autres lieux saints, comme les couvents des confréries, les tombes, les cimetières, etc. Le ramadan est bien « la plus grande manifestation collective de la foi en terre d’Islam2. »
Mais le ramadan ne se signale pas seulement comme une période de vie religieuse intense, mais aussi comme un temps particulièrement riche de la vie sociale. Quand le coup de canon ou le drapeau annonce la fin du jeûne, et que commence le repas d’iflâr, la vie ralentie du jour fait place à une vie nocturne soudain plus dense, faite d’échanges de visites et de cadeaux, de distractions et de spectacles, d’activités et de festivités nocturnes. Quand s’achève le mois, le fidèle doit s’acquitter de « l’aumône de rupture du jeûne » (zakât al-fîtr) -car le mois de ramadan est le mois de la charité. Et le premier jour de la lune de chawwâl, débute la fête de rupture du jeûne, que l’on appelle souvent la « petite fête » pour la distinguer de la « grande fête » du sacrifice (‘îd al-kabîr)3.
Ce rappel très rapide de ce qui fait la spécificité du ramadan dans l’islam laisse pourtant entière la question : pourquoi parler de « ramadan et politique » ?
Si on laisse de côté la littérature apologétique, évidemment fort abondante dans toutes les langues de l’islam, qui a pour fonction d’expliquer au croyant les prescriptions du jeûne et de vanter les mérites de l’abstinence, on peut aborder l’étude scientifique du ramadan de bien des manières. On peut, par exemple, s’intéresser à l’histoire du jeûne à l’époque du Prophète, ou bien aux différentes approches des écoles juridiques de l’islam concernant les prescriptions de l’abstinence ; enquêter sur la pratique religieuse pendant le mois saint, pour essayer de déterminer s’il y a « déclin » ou « renouveau » ; ou encore étudier les aspects festifs du ramadan, l’alimentation et la cuisine, la mise en scène des corps et le sexe, la musique et les spectacles.
« Fait social total », pour reprendre la formule célèbre de Marcel Mauss, le ramadan comporte aussi une dimension politique. Et cette dimension se trouve aujourd’hui renforcée par un certain nombre de facteurs. D’abord, l’évolution démographique ; l’urbanisation rapide dans les pays musulmans aboutit à donner plus de densité dans la ville à une pratique collective comme le ramadan. Le développement des médias, et notamment de la télévision, y contribue aussi, en permettant une plus large diffusion des « discours » de ramadan.
Avec la montée de l’islamisme, la sacralité du mois du jeûne est devenue l’objet d’une véritable surenchère : pour ne pas l’abandonner aux islamistes, certains régimes ont eu tendance à encourager les pratiques du ramadan, à « mettre en scène l’islamité ». Dans l’émigration musulmane en Europe occidentale, dans les « banlieues de l’islam », les pratiques du ramadan sont, pour les croyants, un moyen comme un autre d’afficher leur identité, de faire valoir leur différence. Ailleurs, l’effondrement des régimes communistes a abouti à un regain des pratiques religieuses, et cela concerne aussi l’islam (musulmans d’Asie centrale, de Russie, du Caucase, des Balkans) ; cet effondrement a provoqué, après de longues années de clandestinité et de vie souterraine, ce que Xavier Bougarel appelle, à propos de la Yougoslavie, « un surgissement au grand jour du religieux ». Tous ces facteurs font que, plus que jamais aujourd’hui, le ramadan est le temps des prises de conscience, des discours, des revendications, des mobilisations, des manifestations identitaires, en même temps qu’il est aussi l’occasion de querelles et de rivalités.
Insistons ici sur un point plus général : le ramadan pose d’une manière particulièrement aiguë un problème non résolu dans l’histoire de l’islam, celui de l’autorité légitime. Prenons la question de la détermination du début du mois. Traditionnellement, c’est l’observation directe de la nouvelle lune qui permet de décider du commencement du temps du jeûne, mais ce système n’est pas sans provoquer des différences d’un ou deux jours selon les lieux, et d’ouvrir la voie à de multiples contestations, qui peuvent prendre une tournure politique. Ainsi, au Maroc, comme le souligne Mounia Bennani-Chraïbi, la question reste débattue : faut-il jeûner avec La Mecque, ou bien jeûner avec la nation islamique dans son ensemble (la ‘umma), ou bien jeûner avec la nation marocaine en suivant les indications données par le pouvoir ? Si dans l’ensemble les Marocains optent pour un choix « national », le Nord du pays persiste dans une attitude contestataire. Le problème se pose en termes à peu près identiques au Kenya : Jean-Claude Penrad montre que les musulmans de la côte de l’océan Indien y voient l’occasion de remettre en cause l’autorité du chief qadhi, et les Somalis du nord-est de marquer leur indépendance vis-à-vis du pouvoir central.
Cette question de la légitimité concerne également les enjeux financiers et économiques du ramadan : qui a autorité pour fixer, prélever et affecter « l’aumône de rupture du jeûne » (zakât al-fîtr) que doit acquitter chaque fidèle ? De même, qui est habilité à faire respecter les prescriptions du jeûne ? D’une manière générale, la période du ramadan fonctionne comme un test pour le pouvoir en place : il lui faut en effet prévoir l’approvisionnement des magasins, veiller à assurer un strict contrôle des prix, faire régner l’ordre et la tranquillité publiques dans les villes. Sur toutes ces questions il y va de sa crédibilité. Les violences dont l’Algérie a été le théâtre, notamment au cours des ramadans de la dernière décennie – on a parlé de « ramadans sanglants » –n’avaient-elles pas pour but de saper encore davantage la légitimité du pouvoir institué ?
Avant d’analyser l’actualité du ramadan, le présent ouvrage commence par interroger l’histoire.
Le premier chapitre montre, exemple de l’Empire ottoman et de la Turquie républicaine à l’appui, que les « usages politiques » du ramadan ne datent pas d’aujourd’hui. Dans l’Istanbul du xixe siècle, où le ramadan a pris une dimension publique inconnue jusqu’alors, les sultans se sont efforcés de contrôler les activités du mois du jeûne, tout en cherchant à tirer parti de la religiosité et de la ferveur populaires pour renforcer leur légitimité. Il est caractéristique que, des sultans réformateurs de l’époque des Tanzimat, jusqu’à Mustafa Kemal, un siècle plus tard, à l’époque de la république turque, le pouvoir a essayé d’imposer un certain nombre de réformes de modernisation durant le ramadan.
A l’époque ottomane, l’un des principaux rituels politiques du mois de ramadan était les « leçons de la présence impériale » au cours desquelles les grands oulémas du pays commentaient des versets du Coran devant le sultan. Les « leçons hassaniennes » décrites par Mounia Bennani-Chraïbi à propos du Maroc de Hassan II leur ressemblent curieusement, publicité en plus. Car il s’agit d’un grand « show » destiné à illustrer la situation de dépendance du religieux par rapport au politique. Le ramadan offre au pouvoir chérifien l’occasion de porter l’accent sur la sacralité du mois du jeûne, de « mettre en scène l’islamité du pays », tout en veillant soigneusement à ce que la population puisse vivre pleinement l’aspect festif, l’« inversion » du ramadan. En même temps, le terrain de l’action sociale est occupé par de multiples acteurs (islamistes, associations caritatives, ONG) et l’on voit se côtoyer la bienfaisance islamique et l’humanitaire.
Au Maroc, les médias se « ramadanisent » durant le mois du jeûne. On peut observer le même phénomène dans la Syrie d’aujourd’hui, comme l’explique Andreas Christmann. Soucieux de renforcer sa légitimité, le Ba’th s’efforce depuis plusieurs années de réutiliser des symboles islamiques, notamment en période de ramadan. Étroitement contrôlée, la télévision syrienne propose au cours de ce mois des émissions religieuses et des séries destinées à renforcer le sentiment national. Il en ressort une vision très orthodoxe, « figée » de l’islam, qui risque de gommer la diversité culturelle de la Syrie, une « piété réinventée » pour les besoins de la cause nationale, bien éloignée des formes variées de la religiosité populaire.
Ces deux chapitres ont mis en scène des pouvoirs forts, cherchant à imposer « leur » version du ramadan face à des sociétés multiples et diverses. Les deux études qui suivent vont plus loin dans l’exploration de ce thème, et insistent sur les rapports entre sphère privée et sphère publique. En Bosnie, Xavier Bougarel montre d’abord le processus de réislamisation par en haut de la société musulmane après l’effondrement de la Yougoslavie ; la période du ramadan y occupe une place importante : lectures publiques du Coran, prières collectives, iftâr en commun, émissions religieuses à la télévision, caractère férié de l’‘îd. Commencé avant 1992 sous l’impulsion des instances officielles de l’islam bosniaque, le processus s’est amplifié durant la guerre, mais cette réislamisation autoritaire a pour conséquence de faire apparaître de multiples clivages dans l’islam bosniaque et elle se heurte à de fortes réticences au sein d’une société profondément sécularisée dès que l’on s’avise de toucher à la sphère privée. Elle aboutit aussi à des phénomènes paradoxaux, comme ces iftâr qui ont des allures de réunions du parti...
Le ramadan dans la République islamique d’Iran : au vu des clichés qui ont cours sur le régime iranien, on imaginerait le triomphe sans partage de la loi islamique durant le mois saint de l’islam. En fait, comme le montre Fariba Adelkhah, les choses sont plus nuancées et plus complexes. Certes, le régime de Téhéran mène une véritable politique publique à l’occasion du ramadan, qui concerne aussi bien l’aménagement d’horaires que le maintien de l’ordre, le respect des interdits dans l’espace public ou l’organisation de compétitions sportives ; certes, le clergé est lui-même très présent, et les institutions cléricales sont mobilisées. Mais il n’empêche : de larges pans échappent au contrôle du pouvoir, des pratiques privées se développent, des innovations dans la religiosité apparaissent – comme ces chorales féminines pour réciter le Coran. Cette réappropriation du ramadan pourrait bien en faire « un moment privilégié d’exercice public de la raison ».
Les deux chapitres suivants évoquent des communautés musulmanes en situation de minorité.
Dans des contextes très différents, le ramadan révèle le mode de gestion mis en œuvre par le pouvoir central pour s’assurer de la loyauté des compatriotes musulmans. C’est le cas en Afrique de l’Est, tout au moins dans les pays où les musulmans se trouvent en situation minoritaire (Kenya, Tanzanie continentale). Étudiant l’ensemble de la région, y compris les pays et les régions à majorité musulmane (les Comores, Zanzibar), Jean-Claude Penrad insiste surtout sur le cas des musulmans du Kenya ; la venue du ramadan est l’occasion de confirmer leur intégration dans l’ensemble national : le jour de l’‘îd, la fête qui clôt le ramadan, est d’ailleurs férié pour tous, y compris les non musulmans. Là aussi, les querelles sont multiples à l’intérieur de la communauté. Mais en même temps, le ramadan permet aux musulmans de faire entendre plus ouvertement que durant le reste de l’année leurs revendications auprès du pouvoir central, revendications qui portent notamment sur l’inégalité du développement scolaire.
Pour les musulmans chinois sinophones, les Hui, dispersés dans toute l’étendue de la Chine, le ramadan apparaît, ainsi que le montre l’étude de Leïla Cherif-Chebbi, comme un moment de repli communautaire et comme une période d’intense ferveur religieuse – les Hui respectent scrupuleusement la prescription du jeûne. Dans le même temps se révèlent au grand jour les différentes tendances de cet islam chinois qui se livrent de véritables « querelles de minarets » à propos de la détermination du début du mois, et de l’heure de l’a rupture du jeûne. Cependant, au-delà de ces dissensions internes, le ramadan est aussi l’occasion de démonstrations de force de l’islam chinois ; en particulier le ramadan du printemps 1989 – à l’époque des massacres de Tian Anmen – a donné lieu à une mobilisation sans précédent de la communauté musulmane pour répondre à une publication insultante en chinois contre l’islam.
Reste le cas de l’Algérie, ou comment le ramadan, temps de la concorde et de la fraternité, peut devenir celui de la violence et des massacres. Selon Akram B. Ellyas, il est possible de faire une lecture de l’évolution de l’Algérie contemporaine à travers l’étude des mois du jeûne. Ramadans de l’époque coloniale, d’abord, qui étaient des occasions de ressourcement identitaire pour les musulmans, et éventuellement de tensions ; puis ramadans de l’Indépendance, familiaux, festifs, aux activités religieuses et culturelles orchestrées par le pouvoir ; et enfin, depuis une dizaine d’années, ramadans de crise, marqués par la violence des groupes islamistes armés et aussi par les difficultés économiques au quotidien. En Algérie, comme partout ailleurs dans le monde musulman, le mois du jeûne provoque un ralentissement du travail et une baisse de la productivité, posant du même coup le problème de ce temps spécifique à une époque de compétitivité accrue et de mondialisation4.
Au terme de ce tour d’horizon, au-delà de la diversité des situations abordées dans les différents chapitres, il est possible de mettre en relief quelques traits généraux. Tout d’abord, on peut dire que le ramadan « se porte bien ». A ceux qui prédisaient un affaiblissement des rites et de la pratique religieuse, il apporte un sérieux démenti. Mieux, même, il gagne du terrain. Là où il était réprimé, comme en Bosnie à l’époque de la Yougoslavie, ou, à un degré moindre en Syrie, le voilà qui revient au grand jour. En même temps, il évolue, il change, il s’adapte, on pourrait dire qu’il « s’embourgeoise ».
Le temps du ramadan apparaît aussi, au fil des différentes analyses, comme une période contrastée : ascèse et esprit festif, abstinence et consommation débridée, dévotion et vie nocturne animée, esprit de concorde et violences, ordre et désordres, règles et transgression, contraintes et liberté, interdits et permissivité coexistent et cohabitent plus ou moins durant le mois du jeûne. Mois des paradoxes, le ramadan réserve aussi des surprises : au passage, le lecteur pourra noter qu’en Algérie, les accidents de la route augmentent, qu’au Maroc, les restaurants McDonald’s proposent des repas d’iftâr, et qu’en Bosnie, le sermon d’un imam à la télévision peut être interrompu par une publicité sur les boissons alcoolisées...
Enfin, dernier aspect lié au précédent – et les auteurs du présent recueil y insistent à plusieurs reprises –, le ramadan agit comme un révélateur de l’état social, ou, pour reprendre l’expression de Jean-Claude Penrad, il en dévoile la « face cachée » en mettant au jour les tensions, les clivages, les diversités, les inégalités, mais aussi les champs de force et les dynamiques. De ce point de vue, il constitue à coup sûr un moment privilégié d’observation des sociétés du monde musulman5.
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1 Coran, II/179-183, trad. Kasimirski, nouvelle édition, Paris, 1970, p. 57-58.
2 J. Jomier et J. Corbon, « Le ramadan au Caire en 1956 », Mélanges de l’Institut dominicain d’études orientales, t. III, 1956.
3 Leïla Cherif-Chebbi note ici même que les musulmans chinois l’appellent la « grande fête ».
4 Voir à ce sujet Paul Balta, « Le coût économique du ramadan », dans État des religions dans le monde, Paris, La Découverte/Le Cerf, 1987, p. 605-607.
5 Le présent ouvrage est issu d’une table ronde tenue à Paris en janvier 1998. Nous remercions Jean-François Bayart, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (FNSP) et Gilles Veinstein, directeur de l’équipe de recherche « Études turques et ottomanes » (CNRS - EHESS) qui ont permis l’organisation de cette réunion. Tous nos remerciements s’adressent également aux « discutants », Omar Carlier, Nathalie Clayer et Marc Gaborieau.
Auteur : François Georgeon
François Georgeon : directeur de recherche au CNRS, Paris (ESA 8032, Études turques et ottomanes), il est historien de l’Empire ottoman et de la Turquie moderne. Il a publié récemment en collaboration Vivre dans l’Empire ottoman, sociabilités et relations intercommunautaires (xviie-xxe siècles), Paris, Éditions L’Harmattan, 1997, et Cafés d’Orient revisités, Paris, CNRS Éditions, 1997.
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1 Coran, II/179-183, trad. Kasimirski, nouvelle édition, Paris, 1970, p. 57-58.
2 J. Jomier et J. Corbon, « Le ramadan au Caire en 1956 », Mélanges de l’Institut dominicain d’études orientales, t. III, 1956.
3 Leïla Cherif-Chebbi note ici même que les musulmans chinois l’appellent la « grande fête ».
4 Voir à ce sujet Paul Balta, « Le coût économique du ramadan », dans État des religions dans le monde, Paris, La Découverte/Le Cerf, 1987, p. 605-607.
5 Le présent ouvrage est issu d’une table ronde tenue à Paris en janvier 1998. Nous remercions Jean-François Bayart, directeur du Centre d’études et de recherches internationales (FNSP) et Gilles Veinstein, directeur de l’équipe de recherche « Études turques et ottomanes » (CNRS - EHESS) qui ont permis l’organisation de cette réunion. Tous nos remerciements s’adressent également aux « discutants », Omar Carlier, Nathalie Clayer et Marc Gaborieau.
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Ramadan, approche sociologique - Dimanche 23 mars 2025 – Enregistrement radiofrance.fr/franceculture de 53 minutes - Provenant du podcast Questions d’islam
Questions d’islam
Brothers praying at home during Ramadan in France. ©Getty - Philippe Lissac/Godong/Universal Images Group via Getty Images
Brothers praying at home during Ramadan in France. Des frères prient chez eux pendant le Ramadan en France - ©Getty - Philippe Lissac/Godong/Universal Images Group via Getty Images
Pourquoi et comment la pratique du ramadan évolue-t-elle parmi les jeunes musulmans de France ? La tradition s’alimenterait-elle d’approches plus personnelles ?{{}}
Avec Tarik Yildiz, sociologue
L’observance du jeûne du mois de ramadan paraît très bien suivie par les musulmans de France. Sans aborder les considérations spirituelles inhérentes au jeûne, connues de tous, c’est l’émergence d’un « phénomène » socioreligieux à rebours des mouvements de sécularisation qui intéresse les chercheurs.
Le sociologue Tarik Yldiz viendra présenter les résultats de l’enquête qu’il a menée auprès des jeunes musulmans. Il expliquera les raisons de leur adhésion à cette pratique et l’engouement qui la caractérise.
A lire :
Qui sont ils ? Enquête sur les jeunes musulmans de France de Tarik Yildiz (L’Artilleur, 2016) ;
De la fatigue d’être soi au prêt-à-croire : lutter contre la délinquance pour combattre le radicalisme islamiste (Puits de Roulle, 2020) et
Le racisme anti-blanc - ne pas en parler : un déni de réalité (Puits de Roulle, 2020).
À écouter
À l’école du Ramadan Questions d’islam 55 min
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https://www.radiofrance.fr/s3/cruiser-production-eu3/2024/03/7e35ac07-7e10-49ca-bfce-bd40c4b6aae2/120x120_sc_ramadan.jpgRamadan : quelles sont les pratiques des jeunes musulmans ?La Question du jour 8 min
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Ramadan : comment expliquer l’essor de la pratique ?La Question du jour 8 min
Sciences et Savoirs Société Religions – Spiritualité Islam
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Ghaleb Bencheikh
Ghaleb Bencheikh Islamologue, président de la Fondation de l’islam de France et producteur de l’émission ’Questions d’islam’, le dimanche de 7h05 à 8h00 sur France Culture - François Caunac réalisation - Thierry Beauchamp Collaboration
Portrait d’Abu al Husain Ibn Abdallah Ibn Sina Avicenna dit Avicenne (980-1037), XIVe siècle. Bibliothèque Nationale de Florence, Italie
Philosopher en islam 16 mars 2025 • 53 min
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Ibn Khaldûn, itinéraire d’un penseur 2 mars 2025 • 53 min
La Fraternité musulmane 23 fév. 2025 • 53 min
Les figures du prophète Muhammad 16 fév. 2025 • 53 min
Questions d’islam - Radio France, aller à la page d’accueilNous contacter Comment écouter Radio France
Ouvrage - Les secrets du jeûne - Par Ibn Arabi - Traduit de l’arabe par Abdallah Penot – 2023 - Éditions i - 64 pages - Date de mise en ligne : 23/01/2020 – Document ‘shs.cairn.info’
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Le jeûne du mois de Ramadân est le pilier de l’islam le plus suivi par les musulmans, y compris par ceux qui négligent parfois la pratique de certains autres. Durant son temps, ils ne mangent ni ne boivent ni ne se livrent à tout activité sexuelle et essaient de se consacrer à Dieu.
Ibn ‘Arabî en présente ici la signification intérieure : le Prophète a exclu toute comparaison avec les autres servitudes de ce pilier, dont Dieu proclame même qu’il est Sien. Entièrement basé sur le Coran et les paroles du Prophète, d’une extrême richesse et d’une grande clarté, ce texte éclairera aussi bien le savant que le simple croyant et accompagnera chacun sa vie durant. Il montre à tous que chaque pratique a un fondement intérieur souvent bien différent de ce qui en est présenté.
Le présent recueil reprend la traduction du chapitre contenu dans Les Cinq piliers de l’islam augmentée d’un autres chapitre extrait lui aussi du chef-d’œuvre d’Ibn ‘Arabî, Les Révélations de La Mecque, véritable « Bible de l’ésotérisme en Islam » et somme d’enseignements sans équivalent aussi bien dans le soufisme que dans l’histoire de l’humanité.
Sommaire > Lire le sommaire à la source - Date de parution : 23/02/2023 - Date de mise en ligne : 12/02/2025 - ISBN 9782376500957
Un extrait : « Sache – que Dieu te soutienne – que le jeûne (çawm) est à la fois synonyme d’abstention (imsâk) et d’élévation (rif‘a) ; on dit çâm al-nahâr pour signifier que le jour (al-nahâr) s’est levé. Ibn al-Qays affirmait : Idhâ çâm al-nahâr wa hajjarâ, c’est-à-dire : « lorsque le jour s’est levé ».
C’est donc parce que le jeûne surpasse toutes les autres formes de servitude qu’il a reçu ce nom de çawm. Et Dieu Lui-même l’a élevé en niant qu’il puisse être comparé aux autres services divins comme nous le rappellerons ultérieurement. Il a même « dépouillé » Ses serviteurs de cette servitude alors qu’ils L’adoraient en s’y adonnant, pour Se l’attribuer à Lui Seul. Et à titre de rémunération (min ithâbatihi), Il a placé la récompense de celui qui avait adopté cette qualité de jeûneur dans sa main et Il S’est annexé [le jeûne] en niant qu’il soit comparable [à une autre servitude]. Car, en réalité, le jeûne est une non-action et il n’est pas une « œuvre ». Nier qu’il soit comparable [à un autre rite] revient à lui donner un caractère privatif (ou négatif, salbî) qui renforce la relation qui l’unit à Dieu, Lequel affirme à propos de Lui-même : Il n’est rien qui Lui soit comparable !, excluant par la même tout « semblable ». Il est donc – exalté soit-Il – incomparable d’après les preuves rationnelles ou scripturaires dont nous disposons. Al-Nassâ’î rapporte qu’Abû Umâma alla trouver l’Envoyé de Dieu – sur lui la grâce et la paix – et lui dit : « Donne-moi un ordre que je recevrai de toi seul … » - Date de mise en ligne : 12/02/2025
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Source : https://shs.cairn.info/les-secrets-du-jeune—9782376500957?lang=fr
Article de revue - Des collégiens face à l’épreuve du Ramadan : comment concilier le jeûne et l’enseignement ? - Par Hédi Saïdi - Le Sociographe 2019/5 N° Hors série 12 - Pages 220 à 245 – Document ‘shs.cairn.info’ - PDF
Épreuve et mises à l’épreuve dans l’enseignement !
1.Épreuve dans les pratiques éducatives
2.Épreuve et mises à l’épreuve au collège
3.L’épreuve du conflit (élève/professeur)
1.Indécence
2.Exclu définitivement
4.Épreuve dans le cadre éducatif
5.Brevet et Ramadan, la difficile conciliation
6.Quand l’imam dicte la conduite de nos élèves !
7.Épreuve et mise à l’épreuve de la pédagogie
8.Conclusion
Par une approche multi-référentielle et une approche pédagogique, cet article met en lumière l’épreuve du jeûne des élèves du collège Anne Frank de Roubaix dans le contexte religieux du Ramadan, mois très éprouvant pour de nombreux élèves. Il interroge également l’exercice du métier d’enseignant face à ces élèves dans une zone d’éducation prioritaire (ZEP). Certaines difficultés touchent particulièrement les élèves de confession musulmane sans que l’on puisse déterminer si elles proviennent d’une représentation erronée de l’Islam, d’un manque de compréhension et de lecture des textes religieux ou d’un retour du religieux chez cette nouvelle génération. Il évoque des relations tendues qui peuvent générer dans la communauté éducative des incompréhensions, des élèves mettant en danger leur santé pour faire le jeûne. Il parle des doutes, de la peur et parfois du désespoir de certains collègues face à des situations conflictuelles qui leur échappent : des situations où le principe de laïcité est mis à rude épreuve par certaines familles et certains responsables religieux. Aussi l’intention est-elle d’articuler plusieurs niveaux de réflexion permettant une étude critique fondée sur des analyses d’expériences, de pratiques et de représentations.
Le matériau utilisé repose sur une épreuve vécue, une expérience de quinze ans d’enseignement par choix dans cet établissement. La trame principale de cet article est de montrer que les élèves, en particulier durant ce mois du Ramadan, changent. Les professeurs tentent de s’adapter ; l’enseignement subit des mutations et des adaptations. Il s’agit, dans ce contexte particulier, non plus d’endosser des rôles prédéfinis selon une division des tâches acceptées et instituées mais de les agencer, les négocier en situation dans un climat peu favorable à l’apprentissage au travers de relations intersubjectives et continues entre élèves, administration, quartiers, parents et enseignants. En dépit de la montée du scientisme, de l’agnosticisme, de l’athéisme et/ou des politiques séculaires laïques depuis le XIXe siècle, on assiste depuis une trentaine d’années à un retour en force du religieux tant sur la scène géopolitique mondiale que dans la sphère privée. L’accroissement de nombre de fidèles des grandes religions (en particulier l’Islam), l’instrumentalisation du fait religieux par des groupes politiques (terrorisme) participent à cette résurgence affichée du fait religieux, dans des villes à forte communauté étrangère comme Roubaix [1].
Danilo Martuccelli prend l’épreuve comme un opérateur analytique pour rendre compte à la fois de la société et de l’individu. Pour lui, c’est autour de l’individu qu’il faut repenser la société et la sociologie. L’état de la société, ajoute-t-il, est un système standardisé d’épreuves que subissent tous les individus vivant dans cette société (école, ville famille, travail). Les épreuves sont définies comme des « défis historiques » socialement produits et inégalement redistribués + que les individus sont contraints d’affronter avec les moyens qui sont les leurs. La société produit et impose des épreuves à l’individu qui, à travers la manière dont il les saisit, les vit, les transforme et se transforme, participe à la construction d’une histoire commune comme celle que je vais vous présenter (Lafont, 2015).
Pour Danilo Martuccelli, toute épreuve apparait comme un examen (souvent non formalisé), un test ; la mienne était très significative : mettre en valeur ses connaissances universitaires, savoir occuper une fonction nouvelle pour des citoyens issus de l’immigration, montrer que l’ascenseur social n’est pas en panne comme on veut le faire croire. Bien entendu, le constat de cette expérience entre l’objectif et le subjectif est susceptible de multiples interprétations mais c’est autour des réponses qu’il exige, et non pas de leur négation, que doit se structurer l’espace de la réflexion sur l’école, l’intégration, les quartiers « difficiles » [2]. Mais il faut reconnaitre que c’est à proprement parler dans la matrice de la condition actuelle (islamisation d’une partie de la jeunesse, Djihad, port du Niqab) que cette inquiétude a surtout fait l’objet d’une réflexion spécifique. D’ailleurs, son statut récent et ambigu dans l’histoire de la sociologie révèle bien une tension entre sa vocation à être une perspective d’interprétation générale de l’adaptation et sa réduction analytique fréquente au dégagement de quelques cas exemplaires (et en tout premier lieu la figure de l’étranger chère à Simmel). En fait, l’épreuve se présente comme une réflexion sur le mode d’être historique de la famille immigrée, au travers d’une série d’études visant autant à rendre compte de la permanence de cette inquiétude que des formes qu’elle prend (Mbiatong, 2015).
L’épreuve que je vais tenter de décrire dans cet article a plusieurs éléments distinctifs. D’abord, elle est inséparable d’un récit particulier, celui de la mise à l’épreuve. N’ayant reçu aucune formation, je me suis trouvé devant des classes difficiles, et me suis donc formé sur le tas à travers des épreuves parfois très dures à supporter. Cet espace important et inédit m’a permis de le transmettre aux jeunes recrutés (enseignants stagiaires) que j’ai « formés ». Le propre de cette épreuve est de défier leur résistance physique et de questionner leurs capacités cultuelles ; elle engage aussi une conception particulière de l’enseignant et de son recrutement ainsi que des pratiques pédagogiques. L’histoire de cette épreuve est parcourue par un double mouvement : d’un côté, des déplacements en accordéon, qui généralisent ou réduisent le propre de cette expérience à certains cours ou l’étendent à tous, et de l’autre côté, la prise en considération chaque fois plus approfondie de la séparation entre les dimensions subjectives et objectives — au travers de l’imitation (Simmel) de la vie urbaine (l’école de Chicago) et de la distanciation espace-temps (Giddens). En tout cas, c’est dans cette matrice que la sociologie parvient le mieux à formuler son ambivalence vis-à-vis de l’intégration, où se mélangent, continuellement, l’enthousiasme, le sentiment du devoir accompli défendant les valeurs de la République [3].
Il s’avère très rapidement que ce jeûne est une lourde épreuve, difficile à supporter, un test, un affrontement sournois parfois que les enseignants sont contraints d’affronter. Bien qu’il soit possible d’identifier une grande diversité de mécanismes institutionnels et de registres analytiques potentiels, l’étude doit, afin de rester opérationnelle, se restreindre à l’examen d’un nombre limité d’épreuves, jugées particulièrement significatives au vu d’une réalité historique et sociale concrète de ces collégiens. C’est bien ce que je me suis efforcé de faire en étudiant, dans cet article le Ramadan et les pratiques pédagogiques, le mode d’individualisation à l’œuvre dans la société française actuelle au travers des grandes épreuves que j’ai traversées en cours.
Il est également nécessaire — et c’est une dernière exigence — de caractériser chacune de ces épreuves selon une tension schématique entre deux principes. Grâce à cette économie analytique particulière, chaque épreuve reflète et organise la dissociation entre le jeune citoyen et la société, c’est-à-dire, et comme nous venons de l’évoquer, l’élément fondamental le plus durable de l’expérience sociale de l’apprentissage. En choisissant cette forme analytique, il s’agit de parvenir à ce que cette distance matricielle irrigue constamment, c’est-à-dire structurellement, et en dehors de tout sentiment de crise, l’analyse sociologique. Les principes de tension propres à chaque épreuve varient en fonction des contextes et des périodes ; pour l’épreuve scolaire, aujourd’hui en France, par exemple, elle passe par une tension entre la sélection scolaire — étant donné le poids croissant de l’école dans les trajectoires sociales depuis trente ans — et la confiance institutionnelle en soi, étant donné l’empreinte subjective que l’école dépose en nous . Abandonner l’idée de société au profit de l’étude du processus d’individualisation invite donc à renverser l’ordre de la pensée : le centre de gravité de l’analyse n’est plus censé se reconstruire à partir d’une totalité sociétale, mais en référence à l’unité donnée par un ensemble commun d’épreuves propres à une période [4].
Enfin, l’épreuve relatée dans cet article désigne un grand enjeu sociétal auquel sont soumis, de manière parfois contraignante, les enseignants et qui, comme vous allez le constater est variable, en fonction des classes, des attitudes des chefs d’établissement, des disciplines et des périodes.
Nous voici installés pendant la période du mois de Ramadan dans un collège ZEP de Roubaix. À travers une série d’épreuves, l’école se forge selon des modalités inédites et selon un éventail renouvelé, interrogé de contraintes et de possibles. Ces épreuves sont affrontées individuellement pour l’essentiel, mais le parcours de vie de l’école à la famille immigrée, du travail à la cité, de l’histoire/mémoire à l’intimité n’en est pas moins important. Il est fondamentalement collectif.
Épreuve et mises à l’épreuve dans l’enseignement !{{}}
Ils sont de plus en plus nombreux, garçons et filles, à respecter le jeûne, du lever au coucher du soleil. Cette année 2016, le Ramadan a commencé le 26 mai et doit s’achever le 24 juin. Une période qui, de l’avis unanime des enseignants et des personnels de l’établissement sera une rude épreuve et ils la considèrent comme un test, voire un examen pour nos valeurs républicaines et nos pratiques pédagogiques. C’est une période de tension délicate à gérer, surtout dans les derniers jours quand la fatigue et la lassitude se font le plus ressentir. Elle nécessite par conséquent une intervention sociale et civique plus importante et des modes de gestion différents.
Dans les cours de collèges, entre les « ta mère ! », « sale arabe ! », « sale nègre ! », « fils de p… ! » et autres « bollos ! » ou « fromage ! », une nouvelle petite phrase a fait son apparition : « Moi, je suis un bon musulman, je fais le Ramadan ! ». Si elle ne contient certes pas la même charge d’agressivité que les précédentes, cette expression témoigne d’une communautarisation croissante, vécue au quotidien par les enseignants de l’école publique. L’agression d’une jeune fille musulmane qui mangeait un sandwich, par un groupe de garçons de troisième, musulmans eux aussi, dans la cour de notre collège, a attiré l’attention sur le phénomène, et a mobilisé l’ensemble des enseignants. Pour nous, communauté éducative, c’est une menace à la laïcité et un défi au « Vivre Ensemble ». Même si, selon les auditions des garçons présentés au principal, cet incident tient plus de la bagarre entre adolescents que d’un véritable prosélytisme.
Dans mon collège qui compte un grand nombre d’élèves de confession musulmane, ceux-ci parlent beaucoup de ce « mois sacré », celui du « retour du religieux » qui devient pour certains une forme d’affirmation identitaire dans le pays des Koffar (Mécréants). Le ramadan peut être une réponse aux discriminations subies, pour d’autres une compétition. C’est celle ou celui qui ira au bout sans le « casser ». Cette année, j’ai remarqué que nos élèves se mettent à cette pratique plus tôt qu’avant, qu’ils sont de plus en plus nombreux en 6e ; il y a quelques années, à mon arrivée au collège en 2001, leur premier Ramadan commençait en 3e voire en 4e.
Certaines pratiques liées au Ramadan (tel que l’iftar,) (Repas de la rupture du jeûne) apparaissent ; les reports des évaluations et/ou les absences en cours et en EPS sont souvent tolérés, voire acceptées par l’administration et quelques collègues [5].
Comme nombre de mes collègues, je suis conscient que je dois régler les problèmes du Ramadan tout seul en faisant appel à mon vécu et à mon expérience d’enseignant. En effet, je ne suis pas uniquement enseignant face à des élèves, mais aussi partie prenante de leur culture. Mais comprendre ce n’est pas tout accepter. Pouvoir compter sur la solidarité de l’administration du collège dans ces moments difficiles n’est pas toujours le cas.
Dès le premier jour, les élèves sont nerveux et répondent au quart de tour. Il fait chaud et je peux comprendre que le Ramadan soit une période difficile ; le jeûne et les cours ne font pas toujours bon ménage pour les élèves très jeunes. De la 6e à la 3e, c’est la même chose (des élèves fatigués) et les mêmes doléances (faire sauter l’EPS car c’est trop fatiguant pour eux).
Comment agir contre des interprétations rétrogrades du Ramadan de certains imams ? Comment adapter des cours dans une classe fatiguée et désintéressée ? Comment amener certains parents à repenser que la religion est du domaine privé (qui n’a pas sa place dans une école laïque et obligatoire) et que le Ramadan ne doit pas justifier les absences de leurs enfants aux cours ?
Épreuve dans les pratiques éducatives{{}}
Enseigner dans ce collège, situé au centre de la ville et en ZEP est un choix assumé. Celui-ci accueille 530 élèves de 23 nationalités vivant dans trois quartiers : la Fosse-aux-Chênes, l’Alma et l’Alma-gare, ainsi que 42 enseignants. Cela fait 15 ans que j’ai choisi d’enseigner dans ce collège réputé difficile, une éternité pour certains collègues.
Le collège Anne Frank où je travaille accueille d’excellents élèves qui cumulent parfois tout ce qui, statistiquement, les classerait parmi les élèves prédisposés à échouer scolairement. Mais peut-être y trouvent-ils, y puisent-ils encore plus que d’autres des motivations, des raisons personnelles de réussir ? Nous croyons important de l’indiquer. Notre collège a fait l’objet de plusieurs séquences médiatiques qui l’ont dénigré. Pour certains, ce collège est un lieu de vie normale, pour d’autres c’est presque « l’enfer ».
Ce qui est significatif dans cette épreuve du ramadan, c’est la difficulté dans laquelle nous nous trouvons tous : élèves, professeurs, parents et personnel administratif. Là où des problèmes religieux (type mois du Ramadan) se posent, des ressources existent aussi qui peuvent (peut-être) permettre, non pas de résoudre ces problèmes d’une manière magique (sinon ça se saurait), mais de chercher (et de trouver) des points d’appui pour élaborer des solutions. Je pense comme beaucoup de mes collègues que cette articulation-là est difficile à trouver et que parfois, l’administration a beaucoup de mal à s’en rendre compte.
Autre élément, j’ai souvent rencontré des responsables de centres sociaux et des collègues qui exercent dans d’autres quartiers en difficulté et nous avons tenté de travailler en réseau avec ces équipes, du moins officieusement sur le thème « les élèves et les pratiques religieuses ». Mais faute de temps et de moyens, ce projet n’a jamais vu le jour.
Épreuve et mises à l’épreuve au collège{{}}
Le Ramadan a commencé. De nombreuses difficultés apparaissent et un bras de fer symbolique s’instaure entre des élèves, les professeurs et certaines familles. L’imam du quartier a expliqué aux élèves qu’il faut le faire dès l’âge de 9 ans. Ceux qui ne le font pas sont pointés du doigt et il leur semble normal d’avoir dès lors des cours à la carte.
Hier premier jour du Ramadan : presque tous les élèves de ma classe de ma classe de 4e étaient là ; il faisait plus de 28° dans les salles et plusieurs élèves ont semblé mal en point. À l’heure suivante, dans la classe de 3e dont je suis le professeur principal, peu d’élèves étaient présents, il faisait très lourd, le programme n’était évidemment pas fini, certains pensaient ne pas venir à l’examen du brevet s’il tombait le jour de l’Aïd. Cela va être long (un mois). Ils arrivent au collège épuisés le matin et ce n’est pas l’imam du quartier qui les pousse à venir, ils s’auto-entrainent et les parents laissent faire. La journée d’hier a été éprouvante à cause de la chaleur, (les élèves étaient clairement en souffrance). C’était un jour d’évaluation pour certaines classes, qui ont essayé de prétexter balabalabla, je leur ai rétorqué que puisqu’ils étaient là ; ils n’avaient pas à rechigner. J’ai rappelé que dans un État laïque comme la France, la loi prime sur la religion. Et la loi n’encourage pas à priver quiconque de nourriture, de boissons et d’enseignement, surtout pas un mineur.
Le lendemain, j’ai remarqué dès le début du cours de l’après-midi avec une classe de 4e que l’élève Nejib F était très mal. À la récréation de 15 h 20, je l’ai accompagné à l’infirmerie. C’est un bon élève, sérieux, motivé et surtout curieux. Ayant appris que je suis de même origine que la sienne, il n’arrête pas de me poser des questions sur l’histoire de son pays d’origine (la Tunisie). Ses parents, d’origine modeste, apprécient ma « réussite » professionnelle. Ils me demandent souvent mon avis sur l’avenir scolaire de leurs enfants. Entre l’élève, ses parents et moi règne un climat de confiance et de respect mutuel.
À l’infirmerie, je lui ai conseillé de boire car il était déshydraté. Il m’a répondu que l’Islam lui interdit. Je lui ai expliqué que si le pratiquant jeûne au point de mettre sa santé en danger, il est alors autorisé à boire et même à manger si nécessaire. Avec l’infirmière, nous lui avons proposé d’appeler sa mère. Il nous a répondu que sa mère va être d’accord mais si son père l’apprenait, il le frapperait. J’ai tenté de le rassurer en jouant sur mes bons rapports avec son père, et en lui promettant que ce dernier ne le toucherait pas, puisqu’il sait mesurer l’intérêt que je porte à la scolarité de son fils/mon élève. Je lui ai fait l’engagement oral devant l’infirmière que les choses se passeront sans aucun souci. Mais Nejib semble toujours inquiet et a la peur au ventre. L’infirmière Aude n’intervient pas dans la discussion, elle me laisse le soin de tenter de le convaincre mais suit avec beaucoup d’intérêt la scène ; elle attend patiemment une décision (positive) de l’enfant. Souvent, le professeur réussit, en prenant l’élève en aparté, à le convaincre en lui assurant la discrétion totale. J’ai dit à Aude que tout le monde sait que la rupture du jeûne est autorisée en cas de sensation de malaise, de forte chaleur. Elle m’a regardé et m’a dit d’une voix basse pour que l’élève Nejib ne l’entende pas : « Certains refusent des médicaments (par voie orale) » et même des pommades pendant le Ramadan, car l’imam leur avait dit que « seuls les diabétiques étaient autorisés à prendre de l’eau et des médicaments ».
Aude m’a emmené dans son bureau. On a discuté du Ramadan et de la difficulté des élèves à se concentrer sur les cours pendant 10 ou 15 minutes. L’élève Nejib est sorti de la salle de repos sans rien dire. L’infirmière m’a montré qu’il a utilisé un verre pour boire. Elle m’a dit qu’en période de Ramadan, les élèves qui se sentent mal boivent honteusement derrière son dos et qu’elle ne dit rien pour ne pas les gêner davantage. J’étais content et en même temps j’ai ressenti beaucoup de peine pour ces élèves confrontés à l’épreuve du ramadan.
Nejib n’est pas un cas isolé dans mon collège. La CPE a eu l’occasion de me dire qu’elle fait des signalements mais que l’institution est défaillante et que personne ne réagit.
« Pour faire comme les copains » et « être fort comme mon père » !
Des échanges ont lieu en salle de professeurs. Pour Benoît, professeur de français, la question de l’imam est centrale : « Tout dépend de son influence dans la cité. Au collège Elsa Triolet de Champigny où il avait enseigné, on a pu constater une rigidité croissante, notamment à travers les tentatives de certaines jeunes filles pour porter à nouveau le voile. »
Pour Rachid, enseignant de mathématiques, père de famille et musulman modéré, les problèmes posés par cette période sont plus liés à l’adolescence qu’à la religion : « Faire le Ramadan, c’est comme fumer une clope, c’est un moyen de s’affirmer. La République n’impose plus de rites de passage aux jeunes, ils vont alors les chercher ailleurs. » D’où, parfois, la surprise de certaines familles non musulmanes dont les enfants décident subitement de faire le Ramadan, « comme les copains », conclut-il. Pour Nathalie professeur d’anglais : « Il y a une sourate qui dit : “nulle contrainte” ». Tout relier au jeûne, c’est un manque de maturité religieuse, une mauvaise compréhension des textes. Ce n’est que 20 % du Ramadan, qui est avant tout un effort sur soi : ne pas médire, respecter ses voisins et ses professeurs, etc. C’est le problème de « l’Islam des caves » et de la formation des imams : « une religion mal expliquée, livrée à toutes les interprétations. En attendant, c’est, semble-t-il, l’interprétation la plus radicale qui progresse…
Au quatrième jour du Ramadan, un élève de 3e (qui fait le Ramadan depuis trois ans d’après lui), m’a dit que c’est la première fois qu’il fait si chaud à cette période, que d’ordinaire c’est un peu dur mais pas trop, par contre cette année-ci c’est extrêmement difficile. Le délégué de classe m’informe que demain il n’y aura pas beaucoup de monde au collège et je ne reverrai pas beaucoup d’élèves dans mon cours. Mon collègue d’EPS s’est énervé en voyant des élèves somnoler (car fatigués) et qui refusaient de faire certains exercices. En demandant des explications, des élèves lui ont dit que « faut pas nous faire travailler, on ne peut pas. C’est le Ramadan ». D’un ton désabusé, il leur a répondu de rester chez eux.
Dans la classe de 3e 2, il y a un trio de filles très intelligentes et sympathiques avec lesquelles je discute souvent après les cours. Je les connais bien puisqu’elles sont mes élèves depuis la 5e. Elles habitent le quartier de l’Alma gare, un quartier défavorisé de Roubaix. Une grande partie des élèves habitant ce quartier font le Ramadan y compris des élèves de 6e. L’une des trois filles, franco-portugaise, fait le Ramadan ; elle n’est pourtant pas musulmane. Cette situation a soulevé ma curiosité ; je lui ai demandé « pourquoi fais-tu le Ramadan ? ». Ma surprise fut grande lorsqu’elle a répondu qu’elle le faisait pour soutenir ses copines par solidarité et par amitié ; elles expliquent qu’elles « partagent tout sauf les mecs ».
Des élèves de cette classe me disent que les choses sont plus strictes hors du collège pendant cette période : on plaisante beaucoup moins sur la route, on ne fait pas l’imbécile et on est pressé de renter car les parents, les voisins et les grands frères surveillent nos comportements pendant le Ramadan ; personne n’oserait boire ou manger sur le trajet du collège à la maison.
Une semaine est déjà passée mais les difficultés, la peur, le doute ne sont pas dissipés. Les élèves sont toujours fatigués, ils n’arrêtent pas de regarder leur montre et n’ont envie que d’une chose : rentrer chez eux pour dormir et attendre l’Iftar. Il y a plusieurs absents ce qui me complique la tâche.
Pour obtenir un peu de leur attention, je prends l’exemple d’un Big-mac et du couscous qui me permet d’expliquer tout et n’importe quoi à un public tout ouïe. Mais ça n’a duré que quelques minutes ; j’ai rapidement constaté mon échec en tentant de revenir à une pédagogie classique.
Les élèves de la classe de 3e (en cours de 16 h 30 à17 h 30) sont hagards, pâles, dévitaminés, fatigués. Pour les réveiller et les secouer un peu, j’ai choisi d’étudier dans mon cours d’histoire un thème sensible : la colonisation. Je me suis dit que c’est un thème qui concerne beaucoup d’élèves de la classe et qu’ils allaient réagir. J’imaginais faire des liens avec l’immigration en France, le retour, les vacances au pays d’origine. Il a été difficile, voire impossible, de les faire parler ; ils ont les yeux écarquillés en permanence et n’arrivent plus à se souvenir du titre de la leçon de la veille. Ils ne pensent qu’à la nourriture et trouvent l’heure interminable et le cours irritant, alors qu’habituellement ils apprécient mes cours qu’ils trouvent intéressants, voire agréable, ce qu’ils n’hésitent pas à dire aux autres collègues. J’ai continué mon cours jusqu’à la fin de l’heure. Dès que la sonnerie de fin des cours a retenti, j’ai vu ces élèves partir précipitamment en courant.
Dans l’après-midi du neuvième jour, un élève de 11 ans était au bord de l’évanouissement, en état de déshydratation. Il est de la responsabilité de l’enseignant et de l’institution scolaire de veiller à la santé des élèves. Je l’ai donc envoyé (accompagné du délégué de la classe) à l’infirmerie pour qu’il puisse être pris en charge. Les pompiers sont intervenus quelques minutes plus tard.
J’ai également une classe de 6e où de nombreux élèves (6 sur 23) ne viennent plus en cours depuis le début du Ramadan. Trois sont présents malgré leur fatigue ; leur souffrance est visible. J’ai abordé avec eux au vu de leur état physique, la possibilité de reporter le Ramadan. Je leur ai dit qu’ils mettaient en danger leur santé et leur parcours scolaire. En m’appuyant sur la pédagogie, j’ai insisté sur le fait que l’Islam autorise l’adaptation en cas de voyage, de grossesse, de maladie et de travail. Face à mon propos, ils ont poussé des cris d’orfraie : pour eux, ce sont les « mauvais musulmans », des mécréants (Kouffar) qui reportent. En sachant que c’est moi qui leur ai appris la date de l’Hégire et qui leur ai expliqué ce qu’est la religion musulmane (bien que ce n’était pas dans leur programme d’histoire), j’ai trouvé cet échange assez savoureux.
Onze jours sont passés depuis le début du Ramadan ; en cours d’Éducation civique, 3 élèves souvent absents pour raisons médicales ne sont pas là. Un stage d’observation obligatoire programmé dans les 4 jours qui viennent va les mettre en difficulté. Une note est attribuée qui compte dans la moyenne. Pour les présents bien qu’épuisés, ils sont prêts. Ils se montrent dignes et courageux.
Dans une autre classe, deux élèves habituellement absents mais qui ne font rien comme tout le monde (Ramadan ou pas) sont là ; un 3e qui s’intéresse plus aux histoires de la classe qu’à l’Histoire, gesticule comme d’habitude. Situation amusante, nous terminions le cours sur la laïcité et le pluralisme culturel dans un pays démocratique comme la France. Un débat s’engage sans aucune acrimonie entre eux sur l’absence d’obligation à suivre l’ensemble des pratiques d’une religion. Chacun exprime son avis. L’un d’eux (le 3e) indique qu’il ne fait pas le Ramadan sans aucun accro avec les autres, chose rare dans l’établissement sur un sujet traité souvent avec passion et arrière-pensée.
Sur le ton de l’ironie (très appuyée, j’avoue), je l’ai qualifié de kafer (mécréant) en lui disant qu’il va aller en enfer et sera par conséquent privé de 72 belles femmes vierges (les houriet), lui qui aime toujours être en compagnie des filles du collège. Avec un accent maghrébin, je lui ai cité une partie du verset coranique qui en parlait. Cette scène a fait rire tout le monde y compris lui-même. Il faut reconnaitre que cette ambiance avec une ouverture d’esprit n’existe pas dans toutes les classes ni tout le temps. Elle a permis d’aller plus loin avec les élèves en leur disant que délaisser l’un des 5 piliers de l’Islam à savoir le Ramadan ne fait pas forcément de la personne un non-musulman. J’ai pris l’exemple de la prière (un pilier fondamental) : la majorité des théologiens musulmans considèrent que le fait de la délaisser ne fait pas sortir de l’Islam. C’est ce qu’avancent les écoles de l’Islam : ce qui fait sortir de l’Islam est le fait de renier le caractère obligatoire de l’un de ces 5 piliers.
L’épreuve du conflit (élève/professeur){{}}
L’élève Karim est exclu du cours. Il a refusé de prendre son cahier, d’ouvrir son livre. Je lui ai demandé de se mettre au travail comme les autres mais il refuse obstinément et conteste mes consignes. J’ai essayé de le convaincre à maintes reprises mais il ne veut pas. Pire encore, il demande à plusieurs de ses copains de faire la même chose. La tension commence à monter ; Karim devient arrogant et insolent et à haute voix, pour que toute la classe l’entende, dit qu’il est « un bon musulman, lui, qu’il emmerde la France et qu’il faut le laisser tranquille sinon on va voir… ! » Il m’a dit que si je continue à « l’…, il me casserait la gueule ». Devant cette situation inacceptable, je l’ai exclu du cours et j’ai fait un rapport. Il va être convoqué devant le conseil de discipline.
Toute la journée, j’ai cru que j’avais de la fièvre. Pourtant, j’allais très bien ce mardi, mais la tension nerveuse à laquelle j’étais soumis était bien trop forte pour ne pas bouleverser mon équilibre. Je suis conscient que je joue ma crédibilité [6] auprès de mes élèves et de leurs parents, de mes collègues, de la direction.
Une étrange effervescence a régné en salle des professeurs toute la journée. La solidarité sans faille s’est imperceptiblement fissurée pour laisser place à l’inquiétude. « On n’aurait jamais dû exiger ce conseil », regrette avec véhémence Corinne, professeur de musique. « Au mieux, l’élève s’en tirera avec une exclusion de huit jours. Autant dire rien, et ce sera un camouflet pour nous tous. Non, vraiment, il aurait mieux valu ne rien faire ». J’ai été atterré et désolé, je pensais avoir gagné la bataille, en obtenant la tenue de ce conseil de discipline.
Mais rien n’est encore joué. Françoise, la responsable syndicale, m’explique les issues possibles : « Aujourd’hui, on ne peut plus exclure pour un mois, cela s’apparente à de la déscolarisation. Donc il y a trois possibilités : l’exclusion définitive, prévue par les textes, mais que l’on ne votera jamais car les représentants des parents et les délégués de classe, tout comme une partie de l’administration, s’y opposent systématiquement. Reste donc l’exclusion temporaire, et la définitive mais avec sursis, dont les élèves se moquent éperdument. À mon avis, ils vont obtenir huit jours, pas plus ». Prenant conscience que je risquais d’être désavoué, une fois encore, je commence à m’inquiéter.
Indécence{{}}
En fin de matinée, je rencontre au secrétariat l’une des représentantes des parents, élue au conseil d’administration et qui siègera au conseil. La mère est en train de prendre connaissance du dossier. La secrétaire me la présente. La déléguée a levé les yeux vers moi. Sans me saluer, elle a saisi du bout des doigts mes deux pages de rapport et me les a agitées : « Euh... c’est tout ? Vous n’avez que ça ? J’ai bien peur que cela ne fasse un peu léger, non ? » Soutenu par la secrétaire, je lui raconte une nouvelle fois l’incident. Pas convaincue, la mère pousse un soupir et sort du secrétariat. « Non mais qu’est-ce qu’il lui aurait fallu, s’insurge la secrétaire, que tu te fasses casser la gueule, en plus ?! ». Je quitte le bureau pour retrouver ma classe de quatrième et... Karim (le mis en cause), Fatou et les autres.
Durant toute l’heure, l’élève Karim ne prend même pas la peine de faire profil bas pour tenter d’adoucir les griefs à son égard. Il se comporte comme à son habitude : indiscipliné, provocateur. À la fin de l’heure, alors qu’il est le dernier à quitter la salle, je le rappelle à l’ordre : « Veux-tu bien ramasser les petits papiers que tu as laissés par terre sous ta chaise, s’il te plaît ? ». Il n’en a que faire. Excédé par son comportement, après qu’il est quitté la salle, je ramasse les papiers sur le sol. Surprise : sur l’un d’entre eux, je reconnais clairement la propre écriture de Karim et comprends alors que je tiens dans mes mains les restes des insultes et des menaces proférées contre moi. « Comment peut-on avoir l’indécence de se comporter de la sorte, à quelques heures d’une décision aussi importante pour son avenir ? ».
Exclu définitivement{{}}
Quelques heures plus tard, le conseil de discipline commence. À ma plus grande stupeur, Karim ne change pas de comportement devant les membres présents. Arrogant et moqueur, le jeune garçon affirme que son enseignant ment y compris lorsque j’assure que son dédain s’était encore manifesté dans l’après-midi même. J’ai eu de la chance : l’un des membres du conseil était aussi l’un des professeurs de Karim, et il a reconnu qu’il ne se tient jamais correctement. Fort de ce témoignage, mon honnêteté n’était donc plus mise en cause. Je n’aurais pas aimé que ce soit parole contre parole, et que mon récit ne soit retenu que parce que je suis l’adulte. Puis vient le tour de la déléguée de classe, Fatou. À peine entrée dans la salle, elle nie en bloc les faits, se rétractant, alors même qu’elle les avait, le matin même, reconnu devant un autre enseignant. Contraint de se rendre à l’évidence devant l’incohérence entre sa version et celle (2 témoignages écrits) de deux élèves de la classe, Karim finit par admettre ses actes.
L’audition s’est avérée très pénible. Le rapport de force qui se joue au quotidien s’est recréé dans la disposition même des participants : les professeurs ramassés au bout d’une immense table, les délégués de parents d’élèves à l’autre bout, à presque dix mètres. Au milieu, l’administration et à côté, l’élève Karim et l’un des membres de sa famille, sa mère. En face de moi, j’aperçois la mère qui ne cesse discrètement de pianoter sur son téléphone portable. Dans la suite, sur le même registre : le délégué des parents chuchote avec les familles hors cadre officiel, l’assistante sociale tente de me donner tort, le principal ne me regarde jamais dans les yeux. J’ai eu l’impression d’être assailli de toutes parts et que l’accusé, c’est moi.
Épreuve dans le cadre éducatif{{}}
On ne peut pas ignorer que les élèves font le Ramadan, c’est une donnée qu’il faut prendre en compte. Ils sont fatigués le matin, car ils se sont couchés tard (c’est la nuit que reprend la vie sociale) et passent six ou sept heures de cours sans rien dans le ventre. On adapte notre pédagogie en évitant par exemple de placer des contrôles en fin de journée où ils ont du mal à se concentrer. En revanche, je ne peux pas tolérer qu’un élève sorte un paquet de chips en plein cours sous prétexte que c’est la rupture du jeûne. Il faut leur faire respecter les règles de l’école. Tout dépend bien sûr de l’autorité du professeur. Des élèves sont souvent partagés entre une certaine forme de revendication religieuse et la pénibilité de mettre en pratique ce choix, sans montrer de signe de faiblesse (Saidi, 2011). Une réunion a été organisée pour adopter une attitude commune. Il en ressort que les élèves ne sont pas toujours à l’aise lorsqu’on aborde le jeûne. Fatigués en fin de Ramadan, ils veulent tout de même montrer qu’ils sont capables de tenir. Il y a une certaine fierté. Mais ce sont des adolescents et ils ont tendance à jouer sur plusieurs tableaux. Le jour de l’Aïd, on sait que l’on peut compter sur une quinzaine d’absents par classe. Si tel imam a dit que cela tombait tel jour et un autre tel jour, les élèves vont essayer « de gratter » un congé supplémentaire !
Comment faire lorsque nos élèves veulent saborder études et santé avec (éventuellement) l’accord, l’appui voire l’injonction des parents ? Ces situations révèlent les priorités reconnues de beaucoup d’élèves de mon collège ainsi que celles de leurs familles. J’ai du mal à voir ce que je peux faire devant des élèves fatigués voulant parfois faire comme les copains ou écouter ce que disent les parents ; des enfants qui n’ont pas envie d’avoir cours. Leur seul souci est que le temps passe vite pour rentrer chez eux et dormir jusqu’à l’heure de l’iftar. Seul souvent devant ces situations complexes, le professeur est amené à ruser, à inventer, à modifier ses pratiques pédagogiques tout en refusant d’être démagogue et de chercher la paix en classe. Avec le temps, j’ai constaté, comme beaucoup de mes collègues, que l’excuse du Ramadan est utilisée par certains élèves (surtout par les meneurs) pour ne pas travailler en classe et qu’elle n’était pas utilisée de la même manière quand le Ramadan tombe plus tôt dans l’année. Il faut reconnaitre que nous étions à quelques semaines des grandes vacances (mais aussi de l’échéance du Brevet du collège).
Certaines situations dépassent largement, non seulement, mes compétences mais également mon travail d’enseignant. Je n’étais pas formé pour répondre à ce genre de situation. Au nom de la liberté pédagogique du professeur, les inspecteurs nous laissent nous « débrouiller » ; quant à l’administration, sans donner de consignes claires, elle se borne à nous rappeler souvent le principe de neutralité et de laïcité de l’école. Cependant, il lui revient d’intervenir surtout lorsque des élèves parlent de boycotter le Brevet pour cause de fête de l’Aïd. Il convient de prendre en compte aussi que le nombre d’enfants musulmans au collège soutenus pur une association des parents d’élèves fortement acquise au Ramadan fait peur à l’administration et la rend craintive.
Brevet et Ramadan, la difficile conciliation{{}}
Vendredi, l’imam de Roubaix a émis un avis (fatwa) autorisant les candidats à des examens qui en éprouveraient le besoin à rompre le jeûne, en particulier lorsqu’ils ont des épreuves l’après-midi. Charge à eux de rattraper ces journées après la période officielle du Ramadan. Sur les réseaux sociaux, il apparait que certains élèves craignent davantage pour leurs révisions. Une coïncidence, cette année : le brevet et l’Euro de football commencent le 10 juin et s’achèvent le 10 juillet.
Comme l’année dernière, la date du Ramadan complique les épreuves du Brevet surtout pour celles et ceux qui observent le Ramadan. Mais cette fois, ce sont les dernières révisions qui seront placées sous les contraintes de ce mois de jeûne strict, et ce, des premières lueurs de l’aube au coucher du soleil.
Difficile de se concentrer quand on a le ventre creux. C’est du moins l’avis de la plupart des candidats au Brevet rencontrés ce matin. Raison pour laquelle, la plupart d’entre eux ne jeûneront durant ces jours d’examen. Ils reconnaissent tous qu’il est difficile de réfléchir quand on a jeûné. Ce qui pousse la plupart des candidats au Brevet à rompre le jeûne le temps de terminer leurs examens. Samira L. est candidate au Brevet. Je l’ai trouvée hier, assise sur les bancs de la cour de l’établissement en train de savourer un sandwich, après une rude épreuve de français. Elle a ses cahiers de mathématiques et une petite bouteille de jus de fruits à côté d’elle. À la question de savoir pourquoi elle n’a pas jeûné, elle rétorque : « Il est difficile pour moi de jeûner en cette période d’examen. Si je jeûne, je ne pourrai pas me concentrer, encore moins réfléchir ». Elle ajoute : « Je viens de terminer l’épreuve de français qui a été difficile, il faudra que je reprenne des forces pour l’histoire-géographie et les mathématiques ».
Même son de cloche chez une autre candidate répondant au nom de Nadia S. Cette dernière aussi prit l’initiative de ne pas observer le jeûne durant ces deux jours d’examen. Elle explique : « je sais que ce sera difficile pour moi, voire impossible, de jeûner et de me concentrer comme il se doit sur les épreuves du Brevet. Je veux avoir mon premier diplôme, hier matin j’avais français et il fallait que je me concentre sur les maths pour ne pas passer à côté. Parce que c’est une de mes matières dominantes ».
Si ces deux jeunes candidates ont pris l’initiative de ne pas jeûner, pour d’autres, ce sont les parents qui ont décidé à leur place. C’est le cas de Mohamed K. qui passe l’examen du Brevet. Entouré de quelques amis, il déguste à cœur joie son repas dans une salle de classe. Un sandwich à la main et une bouteille de boisson grand modèle posée sur la table, il n’hésite pas à soutenir que c’est sa mère qui lui a fait ce repas : « Je voulais jeûner, mais mes parents m’en ont empêché. Ils m’ont demandé d’attendre la fin de l’examen », lâche-t-il avant d’ajouter : « C’est mon avenir qui est en jeu et je crois que si j’avais jeûné, avec cette chaleur, j’aurais tellement faim et soif que je ne pourrais pas me concentrer ». Du côté des élèves du collège A. Samain (qui passent leur examen dans notre collège), les mêmes arguments sont avancés.
Certains élèves ont toutefois observé le jeûne. C’est le cas de Myriam T., une candidate est à l’assaut de ce premier sésame de l’enseignement depuis qu’elle est arrivée en France il y a de ça 3ans. Le visage fatigué, couchée sur une table, elle se dit épuisée. À la question de savoir pourquoi elle ne rompt pas le jeûne, elle réplique : « Je ne peux pas. J’ai jeûné jusqu’à cette heure, il faudra que je continue. En plus, ma religion m’interdit de rompre le jeûne pour cause de l’examen ».
Il n’est pourtant écrit nulle part dans le Coran que lorsqu’on passe un examen, on peut ne pas jeûner.
Quand l’imam dicte la conduite de nos élèves !{{}}
Le mois de Ramadan est une obligation prescrite à tout musulman en mesure de faire le jeûne. Les motifs pour pouvoir le rompre sont bien spécifiés. Les examens n’en font pas partie. C’est l’avis de l’imam de Roubaix.
Il ajoute que « d’abord, il faut qu’on soit très clair. Le jeûne du mois de Ramadan est une obligation prescrite à tout musulman, jouissant de ses facultés intellectuelles, en mesure de faire le jeûne, résident, non en état de voyage et n’ayant pas de handicap ». Le religieux indique que « les examens ne sont pas une cause qui peut justifier une rupture du jeûne. Le jeûne du Ramadan est obligatoire pour tout musulman pubère, doué de raison. Il n’est pas permis à une personne majeure et responsable de ne pas observer le jeûne du Ramadan à cause d’un examen. Cela ne constitue pas une excuse légale. » Il explique que « certains théologiens musulmans diront même que le jeûne favorise la concentration et la méditation, et très souvent cela permet d’être plus performant en termes de réflexion. C’est pourquoi, d’ailleurs, on ordonne à l’enfant de jeûner (s’il en est capable) pour qu’il s’habitue à le faire. Malgré la contrainte des examens, les adolescents ne doivent pas interrompre le jeûne qui est recommandé par le Prophète. Au contraire, ces élèves soumis à une épreuve doivent observer le jeûne pour rechercher la bénédiction divine et pour réussir également dans la vie ».
À l’en croire, jeûner, même pendant les examens, est un acte de piété qui rapporte beaucoup de bénéfices. « Ce mois béni est une grande occasion pour une bonne pratique cultuelle, pour la dévotion et l’obéissance à Allah. C’est un mois important, une belle occasion, un mois au cours duquel les bonnes œuvres sont décuplées, les mauvaises aggravées, les portes du paradis ouvertes et les portes de l’enfer fermées. Un mois dont le début est miséricorde, le milieu pardon, et la fin affranchissement de l’enfer », dit-il en rajoutant : « Donc les examens ne sont pas une cause qui peut justifier qu’on rompe le jeûne ».
Épreuve et mise à l’épreuve de la pédagogie{{}}
Face à des élèves mettant en avant leur pratique religieuse pour excuser leur manque de travail et d’implication, n’est-il pas possible de leur faire comprendre que par leurs paroles, actes et excuses, ils invitent à considérer leurs copains comme incapables de travailler correctement un mois par an (Perez, 2017) ? Ne faut-il pas leur demander ce qu’ils feraient s’ils étaient un patron qui entend régulièrement : « c’est le Ramadan, je ne peux pas bosser ». Si pour justifier un comportement qui s’écarte de la norme (ici, ne pas travailler à l’école), je mets en avant mon appartenance à un groupe « quel qu’il soit » face à ceux qui ne lui appartiennent pas (des jeunes d’autres religions ou ceux qui ne font pas le Ramadan), je clive les échanges et surtout j’engage l’image de mon groupe par mon comportement. Je prends en otage son image.
Pierre, collègue d’histoire-géographie vient d’être nommé au collège au début de l’année. Il est dynamique et volontaire, mais il n’a pas une grande expérience de l’enseignement. Sa nomination dans un collège ZEP est la première. Dès le premier jour du Ramadan, il a fait très chaud. Ignorant tout de la confession religieuse de nos élèves, il a déposé sa bouteille d’eau sur le bureau devant une classe à moitié assoiffée. Sa salle de cours est en face de la mienne ; j’entendais beaucoup de bruit ce qui m’a gêné un peu durant mon cours. Je n’ai pas osé intervenir pour rappeler à l’ordre ses élèves de peur afin de ne pas le discréditer. Mais au moment où il a ouvert sa bouteille pour boire, on entendait du bruit et des cris ; certains élèves lui ont demandé de la retirer et la classe est devenue ingérable. À ce moment, j’ai été obligé d’intervenir car la situation devenait insupportable pour le collègue.
Autre expérience : lors d’une réunion de concertation entre professeurs d’histoire-géographie, mon collègue Bruno a dit qu’il enseignait les 5 piliers de l’Islam en 5e. Je lui ai dit que j’étudie le monde musulman médiéval entre le VIe et le XIIIe siècle sous l’angle culturel, civilisationnel et politique mais pas sous l’angle de la doxa d’une partie de l’Islam. J’ai expliqué que pour moi c’est une question de théologie qui est sujette à de nombreuses interprétations et qui ne peut être présentée en cours avec notre temps horaire et le modèle dominant d’appropriation de l’histoire actuellement. (Les 4R : Recontextualiser-Reformuler-Résumer- Renforcer) d’autant plus que le programme ne le demande pas.
Conclusion{{}}
L’épreuve du Ramadan est difficile à vivre pour les élèves comme pour leurs enseignants.
Et pourtant, cette pratique ne cesse de se développer et de toucher des enfants de plus en plus jeunes. Une réalité soigneusement dissimulée derrière les murs du collège de la République (Ferry 2003). Les classes sont difficiles à gérer lors de cette période ; la tension est palpable entre ceux qui le font et ceux qui ne le font pas ; les absences sont nombreuses, parfois justifiées par les parents. De nombreux collègues reconnaissent que certaines classes deviennent dans ce contexte, plus gérables, et les cours plus intéressants au regard du nombre important d’absents, tout en admettant que sur le long terme, cela renforce l’hétérogénéité des classes. C’est le rythme des apprentissages qui se trouve ralenti et ce sont tous les élèves qui en pâtissent. Mais comme le dit un collègue avec un brin d’humour : « ne gâchons pas notre plaisir ».
En évoquant l’épreuve du jeûne de ces collégiens, ce n’est pas le Ramadan qui est visé mais les pratiques qui constituent une gêne ou un danger pour les élèves et les personnels. Qu’ils pratiquent leur religion, tout le monde s’accorde à dire qu’il n’y a aucun souci mais qu’il y ait une incidence en dehors de la sphère privée et donc en classe et/ou dans l’établissement, c’est inadmissible. Qu’il faille également, au nom de la culture, enseigner certains éléments essentiels en matière d’histoire des religions semble pouvoir rencontrer l’assentiment des esprits éclairés. Laisser nos élèves s’enfermer dans de pseudo communautés d’origine relève d’une autre logique contre laquelle notre école doit réagir avec la plus grande fermeté. Il serait irresponsable de sous-estimer les difficultés, de ne pas avoir conscience des tensions qui parcourent notre système éducatif.
Pour moi, il faut ouvrir d’autres horizons à ces élèves. La pratique du Ramadan est, pour de nombreux musulmans, une habitude à respecter, des coutumes à suivre. C’est la force de l’habitude qui crée cette chaine de comportements. Mais mes mots manquent souvent d’efficacité face aux prédications de l’imam, cet illuminé qui a fait comprendre aux filles que si elles se font violer, c’est de leur faute parce qu’elles ne sont pas voilées. À ces paroles nuisibles s’ajoute un grand souci : la montée de certaines associations cultuelles qui se cachent derrière le culturel mettant en cause les principes laïques et égalitaires de la République. En collaboration avec ma collègue de français, nous avons tenté de nous opposer à cette conception archaïque en leur lisant des textes d’auteurs sceptiques, de philosophes, d’écrivains moqueurs comme Voltaire, en espérant que peu à peu les Lumières de la Raison s’implanteront dans leur esprit.
Mon parcours d’enseignant a été naturellement jalonné de doutes et de difficultés, mais aussi— je tiens à l’exprimer — de rencontres et de moments forts. Notre profession exige de plus en plus d’investissement, des efforts constants et le courage de se remettre en question afin d’améliorer notre travail pour pouvoir réellement transmettre aux jeunes, particulièrement les plus éloignés du modèle classique, les connaissances qui leur permettront de bâtir un avenir. Convaincu de la nécessité d’avancer dans le désir de connaissances, je me suis investi dans l’enseignement par la base : maître auxiliaire de nombreuses années en lycées professionnels auprès de classes très difficiles. Pas à pas, j’ai réussi à améliorer mon travail d’enseignant et d’éducateur, grâce à ces épreuves, aidé entre autres des conseils de mes collègues, de mes inspecteurs, consacrant une énorme énergie et part de mon temps pour surmonter les obstacles.
Mais je suis également habitant de la cité de la « chose publique ». Je me suis donc trouvé au centre de cette épreuve religieuse. Il est pour moi légitime d’agir et d’afficher ma motivation civique afin de clarifier la distinction de deux dimensions hétérogènes l’une à l’autre, la dimension pédagogique et la dimension culturelle pour éviter toute crispation, toute récupération, tout repli et toute confusion. Il nous faut, qu’on le souhaite ou non, affronter une double fracture, celle du repli conservateur, tétanisé par la peur de l’Autre, et celle du retrait dans une communauté fictive où la religion est censée représenter le refuge identitaire. Incontestablement, pour moi il est nécessaire de faire émerger ces questions dans le débat démocratique car il s’agit d’un avenir commun et de l’avenir de la France.
Cependant, à quelques années de la retraite, je m’inquiète du décalage considérable que je perçois chaque jour davantage devant les élèves, les parents, les jeunes collègues et m’interroge sur le niveau scolaire dans un collège aussi sensible que le collège Anne Frank de Roubaix. J’ai peur de ne plus être compris des élèves ; j’ai l’impression de voir s’avancer devant moi le spectre de l’incompréhension intergénérationnelle et pédagogique ; je crains de ne pouvoir terminer sereinement les quelques années qui me restent à enseigner. Les efforts considérables que j’ai fournis tout le long de ma carrière éducative semblent vouloir m’échapper. L’absence de perspectives et de renouvellement professionnel, la peur de décevoir mes collègues et ma hiérarchie et de faillir à ma mission me taraudent.
- Beau, Stéphane, L’Islam, un recours pour les jeunes, Paris, Presses de sciences politiques, 2007.
- Chantepy-Touil, « Céline, Islam et travail social. Les professionnels à l’épreuve », in Le Sociographe, n° 58, L’intervention sociale à l’épreuve de l’Islam, juin 2017, pp.11-23.Consulter sur Cairn.info
- Dequiré, Anne-Françoise, La sélection des professeurs des écoles. Regard sociologique sur une profession, Paris, L’Harmattan, 2008.
- Doubet, François, La place et les chances. Repenser la justice sociale, Paris, Seuil, 2010.
- Ferry, Luc,Lettre à tous ceux qui aiment l’école, Paris, Odile Jacob, 2002.
- Guélamine, Faïza, Faits religieux et laïcité : le travail social à l’épreuve, Issy-les-Moulineaux, ESF, 2016.
- Lafont, Pascal, « Epreuves(s) et mise(s) à l’épreuve dans le champ de la validation des acquis de l’expérience », in Pensée Plurielle, n° 40, Epreuve(s) et mise(s) à l’épreuve dans les pratiques de l’éducation, de formation et sociales, mars2015, pp.49-59.Consulter sur Cairn.info
- Martuccelli, Danilo, Forger par l’épreuve. L’individu dans la France contemporaine, Paris, Armand Colin, 2006.
- Saidi, Hedi, Le collège Anne Frank de Roubaix. Les élèves et leurs implications dans l’histoire, Paris, L’Harmattan, 2011.
Mots-clés éditeurs : école, enseignants, Epreuve, examen, laïcité, parents, Ramadan, religion, santé, scolarité
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https://doi.org/10.3917/graph.hs012.0220
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Source : https://shs.cairn.info/revue-le-sociographe-2019-5-page-220?lang=fr
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Article de revue - Les musulmans diabétiques face au jeûne du Ramadan : quelques réflexions anthropologiques - Commentaire - Par Patrice Cohen Pages 105 à 112 Islam et monde musulman Philosophie de la santé
Les chercheurs Ababou, R. Ababou et A. El Maliki ont choisi d’interroger le rapport de patients diabétiques au jeûne du Ramadan au Maroc par l’intermédiaire d’une recherche sociologique fondée sur l’analyse des interactions entre les patients et les médecins et sur la confrontation entre système référentiel profane et système référentiel professionnel. Le monde religieux apparaît tout au long de cet article comme la part centrale du système profane, et comme une part constitutive du système professionnel. Cela n’est bien sûr pas étonnant compte tenu de la dimension religieuse de ce jeûne et de la position dominante de la religion musulmane au Maroc. Toutefois, même si ce texte propose une approche critique des travaux biomédicaux sur le sujet, la centralité de la culture médicale comme base de référence donne une direction médico-centrée à la problématique. L’analyse en termes de risques liés à une maladie chronique incite les auteurs à mettre au jour les logiques sociales, culturelles et religieuses de ces pratiques face aux risques de santé, tels qu’ils sont définis par le monde biomédical.
Si les auteurs sont allés jusqu’au bout de l’approche annoncée, on peut néanmoins — à partir de la richesse des résultats — poursuivre leur réflexion. Afin d’alimenter le débat, l’objet de ce commentaire sera donc de décentrer la problématique à partir d’une lecture anthropologique, non pas du vécu des patients diabétiques face aux risques de santé provoqués par le jeûne du Ramadan, mais de celui des musulmans diabétiques face à la pratique du Ramadan. Le renversement de posture permet de sortir de l’opposition entre les systèmes professionnel et profane pour intégrer ces patients et leurs médecins dans l’ensemble de la société. Plutôt que d’interpréter les pratiques liées au jeûne en fonction des risques tels qu’ils sont identifiés par la médecine, il s’agit d’inscrire ces pratiques dans la dimension biographique des patients diabétiques.
Le Ramadan : un fait social total ?{{}}
Le jeûne du Ramadan a été peu étudié dans l’anthropologie des aires arabo-musulmanes et dans l’ethnographie de l’islam, les chercheurs ont été davantage mobilisés par l’islam informel et les pratiques populaires mystérieuses. Ainsi, Adelkhah et Georgeon (2000), en rassemblant des textes ethnographiques sur six pays (Maroc, Chine, Afrique de l’Est, Bosnie, Syrie et Iran), l’analysent comme un fait social total, révélateur du fonctionnement des sociétés musulmanes. Les auteurs montrent que pratiquement toutes ces sociétés enregistrent un développement des pratiques du Ramadan marquant à la fois une permanence du rite et le regain des pratiques religieuses, mais aussi un changement social, des innovations culturelles et des mobilisations politiques. Par ailleurs, de par sa nature d’inversion (jeûne et abstinence le jour et repas et festivités la nuit), le Ramadan participe à la canalisation du désordre (social, politique) et de la transgression des normes tant sociales que religieuses.
Au Maroc, le Ramadan est une institution publique et d’État — dont la transgression dans l’espace public est soumise à la législation — et qui donne lieu autant à des prises de positions politiques qu’à des adhésions normatives à la foi musulmane et aux coutumes locales, qu’à l’organisation d’événements festifs et caritatifs (Bennani-Chraïbi, 2000 ; Buitelaar, 1993 ; Grégoire, 2001 ; Jacobsen, 1996). Ce contexte social général participe à transformer complètement le quotidien des habitants de ce pays pendant cette période à travers l’inversion des rythmes sociaux (notamment diurne/nocturne, jeûne/festivités, religion/travail) en lien avec une recomposition du rapport à Dieu, à la religion, à soi et aux autres (expérience physique solitaire du jeûne et expérience religieuse et spirituelle/valorisation du partage et de la solidarité/festivités) et bien sûr à la nourriture (abstinence diurne/repas nocturnes à forte valorisation culturelle). Le monde biomédical, comme celui des autres systèmes agissant sur la santé (des guérisseurs, magico-religieux, etc.) n’est pas indépendant de ce fait social. De nombreux problèmes de santé sont enregistrés pendant la période du Ramadan et sont gérés tant par les institutions publiques, les professionnels biomédicaux que par l’ensemble des autres acteurs sociaux. Pour les patients diabétiques, comme pour les autres, la relation au jeûne du Ramadan s’inscrit donc dans un contexte social englobant et se déclinant dans tous les domaines de la société (religieux, juridique, policier, travail, familial, santé, commercial, caritatif, loisirs, alimentation, culture culinaire, médiatique, etc.).
Ainsi, le Ramadan apparaît autant comme un rite religieux que comme une construction sociale en pleine évolution. Il s’agit donc de comprendre comment, au sein d’un tel fait social total, se construit la relation des patients diabétiques — mais aussi des malades en général — au jeûne du Ramadan. Pour répondre à cette question deux pistes sont proposées ci-dessous : l’une fondée sur la biographie de ces patients, l’autre sur les relations entre jeûne et santé.
Le jeûne du Ramadan dans la biographie des patients diabétiques{{}}
L’enquête par entretiens et par questionnaires, si elle est riche dans la production de discours, aborde les comportements à l’égard du jeûne par leur dimension déclarative. Si l’on accorde volontiers aux auteurs toute la rigueur méthodologique souhaitable dans ce genre d’enquête, la question est d’évaluer le recouvrement exact entre le déclaratif et le comportement réel. En d’autres termes, le sujet du jeûne du Ramadan ne prédispose-t-il pas, dans un pays comme le Maroc, à susciter chez les interrogés un discours conforme aux normes environnantes, en fonction de l’image qu’ils veulent donner à l’enquêteur ? Si les auteurs n’abordent pas cette question dans leur article, d’autres chercheurs — deux politistes et un anthropologue marocains — soulignent la difficulté d’interroger les Marocains sur leurs réelles pratiques de jeûne liées au Ramadan (El Ayadi et al., 2007). Et, dans leur enquête sur l’islam pratiqué par les Marocains (échantillon représentatif de 1 156 hommes et femmes issus de 16 régions du Royaume), ils soutiennent qu’il est quasiment impossible d’obtenir des réponses sincères sur cette pratique à cause de la force du contrôle social et des lois en vigueur [1]. Ces considérations pourraient être de nature à revisiter les résultats de l’enquête de M. Ababou, R. Ababou et A. El Maliki. En effet, compte tenu de la prépondérance dans les résultats des déclarations de respect du jeûne chez ces personnes diabétiques, il serait utile d’interroger l’influence des normes sociales sur le déclaratif des pratiques de jeûne et sur le discours associé. À ce titre, l’enquête qualitative favorisant la confiance des interrogés, voire l’observation participante, constitueraient très certainement des pistes méthodologiques réduisant ces biais.
Au-delà des méthodes, si l’on se réfère au vécu de la personne et à la construction de ses choix pour aboutir à ses véritables comportements, le détour par une sociologie ou une anthropologie de l’expérience pourrait être salvateur : expériences du corps, de la douleur, de la fatigue, du manque ou de l’excès alimentaire, mais aussi expériences spirituelles et de la relation à Dieu, exaltation de la foi, sensation de l’intégration religieuse et sociale, etc. Que ce soit dans les expériences de l’acte alimentaire (ou ses restrictions, voire sa privation) ou dans les expériences de la maladie, les vécus corporels sont régulièrement réactualisés à travers les événements biographiques de l’individu et leur interprétation tant personnelle que familiale, sociale, ou encore culturelle. Comment alors articuler la compréhension de l’expérience du jeûne du Ramadan et de l’expérience du diabète ?
Il est vraisemblable de penser que les choix opérés lors du Ramadan constituent la résultante des différentes identités construites par la personne (individuelles, religieuses, familiales, communautaires, voire nationale) confrontées aux événements de la vie et aux expériences tant corporelles que sociales. À ce titre, l’expérience du Ramadan s’inscrit au Maroc dans un contexte globalisant qui favorise l’apprentissage des pratiques, des normes et des valeurs religieuses et sociales dès le plus jeune âge (Buitelaar, 1993 ; Grégoire, 2001). Le jeûne du Ramadan constitue donc un événement référentiel majeur (un des cinq piliers de l’islam) sur une partie importante de l’année (près d’un douzième) avec des enjeux valorisants, individuels (pureté physique, morale et spirituelle — Grégoire, 2001) et sociaux (partage, solidarité, entraide, etc.). Il favorise donc une enculturation et une expérience individuelle et sociale majeure pour tout Marocain.
Simultanément, l’expérience des patients s’inscrit dans une « carrière » — si l’on reprend ici une terminologie goffmanienne — de diabétique parsemée d’événements significatifs tant corporels que médicaux, familiaux ou sociaux. Elle s’articule donc aux autres expériences et identités, notamment pendant le Ramadan, ce qui peut favoriser, selon les moments, les événements, les personnes et leur état de santé, des congruences ou des oppositions conflictuelles, voire des dilemmes, comme l’ont d’ailleurs souligné M. Ababou, R. Ababou et A. El Maliki.
Toutefois, les deux expériences (jeûne du Ramadan et diabète) ne sont pas équivalentes dans leur nature et dans leurs expressions. Elles font référence à deux mondes fondés sur des logiques majoritairement disjointes. La dimension religieuse et spirituelle attribuée au Ramadan conduit les patients à s’inscrire dans des identités religieuses et communautaires qui donnent du sens à leur vie, à leur mort, mais aussi à leur santé. Le fait social globalisant qu’il engendre construit tout autant un contrôle social et juridique que des incitations à la conformité de l’idéal religieux. Le Ramadan, dont on a déjà souligné qu’il est au centre de nombreuses inversions, permet des changements dans les priorités des malades. C’est le moment privilégié pour renforcer ses forces spirituelles, son capital religieux, sa « barakka », voire pour préparer sa mort (Buitelaar, 1993). Quant à l’identité qui se développe en lien avec la carrière de malade diabétique, elle se construit non seulement à travers la médicalisation de la maladie et de la vie (diagnostic, traitements, conseils alimentaires et de style de vie), mais aussi à travers les facteurs de risque et un état de santé qui est devenu leur référentiel dominant dans leur interaction avec le monde médical.
Cependant, à propos de l’état de santé des plus vulnérables, ces mondes se rejoignent à travers les préoccupations convergentes des instances publiques, du monde biomédical et des responsables religieux. Le consensus international sur la prise en compte des risques occasionnés par le diabète lors du Ramadan, rappelé par M. Ababou, R. Ababou et A. El Maliki (Fondation pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan, 1995), qui statue sur les critères permettant d’interdire ou d’autoriser le jeûne, illustre très bien la convergence des logiques médicales et religieuses, puisqu’il a été établi à partir de discussions effectuées entre experts musulmans religieux, spécialistes en diabétologie et médecins généralistes.
Face à la confrontation de ces réalités concomitantes, des analyses biographiques fines permettraient d’éclaircir les influences à l’œuvre et leurs articulations. Cela permettrait notamment de comprendre si ces choix s’inscrivent dans des modalités contextuelles (tant temporelles que sociales ou spatiales) des comportements : l’influence du milieu de vie, du capital social, religieux, économique, des interactions sociales, mais aussi le rôle des temporalités autant au niveau longitudinal (articulation entre la succession des Ramadan année après année et l’évolution de l’état de santé) et à un niveau plus ponctuel (évolution des comportements durant un Ramadan).
Quelques pistes de réflexion sur le jeûne du Ramadan et les risques encourus par les patients diabétiques{{}}
Les auteurs proposent une déconstruction des recherches biomédicales, déjà effectuées sur le sujet, et apportent de nombreuses explications sociales et culturelles à des comportements étiquetés comme irrationnels par la médecine. Cette problématique pourrait être prolongée par différentes perspectives.
L’article évoque largement le rôle des facteurs socioculturels en période de Ramadan ; toutefois, si l’on tient compte des deux éléments principaux de la problématique (diabète et jeûne), on remarque que les dimensions culturelles, sociales, voire politiques, du diabète sont peu interrogées. L’exploration de ces dimensions, plutôt analysées par des recherches anthropologiques (voir notamment Chérubini, 2004 ; Imbert-Berteloot, 2007 ; Roddier, 1995, 1999 ; Roy, 2002) ou par des approches culturelles des personnels de santé (Khoury, 2001), permettraient utilement d’interroger dans quelle mesure les patients marocains intègrent le diabète dans leurs représentations de la santé, de la maladie, de la mort, et dans quels contextes institutionnels, de santé publique et de culture médicale se construisent les interactions entre patients et médecins. En effet, si les résultats permettent d’identifier les nombreuses valeurs positives du jeûne pour le diabétique, leur rapport au diabète, à la prise médicamenteuse, à l’alimentation, à la culture médicale pourraient constituer la part complémentaire de l’explication des discours et des comportements.
À partir d’une telle approche, il s’agirait d’éclaircir l’ensemble des éléments influençant leurs représentations de leur maladie (et cela au-delà du monde médical professionnel) et leur compréhension des risques encourus par la pratique du jeûne. Entre autre, cela donnerait à voir l’existence d’itinéraires thérapeutiques générés par les diverses offres de soins et de traitement dans le pluralisme médical à l’échelle du Maroc. Notamment, la place des recours religieux, magico-religieux ou populaires pour la prévention et le traitement du diabète aurait pu être ainsi mise en perspective avec les recours proposés par le monde biomédical. Les valeurs positives du jeûne du Ramadan, souvent mises en avant, pourraient ainsi être insérées dans un contexte plus général, intégrant autant la pratique religieuse que la recherche de soins.
Ces pistes de recherche auraient pour mérite d’ouvrir vers d’autres réflexions sur la nature des choix des patients diabétiques. On peut en effet s’interroger sur la notion de « croyances » souvent utilisée par les auteurs. Ce terme, très connoté dans la littérature anthropologique (voir notamment Pouillon, 1998), interroge en fait la nature du « croire » et de la foi et celle du « savoir » et de la preuve. Une réflexion sur cette question apporterait quelques éléments de compréhension sur l’articulation entre l’incertitude des risques encourus par les patients diabétiques et la certitude engendrée par la foi sur les bénéfices du jeûne. On pourrait notamment s’interroger sur l’existence de choix rationnels générés par une hiérarchisation et une sectorisation des risques, opérées par les patients qui mettent en balance ce que leur apporte le jeûne et leur compréhension des risques encourus.
Références bibliographiques{{}}
- Adelkhah F., Georgeon F., 2000, Ramadan et politique, Paris, CNRS Éditions.Consulter
- Bennani-Chraïbi M., 2000, Le Ramadan au Maroc : sacralisation et inversion, In : Adelkhah F., Georgeon F., eds, Ramadan et politique, Paris, CNRS Éditions, 41-53.Consulter
- Buitelaar M., 1993, Fasting and feasting in Morocco – Women’s participation in Ramadan, Oxford, Berg Publishers.
- Chérubini B., 2004, L’apport de l’anthropologie à la mise en œuvre d’une politique de prévention : du vécu de la maladie à l’analyse du raisonnement préventif, Autrepart, 29, 1, 99-115.Consulter sur Cairn.info
- El Ayadi M., Rachik H., Tozy M., 2007, L’islam au quotidien, Enquête sur les pratiques religieuses au Maroc, Casablanca, Editions Prologues.
- Fondation pour la recherche scientifique et médicale sur le Ramadan, 1995, Rapport sur Colloque International de Consensus sur Diabète et Ramadan, Casablanca, Morocco.
- Grégoire A.J., 2001, Le jeûne du Ramadan en contexte de migration. Le cas des immigrants d’origine marocaine à Montréal, Mémoire de M. Sc. en anthropologie, Université de Montréal.
- Imbert-Berteloot G., 2007, Pour une contribution de l’anthropologie à l’éducation thérapeutique du patient : l’expérience des Polynésiens autochtones diabétiques de type 2, Communication au 2e Congrès SETE, Recherche, pratiques et controverses en éducation thérapeutique du patient, 7-8-9 juin 2007, Selva di Fasano (Brindisi), Italie.
- Jacobsen K.O., 1996, Ramadan in Moroco. Ananalysis of the interaction of formal and local traditions, Temenos, 32, 113-135.
- Khoury S., 2001, Approche culturelle de la thérapie du diabète au Moyen-Orient, Diabetes Voice, 46, 1, 23-25.
- Pouillon J., 1998, Le cru et le su, Paris, Le Seuil.
- Roddier M., 1995, Diabète sucré et culture à l’Île de la Réunion, Cahiers d’Anthropologie et Biométrie Humaine, 13, 3-4, 335-355.
- Roddier M., 1999, Approche anthropologique des représentations du diabète de type 2 à La Réunion, Thèse de doctorat en anthropologie, Université de la Réunion.
- Roy B., 2002, Sang sucré, pouvoirs codés, médecine amère. Diabète et processus de construction identitaire : les dimensions socio-politiques du diabète chez les Innus de Pessamit, Québec, Les Presses de l’Université Laval.
Cet article est accessible en accès ouvert dans le cadre de notre modèle Souscrire Pour Ouvrir. Date de mise en ligne : 08/02/2014 - https://doi.org/10.1684/sss.2008.0206
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Annexes{{}}
Musulmans : le sondage qui interroge sur l’ingérence étrangère – La rédaction - 25 novembre 2025 – Document ‘lecourrierdelatlas.com’
Musulmans : le sondage qui interroge sur l’ingérence étrangère
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Le docteur en Sciences Politiques et chercheur en relations internationales, Sébastien Boussois revient sur un sondage polémique concernant les Musulmans de France.{{}}
Une tribune de Sébastien Boussois{{}}
Depuis une semaine, un sondage de l’IFOP commandé par la revue Écran de Veille alimente la polémique, une de plus en France sur les musulmans dans l’hexagone. Ses résultats, relayés partout, affirmaient en gros qu’une part croissante des jeunes musulmans de France adhèrerait à une vision plus rigoriste, voire islamiste, de leur religion. Mais une autre affaire, bien plus lourde, pourrait se greffer dessus : selon une enquête fouillée publiée en 2023 par Mediapart, Écran de Veille serait en réalité la déclinaison papier d’un site, Global Watch Analysis, financé et piloté par des acteurs proches des Émirats arabes unis. L’affaire dépasse donc le cadre d’un sondage : elle touche à la possibilité d’une ingérence étrangère visant à orienter le débat français sur l’islam. Le scandale n’est plus seulement dans les chiffres, mais dans la main qui aurait commandé la machine.
Un sondage polémique, faible méthodologiquement et politiquement inflammable{{}}
Le sondage en question prétendait dresser un état des lieux alarmant sur les jeunes musulmans de France. Les réponses, présentées comme des signaux d’une « dérive islamiste », laissent croire que la majorité d’entre eux placerait la religion au-dessus des lois de la République ou se déclarerait favorable à l’application de la charia. De nombreux spécialistes, pas tous très objectifs non plus, ont pourtant dénoncé des biais méthodologiques évidents : glissements constants entre religiosité et radicalité, formulations ambiguës, absence de contextualisation et lecture orientée. Le questionnaire semblait conçu pour générer un effet de panique morale, et non pour éclairer réellement la diversité des pratiques ou des croyances musulmanes. Mais c’est la commande du sondage qui soulève aujourd’hui le plus de questions. La revue Écran de Veille, présentée comme neutre et spécialisée, serait en réalité un relais d’une plateforme déjà identifiée dans plusieurs enquêtes journalistiques comme instrument d’influence émirati. Une telle filiation transforme ce qui aurait dû être une étude d’opinion en possible outil de propagande.
L’ingérence émiratie : un mécanisme désormais bien documenté{{}}
Les révélations de Mediapart
(https://www.mediapart.fr/journal/france/201125/musulmans-de-france-les-failles-d-un-sondage-choc ) sur l’arrière-plan émirati de ce sondage s’inscrivent dans une longue série d’affaires similaires. Depuis plusieurs années, les Émirats arabes unis développent une stratégie agressive d’ingérence informationnelle en Europe, destinée à discréditer tout ce qui, de près ou de loin, pourrait être associé aux Frères musulmans, leurs ennemis régionaux, et en filigrane le Qatar dont ils osnt obsédés qu’il est un puissant soutien encore aujourd’hui. En Belgique, en 2024, un fichier illégal recensant des personnalités soupçonnées d’affinités avec les Frères musulmans, élaboré par une officine liée à Abu Dhabi, avait provoqué un scandale politique majeur. En France, plusieurs think tanks douteux, associations-écrans et publications en ligne ont été identifiés comme proches des intérêts émiratis. Le procédé est habituel : créer un climat de suspicion autour des musulmans d’Europe, associer piété religieuse et radicalité, pousser les États européens à adopter une ligne sécuritaire dure et se présenter ensuite comme partenaire « indispensable » dans la lutte contre l’islamisme. Le sondage IFOP, replacé dans cette chaîne d’influence, ressemble à un maillon de plus dans une stratégie cohérente d’Abu Dhabi visant à façonner le débat français de l’extérieur.
Les intérêts d’Abu Dhabi et les dangers pour la souveraineté française{{}}
Si les Émirats arabes unis avaient effectivement commandité ce sondage, leur motivation serait triple. L’objectif serait d’abord idéologique : imposer leur vision ultra-répressive de l’islam, entièrement façonnée par leur lutte contre les Frères musulmans. L’objectif serait aussi géopolitique : affaiblir les acteurs musulmans indépendants en Europe pour mieux se positionner comme médiateurs incontournables. Et il serait enfin diplomatique : entretenir en France un climat de méfiance envers une partie de la population afin de promouvoir Abu Dhabi comme un modèle de sécurité et de stabilité. Ce qui se joue donc dépasse largement le cas de ce sondage : c’est la question de l’intégrité du débat public français.
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La France en question : pourquoi le sondage sur les musulmans est révélateur - Opinion - Analyse - Olivier Bot Journaliste Publié : 03.12.2025, 06h38 – Document ‘tdg.ch’
Pourquoi le sondage sur les musulmans de France est révélateur{{}}
Instrumentalisée par l’extrême droite et la gauche de la gauche, l’étude d’opinion de l’Ifop crée la polémique alors qu’elle souligne une évidence et brise certains préjugés des deux bords.
Personne pointant une ligne dans un livre avec du texte arabe posé sur un tapis coloré.
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Un récent sondage d’opinion réalisé par l’Ifop sur les musulmans de France révèle à quel point ce sujet est instrumentalisé politiquement par les extrêmes alors que ses résultats battent en brèche des clichés et ne fait que souligner des phénomènes bien connus.
Premier enseignement de ce sondage, la part des musulmans en France est passée de 5,5% à 7% de la population en dix ans. Ce modeste pourcentage devrait suffire à briser à la thèse du « grand remplacement », largement diffusé par le Rassemblement national, Reconquête et la droite radicale catholique. Elle contredit aussi une perception fausse de l’opinion française qui, selon un sondage de 2016, évaluait la part des musulmans à 31% au sein de la population.
Graphique montrant l’évolution des affiliations religieuses en France métropolitaine de 1975 à 2025. La ligne représentant les catholiques diminue, passant de 81% en 1975 à 43% en 2025, tandis que la proportion de personnes sans religion augmente de 3% à 37%. Les autres religions restent relativement stables.
Au fil des enquêtes, l’Ifop montre le déclin du catholicisme en France et la progression du nombre de gens se déclarant sans religion, quand l’islam progresse légèrement, devenant la deuxième religion du pays.
Peu commentée, la question sur l’apostasie, le droit de quitter une religion ou d’en changer, vient aussi casser l’idée que les musulmans de France n’autoriseraient pas les membres de leur communauté à en sortir, comme c’est le cas dans nombre de pays musulmans. Les trois-quarts des sondés reconnaissent ce droit, alors qu’ils étaient moins de la moitié il y a trente-cinq ans.
Des jeunes plus religieux et plus rigoristes{{}}
Autre mouvement relevé par ce sondage qui vient contredire un préjugé exploité par l’extrême droite, les musulmans pensent que les préceptes religieux de la loi islamique ne doivent pas s’appliquer quel que soit le pays. Ceux qui pensent le contraire passent de 17% en 2008 à 15% en 2025. Quant au port du voile, qui est régulièrement sujet de polémique en France comme en Suisse, il reste minoritaire, 70% des sondées ne le portant jamais.
Mais la principale tendance relevée par ce sondage d’opinion qui suscite la controverse est celle de la réislamisation de la jeunesse sur des préceptes et pratiques plus rigoristes. Le port du voile, par exemple, se banalise chez la moitié des sondées de moins de 25 ans, comme le « séparatisme de genre ». Plus inquiétant, l’islamisme, c’est-à-dire l’islam politique faisant de la religion la loi commune, attire la sympathie des plus jeunes. Mais faut-il s’étonner qu’ils soient plus radicaux que leurs aînés ?
Alors qu’un rapport démontrant l’entrisme des Frères musulmans en France est public, certains remettent en cause le sondage qui souligne qu’un tiers des jeunes sondés ont des sympathies pour le courant frériste, courant pour lequel la gauche de la gauche a toujours eu de l’indulgence, sinon de la connivence. Le sondage serait, à leurs yeux, une stigmatisation des Français musulmans, voire de l’islamophobie. Ils oublient que les députés ont voté une loi contre « le séparatisme » et tentent en effet de protéger la laïcité et la République du communautarisme religieux et du séparatisme de genre.
Pour l’extrême droite qui fait l’amalgame entre islam et djihad et pour la gauche de la gauche qui ignore ou fait semblant d’ignorer ce que sont les différents courants de l’islam politique et leur but, ce sondage est un terreau idéal pour ces courants polémistes.
Quatre conseils départementaux du culte musulmans ont estimé que ce sondage « distille de la haine dans l’espace public » et ont porté plainte. Des plaintes ont aussi été déposées contre des députés de La France insoumise qui ont qualifié le sondage d’islamophobe. Le directeur de l’Ifop, Frédéric Dabi, reproche à ces élus de lui avoir « mis une cible dans le dos ». Cette réaction n’a surpris personne, alors qu’elle rappelle que des dénonciations pour « islamophobie » ont conduit à la mort de professeurs.
La France en question
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Olivier Bot est rédacteur en chef adjoint depuis 2017, chef de la rubrique Monde entre 2011 et 2017. Prix Alexandre de Varennes de la presse. Auteur de « Chercher et enquêter avec internet » aux Presses universitaires de Grenoble. Plus d’infos
Source : https://www.tdg.ch/france-pourquoi-le-sondage-sur-les-musulmans-est-revelateur-186631388811
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