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"Bilan mitigé pour l’ambition 10 ans après l’accord de Paris : mieux intégrer les systèmes agricoles, alimentaires, forestiers et planifier la décarbonation par les ressources locales pour l’eau, les sols, la biomasse, les énergies - Inde Brésil" par Jacques Hallard
mardi 18 novembre 2025, par
ISIAS Climat Agriculture Décarbonation
Bilan mitigé pour l’ambition 10 ans après l’accord de Paris : mieux intégrer les systèmes agricoles, alimentaires, forestiers et planifier la décarbonation par les ressources locales pour l’eau, les sols, la biomasse, les énergies - Inde Brésil
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 18/11/2025
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Des informations préalables pour débuter ce dossier rédigé à des fins didactiques
Rappel - L’accord de Paris, ou accord de Paris sur le climat, est un traité international sur l’atténuation et l’adaptation au changement climatique, ainsi que sur leur financement suffisant. Cet accord est négocié par 196 parties lors de la conférence de Paris de 2015 sur les changements climatiques, en France, adopté en 2015, puis ouvert à la signature le 22 avril 2016 — le Jour de la Terre — lors d’une cérémonie à New York. Après la ratification de l’Union européenne, le nombre de pays ayant ratifié l’accord est suffisant pour qu’il entre en vigueur le 4 novembre 2016. En novembre 2021, 193 membres de la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) sont parties à l’accord. Les États-Unis se sont retirés de l’accord en 2020, mais l’ont réintégré en 2021 avant de s’en retirer de nouveau en 2025, à la suite de l’investiture de Donald Trump[1].
Son objectif à long terme, en matière de température, est de maintenir l’augmentation de la température moyenne de la planète bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et de préférence sans dépasser +1,5 °C ; en reconnaissant que cela réduirait considérablement les conséquences du changement climatique. Pour cela, les émissions devraient être réduites dès que possible et atteindre le niveau net zéro dans la seconde moitié du XXIe siècle. L’accord stipule que chaque pays détermine et planifie ses contributions, et en rend compte régulièrement. Aucun mécanisme n’oblige un pays à fixer des objectifs d’émissions spécifiques, mais chaque nouvel objectif doit aller au-delà des précédents. Contrairement au protocole de Kyoto de 1997, l’accord ne distingue pas entre pays développés et pays en développement, de sorte que ces derniers doivent également soumettre des plans de réduction des émissions.
L’accord a été salué par les dirigeants mondiaux, mais critiqué comme insuffisamment contraignant par certains analystes et environnementalistes. Son efficacité suscite des débats. En effet, au début des années 2020, les énergies fossiles continuent de dominer le système énergétique mondial et de croître dans de nombreux secteurs, en contradiction avec l’objectif du +1,5 °C et même du +2 °C. Les engagements actuels ne permettent pas d’atteindre les objectifs de température fixés, même si les mécanismes de contributions déterminées au niveau national (CDN) et de bilan mondial permettent d’accroître les ambitions des pays. Pour atteindre le niveau net zéro dans la seconde moitié du XXIe siècle, l’Humanité devait garder dans le sol avant 2050 près de 60 % du pétrole et du gaz méthane fossile et 90 % du charbon. Ceci impliquerait de réduire la production mondiale de pétrole et de gaz de 3 % chaque année jusqu’en 2050, et pour avoir plus de 50 % de chance de limiter le réchauffement à 1,5 °C il aurait fallu que plus de carbone reste dans le sol (en raison notamment « des incertitudes entourant le déploiement opportun de technologies à émissions négatives à grande échelle »). En 2024, pour rester sous les 1,5 °C, les émissions de CO2 doivent être drastiquement réduites, ce qui implique que 97 %, 81 % et 71 % du charbon, du gaz et du pétrole restent imbrûlés. L’accord de Paris a cependant été utilisé avec succès dans le cadre de litiges sur le climat, avec pour effet d’obliger des pays et une compagnie pétrolière à renforcer leur action en faveur du climat…. – Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Accord_de_Paris_sur_le_climat
Rappel - Système de production agricole [et donc alimentaire]
Selon la FAO, un système de production agricole est la représentation qui s’approche de la réalité dont nous disposons sur la manière de penser et de décider des agriculteurs. Le système de production d’une exploitation se définit par la combinaison (la nature et les proportions) de ses activités productives et de ses moyens de productions [1]. Les systèmes de production doivent faire face à un enjeu majeur : la notion de durabilité des systèmes d’exploitation. Considérer l’agriculture comme un système implique d’intégrer les dimensions biologiques, physiques, ainsi que les aspects socio-économiques au niveau de l’exploitation agricole.
Il faut :
- mettre sur le marché des produits à un prix et à un niveau de qualité acceptables pour le consommateur ;
- répondre aux demandes des industries de transformation ;
- assurer un revenu correct aux agriculteurs ;
- assurer la pérennité de l’exploitation (foncier, reprise de l’exploitation...) ;
- préserver la qualité de l’environnement ;
- mettre en œuvre des systèmes de production acceptables pour le public (élevage) ;
- assurer la durabilité du système d’exploitation pour le bien-être des générations futures.
On distingue de nombreux types de système, par exemple et par ordre alphabétique :
- l’agriculture biodynamique ;
- l’agriculture biologique (parfois appelée agriculture écologique) ;
- l’agriculture de conservation ou conservative ;
- l’agriculture durable ;
- l’agriculture extensive ;
- l’agriculture intensive ;
- l’agriculture étagée ;
- l’agriculture raisonnée ;
- l’agriculture sociale ;
- l’agriculture de subsistance ;
- l’agriculture urbaine ;
- l’agriculture Gaïa ;
- la permaculture (ou agriculture permanente) ;
Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Syst%C3%A8me_de_production_agricole
Rappel - La décarbonation, ou décarbonisation, du bilan énergétique d’un pays consiste à réduire progressivement sa consommation d’énergies primaires émettrices de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone et méthane, principalement), c’est-à-dire de combustibles fossiles (charbon, pétrole et gaz naturel), ou à stocker dans le sous-sol le dioxyde de carbone. Ce changement peut être obtenu par l’amélioration de l’efficacité énergétique (isolation thermique, rendement des moteurs, etc.), le remplacement des énergies fossiles par des énergies très peu émettrices de dioxyde de carbone (énergie nucléaire et énergies renouvelables), notamment par l’électrification des usages fossiles, et de changements de modes de vie, de transformations sociales (sobriété énergétique, sobriété économique, sobriété numérique). n 2019, 21 pays européens et au moins 20 autres pays dépassent le seuil de 50 % de décarbonation de leur consommation d’électricité, dont sept atteignent ou dépassent 100 %, leur production dépassant leur consommation (Suède, Éthiopie, Norvège, Costa-Rica, Paraguay, Tadjikistan et Islande). Au moins 19 pays dépassent 40 % de décarbonation de leur consommation totale d’énergie, dont sept pays européens. La biomasse, l’hydroélectricité et le nucléaire sont les sources d’énergie qui contribuent le plus à la décarbonation, mais l’éolien, le solaire et la géothermie accroissent rapidement leur contribution. Au niveau planétaire cependant, la « décarbonation » n’a encore jamais eu lieu, chaque nouvelle énergie s’étant juste superposée aux précédentes (bois, charbon, pétrole, gaz, énergies renouvelables...). De fait, le monde n’a jamais consommé autant de charbon, de bois et de pétrole — et émis autant de gaz à effet de serre — qu’en 2023… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9carbonation
Rappel sur la biomasse - Dans le domaine de l’énergie, la biomasse est la matière organique d’origine végétale (microalgues incluses), animale, bactérienne ou fongique (champignons), utilisable comme source d’énergie (bioénergie). Cette énergie peut en être extraite par combustion directe, comme pour le bois énergie, ou par combustion après un processus de transformation de la matière première, par exemple la méthanisation (biogaz, ou sa version épurée le biométhane) ou d’autres transformations chimiques (dont la pyrolyse, la carbonisation hydrothermale et les méthodes de production de biocarburants ou « agrocarburants »). Trois modes de valorisations de la biomasse existent : thermique, chimique et biochimique. La biomasse intéresse à nouveau les pays riches, confrontés au changement climatique et à la perspective d’une crise des ressources en hydrocarbures fossiles ou uranium. Sous certaines conditions, elle répond à des enjeux de développement durable et d’économie circulaire ; en se substituant aux énergies fossiles pour réduire les émissions globales de gaz à effet de serre, en restaurant aussi parfois certains puits de carbone (semi-naturels dans le cas des boisements et haies exploités). En quelques décennies des filières nouvelles sont apparues : biocarburants, granulés de bois, méthanisation industrielle, créant des tensions sur certaines ressources, avec de nouveaux risques de surexploitation de la ressource et de remplacement de cultures vivrières par des cultures énergétiques. En France, une stratégie nationale de mobilisation de la biomasse (2018) vise à augmenter la quantité de biomasse collectée, en créant le moins possible d’effets collatéraux négatifs sur la biodiversité, les paysages et d’autres filières dépendantes de la même ressource. En 2022, selon l’Agence internationale de l’énergie, la biomasse fournissait 8,8 % de l’énergie primaire consommée dans le monde, 2,2 % de la production mondiale d’électricité et 3,5 % de l’énergie consommée par les transports. Selon un rapport de la Commission européenne, la bioénergie pourrait couvrir jusqu’à 13 % de la demande énergétique de l’UE… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Biomasse_(%C3%A9nergie)
Valoriser, préserver les ressources locales et atténuer le changement climatique - Appel à projet - Description générale et logique d’intervention – Document ‘europe-en-france.gouv.fr’
Le territoire présente un environnement peu dégradé, mais porte toutefois les traces d’activités anciennes qui laissent des friches et des sites potentiellement pollués. Les activités contemporaines exercent aussi des pressions sur l’environnement, tout comme le changement climatique. L’agriculture, dominée par la polyculture et un élevage important, est une composante essentielle du territoire. La production biologique est en plein essor, la demande d’installation sur de petites surfaces est en hausse (en lien avec le projet d’espace-test maraîcher porté par le Pays Comminges Pyrénées) et la filière viande est en cours de structuration. L’offre de transport demeure limitée, le Pays Comminges Pyrénées doit améliorer les mobilités sur l’ensemble de son territoire afin de le rendre accessible à tout type de population, en priorisant le développement des mobilités multimodales, durables et économes en énergie. Le fait que 78% des actifs résident et travaillent sur le territoire montre que le potentiel de développement des alternatives à la voiture individuelle est réel. Les enjeux : Valoriser l’environnement, le patrimoine naturel et le cadre de vie ; encourager une agriculture et une consommation locales et durables ; développer le potentiel énergétique renouvelable du territoire et adapter le territoire au changement climatique.
Lire sur ce site : https://www.europe-en-france.gouv.fr/fr/appels-a-projet/valoriser-preserver-ressources-locales-attenuer-changement-climatique
Rappel sur le méthane - Largement présent dans le milieu naturel, le méthane (CH4) est un puissant gaz à effet de serre (GES) avec un potentiel de réchauffement climatique 25 fois plus puissant que celui du dioxyde de carbone. Il représente le quart des émissions mondiales de GES.12 septembre 2022
Voir également : Gaz à effet de serre : d’où proviennent les émissions de méthane ? – « Pour réduire les émissions de méthane, des recherches portent sur des compléments alimentaires permettant de limiter les flatulences des bovins et sur des nouvelles techniques de culture du riz nécessitant moins d’irrigation…- Dernière modification le 05 janvier 2025 - Source : https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/gaz-effet-de-serre-dou-proviennent-les-emissions-de-methane
Tout d’abord deux nouvelles sur le sujet de ce dossier :
Europe - En bref - Les pays de l’UE trouvent un accord à l’arraché sur leurs objectifs climatiques, au prix de nombreuses concessions - Par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen) - Publié le 05/11/2025 à 10h18, modifié à 10h51 - Les Vingt-sept se sont entendus pour réduire leurs émissions de CO2 de 66,25 % à 72,5 % d’ici à 2035 par rapport à 1990. Article ‘Le Monde’ réservé aux abonnés – A lire ici > https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/11/05/les-pays-de-l-ue-trouvent-un-accord-a-l-arrache-sur-leurs-objectifs-climatiques-au-prix-de-nombreuses-concessions_6652285_3244.html
France - Quel bilan pour Macron sur le climat ? « Il a tenté de briller sur l’écologie mais n’a pas été au rendez-vous » - Par Frédéric Mouchon - Le 05 novembre 2025 à 06h15
Avant son départ pour le Brésil et le sommet des chefs d’État qui précède la COP30, d’anciens ministres et spécialistes de l’écologie jugent l’action du président français en matière environnementale. Parmi les critiques adressées à Emmanuel Macron (ici mardi à Rochefort), le Réseau Action Climat lui reproche de n’avoir retenu qu’une « minorité » des propositions de sa Convention citoyenne sur le climat. AFP/pool/Stéphane Ma – A lire ici > https://www.leparisien.fr/environnement/climat/quel-bilan-pour-macron-sur-le-climat-il-a-tente-de-briller-sur-lecologie-mais-na-pas-ete-au-rendez-vous-05-11-2025-MHH5QNRPI5EP5BWZMSL3N6NADI.php - Source : https://www.leparisien.fr/environnement/climat/quel-bilan-pour-macron-sur-le-climat-il-a-tente-de-briller-sur-lecologie-mais-na-pas-ete-au-rendez-vous-05-11-2025-MHH5QNRPI5EP5BWZMSL3N6NADI.php
Ce dossier tente un bilan concernant l’accord de Paris à partir d’analyses, française et canadienne : le constat est là : « Il n’a jamais fait aussi chaud sur Terre depuis 125.000 ans, mais la catastrophe peut toujours être évitée » (Lucas Bonnière 30/10/2025)…
Deux exemples choisis illustrent concrètement cette situation :
* en Inde où « le changement climatique perturbe l’éducation dans la région côtière de l’Odisha » (Tazeen Qureshy 18 octobre 2025) …
* au Brésil où « L’agriculture et les choix d’utilisation des terres affectent la biodiversité et le climat mondial’…
On peut aussi se rappeler que « Combiner agriculture et écologie rapporterait 10.000 milliards de dollars par an », selon un rapport scientifique inédit diffusé par ‘novethic.fr’…
Par ailleurs, Marie Hrabanski souligne « la laborieuse intégration de l’agriculture aux négociations climatiques de 1992 à 2022 » pour ‘The conversation’, d’une part, et Daphnée Breytenbach titre « L’agro-industrie : un modèle en question » (30.10.2025 pour ‘ccfd-terresolidaire.org’, d’autre part …
Ensuite, l’hebdo Courrier international développe de nombreux exemples pour « faire revivre les campagnes en Europe » (Claire Carrard 29 octobre 2025) …
Enfin, Vincent Gibert souligne bien justement avant la COP30 que « le méthane, c’est un tiers du réchauffement climatique » (06/11/2025 pour ‘huffingtonpost.fr’)…
NB. Largement présent dans le milieu naturel, le méthane (CH4) est un puissant gaz à effet de serre (GES) avec un potentiel de réchauffement climatique 25 fois plus puissant que celui du dioxyde de carbone. Il représente le quart des émissions mondiales de GES. 12 septembre 2022
Ce dossier se termine par une annonce de l’équipe Territoires du ‘Shift Project’ qui présentera son rapport final : « Eau, sol, biomasse, énergies : Planifier la décarbonation par les ressources locales », le mardi 16 décembre à 18h30. Pour toute question relative à cet événement, n’hésitez pas à écrire à :
lila.wolgust@theshiftproject.org
Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
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- Dix ans après, quel bilan pour l’accord de Paris ? – Par Christian de Perthuis - Publié : 2 novembre 2025, 17:02 CET – Document ‘theconversation.com’
- Dix ans après son adoption, quel bilan pour l’Accord de Paris ? - Publié le 30 septembre 2025 – Document canadien ‘climatoscope.ca’ - Auteurs : Géraud de Lassus St-Geniès Professeur agrégé Faculté de droit Université Laval ; Annie Chaloux Professeure agrégée École de politique appliquée Université de Sherbrooke
- Il n’a jamais fait aussi chaud sur Terre depuis 125.000 ans, mais la catastrophe peut toujours être évitée - Lucas Bonnière 30/10/2025, 10:05 modifié 30/10/2025, 10:22 – Document ‘actu.geo.fr’ Environnement
- Inde - L’Odisha (en odia : ଓଡ଼ିଶା), appelé Orissa jusqu’au 4 novembre 2011, est un État côtier de l’Est de l’Inde. Il compte environ 47 millions d’habitants. Localisation de l’État en Inde.
- Comment le changement climatique perturbe l’éducation dans la région côtière de l’Odisha - Par Tazeen Qureshy
- L’agriculture au Brésil : comment les choix d’utilisation des terres affectent la biodiversité et le climat mondial – Traduction du 07 novembre 2025 par Jacques Hallard d’un article intitulé « Agriculture in Brazil : how land-use choices affect biodiversity and the global climate »
- Rappel - Combiner agriculture et écologie rapporterait 10.000 milliards de dollars par an, selon un rapport scientifique inédit - Publié le 6 février 2024 – De ‘novethic.fr’
- De 1992 à 2022, la laborieuse intégration de l’agriculture aux négociations climatiques – Par Marie Hrabanski - Publié : 25 septembre 2025, 10:41 CEST – Document ‘The Conversation France’
- L’agro-industrie : un modèle en question - Publié le 30.10.2025 - Texte : Daphnée Breytenbach - Document ‘ccfd-terresolidaire.org’ Souveraineté alimentaire et agroécologie
- À la une de l’hebdo Courrier international - Comment faire revivre les campagnes en Europe - Claire Carrard - Publié le 29 octobre 2025 à 09h34, mis à jour le 29 octobre 2025 à 18h10
- « C’est un tiers du réchauffement climatique » : la France en guerre contre le méthane à la COP30 - Par Vincent Gibert – 06/11/2025 07:20 - Document ‘huffingtonpost.fr’ Environnement
- Annonce - Message d’information de l’équipe Territoires du ‘Shift Project’ - 03 novembre 2025 à 13:52
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Dix ans après, quel bilan pour l’accord de Paris ? – Par Christian de Perthuis - Publié : 2 novembre 2025, 17:02 CET – Document ‘theconversation.com’
https://storage.theconversation.com/y3enmxz877jvvj6ydgmuu600y2c6Christian de Perthuis
Professeur d’économie, fondateur de la chaire « Économie du climat », Université Paris Dauphine – PSL
Déclaration d’intérêts - Christian de Perthuis ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Partenaires : Université Paris Dauphine apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation FR. Voir les partenaires de The Conversation France
DOI https://doi.org/10.64628/AAK.t9v4htfst
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Que reste-t-il de l’accord de Paris, dix ans après sa signature, au moment de l’ouverture de la COP30 au Brésil, dans un contexte de tensions géopolitiques et de « backlash » climatique mené par les États-Unis ? Des signaux encourageants subsistent malgré tout, notamment l’accélération des transitions énergétiques dans les pays émergents. De quoi garder entrouverte une fenêtre, certes bien étroite, sur la voie de la stabilisation de la température mondiale.{{}}
Lors de son adoption en 2015, l’accord de Paris a généré beaucoup d’espoirs, car il embarquait l’ensemble des signataires. De par son caractère universel, il allait donner une tout autre dimension à la lutte contre le réchauffement planétaire.
Changement d’ambiance, dix ans après, à l’ouverture de la COP30 sur le climat à Belém au Brésil, qui doit se tenir du 10 au 21 novembre 2025. En 2024, le thermomètre a affiché un réchauffement de 1,5 °C, les émissions mondiales de CO2 ont continué d’augmenter et sa concentration dans l’atmosphère a battu tous ses records. Avec la défection des États-Unis après la réélection de Donald Trump, l’universalisme de l’accord en a pris un sérieux coup.
Ni tout rose ni tout noir, notre bilan de dix années d’application de l’accord de Paris s’écarte d’une telle vision simpliste suggérant que rien n’a bougé durant les dix dernières années. Depuis 2015, des progrès substantiels ont été réalisés.
« Les émissions mondiales ne cessent d’augmenter ». Oui, mais…
Le premier bilan global des émissions de gaz à effet de serre discuté à la COP de Dubaï en 2023 a certes rappelé que les émissions mondiales de gaz à effet de serre n’étaient pas encore stabilisées. Diagnostic confirmé en 2024, mais qui reste insuffisant à ce stade pour analyser l’impact de l’accord de Paris sur le régime des émissions.
On peut également relever que :
- Au cours de la dernière décennie, le rythme de croissance des émissions mondiales de CO2, le principal gaz à effet de serre d’origine anthropique, a été divisé par trois relativement à la décennie précédente.
- Cette inflexion majeure s’explique par le déploiement, bien plus rapide qu’escompté, des capacités de production d’énergie solaire et éolienne.
La transition d’un système économique reposant sur les énergies de stock (fossile et biomasse) vers des énergies de flux (soleil, vent, hydraulique…) a donc été bel et bien amorcée durant les dix premières années de l’accord. Elle semble désormais irréversible, car ces énergies sont devenues bien moins coûteuses pour les sociétés que l’énergie fossile.
De plus, on ne saurait jauger de l’efficacité de l’accord à partir du seul rétroviseur. Il faut également se projeter dans le futur.
Les principaux émetteurs de CO₂ dans le monde. Fourni par l’auteur
Du fait de ses investissements massifs dans la production et l’utilisation d’énergie renouvelable, la Chine est en train de franchir son pic d’émissions, pour des rejets de CO2 de l’ordre de 9 tonnes par habitant, quand les États-Unis ont passé leur pic à 20 tonnes, et l’Europe à 11 tonnes. L’Inde pourrait d’ici une dizaine d’années franchir le sien à environ 4 tonnes.
Le fait que ces pics d’émissions soient substantiellement plus bas que ceux des vieux pays industrialisés est une information importante. Les pays moins avancés peuvent désormais construire des stratégies de développement sautant la case fossile. Ceci laisse une fenêtre entrouverte pour limiter le réchauffement planétaire en dessous de 2 °C.
Des objectifs de température désormais inatteignables ?
L’Organisation météorologique mondiale (OMM) a indiqué que le thermomètre avait franchi 1,5 °C en 2025, soit la cible de réchauffement la plus ambitieuse de l’accord. Cette poussée du thermomètre reflète en partie la variabilité à court terme du climat (épisode El Niño, par exemple). Elle résulte également de dangereuses rétroactions : le réchauffement altère la capacité des puits de carbone naturels (forêts et océan) à séquestrer le CO2 de l’atmosphère.
Faut-il pour autant en conclure que les objectifs sont désormais inatteignables, au risque d’ouvrir un peu plus les vannes du backlash climatique ?
L’alerte de 2024 confirme ce qui était déjà apparu dans les scénarios prospectifs du 6ᵉ rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). Du fait de l’inertie du stock de CO2 déjà présent dans l’atmosphère, la cible de 1,5 °C est en réalité dépassée avant 2035 dans la majorité des scénarios.
Cela n’exclut pas qu’on puisse limiter le réchauffement en dessous de 2 °C, l’autre cible de l’accord de Paris, à condition de réduire massivement les émissions de CO2 une fois le pic d’émission atteint. D’après le Global Carbon Budget, le budget carbone résiduel pour limiter le réchauffement à 2°C s’établit à environ vingt-cinq années au rythme actuel d’émissions.
Et pour viser 1,5 °C ? Il faut alors passer en régime d’émissions nettes négatives durant la seconde partie du siècle. Dans ces scénarios dits du « dépassement » (overshooting), les puits de carbone séquestrent plus de CO2 qu’il n’en est émis, ce qui permet de faire redescendre le thermomètre après le franchissement du seuil. Ce serait toutefois aller au-delà de l’accord de Paris, qui se contente de fixer un objectif de zéro émission nette.
Comment financer une transition juste ?
L’accord de Paris stipule que les financements climatiques internationaux à la charge des pays développés doivent atteindre au minimum 100 milliards de dollars (86,4 milliards d’euros) par an à partir de 2020, puis être fortement réévalués.
Le bilan est ici en demi-teinte :
- La barre des 100 milliards de dollars (86,4 milliards d’euros) n’a été franchie qu’en 2022, avec trois ans de retard.
- À la COP29 de Bakou, un nouvel objectif de 300 milliards de dollars (259,2 milliards d’euros) par an à atteindre d’ici 2030 a été acté. Un tel triplement, s’il est effectif, ne permettra de couvrir qu’une partie des besoins de financement, au titre de l’adaptation au changement climatique, et des pertes et dommages.
Durant les dix premières années de mise en œuvre de l’accord, il n’y a toutefois guère eu d’avancée sur les instruments financiers à utiliser. En particulier, les dispositions de l’article 6, ouvrant la possibilité d’appliquer la tarification carbone n’ont pas été traduites dans un cadre opérationnel permettant leur montée en puissance.
Manque également à l’appel un accord plus précis sur qui paye quoi en matière de financement climatique. Ce flou artistique quant à qui sont les bailleurs de fonds et à hauteur de combien chacun doit contribuer fragilise la portée réelle de l’engament financier.
Il reste donc beaucoup de chemin à parcourir pour traduire la promesse de 300 milliards de dollars (259,2 milliards d’euros) par an en engagements crédibles.
Les COP sur le climat, l’énergie fossile et le jeu des lobbies
Pas plus que la Convention climat datant de 1992, l’accord de Paris ne mentionne la question de la sortie des énergies fossiles, le terme lui-même n’étant nulle part utilisé.
En 2021, la décision finale de la COP26 mentionnait pour la première fois le nécessaire abandon du charbon ; celle de la COP28 à Dubaï élargissait la focale à l’ensemble des énergies fossiles. C’est un progrès, tant la marche vers le net zéro est indissociable de la sortie accélérée des énergies fossiles.
Paradoxalement, depuis que les COP ont inscrit la question de l’énergie fossile à leur ordre du jour, la présence des lobbies ‘pétrogaziers’ s’y fait de plus en plus pesante.
Elle est visible dans les multiples évènements qui se tiennent parallèlement aux sessions de négociation, et plus discrète au sein des délégations officielles conduisant les négociations. Une situation régulièrement dénoncée par les ONG qui réclament plus de transparence et une gouvernance prévenant les conflits d’intérêts lorsque le pays hôte de la COP est un pays pétrolier, comme cela a été le cas à Dubaï (2023) et à Bakou (2024).
En réalité, l’accord de Paris n’a pas accru l’influence des lobbies proénergie fossile : ces derniers s’appliquent à freiner les avancées de la négociation climatique depuis ses débuts. Il n’a pas non plus réduit leur pouvoir de nuisance, qui résulte de la prise de décision au consensus, qui donne un poids disproportionné aux minorités de blocage. Pas plus qu’il ne prévoit de mécanisme retenant ou pénalisant ceux qui font défection.
Un « backlash » climatique impulsé par l’Amérique ‘trumpienne’
Parmi les décrets signés par Donald Trump le premier jour de sa présidence figurait celui annonçant le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat. Une façon particulière de souffler la dixième bougie d’anniversaire.
Si la sortie lors du premier mandat avait été un non-événement, il en fut autrement cette fois-ci. En quittant l’accord, l’Amérique trumpienne ne s’est nullement mise en retrait. L’offensive engagée au plan interne par l’administration républicaine contre toute forme de politique climatique s’est doublée d’une diplomatie anti-climat agressive, comme l’a illustré le torpillage en règle de l’accord sur la décarbonation du transport maritime de l’Organisation maritime internationale.
Cette diplomatie repose sur les mêmes fondements que la nouvelle politique étrangère du pays : la défense de ses intérêts commerciaux, à commencer par ceux des énergies fossiles, à l’exclusion de toute autre considération portant sur les normes internationales en matière de droits humains, de défense de l’environnement ou de lutte contre le réchauffement planétaire.
Cette offensive anti-climat peut-elle sonner le glas de l’accord de Paris ? Les États-Unis disposent d’alliés parmi les grands exportateurs d’énergie fossile et leur idéologie anti-climat se diffuse insidieusement au-delà de leurs frontières. S’ils faisaient trop d’émules, l’accord de Paris perdrait rapidement de sa consistance.
Un autre scénario peut encore s’écrire : celui d’un front commun entre la Chine, l’Union européenne et l’ensemble des pays réaffirmant leurs engagements climatiques. Un tel jeu d’alliance serait inédit et pas facile à construire. Il sera peut-être rendu possible par la démesure de l’offensive anti-climat de l’Amérique ‘trumpienne’. Le premier acte se jouera à la COP de Belém, dès novembre prochain.
climat énergies fossiles Accord de Paris négociations internationales émissions de CO2 réchauffement planétaire COP30
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Source : https://theconversation.com/dix-ans-apres-quel-bilan-pour-laccord-de-paris-268532
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Dix ans après son adoption, quel bilan pour l’Accord de Paris ? - Publié le 30 septembre 2025 – Document canadien ‘climatoscope.ca’ - Auteurs : Géraud de Lassus St-Geniès Professeur agrégé Faculté de droit Université Laval ; Annie Chaloux Professeure agrégée École de politique appliquée Université de Sherbrooke
Dans l’histoire de la diplomatie climatique, le 12 décembre 2015 restera longtemps une date marquante. C’est en effet ce jour-là que 196 États ont adopté par consensus l’Accord de Paris, un traité international qui a posé les bases d’un nouveau cadre juridique pour organiser la riposte mondiale face à ce « défi sans précédent de portée civilisationnelle » (Assemblée générale des Nations Unies, 2023) que sont les changements climatiques. Ce texte, immédiatement devenu la pierre angulaire de la gouvernance du climat, a fédéré les États autour d’une ambition claire : contenir l’élévation de la température nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en poursuivant l’action menée pour limiter cette élévation à 1,5 °C.
L’adoption de l’Accord de Paris, résultat de quatre années de négociations, avait alors été saluée presque unanimement comme un évènement historique. Pour plusieurs, cette formidable victoire du multilatéralisme laissait présager le début d’une nouvelle ère dans la gouvernance du climat et l’espoir d’un véritable élan collectif face à l’urgence climatique. Un espoir d’ailleurs conforté, un temps, par l’adhésion très forte que ce texte a suscitée auprès des États : le seuil de ratification nécessaire à son entrée en vigueur a rapidement été atteint (l’Accord de Paris est entré en vigueur le 4 novembre 2016 et compte aujourd’hui 195 parties). De plus, de nombreux acteurs infra-étatiques et non étatiques ont témoigné de leur soutien à ce traité.
Dix ans plus tard, peut-on dire que ce sursaut collectif tant espéré a vraiment eu lieu ? Alors que le seuil de 1,5 °C semble désormais franchi, que les conséquences des changements climatiques s’amplifient et que les États-Unis ont exercé pour une seconde fois leur droit de retrait de l’Accord de Paris, il est possible d’en douter. Faut-il en conclure que l’Accord de Paris n’est qu’une preuve manifeste de l’inutilité de la coopération internationale dans ce domaine ? Peut-être pas non plus. À la lumière de ses dix années d’existence, c’est en réalité un bilan en demi-teinte de l’Accord de Paris qui doit être dressé.
L’Accord de Paris : une nouvelle approche de l’action climatique
Le besoin d’un renouveau
Pour comprendre en quoi l’adoption de l’Accord de Paris représentait un évènement majeur dans l’histoire de la gouvernance du climat, une brève mise en contexte s’impose. C’est en 1992, lorsque la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques a été adoptée, que s’est amorcée la coopération internationale dans ce domaine. Ce traité, au contenu trop général pour pouvoir véritablement changer le cours des choses, a été complété en 1997 par un second traité : le Protocole de Kyoto. Contrairement à la Convention-cadre, ce texte comprenait des engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) à atteindre entre 2008 et 2012, mais uniquement pour les pays développés. Les pays en développement, quant à eux, se voyaient exemptés de tout engagement de la sorte.
Cette dualité normative, traduction juridique du principe des responsabilités communes, mais différenciées, et des capacités respectives inscrites dans la Convention-cadre, a été la marque du Protocole de Kyoto ; une marque néanmoins problématique, car elle a poussé les États-Unis à refuser de ratifier ce traité au nom des désavantages économiques que ce texte lui procurerait face à d’autres États, comme la Chine.
En 2005, au moment où ont débuté les discussions sur la définition des cibles de réduction des GES des pays développés pour la période après 2012 dans le cadre du Protocole de Kyoto, un constat s’est imposé. Alors que les émissions de GES diminuaient dans les pays développés (exception faite du Canada), elles augmentaient rapidement dans les pays en développement. Dans ce contexte, la poursuite de l’action collective au moyen du Protocole de Kyoto devenait donc une question d’actualité.
Une période de grande incertitude s’est alors amorcée à propos de l’avenir de la coopération climatique internationale, les pays développés et en développement s’opposant sur la question d’une éventuelle « sortie » du Protocole de Kyoto. Une solution a finalement été trouvée en 2011 : après 2012, le Protocole ferait l’objet d’une seconde période d’engagement, mais en contrepartie, les pays en développement ont accepté de lancer des négociations pour élaborer un nouvel instrument juridique destiné à prendre le relais du Protocole à l’expiration de sa deuxième période d’engagement. C’est précisément ce processus qui a mené, en 2015, à l’adoption de l’Accord de Paris. Si ce texte a marqué un tournant dans la gouvernance du climat, c’est donc d’abord parce qu’il définissait des modalités pour l’action collective en faveur du climat sur le long terme. Toutefois, c’est aussi parce qu’il établissait un cadre juridique plus flexible et inclusif que celui du Protocole de Kyoto, rompant avec la logique des annexes au profit d’une approche permettant à chaque Partie de choisir le niveau d’ambition de son action climatique.
Un cadre novateur, plus flexible et inclusif{{}}
L’Accord de Paris vise trois objectifs : limiter l’élévation des températures ; renforcer les capacités d’adaptation ; réorienter les flux financiers. En ce qui concerne l’atténuation, il définit la trajectoire que les émissions mondiales de GES devraient suivre au cours du siècle (un plafonnement des émissions suivi d’une réduction rapide en vue d’atteindre un « équilibre » entre les émissions et les absorptions après 2050).
Pour parvenir à cette trajectoire, chaque Partie est tenue d’élaborer un document (intitulé « contribution déterminée au niveau national », ou « CDN ») dans lequel elle énonce les objectifs qu’elle souhaite se donner en matière de lutte contre les changements climatiques, en fonction de ce qu’elle considère juste par rapport à sa situation nationale. Ce système s’accompagne d’un mécanisme de rehaussement progressif de l’ambition, en vertu duquel il est attendu des Parties qu’elles soumettent tous les cinq ans une contribution plus ambitieuse que la précédente.
Bien que les Parties soient tenues de communiquer une CDN et de prendre des mesures internes pour atteindre les objectifs qui y sont énoncés, la réalisation de ces objectifs n’est pas obligatoire. En revanche, l’Accord de Paris prévoit un cadre renforcé de transparence qui oblige toutes les Parties à divulguer des informations permettant de visualiser clairement la façon dont chacune progresse dans la réalisation de sa CDN. À cela s’ajoute un bilan de la mise en œuvre, effectué tous les cinq ans, qui vise à évaluer les progrès collectifs accomplis pour atteindre les objectifs de l’Accord de Paris. L’approche ici adoptée repose ainsi sur l’idée qu’obliger les États à faire preuve de transparence dans leurs actions est une meilleure option pour les inciter à agir que de prévoir des mécanismes de sanctions.
L’Accord de Paris marque donc à plusieurs égards une rupture avec le Protocole de Kyoto. D’une part, la distinction entre le traitement réservé aux pays développés et à ceux en développement est moins prononcée, car l’ensemble des Parties est soumis aux mêmes obligations en matière d’atténuation et de transparence. D’autre part, les objectifs de lutte contre les changements climatiques de chaque Partie sont déterminés à l’échelle nationale, selon une approche ascendante, et non plus lors de discussions internationales. De plus, ils ne sont pas obligatoires. C’est donc un nouveau modèle de coopération, plus souple et plus inclusif, qui a vu le jour avec l’Accord de Paris.
L’Accord de Paris : un bilan mitigé sur le plan de l’ambition{{}}
Dix ans après l’adoption de l’Accord de Paris, le premier constat qui s’impose est que son objectif de limiter la hausse des températures semble pour l’instant hors de portée. En effet, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, limiter l’élévation des températures sous le seuil de 1,5 °C exigerait une réduction des émissions de GES de 43 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019.
Or, si l’ensemble des CDN communiquées étaient réalisées (ce qui est loin d’être certain), il en résulterait seulement une baisse de 5,9 % des émissions d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2019 (Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, 2024). Le réchauffement climatique serait alors de l’ordre de 2,6 °C d’ici la fin du siècle (Programme des Nations unies pour l’environnement, 2024).
Ces chiffres mettent en évidence les limites de ce modèle de coopération fondé sur le caractère de l’action climatique déterminé à l’échelle nationale. Certes, il a permis à l’Accord de Paris de faire l’objet d’une adhésion quasi universelle. Cependant, le fait de laisser à chacun le soin de déterminer ce qu’il considère être sa « juste part » en matière de lutte contre les changements climatiques ne peut garantir que la somme des actions individuelles soit en adéquation avec les cibles d’atténuation définies par l’Accord de Paris. Dans les résultats du premier bilan de la mise en œuvre de l’Accord de Paris obtenus en 2023, les Parties rappellent d’ailleurs l’écart entre ce qui est promis dans les CDN et les actions requises, en déclarant que « les Parties prises collectivement ne sont pas en passe de réaliser l’objet de l’Accord de Paris et d’atteindre ses buts à long terme » (Conférence des Parties à l’Accord de Paris, 2023).
Ce manque d’ambition s’observe également dans la finance climatique. Au moment d’adopter l’Accord de Paris, les pays développés avaient convenu (dans un document non obligatoire accompagnant le texte de l’Accord) de prolonger l’objectif (initialement formulé en 2009) de transférer 100 milliards de dollars par an aux pays en développement d’ici 2020, jusqu’en 2025. Or, cet objectif n’a été atteint qu’en 2022. Les négociations sur le montant du nouvel objectif collectif quantifié à transférer au titre de la finance climatique pour la période postérieure à 2025, qui se sont conclues en 2024, ont à nouveau été l’occasion de prendre la mesure de ce défi de l’ambition. Alors que le soutien nécessaire à la mise en œuvre de l’ensemble des mesures énoncées dans les CDN des pays en développement était estimé entre 455 et 584 milliards de dollars par an d’ici 2030, le nouvel objectif en matière de finance climatique a seulement été fixé à 300 milliards de dollars par an jusqu’en 2035 (Conférence des Parties à l’Accord de Paris, 2024).
Cela dit, si les engagements pris au titre de l’Accord de Paris ne sont pas encore à la hauteur de ce qu’exige le défi climatique, il n’en demeure pas moins que leur niveau d’ambition progresse avec le temps. Trop faiblement et trop lentement, mais il progresse. Ainsi, alors que la somme des engagements contenus dans les premières CDN plaçait le monde sur une trajectoire d’augmentation des températures d’environ 3,2 °C d’ici la fin du siècle, l’estimation de cette augmentation a été ramenée à 2,6 °C après la communication des deuxièmes CDN. Le mécanisme de rehaussement progressif de l’ambition des CDN prévu par l’Accord de Paris semble donc fonctionner.
Par ailleurs, la progression de l’ambition ne se mesure pas qu’en chiffres. Elle peut aussi s’apprécier au regard des idées qui sont promues dans les décisions prises par la Conférence des Parties (CdP) à l’Accord de Paris. Or, sur ce terrain aussi, une progression s’observe. Par exemple, alors qu’en 2022, la CdP encourageait le passage à « des systèmes énergétiques à faibles émissions » (Conférence des Parties à l’Accord de Paris, 2022), l’année suivante, elle invitait à « opérer une transition juste, ordonnée et équitable vers une sortie des combustibles fossiles dans les systèmes énergétiques » (Conférence des Parties à l’Accord de Paris, 2023). Même si la formule n’a pas été reprise dans les décisions adoptées par la CdP en 2024, il reste que l’évocation de cette transition hors des énergies fossiles dans ce forum multilatéral a grandement contribué à accroître la légitimité des plaidoyers en faveur de la décarbonisation des économies.
La résilience de l’Accord de Paris face aux turbulences mondiales{{}}
Pendant sa courte existence, l’Accord de Paris a dû faire face à plusieurs crises importantes. La première est survenue très rapidement, en 2017, lorsque le président Trump a annoncé le retrait des États-Unis de ce traité. La crainte était alors que ce désengagement incite d’autres États à faire de même, au risque de réduire considérablement la portée de l’Accord de Paris. Cette crainte ne s’est toutefois pas matérialisée et les États-Unis sont à nouveau devenus membres de l’Accord en 2021. D’autres crises ont également mis la coopération climatique à rude épreuve : la pandémie de COVID-19, l’inflation mondiale, la guerre en Ukraine et les tensions énergétiques globales. Pourtant, malgré ces aléas, les discussions entre les Parties à l’Accord de Paris en vue d’assurer la bonne mise en œuvre de ce traité se sont toujours poursuivies. Jusqu’à présent, le système de coopération a tenu bon, et les États se sont dans l’ensemble conformés assez fidèlement aux dispositions de ce traité. On pourrait objecter que, celles-ci étant flexibles et peu ambitieuses, le défi n’est pas si grand. Or, à une époque où les assises mêmes de l’ordre international fondé sur les règles (rules-based order) sont mises à mal, le fait que la légalité internationale soit respectée et que le dialogue se poursuive mérite d’être souligné.
La dynamique impulsée par l’Accord de Paris{{}}
Enfin, il faut souligner la dynamique que l’adoption de l’Accord de Paris a permis d’impulser dans les différentes strates de la société. Fortement médiatisée, l’adoption de ce texte a conduit à démocratiser la question climatique et à faire en sorte que celle-ci soit abordée par de multiples acteurs, dans de multiples forums. Qu’il s’agisse d’entreprises, de gouvernements locaux, d’universités ou d’organisations non gouvernementales, de nombreux acteurs affichent aujourd’hui leur volonté d’être en phase avec les objectifs de l’Accord de Paris. En outre, ce traité est fréquemment invoqué par les requérants dans les contentieux climatiques et utilisé par les tribunaux pour interpréter des textes juridiques non liés au climat de manière favorable à la lutte contre les changements climatiques. En somme, l’Accord de Paris constitue sur cette question le texte de référence qui, grâce à ses objectifs d’atténuation à long terme, offre aux acteurs tant étatiques que non étatiques une sorte de boussole.
L’Accord de Paris à la croisée des chemins{{}}
Dix ans après son adoption, l’Accord de Paris reste une avancée majeure dans l’histoire de la diplomatie climatique. Il offre un cadre de coopération stable, dont les fondements ne nécessitent en principe aucune renégociation à court et à moyen terme, qui bénéficie d’une adhésion quasi universelle et qui représente aujourd’hui le centre de gravité d’une gouvernance mondiale du climat de plus en plus fragmentée.
Cependant, il est vrai que l’Accord de Paris n’est pas encore parvenu à générer l’effet de levier nécessaire pour infléchir les courbes d’émissions de GES. Pourtant, si les retombées positives de ce texte sont jusqu’à présent restées trop limitées, elles existent et on peut penser (ou espérer) qu’elles iront en augmentant à l’avenir. L’Accord de Paris ayant été créé autour de l’idée d’une progression régulière du niveau d’ambition des efforts consentis par ses Parties, il faut nécessairement du temps pour que le remède fasse effet, même si on sait qu’il est urgent d’agir.
Malheureusement, l’enjeu crucial n’est peut-être plus aujourd’hui celui du rythme de l’action. Compte tenu de la tentation du repli national qui gagne beaucoup d’États et de cette relativisation de l’urgence de la crise climatique que l’on observe un peu partout, à l’avenir, le bilan que l’on pourra faire de l’Accord de Paris semble désormais devoir dépendre d’une chose : la volonté réelle des États de s’attaquer à ce défi climatique.
Références : {{}}
Assemblée générale des Nations Unies (2023). Demande d’avis consultatif de la Cour internationale de Justice sur les obligations des États à l’égard des changements climatiques, Résolution 77/276. Consulter la source
Conférence des Parties à l’Accord de Paris (2022). Décision 1/CMA.4, Plan de mise en œuvre de Charm el-Cheikh, U.N. Doc. UNFCCC/CMA/2022/10/Add.1. Consulter la source
Conférence des Parties à l’Accord de Paris (2023). Décision 1/CMA.5, Résultats du premier bilan mondial, U.N. Doc. FCCC/PA/CMA/2023/16/Add.1. Consulter la source
Conférence des Parties à l’Accord de Paris (2024). Décision 1/CMA.6, New collective quantified goal on climate finance, U.N. Doc. FCCC/PA/CMA/2024/17/Add.1. Consulter la source
Programme des Nations unies pour l’environnement (2024). Emissions Gap Report 2024 : No more hot air… please ! With a massive gap between rhetoric and reality, countries draft new climate commitments, UNEP, Nairobi. Consulter la source
Secrétariat de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (2024). Nationally determined contributions under the Paris Agreement. Synthesis report by the secretariat, U.N. Doc. FCCC/PA/CMA/2024/10. Consulter la source
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Il n’a jamais fait aussi chaud sur Terre depuis 125.000 ans, mais la catastrophe peut toujours être évitée - Lucas Bonnière 30/10/2025, 10:05 modifié 30/10/2025, 10:22 – Document ‘actu.geo.fr’ Environnement
Consommation d’énergies fossiles à la hausse, multiplication des feux de forêts, réchauffement des océans... Une étude publiée ce mercredi alarme sur l’état de santé de notre planète, dont la température moyenne a officiellement dépassé les +1,5 °C par rapport à la période préindustrielle l’année dernière. Face à cette situation critique, les scientifiques appellent à l’action.
Le bilan dressé ce mercredi par le 2025 State of the Climate Reportfait froid dans le dos. Tout d’abord, malgré un niveau record d’utilisation d’énergies solaires et éoliennes, notre consommation d’énergie fossile n’a jamais été aussi élevée. En 2024, elle représentait 31 fois la consommation des énergies éoliennes et solaires combinées.
En parallèle, à cause du double réchauffement des océans et de l’atmosphère, les scientifiques prévoient des perturbations majeures dans les cycles climatiques, qui impacteront tous les continents.
De fait, des catastrophes naturelles dramatiques se sont succédées ces deux dernières années, à l’image des inondations au Texas qui ont causé la mort de 135 personnes cet été ou des incendies de janvier àLos Angeles dont les dégâts se chiffrent en centaines de milliers de dollars. À la fin de l’été 2024, le typhon Yagi avait quant à lui laissé plus de 800 victimes dans son sillage en Asie du Sud-est.
Mettre en place des ’solutions sérieuses’{{}}
Face à une atmosphère de plus en plus étouffante, Sarah Perkins-Kirkpatrick, chercheuse australienne et co-autrice de l’étude, appelle son pays à réduire rapidement les émissions de GES, et surtout, à mettre en place de ’sérieuses’ politiques d’atténuation et d’adaptation au changement climatique.
Si nous ne parvenons pas à anticiper un climat plus chaud, nous serons confrontés à des catastrophes naturelles plus dangereuses, qui submergeront nos services d’urgence, mettront à rude épreuve notre économie et déstabiliseront des communautés partout dans la région.
’Nous vivons déjà dans un monde avec des vagues de chaleur plus longues, plus chaudes, et plus mortelles. Si aucune mesure forte n’est prise pour réduire nos émissions et adapter les villes, les infrastructures et les systèmes de santé, l’humidité et la chaleur extrême pousseront nos corps à leur limite. Ce n’est qu’un exemple des nombreux impacts auxquels nous devons nous préparer si rien ne change’ ajoute la chercheuse.
5 pistes d’actions{{}}
Heureusement, les solutions pour limiter les dégâts sont déjà entre nos mains, explique la professeure Perkins-Kirkpatrick, tout en rappelant que le temps nous est compté. Le rapport présente ainsi cinq secteurs d’actions, qui, combinés, permettraient d’atteindre la moitié des efforts nécessaires pour limiter le réchauffement climatique en dessous des +2 °C d’ici 2100.
À eux seuls, les projets de protection des forêtset de reforestation ont le pouvoir d’absorber 88 gigatonnes de CO2 d’ici 2050 — l’équivalent des émissions produites par 600 millions de voitures sur 30 ans.
En démocratisant des produits réfrigérants plus sûrs pour l’environnement, 100 gigatonnes de CO2 pourraient être économisées d’ici 2050.
Une transition énergétique réussie nous offrirait également une réduction de 86 gigatonnes grâce au solaire, et de 57 gigatonnes avec l’éolien.
En plus d’améliorer la sécurité alimentaire, réduire de 30 % le gaspillage alimentaire (surtout dans les pays développés), permettrait d’économiser jusqu’à 89 gigatonnes d’ici 2050.
Enfin, d’après le rapport, l’expansion des programmes de planification familiale et des politiques axées sur le développement de l’accès à l’éducation, surtout dans les pays en voie de développement, pourraient faire baisser les taux de fécondité et ainsi éviter d’émettre 69 gigatonnes de CO2.
’La plupart des solutions dont nous avons besoin existent déjà’ conclut la professeure Perkins-Kirkpatrick, ’mais notre fenêtre d’action se referme rapidement’.
’Chaque fraction de réchauffement que nous parviendrons à prévenir, nous évitera une catastrophe climatique encore pire’, conclut-elle.
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Inde - L’Odisha (en odia : ଓଡ଼ିଶା), appelé Orissa jusqu’au 4 novembre 2011, est un État côtier de l’Est de l’Inde. Il compte environ 47 millions d’habitants. Localisation de l’État en Inde.
Odisha — Wikipédia
Comment le changement climatique perturbe l’éducation dans la région côtière de l’Odisha - Par Tazeen Qureshy|18 octobre 2025 - Changement climatique indiaspend-com.translate.goog
Les cyclones, les vagues de chaleur et les inondations à répétition entraînent des fermetures d’écoles prolongées, provoquant des pertes d’apprentissage irréversibles. {{}}
Les phénomènes météorologiques extrêmes sur la côte de l’Odisha ont fait des pertes d’apprentissage une victime négligée, souvent reléguée au second plan sous l’appellation de « perte non économique ».
Ganjam, Odisha : Par un après-midi nuageux, CH Padmini, une jeune femme d’une vingtaine d’années, flâne sur la plage de Rushikulya, perdue dans ses pensées. Un groupe de pêcheurs réparant leurs filets échange des salutations en télougou à son passage. Elle s’arrête près de l’eau, où un bateau de pêche est amarré.
« Je me souviens très bien de cette année-là : c’était en 2013, et le cyclone Phailin a frappé en octobre », raconte Padmini, habitante du district de Ganjam, dans l’État d’Odisha. « Pour nous, les adolescents du coin, c’était le premier grand cyclone dont nous nous souvenions. Nos parents avaient vu le super cyclone de 1999, qui avait causé d’énormes dégâts, mais pour nous, Phailin a été une période difficile. »
« J’étais alors en seconde. Notre village était gravement inondé et toute communication était coupée. Nous ne pouvions ni aller à l’école ni suivre les cours. Même lorsque nous sortions pour étudier en groupe, nous devions porter nos livres sur la tête car l’eau nous arrivait jusqu’au cou. Pendant trois mois, nous n’avons pas eu d’électricité et nous avons étudié à la lueur des bougies. »
Padmini, habitante du village de Podampeta, majoritairement peuplé par la communauté télougou, a réussi ses examens de fin d’études secondaires malgré les difficultés. Titulaire d’une maîtrise en sciences et d’une licence en sciences de l’éducation, elle travaille comme formatrice en compétences numériques pour VIEWS, une ONG locale œuvrant dans le domaine de l’éducation. Elle donne également des cours particuliers à des enfants jusqu’en classe de 3e.
Podampeta, niché sur la côte du golfe du Bengale, porte les stigmates du changement climatique comme une plaie ouverte. Autrefois peuplé d’environ 475 familles, le village a été peu à peu englouti par la mer . Ses habitants, principalement des pêcheurs, ont été contraints à l’exode. Aujourd’hui, le vieux Podampeta a des allures de village fantôme, avec ses maisons délabrées accrochées au rivage, leurs ruines envahies par la végétation. La famille de Padmini est l’une des deux seules à y vivre encore ; les autres habitent désormais à New Podampeta, à 2 km de là.
Face à la précarité de leurs moyens de subsistance, certaines familles se sont tournées vers le travail journalier, voire ont opté pour l’émigration. La victime invisible est l’éducation des enfants : reléguée au second plan, négligée, considérée comme une simple « perte non économique ».
Podampeta, un village de pêcheurs du district de Ganjam, dans l’État d’Odisha, n’est plus que ruines après que l’érosion côtière a englouti ses maisons.
Phénomènes météorologiques extrêmes en Odisha{{}}
Les zones côtières sont plus exposées aux impacts du changement climatique, notamment à l’érosion côtière, aux catastrophes liées au climat et aux phénomènes météorologiques extrêmes comme les vagues de chaleur.
L’Autorité nationale de gestion des catastrophes a constaté qu’entre 1891 et 1990, 262 cyclones (dont 92 violents) ont frappé une bande de 50 km au large de la côte est, tandis que la côte ouest a connu 33 cyclones au cours de cette période de 100 ans, dont 19 violents. L’Odisha, sur la côte est de l’Inde, est particulièrement vulnérable à ces phénomènes. Rien qu’entre 2018 et 2024, la région a subi au moins huit tempêtes cycloniques, soit directement sur les côtes, soit en touchant terre dans les États voisins du Bengale-Occidental et de l’Andhra Pradesh. Environ 25 % du littoral de l’État est sujet à l’érosion. Ces événements ont entraîné des fermetures d’écoles répétées dans tout l’État.
Les phénomènes météorologiques extrêmes, tels que les vagues de chaleur et les pluies torrentielles, perturbent de plus en plus l’éducation. Cette année, en raison des fortes chaleurs, les écoles ont commencé leurs vacances d’été le 23 avril, au lieu de la première semaine de mai comme prévu. De même, des pluies abondantes et hors saison ont entraîné à plusieurs reprises des fermetures d’écoles anticipées, aggravant les retards d’apprentissage dans les districts côtiers.
Des écoliers circulent à vélo sur une route bordée de champs inondés dans le bloc de Kujang, district de Jagatsinghpur, dans l’État d’Odisha.
« L’impact des phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique a accentué la vulnérabilité des zones côtières de l’Odisha », explique Umasankar Das, météorologue au Département météorologique indien de New Delhi, qui a beaucoup travaillé dans l’Odisha. « L’érosion côtière et l’élévation du niveau de la mer amplifient les effets des cyclones, même lorsque ceux-ci longent les côtes sans toucher terre. Si les précipitations totales restent globalement similaires, les épisodes de fortes pluies se sont multipliés tandis que le nombre de jours de pluie a diminué, créant ainsi une répartition inégale des précipitations. »
« Les zones côtières souffrent davantage des fortes chaleurs que les régions intérieures. L’humidité, combinée à la chaleur, crée un stress thermique important, rendant les étés insupportables », souligne Das. « La fréquence des vagues de chaleur augmente à l’échelle mondiale et en Inde en raison du changement climatique, et l’impact combiné de la hausse des températures et de l’humidité est indéniable. Cette année, les vagues de chaleur ont débuté en mars, et non en avril-mai comme c’est généralement le cas, confirmant ainsi la hausse des températures durant ces mois. »
La chaleur humide entrave la capacité du corps à se refroidir par la transpiration, comme l’indiquait IndiaSpend en mai 2025. Le seuil de déclaration d’une vague de chaleur en dépend également, mais il est plus bas pour les zones côtières que pour les plaines, comme nous l’avions signalé. Compte tenu de l’humidité élevée, il pourrait être nécessaire de revoir ces directives.
Leçons tirées de la pandémie et au-delà{{}}
La pandémie de Covid-19 nous rappelle brutalement à quel point les fermetures prolongées d’écoles peuvent entraîner de graves retards d’apprentissage. À l’échelle mondiale, les élèves ont manqué 1 800 milliards d’heures de cours en présentiel depuis le début de la pandémie et les confinements qui ont suivi, selon un rapport publié en septembre 2021 par la Banque mondiale, l’UNESCO et l’UNICEF. Ce sont les populations les plus vulnérables des pays à revenu faible et intermédiaire qui ont été les plus durement touchées, d’après un rapport publié le même mois.
Les fermetures fréquentes d’écoles dues aux phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique menacent de creuser un fossé d’apprentissage intergénérationnel similaire et potentiellement irréversible. Un article paru en 2024 dans la revue Discover Sustainability a étudié l’impact des catastrophes naturelles sur les résultats scolaires entre 2004-2005 et 2011-2012 à partir de l’Enquête indienne sur le développement humain. L’impact négatif sur le niveau d’instruction « pourrait avoir des effets perturbateurs à long terme, au-delà des pertes immédiates, et se faire sentir sur plusieurs générations », en particulier pour les populations marginalisées, indique l’article.
Or, comme nous l’avons dit, ces effets sont rarement abordés dans les publications traitant des impacts du changement climatique. Sur 15 articles de synthèse sur les impacts économiques du changement climatique publiés depuis 2010, seuls trois mentionnent ses conséquences sur l’éducation, selon un article de 2024 paru dans The World Bank Research Observer. Outre les fermetures d’écoles qu’il provoque, le phénomène météorologique extrême a également un impact négatif sur les résultats scolaires, notamment en affectant la santé, la nutrition, la pauvreté et la fragilité, comme le souligne cet article.
« Les familles touchées n’ont souvent pas les moyens de couvrir les frais de scolarité de leurs enfants, notamment les uniformes et les frais de transport », constatait une note d’orientation de l’Université des Nations Unies publiée en 2023. La perte de leurs papiers d’identité complique l’inscription scolaire de ces familles après les migrations liées au changement climatique.
De plus, ces perturbations peuvent également entraîner des décrochages scolaires , notamment au secondaire et dans le supérieur, lorsque les enfants occupent un emploi rémunéré pour compenser les pertes de revenus familiaux. Les adolescentes sont particulièrement vulnérables aux risques de mariage précoce, de traite des êtres humains et de violences sexuelles et physiques fondées sur le genre.
Dans le bloc de Kujang, dans le district de Jagatsinghpur (Odisha), les inondations sont presque un phénomène annuel, ce qui rend l’école locale vulnérable.
Dans le village de Saharadiya, situé dans le bloc de Kujang, district de Jagatsinghpur (Odisha), l’école locale, construite sur les rives du fleuve Mahanadi, est inondée presque chaque année. « Les écoles restent fermées, alors on joue », explique Pinky Pradhan, élève de 7e. « Nos parents nous grondent et nous demandent d’étudier. Mais c’est difficile sans professeurs. Du coup, on prend des cours particuliers. »
Sa mère, Sumanta, intervient : « Presque chaque année, il y a des inondations et l’école est à moitié submergée. Les cours sont suspendus pendant 1 à 15 jours, selon la gravité de la situation. Lors des fermetures prolongées, les enseignants tentent des cours en ligne, mais l’apprentissage n’est pas le même. Ces jeunes enfants se laissent facilement distraire. En cas d’inondation, nous, parents, avons des responsabilités plus importantes que de vérifier constamment si nos enfants étudient ou non. »
« Lorsque les vacances d’été anticipées sont annoncées, les enseignants se rendent au travail, mais les élèves restent à la maison », explique Laxmicharan Behera, enseignant à l’école de Podampeta. « Nous donnons des devoirs conformément aux consignes et partageons des vidéos YouTube de l’OSEPA (Autorité du programme d’éducation scolaire de l’Odisha). Le suivi des progrès via des groupes WhatsApp est utile. Bien que l’attention en classe soit irremplaçable, nous essayons de prévenir les lacunes d’apprentissage. »
Mais l’accès est limité. Un rapport de 2021 publié par le ministère de l’Éducation et de l’Alphabétisation indique que seulement 46 % des élèves disposent d’une connexion internet à domicile.
Au cours des premiers mois de la pandémie, plus de 80 % des parents d’enfants scolarisés dans des écoles publiques ont déclaré que l’enseignement n’avait pas été assuré pendant le confinement, selon une enquête menée dans cinq États et rapportée par IndiaSpend en septembre 2020. Cet échec était principalement dû au fait que les familles ne disposaient pas d’appareils numériques et n’avaient pas accès aux supports d’enseignement numériques.
Dans ces cas-là, les parents se tournent vers les cours particuliers comme une bouée de sauvetage. « Nous encourageons nos enfants à aller à l’école tous les jours, une opportunité qui nous avait manqué. Les fermetures d’écoles prolongées sont moins difficiles à vivre grâce aux cours particuliers. Nous payons directement les tuteurs, ce qui les responsabilise. Les enseignants du secteur public sont payés même pendant les vacances », explique J. Shyam, journalier, habitant de New Podampeta et père de trois enfants.
Solutions locales{{}}
Bien que la politique éducative prévoie un dispositif de soutien scolaire , elle manque de directives claires. Une solution consisterait à impliquer les communautés dans le processus éducatif.
« Le principal problème lors des fermetures prolongées d’écoles est la rupture du lien entre les élèves et l’éducation. Si ce lien est rétabli, les retards d’apprentissage peuvent être minimisés », explique Pradeep Kumar Mohanty, responsable du programme d’État de Bharat Gyan Vigyan Samiti (BGVS), qui œuvre dans le secteur de l’éducation en Odisha depuis 1992. « Une solution consisterait à impliquer la communauté ou à promouvoir la participation active des parents par le biais des comités de gestion scolaire. »
Son équipe a mis en place des centres d’apprentissage pilotes dans la région de Brahmagiri, vulnérable au changement climatique, gérés par des bénévoles locaux. « Nous devons aussi aider les enfants à développer un lien affectif avec leur école par des gestes simples : jouer sur le campus pendant les vacances, arroser et entretenir les jeunes arbres qui y sont plantés », explique Mohanty.
Padmini, qui forme les jeunes aux compétences numériques tout en travaillant en étroite collaboration avec sa communauté, souligne la nécessité d’une action locale urgente.
« Chaque communauté, au sein d’une même région, fait face à des défis différents », a-t-elle déclaré. « La nôtre était une communauté de pêcheurs, où presque tous les habitants étaient impliqués. Mais aujourd’hui, en raison des interdictions de pêche liées à la conservation des tortues olivâtres et des phénomènes météorologiques extrêmes, la pêche n’est plus une option viable à l’année. De nombreux habitants migrent donc vers d’autres régions pour trouver un emploi qualifié. Cela représente une perte d’opportunités pour les jeunes qui cherchent à assurer leur avenir. Il est donc impératif de trouver des solutions adaptées aux communautés locales pour faire face aux bouleversements climatiques. »
Ce reportage a été réalisé avec le soutien du Réseau de journalisme sur la Terre. Vos commentaires sont les bienvenus. Veuillez écrire à respond@indiaspend.org . Nous nous réservons le droit de corriger les réponses pour des raisons de langue et de grammaire.
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Tazeen Qureshy - Tazeen Qureshy est une journaliste indépendante basée dans l’Odisha. Elle couvre l’actualité rurale, le climat et l’environnement, les questions de genre, l’éducation, la santé et le sport. Elle est titulaire d’un master en journalisme convergent de l’université Jamia Millia Islamia de New Delhi.
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L’agriculture au Brésil : comment les choix d’utilisation des terres affectent la biodiversité et le climat mondial – Traduction du 07 novembre 2025 par Jacques Hallard d’un article intitulé « Agriculture in Brazil : how land-use choices affect biodiversity and the global climate » - Référence : https://theconversation.com/agriculture-in-brazil-how-land-use-choices-affect-biodiversity-and-the-global-climate-268823
Publié : 6 novembre 2025, 09 : 36 CET - Auteurs :
https://storage.theconversation.com/ks2o2zdoef8mk8bfikidothf2lnyThomas M. R. Gérard
PhD candidate, Copernicus Institute of Sustainable Development, Utrecht University
https://storage.theconversation.com/w3s8skgznuczf7kxro9c30wvaww2Floor van der Hilst
Associate Professor, Energy and Resources Group, Copernicus Institute of Sustainable Development, Utrecht University
https://storage.theconversation.com/ueidfvxbw3hyxbbip5f15ztd9bq3Judith A. VerstegenAssociate Professor, Department of Human Geography and Spatial Planning, Utrecht University
Déclaration d’intérêts - Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas d’actions, ne reçoivent pas de fonds d’un organisme qui pourrait bénéficier de cet article, et n’ont déclaré aucune affiliation autre que leur organisme de recherche. Partenaires- Voir les partenaires de La Conversation France
DOI https://doi.org/10.64628/AAK.xhdxu4daa SOUS LICENCE ND
Nous croyons en la libre circulation de l’information - Reproduisez nos articles gratuitement, en version imprimée ou en ligne, en utilisant notre licence ‘Creative Commons.
Au cours des 50 dernières années, le Brésil est devenu l’un des géants mondiaux de l’agriculture.
Devenir l’un des principaux exportateurs mondiaux de soja, de bœuf, de café et de sucre a considérablement stimulé son économie et placé le pays au centre du système alimentaire mondial. Ce développement agricole a cependant un coût. L’expansion de l’agriculture a conduit à la conversion généralisée de la végétation naturelle en pâturages, terres cultivées et plantations forestières. Une grande partie de cette expansion s’est produite dans des zones essentielles à la conservation de la biodiversité et au stockage du carbone terrestre.
Rien qu’au cours des 40 dernières années, les terres agricoles se sont étendues d’environ 109 millions d’hectares, soit une superficie presque deux fois supérieure à celle de la France métropolitaine. Le Brésil comprend certains des points chauds de biodiversité les plus importants au monde. Dans le même temps, ses écosystèmes sont des puits de carbone essentiels, stockant de grandes quantités de carbone essentielles à l’atténuation du changement climatique. La pression continue de l’expansion agricole souligne le besoin urgent de concilier la production avec la conservation de la biodiversité et la séquestration du carbone.
Notre nouvelle étude explore comment les futurs changements dans l’utilisation des terres au Brésil pourraient affecter la biodiversité, le climat mondial et l’économie agricole d’ici 2050. Nous considérons deux trajectoires socio-économiques partagées (SSP), chacune décrivant un avenir potentiel distinct pour le monde et le Brésil. Parmi ceux-ci, SSP3 passe un scénario caractérisé par une rivalité régionale, une forte dépendance aux combustibles fossiles, un nationalisme fort et des défis importants à la fois pour l’atténuation et l’adaptation au climat. Dans ce scénario, les terres agricoles au Brésil devraient continuer à s’étendre en raison de la demande alimentaire croissante et des améliorations modestes des champs cultivés. En revanche, la PSS 1 représente un avenir durable, mettant l’accent sur l’atténuation et l’adaptation proactives au climat, l’adoption d’énergies propres et la protection des écosystèmes naturels. Dans le cadre de la PSS 1, les terres agricoles au Brésil devraient se contracter, grâce à une demande alimentaire réduite et à des améliorations substantielles des rendements. Les lignes d’une carte du Brésil pointent vers des exemples photographiques de ses principaux biomes.
Un aperçu des principaux biomes du Brésil.
Cerrado : savane tropicale avec prairies, savanes boisées et forêt saisonnière (A. PAES/Shutterstock.com). Amazonie : forêt tropicale humide humide avec forêts denses (Gustavo Frazao/Shutterstock.com). Pantanal : zone humide tropicale avec inondations saisonnières, dominée par les savanes et les prairies (Reto Buehler/Shutterstock.com). Pampas : prairies tempérées avec steppes, végétation herbacée et arbustive (Helissa Grundemann/Shutterstock.com). Forêt atlantique : très forêt tropicale et subtropicale fragmentée (Sergio Rousselet Paulino/Shutterstock.com). Caatinga : savane semi-aride avec des parcelles de forêts saisonnières (Cacio Murilo/Shutterstock.com). Graphique, Thomas M. R. Gérard, Auteur fourni (pas de réutilisation)
Là où l’agriculture prend de l’expansion {{}}
Dans le scénario SSP3, environ 52 millions d’hectares de terres naturelles sont convertis à des fins agricoles pour répondre à la demande alimentaire croissante, affectant tous les biomes du Brésil, des régions qui englobent de grands écosystèmes avec des conditions climatiques ou écologiques similaires et un type spécifique de végétation. Cette expansion entraîne une augmentation prévue de 28% des revenus agricoles entre 2025 et 2050, mais elle s’accompagne d’importants compromis environnementaux. La perte de végétation naturelle devrait libérer un total de 12 gigatonnes de CO2 au cours de cette période. En moyenne, cela se traduirait par 0,5 gigatonne par an, ce qui est supérieur au taux d’émission annuel du Brésil lié à l’utilisation des terres au cours des années 2010. La biodiversité serait également affectée, avec environ 70% des espèces de mammifères que nous avons étudiées, y compris le loup à crinière et le singe hurleur, perdant leur habitat au cours de la même période.
Nos résultats montrent que les impacts environnementaux dépendent non seulement de l’ampleur de l’expansion agricole, mais aussi de l’endroit où elle a lieu. La déforestation doit être évitée dans la forêt amazonienne et atlantique, car les deux biomes sont riches en carbone et en biodiversité, et leur nettoyage a un impact majeur sur les deux. Dans ces biomes, que la déforestation se produise à la lisière de la forêt ou au plus profond de l’intérieur, elle libère des quantités substantielles de CO2. Pour la biodiversité, cependant, la localisation est déterminante : la déforestation dans des zones très riches en biodiversité (y compris les Terres indigènes et les Unités de conservation, zones officiellement désignées au Brésil qui bénéficient d’une protection légale) menace de manière disproportionnée les espèces aux habitats restreints. Par exemple, Saguinus bicolor, une espèce de primate avec l’un des plus petits habitats de l’Amazonie, devrait perdre plus de 7% de son aire de répartition restante, rétrécissant davantage une zone déjà limitée.
A chart showing the effects of land-use changes in Brazil on carbon stocks, mammal richness and agricultural revenue under two scenarios.
Un graphique montrant les effets des changements d’affectation des terres au Brésil sur les stocks de carbone, la richesse des mammifères et les revenus agricoles selon deux scénarios. L’impact du changement d’affectation des terres sur les stocks de carbone, la richesse des mammifères et les revenus agricoles dans les scénarios SSP1 et SSP3. T = tonne, ha = hectare. Figure adaptée de Gérard et al. (2025). Thomas M. R. Gérard, Auteur fourni (pas de réutilisation)
Restauration des écosystèmes avec de faibles pertes économiques {{}}
Selon le scénario SSP1, la baisse de la demande alimentaire devrait entraîner l’abandon des terres agricoles, libérant de vastes zones pour la restauration à leur état naturel. Entre 2025 et 2050, les revenus de l’agriculture devraient chuter de 31%, mais cela s’accompagne de compromis environnementaux positifs. Plus de 12,4 gigatonnes de CO2 supplémentaires – soit environ cinq ans d’émissions de l’UE provenant des combustibles fossiles et de l’industrie – devraient être séquestrées, une contribution majeure à l’atténuation du changement climatique. De plus, les habitats des deux tiers des espèces de mammifères que nous avons étudiées devraient s’étendre. Fait intéressant, ces résultats indiquent que la restauration des terres autour des zones restantes riches en biodiversité et en carbone pourrait offrir des avantages environnementaux substantiels avec des pertes agro - économiques relativement modestes. Dans ces régions, la restauration entraînerait une perte de revenus agricoles de seulement 5 à 10 dollars par tonne de carbone gagnée. En comparaison, le Système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne fixe actuellement le prix du carbone à environ 70 dollars la tonne, ce qui suggère que le reboisement stratégique au Brésil pourrait être une stratégie d’atténuation du changement climatique très rentable. Ceci est particulièrement pertinent, car le Brésil a récemment lancé son propre Système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (SBCE). En plus d’augmenter la séquestration du carbone, le reboisement de ces zones générerait des co-avantages substantiels pour la biodiversité, créant une opportunité synergique de faire progresser les deux.
A map of Brazil shows losses in agricultural revenue per tonne of carbon gained.
Une carte du Brésil montre les pertes de revenus agricoles par tonne de carbone gagnée. Perte de revenus agricoles par tonne de carbone gagnée. Cette carte suppose la restauration complète de l’écosystème à la suite de l’abandon des terres agricoles. Les frais de restauration ne sont pas inclus. Figure adaptée de Gérard et al. (2025). Thomas M. R. Gérard, fourni par l’Auteur (pas de réutilisation)
Leçons apprises pour un avenir plus durable
Réconcilier l’agriculture avec la biodiversité et le climat est essentiel dans la transition durable du Brésil. Les développements mondiaux futurs de la demande alimentaire et des champs agricoles détermineront la quantité de terres que le pays consacre à l’agriculture et, par extension, l’ampleur de la pression exercée sur ses écosystèmes. Plus il faut de terres pour la production, plus les impacts sur la biodiversité et le stockage du carbone sont importants. Si l’expansion n’est pas réalisable, plusieurs stratégies peuvent aider à réduire les conséquences environnementales. L’expansion agricole doit être soigneusement planifiée, en évitant les zones riches en carbone et en biodiversité, et ne doit pas inclure la déforestation au plus profond des forêts. Dans le même temps, les efforts de restauration axés sur les zones riches en biodiversité et en carbone peuvent offrir des avantages environnementaux substantiels à un coût économique relativement faible. La voie du Brésil vers une utilisation durable des terres dépend en fin de compte de deux questions essentielles : combien de terres sont nécessaires et quelles terres devraient être utilisées.
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De 1992 à 2022, la laborieuse intégration de l’agriculture aux négociations climatiques – Par Marie Hrabanski - Publié : 25 septembre 2025, 10:41 CEST – Document ‘The Conversation France’
Malgré trente ans de conférences des parties (COP) de l’ONU sur le climat, l’agriculture n’a été inscrite à l’agenda climatique que tout récemment. Herlanzer / shutterstock
Auteur :
https://cdn.theconversation.com/avatars/1203863/width170/image-20250916-56-6uc8oo.jpgMarie Hrabanski
chercheuse en sociologie politique, politiques internationales et nationales de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, Cirad
Déclaration d’intérêts : Marie Hrabanski est membre du champ thématique stratégique du CIRAD sur le changement climatique et a reçu des financements de l’ANR APIICC (Evaluation des Plans et Instruments d’Innovation Institutionnelle pour lutter contre le changement climatique).
Partenaires - Cirad apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation FR. Voir les partenaires de The Conversation France
DOI - https://doi.org/10.64628/AAK.5u7gjsnc9
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À l’échelle mondiale, les systèmes agricoles, alimentaires et forestiers produisent plus du tiers des émissions de gaz à effet de serre, contribuant ainsi au changement climatique de façon significative. Pourtant, l’agriculture n’a été intégrée que tardivement aux négociations des COP sur le climat. Entre enjeux d’adaptation, d’atténuation et de sécurité alimentaire, les avancées restent timides. De récentes initiatives essaient toutefois de mieux intégrer les systèmes agricoles et alimentaires à l’agenda climatique mondial.{{}}
Nous reproduisons ci-dessous la première partie consacrée à ces questions du chapitre 2 (« De 1992 à 2022, la difficile mise à l’agenda de l’agriculture dans les négociations sur le climat ») de l’Agriculture et les systèmes alimentaires du monde face au changement climatique. Enjeux pour les Suds, publié en juin 2025 par les éditions Quae, sous la coordination scientifique de Vincent Blanfort, Julien Demenois et Marie Hrabanski (librement accessible en e-book).
Depuis 1992 et la signature de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), les gouvernements ou parties se rassemblent chaque année au sein des Conférences des parties (COP) pour orienter et opérationnaliser les engagements des États face au changement climatique.
L’agriculture a longtemps été absente de ces négociations qui, jusqu’à la fin des années 1990, se sont focalisées sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Pourtant, les systèmes agricoles et alimentaires sont particulièrement émetteurs de GES, et à la fois « victimes » et « solutions » face au changement climatique.
À partir des années 2010, les questions agricoles puis alimentaires intègrent progressivement l’agenda international du climat. Les États sont chargés de mettre en œuvre les actions climatiques pour l’agriculture et l’alimentation, qui sont détaillées dans leurs engagements climatiques nationaux que sont les contributions déterminées au niveau national (CDN ou NDC en anglais).
En 2020, plus de 90 % de ces contributions nationalement déterminées incluaient l’adaptation au changement climatique et faisaient de l’agriculture un secteur prioritaire, et environ 80 % d’entre elles identifiaient des objectifs d’atténuation du changement climatique dans le secteur agricole.[…]
Les insuffisances du protocole de Kyoto{{}}
Les articles 2 et 4 de la convention (CCNUCC) adoptée en 1992 évoquent le lien entre les changements climatiques et l’agriculture. Toutefois, les enjeux sont focalisés sur l’atténuation, par le biais notamment des négociations sur le cadre REDD+ (réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts), qui ont abouti en 2013 à Varsovie après plusieurs années de discussions très laborieuses et clivantes, notamment entre pays développés et pays en développement.
Le protocole de Kyoto, adopté en 1997, fait référence à l’agriculture et aux forêts, en soulignant que le secteur de l’utilisation des terres, du changement d’affectation des terres et de la foresterie (UTCATF) peut constituer une source de GES.
Ce protocole fixait des objectifs ambitieux de réduction des émissions uniquement pour les pays industrialisés (dits « annexe I »), dans un fonctionnement top-down, contrairement à l’accord de Paris. Il couvrait le méthane et le protoxyde d’azote, principaux gaz émis par le secteur agricole, et établissait des niveaux de référence forestiers à respecter.
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Ce mode de travail a toutefois montré ses limites, avec notamment les États-Unis qui n’ont pas ratifié ce protocole et le Canada qui en est sorti. En application de ce protocole, deux mécanismes de certification de projets de compensation carbone ont été développés : le mécanisme de mise en œuvre conjointe (Moc) et le mécanisme de développement propre (MDP), au sein desquels les secteurs agricoles et forestiers ne seront pas intégrés avant le milieu des années 2000.
Il faut attendre la COP17 de Durban, en 2011 (voir figure ci-dessous), pour que l’agriculture soit appréhendée comme un problème global, en étant à la fois cadré comme un enjeu d’atténuation et une question d’adaptation au changement climatique.
https://images.theconversation.com/files/690941/original/file-20250915-56-q00c4y.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=754&fit=clipGraphique agrandi
Les questions agricoles dans les négociations climatiques entre 1992 et 2023.
En effet, à la suite de la mobilisation d’acteurs hétérogènes en faveur de la notion de climate-smart agriculture et dans un contexte politique renouvelé, l’agriculture est intégrée à l’ordre du jour officiel de l’organe de la COP chargé des questions scientifiques et techniques (SBSTA, Subsidiary Body for Scientific and Technological Advice). Cinq ateliers auront lieu entre 2013 et 2016.
La FAO a promu la ‘climate-smart agriculture’, ou l’agriculture climato-intelligente, dès la fin des années 2000. Cette notion vise à traiter trois objectifs principaux :
- l’augmentation durable de la productivité et des revenus agricoles (sécurité alimentaire) ;
- l’adaptation et le renforcement de la résilience face aux impacts des changements climatiques (adaptation) ;
- et la réduction et/ou la suppression des émissions de gaz à effet de serre (l’atténuation), le cas échéant.)
Quelle place pour l’agriculture dans l’accord de Paris ?{{}}
Pourtant, s’il y a bien une journée consacrée à l’agriculture pendant la COP21 en 2015 en parallèle des négociations, l’accord de Paris aborde uniquement l’agriculture sous l’angle de la sécurité alimentaire et de la vulnérabilité des systèmes de production alimentaire.
Les écosystèmes agricoles et forestiers sont uniquement couverts par l’article 5 de l’accord de Paris, qui souligne l’importance de préserver et de renforcer les puits de carbone naturels et qui met en lumière des outils comme les paiements basés sur des résultats REDD+ et le mécanisme conjoint pour l’atténuation et l’adaptation des forêts (Joint Mitigation and Adaptation Mechanism for the Integral and Sustainable Management of Forests, ou JMA).
Une étape importante est franchie en 2017, avec la création de l’action commune de Koronivia (KJWA). Les ateliers se font maintenant en coopération avec les organes constitués au titre de la convention, par exemple le Fonds vert pour le climat. Les observateurs, dont les ONG et la recherche, participent également aux ateliers.
De 2018 à 2021, sept ateliers sont organisés (sur les méthodes d’évaluation de l’adaptation, les ressources en eau, le carbone du sol, etc.) et permettent à tous les États et parties prenantes (stakeholders) de partager leurs points de vue sur différents enjeux agricoles.
L’accélération de l’agenda climatique va dans le même temps permettre, pendant la COP26 de Glasgow, de prendre en charge la question des émissions de méthane, dont près de 40 % sont d’origine agricole, selon l’IEA (International Energy Agency).
Réunion ministérielle sur le Global Methane Pledge lors de la COP28 en 2023. Ryan Lim/Commission européenne, CC BY
Un « engagement mondial » (Global Methane Pledge) a été lancé en 2021 par l’Union européenne (UE) et les États-Unis, avec pour objectif de réduire les émissions mondiales de méthane de 30 % d’ici à 2030 par rapport à 2020. Il regroupe aujourd’hui 158 pays, sans toutefois que la Chine, l’Inde et la Russie figurent parmi les signataires.
Les points de blocage identifiés à l’issue des COP26 et COP27{{}}
En 2022, l’action commune de Koronivia arrivait à son terme. L’analyse des soumissions faites par les pays et les observateurs, dont la recherche, met en évidence la pluralité des façons de penser le lien entre les questions agricoles et les questions climatiques, ce qui va se traduire notamment par de fortes tensions entre des pays du Nord et des pays du Sud dans les négociations lors de la COP27 de Charm el-Cheikh en Égypte (2022).
Trois principaux points de blocage ont pu être identifiés entre différents pays des Nords et des Suds. D’autres clivages sont également apparus, permettant ainsi de relativiser l’existence d’un Nord global et d’un Sud global qui s’opposeraient nécessairement.
Le premier a trait à l’utilisation du terme atténuation dans le texte de la décision de la COP. En effet, si toutes les parties étaient d’accord pour que figure dans le texte l’importance de l’adaptation de l’agriculture au changement climatique, l’Inde, soutenue par d’autres pays émergents restés plus en retrait, s’est montrée particulièrement réticente à voir apparaître aussi le terme atténuation.
Pour ce grand pays agricole, les enjeux d’atténuation ne doivent pas entraver la sécurité alimentaire des pays en développement et émergents. À quelques heures de la clôture des négociations, l’Inde a accepté que le terme atténuation figure dans la décision de la COP3/CP27, créant « l’initiative quadriennale commune de Charm el-Cheikh sur la mise en œuvre d’une action climatique pour l’agriculture et la sécurité alimentaire ».
Cet épisode montre à quel point il n’est pas acquis de penser en synergie les enjeux d’adaptation et d’atténuation pour de nombreux pays émergents et du Sud.
Un second point de blocage concernait la création d’une structure permanente affectée aux enjeux agricoles dans la CCNUCC. Cette demande, qui reste un point d’achoppement dans les négociations, est principalement portée par les pays du G77, même si des divergences notables existent entre les propositions faites.
Enfin, on peut identifier un enjeu lié à la place des systèmes alimentaires dans l’action climatique. Pour nombre de pays européens et émergents, la réflexion doit être faite à l’échelle des systèmes alimentaires : nos pratiques alimentaires dépendent étroitement des modes de production des produits agricoles, et une approche prenant en compte l’amont avec la production des intrants et l’éventuelle déforestation, et l’aval, avec le transport, le refroidissement, la transformation, et donc également les pertes et les gaspillages et les régimes alimentaires, est plus à même de permettre l’émergence de solutions gagnantes à tous niveaux.
Toutefois, d’un côté, le groupe Afrique préférait se focaliser sur le secteur agricole, une question déjà complexe à instruire. De l’autre côté, certains pays du Nord et aux économies en transition refusaient de voir apparaître le terme système alimentaire, l’hypothèse la plus probable étant la crainte de remettre en question la surconsommation de viande, la déforestation, ou encore le commerce, ce qu’ils souhaitent impérativement éviter.
Le terme système alimentaire a donc été rejeté dans le texte de l’initiative quadriennale commune de Charm el-Cheikh.
Les timides avancées de Charm el-Cheikh{{}}
Malgré ces points de tensions, l’initiative quadriennale commune de Charm el-Cheikh sur la mise en œuvre d’une action climatique pour l’agriculture et la sécurité alimentaire a été adoptée et cette décision de COP3/CP27 marque donc une étape décisive dans les négociations.
On notera tout de même que ce texte ne promeut ni l’agroécologie, qui aurait ouvert la voie à une refonte holistique des systèmes agricoles, ni l’agriculture climato-intelligente (climate-smart agriculture), davantage tournée vers les solutions technologiques. Aucun objectif chiffré de réduction des émissions de GES agricoles n’est discuté dans les COP ; aucune pratique n’a été encouragée ou stigmatisée (utilisation massive d’intrants chimiques, etc.).
La présidence émirienne de la COP28 a ensuite mis en haut de l’agenda politique cette question, en proposant la Déclaration sur l’agriculture durable, les systèmes alimentaires résilients et l’action climatique, signée par 160 pays.
Elle appelle les pays qui la rejoignent à renforcer la place des systèmes agricoles et alimentaires dans les contributions déterminées au niveau national et dans les plans nationaux d’adaptation et relatifs à la biodiversité.
https://images.theconversation.com/files/691092/original/file-20250916-56-dhvo6c.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=237&fit=clip
Dans la foulée de la COP28, la FAO a proposé une feuille de route qui établit 120 mesures (dont des mesures dites agroécologiques) et étapes clés dans dix domaines pour l’adaptation et l’atténuation pour les systèmes agricoles et alimentaires. Elle vise à réduire de 25 % les émissions d’origine agricole et alimentaire, pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2035, et à transformer d’ici 2050 ces systèmes en puits de carbone capturant 1,5 Gt de GES par an.
En définitive, l’initiative de Charm el-Cheikh portait sur l’agriculture et non pas sur les systèmes alimentaires, mais a donné lieu à un atelier, en juin 2025, sur les approches systémiques et holistiques en agriculture et dans les systèmes alimentaires, et le forum du Standing Committee on Finance de 2025 portera sur l’agriculture et les systèmes alimentaires durables. Le sujet fait donc son chemin dans les enceintes de la CCNUCC.
Ce chapitre a été écrit par Marie Hrabanski, Valérie Dermaux, Alexandre K. Magnan, Adèle Tanguy, Anaïs Valance et Roxane Moraglia.
agriculture climat relations internationales COP26 COP27 « Ici la Terre » COP30
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L’agro-industrie : un modèle en question - Publié le 30.10.2025 - Texte : Daphnée Breytenbach - Document ‘ccfd-terresolidaire.org’ Souveraineté alimentaire et agroécologie
L’agro-industrie domine aujourd’hui une grande partie du secteur agricole, soulevant de nombreuses interrogations sur son impact économique, social et environnemental. Quels en sont les enjeux et les conséquences ?
Qu’est-ce que l’agro-industrie ?{{}}
L’agro-industrie désigne l’ensemble des activités liées à la production, la transformation et la commercialisation des produits agricoles à grande échelle. Elle repose sur une logique industrielle qui maximise les rendements à court terme, en utilisant des intrants de synthèse, des semences hybrides ou OGM, des machines lourdes et des systèmes de production intensifs. Cette approche vise à accroître la production agricole, uniquement sur un critère de volume, et soulève des critiques quant à ses conséquences sur les paysans et sur l’environnement.
☞ Lire aussi : Le coût caché de nos dépendances alimentaires expliqué par des tomates
Les avantages de l’agro-industrie{{}}
A court terme, l’agro-industrie permet d’assurer une production massive de produits alimentaires et de matières agricoles (aliments pour le bétail, agrocarburants…), garantissant ainsi une offre abondante sur les marchés mondiaux. Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la production agricole mondiale a triplé depuis les années 1960 grâce aux progrès technologiques et aux techniques de culture intensive, même si aujourd’hui, dans les pays du Nord, les rendements ont tendance à stagner, voire à décliner.
Le secteur agricole industriel génère également des milliers d’emplois, avec 19 000 entreprises françaises employant près de 465 000 salariés en 2024, selon le ministère de l’Agriculture. De plus, il favoriserait la compétitivité des produits agricoles, permettant une baisse des prix pour les consommateurs et une augmentation des exportations dans de nombreux pays. Cela reste à nuancer car une partie de cette compétitivité est rendue possible par des subventions, notamment la PAC (Politique Agricole Commune), qui favorisent les grosses exploitations.
Les inconvénients de l’agro-industrie{{}}
L’agro-industrie présente de nombreux effets négatifs. D’abord, elle accentue la disparition des petites exploitations familiales : en France, près de 100 000 fermes ont disparu entre 2010 et 2020, selon les chiffres de l’Insee. La concentration des terres profite aux grandes exploitations.
La dépendance des agriculteurs aux industries agroalimentaires les rend économiquement vulnérables. Or, on oublie souvent que l’agriculture paysanne et familiale assure 80 % de la production alimentaire mondiale. Pourtant, ce sont ces petits producteurs qui, paradoxalement, souffrent le plus d’insécurité alimentaire.
L’agro-industrie s’accompagne d’une financiarisation de l’alimentation et de pratiques spéculatives. Les spéculateurs parient sur les évolutions du prix des denrées alimentaires, entraînant une hausse significative des prix des aliments pour les consommateurs dans certains cas, comme au déclenchement de la guerre en Ukraine, ce qui prive de nombreuses personnes d’un accès à une alimentation saine et abordable. Au Liban, le prix du pain a ainsi doublé en 2022.
Par ailleurs, l’utilisation intensive d’engrais et de pesticides de synthèse a des conséquences désastreuses sur l’environnement et sur la santé des populations, en premier lieu celle des agriculteurs et agricultrices. Les maladies comme Parkinson, le lymphome non Hodgkinien, les myélomes multiples et le cancer de la prostate sont reconnues en France comme maladies professionnelles liées à l’usage des pesticides.
☞ Lire aussi : A-t-on vraiment besoin des pesticides pour nourrir le monde ?
Enfin, contrairement aux idées reçues, l’agro-industrie n’est pas la clé pour nourrir la planète. Ce modèle, axé sur la productivité et le profit, fait abstraction des causes profondes de la faim : le changement climatique, les inégalités économiques, la pauvreté et les conflits.
Les branches de l’agro-industrie{{}}
L’agro-industrie se divise en plusieurs branches, et notamment :
- Le secteur de l’amont : englobe l’agrochimie, les semenciers, le matériel agricole.
- La production agricole : comprend les cultures céréalières, maraîchères, fruitières ainsi que l’élevage intensif.
- La transformation agroalimentaire : inclut la production de biens finis comme les produits laitiers, la viande transformée et les plats préparés.
- La distribution : dominée par de grands groupes imposant leurs conditions aux producteurs.
Pourquoi l’agro-industrie accapare les terres et les eaux{{}}
L’essor de l’agro-industrie s’appuie sur l’achat massif de terres fertiles, souvent au détriment des populations locales. De grandes entreprises s’approprient des millions d’hectares, fragilisant l’agriculture paysanne et mettant en péril la sécurité alimentaire des populations. De plus, l’accaparement, la privatisation et la surexploitation des ressources hydriques pour l’irrigation des cultures industrielles assèche les réserves naturelles, aggravant la crise de l’eau dans de nombreuses régions.
Enjeux et perspectives pour 2026{{}}
Face aux dérives de l’agro-industrie, de nombreuses voix s’élèvent pour promouvoir un modèle plus durable. Le développement de l’agroécologie paysanne et solidaire, qui préserve les ressources naturelles et réduit la dépendance aux intrants de synthèse, constitue une alternative crédible. Par ailleurs, des réformes sont nécessaires pour garantir une répartition plus équitable des terres et une meilleure rémunération des agriculteurs. En 2026, l’enjeu sera d’encadrer les pratiques industrielles pour limiter leurs effets néfastes tout en assurant une production agricole et alimentaire suffisante, saine et adaptée, qui réponde aux enjeux de la souveraineté alimentaire.
Le CCFD-Terre Solidaire continue de plaider pour repenser en profondeur notre système alimentaire afin qu’il soit plus résilient face aux crises d’aujourd’hui et de demain et que l’agriculture serve avant tout à nourrir les populations plutôt qu’à enrichir une minorité d’acteurs de l’agro-industrie.
Source : https://ccfd-terresolidaire.org/l-agroindustrie-un-modele-en-question/
À la une de l’hebdo Courrier international - Comment faire revivre les campagnes en Europe - Claire Carrard - Publié le 29 octobre 2025 à 09h34, mis à jour le 29 octobre 2025 à 18h10
Chaque semaine, “Courrier international” explique ses choix éditoriaux. Dans ce numéro, nous revenons sur la désertification des zones rurales partout en Europe, et sur toutes les façons dont les communes et les régions tentent d’attirer de nouveaux habitants en rouvrant des écoles, des centres de soins, en subventionnant les transports… Car la fracture qui se creuse entre villes et campagnes est un enjeu de société majeur, estime la presse étrangère.
LogoCourrier international
Cet article est issu de Réveil Courrier. Chaque matin, dès 6 heures, un résumé de l’actualité du jour.
La une de “Courrier international” daté du 30 octobre 2025.
La une de “Courrier international” daté du 30 octobre 2025.
C’est un phénomène à la fois géographique, démographique, économique et éminemment politique. Partout en Europe, les campagnes se vident faute de services publics, d’emplois, de transports… “Entre 2014 et 2024, le nombre estimé d’habitants en zone majoritairement rurale a diminué de presque 8 millions en Europe, soit une baisse de 8,3 %. Près de 40 % du territoire – où vit environ un tiers de la population européenne – font face à un dépeuplement continu”, explique le Financial Times.
À lire aussi : Reportage. L’Europe rurale se réinvente : le sursaut des villages oubliés
Le nombre d’exploitations agricoles est aussi en chute libre. En 2020, l’Union européenne en comptait 9,1 millions, soit 5,3 millions de moins qu’en 2005. Les plus exposés ? Les petits exploitants. La PAC (politique agricole commune) pousse à la concentration. Dans Internazionale, un agriculteur dénonce ainsi un système “qui subventionne en fonction du nombre d’hectares”, favorisant de facto les grandes exploitations.
Moins nombreux, les agriculteurs sont aussi plus vieux. Et la transmission de leur activité est de plus en plus complexe,comme l’expliquait l’an dernier un reportage du Financial Timesencore, traduit dans Courrier international. Dans la décennie à venir, écrivait le journal, 43 % des agriculteurs français vont prendre leur retraite. Mais dans un contexte marqué par la paupérisation, le dérèglement climatique et la frilosité des banques, il leur est très difficile de céder leur ferme à des jeunes. Conséquence, dans les zones rurales, les jeunes cherchent massivement à partir en quête d’une vie meilleure et surtout d’un emploi.
À lire aussi : Reportage. En Hongrie, le combat d’un village contre la désertification
https://www.courrierinternational.c...Face à cet exode rural entraînant des fermetures en cascade, des cessations d’activité et une désertification des villages, les initiatives se multiplient un peu partout sur le continent pour rendre les campagnes à nouveau attractives. C’est à ce nouveau souffle, que tentent d’insuffler de nombreuses communes, que nous avons choisi de consacrer notre dossier cette semaine. En France, le quotidien suisse Le Temps raconte l’importance des bistrots qui restent souvent les derniers lieux de vie dans les villages. Au Portugal, la BBC explique que c’est l’immigration qui a permis de recréer une dynamique dans certains territoires. En Calabre (Italie), les autorités proposent 5 000 euros pour s’installer dans l’un de 88 villages situés à plus de 300 mètres d’altitude… À condition d’y rester cinq ans, rapporte La Repubblica.
À lire aussi : Reportage. San Casciano, village toscan sauvé par vingt-quatre statues de bronze
Ventes de maison à 1 euro, subventions pour les transports, centres de soins, réouverture d’écoles, partout on rivalise d’inventivité : du nord-ouest de l’Espagne aux Highlands en Écosse, de la Toscane italienne à la Carélie en Finlande, Valentina Romei et Barney Jopson racontent dans le Financial Times tous les efforts entrepris pour faire venir de nouveaux habitants dans les zones rurales. Car il y a urgence. “Cette désertification menace le patrimoine culturel de l’Europe, ses langues régionales, ses cuisines, ses artisanats, son agriculture, ses traditions et même sa sécurité nationale, écrivent les deux journalistes en citant la directrice du centre pour les villes et régions de l’Organisation de coopération et de développement économiques. “Le phénomène représente également un coût pour la société et fait émerger ‘une géographie du mécontentement, qui se transforme en mécontentement politique, puis en mécontentement social, qui met en péril notre démocratie’.”
Cette fracture, entre un monde urbain, progressiste, et un monde rural, toujours plus conservateur, Michele Serra la décrit parfaitement dans un texte très personnel paru sur le site Il Post. L’écrivain et journaliste italien a grandi à Milan, mais a gardé de son enfance et de ses vacances à la campagne (où il réside aujourd’hui) un profond attachement à la nature. “Je suis campagnard de cœur et citadin d’esprit. Je suis sentimentalement rural et politiquement urbain, et, toute ma vie, j’ai composé du mieux que j’ai pu avec cette schizophrénie”, écrit-il.
À lire aussi : Idées. Comment réconcilier la ville et la campagne ?
Aujourd’hui, comment rapprocher deux mondes que tout éloigne de plus en plus, “au point de sembler irréconciliables” ? s’interroge-t-il. “Or une société harmonieuse ne peut se construire sur la scission entre la ville, lieu de la politique et du marché, et la nature nourricière.”
Un article à lire absolument et qui a le mérite de ne pas regarder la campagne et ses habitants de haut. C’est tout le propos de ce dossier. Remettre la question de la désertification des zones rurales dans le débat. Un enjeu de société majeur.
« C’est un tiers du réchauffement climatique » : la France en guerre contre le méthane à la COP30 - Par Vincent Gibert – 06/11/2025 07:20 - Document ‘huffingtonpost.fr’ Environnement
Les enjeux liés aux émissions de méthane seront l’un des sujets majeurs de la conférence environnementale qui se déroule au Brésil du 10 au 21 novembre.
En bref :
• Sur les lieux de la COP30 au Brésil, Emmanuel Macron participe à un événement pour mettre en lumière la réduction des émissions de méthane.
• Ce gaz, dont les émissions sont massives dans l’élevage et des combustibles fossiles, contribue grandement au réchauffement climatique.
• La France et la Grande-Bretagne qui se veulent moteur se heurtent à l’immobilisme des États-Unis, qui ont décidé de ne pas envoyer de représentants de haut niveau à Bélem.
L’IA au HuffPost
ENVIRONNEMENT - Sur les lieux de la COP30 au Brésil, Emmanuel Macron participe ce jeudi 6 novembre, depuis Belém, à un événement conjoint sur la réduction des émissions de méthane organisé avec le Brésil, la Chine et le Royaume-Uni. Les problématiques liées au méthane seront en effet l’un des sujets majeurs qui sera mis sur la table lors des débats pendant la conférence environnementale qui se tient du 10 au 21 novembre.
Lire aussi : Avant la COP30, l’UE trouve un accord in extremis sur ses objectifs climatiques
Ce puissant gaz à effet de serre, qui provient principalement de l’élevage en agriculture et de l’exploitation de combustibles fossiles, a une durée de vie atmosphérique d’une douzaine d’années. Il exacerbe gravement le changement climatique, tout en ayant des effets indirects sur la santé humaine, les rendements des cultures et la santé de la végétation.
« Le méthane c’est très important. C’est un tiers du réchauffement climatique, souligne-t-on au ministère de la Transition énergétique. Il y a le méthane énergétique, soit à la fois les fuites de celui-ci et le ‘torchage’, qui représentent à peu près 37 % de ce tiers du réchauffement. C’est absolument majeur. »
Suivre la feuille de route de la COP29{{}}
Le torchage intervient lors de l’extraction du pétrole. Lorsque celui-ci remonte à la surface, il est souvent accompagné d’eau et de gaz. Après avoir été séparé du pétrole, le gaz peut alors être « torché », c’est-à-dire brûlé sur place à la sortie du puits. Cette opération se manifeste par une flamme sortant d’une torchère, explique le site Connaissances des énergies.
Pour que l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C reste possible, les scientifiques mettent en avant l’importance de réduire rapidement le méthane.
Déjà lors de la COP29 à Bakou, la Commission européenne avait lancé une nouvelle feuille de route afin d’accélérer sur la réduction des émissions de méthane liées à la production et à la consommation d’énergie fossile. Plus de 150 pays allaient mettre en œuvre un objectif collectif de réduction des émissions anthropiques mondiales de méthane d’au moins 30 % d’ici à 2030, par rapport aux niveaux de 2020, indiquait la Commission européenne.
Les premiers exemples de mise en œuvre de cette feuille de route doivent être présentés lors de la COP30. « Les solutions existent, et sont sans doute dans bien des cas beaucoup moins chères que sur le CO2. On travaille notamment étroitement avec le Royaume-Uni et le Brésil, et les entreprises, pour accélérer sur ce sujet », précise le ministère de la Transition énergétique.
Les États-Unis mettent des bâtons dans les roues{{}}
Fin octobre, Emmanuel Macron et la Première ministre des Barbades Mia Mottley avaient appelé à réduire les émissions de méthane, un « combat essentiel » dans la lutte contre le réchauffement climatique. « Il y a plus de consensus, il faut aller très vite et très fort », avait exhorté le président français lors d’une session consacrée aux dix ans de l’Accord de Paris au Forum de la Paix à Paris. Il faut « activer le frein du méthane », avait renchéri Mia Mottley.
« Le combat sur le méthane est clé pour accélérer sur un gaz extrêmement émetteur (..) On a maintenant les technologies qui permettent d’y arriver », avait insisté le chef de l’État. Ce combat peut être mené par une coalition où « on peut récupérer les États-Unis avec nous », selon Emmanuel Macron. « Il est compatible avec l’agenda de plusieurs pays qui ont pu émettre des doutes sur le reste de l’agenda climatique », avait-il ajouté.
Problème, les États-Unis ont annoncé en amont de cette COP30 qu’ils n’y enverraient pas de « représentants de haut niveau ». Un pays où aucune réglementation ne demande au secteur pétrolier et gazier de suivre ses émissions de méthane, souligne L’Express. Et qui est désormais étroitement lié à l’Union européenne après un accord conclu cet été entre Washington et Bruxelles prévoyant que l’UE achète pour 250 milliards de dollars par an d’énergies fossiles américaines sur trois ans. Un engagement qui n’est pas sans laisser des traces, l’extraction et le transport d’énergies fossiles générant des fuites importantes de méthane.
Le chemin reste encore long, donc, sur ce sujet environnemental capital. Mais la France, dix ans après l’Accord de Paris sur le climat, veut « envoyer un message fort » et être « particulièrement active pendant cette COP », pointe une source gouvernementale française, qui ne cache pas ses ambitions de peser de tout son poids dans les débats.
Lire aussi :
Elon Musk prône cette technique contre le réchauffement climatique, mais c’est une mauvaise idée
Ce rapport du « Lancet » quantifie pour la première fois les morts liées au changement climatique
Annonce - Message d’information de l’équipe Territoires du ‘Shift Project’ - 03 novembre 2025 à 13:52{{}}
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Chères amies, chers amis du Shift,
La France ne pourra se décarboner qu’en s’appuyant sur ses ressources locales. Cette conclusion s’appuie sur un travail approfondi présenté dans le rapport final “Eau, sol, biomasse, énergies : Planifier la décarbonation par les ressources locales”.
Nous avons le plaisir de vous convier à cette restitution qui aura lieu mardi 16 décembre 2025 à 18h30, à Paris et en direct sur notre chaîne Youtube.
L’équipe Territoires du Shift Project a le plaisir de vous inviter à la présentation du rapport final : « Eau, sol, biomasse, énergies : Planifier la décarbonation
par les ressources locales », le mardi 16 décembre à 18h30.
Pour toute question relative à cet événement, n’hésitez pas à écrire à :
lila.wolgust@theshiftproject.org
Les trois quarts des besoins énergétiques des territoires français sont aujourd’hui importés pour faire fonctionner les entreprises locales et répondre aux besoins de la population. Ces importations reposent quasi exclusivement sur des énergies fossiles (pétrole, gaz fossile, charbon). Derrière cette dépendance se cachent de fortes disparités locales : la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre varient selon les spécificités territoriales : topographie, démographie, densité de population ou encore spécialisations économiques.
Pour décarboner notre pays au rythme attendu et sans compromettre notre souveraineté, nous devons collectivement compter sur des ressources locales clés dont disposent les territoires : eau, sol, biomasse agricole et forestière. Ces ressources jouent en effet un rôle central dans l’application de leviers de décarbonation, notamment la production d’énergie bas carbone et la relocalisation d’activités économiques.
Ces ressources sont localement limitées, souvent déjà allouées à des usages non énergétiques, et leur disponibilité future sera elle-même impactée par le changement climatique. Reprendre notre destin énergétique et climatique en main revient à relocaliser des risques peu maîtrisables d’un système fondé sur les fossiles, vers un système d’emblée plus contraint, mais plus maîtrisable, fondé sur nos ressources locales.
Prévenir les conflits d’usage et garantir la pérennité de ces ressources souveraines devient dès lors une condition primordiale pour réussir notre décarbonation. Planifier « par les ressources locales », c’est donc anticiper et prioriser, de façon intégrée entre les différentes échelles territoriales, en s’appuyant sur les enjeux de gestion, de valorisation et de gouvernance de ces ressources inégalement réparties sur le territoire. Pour y parvenir, une coopération entre tous les niveaux d’action et une mobilisation différenciée et coordonnée des territoires sont nécessaires.
Six mois après la publication de notre rapport intermédiaire, cette soirée sera l’occasion de vous présenter nos conclusions sur la prise en compte des enjeux liés aux ressources dans la transition climatique et énergétique de nos territoires.
Au plaisir de vous retrouver nombreux le 16 décembre prochain ! L’équipe du Shift
Programme : {{}}
Mot d’introduction : Jean-Marc Jancovici, Président du Shift Project
Présentation du rapport final :
- Jason Saniez, Coordinateur de projet
- Emma Stokking, Cheffe de projet Affaires publiques
- Jean-Élie Barjonet, Ingénieur de projet
- Erwan Gardies, Chargé de projet
- Lila Wolgust, Pilote de la communication
Réactions
- Antoine Pellion, ancien Secrétaire Général du Secrétariat Général à la Planification Écologique
- Annabelle Ferry, Directrice Territoires et ville du Cerema
Questions / réponses du public
L’événement sera suivi d’un cocktail pour les personnes en présentiel.{}
Coordinateur du projet : Jason Saniez - jason.saniez@theshiftproject.org
Communication & Presse : Lila Wolgust - lila.wolgust@theshiftproject.org
The Shift Projectest un think tank qui œuvre en faveur de la décarbonation de l’économie. Nous sommes une association loi 1901 d’intérêt général, guidée par l’exigence de la rigueur scientifique. Notre mission consiste à éclairer et influencer le débat sur la transition énergétique.
The Shift Project — Résilience des Territoires
Retour au début de l’introduction
Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant
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– 18/11/2025
Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales
Site : https://isias.info/
Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
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