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"Face au péril écologique : des pratiques traditionnelles au secours de l’agriculture ; critique du « Monde sans fin » (ou capitalisme sans fin ?) ; agriculture bas carbone, résiliente et prospère (rapport ‘The Shift Project’)" par Jacques Hallard
lundi 20 octobre 2025, par
ISIAS Ecologie Philosophie Agriculture
Face au péril écologique : des pratiques traditionnelles au secours de l’agriculture ; critique du « Monde sans fin » (ou capitalisme sans fin ?) ; agriculture bas carbone, résiliente et prospère (rapport ‘The Shift Project’)
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 20/10/2025
In Un an après : agriculture et paysage, des liens à géométrie variable - Publié : 29 février 2016, 06:38 CET •Mis à jour le : 2 mars 2017, 22:46 CET – « Publié à l’occasion du Salon de l’agriculture 2016, cet article est désormais porté par une touche poétique, celle du dessinateur Rémi Malingrëy, avec la référence gaullienne aux 365 fromages évoquant la foultitude de paysages agraires qui composent notre patrimoine, partagé et à transmettre. Rejoignons la palette optimiste de l’artiste, mais sans baisser la garde face à la banalisation des paysages et à l’érosion de la biodiversité. Source : https://theconversation.com/un-an-apres-agriculture-et-paysage-des-liens-a-geometrie-variable-54615
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Quelques informations préalables pour ce dossier mis en forme dans un but pédagogique
« Le Monde sans fin » est un album de bande dessinée français de Christophe Blain et Jean-Marc Jancovici paru en octobre 2021 chez Dargaud. Succès de librairie, c’est l’ouvrage le plus vendu en France en 2022[1]… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Monde_sans_fin
Qu’est-ce que la planification écologique ? – C’est une méthode globale, permettant d’agir de façon coordonnée avec l’ensemble des Français, des entreprises et des collectivités, afin de relever les défis majeurs de la transition écologique. 27 janvier 2023
Quels sont les 3 piliers de la transition écologique ? La stratégie de transition écologique de la France repose sur trois piliers, l’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments, la réduction de la consommation d’énergie par la sobriété et la production d’énergies renouvelables et durables
https://www.assemblee-nationale.fr/12/controle/delat/images/trois-piliers.gif
Rappel - Source : Ministère de l’écologie et du développement durable et commissariat général du Plan) - Une exigence démocratique
L’agriculture bas-carbone
- décarbonation
- transition agroécologique
- changement climatique
Le secteur agricole et forestier, en tant qu’émetteur et capteur de gaz à effet de serre, est au cœur de la stratégie nationale bas carbone portée par la France. Objectif : atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cette neutralité carbone sera permise par deux leviers :
– La réduction des émissions de gaz à effet de serre provenant du secteur agricole ;
– Le développement des puits de carbone agricole pour permettre aux agriculteurs de devenir de véritables acteurs de la lutte contre le réchauffement climatique.
Voir tous les documents officiels en France > https://agriculture.gouv.fr/lagriculture-bas-carbone
Exemple en France – Label bas carbone : le bilan après 6 ans d’existence - Amélie Bachelet - Publié le 25/08/2025 - L’institut de l’économie pour le climat (I4CE) a dressé en juin dernier le bilan de six ans d’existence du label bas carbone en France. En 6 ans, 3 500 exploitations agricoles se sont engagées dans un projet labellisé bas carbone. Le label bas carbone a été créé en 2018 et permet de financer des projets positifs pour le climat, essentiellement dans les secteurs agricoles et forestiers. Ce dispositif certifie des projets ayant un impact climatique avéré, et génère des certificats qui sont achetés par des entreprises. « Cet outil mobilise principalement des financements privés issus d’entreprises, souvent de type compensation ou contribution carbone », indique l’I4CE. Après 6 ans d’existence, et en date du 31 mars 2025, « 1 685 projets Label Bas Carbone (LBC) sont validés, représentant un impact potentiel de 6,41 MtCO2eq », annonce l’institut de l’économie pour le climat dans son étude. Quatre grands domaines se distinguent : le boisement d’anciennes terres agricoles ; le reboisement de forêts dégradées suite à un incendie ou à un dépérissement ; les pratiques bas carbone en élevage bovin et les pratiques bas carbone en grandes cultures. Contrairement au domaine forestier, en agriculture, « les projets sont plutôt collectifs, de grande taille et ciblent majoritairement les grandes exploitations », poursuit l’étude. Ce sont 3 500 exploitations qui se sont engagées dans des projets Carbon’Agri (en élevage) ou Grandes cultures depuis 2018. - 35 €/tCO2 - « L’impact moyen est d’environ 1 tCO2/ha/an, réalisé principalement via des réductions d’émissions en élevage et de la séquestration dans les sols en grandes cultures. » La tonne de carbone évitée a été payée en moyenne 35 € par les financeurs, « ce qui est plus de 4 fois supérieurs aux prix du marché international », note l’organisme. « Malgré la baisse du marché volontaire mondial, en partie liée à une crise de confiance, le label bas carbone reste attractif, en raison de sa crédibilité et de la possibilité de financer des projets au cœur des territoires. » Source : https://www.terre-net.fr/changement-climatique/article/886550/label-bas-carbone-le-bilan-apres-6-ans-d-existence
Exemple au Vietnam - Agriculture bas carbone : vers une production végétale durable et compétitive - 24/08/2025 14:09 – « La culture végétale est le secteur agricole le plus émetteur, représentant près de 80% des émissions totales, principalement en raison du méthane dégagé par la riziculture inondée, de l’utilisation inefficace des engrais et du traitement peu optimal de la paille après récolte… - A lire sur ce site > https://lecourrier.vn/agriculture-bas-carbone-vers-une-production-vegetale-durable-et-competitive/1289441.html
‘The Shift Project’ – C’est une association française créée en 2010 et un laboratoire d’idées qui s’est donné pour objectif l’atténuation du changement climatique et la réduction de la dépendance de l’économie aux énergies fossiles, particulièrement au pétrole. Wikipédia - Adresse : 43 Rue de Liège, 75008 Paris - Fondateurs : Jean-Marc Jancovici, Geneviève Férone, Michel Lepetit, Jean-Guillaume Péladan - Création : 1 janvier 2010, Paris - Téléphone : 09 74 98 96 23 - Domaines d’activité : Transition énergétique, autres organisations fonctionnant par adhésion volontaire (France) - Forme juridique : Association déclarée
Le rapport du Shift Project : il a pour objectif d’éclairer le débat public sur la décarbonation du secteur de l’agriculture, qui représente à lui seul 20% des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la France (HCC, 2024). 29 janvier 2025
France - Secrétariat général à la Planification écologique (SGPE) – C’est est un organisme interministériel placé sous l’autorité du Premier ministre français. Il est créé le 7 juillet 2022 après constitution du gouvernement d’Élisabeth Borne[2]. Cinq autres secrétaires généraux interministériels existent : le secrétariat général du Gouvernement, le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, le secrétariat général de la Mer, le secrétariat général des Affaires européennes et le secrétariat général pour l’Investissement. Le secrétaire général et une quinzaine de collaborateurs sont installés à Paris, 19 rue de Constantine [1].
Ce dossier regroupe un certain nombre de documents sur le thème de la nécessaire planification écologique et une alerte : « Le péril écologique n’est pas un concept. Ce n’est pas un problème pour demain. C’est ici et c’est aujourd’hui » (‘Reporterre’)
Alors que l’on assiste « à une montée en puissance de mouvements contre la science » (Vincent Lucchese), et « Qu’un mur (existe) entre la science et l’agriculture (Gaspard Koenig philosophe), il est opportun de rappeler que « des pratiques traditionnelles (viennent) au secours de l’agriculture, comme en Guyane et au Burkina Faso …
On revient ensuite sur l’ouvrage - « Monde sans fin » ou capitalisme sans fin ? », avec une lecture critique de la BD de Jancovici et Blain (Publication ‘theconversation.com’)
Trois documents reprennent enfin le Rapport d’étude (2024) de la « Grande Consultation des Agriculteurs », élaboré et présenté par ‘The Shift Project’ ……. et le Rapport final (2024) concernant « une agriculture bas carbone, résiliente et prospère », toujours selon ‘The Shift Project’…
Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
Retour au début de l’introduction
- La planification écologique est-elle en péril ? - Publié : 17 mars 2025, 16:14 CET – Document ‘theconversation.com’
- Rétrospective - Article de revue - L’écologie intégrale : relier les approches, intégrer les enjeux, tisser une vision - Par Charlotte Luyckx - La Pensée écologique 2020/2 N° 6
- Le péril écologique n’est pas un concept. Ce n’est pas un problème pour demain. C’est ici et c’est aujourd’hui. ‘Reporterre’
- « On assiste à une montée en puissance de mouvements contre la science » - Par Vincent Lucchese - 20 décembre 2024 à 09h44 - Mis à jour le 20 décembre 2024 à 14h45
- Un mur entre la science et l’agriculture - Par Gaspard Koenig (philosophe) - Publié le 3 déc. 2024 à 20:30 – Document ‘lesechos.fr’
- Sécheresse en Guyane : les pratiques traditionnelles au secours de l’agriculture - Par Enzo Dubesset - 04 décembre 2024 à 10h29 - Mis à jour le 4 décembre 2024 à 15h45 – Document ‘Reporterre’
- Agriculture traditionnelle - Au Burkina Faso les demi-lunes inondent les terres arables - CENOZO - Publié le 15 décembre 2024 à 12h04 – Diffusion ‘courrierinternational.com’
- Ouvrage - « Monde sans fin » ou capitalisme sans fin ? Une lecture critique de la BD de Jancovici et Blain - Publié : 17 décembre 2024, 16:29 CET – Publication ‘theconversation.com’
- La Grande Consultation des Agriculteurs - Rapport d’étude (2024) – Vidéo 1:23:28 - The Shift Project - 17 décembre 2024
- Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère - Rapport final (2024) – Vidéo 1:01:48 - The Shift Project - 11 décembre 2024
- Pour une agriculture ‘bas carbone’, résiliente et prospère - Publication du rapport final - Lire la synthèse - 28 novembre 2024 – Enregistrement 1:30:46
Retour au début du sommaire
Retour au début de l’introduction
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La planification écologique est-elle en péril ? - Publié : 17 mars 2025, 16:14 CET – Document ‘theconversation.com’
Auteurs :
https://cdn.theconversation.com/avatars/2339558/width170/image-20250305-56-x0rxxm.jpgLéa Falco
Doctorante en science politique, École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)
https://cdn.theconversation.com/avatars/405770/width170/image-20170905-28081-jox8j5.jpgVincent Spenlehauer
Directeur du pôle de formation à l’action publique, École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC)
Déclaration d’intérêts - Léa Falco est membre de l’association Construire l’écologie. Vincent Spenlehauer ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.
Partenaires - École des Ponts ParisTech (ENPC) apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation FR. Voir les partenaires de The Conversation France - DOI https://doi.org/10.64628/AAK.ucdvnqrjj - Nous croyons à la libre circulation de l’information - Reproduisez nos articles gratuitement, sur papier ou en ligne, en utilisant notre licence Creative Commons.
Antoine Pellion (ici à l’hôtel Matignon le 18 septembre 2023), qui dirigeait le secrétariat général à la planification écologique, a démissionné de sa fonction en février 2025. Cette instance, conçue comme le navire amiral des politiques environnementales par Emmanuel Macron, ne semble plus exercer d’influence au sein du gouvernement Bayrou. ThomasSamson/AFP
Les politiques environnementales sont à la peine. Menaces sur les agences consacrées à l’alimentation (Anses), à la transition (Ademe) ou à la police de l’environnement (OFB), coupes massives dans les budgets verts… Quant au secrétariat général à la planification écologique (SGPE), présenté comme le fer de lance de la transition, il semble de moins en moins influent. Le récent départ de son dirigeant, Antoine Pellion, signe-t-il la fin de la structure ? Quel bilan peut-on esquisser, près de trois ans après sa création ?
Le secrétariat général à la planification écologique (SGPE) concrétise une promesse d’Emmanuel Macron. Dans l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle de 2022, il assure aux électeurs de gauche, tentés de s’abstenir, que « ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas ». Une fois réélu, il doit tenir parole.
Ainsi naît le SGPE, en juillet 2022. Ses deux figures de proue connaissent l’écosystème administratif écologique : la première pinistre Élisabeth Borne a été ministre de la transition écologique tandis qu’Antoine Pellion, le chef de la structure, était jusqu’alors conseiller environnement du président et du premier ministre.
La création du SGPE, placé sous l’autorité du premier ministre, mais distinct des différentes instances existantes comme France Stratégie ou le Haut Conseil pour le climat, envoie un message clair : l’organe n’est pas consultatif et pèsera dans les négociations interministérielles, d’autant qu’il bénéficie aussi d’un lien direct avec l’Élysée.
Sous Elisabeth Borne, pendant sa première année d’existence, le SGPE s’attèle à développer un « plan » national de transition écologique, publié en juillet 2023. C’est un tour de force à saluer.
Les six catégories de la planification écologique, contenant les 22 chantiers prioritaires. Synthèse du plan, SGPE, septembre 2023
Mais la structure, dite « agile », emploie une trentaine de personnes seulement, essentiellement issues de la haute fonction publique ou du secteur privé. Comparativement, le Commissariat général du plan des années 1960 en comptait plus de 150.
De plus, l’influence du SGPE dépend fortement des orientations politiques de la tête de Matignon. Soutenue par Élisabeth Borne, la machine se grippe au fur et à mesure que les premiers ministres suivants (Gabriel Attal, Michel Barnier et François Bayrou) se désintéressent du sujet de la transition écologique.
L’arrivée de Gabriel Attal marque ainsi un premier coup de frein, d’autant plus que le SGPE a achevé l’élaboration de son plan et cherche désormais à veiller à son application concrète par les différents ministères, ce qui demande le soutien de Matignon.
La brève entrée en scène de Michel Barnier a pour effet un éloignement supplémentaire du SGPE, confirmé par l’actuel occupant des lieux, François Bayrou, aux ambitions environnementales modestes. Le SGPE disparaît alors des discours politiques, comme la démarche phare qui lui a été confiée, la « planification écologique ».
Est-il possible de faire le bilan du SGPE ?
Selon l’interlocuteur, le SGPE apparaît soit comme un organe ambitieux d’écologisation de l’action publique, soit comme une couche administrative supplémentaire et superfétatoire.
Pour y voir plus clair, introduisons une clé de lecture plus fine établie par des politistes anglophones sur la base d’études empiriques. Cette clé distingue trois réalités sociales que la langue française agglomère sous le terme de « politique ». Primo, le politics, la « politique politicienne » : les jeux compétitifs ou coopératifs des acteurs pour conquérir, exercer ou conserver le pouvoir. Secundo, les politiques publiques, des portions ciblées de l’action gouvernementale rassemblées sous le terme de policy. Tertio, la polity, qui désigne l’organisation politique d’une société, et comprend notamment un corpus stable de règles formelles ou informelles de distribution des postes de pouvoirs mais aussi les dispositifs de production des élites administratives.
Cette catégorisation ternaire permet de mieux saisir les missions implicites et explicites données à l’innovation politique SGPE. A-t-elle servi à faire de la politique (politics), à écologiser des politiques publiques (policies), à accorder plus de place aux questions écologiques dans le paysage des institutions françaises (polity) ?
Il apparaît que les réussites du SGPE se trouvent en partie du côté des politics : le SGPE devait démontrer l’engagement écologique du second quinquennat Macron. Certes, le SGPE n’a pas « fait de politique » à la place des ministres, mais il a suscité une intensification des jeux d’acteurs autour de la question écologique. Bien présent médiatiquement, le SGPE a offert un interlocuteur privilégié aux associations, qui l’ont soutenu, y voyant un « bras porteur » de leurs sujets au cœur de Matignon.
Le SGPE face au mur des institutions et des politiques publiques
Néanmoins, et sans minimiser le travail du SGPE, ses contraintes et sa position ne pouvaient que difficilement lui permettre de répondre aux attentes des acteurs, à savoir l’écologisation de toute l’action publique.
Dans le paysage gouvernemental et administratif (polity), l’institutionnalisation et la légitimité du SGPE sont faibles : son rôle est d’inciter Matignon à trancher en faveur de politiques plus écologiques. Dans l’État central, cela fonctionne lorsque l’occupant de Matignon se soucie de transition écologique, mais achoppe lorsqu’un successeur s’en désinvestit.
Hors de l’État central, le SGPE est inopérant à plusieurs niveaux de gouvernance essentiels pour la transition écologique. Citons l’Union européenne, principale législatrice récente sur les questions environnementales avec le Green Deal, pour laquelle les arbitrages interministériels sont faits par le secrétariat général aux affaires européennes et le cabinet du premier ministre, sans implication du SGPE ; ou les collectivités territoriales, qui peuvent constitutionnellement ignorer le travail du SGPE, malgré le lancement fin 2023 des COP régionales visant à décliner le plan national. Dans le paysage politico-administratif de la transition écologique, le SGPE, bien que mis en avant, dispose donc de marges de manœuvre limitées.
Par ailleurs, le rôle du SGPE en termes d’écologisation des politiques publiques (policy) paraît limité, malgré l’introduction de méthodes innovantes.
Prenons l’exemple de l’artificialisation des sols : en 2021, la loi Climat et résilience fixe un objectif de zéro artificialisation nette (ZAN) à horizon 2050. Le SGPE participe alors aux négociations entre ministères pour arbitrer l’usage et la répartition des sols, avec des questions notamment autour des installations industrielles. Il y apporte une méthode à saluer, celle du bouclage, cette mise en miroir de l’offre et de la demande d’une ressource limitée (ici, le sol) pour la répartir entre les demandes ministérielles, cherchant à mettre en cohérence ce qui est souhaité face à ce qui est matériellement possible.
L’exercice du « bouclage » : un exemple par la biomasse. La planification écologique. Bouclage biomasse : enjeux et orientations, SGPE, Juillet 2024
Mais ces derniers mois, les objectifs ZAN sont progressivement abandonnés ou repoussés par Matignon.
Certains arbitrages, notamment dans les domaines déjà placés au sein du ministère de la transition écologique (MTE) comme l’énergie ou les transports, ont été facilités par l’existence du SGPE, et les différents outils de planification écologique ont renforcé les positions de certains acteurs dans des négociations inter ou extraministérielles.
Mais la création du SGPE ne semble guère avoir modifié l’équilibre global des forces dans ces arènes. En dédiant l’essentiel de son action initiale à la conception du plan plutôt qu’à l’installation d’une habitude de concertation et d’implication des ministères et de leurs opérateurs, il a peut-être limité la création des liens institutionnels durables, d’autant plus qu’il reste tributaire du premier ministre, de ses orientations et des messages politiques qu’il souhaite envoyer.
Conclusion
Alors qu’Antoine Pellion quitte le SGPE, quel sera l’avenir de la structure et, plus largement, de la transition écologique ?
Il est possible que le SGPE, désormais peu légitime pour demander aux différents ministères l’exécution de son plan, se mue en instance de suivi des indicateurs qu’il a élaborés, en pointant les principales incohérences de l’action publique.
Dès lors, un rapprochement ou une coordination plus serrée avec le Commissariat général au développement durable du MTE et avec le Haut Conseil pour le climat pourrait être envisagée.
Quid alors de la planification écologique ? Cette dernière ne saurait se lire à travers le seul prisme interministériel et centralisateur. D’une part, il reste du travail au sein du ministère de la transition écologique pour mettre en œuvre les politiques publiques de développement durable. D’autre part, la transition écologique devra aussi se faire dans les territoires par l’action des collectivités.
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Caroline Nourry Directrice générale The Conversation France
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Source : https://theconversation.com/la-planification-ecologique-est-elle-en-peril-250993
Rétrospective - Article de revue - L’écologie intégrale : relier les approches, intégrer les enjeux, tisser une vision - Par Charlotte Luyckx - La Pensée écologique 2020/2 N° 6 - Presses Universitaires de France - 100 pages - Pages 77 à 95
Écologie profonde, politique, dé-coloniale, féministe, radicale, les mots nous manquent pour qualifier une écologie qui prenne la mesure de la gravité de la situation actuelle. Écocide, anthropocène, solastalgie, on multiplie les néologismes pour parler de cette situation inédite dans laquelle nous nous trouvons.
Même l’expression crise écologique planétaire est devenue un euphémisme, dans un contexte où aucun retour à la normale, sous-entendu par l’idée de crise (Bourg, 2013), n’est plus envisageable. « Oubliez tout ce que vous avez aimé, imaginé, rêvé pour vous et pour l’avenir de vos enfants, dans le confort plus ou moins assuré d’une vie moderne. Tout est déstabilisé, Tout peut disparaitre » (Batho, 2019 : 9). L’adjectif intégral, dans ce contexte, répond à une quadruple nécessité.
Une approche intégrative. Nous avons impérativement besoin de développer des lectures globales, permettant de comprendre la « crise » dans son intégralité. Intégral vient du latin « integer » qui signifie « entier ». À contre-courant de la fragmentation des savoirs, nous devons aujourd’hui développer des modèles holistiques (de holos, le tout, la totalité) : ne pas traiter la question climatique sans inclure le bilan portant sur la biodiversité par exemple, ne pas traiter l’écologie sans la justice sociale ou les inégalités de genre, ne pas traiter les enjeux structurels de la crise sans les dimensions culturelles, considérer l’importance tant de l’écologie intérieure que de l’écologie extérieure. Il est à ce titre impératif de développer des grilles d’analyse interdisciplinaires, permettant de croiser les enjeux.
L’écologie intégrale implique d’unir tous les aspects de l’écologie : écologie humaine, sociale, politique, écologie scientifique, technique, économique, écologie agricole, énergétique, productive, écologie environnementale, naturelle, sauvage. Tout se tient. Voilà le maitre mot de l’écologie. Utiliser le terme d’écologie intégrale est une manière redondante de rappeler que l’écologie est en tant que telle intégrale, intégrante, intégrée, intégratrice. C’est rappeler la force d’un mot galvaudé. (Van Gaver, 2019 : 1)
L’écologie intégrale se veut donc intégrative d’un grand nombre d’approches et de perspectives, engageant de ce fait un point de vue « méta » vis-à-vis des approches existantes de l’écologie.
Le mot intégral signifie compréhensif, inclusif, non-marginalisant, englobant. Les approches intégrales dans tout domaine visent exactement cela : inclure autant de perspectives, de styles et de méthodologies que possible au sein d’une vision cohérente du sujet. Dans un certain sens, les approches intégrales sont des « méta-paradigmes », ou des façons de réunir des paradigmes existants séparés en un réseau interdépendant d’approches qui sont mutuellement enrichissantes. (Wilber in Visser, 2009 : xii-xiii)
Cela signifie que l’écologie intégrale ne se situe pas en marge, comme une alternative à d’autres approches de l’écologie (l’écologie politique, l’écologie sociale ou l’écophilosophie par exemple), mais désigne au contraire leur articulation dans un modèle global cohérent. Cela ne signifie pas qu’il faille nier la conflictualité pouvant exister entre des approches parfois antagonistes sur certains points. Au contraire, le cadre global donne un espace d’explicitation permettant de visibiliser les conflits.
Une approche transmoderne. Nous sommes plus ou moins consciemment façonnés par une représentation du monde qui est celle de la culture occidentale mondialisée, et qui possède les caractéristiques suivantes : une vision rationaliste accompagnée d’une foi en la science et la technologie comme voie de salut pour l’humanité et d’une logique de l’efficacité ; une vision anthropocentrique dans laquelle seul l’humain possède une valeur intrinsèque et dans laquelle le non-humain est instrumentalisé ; une vision androcentrée, pensée par des hommes où prédominent des valeurs traditionnelles associées au masculin ; une vision occidentalocentrée, marquée par la mise sous tutelle des pays du Sud. Dans ce paradigme moderne, la valeur cardinale est l’autonomie, qui se décline dans tous les domaines de l’existence : vis-à-vis de la nature, vis-à-vis de la communauté, vis-à-vis des cadres traditionnels, notamment religieux, dans l’organisation sociale.
Divers courants écologistes ont mis en lumières les impasses de ce système de croyance. Parmi eux, trois exemples emblématiques. 1. L’écologie scientifique, d’abord, ramène dans le paradigme de l’autonomie la notion de limite. Les neuf limites planétaires (Rockström et al., 2009 : 472-475) identifiées par la communauté scientifique nous montrent très clairement que notre autonomie est conditionnée : pour survivre, nous devons reconnaître des limites à notre liberté. 2.
L’écoféminisme (Shiva et Mies, 1999) également interpelle la modernité en liant l’anthropocentrisme, l’androcentrisme et l’occidentalocentrisme. Les écoféminismes y décèlent les mêmes rapports de domination, et les mêmes processus d’invisibilisation (de la nature, du travail des femmes et des valeurs traditionnellement associées au féminin, ainsi que des ressources et de la force de travail fournis par les pays du Sud) et dévoilent ce faisant l’envers du décor de la modernité. 3. L’écologie profonde (Næss, 2013), pour sa part, a vivement critiqué le dommage moral et l’appauvrissement existentiel de l’anthropocentrisme. Arne Næss, père de l’écologie profonde, voit dans la négation de notre appartenance à la nature, de la valeur de la nature et de son importance pour l’épanouissement des individus le fondement de la crise écologique et une atrophie de notre être.
L’écologie intégrale porte le projet d’un dépassement de la modernité. Celui-ci ne doit cependant pas se traduire par une négation de la modernité, ni par la nostalgie d’un âge d’or perdu. Au contraire, un véritable dépassement passe par l’intégration des acquis de la modernité, comme l’humanisme et une certaine conscience planétaire, toutefois inscrits dans un nouveau paradigme culturel. C’est pourquoi elle se veut transmoderne (Dussel, 1999 ; Luyckx Ghisi, 1990). Le préfixe « trans » traduit ce dépassement qui intègre. La transmodernité se distingue de la prémodernité, regard nostalgique vers le passé, ainsi que de la postmodernité, un contrepied de la modernité marqué par la déconstruction et le relativisme.
Une approche intègre. Étymologiquement proche d’intégral, l’écologie que nous voulons qualifier se veut également intègre, au sens où il nous faut développer des critères de discrimination pour éviter, tant que faire se peut, les diverses formes de « verdissement » superficiels, et ne prendre en compte, pour avancer dans l’ère écologique, que les chercheurs et acteurs sincères, qui font primer la volonté de préserver la vie et la dignité humaine sur d’autres intérêts immédiats, qu’ils soient financiers, idéologiques ou liés à la préservation de certains privilèges.
Une vision démocratique et pluraliste. Enfin, l’écologie intégrale que nous endossons défend une vision démocratique et pluraliste de la société, qui met la sauvegarde de la biosphère au centre (Bourg, 2018, Batho 2019, Van Gaver, 2019) des préoccupations politiques. Le terme intégral peut effrayer ceux qui redoutent les dérives totalitaires d’une approche se voulant globale, holistique. Il faut effectivement éviter que l’écologie intégrale, bien que radicale, ne soit totalisante dans sa prétention : « L’écologie du vivant est intrinsèquement immanente, c’est un ordre dynamique endogène ; elle n’a rien à voir avec un pouvoir global totalitaire ou globalitaire » (Van Gaver, 2019 :1). Lecture globale et vision holistique ne signifient effectivement pas négation de l’inexorable dimension tâtonnante et incomplète de toute approche, ni l’importance de reconnaitre une pluralité de visions du monde. L’écologie intégrale se situe de ce fait dans la recherche permanente d’un équilibre délicat entre proposition normative et valorisation d’une pluralité de visions et de chemins.
De quel point de vue une pensée intégrale est-elle justifiée ? Ce n’est assurément pas avec la prétention de « tout savoir sur tout », ce qui n’est que sottise. Mais déjà, tous nous pouvons facilement reconnaitre que nous avons besoin de repères, dans la fragmentation actuelle du savoir, besoin de mettre chaque chose à sa place. N’est-ce pas un besoin inné de l’esprit humain que de tenter de mettre chaque pièce du puzzle au bon endroit pour avoir une idée de l’image qu’elles composent ? Tous ceux qui prennent un peu au sérieux le désir de connaitre se retrouvent très vite confrontés au fait que le savoir est devenu une forêt inextricable, où les complications et les contradictions sont déroutantes. Il est indispensable, pour ne pas se perdre ou s’égarer, de situer chaque approche et ses limites. (Carfantan, 2014 : 1)
Trois visions de l’écologie intégrale{{}}
Pour preuve, le concept d’écologie intégrale lui-même se prête à une pluralité d’interprétations et se nourrit d’influences diverses qui ne s’harmonisent pas forcément d’emblée. Nous avons identifié trois champs théoriques majeurs qui mobilisent ce concept : une lecture républicaine (Delphine Batho), une vision chrétienne (François 1er, Laudato si) et une vision transconfessionnelle (Ken Wilber).
Les caractéristiques identifiées ci-dessus les rassemblent : lectures globales, intégrité, radicalité et intégration de différentes visions de l’écologie s’y retrouvent sous diverses formes. Seule la dimension du pluralisme pose question pour les deux premières approches, nous y reviendrons. Outre leur contexte d’émergence, les divergences majeures entre ces trois courants de l’écologie intégrale consistent en leurs ancrages culturels et spirituels respectifs. L’écologie intégrale, nous le verrons, intègre le spirituel, ou écologie intérieure, comme catégorie de pensée et d’action pertinente bien que non suffisante pour penser la transition. Nous reviendrons par la suite sur la question de savoir le statut qu’il convient de lui accorder. Nous développerons cette question après avoir passé en revue ces trois veines de l’écologie intégrale identifiées.
Delphine Batho : une approche républicaine de l’écologie intégrale{{}}
Je débuterai, suivant par là un ordre chronologique inversé, par l’approche de Delphine Batho, en référence à l’ouvrage paru en 2019, Écologie intégrale, le manifeste (Batho, 2019). L’ouvrage, clair et percutant, tire, en quelque sorte, les implications politico-économiques du constat posé par Bruno Latour dans son livre « Où atterrir ? » (Latour, 2017) : l’axe de la mobilisation politique moderne – l’axe gauche-droite – est devenu obsolète. Un nouveau clivage structure la politique de l’anthropocène, opposant le terrestre au hors sol (Latour, 2017), ou les terriens aux destructeurs, (Batho, 2019). La crise planétaire de l’environnement donne le la : « L’enjeu de conserver une planète habitable pour l’humanité supplante en effet tous les autres » (Batho, 2019 : 9). Cette prévalence accordée aux politiques qui intègrent les limites planétaires est jugée indissociable de la question sociale. Cette dernière, cependant, n’est pas abordée à partir du prisme moderne « socialisme vs libéralisme » qui sont, pour Delphine Batho, les deux faces d’une même monnaie productiviste, croissanciste et techniciste conduisant à l’effondrement. Cependant, inégalités sociales et crise écologique sont indissociables tant au niveau des causes (le même modèle crée les deux) que des responsabilités (la concentration des richesses traduit une concentration des responsabilités dans la destruction des ressources et du vivant) et des conséquences (les dommages environnementaux produits par les plus riches sont massivement subis par les plus pauvres).
Dans ce contexte, Delphine Batho définit l’écologie intégrale comme un nouveau projet politique pour « ceux qui veulent défendre la cause des terriens » (2019 : 44) : « L’écologie intégrale consiste à ce que tout choix politique soit fondé, dans tous les domaines, sur et pour l’écologie. Elle place le respect de la Nature au centre des décisions démocratiques. » (2019 : 45). L’écologie n’est plus, dans cette optique, un modèle parmi d’autres mais l’axe politique central à partir duquel les questions sont abordées et les décisions prises.
Dans ce contexte, le manifeste propose le passage de l’état providence à l’état résilience, d’une économie néolibérale (ou productiviste) à une économie permacirculaire et biosourcée, en référence aux travaux de Dominique Bourg et Christian Arnsperger (Bourg et Arnsperger, 2017), ni capitaliste, ni marxiste, dessinant les contours politico-économiques d’une nouvelle ère dite de l’écologie intégrale aux accents écoféministes (Batho, 2019 : 81-87). Cette vision politique est soutenue par l’importance accordée à une écologie intérieure laïque : une reconnexion avec nos émotions et sentiments, une « réconciliation avec la nature, avec notre nature profonde d’êtres vivants, et avec nos semblables » (2019 : 95), et une éthique. Elle défend une vision républicaine de cette écologie intérieure : « Elle (l’écologie intégrale) est totalement laïque, car la laïcité est la condition de toute spiritualité ou écologie intérieure libre » (2019 : 95).
‘Laudato si’ : une vision chrétienne de l’écologie intégrale
Sur ce dernier point, Delphine Batho prend distance, implicitement, avec le deuxième champ de l’écologique intégrale que nous avons identifié : l’écologie intégrale chrétienne, popularisée par l’encyclique du pape François Laudato si’ [2] (en italien médiéval « Loué sois-tu », en référence à un poème de François d’Assise) parue en 2015. Ce texte, salué dans les milieux chrétiens et non chrétiens, mobilise l’expression d’écologie intégrale qui a popularisé la réflexion proprement chrétienne sur l’écologie. Le concept « intégral » était déjà présent dans des encycliques précédentes en référence à un type de développement humain plus proche de l’évangile, tranchant avec la vision productiviste et technocratique [3]. L’encyclique Laudato si élargit le concept (écologie et justice sociale doivent être reliées) et le rend plus radical (le pape défend des positions clairement anticapitalistes). Intégrale l’encyclique l’est donc en un double sens : au sens d’une vision tout à la fois sociale et écologique d’une part, « Il n’y a pas deux crises séparées, l’une environnementale et l’autre sociale, mais une seule et complexe crise socio-environnementale. Les possibilités de solution requièrent une approche intégrale pour combattre la pauvreté, pour rendre la dignité aux exclus et simultanément pour préserver la nature » (François, 2015 : § 139), mais aussi au sens de l’intégration d’une palette de lectures de la crise.
La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles aux problèmes qui sont en train d’apparaître par rapport à la dégradation de l’environnement, à l’épuisement des réserves naturelles et à la pollution. Elle devrait être un regard différent, une pensée, une politique, un programme éducatif, un style de vie et une spiritualité qui constitueraient une résistance face à l’avancée du paradigme technocratique. […] Chercher seulement un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit, c’est isoler des choses qui sont entrelacées dans la réalité, et c’est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial. (François, 2015 : § 111)
Bien que l’encyclique l’ait consacré, le terme écologie intégrale était déjà présent dans la culture chrétienne avant la parution du Laudato si, notamment sous la plume de l’éco-théologien de la libération Leonardo Boff (Boff, 1994) dont l’influence sur le pape François est manifeste.
On retrouve également l’expression, en contexte francophone, à partir des années 2000 chez Falk van Gaver (Van Gaver, 2017c). Ce dernier insiste sur le caractère intrinsèquement écologique de la religion, en particulier la religion chrétienne, et sur la proximité étymologique entre religion catholique (du grec kath’holon, « relatif au tout », « universel », « intégral ») et écologie intégrale, définie comme une « écologie complète, une écologie à la fois humaine et naturelle, temporelle et spirituelle » (Van Gaver, 2017c).
Mais cette écologie intégrale chrétienne, certes en germe dans la tradition (dans la Bible, dans la pensée chrétienne, ses rites, sa liturgie et ses pratiques), n’a selon lui pas encore véritablement émergé dans la société, bien qu’on en trouve des exemples isolés, comme François d’Assise, Seraphin de Sarov, Tolstoï ou Lanza del Vasto. L’appliquer supposerait une opposition farouche au capitalisme, jugé incompatible, avec le christianisme (Van Gaver, 2017a). C’est pourquoi l’engagement dans une écologie intégrale chrétienne qu’il appelle de ses vœux suppose une double révolution : de l’ordre social de la société moderne capitaliste et productiviste d’une part, mais également d’un christianisme « historique » perverti et corrompu par l’argent et le pouvoir (Van Gaver, 2017b).
Dans la foulée de l’encyclique, le concept d’écologie intégrale s’est développé notamment à travers le lancement de la revue Limite [4] en septembre 2015 et les travaux de Gaultier Bès et Marianne Durano. Bien que d’influence chrétienne, la revue Limite n’est pas explicitement confessionnelle, et l’encyclique n’est qu’une référence parmi d’autres dans la palette d’auteurs mobilisés [5]. Dans son Manifeste, la revue se positionne en faveur d’une « écologie intégrale qui se fonde sur le sens des équilibres et le respect des limites propres à chaque chose » (Piccarreta, dir., 2015). Tout comme les approches évoquées précédemment, elle entend marier écologie sociale et environnementale, avec un accent, présent également dans l’encyclique, sur l’écologie humaine, au sens d’une attention au respect de l’intégrité du corps humain et à la dignité des modes de vies. « Promouvoir l’écologie intégrale, c’est donc se soucier aussi bien des plus fragiles et des opprimés que s’opposer à tout ce que nos modes de vie peuvent avoir de dégradant et d’aliénant. » (Piccarreta, dir., 2015).
La revue Limite revendique, à l’instar de Delphine Batho, un dépassement du clivage gauche/droite, et ses « alternances sans alternative » (Piccarreta, dir., 2015), ainsi que du productivisme et, plus globalement, de la modernité libérale et techniciste.
Ken Wilber : l’écologie intégrale transconfessionnelle{{}}
Ce serait une erreur de penser que le concept d’écologie intégrale est d’abord un concept chrétien, voire, comme l’affirme Falk Van Gaver, « la traduction laïque, à l’usage de tous, chrétien ou non, de l’écologie chrétienne » (Van Gaver, 2019). En réalité, le concept d’écologie intégrale se développe de façon parallèle au contexte chrétien, aux États-Unis, dans les années 90 sous la plume de Ken Wilber (Wilber, 1995), un philosophe américain traduit en plus de 20 langues, mais encore peu connu du monde intellectuel francophone. Nourri de plusieurs influences, Wilber propose une synthèse entre la psychologie transpersonnelle, les spiritualités orientales (hindouisme, bouddhisme et la philosophie de Sri Aurobindo) et la philosophie occidentale, en particulier ce qu’il appelle l’école non-duale (représentée par des auteurs comme Plotin et le néoplatonisme, mais également Teilhard de Chardin, Maître Eckart ou Schelling). L’écologie intégrale chez Wilber n’est pas seulement une éthique (cf. éthiques environnementales), mais la recherche d’un nouveau paradigme philosophique. Voici comment il définit lui-même son projet de philosophie intégrale.
J’ai cherché une philosophie intégrale, qui puisse tisser ensemble les contextes pluriels des sciences, de la morale, de l’esthétique, de la philosophie orientale et occidentale, et des grandes traditions de sagesses de l’humanité. Pas sur le mode du détail, ce qui serait évidemment impossible, mais sur le mode des orientations générales : d’une façon qui puisse suggérer que le monde est réellement Un, indivis, entier, et relié à lui-même sur tous les chemins qu’il emprunte : une philosophie holistique pour un Kosmos holistique, un monde philosophique, une philosophie intégrale. (Wilber, 2000 : xi) [6]
L’un des enjeux majeurs de l’écologie intégrale de Wilber consiste dans le dépassement de l’ontologie moderne dominante qu’il appelle le « flatland », un matérialisme plat, sans relief, sans verticalité, sans profondeur spirituelle, un Cosmos désenchanté. L’ontologie qu’il propose est spiritualiste dans une perspective totalement transculturelle et transconfessionnelle : l’Esprit dont il est question peut être appréhendé tant avec le concept plotinien de l’Un, qu’avec concept bouddhiste de vacuité, ou encore le concept heideggérien d’Être [7]. Quelques balises, néanmoins, circonscrivent le champ des interprétations valables possibles : ne sont jugées pertinentes que les approches qui relient l’humain, la nature et l’Esprit sans nier leurs distinctions. Wilber rejette les positions d’inspiration romantique qui appellent une écologie de la fusion avec le grand tout de la nature, lesquelles expriment pour lui une régression à des cosmologies prémodernes.
La vision intégrale de Wilber se veut transmoderne : elle renoue avec certaines intuitions prémodernes (comme la conscience de l’unité et l’importance du lien) mais sans nier les acquis de la modernité (caractérisée par l’emprise de la rationalité qui divise et sépare) ni de la postmodernité (marquée par le relativisme pluraliste). Les visions modernes et postmodernes correspondent à des étapes de l’évolution de la conscience humaine qui, en tant que telles, sont appelées à être dépassées. « Dans ses phases ultérieures, le relativisme pluraliste va progressivement donner lieu à des modes de conscience plus holistiques, qui commencent à tisser ensemble les voix plurielles pour donner de magnifiques tapisseries à visées intégrales. Le relativisme pluraliste cède le pas à l’intégralisme universel [8] » (Wilber, 2000 : xi).
Pour Wilber donc, une approche intégrale peut être définie comme l’élaboration d’une vision nouvelle qui recrée du lien et du sens à partir des éléments épars du paradigme postmoderne marqué par la déconstruction. « Là où le pluralisme relativiste identifie les nombreuses voix différentes et les nombreux contextes, l’intégralisme universel entreprend de les rassembler pour former un chœur harmonieux [9]. » (Wilber, 2000 : xi).
L’enjeu, pour une écologie intégrale, dans l’optique de Wilber, est de ne pas tomber dans ce qu’il appelle la confusion pré/trans (Wilber, 2000 : 210-213), une confusion entre la vision prémoderne et la vision transmoderne. En effet, les deux visions peuvent être confondues du fait de leur point commun : être non moderne. En réalité, elles sont différentes : par exemple, la vision prémoderne de la nature, est marquée, pour Wilber, par une indissociation, une indifférenciation entre l’humain et la nature, alors que la vision transmoderne, portée par la même aspiration à l’unité, intègre le moment moderne de mise à distance et de séparation. Une vision trans intègre plus qu’elle ne rejette les paradigmes antérieurs. Cette confusion pré/trans est très effective pour clarifier certaines controverses environnementales.
L’approche de Wilber a ceci d’intéressant qu’elle inscrit la réflexion sur la crise écologique dans une philosophie de l’histoire. On parle aujourd’hui de la force des « récits » pour penser la transition. Nous trouvons chez Wilber un récit tout à la fois instruit et prospectif, permettant de comprendre que la situation dans laquelle nous nous trouvons correspond à une certaine étape de l’évolution de la conscience humaine, appelée de ce fait à être dépassée. Cette philosophie de l’histoire wilbérienne est une source d’inspiration fondamentale pour accompagner la transition qui gagnerait à être plus largement diffusée en milieu francophone.
Cette philosophie intégrale se décline à travers le modèle AQAL, la mise en forme graphique de la vision intégrale qu’il développe permettant d’aborder tout objet de connaissance ou toute thématique dans ses dimensions intérieures, extérieures, individuelles et collectives. Ce modèle AQAL (Wilber, 2001(1996)) sera repris à la fin des années 1990 par Michael E. Zimmermann et Sean Esbjörn-Hargens (Esbjörn-Hargens, 2009), et appliqué à l’écologie scientifique. « Parce que la théorie intégrale incorpore systématiquement plus d’aspects de la réalité, et les met en corrélation plus consciemment que n’importe quelle autre approche d’évaluation et de résolution de problème, elle est potentiellement plus apte à gérer les problèmes complexes du xxie siècle. » (Wilber, 2001 [1996] : 2) C’est effectivement un cadre fécond pour comprendre la crise écologique dans sa pluri-dimensionalité.
Les strates de l’écologie intégrale{{}}
Sur base de ce bref panorama, et nourrie par ces différentes influences, je voudrais dans ce qui suit proposer un modèle pour définir le concept d’écologie intégrale [10], à partir d’une métaphore : celle des strates géologiques (figure 1).
Ce modèle en strates nous invite à plonger dans les couches géologiques de notre culture pour intégrer des pans de questionnements divers, des plus techniques aux plus philosophiques et spirituels.
On peut déployer le projet d’une écologie intégrale dans différentes directions. On peut s’en servir pour désigner une vue d’ensemble qui relie des secteurs d’activité (alimentation, mobilité, éducation, énergie, etc.), pour montrer les synergies entre des courants de pensée écologistes (écoféminisme, écologie sociale, écologie politique, écologie profonde, écospiritualité, etc.), pour montrer la complémentarité entre diverses formes d’engagement ou de militance écosociale (écoactivisme, colibri, désobéissance civile non violente, éducation à l’environnement, écopsychologie, etc.) (De Bouver et Luyckx : 2019). L’approche privilégiée ici consiste à proposer une carte globale permettant de visualiser l’articulation et la complémentarité entre différentes dimensions de la crise, qui désignent autant d’interprétations sur les causes de celles-ci et, pour autant, sur les enjeux-clés qu’elle recèle. Figure 1
L’intérêt de ce modèle, c’est qu’il permet de mettre en synergie plutôt qu’en concurrence les différentes interprétations de la crise. Le modèle, en effet, n’a pas pour objet de répondre à la question de savoir quelles sont, en définitive, les « vraies » causes de la crise écologique et donc les « vrais » enjeux. Il part au contraire du constat que chacun de ces diagnostics a sa pertinence propre et que c’est bien à ces différents niveaux que doit être pensé l’engagement écologiste dans une perspective intégrale.
Par ailleurs, il nous apparait que, trop souvent, les débats en matière d’écologie sont comme « grippés » dans les ornières de la Modernité. Une série de clivages théoriques hérités d’un autre temps continuent de nous conditionner et entravent la création d’alternatives crédibles. C’est notamment la thèse du philosophe canadien Charles Taylor dont les analyses dévoilent combien l’identité contemporaine est marquée par une série d’oppositions ou de conflits irrésolus hérités de la période moderne. Pour lui, l’ambition de surmonter ces oppositions est une tâche essentielle d’aujourd’hui.
Desquelles [oppositions] s’agissait-il ? De l’opposition entre la pensée, la raison et la morale d’une part, le désir et la sensibilité de l’autre ; de l’opposition entre la pleine liberté consciente de soi d’un côté, et la vie dans la communauté de l’autre ; de l’opposition entre la conscience de soi et la communion avec la nature et, au-delà, de la séparation entre la subjectivité finie et la vie infinie qui informe la nature, la barrière qui sépare le sujet kantien de la substance spinoziste. (Taylor, 1998 : 8)
Dans le même ordre d’idée, nous avons identifié pour chacune des strates de la crise écologique, une série de clivages que nous sommes appelés aujourd’hui à dépasser. Nous avons déjà évoqué, par exemple, la nécessité de dépasser le clivage gauche-droite en sortant du modèle productiviste. On retrouve ce genre de défi pour chacune des cinq strates que nous allons développer dans ce qui suit.
Strate technique : une crise de l’énergie{{}}
Un premier grand ensemble de diagnostics et pronostics qui se discutent dans le domaine de l’écologie touche la question de l’énergie et les réponses majoritairement « technicistes » qui lui sont apportées. Une partie significative des citoyens reste persuadée, plus ou moins consciemment, qu’une solution technique va pouvoir être apportée au double problème des émissions de CO2 d’une part, de la raréfaction des ressources (pétrole, gaz, métaux rares) de l’autre. En améliorant l’éco-efficience des technologies actuelles, en développant de nouvelles technologies pour enrayer les effets pervers des anciennes (capteurs de CO2, réfrigération du permafrost…) ou encore en misant sur la découverte de nouvelles sources d’énergie encore inconnues, des « solutions » techniques sont imaginées – ou fantasmées parfois – pour faire face à la crise écologique, souvent réduite par ceux qui ne voient que cette strate-là, à la crise climatique et cette dernière à une crise de l’énergie. Sans entrer dans un discours technophobe, qui nierait toute pertinence à la recherche de solutions techniques à la crise écologique, force est de constater qu’un diagnostic technophile, et par là très « moderne », sur la crise nous masque les véritables enjeux.
Ni technophile ni technophobe. Loin du tout à la technologie comme du retour à la bougie, notre attitude vis-à-vis de la technologie gagnerait à se vouloir « critique » (Feltz, 2003 : 57-67), c’est-à-dire consciente de ses propres limites, et ouverte dès lors à d’autres grilles de lecture de la crise écologique. Plusieurs arguments peuvent être invoqués pour limiter l’espoir que nous sommes en droit de placer dans la technologie pour « résoudre » la crise écologique. Premièrement, la crise énergétique n’est qu’un aspect de la crise climatique, qui comporte également des enjeux sociaux et politiques indéniables. Cette dernière n’est par ailleurs qu’un aspect de la crise écologique telle qu’elle est définie par la communauté scientifique. Deuxièmement, il semblerait qu’une série d’éléments rendent manifeste l’impossibilité d’une « résolution » strictement technique de la crise écologique : l’effet rebond [11], les limites physiques de l’éco-efficience et, l’impossibilité de remplacer purement et simplement le fossile par le renouvelable (Dupont, Jeanmart, Possoz, 2017), le couplage PIB/énergie (Jackson, 2010), nous obligent à élargir ce diagnostic technique, et explorer une deuxième strate de l’écologie intégrale.
Strate économique : une crise du productivisme{{}}
La crise écologique interpelle effectivement de plein fouet nos modèles économiques. Alors que les grandes institutions nationales et internationales continuent de brandir l’étendard de la croissance [12], la conscience des limites de ce modèle croissanciste s’affirme chaque jour davantage chez les chercheurs et militants engagés sur les questions écologiques. La remise en question de la croissance n’est pas neuve. En atteste la publication du fameux « Rapport Meadows » du Club de Rome en 1972. La théorie de la décroissance s’est développée depuis lors à travers les travaux de Georgescu Roegen, Serge Latouche, André Gorz, Ivan Illich. Il semble effectivement que la visée d’une croissance infinie dans un monde fini ne soit pas un projet de société crédible. L’idée de croissance verte, supposant un découplage absolu entre la consommation d’énergie (et donc les émissions de CO2) et la croissance du PIB, historiquement corrélés, s’avère chimérique, si l’on en suit les travaux de Tim Jackson (Jackson, 2010), Gaël Giraud (Auzanneau, 2014) ou Christian Arnsperger (Arnsperger, 2010). Même une écologie circulaire, si elle s’inscrit dans le paradigme de la croissance, reste incompatible avec les limites planétaires, notamment à cause de l’effet rebond (Bourg, 2018a). Dans la perspective d’une écologie intégrale, négocier la sortie du modèle économique basé sur la croissance est très clairement un défi majeur.
Au-delà de l’opposition croissance-décroissance. Il n’est cependant pas certain que le choix du mot « décroissance » soit le plus adéquat pour penser la transition. Le mot désigne un contrepied plutôt qu’une nouvelle vision et est souvent associé à un retour en arrière nostalgique. Par ailleurs, il masque l’espoir légitime de voir croître certains domaines d’activité : le commerce de proximité, l’agroécologie, l’éducation… Dans l’optique d’une écologie intégrale telle que nous cherchons ici à la définir, la décroissance est une condition nécessaire mais non suffisante pour penser l’économie de demain : le terme déjà évoqué d’économie permacirculaire (Bourg, 2017 et 2018a), par exemple, nous semble plus approprié. Il s’agit d’une économie qui est tout à la fois circulaire et orientée vers une réduction de tous les flux de matière et donc du volume de nos activités pour arriver à une empreinte écologique correspondant aux limites planétaires (Rokström et al., 2015 [2009]). Cette vision est donc décroissante, mais ne brandit pas l’étendard de la décroissance comme nouveau projet de société. Un tel étendard ne peut la définir qu’en creux.
Une autre façon de contourner cette opposition binaire croissance-décroissance consiste à redéfinir les indicateurs de prospérité (Cassier et al., 2011 ; Meda, 2018 et Jackson 2010 [2009]). Les recherches menées dans ces domaines dévoilent non seulement les impasses du modèle actuel basé sur le mono-indicateur du PIB comme mesure de « prospérité », mais également la portée politique, et non strictement économique, d’une telle réflexion. Quelque part, définir la prospérité d’un pays par le PIB signe l’abdication de la mission la plus noble du politique consistant, précisément, à donner une vision, une orientation. La réponse économiciste par défaut réduit, finalement, le politique à un rôle de facilitateur des intérêts économiques.
Strate politique : une crise de notre projet de société{{}}
À ce titre, l’écologie intégrale porte l’espoir d’une redécouverte des missions premières du politique, qui, dans un modèle démocratique, peut être définie comme la recherche d’une articulation harmonieuse entre un projet de société et les visions plurielles des individus qui la composent. Dans le modèle libéral, c’est l’économie qui définit le projet de société (croissance, développement) tout en se voulant respectueuse d’une pluralité de vision du monde (pour autant que celles-ci s’adaptent aux exigences du marché). L’écologie intégrale porte l’ambition de redéfinir notre projet de société, en faisant des valeurs de soutenabilité, de solidarité, de justice et de justesse l’horizon de sens partagé, toutefois respectueux d’une pluralité de chemins, d’interprétations culturelles. C’est là évidemment un défi majeur pour l’écologie politique depuis son émergence [13]. À ce niveau politique, nous avons identifié trois dichotomies qui appellent un dépassement dans l’optique de l’écologie intégrale.
Ni libéral ni communautarien. Dans l’optique de l’écologie intégrale, le statut de ce nouveau projet de société en gestation est appelé à dépasser le débat historique entre la vision libérale et la vision communautarienne [14] qui divise la philosophie politique. Le respect de la liberté individuelle est au cœur du projet politique libéral. Dans cette optique, l’état se veut « neutre » de toute vision de la vie bonne, considérant qu’il est préférable, par respect du pluralisme, que ce dernier se contente d’une série de principes de justice formels (Rawls, 1971 ; Blais et Filion 2001, Ferry J.M., 2008). La vision communautarienne souligne l’importance du contexte culturel partagé, incluant des visions de ce qu’est une « vie bonne », celui-ci constituant une condition de possibilité de l’identité et de l’autonomie des individus. Dans la perspective de l’écologie intégrale, la pluralité des visions individuelles du monde doit être reconnue, tout comme la nécessité de penser un horizon collectif et des valeurs de soutenabilité forte, de justice et de solidarité. C’est donc bien d’une vision de la vie bonne dont l’écologie politique est porteuse : une vision dans laquelle la vie humaine reste possible, matériellement et existentiellement soutenable, et dans laquelle un principe de justice est appliqué dans l’identification des dommages environnementaux et la répartition des pertes ; une vision qui intègre le vivant et les générations futures comme nouveaux protagonistes sur la scène politique de l’anthropocène. L’adoption de principes politiques substantiels est par ailleurs compatible avec le respect des libertés individuelles et le respect de la diversité des visions du monde. « Une société dotée de puissants desseins collectifs peut être libérale, pourvu qu’elle soit capable de respecter la diversité spécialement lorsqu’elle traite ceux qui ne partagent pas ces visées communes – et pourvu aussi qu’elle puisse offrir des sauvegardes pour les droits fondamentaux. » (Taylor, 1992 : 82).
En réalité, cette vision de la vie bonne ne doit pas être pensée en vis-à-vis d’un modèle qui serait neutre. Au contraire, l’écologie dévoile précisément la non-neutralité du modèle dans lequel nous existons, qui réduit le vivant à un stock et place l’efficacité marchante comme critère principal de discernement politique.
Au-delà de la dichotomie gauche-droite. Nous avons déjà évoqué, en référence à Delphine Batho et à Bruno Latour, la nécessité de dépasser l’opposition très « moderne » entre la gauche et la droite, car ce débat se joue en quelque sorte sur le sol du modèle productiviste qui doit être dépassé. Dans leur ouvrage de 2010, Dominique Bourg et Kerry Whiteside développaient également la nécessité d’un dépassement de ces catégories classiques (Bourg et Whiteside, 2010 : 103-104). Le philosophe Vittorio Hösle apporte lui aussi un éclairage sur cette question en montrant comment l’écologie politique renoue avec certaines idées de la droite et certaines idées de la gauche, tout en s’opposant farouchement à une certaine droite et à une certaine gauche (Hösle, 2011). Ce qu’il apporte, ce faisant, c’est que ce dépassement de la dichotomie gauche/droite n’a rien d’une tabula rasa. C’est plutôt, comme l’évoquait Latour également, un changement d’axe qui rebrasse les cartes tout en intégrant et en rendant également possibles certaines alliances qui seraient impensables sans les cadres politiques traditionnels.
Ni strictement local ni strictement global. Cette nouvelle vision du politique, qui renoue avec la noblesse de la mission initiale, doit également éviter le piège de l’alternative du tout au local ou tout au global. Certains, dans la veine du municipalisme libertaire (Bookchin, 2003), rêvent d’une résolution de la crise écologique par la relocalisation du pouvoir au niveau très local, organisé selon des principes d’autogestion et de démocratie directe. D’autres, à l’inverse, imaginent une gestion extrêmement centralisée, par laquelle la crise serait résolue à coups de taxes, de nouvelles lois, de contraintes et de la mise en place d’un énorme réseau énergétique global. Dans l’optique de l’écologie intégrale, il s’agit de combiner les deux approches : une très nette relocalisation qui puisse être accompagnée par une plus grande autonomie accordée aux régions et aux communes pour recréer du lien et repenser les territoires, tout en mettant par ailleurs en place un cadre politique mondial qui établirait les limites planétaires et veillerait à la juste répartition des dommages environnementaux. Ce dernier élément est indispensable pour traiter les problèmes inévitablement transnationaux de l’écologie (Morin et Hulot, 2007), et contraindre, s’il le fallait, les États qui refuseraient d’adapter leurs comportements [15]. Le dépassement de cette dichotomie local/global invite également l’écologie intégrale à éviter le piège du repli identitaire. En effet, la rhétorique du retour au local s’accompagne, on le constate dans le panorama politique français par exemple, d’un rejet de l’autre, de la négation de la chance énorme que recèle le cosmopolitisme des pays européens, et de la nécessité de penser la relocalisation aussi comme une ouverture interculturelle, et pas un retour fantasmé sur les identités closes [16].
Strate philosophique : une crise de la culture moderne{{}}
À l’heure de redéfinir la prospérité ou de formuler un nouvel horizon de sens commun axé sur la soutenabilité forte, l’écologie intégrale nous parle d’un changement culturel majeur. Ce ne sont pas seulement nos technologies, nos modes de production ou de consommation, pas seulement nos modèles économiques ou politiques que nous devons transformer, mais également notre système de croyance. Dans l’optique de l’écologie intégrale, l’un des enjeux majeurs de la mutation culturelle que nous sommes appelés à vivre passe par un changement très profond de notre vision de la nature et notre lien avec elle :
La relation de l’homme à la Nature est la relation de l’homme à la Réalité. Le respect de la Nature renvoie à notre conscience limitée, étroite, fragmentaire, conscience qui doit être changée pour que l’humanité retrouve un avenir dans une Nature riche et vivante et pas dans un monde pauvre, désertique et mort. Ce n’est pas sans relation avec la connexion intime de l’homme avec la vie. (Carfantan, 2014 : 1)
La crise touche en fin de compte jusqu’à notre vision de la réalité elle-même, notre ontologie. Elle porte en germe l’éclosion d’une nouvelle vision ontologique du monde.
À l’instar des strates précédentes, il y a dans ce registre philosophique qui correspond à la quatrième strate du modèle la nécessité de dépasser une série de clivages au profit d’une vision plus ample. Nous voulons mettre l’accent sur deux clivages en particulier.
Dépasser l’opposition déliance-retour au lien. Le premier dépassement porte sur notre représentation du rapport humain-nature. Face à la déliance moderne, un processus de mise à distance de la nature, émerge une aspiration forte à recréer du lien : la reconnexion à la nature et l’aspiration à retrouver un sens du collectif, très présents dans les milieux écologistes, en attestent. S’agirait-il de nier ce que la modernité a séparé pour renouer avec l’univers matriciel et fusionnel du lien ? La tentation est grande. Cependant, nous l’avons évoqué en référence à Ken Wilber, il est important d’éviter la confusion pré/trans : la déliance moderne n’est pas unilatéralement négative, elle a permis une émancipation de la subjectivité humaine vis-à-vis du corps social, vis-à-vis de la nature et ses cycles, vis-à-vis de certains cadres traditionnels oppressants. L’écologie intégrale se veut être un dépassement de cet état d’isolement de la subjectivité moderne, qui recrée du lien sans nier la séparation. Le concept qui traduit au mieux cette vision d’une autonomie compatible avec un sentiment d’appartenance est celui de reliance. [17] Celui-ci permet de différencier la communion de la fusion : la reliance se distingue du lien, car elle émerge sur le sol d’une séparation qu’elle n’annule pas. Reliance et déliance entretiennent un rapport dialogique. Ainsi, on trouve chez Morin la valorisation positive non seulement de la reliance, qui est pour lui le cœur de l’éthique dans la perspective d’une pensée complexe (Morin, 2004 : p. 222 et Bolle de Bal, 2009 : 191), mais également de la déliance lorsqu’il affirme que « le monde ne peut advenir que par la séparation et ne peut exister que dans la relation entre ce qui est séparé » (Morin, 2004 : 27). La séparation est une étape et non l’aboutissement d’un processus d’évolution de la conscience humaine.
Dépasser l’opposition entre anthropocentrisme et bio-éco-centrisme. Ensuite, le deuxième dépassement concerne l’ontologie dans laquelle nous allons penser le dépassement de l’anthropocentrisme. De nombreux courants écologistes qui critiquent, à raison, l’anthropocentrisme, le font au nom d’une forme plus ou moins élaborée d’écocentrisme ou de biocentrisme : une vision qui prend le contrepied de l’anthropocentrisme en affirmant l’égale valeur de toutes les formes de vie, et en refusant d’accorder une valeur supérieure à l’humain [18]. Cette vision est tentante car elle correspond à une réalité biologique : nous sommes effectivement des entités vivantes, parmi d’autres, au sein d’un écosystème donné. Mais tout en étant vraie sur le plan scientifique, elle est intenable sur le plan éthique : nous ne pouvons fonder la transition écologique sur un modèle éthique dans lequel un chat, une bactérie et un être humain ont la même valeur. La crise écologique génère un « écocide » moralement inacceptable, mais elle met également en péril l’habitabilité-même de la Terre pour l’humain. Nous avons donc besoin d’un modèle qui dépasse cette opposition entre l’anthropocentrisme et le bio/écocentrisme. Pour cela nous devons sortir de l’ontologie moderne binaire qui nous coince dans cette alternative, et renouer avec l’idée tout à la fois intuitive et présente dans la plupart des cultures prémodernes et non modernes : une hiérarchie des êtres. Dans une ontologie qui reconnait une gradation de valeur au sein du réel, on peut tout à la fois contester radicalement l’anthropocentrisme qui nie toute valeur au non-humain, et le biocentrisme, qui nie les sauts qualitatifs entre les règnes de la nature. On peut, en le formulant positivement, préserver l’humanisme tout en reconnaissant la valeur intrinsèque graduellement différenciée du non-humain. Cette vision, que l’on peut caractériser comme un écocentrisme hiérarchique, fonctionne par cercles concentriques de valorisation, en reconnaissant des sauts qualitatifs entre les règnes de la nature.
Mais dans le cadre de l’écologie intégrale, le recours au concept de hiérarchie des êtres ne doit pas être purement et simplement pensé comme une réplique du modèle prémoderne. Au contraire, il s’agit d’une synthèse sur fond de crise écologique : les relations humain/nature doivent être pensées sur le mode de l’ambivalence, c’est-à-dire que l’humain est tout à la fois vivant parmi les vivants sur le plan scientifique, au regard des relations écosystémiques, et spécifique sur le plan ontologique de la valeur intrinsèque (Muraca, 2011 : 375-396).
Strate spirituelle : une crise de sens{{}}
Une dernière strate s’impose, qui ne nie pas les précédentes, mais les enrichit avec un éclairage spécifique : de nombreux auteurs, dans la veine de l’écospiritualité, s’accordent pour considérer que la crise écologique est également une crise spirituelle qui touche le matérialisme [19] de notre culture. En effet, sur fond de matérialisme et de sécularisation, on constate que c’est finalement le marché qui remplit la fonction traditionnellement occupée par les religions : de nombreux auteurs nous montrent combien les aspirations humaines fondamentales sont quelque part dévoyées par la vision marchande, qui répond par la consommation et la compétition à nos questions existentielles profondes (Castoriadis et Cohn-Bendit, 2014(1980) et Arnsperger, 2005). Ce modèle est par ailleurs fondé sur un déni de la finitude, qu’il s’agisse de notre propre mort dont l’angoisse est niée par la fausse promesse d’éternelle jeunesse (Becker, 1973), ou de la finitude de la planète et les limites qui circonscrivent les conditions d’habitabilité sur la planète (Rockström et al., 2015(2009)). Ensuite, le relativisme ambiant nous laisse sans repères moraux pour guider nos vies et pour informer l’action collective. C’est la thèse du philosophe Vittorio Hösle pour lequel le relativisme et la réification du réel sont les deux fondements de la crise écologique et les causes de notre incapacité à y faire face (Hösle, 2011). Par ailleurs, la question des repères moraux est très intrinsèquement liée à celle de notre identité et notre capacité à comprendre et à formuler le sens de notre existence. « Pour nous, le monde perd tout contour spirituel, il n’y a rien qui vaille la peine d’être entrepris, nous appréhendons un vide terrifiant, une sorte de vertige, voire une rupture de notre univers et de notre espace vital. » (Taylor, 1998b : 33) Et ce vide, à son tour, alimente le capitalisme. Les individus les plus lucides des enjeux liés à la crise écologique, et qui renoncent aux compensations marchandes, se retrouvent inévitablement confrontés à la question du sens : quel sens peut avoir ma vie dans un monde dévasté ? Cela a-t-il encore un sens de faire des enfants ? de s’engager ? la vie humaine a-t-elle, malgré tout, un sens, ou l’humain n’est-il que le cancer de la planète ? La crise écologique, finalement, touche au plus intime de notre être le problème du désenchantement du monde décrit par Max Weber : la crise écologique reflète une crise de cette vision aplatie et instrumentale de la réalité non humaine, qui nous coupe de toute possibilité de communion à la nature. Nous sommes coupés d’un monde réduit à l’état d’objet utile, coupés de la nature en nous (le corps machine, les émotions réprimées) et hors de nous (la nature réduite à un ensemble de ressources). L’aspiration à percevoir l’unité vivante, vibrante et signifiante du réel, chère au romantisme allemand par exemple (Gusdorf, 1985), et dont attestent les mystiques de différents courants spirituels et/ou religieux (Taleb, 2014), est un levier puissant de transformation individuelle et collective, interrogeant en profondeur notre système de croyances moderne. La crise écologique nous ébranle dans ce dualisme moderne, et nous invite à redécouvrir le caractère hiérophanique (Eliade, 1965(1957)) de la nature, et donc de la Réalité. La redécouverte de la sacralité du monde [20] est un enjeu phare de l’écologie intégrale.
Donner une place à la spiritualité est essentiel pour comprendre la crise que nous traversons dans sa complexité, sa profondeur et sa radicalité. Cela ouvre également un champ plus large concernant l’identification des leviers d’action, incluant, par-delà les impératifs politiques, économiques et techniques, l’idée d’une transformation intérieure, d’une métanoia [21], permettant de développer une résilience intérieure face aux bouleversements qui viennent.
Cependant, ici aussi, il nous apparait qu’il faille dépasser certaines ornières de la pensée qui nous enferment dans des conflits insolubles et des guerres de clans.
Au-delà de l’opposition entre vision transcendante et immanente. Le premier conflit appelant un dépassement, est celui qui oppose vision transcendante et immanente du sacré. À la suite de la fameuse thèse de Lynn White (1967 : 1203-1207), les religions transcendentalistes (en particulier le christianisme du Bas Moyen Âge dans le texte de White) ont été incriminées aux racines de la crise écologique, comme matrices philosophico-théologiques ayant quelque part « vidé » le réel de sa valeur et de sa sacralité, et préparé l’avènement de la modernité. Cette dernière n’en aurait finalement que radicalisé les implications et amplifié la force de frappe. En s’opposant farouchement à l’animisme, et en insistant, pour ce faire, sur le caractère transcendant – et donc extérieur au monde créé – de la réalité divine, la théologie chrétienne du 11e aurait, selon White, posé les bases du futur désenchantement du monde. Nous n’entrerons pas ici dans les détails de cette thèse largement contestée, discutée et développée dans la littérature (White, 2019 ; Bourg et Roch, 2010). Notons cependant qu’elle dévoile une tension entre une vision transcendentaliste (c’est-à-dire une vision dans laquelle on considère que Dieu est extérieur au monde créé), qui correspond aux approches (mono)théistes, et une vision immanentiste (une vision dans laquelle on considère, comme chez Spinoza ou dans différentes formes d’animisme, que Dieu est la nature). Ce débat immanence-transcendance est très bien décrit par la théologienne écoféministe Rosemary Radfort Ruether :
Tant les théalogiennes [22] que l’Archevêque [23] sont pris dans un faux dualisme où chacune des parties s’accroche à une demi-vérité déformée. L’archevêque pense que Dieu ne peut être vraiment Dieu que s’« Il » est compris comme étant spécialement en dehors de toutes les choses créées et comme le gouvernant à partir d’en haut. Les théalogiennes présument que, pour que le divin soit principe de vie et source de tout, il doit être entièrement à l’intérieur du monde naturel, dans le sens où il est identique au monde et à la nature, tels qu’ils sont actuellement. (Ruether, 2000 : 40)
L’enjeu se pose de façon analogue dans le domaine de l’écologie, où cette opposition reste vive tout comme les craintes mutuelles des deux « camps ». Parmi les tenants des religions instituées, nombreux sont ceux qui continuent de se méfier de l’écologie, surtout si elle touche à la spiritualité, car ils restent marqués par la méfiance vis-à-vis de l’animisme [24]. À l’inverse, de nombreux militants écologistes pensent le réenchantement du monde en mettant l’accent strictement sur l’immanence, au moyen d’outils empruntés à des cultures prémodernes ou non occidentales : la pratique de la hutte de sudation, des rituels autour des éléments, la référence à la sorcellerie néo-païenne (Starhawk, 1982) ou l’association, sur le plan théorique, de l’écologie avec l’animisme exclusivement [25] sont très présents dans la sphère écospirituelle.
Dans l’optique d’une écologie intégrale, il semble capital de sortir de cette polarisation, en reconnaissant l’importance et l’intérêt d’une interpellation mutuelle : les religions monothéistes ne gagneraient-elles pas à revisiter la question de l’immanence, et à s’interroger sur la présence du sacré dans la nature [26] ? À l’inverse, les spiritualités immanentistes ne peuvent-elles se laisser interpeller par le message d’unité des religions monothéistes, en particulier l’intuition d’un principe unificateur qui relie le réel par-delà la multiplicité des formes naturelles ? Ainsi, parmi les concepts présents dans la littérature, le concept de panenthéisme (Moltmann, 1988 ; Egger, 2018), qui réconcilie transcendance et immanence, recèle une richesse indéniable pour intégrer ces deux familles antagonistes et faire droit aux intuitions des uns et des autres.
Au-delà de l’opposition pluralisme-spiritualisme. Le deuxième conflit est celui qui oppose une vision pluraliste, laïque, se voulant neutre d’un point de vue dogmatique et ouvert à une pluralité d’approches, et une vision spiritualiste qui, par essence, endosserait un corpus dogmatique jugé unique vision valable. Nous avons vu en première partie de ce texte combien la bannière de l’écologie intégrale rassemble une diversité d’options, d’une intériorité laïque chez Delphine Batho à une approche chrétienne dans le Laudato si, ou encore une approche transconfessionnelle chez Ken Wilber. Nous voyons qu’il existe là une palette de possibilités d’inclure la spiritualité dans notre compréhension de la crise écologique. Si nous voulons une écologie intégrale véritablement intégrative, il est indispensable qu’elle reconnaisse la valeur de cette diversité culturelle et spirituelle. C’est pourquoi, l’écologie intégrale ne peut se définir ni comme strictement laïque ou a-religieuse ni comme strictement confessionnelle [27], mais bien comme intégrative d’une palette de spiritualités, incluant l’idée d’une spiritualité laïque et ne rejetant pas non plus les religions au nom d’une prétendue « a-dogmaticité » spirituelle. Par ailleurs, elle peut être un espace fécond de dialogue inter-religieux [28].
L’écologie intégrale est donc pluraliste et spiritualiste, et refuse de mettre les deux termes en opposition. L’écologie intégrale est porteuse d’un pluralisme qui ne repose pas, comme dans la vision laïque, sur une négation de la spiritualité au nom d’une « neutralité » républicaine, mais considère au contraire l’intériorité, la quête de sens – c’est-à-dire la spiritualité au sens large – comme des fondamentaux de l’existence humaine et comme des catégories de pensée pertinentes pour penser la crise écologique. Cependant, cette intégration de la spiritualité ne doit pas se faire au détriment de la reconnaissance d’une palette d’options, d’interprétations, de pratiques et de chemins spirituels. Sans tomber dans une vision relativiste, il nous faut postuler l’existence d’un horizon de sens commun vers lequel converge la recherche spirituelle humaine, et dont les diverses traditions et pratiques proposent des interprétations particulières. La Vérité, en ce sens, n’est pas actée dans un système dogmatique particulier (fût-ce le dogmatisme laïque) mais fonctionne comme un horizon, au sens que lui a donné le philosophe belge Jean Ladrière. C’est là un élément épistémologique fondamental sans quoi nous ne pouvons sortir de ce conflit. La vérité comme horizon permet de tenir ensemble l’idée d’un principe régulateur (contrairement au relativisme) tout en évitant les prétentions à posséder un savoir total (contrairement aux conceptions absolutistes du savoir). Le concept fait droit à l’aspiration à la vérité inhérente à l’humain tout comme à la dimension tâtonnante et jamais aboutie de cette recherche.
« L’horizon vise une réalité à venir, mais dont l’avènement est à la fois déjà effectif et toujours différé, proche et en même temps infiniment lointain, ultime mais cependant contemporain […] Sa vertu c’est d’ouvrir un espace à l’action instauratrice, de rendre proche et fiable le futur dont elle affronte le défi, en indiquant de façon non équivoque une direction, mais sans poser un terme déterminé, un moment d’accomplissement, qui marquerait la fin de la tâche. » (Ladrière in Perron. 2005 : 170)
« Tisser ensemble »{{}}
C’est ainsi que se clôture notre panorama de l’écologie intégrale. On retrouve ces différentes strates au sein des trois veines de l’écologie intégrale identifiées à des degrés de développement divers. Par exemple, chez Wilber, les dimensions techniques et politiques sont abordées d’un point de vue « méta », comme autant d’aspects de sa vision intégrale, mais là n’est pas l’accent majeur de son approche. À l’inverse, chez Delphine Batho, comme nous l’avons vu, l’écologie intérieure est présente, sous une forme laïque, mais ne se situe pas à l’avant plan de sa proposition. Cela n’est pas un problème. S’engager dans la recherche d’une écologie intégrale ne signifie pas qu’il faille s’engager au même titre à tous les niveaux. Ce qui importe, par contre, c’est de pouvoir reconnaitre l’existence et la pertinence de l’ensemble des strates, et d’inscrire nos propres intérêts et compétences dans cette lecture globale. C’est donc bien la vision globale qui caractérise en propre l’écologie intégrale, laquelle définit ce qu’Edgard Morin a décrit comme le paradigme de la complexité : « Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot « complexus », « ce qui est tissé ensemble ». Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée), c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier. » (Morin, 1995 : 106).
Ce travail de reliance marque le tournant épistémologique de l’ère écologique et porte en lui le germe d’une véritable renaissance, aujourd’hui en gestation à tous les niveaux de compréhension et d’organisation de la société. Il porte également l’espoir d’un dépassement des clivages modernes qui marquent le monde contemporain, y compris l’activisme écologique, et l’ambition d’élaborer, de façon transculturelle et démocratique, de nouvelles synthèses intégratrices.
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- Whitehead Alfred North. 1994. La science et le monde moderne. Paris : Éd. du Rocher.
- Wilber Ken. 2000 (1995). Sex, Ecology et Spirituality. Boulder : Shambhala Publications.
- Wilber Ken. 1977.The Spectrum of Consciousness. Wheaton : Quest Books.
- Wilber Ken. 2001 (1996). A Brief History of Everything. Boulder.
Mots-clés éditeurs : anthropocentrisme, décroissance, écocentrisme, Écologie, écologie profonde, écosophie, écospiritualité, éthique environnementale, intégral, Laudato si’, transmodernité - Date de mise en ligne : 08/02/2021 - https://doi.org/10.3917/lpe.006.0077
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Le péril écologique n’est pas un concept. Ce n’est pas un problème pour demain. C’est ici et c’est aujourd’hui. ‘Reporterre’{{}}
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« On assiste à une montée en puissance de mouvements contre la science » - Par Vincent Lucchese - 20 décembre 2024 à 09h44 - Mis à jour le 20 décembre 2024 à 14h45
« On assiste à une montée en puissance de mouvements contre la science »
La chercheuse Élodie Vercken est l’une des autrices du livre « Sortir des labos pour défendre le vivant ». Prôner la neutralité, c’est dépolitiser la science et l’« instrumentaliser pour défendre le statu quo », dit-elle.
Dans le livre Sortir des labos pour défendre le vivant (éd. du Seuil, novembre 2024), un groupe de scientifiques membres du collectif Scientifiques en rébellion appelle leurs confrères et consœurs à s’engager plus massivement pour mettre leurs savoirs au service de la lutte contre la catastrophe écologique et sociale.
Élodie Vercken, écologue et directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), est co-autrice de l’ouvrage. Elle revient pour Reporterre sur la montée des attaques contre la science et livre ses réflexions sur le rapport ambigu de la science avec la neutralité, la technologie et les savoirs traditionnels…
Lire l’article sur ce site > https://reporterre.net/On-assiste-a-une-montee-en-puissance-de-mouvements-contre-la-science
Complément : À propos de Reporterre - Reporterre est un média indépendant dédié à l’écologie sous toutes ses formes. Le journal est géré par une association d’intérêt général à but non lucratif, et n’a donc pas d’actionnaire. Il emploie une équipe de journalistes professionnels, et de nombreux contributeurs. Le journal est en accès libre, sans publicité, et financé à 98% par les dons de ses lecteurs. En savoir plus
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Un mur entre la science et l’agriculture - Par Gaspard Koenig (philosophe) - Publié le 3 déc. 2024 à 20:30 – Document ‘lesechos.fr’
Si elle inscrivait sa réflexion dans le temps long, la FNSEA devrait prêter attention aux conclusions de la recherche contemporaine plutôt que de murer l’entrée de l’Inrae.
Des agriculteurs de la FNSEA ont construit un mur devant l’Inrae, à Paris le 28 novembre, dans le cadre de leur mouvement de colère.
Des agriculteurs de la FNSEA ont construit un mur devant l’INRAE, à Paris le 28 novembre 2024, dans le cadre de leur mouvement de colère. (Jumeau Alexis/Abaca)
En pleine gronde agricole, les militants de la FNSEA, le syndicat majoritaire, ont érigé un mur de parpaings devant l’Inrae, l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement. C’est une première, loin d’être anodine. Un mur se dresse entre l’agriculture et la science.
Créé après-guerre sous le nom d’Inra (sans le E de l’Environnement, ajouté en 2020), l’institut a pourtant été perçu comme un allié inconditionnel de la profession agricole durant un bon demi-siècle. Il s’agissait alors essentiellement de détruire les parasites et d’augmenter les rendements. C’était l’époque de la « révolution verte », où il allait de soi que l’agriculture moderne devait prendre le chemin de la chimie. Les esprits déviants qui s’intéressaient à la vie des sols, comme Claude et Lydia Bourguignon dans les années 1980, ont dû démissionner pour poursuivre leurs travaux de manière indépendante.
Agroécologie{{}}
Mais voilà, le consensus scientifique a évolué. Conscients des dégâts provoqués par les intrants chimiques sur la santé des sols, la qualité de l’eau, les écosystèmes, la biodiversité et le microbiome humain, les chercheurs s’appliquent désormais à donner les moyens aux agriculteurs de ne plus abîmer leur capital le plus précieux : la nature elle-même. L’Inrae multiplie ainsi les publications sur l’agroécologie, c’est-à-dire sur les manières de résoudre les difficultés posées par la nature grâce à des solutions fondées sur la nature.
Lire aussi :{{}}
Le grand blues de l’OFB, la police de l’environnement ciblée par les agriculteurs
L’année dernière, une étude constatait que la quantité de produits phytosanitaires déversés sur les sols européens restait stable depuis dix ans (350.000 tonnes par an !). Elle envisageait différents scénarios pour s’en sevrer totalement d’ici à 2050, sans faire chuter pour autant les volumes de production ni déséquilibrer la balance commerciale de l’UE. La toute dernière étude postée sur le site de l’INRAE tente de mieux définir les indicateurs servant à mesurer la qualité des sols : belle revanche pour le couple Bourguignon !
Thalès et les récoltes{{}}
Rappelons que l’agriculture a toujours eu partie liée avec la science de son temps. Aristote raconte l’histoire de Thalès qui mobilisa ses compétences en astronomie pour prévoir les récoltes (et s’enrichir en constituant un monopole sur les pressoirs à huile !). Les physiocrates du XVIIIe siècle firent de l’agriculture le terrain de jeu de la macroéconomie moderne en rationalisant la profitabilité des exploitations. Et les chimistes du XXe mirent dans les champs des poisons souvent expérimentés sur les champs de bataille (le fameux DDT est ainsi issu du gaz moutarde). Aujourd’hui, biologistes, médecins et agronomes nous supplient de transformer notre modèle agricole.
Si elle inscrivait sa réflexion dans le temps long, la FNSEA aurait tout intérêt à prêter attention aux conclusions de la recherche contemporaine. Quant au gouvernement, au lieu de se précipiter pour faciliter les autorisations d’intrants, il devrait comprendre que la pérennité de nos sols et de notre alimentation n’est pas une question de bord politique. En 2017, Michael Gove, alors ministre de l’environnement dans un gouvernement britannique ultra-conservateur (celui de Boris Johnson), mettait en garde contre « l’éradication de la fertilité » d’ici quelques dizaines d’années, en ajoutant que les pays peuvent survivre aux guerres et aux coups d’Etat, mais pas à la perte de leur sol.
Par quelle absurde régression les élites françaises, qui se piquent de culture scientifique, ont-elles décidé de fermer les yeux et de se boucher les oreilles ? Personne ne doit être montré du doigt pour les erreurs collectivement commises au siècle précédent. En revanche, ne pas les reconnaître aujourd’hui, en dépit des preuves qui s’accumulent, constitue une faute inexcusable et empêche le progrès.
Fatras{{}}
Il est entendu que le fatras actuel de règles absurdes et d’injonctions contradictoires rend la vie impossible aux agriculteurs. Mais débureaucratiser ne signifie pas laisser faire. Une norme simple est une norme à la fois plus contraignante et plus acceptable. Une norme simple nécessite également un plan clair. Comme à l’époque de la modernisation menée tambour battant par Edgard Pisani, ministre du général de Gaulle, un plan global de transition agroécologique s’impose.
Les opinions et les pratiques des agriculteurs français sont heureusement loin d’être monolithiques. On y trouve mille nuances, y compris parmi les « conventionnels ». Je laisse le dernier mot à la Confédération paysanne, qui représente tout de même 20 % du syndicalisme agricole, et qui a dénoncé le mur dressé devant l’Inrae en termes vifs : « S’attaquer à la science, quel obscurantisme ! »
Gaspard Koenig est philosophe. Thématiques associées Eau Chimie
Lire aussi :
CHRONIQUE - Quand la médecine prône l’agroécologie
CHRONIQUE - Des manchots et des pommes
Source : https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/un-mur-entre-la-science-et-lagriculture-2135586
Sécheresse en Guyane : les pratiques traditionnelles au secours de l’agriculture - Par Enzo Dubesset - 04 décembre 2024 à 10h29 - Mis à jour le 4 décembre 2024 à 15h45 – Document ‘Reporterre’ Reportage — Forêts tropicales
Sécheresse en Guyane : les pratiques traditionnelles au secours de l’agriculture
Shirley Jean-Charles dans sa ferme à Macouria, sur le littoral guyanais. - © Enzo Dubesset / Reporterre
La sécheresse qui dure depuis 18 mois en Guyane touche 60 à 70 % des exploitations agricoles. Pour rendre leurs parcelles plus résilientes, de plus en plus de fermiers s’essayent aux techniques agroforestières traditionnelles.
Macouria, Maripasoula (Guyane), reportage complet à lire sur ce site : https://reporterre.net/Secheresse-en-Guyane-les-pratiques-traditionnelles-au-secours-de-l-agriculture
« La crise écologique n’est pas un concept. Ce n’est pas un problème pour demain.
C’est ici et c’est aujourd’hui. En 2024, Reporterre a publié plus de 2 800 articles pour informer et alerter sur la crise écologique, en toute indépendance.- Journalistes, déplacements, édition... chaque article coûte 800€ en moyenne. Soutenez le journalisme écologique indépendant. Soutenez Reporterre. 6 605 donateurs soutiennent Reporterre - Objectif de 23.000 donateurs avant le 3 janvier 2025 - Je soutiens Reporterre
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Agriculture traditionnelle - Au Burkina Faso les demi-lunes inondent les terres arables - CENOZO - Publié le 15 décembre 2024 à 12h04 – Diffusion ‘courrierinternational.com’
Dans le nord du pays, l’insécurité et l’aridité ont appauvri les sols et les êtres. Mais depuis peu, les agriculteurs et les déplacés internes revitalisent les sols grâce à la technique des demi-lunes. Une pratique ancestrale, redécouverte et enseignée de nouveau, relate “Cenozo”.
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Dessin de Martirena, Cuba.
Le soleil est au zénith en ce mois de février 2024. Sibalo, un village situé à 15 kilomètres d’Arbollé, dans la région du Nord, n’échappe pas à la chaleur suffocante. Depuis 8 heures du matin, dans son champ de céréales de 3 hectares, Mahamadi Bella, agriculteur quinquagénaire, natif de Sibalo, dessine des demi-cercles à l’aide d’un compas et les creuse avec une pioche et une pelle. Il se rend ensuite dans les champs voisins et aux abords du village pour collecter les bouses de vache et les déverser dans les fossés déjà creusés.
Le vieil homme cultive la terre depuis plus vingt ans. Durant ces dernières décennies, il a observé une bonne pluviométrie et des terres fertiles. Mais au fil des années, il est de plus en plus confronté à la dégradation du sol, accentuée par le réchauffement climatique et la pression foncière. Dans cette région du Burkina Faso, la saison des pluies dure moins de quatre mois, avec des précipitations qui oscillent entre 400 et 600 millimètres. La terre qui s’est appauvrie refuse de produire. Mais, ces dernières années, il a adopté la technique des demi-lunes pour restaurer ses terres et augmenter sa production.
Cette pratique culturale, il l’a apprise auprès de l’Inera [l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles du Burkina Faso], qui intervient dans la commune rurale d’Arbollé depuis 2021. Cet institut de recherches agricoles dispose de champs-écoles sur lesquels les paysans travaillent pour consolider leurs connaissances.
Au Burkina Faso, la progression de la dégradation des terres est estimée de 105 000 à 360 000 hectares par an, selon le ministère de l’Agriculture et des Ressources animales et halieutiques. En 2018, l’étude de la situation de référence des terres dégradées a révélé que plus de 60 % du territoire sont dégradés (ou menacés) et doivent faire l’objet de récupération.
Pour maintenir l’agriculture en vie dans la région d’Arbollé, Mahamadi et ses pairs agriculteurs ont été formés à la technique des demi-lunes par les organisations gouvernementales et les ONG. Ils reçoivent également un soutien financier et matériel nécessaire à la construction des demi-lunes. Telle une chaîne, les bénéficiaires partagent à leur tour leurs connaissances et leurs expériences pour encourager d’autres membres de la communauté à adopter cette pratique qui vise à redonner vie aux terres et à améliorer les moyens de subsistance de ceux qui en dépendent.
L’art de capter la pluie{{}}
La demi-lune est une technique agricole développée dans les zones où les ressources en eau sont limitées pour lutter contre l’érosion et la dégradation des sols. Elle consiste à créer de petits étangs semi-circulaires afin de retenir une importante quantité d’eau de pluie et de permettre une meilleure infiltration dans le sol. Cette pratique permet de recharger les nappes phréatiques et de fournir une source d’humidité aux plantes pendant les périodes sèches.
Pour réaliser les demi-lunes, il faut déterminer le sens de la pente et matérialiser les courbes de niveau à l’aide d’un triangle à pente. Ensuite, aménager une diguette de protection en amont du champ pour protéger les demi-lunes de la force érosive des eaux de ruissellement. Les demi-lunes se creusent par temps chaud (durant les mois d’avril, de mai et de juin), au moment où le sol est encore stable.
Il souligne, par ailleurs, que “l’espacement entre les demi-lunes sur la ligne est d’un mètre. Celle d’une ligne de demi-lunes à l’autre est de 2 mètres et le nombre de demi-lunes à l’hectare varie de 400 à 1 250”. Lorsque les fossés sont creusés les uns à côté des autres, sur une terre dégradée, la pluie les remplit pour conserver les nutriments du sol. Ce procédé, soutient-il, doit être respecté pour avoir de meilleurs rendements des cultures et des pâturages. Et cela nécessite une formation.
Rendements démultipliés{{}}
Avec une population estimée à plus de 1 000 habitants et l’arrivée massive des personnes déplacées internes (PDI) fuyant les zones d’insécurité, Sibalo est menacé par l’insécurité alimentaire. Le village reçoit de moins en moins de pluie et la sécheresse s’accentue avec le changement climatique. La solution pour permettre aux terres dégradées d’être remises en cultivation, c’est de tirer parti au maximum des rares épisodes de pluie, et c’est ce que fait depuis neuf ans Robert Ouédraogo, un autre agriculteur d’Arbollé.
Ce père de vingt-deux enfants a réalisé une étude préalable du terrain avant de créer les demi-lunes dans son champ de 7 hectares, sur lequel il cultive du sorgho, du mil, du maïs et du niébé. En moins de quatre mois de saison pluvieuse, le quinquagénaire a doublé sa récolte de maïs. “Sur un hectare de demi-lunes, je peux avoir de douze à treize sacs de 100 kilos de maïs, contrairement à la méthode de labour. Parce que dans un champ de labour, si ce n’est pas dans un bas-fond, et que je mets du compost, c’est juste de huit à neuf sacs”, témoigne-t-il en creusant son demi-cercle. Les rendements de la demi-lune seule sont multipliés par 15 lorsqu’il y a un apport de compost.
Rasmané Ouédraogo, paysan de Badoulou, un village à 10 kilomètres d’Arbollé, confirme que cette technique les aide énormément en ces termes : “C’est au niveau de la semence du petit mil que j’ai su que c’était bénéfique, car, avec la technique, l’eau s’infiltre bien et ne s’évapore pas.”
Salifou Kombelm, déplacé interne, a lui aussi appris la technique des demi-lunes à Arbollé. “Nous gagnons plus actuellement. Auparavant, quand le champ était caillouteux, on n’avait qu’un sac. Maintenant, on peut obtenir trois sacs, on ne peut qu’apprécier ce qu’on gagne. Seulement nous avons besoin d’apprendre plus et nous demandons de l’aide à ce sujet”, explique-t-il.
Mousso Belem, un autre PDI, du village d’Ouala, dans le nord du pays, soutient que ses rendements agricoles se sont améliorés depuis qu’il a commencé à pratiquer les demi-lunes. “Lorsque je faisais les semis simples, mon rendement était de deux charrettes, soit quatre sacs de 100 kilos. Depuis que j’ai commencé les demi-lunes, j’obtiens souvent de trois à quatre charrettes, soit de six à huit sacs de 100 kilos.”
Réhabiliter les terres agricoles{{}}
L’approche des demi-lunes n’est pas bénéfique que pour les agriculteurs. L’environnement aussi en profite. Selon les résultats des Études Sahel conduites dans quatre pays (Burkina Faso, Niger, Mali et Sénégal), l’aménagement de terres dégradées à l’aide de demi-lunes engendre des gains moyens de rendement de + 112 % en grain et de + 49 % en paille, par rapport aux champs non aménagés.
Bien qu’il existe de nombreuses réussites à raconter, les paysans se heurtent à certains obstacles. La construction et l’entretien des demi-lunes nécessitent une main-d’œuvre importante, du temps et des efforts considérables.
Un autre facteur évoqué est la disponibilité en quantité importante de fertilisants. Contrairement à la technique du zaï (une technique de culture pratiquée aussi dans les zones du Sahel) [elle consiste à creuser des trous pour y concentrer les eaux de ruissellement et les matières organiques] où il utilise trois charrettes de selles [d’excréments] de bœuf pour son champ d’un hectare, avec les demi-lunes, cette quantité ne suffit pas pour la même superficie. Par ailleurs, les demi-lunes agricoles demandent un travail d’entretien annuel. “Si elles sont trop profondes, l’eau collectée reste longtemps dans le creux et les plantes risquent d’être asphyxiées”, ajoute-t-il.
La réalisation des demi-lunes exige des ressources financières, car le producteur a besoin, en plus de la fumure, de petites quantités d’engrais à appliquer dans les espaces creusés pour favoriser le développement des plants. Il affirme également que la pratique des demi-lunes demande un certain entretien pour assurer leur efficacité à long terme. Cela peut inclure le désherbage, le nivellement périodique pour éviter l’accumulation de sédiments et la réparation des dommages éventuels causés par l’érosion ou d’autres facteurs.
Ailleurs en Afrique{{}}
La dégradation des sols est l’un des problèmes environnementaux les plus urgents du monde. Elle se produit déjà à un rythme alarmant. À l’échelle mondiale, environ 25 % de la superficie totale des terres ont été dégradés. En réponse au problème, plusieurs États se sont engagés dans la quête pour augmenter la disponibilité et le rendement des terres dans leur agriculture. En Côte d’Ivoire, pour lutter contre la déforestation et la dégradation des sols, les agriculteurs ivoiriens ont décidé de promouvoir les cultures agroforestières.
Cette technique consiste à introduire des arbres dans les champs pour sauvegarder les espèces menacées. L’opération d’initiation à l’agroforesterie a démarré en 2020 par la distribution de plants aux agriculteurs, pour la plupart guidés par les coopératives et l’Anader [Agence nationale d’appui au développement rural de la Côte d’Ivoire]. Dans le département de Guiglo, dans l’ouest du pays, les résultats de l’agroforesterie sont déjà visibles. Les agriculteurs ont constaté l’évolution des plants d’arbres et certains ont commencé à moissonner le cacao avant la période de récolte.
Au Sénégal, à plus de 200 kilomètres de Dakar, dans le sud de la Petite-Côte, les paysans et les agriculteurs ont adopté le chaulage des terres, une autre technique pour combattre la dégradation des sols. Avec l’appui d’une organisation non gouvernementale, 26 associations de producteurs utilisent le TerraCalco, un produit à base de calcaire, pour augmenter la fertilité des sols. Les productions ont triplé comparativement aux productions précédentes.
Wamini Micheline Ouédraogo Lire l’article original
Source de l’article CENOZO - Le site Cenozo (Cellule Norbert Zongo pour le journalisme d’investigation en Afrique de l’Ouest) a été fondé en 2015. Il se donne pour mission de “contribuer au renforcement des capacités des journalistes d’investigation ouest-africains à travers des formations, du soutien financier et technique à l’investigation dans divers domaines, tels que la corruption, le crime organisé, la mauvaise gouvernance, les violations des droits humains et l’environnement”. Lire la suite
Photo
Lire aussi : Reportage. À Koudougou, au Burkina Faso, “Radio Palabre” libère la parole
Afrique de l’ouest{{}}
Source : https://www.memobio.fr/html/para/pa_rg_afou.html
Ouvrage - « Monde sans fin » ou capitalisme sans fin ? Une lecture critique de la BD de Jancovici et Blain - Publié : 17 décembre 2024, 16:29 CET – Publication ‘theconversation.com’
Auteurs : {{}}
https://cdn.theconversation.com/avatars/204786/width170/image-20200505-83757-18hi0g4.jpgDaniel Goujon
Maître de conférences en sciences économiques, Université Jean Monnet, Saint-Étienne
https://cdn.theconversation.com/avatars/204778/width170/image-20180329-189827-1nygpbu.jpgÉric Dacheux
Professeur en information et communication, Université Clermont Auvergne (UCA)
Déclaration d’intérêts - Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d’une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n’ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.
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La BD à succès de Jancovici et de Blain, parue en 2021, a été critiquée pour son parti pris pro-nucléaire assumé. On peut aussi lui reprocher une lecture qui élude les alternatives économiques possibles au capitalisme, par exemple du côté de l’économie sociale et solidaire (ESS). La critique de la croissance est bien présente, mais la question sociale y est occultée et la nécessité d’un débat démocratique ignorée, pour ne pas dire méprisée.{{}}
Comment rendre visible l’invisible ? La BD de Jancovici-Blain Le monde sans fin, parue en octobre 2021, réussit le tour de force de rendre visible l’invisible, à savoir l’énergie. Ce livre a été plébiscité par les lecteurs (plus d’un million d’exemplaires vendus). Il a aussi suscité une certaine polémique en raison de son parti pris pronucléaire assumé.
Cette critique est recevable, mais elle n’est pas la seule qui puisse être faite à la BD. En tant que spécialistes de l’économie sociale et solidaire (ESS), qui fournit une alternative au capitalisme, nous avons voulu livrer une analyse politique du message contenu dans cet ouvrage.
Nous reconnaissons que la BD présente une critique de la science économique orthodoxe, une dénonciation de notre système productiviste et remet en cause le dogme de la croissance. Elle ne donne toutefois pas toutes les clés pour penser une transition écologique vers une société post-capitaliste.
L’impasse énergétique du productivisme{{}}
La BD visibilise les enjeux liés à la transition énergétique en convoquant des figures de la culture pop, à l’instar d’Iron Man, pour donner chair au concept d’énergie.
Cependant, elle convoque aussi des personnages bien réels ayant existé. C’est ainsi que, page 84, l’un des pères du libéralisme, Jean-Baptiste Say est épinglé comme étant à l’origine de l’exploitation éhontée de la nature.
La première case l’énonce ainsi :
« Si nous considérons que nous sommes dans une économie aux possibilités infinies, c’est un peu à cause de lui et ses semblables. »
Ce que vient compléter ensuite une citation que Say semble proférer doctement :
« Les ressources naturelles sont inépuisables, car sans cela, nous ne les obtiendrions pas gratuitement. Ne pouvant être multipliées ni épuisées, elles ne sont pas l’objet des sciences économiques. »
« Notre pensée économique fonctionne de cette façon », poursuivent les auteurs avant de mettre en avant un autre économiste contemporain de Say, Charles Dupin.
Ce dernier participe à la prise en compte des ressources naturelles en établissant « des règles d’équivalences entre les animaux, les machines et les hommes au travail », écrivent les auteurs.
« Il comprend pourquoi la Grande-Bretagne, avec une population presque trois fois inférieure en nombre, a une production trois fois supérieure à celle de la France. »
https://images.theconversation.com/files/638457/original/file-20241213-17-aycd39.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=237&fit=clipPortrait de Charles Dupin en 1873. Auguste Tilly
Cette opposition entre Say et Dupin met en lumière les limites du libéralisme classique, pour qui la source de la valeur est le travail ce qui autorise une croissance infinie alors qu’en réalité, pour les auteurs, c’est l’énergie qui est la source de la valeur. Or l’énergie, si elle est tirée des ressources naturelles, est forcément épuisable et limitée.
De fait, la BD montre l’incapacité du système économique à changer. Par exemple, elle dénonce l’illusion numérique :
« 40 % de l’électricité mondiale provient du charbon. Utiliser Internet, c’est utiliser du charbon… » (p.81)
De même, les auteurs soulignent l’incapacité du système à dépasser sa dépendance aux transports : « La dépendance de l’économie aux moyens de transport est totale » (page 99).
Enfin, les auteurs s’attaquent au greenwashing (et à la croissance verte), surtout à la page 190 où l’affirmation : « la croissance verte, c’est possible » est surmontée par le qualificatif de « n’importe-quoi ».
En résumé, dans le livre, il y a une critique du libéralisme et de la croissance, mais il n’y a pas de dénonciation radicale du système capitaliste.
Des explications neurobiologiques plutôt qu’une critique du capitalisme{{}}
Plusieurs fois évoqué au cours de l’ouvrage, le striatum va devenir, à partir de la page 185, la clé pour expliquer notre incapacité à réformer le système. Plus exactement, le striatum, cette partie de notre cerveau qui commande la dopamine, la molécule du plaisir, est en fait la clé de compréhension du capitalisme.
https://images.theconversation.com/files/638458/original/file-20241213-15-27x9mf.png?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=237&fit=clip
Localisation du striatum sur une IRM. Lindsay Hanford, Geoff B Hall, CC BY
Si celui-ci s’est développé de cette manière, c’est grâce à ou à cause du striatum qui « nous pousse à agir de manière irrépressible en passant au-dessus de notre intelligence » (page 185).
Cette explication neurobiologique unique contribue à naturaliser le système capitaliste et renoue par là même avec la vision des pères de l’économie : l’homme est un animal égoïste mû uniquement par la satisfaction de ses désirs.
Pourtant, l’ouvrage se conclut sur un appel à la solidarité : « Si la technique ne peut plus assurer notre sécurité, il faut la retrouver dans l’entraide » (page 192).
En cela il se rapproche des valeurs de l’ESS. Pour autant, cette BD s’en éloigne : en survalorisant l’économique et le biologique, elle invisibilise le politique et le social.
Le plus surprenant reste que le système économique dénoncé n’est jamais nommé : le mot capitalisme n’apparaît dans aucune des 193 pages. On pourrait faire l’hypothèse qu’il s’agit là d’une autocensure destinée à ne pas heurter le grand public.
C’est sans doute vrai, mais on peut aussi y voir un refus de penser une alternative. En effet, les auteurs postulent que l’énergie fossile est rare, un message que martèle Jean-Marc Jancovici depuis des années.
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Le problème, c’est que « non illimité » ne veut pas dire rare : c’est bien la surexploitation qui provoque la rareté. Il ne faudrait donc pas seulement acter les limites naturelles de l’énergie fossile, mais également souligner que c’est la surexploitation capitaliste qui conduit ce système à s’autodétruire. Autrement dit, trouver coûte que coûte une autre énergie (en l’occurrence, le nucléaire) n’est que l’une des nombreuses options possibles.
L’ESS montre que l’on peut avoir des modes d’entreprendre plus durables, démocratiques, basés sur des circuits courts et respectueux des milieux. Il ne s’agit donc pas de rester dans l’économie de marché en trouvant une échappatoire énergétique à l’impasse écologique, mais de changer de système en généralisant des initiatives économiques ayant fait la preuve de leur sobriété au niveau local.
À lire aussi : Écologie et justice sociale : pourquoi il faut faire advenir une autre économie pour le XXIᵉ siècle
Solutionnisme technologique plutôt que dimension sociale{{}}
La BD est donc une invitation salutaire à sortir du modèle de la croissance et du solutionnisme numérique. Mais la pertinence de sa critique est limitée par trois aspects majeurs :
- la réduction de l’économie à l’économie de marché,
- l’insuffisance de prise en compte du social,
- et le prisme technique qui occulte la dimension politique de l’énergie.
Certes, les inégalités sociales sont évoquées à plusieurs reprises dans l’ouvrage, mais elles en sont le parent pauvre. À aucun moment, cela ne débouche sur une analyse des conséquences de ces inégalités sur la crise écologique.
Pourtant, l’extrême inégalité des revenus conduit à des comportements économiques aberrants au niveau climatique. Par exemple, les canons à neige qui épuisent la ressource en eau des montagnes au seul bénéfice du plaisir des populations les plus aisées.
De même, on l’a vu avec la crise des « gilets jaunes », l’acceptabilité des mesures de transition énergétique passe par un effort financier plus justement réparti entre les personnes à faibles revenus et celles à hauts revenus.
Les questions politiques, et en particulier les relations internationales et la géopolitique des ressources énergétiques, sont peu présentes dans cette BD, alors qu’elles sont centrales dans la réalité quotidienne, comme l’a récemment révélé la guerre en Ukraine.
Tout au long des 192 pages de l’ouvrage, les politiciens sont bien peu présents. On note simplement, Mitterrand en page 82 ou bien encore Hollande en page 150. Or, les élites politiques ont pourtant joué un rôle clé dans la globalisation dénoncée par les auteurs… En effet, c’est le tournant néolibéral des années 80, initié par Reagan et Thatcher, qui a accéléré la logique de rentabilisation de l’activité humaine et des technologies.
https://images.theconversation.com/files/638477/original/file-20241213-19-wnh4qv.jpg?ixlib=rb-4.1.0&q=45&auto=format&w=237&fit=clip
Manifestation en hommage à Paul, cycliste de 27 ans tué par un automobiliste sur une piste cyclable à Paris le 15 octobre 2024. Bertrand Guay/AFP
Les questions politiques sont le plus souvent abordées comme des conflits impossibles à trancher en démocratie, comme l’illustrent les pages 124 et 125 où l’on voit s’invectiver automobilistes et cyclistes.
Présentée comme cela, la liberté individuelle semble incompatible avec la décision collective. Pourtant, c’est par la délibération démocratique que les opinions individuelles se transforment en volonté collective. Le débat démocratique est occulté.
La BD n’échappe toutefois pas au piège du solutionnisme technologique. Jancovici, en bon ingénieur, croit qu’il n’existe qu’une seule et unique solution qui s’impose pour résoudre le problème de l’énergie : le nucléaire. Le problème, selon lui, est que la population en général et les écologistes en particulier sont de mauvaise foi ou mal informés.
Cette vision tranchée s’incarne tout au long de la page 151, où les écologistes sont comparés à ces habitants du moyen âge qui brûlaient les sorcières en place publique plutôt que de remettre en cause leurs préjugés religieux.
On a là, implicitement, une critique élitiste de la démocratie. Le peuple succombe trop facilement aux sirènes du populisme et il est nécessaire qu’une élite prenne « la » bonne décision et se charge de l’écarter de ses fausses croyances. Il ne s’agit pas que le peuple s’émancipe par lui-même, mais d’émanciper le peuple. On est là à l’opposé des principes de l’ESS.
Au fond, les auteurs cernent bien les limites de notre système économique, mais ne cherchent pas à en sortir. Ils n’invitent pas à trouver une alternative au capitalisme, mais proposent la moins mauvaise solution permettant de le pérenniser. Le monde sans fin est, dans leur esprit, un capitalisme sans fin.
énergie économie sociale et solidaire (ESS) transition énergétique capitalisme bande dessinée (BD) transition écologique urgence climatique énergie nucléaire
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La Grande Consultation des Agriculteurs - Rapport d’étude (2024) – Vidéo 1:23:28 - The Shift Project - 17 décembre 2024
Le 12 décembre 2024, The Shift Project et The Shifters présentaient les résultats de la Grande Consultation des Agriculteurs. Cette grande consultation est composée d’étude qualitative suivie d’une enquête quantitative ayant recueilli l’avis de 7 711 agriculteurs et agricultrices sur l’avenir de leur secteur. Ces résultats ont été présentés lors d’un webinaire le 12 décembre. La Grande Consultation des Agriculteurs révèle que la grande majorité des agriculteurs sont prêts à accélérer la transition environnementale de leur secteur : plus de 80 % des répondants souhaitent adopter des pratiques agronomiques plus durables, et seulement 7 % déclarent ne pas souhaiter s’engager ou accélérer la transition de leur exploitation.
00:00 Mot d’introduction par Jean-Marc Jancovici, Président, et Emma Stokking, Cheffe de projet, affaires publiques
04:25 Présentation des résultats de la Grande Consultation des Agriculteurs par Kate Blin, Hélène Lepetit et Anne-Sophie Tricaud, co-pilotes
1:05:28 Questions - réponses avec le public 👉 Lire les résultats de la Grande Consultation des Agriculteurs : https://theshiftproject.org/article/r... 👉 Lire le rapport final ’Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère’ : https://tinyurl.com/45yysxkx 👉 Lire le rapport sur les technologies agricoles : https://tinyurl.com/4zea3mnd 👉 Lire le rapport sur l’emploi et les formations agricoles : https://tinyurl.com/2p46wuvd 👉 Pour en savoir plus : https://theshiftproject.org/vers-une-... 👉 Pour recevoir des nouvelles du Shift Project : https://bit.ly/3lrGP24
Chapitres :
À partir de 01:05:28 Questions - réponses avec le public
Source : https://www.youtube.com/watch?v=a6Ps5fVXUC4
Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère - Rapport final (2024) – Vidéo 1:01:48 - The Shift Project - 11 décembre 2024
Le 28 novembre 2024, l’équipe Agriculture du Shift Project présentait son rapport final ’Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère’.
Le secteur agricole français est à bout de souffle, aussi bien d’un point de vue physique (aléas climatiques à répétition, détérioration des sols…) qu’économique et social (agriculteurs usés par les difficultés croissantes).
Face à ce défi, The Shift Project propose son analyse de la situation, identifie des leviers de transformation, et trace des voies possibles pour concilier réduction de l’empreinte environnementale, résilience des systèmes agricoles et viabilité économique des exploitations.
Chapitres :
00:00 Bienvenue 01:28 Mot d’introduction par Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project
06:39 La philosophie du projet Agriculture par Clémence Vorreux, Coordinatrice Agriculture
13:50 Pourquoi organiser la transition du système agricole ? Par Céline Corpel, Cheffe de projet Agriculture
27:37 Quelle(s) transition(s) pour l’agriculture française à horizon 2050 ? • Corentin Biardeau-Noyers, Ingénieur projet Agriculture • Laure Le Quéré, Ingénieure experte 49:36 Comment réaliser cette transition ? Nos recommandations
👉 Lire le rapport final : https://tinyurl.com/45yysxkx 👉 Lire le rapport sur les technologies agricoles : https://tinyurl.com/4zea3mnd 👉 Lire le rapport sur l’emploi et les formations agricoles : https://tinyurl.com/2p46wuvd 👉 Pour recevoir des nouvelles du Shift Project : https://bit.ly/3lrGP24 ⚠ Rappel : mieux qu’une vidéo légère, pas de vidéo du tout ! Pour écouter cette vidéo sans charger l’image : tinyurl.com/mvk8dk8u
https://yt3.ggpht.com/vegOOv4DpPJUtDBWAtVu2V-BZTe-2zBe0PngKTPS5GaCcI42FalUyyVBP2v2b1E1x5u-LjQGQ14=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjThe Shift Project
Source : https://www.youtube.com/watch?v=Bozw7L7X-FI
Pour une agriculture ‘bas carbone’, résiliente et prospère - Publication du rapport final - Lire la synthèse - 28 novembre 2024 – Enregistrement 1:30:46
Pour une transformation ambitieuse du secteur
L’équipe du Shift Project a le plaisir de publier le rapport final « Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère ».
Deux groupes de travail ont également travaillé en parallèle pour instruire plus précisément la question des enjeux d’emploi et de compétences pour la transformation du secteur, et la question de la place des technologies dans cette transformation, donnant naissance aux rapports complémentaires disponibles ci-dessous.
Le secteur agricole français est à bout de souffle, aussi bien d’un point de vue physique (aléas climatiques à répétition, détérioration des sols…) qu’économique et social (agriculteurs usés par les difficultés croissantes).
Face à ce défi, The Shift Project propose son analyse de la situation, identifie des leviers de transformation, et trace des voies possibles pour concilier réduction de l’empreinte environnementale, résilience des systèmes agricoles et viabilité économique des exploitations.
Le support de présentation présenté le 28 novembre en version PDF
18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre sont dues à l’agriculture
4 scénarios de transition proposés par le Shift Project
Un système agricole fortement contraint par des limites énergétiques, climatiques et écosystémiques
L’activité agricole s’inscrit dans un système fortement émetteur de GES. Représentant 18 % des émissions nationales de gaz à effet de serre, l’agriculture doit se décarboner. Elle est excessivement tributaire des énergies fossiles pour fonctionner, est très dépendante aux importations d’intrants : des engrais dont la production est très émettrice, de produits phytosanitaires ayant des effets délétères sur la santé et la biodiversité et des protéines pour l’alimentation animale.
Fondés sur les contextes pédoclimatiques, les systèmes de production agricole, élevage et cultures, présentent une très grande vulnérabilité au changement climatique, qui exacerbe aussi les problématiques de gestion de l’eau et de préservation des sols, ressources stratégiques. La transformation du secteur vise donc à améliorer sa résilience et la souveraineté agricole nationale, et préserver ainsi sa capacité à nourrir la population, tout en assurant la viabilité économique des exploitations.
Si le secteur agricole est aussi l’un des rares secteurs à pouvoir stocker naturellement du carbone, il doit aussi contribuer aux objectifs nationaux d’atténuation et anticiper les évolutions des autres secteurs. Par ailleurs, la biomasse agricole est pour partie en concurrence entre plusieurs usages et ne sera pas suffisante pour répondre à la demande.
Tous les leviers physiques de transformation doivent être déployés
La transformation ne pourra s’appuyer uniquement sur des leviers d’optimisation, mais devra passer par des évolutions conséquentes des systèmes. Il importe en outre de mobiliser les leviers les plus efficaces et dont les impacts sont les plus sûrs, tout en évitant des choix délétères : décarboner et faire évoluer les pratiques de fertilisation, réduire les émissions et accroître la résilience des systèmes d’élevage, réduire la demande énergétique et décarboner l’énergie utilisée, préserver la biodiversité, augmenter le stockage de carbone par l’agriculture, assurer la circularité des systèmes agricoles et le rebouclage des cycles biogéochimiques, et repenser les flux logistiques pour plus de résilience.
Choisir entre plusieurs scénarios de transition possibles, et planifier
Ce projet a imaginé des projections possibles de transformation du système agricole en explorant plusieurs priorisations :
- une meilleure autonomie agricole et alimentaire nationale
- une moindre dépendance énergétique nationale
- le maintien de capacités exportatrices
Cet exercice a mis en évidence un besoin de pragmatisme et de compromis, d’où la construction d’un 4ème scénario dit “de conciliation”, fondé sur le respect d’objectifs climatiques et énergétiques, et surtout de résilience, proposant un arbitrage possible entre les différentes priorités stratégiques.
Ce scénario, s’il n’épuise pas la réflexion, montre surtout qu’il est urgent de faire un choix de société dès aujourd’hui et décider quelle agriculture nous souhaitons en 2050, pour initier les changements dès maintenant, permettre aux parties prenantes d’inscrire leurs choix dans une trajectoire fiable, et accompagner les acteurs qui auront le plus d’efforts à fournir.
Comment engager cette transition ?
- Au niveau national : clarifier le cap et accompagner les acteurs
- Garantir la sécurité économique des agriculteurs
- Anticiper les besoins en compétences, recherche et connaissances
- Mobiliser les acteurs territoriaux (filières, collectivités)
- Pour les agriculteurs, s’engager en agroécologie
Un projet collaboratif qui invite au débat
Fruit de 14 mois de travail, ce projet a exploré des perspectives pour le secteur agricole à horizon 2050. Pour cela, l’équipe s’est appuyée sur un conseil scientifique et un collège d’agriculteurs, et s’est attachée à écouter les points de vue de toutes les parties prenantes. Plus de 150 organisations ont participé à la concertation menée (organisations professionnelles, instituts techniques, associations, etc.), sans compter les nombreux agriculteurs et professionnels du secteur. Au total, près de 300 personnes ont contribué à ces travaux.
Suite à la publication de ce rapport, The Shift Project amorce une phase de diffusion importante de ces travaux pour les présenter à tous les acteurs intéressés, et commencera également un second chapitre sur le volet “Alimentation” dans quelques mois pour compléter l’approche “de la ferme à la fourchette”.
La Grande Consultation des Agriculteurs
Afin de s’assurer de faire écho aux réalités vécues par les agriculteurs partout en France, le Shift et les Shifters, réseau des bénévoles du Shift, ont aussi mené une Grande Consultation des Agriculteurs (GCA) qui a réuni plus de 7700 réponses, dont le rapport “Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère” s’est nourri.
Découvrir la Grande Consultation
Deux rapports complémentaires pour approfondir deux angles : l’emploi et les technologies
Deux groupes de travail ont également travaillé en parallèle pour instruire plus précisément la question des enjeux d’emploi et de compétences pour la transformation du secteur, et la question de la place des technologies dans cette transformation, donnant naissance aux rapports complémentaires disponibles ci-dessous.
- Le rapport spécifique aux technologies agricoles
- Le rapport spécifique à l’emploi et à la formation agricoles
Le rapport expliqué par ses auteurs - 12 novembre 2024
Auteurs :{{}}
- Céline Corpel, Cheffe de projet Agriculture, The Shift Project
- Corentin Biardeau-Noyers, Ingénieur projet Agriculture, The Shift Project
- Corentin Leroux, Pilote du Groupe de travail « Technologies agricoles », Aspexit
- Laure Le Quéré, Ingénieur projet experte, The Shift Project
- Thomas Robert, Chargé de projet Agriculture, The Shift Project
- Vinciane Martin, Copilote du Groupe de travail « Emploi et formation agricole », The Shift Project
- Clémence Morant, Copilote du Groupe de travail « Emploi et formation agricole », The Shifters
- Marie Garcia Couillaud, Copilote du Groupe de travail « Emploi et formation agricole », The Shifters
- Florence Haynes, Copilote du Groupe de travail « Emploi et formation agricole », The Shifters
- Clémence Vorreux, Coordinatrice Agriculture, The Shift Project
- Ce projet a aussi reçu l’appui d’Emma Stokking, de Corentin Grange, de Lila Wolgust et de Mona Poulain pour la communication.
https://yt3.ggpht.com/vegOOv4DpPJUtDBWAtVu2V-BZTe-2zBe0PngKTPS5GaCcI42FalUyyVBP2v2b1E1x5u-LjQGQ14=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjThe Shift Project © The Shift Project 2025
Source : https://theshiftproject.org/publications/agriculture-bas-carbone-resiliente-prospere/
Les propositions de The Shift Project pour une ’agriculture ...
Pour une agriculture bas carbone, résiliente et prospère ...
Pour une agriculture ‘bas carbone’, résiliente et prospère ...
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Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant
C :\Users\Jacques\Downloads\jh.jpg
– 20/10/2025
Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales
Site : https://isias.info/
Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France
Courriel : jacques.hallard921@orange.fr
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Mis en ligne bénévolement par le co-rédacteur par Pascal Paquin https://fr.linkedin.com/in/pascal-paquin-a85690296 - comme toutes les autres contributions publiées sur ISIAS !
[Pascal Paquin – Ses travaux sur https://yonnelautre.fr/ ]
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