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"Regards croisés sur les pensées et philosophies orientales (Chine et Inde) avec les contributions de François Cheng, Roger-Pol Droit, Jean François Billeter, Benjamin Isodore Schwartz, Alan Watts et Fritjof Capra" par Jacques Hallard

samedi 28 juin 2025, par Hallard Jacques


ISIAS Cultures Orient Occident

Regards croisés sur les pensées et philosophies orientales (Chine et Inde) avec les contributions de François Cheng, Roger-Pol Droit, Jean François Billeter, Benjamin Isodore Schwartz, Alan Watts et Fritjof Capra

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 28/06/2025

Série ‘Orient et Occident : bien, mal et beauté’

Présentation de la série : voir à la fin de ce dossier

Capture d’écran à partir de l’ouvrage « THE TAO OF PHYSICS » – « Une exploration des parallèles entre la physique moderne et le mysticisme oriental » - Fritjof Capra - Flamingo - 20 Février 1992 - Source

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule

Pour ouvrir ce dossier – à usage didactique – des informations préliminaires sur quelques auteurs choisis pour ce travail

A propos - François Cheng (nom d’auteur ; nom chinois : 程抱一 ; pinyin : Chéng Bàoyī ; litt. « qui embrasse l’unité »), né le 30 août 1929 à Nanchang (province du Jiangxi, Chine), est un écrivain, poète et calligraphe français d’origine chinoise. Il est naturalisé français en 1971 et ne détient depuis que cette nationalité. Il est membre de l’Académie française depuis 2002. Ses travaux se composent de traductions des poètes français en chinois et des poètes chinois en français, d’essais sur la pensée et l’esthétique chinoises, de monographies consacrées à l’art chinois, de recueils de poésies, de romans et d’un album de ses propres calligraphies…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/2/2d/Fran%C3%A7ois_Cheng-FIG_2004.jpg/330px-Fran%C3%A7ois_Cheng-FIG_2004.jpgFrançois Cheng, invité d’honneur au Festival international de géographie en 2004. Source

François Cheng, écrivain et poète, nous parle de la vie et de la mort – Vidéo 55:12 - RCF Radio - 05 juin 2025 - Série Visages

Rediffusion d’un entretien avec François Cheng, académicien, poète, écrivain, enregistré à l’occasion de la sortie de son essai ‘Cinq méditations sur la mort’ autrement dit sur la vie, en 2013. Il s’exprimait sur la vie à la lumière de la mort. François Cheng passe les 20 premières années de sa vie en Chine, dans une période trouble de guerre et d’épidémies où la mort est omniprésente. ’Malgré cette menace de la mort permanente, nous avions une ardeur de vivre.’ Dans cet ouvrage, il propose d’inverser notre regard sur la mort pour ’tendre vers la vraie vie’…

https://i.ytimg.com/pl_c/PLljHpU3BdH7-6yqAVmti2kLWjG9o-yUcx/studio_square_thumbnail.jpg?sqp=CN6dwMIG-oaymwEICKoDEPABSFqi85f_AwYIh_-juAY=&rs=AOn4CLBOn3CUGVAK9OIgqVwzNRkruDpOdAVisages - RCF Radio –

Fichier:RCF Radio logo 2015.png — Wikipédia

Source : https://www.youtube.com/watch?v=N9kzldtv_pw

Pour mémoire, ce dossier a été mis en ligne sur ISIAS :

’L’interculturalité est très présente dans l’œuvre du passeur de cultures François Cheng, auteur d’origine chinoise d’expression française, poète et calligraphe, traducteur, essayiste, romancier, universitaire, académicien’ par Jacques Hallard - 15 juin 2025 - ISIAS Philosophie Cultures Orient Occident

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À propos - Roger-Pol Droit (né le 6 février 1949 à Paris) est un philosophe et journaliste français. Chercheur au CNRS (Centre Jean Pépin, Histoire des doctrines de l’Antiquité), enseignant et écrivain, il est par ailleurs chroniqueur au Monde des livres, aux Échos, au Point, à Clés. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages de philosophie et d’histoire des idées, dont certains ont rencontré un succès auprès d’un large public, en particulier 101 expériences de philosophie quotidienne (prix France Télévisions) et sont traduits en plus de trente langues. Il est conseiller du directeur général de l’UNESCO entre 1994 et 1999 et membre du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé de 2007 à 2013…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/9/9a/Roger-Pol_Droit_par_Claude_Truong-Ngoc_2013.jpg/330px-Roger-Pol_Droit_par_Claude_Truong-Ngoc_2013.jpgRoger-Pol Droit Wikipédia

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A propos - Jean François Billeter Après avoir été professeur d’études chinoises à Genève, Jean François Billeter a quitté l’université pour se consacrer à ses propres travaux. Dans ses études sur certains textes remarquables de Tchouang-tseu, philosophe du 3ème siècle avant notre ère, et sur l’art chinois de l’écriture, autrement dit la calligraphie, il allie la plus grande rigueur sinologique au souci constant de se faire comprendre des lecteurs non sinologues, à la fois par la clarté de l’expression et par la richesse des références à des éléments de l’héritage occidental, ou simplement à l’expérience commune. Il esquisse une vision critique de l’histoire passée et présente dans Chine trois fois muette et dénonce un faux rapport à la Chine dans ‘Contre François Jullien »… - Source

Photo de Jean-François BilleterSource

Jean François Billeter, sinologue suisse, professeur honoraire de l’université de Genève, titulaire de la chaire d’études chinoises depuis sa création en 1987 jusqu’en 1999, date à laquelle il a pris une retraite anticipée pour se consacrer à ses travaux. Biographie - Jean François Billeter est né à Bâle le 7 juin 1939 de parents neuchâtelois. Il est de langue maternelle française, mais a fait ses classes en allemand jusqu’au baccalauréat, obtenu au ‘Humanistisches Gymnasium’ de cette ville en 1958. Il a ensuite fait des études de lettres à Bâle, puis à Genève, terminées par une licence en 1961. Il a entrepris l’étude du chinois à Paris en 1962, et l’a poursuivie à Pékin de 1963 à 1966, en ’littérature classique’ à l’université de Pékin à partir de 1964. Il a été le témoin de l’apogée du maoïsme et des débuts de la révolution culturelle.

En 1966, il a épousé Cui Wen 崔文, [voir plus loin], une jeune pékinoise qui pratiquait la médecine [1]. Jean François Billeter a poursuivi sa formation à Paris (1967-68), à Kyoto (1968-1970) et Hong Kong (1970-71). Ces études ont été rendues possibles par une bourse de l’Université de Genève la première année, puis par un soutien prolongé du Fonds national suisse de la recherche scientifique. J.F. Billeter a soutenu sa thèse sur le philosophe Li Zhi 李贄 (1527-1602) [voir ci-aptès], à Genève en 1976 [2] et l’a publiée en 1979.

En 1971, Billeter est nommé assistant au Ostasiatisches Seminar de l’université de Zurich, où il est resté actif jusqu’en 1978. Il a été chargé en 1972 d’un enseignement d’histoire chinoise à la Faculté des lettres de l’Université de Genève. Il y a créé en 1973 un enseignement de langue chinoise à partir duquel s’est développé peu à peu un programme plus complet d’études chinoises. Elles sont devenues une discipline à part entière lorsque son poste a été transformé en une chaire professorale en 1987. Quand il a quitté l’université de façon anticipée en 1999 pour pouvoir se consacrer à ses propres travaux, il a publié un bilan de son expérience dans un Mémoire sur les études chinoises à Genève et ailleurs.

Un soutien généreux de la ‘Chiang Ching-Kuo Foundation’ de Taipei lui avait déjà permis de se retirer de l’enseignement pendant deux ans, de 1992 à 1994, pour entreprendre des recherches sur le philosophe ancien Tchouang-tseu.

Avec Cui Wen, devenue sa collègue, il a développé un enseignement de la langue d’un genre nouveau dont il a exposé les principes dans deux brefs essais, L’Art d’enseigner le chinois et Les Gestes du chinois… - Source

Li Zhi - Penseur, théoricien et écrivain au milieu de la dynastie Ming (1527-1602) - (19 novembre 1527—7 mai 1602), à l’origine surnommé Lin, prénom zai 贽, plus tard changé en Li, son nom changé 贽 , personnage Hongfu, nom Zhuowu, et les noms Wenling Layshi, Duwu, Baiquan Layshi, Hongfu, Sizhai, Vieil homme Longhu, Chauve Weng, etc.. ; - Né dans le comté de Jinjiang, préfecture de Quanzhou, division de Buzheng, Fujian.Il était actif en tant que penseur pendant la période Wanli de la dynastie Ming. Il s’est engagé à critiquer férocement et à réfléchir sur les pensées, les comportements et les valeurs du confucianisme et des érudits, et il a ainsi suscité une vive controverse et une attention dans la tendance des changements idéologiques à la fin de la dynastie Ming. Il a nié le statut absolu du confucianisme traditionnel et d’autres normes, et il a affirmé ses capacités spéculatives et perceptives personnelles, mais il a déclaré que cette capacité devait être dérivée du concept qu’il proposait ’enfantin’. Ses œuvres représentatives incluent : ’Brûler des livres’, ’Continuer à brûler des livres’, ’Collectionner des livres’ et ainsi de suite…. – Traduction du 19 juin 2025 par Jacques Hallard – Source : https://zh.m.wikipedia.org/zh-tw/%E6%9D%8E%E8%B4%BD

Mme Wen Billeter, Chargée d’enseignement (1976-2004) - Département d’études est-asiatiques Université de Genève en Suisse

Photo

Wen Billeter 崔文, née à Pékin en 1939, est venue vivre en Suisse en 1966 à la suite de son mariage. Elle était médecin mais, ne pouvant pratiquer dans notre pays, elle a enseigné le chinois dans ce département du tout début, en 1976, jusqu’en 2004. Pendant toutes ces années, elle a assumé avec Jean François Billeter, puis seule, le cours de langue de 1ère année. Elle a eu une grande part dans le développement d’une méthode qu’elle a pratiquée avec un savoir-faire pédagogique et un entrain dont ses étudiants se souviennent…. – Source : https://www.unige.ch/lettres/estas/unites/chinois/corps/anciens-collaborateurs/wen-billeter

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A propos - Benjamin Isidore Schwartz (12 décembre 1916-14 novembre 1999) était un politologue et sinologue américain qui a écrit sur un large éventail de sujets dans la politique et l’histoire intellectuelle chinoises - Il a enseigné à Harvard toute sa carrière, à partir de 1950 en tant qu’instructeur dans les départements d’histoire et du gouvernement. Il a occupé la chaire Leroy B. Williams en histoire et gouvernement de 1975 jusqu’à sa retraite en 1987. Il a été président de l’Association pour les études asiatiques en 1979. Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Benjamin_I._Schwartz

https://fairbank.fas.harvard.edu/wp-content/uploads/2022/02/17-schwartz-225-11.jpeg{{Benjamin Schwartz - Former Professor Emeritus of History and Political Science, Former Director of the Fairbank Center 1983-1984 - Ancien professeur émérite d’histoire et de sciences politiques, ancien directeur du Fairbank Center 1983-1984 - Source

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A propos - Alan Watts - Alan Watts est né près de Londres en 1915. Dès son plus jeune âge, il a vécu avec des images d’Extrême‐Orient d’une grande collection d’art chinois et japonais conservée par sa mère, professeur pour enfants de missionnaires en Asie. Très vite, il s’est intéresse à la philosophie orientale et, tout en étant encore écolier, il s’est déclaré bouddhiste après avoir découvert la loge bouddhiste à Londres. Au milieu des années soixante, Watts était devenu le premier interprète occidental du bouddhisme, du zen, de l’hindouisme et du taoïsme… - Source : https://www.macroeditions.com/auteurs/alan-watts

A propos - Fritjof Capra (né le 1er février 1939) est un physicien américainautrichien, connu par son livre Le Tao de la physique (1975) qui est à l’origine du développement d’un courant littéraire et pseudo-scientifique tenant du mysticisme quantique. Selon Jacques Languirand, Fritjof Capra est, par son ouvrage Le Tao de la physique, l’un des physiciens ayant contribué à familiariser le grand public avec le langage de la physique moderne et en particulier avec l’idée d’un rapprochement entre la vision mystique et la vision de la physique. Par la suite, avec Le temps du changement, il s’est intéressé à la santé et à l’écologie. Il vit actuellement à Berkeley (Californie) où il a créé le « Center for Ecoliteracy »…

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/b/bc/Fritjof_Capra.jpeg/330px-Fritjof_Capra.jpegPortrait de Fritjof Capra, physicien, théoricien des systèmes et auteur de plusieurs best-sellers internationaux. Source

Fritjof Capra a obtenu son doctorat en physique théorique de l’Université de Vienne et a effectué des recherches en physique des hautes énergies dans plusieurs universités européennes et américaines. Capra a beaucoup écrit et donné des conférences sur les implications philosophiques de la science moderne et est l’auteur de ’The Tao of Physics’, ’The Turning Point’ et ’Uncommon Wisdom’. Actuellement directeur du Centre pour l’écolittératie à Berkeley, en Californie, il vit à Berkeley avec sa femme et sa fille. Source

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Introduction {{}}

Ce dossier est la Partie 3 de la Série ‘Orient et Occident : bien, mal et beauté’

Le thème ‘Cultures Orient Occident’ est poursuivi à partir d’une brève synthèse composée à partir de requêtes auprès :

* d’une part des éléments de ‘ChatGPT’ (juin 2025), avec des documentaires de la même source sur les différences culturelles et la rencontre entre l’Orient et l’Occident

* d’autre part une brève synthèse fournie par l’IA ‘Le Chat Mistral’ en juin 2925 sur des ouvrages et des articles qui explorent l’approche croisée et comparative entre la culture chinoise et les cultures occidentales…

Ce travail est centré sur 5 personnages qui font chacun l’objet d’une rubrique :

Rubrique Roger-Pol Droit

Rubrique Jean-François Billeter

Rubrique Benjamin I. Schwartz

Rubrique Alan Watts

Rubrique Fritjof Capra

Pour chacune des rubriques ci-dessus, les contenus des articles sélectionnés sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

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Sommaire {{}}

Rubrique Roger-Pol Droit

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  • Sur le thème ‘Cultures Orient Occident’, brève synthèse composée à partir de requêtes auprès de ‘ChatGPT’ en juin 2025 avec choix de quelques auteurs
    François Cheng a écrit ’L’un vers l’autre’

Une approche croisée et comparative entre la culture chinoise et les cultures occidentales – Il y explore effectivement la rencontre entre la culture chinoise et les cultures occidentales, tout en proposant un regard profondément humain et poétique sur la manière dont ces deux mondes peuvent se comprendre et se nourrir mutuellement. Ce genre d’approche croisée et comparative est fascinant, et il existe plusieurs autres ressources qui approfondissent cette dynamique de dialogue entre Orient et Occident.

Voir un dossier mis en ligne sur ISIAS.info > {{}}

’L’interculturalité est très présente dans l’œuvre du passeur de cultures François Cheng, auteur d’origine chinoise d’expression française, poète et calligraphe, traducteur, essayiste, romancier, universitaire, académicien’ par Jacques Hallard - 15 juin 2025 - ISIAS Philosophie Cultures Orient Occident

Autres auteurs :

’La Pensée chinoise’ de Roger-Pol Droit{{}}

Ce livre est une excellente introduction à la philosophie chinoise et à la manière dont elle s’oppose parfois ou converge avec les conceptions occidentales. Roger-Pol Droit y aborde les grandes figures de la pensée chinoise, comme Confucius, Lao Tseu, et Zhuangzi, tout en les confrontant aux idées occidentales.

  • ’La rencontre des cultures’ de Jean-François Billeter{{}}
    Jean-François Billeter, sinologue de renom, s’intéresse à la rencontre entre la Chine et l’Occident, en particulier aux malentendus et aux ponts qui se tissent entre ces deux civilisations. Son regard est à la fois philosophique et historique, ce qui enrichit la réflexion croisée.
  • ’Histoire de la pensée chinoise’ de Jean François Billeter
    Ce livre couvre l’histoire des idées en Chine depuis les premières dynasties jusqu’à l’époque moderne, tout en abordant les dialogues avec l’Occident. L’ouvrage permet de comprendre les différences fondamentales dans les approches de la philosophie et de la culture entre les deux civilisations.
  • ’Le Tao de la physique’ de Fritjof Capra{{}}
    Ce livre explore les parallèles entre la physique quantique et la philosophie orientale (notamment le Taoïsme et le Bouddhisme), et discute de la façon dont ces deux domaines, apparemment distincts, peuvent s’éclairer mutuellement. Capra met en lumière les idées partagées concernant l’interconnexion de tout et la nature du réel.
  • Articles et vidéos sur la chaîne YouTube ’Le Collège de France’{{}}
    Plusieurs conférences et vidéos sur cette chaîne explorent la philosophie chinoise et la manière dont elle se confronte ou interagit avec la pensée occidentale. Jean-François Billeter, mais aussi d’autres chercheurs, partagent leurs travaux sur la relation entre la Chine et l’Occident. Voir : https://www.radiofrance.fr/personnes/jean-francois-billeter

Jean François Billeter, sinologue suisse, professeur honoraire de l’université de Genève, titulaire de la chaire d’études chinoises depuis sa création en 1987 jusqu’en 1999, date à laquelle il a pris une retraite anticipée pour se consacrer à ses travaux. Wikipédia

  • ’La Voie du Tao’ et d’autres ouvrages sur le Taoïsme et la culture chinoise{{}}
    De nombreux chercheurs et auteurs ont écrit sur la manière dont la philosophie taoïste peut être mise en parallèle avec les idées occidentales, que ce soit sur le plan de la morale, de la nature ou de la cosmologie. Des ouvrages comme La Voie du Tao ou des textes de philosophes comme Alan Watts peuvent être intéressants pour des comparaisons.

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2.
Documentaires indiqués par ‘ChatGPT’ en juin 2025 sur les différences culturelles et la rencontre entre l’Orient et l’Occident{{}}

Ces documentaires mettent souvent en lumière les contrastes dans la vision du monde entre ces deux grandes civilisations.

Voici quelques documentaires produits par ARTE et la BBC qui explorent les relations culturelles entre l’Orient et l’Occident. Ces œuvres offrent des perspectives enrichissantes sur les échanges, influences et dialogues entre ces civilisations.

🎬 Documentaires ARTE :

  • De l’Orient à l’Occident
    Cette série documentaire en sept épisodes retrace l’histoire des civilisations du Moyen-Orient, mettant en lumière leur influence sur le monde occidental. Elle explore des thèmes tels que la naissance de l’agriculture, le monothéisme et l’âge d’or islamique.
  • Eugène Delacroix, d’Orient et d’Occident - Ce documentaire revient sur le voyage du peintre Eugène Delacroix au Maroc en 1832, qui a profondément influencé son œuvre. Il examine comment ses expériences orientales ont enrichi sa vision artistique occidentale.
  • Juifs et Musulmans, si loin si proches - Cette série en quatre épisodes retrace 1.400 ans d’histoire commune entre juifs et musulmans, mettant en évidence les périodes de coexistence et de tensions, et offrant une perspective nuancée sur leurs relations.
    📺 Documentaires BBC :
  • ARTE : Les documentaires sont disponibles en streaming sur le site officiel d’ARTE (arte.tv) ou via la boutique en ligne pour certains titres.
  • BBC : Les documentaires de la BBC peuvent être consultés via la plateforme BBC Select ou sur les chaînes YouTube officielles de la BBC. bbcselect.com
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3.
Brève synthèse fournie par l’IA ‘Le Chat Mistral’ en juin 2925 sur des ouvrages et articles qui explorent l’approche croisée et comparative entre la culture chinoise et les cultures occidentales :

Titre

Auteur

Description

Source

L’un vers l’autre François Cheng{{}} Ce livre explore l’errance orientale de Victor Segalen et l’exil occidental de François Cheng, offrant une perspective unique sur les échanges culturels entre la Chine et l’Occident. SensCritique1
Une longue route pour m’unir au chant français François Cheng{{}} Dans cet ouvrage, François Cheng exprime son amour pour la France et infirme la thèse de Kipling selon laquelle l’Orient et l’Occident ne pourraient jamais se comprendre. Asialyst2
La francophonie interculturelle de François Cheng François Cheng{{}} Ce texte aborde le dialogue constant entre la culture chinoise et la culture française, mettant en lumière les apports mutuels de ces deux cultures. Action Francophone Internationale3
François Cheng ou dire la Chine en français ZHANG, Yinde{{}} Cet article analyse comment François Cheng exprime la culture chinoise à travers la langue française, créant ainsi un sujet transculturel. Cairn.info4
La symbiose entre l’homme et la nature chez François Cheng Guochuan Zhang{{}} Cet article explore la relation entre l’homme et la nature dans les traductions de François Cheng, ainsi que la coexistence des cultures chinoise et française dans sa poésie. OpenEdition Journals5
La symbiose de la culture occidentale et de la culture chinoise dans la poésie de François Cheng Guochuan Zhang{{}} Cette thèse analyse la symbiose vivante de la culture occidentale et de la culture chinoise dans la poésie de François Cheng. Theses.fr6
François Cheng, figure interculturelle franco-chinoise Liu Tiannan{{}} Cet article examine comment l’écriture de François Cheng est influencée à la fois par la culture chinoise et la culture occidentale. Nonfiction.fr7

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Rubrique Roger-Pol Droit{{}}


  • Inde - La démocratie à l’indienne – Contribution de Roger-Pol Droit - Date de mise en ligne : 01/01/2011 - Diffusé par ‘Cairn.info’
    Publication : Le Débat - 2005/5 n° 137 - novembre-décembre 2005 - Gallimard - 192 pages

Communiqué des éditions Gallimard - Le Débat a été fondé en mai 1980 par l’historien Pierre Nora. Cette revue est rapidement apparue comme un indispensable instrument d’analyse et de discussion, à leur meilleur niveau, des grands problèmes et débats du monde contemporain.

Roger-Pol Droit - Philosophe français pourvu de tous les attributs qui font de lui un membre de plein exercice de la communauté philosophique, élève et ami de Jean-Toussaint Desanti, familier d’Henri Atlan, chroniqueur alerte des mouvements qui agitent la scène culturelle contemporaine, Roger-Pol Droit occupe aussi, dans le champ des études indiennes, une place singulière.

Essayons, sinon de la définir, du moins de la localiser. C’est un point haut d’où il a vue sur un vaste paysage qui se divise en deux zones : d’un côté l’Inde, ou plutôt l’indianisme, et cette province plus ou moins autonome de l’indianisme qu’est la ‘bouddhologie’ ; de l’autre, la philosophie européenne des xixe et xxe siècles.

Il arrive que Roger-Pol Droit descende de son belvédère et se mêle à la troupe des indianistes pour observer de près leur démarche et même contribuer à leurs recherches : s’agissant du bouddhisme et notamment de la Voie du Milieu, il est clair que Roger-Pol Droit circule avec sûreté et discernement dans les commentaires, les traductions, les études critiques, et qu’il enrichit par son questionnement philosophique notre compréhension des textes mêmes.

Mais l’essentiel de son effort, Roger-Pol Droit le consacre à examiner la manière dont les philosophes occidentaux ont accueilli la pensée de l’Inde, plus précisément à ce que les philologues et, plus tard, les anthropologues les mettaient en état de percevoir de cette pensée. Ces réactions forment une histoire : l’histoire, nous apprend-il, d’un déclin, d’une méconnaissance succédant à un extraordinaire appétit de connaître, l’histoire d’une admiration qui se tourne en critique exaspérée puis en ignorance.

Ce qu’il nous montre en effet, de façon très convaincante, c’est que l’« oubli de l’Inde » est précédé par le rejet de l’Inde, le refus violent de tout un monde d’idées et d’images que les philosophes européens, dans un premier temps, dans les premières décennies du xixe siècle, avaient célébré avec enthousiasme. Tel est le paradoxe bien mis en lumière par Roger-Pol Droit : passé un certain seuil, à mesure que la connaissance philologique de l’Inde et du bouddhisme s’étend et s’approfondit, les philosophes s’en dégoûtent et ont tendance à exclure du champ de la philosophie les spéculations qui, dans la phase romantique de leur découverte de l’Inde, leur étaient apparues comme une manifestation primordiale et originelle de l’esprit philosophique.

Roger-Pol Droit trouve légitime et, somme toute, naturel cet engouement initial, et s’indigne du mépris qui lui a succédé : le sanscrit n’est-il pas, au même titre que le grec, une langue apte à produire de la philosophie ? Équipée, par sa syntaxe, par les procédés de suffixation qui lui permettent de fabriquer des dérivés abstraits, par sa morphologie, par la possession d’un verbe « être », cette langue est faite pour le raisonnement et la construction de concepts.

Ces potentialités philosophiques, le sanscrit les a mises en œuvre. Faut-il comprendre aussi que pour Roger-Pol Droit une langue qui appartiendrait à un autre type linguistique serait inapte à la philosophie ? Pourtant, nombre de textes doctrinaux du bouddhisme, textes dans lesquels il voit des exemples indubitables de discours philosophiques, nous sont connus par des sources chinoises : or la langue chinoise n’a aucune des caractéristiques formelles qui font que le sanscrit, ayant les mêmes ressources que le grec, est une langue dans laquelle il était possible de philosopher et dans laquelle on a effectivement philosophé. Traduits en chinois, les textes philosophiques du bouddhisme cesseraient-ils de relever de la philosophie ?

Quoi qu’il en soit, le rejet philosophique de l’Inde a été la conséquence mais aussi la cause ou l’occasion d’une caractérisation rigoureuse et restrictive de la philosophie par les philosophes européens, qui a été un repli de l’Europe sur elle-même et sur sa source grecque. Le refus des philosophes de reconnaître aux doctrines indiennes la dignité philosophique n’est certes pas dissociable du mépris raciste et de la peur que le colonisé inspire au colonisateur.

Mais la philosophie européenne a des exigences qui lui sont propres : elle prétend au monopole de l’universel, dit Roger-Pol Droit, elle a l’arrogance d’affirmer qu’elle seule a le pouvoir de la raison. Il faudrait ajouter ici que les penseurs indiens ne manifestent pas cette sorte de morgue : mais s’ils ne récusent pas ou ne dévaluent pas ce qui est extérieur à leur monde conceptuel, c’est d’abord qu’ils ne le prennent nullement en considération, du moins avant l’ère coloniale.

En revanche, quand naissent les mouvements de réforme et de réaffirmation de soi de l’hindouisme, dans la seconde moitié du xixe siècle, on voit des écoles comme l’Arya Samaj s’approprier les thèmes de l’’ndophilie’ romantique européenne de la première période : pour les doctrinaires de l’Arya Samaj, c’est dans l’Inde védique que s’est levée l’aube de la pensée et que se sont déployées non seulement la philosophie mais aussi les sciences que la Grèce et l’Occident moderne prétendent avoir créées.

L’ouvrage de Wilhelm Halbfass India and Europe [6] montre bien comment l’Inde, après avoir totalement ignoré l’Occident, s’est efforcée, à sa manière, pendant quelque temps, de l’intégrer dans un système englobant dont elle détiendrait elle-même le sens. Il faut aussi noter que pour l’imagination poétique et littéraire de l’Occident, l’étrangeté indienne reste attrayante comme on peut le voir, par exemple, avec les textes réunis dans le recueil intitulé Sehnsucht nach Indien [7]. En revanche, un analogue, et peut-être une application du rejet philosophique de l’Inde, est à déceler dans la façon dont Freud refuse de faire une place au « sentiment océanique » dans la genèse du besoin religieux.

Pour l’indianiste non philosophe – c’est mon cas –, l’histoire de « l’oubli de l’Inde » est une précieuse leçon. Grâce à Roger-Pol Droit, les spécialistes concentrés sur leur domaine propre, attentifs surtout à l’histoire et au développement de leur discipline, prennent conscience du monde culturel qui les entoure et qui détermine dans une certaine mesure, sans qu’ils le sachent toujours, la forme et l’emplacement de leur tour d’ivoire. Et s’il est vrai que l’oubli de l’Inde est avant tout le fait des philosophes, il pose le problème de la définition du philosophique et concerne donc ceux qui sont de part et d’autre de cette limite.

Roger-Pol Droit poursuit, me semble-t-il, deux objectifs à la fois, qui, du reste, ne sont nullement incompatibles, mais qu’il faut essayer de distinguer. D’une part, il s’agit pour lui de montrer que les philosophes européens, et notamment les professeurs de philosophie, ont tort de ne pas inclure dans le tableau général de la philosophie les textes de l’Inde dont il nous montre qu’ils abordent des problèmes très comparables à ceux de la métaphysique et de la logique occidentales et qu’ils utilisent des ressources argumentatives analogues à celles qui caractérisent la discursivité occidentale. Il se réfère aux darçana, aux systèmes de pensée du brahmanisme, principalement au Vedânta, mais prend ses exemples surtout dans le bouddhisme.

D’autre part, il nous enseigne aussi que les philosophes occidentaux devraient s’intéresser à la pensée de l’Inde parce que, d’une manière générale, ils doivent « reconnaître qu’il y a des usages de la rationalité tout à fait différents de ceux qui nous semblent, à force d’être coutumiers, les seuls légitimes – voire les seuls possibles ». Reconnaissant l’autre, on se connaît mieux soi-même.

La question : « L’Inde pense-t-elle ? » peut donc être glosée de deux manières : les darçana sont-ils des philosophies ? Et, une fois admise la distinction, qui s’impose, en effet, entre Weltanschauung et philosophie, peut-on considérer qu’il y a matière à philosopher, pour le philosophe occidental, dans les textes qui, selon ses critères, relèvent de la Weltanschauung plutôt que de la philosophie ?

S’agissant de la première question, on remarquera qu’une réponse articulée ne peut être formulée que si des philosophes occidentaux font l’effort de se former à l’indianisme, apprennent le sanscrit et les diverses langues du bouddhisme comme ils apprennent le grec : du reste, c’est déjà une tradition bien établie, illustrée par plusieurs exemples décisifs. La deuxième question, ou la deuxième face de la question, est plus ample et concerne un public plus divers.

Remarquons d’abord que l’effort de « reconnaître » autrui, cet autrui, en l’occurrence, étant le monde indien et bouddhique, correspond au bilan que Sylvain Lévi en 1911 tirait des « études orientales » et au programme qu’il leur assignait : « Les études orientales, qui ont élargi la conscience humaine, ont bien mérité de l’humanité tout entière : elles concourent à préparer l’ère meilleure où l’homme, plus instruit, perdra le droit d’être injuste [8]. » « L’orientalisme n’est pas, à coup sûr, l’exaltation systématique de l’Orient ; la recherche de la vérité ne s’accommode pas plus du panégyrique que de la dépréciation […] l’orientaliste est l’héritier authentique de la tâche glorieuse inaugurée au xve siècle par la Renaissance ; il peut revendiquer à bon droit ce nom admirable d’humaniste » (ibid.).

Plus concrètement, il me paraît que cette volonté de connaître et de reconnaître peut trouver son tour philosophique dans une lecture attentive de textes qui relèvent du rituel et de la mythologie et que les philosophes sont portés à abandonner aux historiens des religions, anthropologues et philologues. Quand Paul Mus se demande « où finit Purusha [9] ? » il effectue une analyse proprement philosophique de la notion de limite, limite de la personne, limite de la société, limite du cosmos, qui lui est non seulement suggérée mais encore imposée et comme préfigurée par le texte même d’un poème védique.

Quand, insérée, presque dissimulée dans une série d’instructions rituelles, nous trouvons, dans un traité de la prose védique, cette définition : « Des animaux susceptibles d’être des victimes sacrificielles seul l’homme est capable aussi d’offrir des sacrifices », nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que, certes, cette formule n’est pleinement intelligible que si l’on connaît tout un ensemble de données qui relèvent de la Weltanschauung védique, mais aussi qu’elle est une proposition véritablement philosophique, matière à réflexion pour le philosophe moderne, et que cette réflexion a déjà été menée par son auteur même.

Quand les règles techniques sur la façon d’exécuter les rites sont précédées ou suivies d’un ensemble de métarègles, instructions sur la manière de comprendre les règles et sur les principes généraux d’organisation du donné sous-jacents à ces règles, nous sommes en présence, me semble-t-il, d’une démarche intellectuelle qui devrait retenir l’attention du philosophe au même titre qu’un discours sur la substance et la forme ou sur l’âme et le corps.

Un des mérites (ils sont nombreux !) de la recherche de Roger-Pol Droit est que, réfléchissant sur les étapes et les formes de l’« oubli de l’Inde », il nous amène à scruter aussi l’horizon qui de nos jours s’ouvre à la pensée occidentale.{{}}

https://doi.org/10.3917/deba.137.0050- Domaines : Sciences Humaines et Sociales -

Source : https://shs.cairn.info/revue-le-debat-2005-5-page-50?lang=fr&tab=texte-integral

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  • Entretien avec Roger Pol-Droit (4) : Destins croisés de la figure du sage en Orient et en Occident - Par Bastien ENGELBACH - Publication • 23 septembre 2009 – Document ‘nonfiction.fr’
    nonfiction.fr : Ne peut-on pas trouver également une piste, concernant la question de l’oubli, du côté du rapport de la philosophie à la sagesse. Cet oubli des autres traditions ne va-t-il pas de pair avec l’oubli de la philosophie comme sagesse ? Pierre Hadot nous indique qu’il y a une conception de la philosophie antique comme pratique de l’existence qui semble très dominante dans toutes les autres traditions. Il semble que l’Occident aurait perdu cette dimension de la philosophie comme sagesse pratique pour se concentrer sur une étude théorique et historique, évolution que n’auraient pas connue les autres terres philosophiques. Cette perte n’aurait-elle pas favorisé alors l’oubli des autres traditions qui n’auraient pas opéré cette scission entre philosophie et sagesse ?

    Roger-Pol Droit :
    Je traite de ces questions dans le livre que publie les éditions Plon, Les Héros de la sagesse, où j’essaie de réfléchir sur la figure du sage, sur les rapports entre figure du sage et figure du philosophe et sur les destins différents du sage en Occident et en Orient.

    Effectivement, Pierre Hadot a joué un rôle décisif, dont on ne mesure pas encore l’ampleur et la profondeur, dans le retour à cette dimension pratique de la philosophie. Il montre, en ce qui concerne l’Antiquité occidentale, que l’objectif n’est pas un pur savoir, mais un savoir destiné à modifier l’existence. Quand bien même Aristote écrit les Météorologiques ou la Physique, c’est pour savoir dans quel monde s’inscrit le projet de modification d’une existence, de soi-même, du rapport aux autres et à ses propres affects.

    Il s’agit d’essayer de comprendre comment se sont articulées, combattues, tressées dans l’histoire les préoccupations proprement conceptuelles et théoriques et le désir de sagesse.

    Face à cela, il faut essayer de partir de ce qui est commun aux écoles de sagesse grecques, à l’Inde et à la Chine, qui est la figure du sage. Il y a des nuances et des distinctions, mais il me semble que l’idée d’un être humain parvenu à accomplir entièrement et définitivement toutes les potentialités les plus hautes contenues dans sa nature est ce qui définit cette figure du sage.

Le sage est définitivement débarrassé des impulsions d’humeur, des remords ou des erreurs de jugement, de la morsure des affects, etc. Il est censé s’être établi dans une sorte d’harmonie parfaite. Je crois qu’il y a là des points communs, et j’ai tenté, dans cet essai de dégager les paradoxes fondamentaux qui constituent cette figure, à partir d’un certain nombre de traits des biographies de Diogène, Bouddha, Confucius et bien d’autres.

Ce qui constitue un sage, ce sont des paradoxes censés être surmontés, par exemple le fait de pouvoir parler tout en demeurant dans le silence – de passer au-delà de la dichotomie parole/silence –, d’être démuni de tout et cependant, par là-même, pourvu de tout. À partir de là, émergent des destins différents de la figure du sage en Orient et en Occident.

Pour schématiser, dans l’histoire occidentale cette figure a été captée par la philosophie : une des grandes injonctions des écoles de sagesse grecques est de prendre la figure du sage, qui est une figure antérieure, plus archaïque, qui suppose éventuellement des initiations mais ne suppose pas nécessairement un accès à la sagesse par la raison, et de dire que si l’on est un bon philosophe l’on aura également cet objectif. La place du sage peut être atteinte par la voie de la rationalité. Il s’agit là d’une réappropriation, dans et par la philosophie antique, de cette figure du sage.

La figure du saint et la christianisation de la pensée introduisent ensuite une rupture. Il ne s’agit plus de devenir sage par la raison et dans une sorte d’immanence, mais de se conformer au mode de vie indiqué par une vérité révélée afin de gagner sa vie éternelle. La figure du philosophe, à ce moment-là, se détache de l’idée de sagesse. Mais la question du sage n’a cessé de la travailler du dedans.

Avec l’Éthique, par exemple, œuvre construite more geometrico, se présentant comme étant de pure cognition, comme un travail de cheminement théorique majeur, a pour objectif la béatitude. La notion d’exercice se retrouve chez Descartes, chez Nietzsche, chez Wittgenstein même, pour qui il s’agit de nettoyer la totalité des faux problèmes que nos crampes mentales ont constitués ; ce qui n’est pas sans analogie avec la démarche du Bouddha disant que sa doctrine n’est qu’utilitaire.

Il y a une sorte de destin sinueux de cette figure du sage en Occident, à la fois estompée, combattue, pour une part reconstruite.

En Asie, qu’il s’agisse de l’Inde ou de la Chine, la transmission s’est maintenue plus en ligne directe. Cela ne signifie pas qu’il y a une permanence parfaite, mais qu’il n’y a pas cette radicale mise en concurrence ou cet effacement de la figure du sage, qui reste toujours d’une manière ou d’une autre parlante. Elle a plutôt été soumise, en Asie, à l’usure du temps.

Dans les traditions indiennes ou chinoises il s’agit toujours de revenir à l’esprit d’une doctrine, de retrouver telle forme d’élan des fondateurs et les principaux obstacles sont l’oubli, l’usure des siècles, l’affadissement des pensées qu’il faut raviver, refonder. Il y a plus de continuité historique que dans l’histoire de l’Occident.

Cet entretien est en cinq parties  :

Bastien ENGELBACH - Titulaire d’un master 2 de philosophie, Bastien Engelbach prépare actuellement une thèse de philosophie à l’université Paris-Est consacrée aux rapports entre identité et altérité, à partir des œuvres de Francis Jacques, Paul Ricœur et Emmanuel Lévinas. Principaux centres d’intérêt : philosophie du langage dans ses implications éthiques et politiques, thèmes de l’altérité et du dialogue, phénoménologie. Lire plus d’articles

Version PDF - Mots clés : #philosophie #roger-pol droit #occident #orient #chine #inde #grece #sagesse #sage #

Source : https://www.nonfiction.fr/article-2791-entretien-avec-roger-pol-droit-4-destins-croises-de-la-figure-du-sage-en-orient-et-en-occident.htm

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  • Entretien avec Roger-Pol Droit (5) : Le détour par l’altérité - Par Bastien ENGELBACH - Publication • 23 septembre 2009 – Document ‘nonfiction.fr’
    nonfiction.fr  : En somme, l’anthologie Philosophies d’ailleurs propose un décentrement par rapport à notre tradition philosophique, qui révèle que nos solutions à certains problèmes ne sont pas les seules possibles et permet d’en mesurer la pertinence.

    Roger-Pol Droit  : Tout à fait, à condition de préciser qu’on ne sort jamais entièrement de sa propre tête, de sa civilisation, de son propre cadre de pensée, de son socle épistémique ; je suis méfiant envers l’idée qu’on dépouillerait sa peau d’occidental pour se retrouver immédiatement ailleurs.

    En revanche, je crois qu’on peut et même qu’on doit aller, au plus loin que l’on peut, dans la distance à l’intérieur de soi-même. On ne devient jamais l’autre, mais on peut être suffisamment altéré pour, en revenant sur ce que l’on croyait évident, s’apercevoir que ça ne l’est pas, et que ça pose toute une série de questions autour des singularités, des particularismes, des contingences historiques, etc.

    nonfiction.fr  : La question de l’altérité soulève une interrogation quant au titre de votre anthologie. Parler de «   philosophie d’ailleurs   » peut donner l’impression – démentie par la composition de l’anthologie elle-même – que l’on va rester au niveau de l’observation d’autres traditions sans réfléchir à la manière dont elles peuvent nourrir notre propre réflexion. Le rapport à l’altérité se conçoit-il selon le schéma «   nous et les autres   » ou selon la capacité à se tourner vers elle dans ce qu’elle a de singulier en considérant ce qu’elle peut nous apporter  ?

    Roger-Pol Droit  : En ce qui concerne le titre de l’anthologie, il s’est agi, d’abord, d’être simple, mais aussi de marquer qu’il s’agit bien de philosophie et de souligner que nous sommes placés quelque part. Je vois bien une objection possible, qui consiste à dire «   un ailleurs suppose un ici   », «   un dehors suppose un dedans   » et qui concluerait donc que l’on se trouve encore dans une posture européo-centrée. Il me semble simple d’assumer qu’effectivement nous sommes des auteurs, des lecteurs et des traducteurs européens, mais que ce qui nous intéresse, ce sont les autres en tant que philosophes, dans l’écart qu’ils introduisent au sein de la philosophie.

    nonfiction.fr : C’est un des grands mérites de votre travail que de montrer que ces pensées d’ailleurs ne sont pas des pensées figées, dans un souci de restituer les débats et les évolutions propres à chaque courant.

    Roger-Pol Droit : J’aime, dans sa naïveté, cette phrase de Victor Cousin, disant en 1828 à ses étudiants de la Sorbonne, «   Messieurs, il y a plus d’un pays dans l’Orient !  » On rencontre effectivement une multitude d’écoles, de querelles, de débats, de rencontres et d’évolutions. Dans l’anthologie Philosophies d’ailleurs le chapitre qui est le plus innovant, d’ailleurs sans équivalent à ma connaissance, est l’anthologie des textes tibétains rassemblés par Matthew Kapstein. On y découvre une richesse de la scolastique tibétaine qui n’a rien à envier à la scolastique médiévale, temps d’élaboration philosophique d’une très grande richesse.

    L’idée de cette anthologie, c’est aussi principalement d’être utile, au lieu de dire des philosophies existent ailleurs que chez les Grecs et les Européens, on a voulu mettre entre les mains des lecteurs des exemples.

    nonfiction.fr : L’un des intérêts de se plonger dans les philosophies d’ailleurs en se concentrant sur les textes et leur apport théorique est que c’est une manière de dépasser l’idée d’un choc des civilisations, de montrer qu’il y a des cultures qui ont leurs spécificités et d’aider à les comprendre de l’intérieur en révélant les résonances possibles avec nos propres conceptions. C’est une manière aussi de contrer cet autre travers de la mondialisation qu’est un certain affadissement culturel en faisant reconnaître la diversité dans les traditions.

    Roger-Pol Droit : Il existe une immense diversité des postures que l’esprit peut adopter et, de même que si on fait un peu de gymnastique, de sport ou de yoga, on découvre qu’il y a des postures du corps que l’on n’a pas l’habitude d’adopter, qui demandent du temps pour être maîtrisées, mais font découvrir d’autres capacités physiques, il y a à l’intérieur des postures mentales que l’on peut adopter toute une série extrêmement diverse d’attitudes que nous n’avons pas l’habitude de prendre. Avec ces pensées, qui sont des pensées humaines et fortes, mais qui ne sont pas dans nos moules, nous avons la possibilité de tenter de nous y intégrer, de regarder comment prendre ces postures pour, en revenant vers nos attitudes, se rendre compte qu’elles n’ont rien de naturelles, de spontané ou d’unique

Propos recueillis le jeudi 6 août 2009 chez Roger-Pol Droit{{}}

Cet entretien est en cinq parties  :

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  • Un homme de l’Ouest tente vainement de voir les choses comme on les voit à l’Est - Roger Pol Droit - Vendredi 24 Octobre 2008 : « L’occident expliqué à tout le monde » 4/10 – Diffusé par ‘sj-conseil.com’
    Voilà un livre très simple, de vulgarisation, que je recommande en particulier aux chinois francophiles qui passent par là. http://amadeo.blog.com/repository/119496/3614769.jpg

L’auteur, philosophe-écrivain, explique combien la notion d’occident a pu évoluer à travers les siècles.

Pour les grecs l’occident (ou ’couchant’ en référence au soleil et par opposition au ’levant’, à l’Orient), c’était ce qui se trouve à l’ouest d’Athènes : Rome, Sicile, Espagne, Gaule... Par opposition à l’orient (Perse, Iran, Asie mineure)

On voit que dès le départ la notion est ambiguë pour deux raisons :
- parce que la Grèce n’est pas (aujourd’hui en tous cas) le centre du monde
- parce que l’Occident se définirait d’emblée comme l’opposé de l’orient, de même que gauche se définit par opposition à droite.

Par la suite, l’auteur montre que l’occident s’est étendu à toute l’Europe de l’Ouest, s’arrêtant au Rhin et au Danube à l’ouest. C’était le Saint Empire Romain d’Occident. Le moyen âge distingue l’Occident catholique de l’Orient orthodoxe. Arrive un second Orient : l’Orient musulman combattu pendant les croisades.

A partir de la renaissance, c’est le progrès technologique, puis les conquêtes territoriales qui forment l’identité spécifique de l’occident. Les choses se compliquent au XXe justement à cause de ces expansions territoriales. Les Etats Unis font partie de l’Occident, tout comme l’Australie. L’occident n’est plus un territoire continu. Pendant la guerre froide, l’Occident représente le libre-échange par opposition à l’économie planifiée du communisme, et le développement (Nord) par opposition au sous-développement (Sud).

Jusque-là je suivais sans difficulté le propos de M Pol Droit, qui me semblait très instructif. L’occident a été successivement une direction, puis un territoire, une foi chrétienne, une capacité technique, un système politique et économique.

Mais sa définition de l’Occident aujourd’hui, au XXIe siècle, fait de l’occident un simple ’type de société’, qui comprend le Japon et la Corée, et bientôt l’Inde et la Chine. Je n’ai pas compris sur quel fondement reposait cette affirmation.
La phrase ’Ce qu’on appelle mondialisation est une occidentalisation du monde’ me semble curieuse, tirant légèrement au nombrilisme. Les arguments donnés sont par exemple la technique (le téléphone et Internet viennent d’occident, comme les ordinateurs)

La roue ayant été inventée vers 3 ?500 ans avant Jésus Christ à Sumer (Mésopotamie), doit-on parler d’une ’sumérisation du monde entier’ quand on remarque qu’il y a des roues partout dans le monde ? Parce qu’il y a des ordinateurs au Japon, le Japon serait aujourd’hui ’occidentalisé’ ?

L’auteur définit l’occident comme une civilisation fondée (dès les grecs) sur la tragédie, le débat démocratique, l’investigation scientifique et la réflexion philosophique. Après une longue phase marquée par le christianisme, l’occident est le lieu du progrès technologique et de la conquête du monde.

Il prend un scénario fictif qui m’a amusé : si un extraterrestre avait pu regarder la terre en l’an mille de notre ère, il n’aurait certainement pas parié sur cette civilisation occidentale, balbutiante sur beaucoup d’aspects par rapport aux civilisations indienne, chinoise, maya ou inca.

Pourquoi ce développement et cette domination du monde par l’occident entre l’an mille et l’an 2000 ?

Le développement technique est donné comme facteur majeur. Avec sa face claire et sa face sombre (destructions ; pillages ; massacres). Mais il y a aussi d’autres facteurs : la liberté et la démocratie dans ses stades successifs assurent l’émancipation de l’individu face aux pouvoirs religieux, moral et politique.

On lit page 49 que notre ’puissance est fondée sur l’interrogation et le changement’. Affirmation discutable à mes yeux. D’autres grandes civilisations ne peuvent être résumées à un conservatisme obscurantiste.

Les explorations de l’amiral Zheng He me semblent illustrer, ce point. Et plus généralement il me semble raisonnable de dire que le changement tient une place majeure dans la pensée chinoise. Bref, pas d’exclusivité occidentale sur le thème du changement. Une prééminence technique et un idéal de progrès qui ont amené une domination presque complète du monde au début du XXe siècle. Mais je lirais plutôt le XXe siècle comme une rétraction, une crise de l’occident qui se divise lui-même (nazisme) et doit se retirer (décolonisation, Vietnam, Irak).

A la fin du livre M Pol Droit prend un langage guerrier, parlant du ’combat’ contre les ’ennemis de l’occident’ qui tendent des ’pièges’ par des ’mensonges’ ’pervers’. Il reconnaît page 85 que la position occidentale d’un ’individu souverain’ peut ’être problématique’ pour d’autres cultures. Il ne remet par contre jamais en cause, jusque dans sa conclusion, la prétention occidentale à l’universalité. Il affirme page 94 qu’’une des questions principales de l’Occident pourrait être ’Quoi de neuf’ ?’. Il oppose ce trait au ’choix de la répétition, de la reconduction de l’identique, de l’immobilité’. J’invite l’auteur à considérer les aspects statiques et grippés de notre société française, je crois qu’il y en a. Et à regarder aussi l’innovation et la transformation en cours dans la société chinoise (je n’évoque que ce que je connais). Là aussi il y a matière.

En bref j’ai apprécié la rétrospective historique sur l’Occident, mais nettement moins la définition posée de l’Occident aujourd’hui, et surtout l’appel au combat pour des valeurs qui feraient de nous des supérieurs, et ne peuvent qu’amener la lumière aux autres peuples.
A l’inverse il me semble que la globalisation comprend aujourd’hui, au XXIe siècle, un trait d’’orientalisation de l’occident’, c’est à dire que nous apprenons de ces autres civilisations, et que nous sommes plutôt appelés à mettre de l’eau dans notre vin. C’est en tous cas mon expérience personnelle. Il me semble que la face sombre de l’occident, bien décrite par M Pol Droit au chapitre 3, peut beaucoup s’éclaircir si l’on accepte de se prêter à cet échange et à ce métissage.

Mais pour conclure je voudrais revenir au tout début. L’occident se définissait par opposition à l’orient du temps des grecs. Si un dialogue a lieu, peut être que cette opposition ne sera plus nécessaire, plus à considérer. Peut-être.

Pérégrination vers l’Est --- 西方人的东方眼睛

Source : https://www.sj-conseil.com/4063213/index.html@page=1.html

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D’abord un constat : au sein de la pensée européenne les philosophies orientales font défaut. A croire qu’elles n’ont jamais existé. Il n’est guère que dans certains séminaires réservés aux spécialistes que l’on parle de ce type de « systèmes » philosophiques. Que recouvre exactement ce silence public sinon ce purgatoire ? Serait-il l’indice de quelque retournement historique, simple oubli, volonté d’exclusion ou dénigrement inavoué ?

Quoi qu’il en soit, à observer les classes de terminale et les bancs de l’université, les occidentaux s’accommodent aisément de cette absence. Et pour cause. Le discours convenu ne prêche-t-il depuis plus d’un siècle l’hégémonie de la philosophie grecque et de ses descendants ? Les réseaux de la raison actuels se gardant bien d’écorner ce mythe moderne. Faut-il en déduire, qu’une fois de plus, le consensus a eu raison de la vérité ? Pas sûr. L’avenir pourrait bien re-célébré l’apport de ces traditions orientales. Pour l’heure, oubli n’est pas inexistence. Et cet oubli à une histoire.

C’est à celle-ci que Roger-Pol Droit consacre sa réflexion originale depuis plus d’une décennie. Gageons que l’enquête de ce philosophe passionnera tout un chacun. D’une part parce qu’il s’emploie à déterminer les conditions dans lesquelles notre représentation européenne du bouddhisme a basculé. D’autre part parce qu’il inspecte en même temps la richesse de ces philosophies et renouvelle la réflexion en l’ouvrant sur l’Orient. Faisant tomber par là même les oeillères de l’esprit conservateur. Ainsi, ce normalien destiné à l’enseignement, fut par esprit de contradiction journaliste à Actuel puis au Monde.

C’est connu, bon nombre de destins se construisent ainsi, par goût de la résistance. Mais qu’on ne s’y trompe pas, Roger-Pol Droit n’est pas seulement un esprit rebelle, indépendant, c’est un homme rigoureux et sensible. Un chercheur au CNRS qui a le goût de l’intelligence et le dégoût de la méchanceté. Esprit curieux, belle plume, à 48 ans, ce penseur est aussi réputé pour sa chronique au Monde des livres. Aujourd’hui encore, ses publications en chantier attestent de ce même souci de prospecter les chemins de traverse, ceux de la « Philosophie des barbares », lesquels croiseront un jour, à n’en pas douter, la voie royale de la philosophie.

Roger-Pol Droit, d’où vous vient cette prédilection pour la philosophie indienne ?
Elle est née par hasard. A moins qu’une nécessité impérieuse ne se cache sous ce hasard, allez savoir ! Toujours est-il que lorsque j’ai quitté Paris et mes responsabilités éditoriales au Monde en 1977, j’ai réfléchi sur l’opportunité de façonner par moi-même quelques éléments de philosophie. Alors que je tentais de bricoler dans des carnets des remarques autour de l’idée d’une absence de sujet, du caractère problématique de l’ego, du caractère discontinu de nos expériences ou de notre rapport au temps, je suis tombé sur un petit livre portant sur le bouddhisme.

J’ai découvert alors que ces mêmes idées avaient été très largement explorées, développées, approfondies par une tradition dont je ne savais rien. Ce fut-là mon premier étonnement. J’en suis donc venu à me poser certaines questions. Comment se faisait-il que personne, ni mes professeurs ni plus tard mes collègues, ne m’ait jamais rien dit de ce type de raisonnement philosophique, de cette tournure d’esprit et de toutes ces oeuvres qui avaient préoccupé durant des siècles une partie importante de l’humanité ? Comment cela s’avérait-il possible que tout un pan de l’histoire de la pensée orientale se retrouve absent des programmes scolaires, universitaires européens ? Qui plus est, jugez de ma surprise quand je sus plus tard qu’un bachelier sous Louis Philippe, en 1840, en connaissait plus sur la philosophie indienne qu’un professeur agrégé de philosophie de la 5ème République ! Bref, une fois ma curiosité aiguisée, je n’ai eu de cesse de me plonger dans les textes et d’apprendre le sanskrit.

Serait-ce parce que ce champ de connaissance n’était pas défriché qu’il a suscité votre intérêt ?
Certainement. Reste que mon premier questionnement est né d’abord d’un étonnement. J’ai ensuite écrit un livre, paru aux PUF en 1989, L’oubli de l’Inde, où je commençais à formuler la question suivante : que s’était-il passé entre le XIXème et le XXème pour que l’Inde présente sur la scène philosophique du XIXème siècle (les européens et l’ensemble des philosophes, les frères Schlegel, Hegel, Nietzsche, Schopenhauer découvrant alors le sanskrit) ait disparu de celle du XXème.

En effet, l’expression « philosophie indienne » possède un sens pour les français, les allemands, les britanniques du XIXème, et elle devient monstrueuse ou insensée ou réputée inexistante pour les allemands du XXème comme Husserl. Imaginez qu’Heidegger va jusqu’à énoncer qu’il n’y a pas de philosophie indienne, s’obstinant à voir en celle-ci une expression contradictoire en ces termes.

En filigrane dans votre dernier livre Le culte du néant. Les philosophes et le Bouddha vous tenez que la philosophie orientale est aussi nécessaire à l’histoire de la philosophie que la philosophie grecque. Quels arguments soutiennent cette assertion ?
Du simple fait qu’il existe dans le domaine sanskrit des écoles de pensées. En ce qui concerne le brahmanisme, on en dénombre six. Précisons que celles-ci sont distinctes des écoles porteuses de vérités religieuses. Elles s’assignent pour objectif de résoudre des questions métaphysiques par le seul usage de la raison.

Nous sommes ici en présence d’une véritable tournure d’esprit philosophique. Celle-ci entend démontrer des thèses ou invalider des thèses fausses par la seule voie de l’argumentation rationnelle. Les objets de ces analyses s’avèrent comparables à ceux de la métaphysique occidentale, à savoir le temps, l’espace, la nature de l’acte et de l’agent, l’Etre et le Non Etre etc.

Pour estimable qu’est la pensée bouddhiste, peut-on parler d’elle comme d’une philosophie ?
Disons qu’il y a des éléments philosophiques dans le bouddhisme qui ont donné lieu à des traités extrêmement élaborés. Ceux-ci sont à mes yeux des oeuvres de philosophie stricto sensu. Cela dit, savoir maintenant si le bouddhisme en général est une philosophie, la réponse me semble également positive.

En effet, le bouddhisme est comparable à ces doctrines de l’Antiquité qui étaient à la fois des systèmes du monde et des voies de salut. Des modes de vie tout autant que des manières de pensée. On retrouve là une pratique de l’exercice sur soi, une sorte d’exercice spirituel comme l’a remarquablement montré Pierre Hadot.

Et s’il y a une pensée de l’Inde, trouve-t-on chez elle, l’usage du concept comme dans la philosophie antique ?
J’ai proposé lors d’un séminaire en 1985 de parler de « non-concept ». Que faut-il entendre par là ? Simplement qu’il existe des concepts dont la caractéristique propre serait d’être des concepts négatifs. Je m’explique. La plupart des termes clefs du bouddhisme sont préfixés privativement. L’exemple le plus connu est celui de la non-violence, ahimsa en sanskrit.

Eh bien, il ne s’agit pas, si vous voulez, d’une tendresse, d’une douceur. Il s’agit d’une mise entre parenthèse, d’une privation de la violence et de l’agressivité. Supprimée, la non-violence ne décrit pas pour autant une positivité. C’est une absence. Ceci se retrouve pratiquement dans tous les termes clefs et tous les registres de la langue. Philosophiquement la démarche du bouddhisme consiste en une sorte de mouvement de déliaison, de désobstruction, ce qu’une expression anglaise comme to clear the way rend assez bien. Il y a là l’idée de libérer le passage, d’ôter les obstacles, plutôt que de construire des vérités.

Et cette caractéristique se systématise-t-elle dans toute la langue ?
En effet, il s’agit d’un trait accusé chez les bouddhistes et d’un trait de base du sanskrit. Il est possible de dire « non-un » pour dire plusieurs. C’est une tournure d’esprit qui là se systématise. En français, le terme concept signifie « prendre ensemble », ‘con-capitur’, enserrer, tenir. Ce que nous représentons généralement par concept, c’est bien là une prise.

Au coeur du bouddhisme, disons grossièrement et globalement, qu’il s’agirait plutôt d’un lâché prise, d’une dissolution, d’une déliaison. A nous alors d’en conclure s’il n’y a ou non des concepts. Mais dire qu’il n’y a pas de concept pourrait faire croire – et ce serait une erreur – qu’il n’y a pas de rationalité. Ou encore que nous sommes dans l’ordre de la poésie, de l’effusion mystique, toutes sortes de choses éminemment respectables, mais qui ne sont pas philosophiques en propre.

Alors que là nous sommes bien en présence d’une démarche philosophique au sens d’un usage réglé de la raison sur des objets conceptuels, mais dont la visée certes est plutôt de les défaire ou de les dissoudre que de les agripper pour les enserrer et les tenir. A cet égard, ce qu’on appelle la vacuité – dont on croit à tort que ce n’est rien ou qu’une forme de néant – serait à penser comme l’espace libéré par la mise à l’écart des solutions opposées.

Opérez-vous une distinction entre le brahmanisme et le bouddhisme ?
Effectivement, il y a une distinction à faire même si notre perception occidentale a tendance à les confondre. D’un côté, donc le brahmanisme (ensemble, lui-même divers de pensées et de croyances de l’Inde traditionnelle). Le brahmanisme a donné sous ses formes développées modernes, ce que nous appelons l’hindouisme. De façon globale et à la lumière des catégories européennes, on peut dire que le dénominateur commun de ces écoles du brahmanisme, c’est d’être des substantialismes. Il y a, à leurs yeux, fondamentalement de l’être. Peut-être n’y-a-t-il pas un Dieu au sens occidental et monothéiste du terme qui serait un dieu personnel, doué de volonté. Mais il existe un soi pensé comme un absolu impersonnel (dont nous trouvons d’ailleurs des équivalents dans bon nombre d’auteurs ou de textes de la mystique chrétienne).

En tout cas, disons, pour faire simple, que côté Inde, brahmanisme = substantialisme.
En revanche, le brahmanisme est à distinguer du bouddhisme, qui lui s’avère être une doctrine anti-substantialiste. Et qui lorsqu’on l’interprète mal – ce qui est fréquent – peut passer pour nihiliste, négatrice de toute être et existence, voire athée si l’on croit que l’absence de Dieu revient à une négation de Dieu.

Venons-en maintenant au sort que le XXème siècle occidental a réservé à l’Orient. L’Orient, dites-vous, a toujours représenté l’altérité. Serait-ce l’autre visage de Janus, un visage incompatible avec celui de l’occident. L’être et le néant ?
Ce qui est frappant, c’est qu’au cours du temps, on assiste à une véritable inversion des polarités. L’autre, l’indien est d’abord rêvé par l’Europe comme une ressource, un salut. Le thème qui traverse les premières années du XIXème est celui d’une renaissance orientale. A découvrir les textes sanskrits, on a d’abord le sentiment de faire émerger une source de la civilisation et de la pensée plus ancienne, plus fondamentale, plus archaïque que la Grèce. Avec, en filigrane, cette idée très présente chez les romantiques, que c’est finalement le plus ancien qui détient la plus haute ressource pour régénérer le présent et construire l’avenir. Mythe de la « renaissance orientale » plus profonde que les retrouvailles du XVIème siècle avec les sources grecques.

Renaissance escomptée au XIXème siècle qui tombe dans la méconnaissance au XXème…
Disons plutôt que l’Inde archaïque est d’abord perçue comme une source à laquelle se régénérer, s’abreuver. Puis elle prend, au fil des ans, un visage menaçant, celui d’une altérité tirée du côté du néant, de la destruction, de la menace d’anéantissement, du risque de perte d’identité etc. Sans doute cela s’explique-t-il par la découverte du bouddhisme et de ses interprétations philosophiques, jusqu’alors méconnus. Découverte qui va probablement faire basculer l’image de l’Inde.

L’interprétation de la doctrine par les philosophes comme Victor Cousin (qui y voit un « culte du néant » selon sa propre expression) contribuant à en faire quelque chose de destructeur, de négateur voire de redoutable. J’ai tout lieu de croire que c’est à ce moment-là que se noue véritablement l’intrigue. On passe alors de l’espérance à l’effroi, du positif au négatif. De la surabondance de l’être version plotinienne à la béance gouffre ou néant version pessimiste fin de siècle. D’une doctrine dépourvue d’idée de Dieu à une doctrine athée. Bref, les « Orientaux » qui commençaient à capter l’intérêt de l’enseignement philosophique européen se voient définitivement reconduits hors des cénacles universitaires et de son histoire intellectuelle.

Comment s’est fabriquée cette représentation négative du bouddhisme ? S’agit-il d’une projection européenne, comme vous l’explicitez dans votre dernier livre « Le culte du néant » ?
Mon intuition personnelle, soucieuse d’offrir un nouvel éclairage, vise à montrer que lorsque les européens parlent du bouddhisme, ils évoquent immanquablement le nihilisme et le néant. Ce faisant, ils ne décrivent ni plus ni moins qu’une forme particulière du néant ou d’anéantissement les concernant en propre. En effet, l’Europe des années 1840 à 1880 est traversée par des mouvements sociaux, par des révolutions qui la scandent, par de multiples contestations des monarchies de droit divin et de l’ordre hiérarchique.

C’est à cette même époque que l’on tend à attribuer au bouddhisme une force de subversion démocratique dont il n’existe pas la moindre trace au coeur de sa réalité historique. Autrement dit, l’Europe aurait rêvé comme un cauchemar une sorte de bouddhisme destructeur et nihiliste à partir de ses propres inquiétudes et préoccupations. Toutes ces raisons m’autorisant à parler légitimement de projection.

Vous dites que la doctrine bouddhiste est dépourvue de toute idée de Dieu. Le bouddhisme n’est donc pas assimilable à une religion ?
C’est plutôt une voie de salut. Ajoutons que c’est une pensée qui ne s’épuise pas par son seul intérêt intellectuel. En effet, celle-ci est destinée à transformer l’existence de telle sorte que l’on ne souffre plus. Pour l’essentiel, Bouddha énonce ceci : « de même que l’océan n’a qu’un seul goût : c’est celui de l’eau salée, de même la doctrine n’a qu’un but : c’est la cessation de la souffrance ».

A ce propos, peut-on parler de la présence d’un Dieu au coeur du bouddhisme ?
C’est très clair : il n’y a dans le bouddhisme ni de conception ni de représentation de Dieu. Il s’agit là purement et simplement d’une absence. L’idée d’un Dieu infini, pur esprit, créateur, omniscient, omnipotent est une idée qui n’existe pas. Quoi qu’il en soit cette absence de Dieu a été transformée en une négation par les européens, lesquels n’en finissaient pas d’en découdre avec la poussée de l’athéisme qui surgit à la Révolution française.

Mais alors, qui est Bouddha ?
Bouddha signifie l’Eveillé. Il s’agit d’un homme qui ne s’est jamais prétendu Dieu ni divin mais qui s’étant posé le problème de savoir comment mettre un terme à la souffrance humaine prétend avoir trouvé une solution. En substance, il nous dit simplement : voyez si cette solution est efficace, expérimentez-la. Rien de plus mais rien de moins non plus.

Aujourd’hui, n’assimile-t-on pas à tort les grandes philosophies orientales à des pratiques à la mode comme le « New Age », la réincarnation, le zen etc. Comment expliquez-vous cet amalgame ?
D’évidence, il y a un imaginaire de l’autre dans toutes les cultures. En ce qui concerne la culture européenne, et ce depuis presque deux siècles, l’altérité c’est d’abord l’Orient et l’Asie. Autre tantôt pensé comme barbare, tantôt pensé comme plus civilisé, plus ancien, plus sage même, tout en restant à la fois menaçant. Bref, toute une gamme de représentations qui vont de la sagesse qui va nous sauver, au péril jaune qui nous menace, en passant par le néant qui va nous dissoudre, ou de nouveau au Dalaï-lama qui nous sauve. Comprenez que je ne réduis pas la présence du bouddhisme en Occident à un pur jeu d’images. Tel n’est pas mon propos. Reconnaissons toutefois qu’il semble difficile d’écarter la présence et l’influence de ces images dans la perception que nous avons des choses. Reste qu’aujourd’hui, une part d’intérêt pour l’ésotérisme, de fascination pour les pouvoirs occultes, s’est cristallisé sur le bouddhisme. Demain, il y a fort à croire que l’imaginaire s’attellera à d’autres objets…

Comment redonner ses lettres de noblesse à ces philosophies orientales ? Est-ce la tâche que vous vous êtes imparti ?
Beaucoup de travaux estimables ont été conduits par des spécialistes de l’Inde, du bouddhisme. Lesquels l’ont étudié philosophiquement afin d’en faire comprendre l’essentiel aux européens.

A cet égard, leur contribution est précieuse : traduire, enseigner, commenter, comprendre les textes orientaux eux-mêmes. Les comprendre par différence plus que par analogie. Autrement dit les saisir dans leur spécificité.
Ma tâche à moi s’avère plus circonscrite. Ce serait – et c’est déjà beaucoup- de tenter de revenir sur les erreurs commises pour lever l’hypothèque qu’elles font peser sur une compréhension avenir. Revenir sur ce qui s’est mal engagé, mal enclenché dans l’histoire occidentale, à travers les mésinterprétations de l’Orient. Afin qu’une part des fantasmagories, terreurs ou faux espoirs imaginaires, ayant fait l’objet d’une mise en lumière, ne percent plus de manière inconnue sur le présent.

Propos recueillis par Isabelle Znaty - Copyright © 2016 rpdroit.com. Tous droits réservés.

Roger-Pol Droit - Philosophe, écrivain, éditorialiste. Normalien, agrégé, docteur en philosophie et habilité. A été chercheur au CNRS, enseignant à Sciences Po, Conseiller du directeur de l’UNESCO, membre du Comité National d’Ethique. Une quarantaine de livres, traduits en 32 langues

Source : https://rpdroit.com/2010/08/16/a-la-redecouverte-des-philosophies-orientales/

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  • Roger-Pol Droit : ’la philosophie ne connaît pas de frontières’ - Publié le vendredi 26 novembre 2021- France Inter 53 minutes - Provenant du podcast Grand bien vous fasse !

    Grand Bien vous fasse - Podcast

La philosophie n’est pas qu’une affaire grecque nous explique le philosophe. Ailleurs, il existe des penseurs anciens, rigoureux et déductifs. Voici un petit voyage à travers les philosophies du monde indiennes et chinoises qui ont autant à nous apprendre que la seule philosophie grecque.{{}}

Il n’y aurait pas d’un côté la vraie philosophie occidentale et de l’autre des sagesses venues du monde entier. Appliquer certains aspects de leurs pensées à notre vie quotidienne est aussi libérateur qu’un Platon, qu’un Aristote, qu’un Épicure ou encore qu’un Épictète. Qu’est-ce qui assemble les philosophies, grecques et indiennes ? L’éminent philosophe Roger-Pol Droit vous répond : 

’Il n’y a pas une mais des philosophies’{{}}

Roger-Pol Droit : ’L’idée que la philosophie soit dans les esprits européocentrée est le fruit de considérations bien plus contemporaines qu’on ne le pense. Personne, depuis l’Antiquité jusqu’au XVIIIe siècle, n’imagine les philosophes comme étant exclusivement grecs : 

Roger-Pol Droit : ’Apprendre à se repérer dans les grandes philosophies du monde entier, c’est penser sans se soucier des barrières. Il faut penser plus ouvertement et s’affranchir de la catégorisation d’une philosophie binaire (Occidentale et Orientale). 

On se trompe quand on amalgame en un tout la philosophie grecque à la philosophie occidentale

On pense encore que la philosophie est née en Grèce. Mais eux-mêmes n’avaient pas cette prétention et ne se considéraient comme cela. Il est absurde d’imaginer les Grecs imbus de leur supériorité. Ils n’ont jamais décrété avec arrogance l’incapacité des autres cultures à penser philosophiquement. 

Les Grecs eux-mêmes considéraient comme philosophes les prêtres égyptiens, les mages chaldéens, les ascètes nus de l’Inde, les Hébreux, les druides

Il y a un contre sens qui a été nourri par la barrière grecs (civilisés) / barbares (non civilisés) alors qu’en réalité les barbares sont juste ceux qui ne parlent pas le grec. Il y avait pour tous les Grecs des barbares cultivés. Platon a une admiration profonde pour les Égyptiens. Hérodote parle tout à fait élogieusement des Perses ; quand, dans l’armée d’Alexandre le Grand, des philosophes découvrent les ascètes indiens nus, les gymnosophistes les appelle également philosophes’. 

Les principes de la philosophie indienne{{}}

Roger-Pol Droit : ’Elle repose sur quatre grands buts de l’homme : 

  • Le Kama, soit le plaisir sous toutes ses formes, l’esthétique, la jouissance corporelle, l’art de la table, la danse, la poésie, les jardins, le sexe, tout ce qui nous fait jouir. 
  • L’Artha, le pouvoir, la richesse, l’économie, la science du politique, mais aussi celle de l’étude de l’économie. 
  • Le Dharma, l’ordre du monde à la fois cosmique, spirituel et intérieur. Celui qui est criminel, qui viole ou qui tue, ne fait pas seulement du mal à quelqu’un, il fait du mal au monde et il bouleverse l’équilibre cosmique, il perturbe quelque chose qu’il faut respecter. Il invite à faire selon son devoir d’être-humain, participer plus qu’à sa propre vie à l’ordre du monde. 
  • Le Moksha, la délivrance, le fait de pouvoir enfin tout quitter, sortir du cycle aussi bien du plaisir que de la fortune et même du respect de l’ordre du monde. C’est être entièrement délivré. Ne plus renaître.
    Il y a une orientation globale qui est aux antipodes de celle des Grecs, des Hébreux ou de tous les continuateurs de la de la philosophie européenne. C’est l’idée que la pensée n’est pas, comme pour les Grecs, le fait de faire des distinctions entre les idées et les choses, poser des limites, différencier les choses. Pour les Indiens, la pensée, c’est plutôt quelque chose qu’il faut parvenir à défaire’. 

Les différences entre philosophies indienne et chinoise {{}}

Roger-Pol Droit : ’C’est le rapport à la vie et au monde. Toute l’orientation indienne, c’est de parvenir à sortir de la vie. C’est la délivrance rendue possible par la sortie définitive et complète du cycle des naissances et des morts.

À l’inverse, le but chinois, c’est de s’y ancrer, c’est de s’y arrimer et d’intensifier notre vie, de la prolonger, de la nourrir, avec cette idée qu’il faut pour ne pas la forcer. La sagesse et la puissance ne se conçoivent que par une immersion totale dans la vie. Le but n’est pas de quitter l’existence, mais au contraire de s’y ajuster’. 

Sortir du monde, affaires indiennes ; s’y fondre pour s’y épanouir, affaires chinoises

Confucius et Tchouang-tseu (ou Zhuangzi)  : deux penseurs chinois thérapeutiques 

Confucius est un sage né en Chine en 555 av J.-C et mort en 479 av J.-C. neuf ans avant la naissance de Socrate. Ses enseignements ont fortement influencé la pensée chinoise jusqu’à nos jours. 

Le socle des choses c’est le ciel physique au-dessus de nous, soumis à des cycles de saisons, de clarté et d’obscurité, toujours changeant. Nous devrions, être gouvernés par le ciel

Il ne prétend pas détenir une vérité fixe, personnelle, invariable, mais des moments de circonstances en fonction de la perturbation du moment, de la pluie ou de l’éclaircie. 

Un principe d’ordre : chacun a son rôle et sa place. L’idée qu’il y a des droits et des devoirs fixée par une correspondance entre l’ordre du monde et l’ordre social

Tchouang-tseu (ou Zhuangzi), un anarchiste très caustique, né au IVe siècle av J.-C qui nous apprend à nous méfier des honneurs. C’est un des plus grands penseurs de l’humanité pour son acuité, sa folie, son charme. C’est un écrivain de génie qui met en récit des histoires conceptuelles d’une très grande subtilité’. 

Vivre selon le ciel, c’est ne pas se soucier une seule seconde de l’argent, du pouvoir, de la politesse, des conventions

Avec Roger-Pol Droit, philosophe, Un voyage dans les philosophies du monde (édition Albin Michel et Vie bonne et grand âge (Éditions PUF)

Source : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/grand-bien-vous-fasse/grand-bien-vous-fasse-du-vendredi-26-novembre-2021-4544377

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Rubrique Jean-François Billeter{{}}


  • Rappel biographique sur Jean François Billeter émanant de l’Université de Genève Suisse

    Photo

M. Jean François Billeter Professeur honoraire Courriel

Photographie : © R. Marroni

Jean François Billeter a fait œuvre de pionnier. Il est né à Bâle en 1939, a fait des études de lettres à Genève, puis de chinois à Paris et, premier étudiant suisse en République populaire de Chine, à Pékin de 1963 à 1966. Il les a poursuivies à Paris, Kyoto et Hong Kong et terminées par une thèse sur Li Zhi (1527-1602). Il a été assistant à Zurich et a créé dans les années 70, à l’Université de Genève, le premier enseignement d’histoire chinoise de Suisse romande, puis le premier enseignement complet d’études chinoises.

Avec son épouse Wen Billeter 崔文 (1940-2012), qui était d’origine pékinoise, il a innové en matière d’enseignement de la langue et d’analyse de la syntaxe du chinois. En 1989, il a publié chez Skira la premier ouvrage de synthèse sur la calligraphie chinoise, qui est devenu un classique et qui a été réédité dans une version remaniée chez Allia en 2010 : Essais sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements.

Il a quitté l’université en 1999 pour pouvoir se consacrer aux travaux que l’enseignement ne lui permettait pas de mener à bien, publiant à cette occasion un Mémoire sur les études chinoises à Genève et ailleurs dans lequel il résumait son expérience d’enseignant. Dans trois ouvrages, dont les Leçons sur Tchouang-tseu, données au Collège de France en 2000, il a profondément renouvelé l’étude de ce philosophe chinois ancien, mort vers 280 avant notre ère. De cette étude est sortie une pensée philosophique autonome dont il a récemment livré une première ébauche dans Un Paradigme. Il a de nombreux projets.

Principales publications :{{}}

Li Zhi, philosophe maudit (1527-1602), Genève : Droz, 1979.

Le système des « statuts de classe » en République populaire de Chine. Genève : IUHEI, 1986.

L’Art chinois de l’écriture. Genève : Skira, 1989.

Mémoire sur les études chinoises à Genève et ailleurs. Genève : Librairie Le Parnasse, 1999.

Chine trois fois muette. Paris : Allia, 2000.

Leçons sur Tchouang-tseu. Paris : Allia, 2002.

Études sur Tchouang-tseu. Paris : Allia, 2006.

Notes sur Tchouang-tseu et la philosophie. Paris : Allia, 2010.

Contre François Jullien. Paris : Allia, 2006.

Essai sur l’art chinois de l’écriture et ses fondements. Paris : Allia, 2010 (édition remaniée de l’ouvrage de 1989).

Un Paradigme. Paris : Allia, 2012.

Lichtenberg. Paris : Allia, 2014. (à paraître)

Trois essais sur la traduction. Paris : Allia, 2014. (à paraître)

Source : https://www.unige.ch/lettres/estas/unites/chinois/corps/billeter

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  • Chine - Les vivants et les dieux, symboles et religions - Tchouang-Tseu avec Jean-François Billeter – Enregistrement ‘France Culture’ de 40 minutes (1ère diffusion : 29/06/2002) - Mardi 23 avril 2024 (première diffusion le jeudi 24 décembre 2015) - Provenant du podcast Les Nuits de France Culture

[Addenda - Tchouang-tseu Wikipédia https://fr.wikipedia.org › wiki › Tchouang-tseu - « Maître Zhuang »), de son vrai nom Zhuāng Zhōu (莊周 / 庄周, Tchouang Tcheou), est un penseur chinois du IV e siècle av. J.-C…]

Avec Jean-François Billeter, sinologue - Par Michel Cazenave - Avec Jean-François Billeter (sinologue, professeur émérite à l’université de Genève) - Réalisation Isabelle Yhuel

Retrouvez l’ensemble du programme d’archives de La Nuit rêvée de Pascale Ferran, proposée par Albane Penaranda.

Société Religions – Spiritualité

L’équipe - Albane Penaranda Production déléguée - Christine Goémé Production déléguée - Virginie Mourthé Réalisation - Hassane M’Béchour Collaboration

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Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-nuits-de-france-culture/les-vivants-et-les-dieux-symboles-et-religions-tchouang-tseu-1ere-diffusion-29-06-2002-6287200

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  • Chine – Entretien de Jean-François Billeter par Laure Adler – Enregistrement ‘France Culture’ de 31 minutes - Mardi 25 novembre 2014 - Provenant du podcast Hors-champs

    Hors-champs carré

Avec Jean-François Billeter, sinologue - [Sur France Culture]

Laure Adler s’entretient avec le sinologue Jean-François Billeter - * La sinologie * fut pour lui une aventure. Après des études de lettres, son séjour estudiantin à Pékin le marque énormément.

’A partir de ce moment-là ma vie a pris un cours déterminé (...) C’était un pari risqué (...) l’aventure a continué, elle aurait pu tourner court’ . Il y découvre la calligraphie . ’C’est un moment où l’on fait quelque chose de très intense qui engage toute la personne et qui fait qu’on oublie le monde environnant (...) C’est comme pour la musique’. * De cet apprentissage complexe découlera une attention au ’geste’ * , qui le marquera pour sa réflexion sur le corps ’illimité’ ... Du chinois jusqu’à la philosophie, il n’y eut qu’un pas. Face à la Chine, il faut savoir ’désapprendre’ .

Face à un penseur chinois, il faut le comprendre et aussi prendre conscience de ce qui nous empêche de le comprendre. Chez les sinologues ’chacun s’est formé sa Chine à soi’. Lui s’est focalisé sur le philosophe Tchouang Tseu . ’De tous les philosophes chinois que je connais c’est peut-être celui qui est le plus intéressant pour nous.’

Autre objet d’étude, Lichtenberg . * Entre ce philosophe allemand et Tchouang Tseu, ’il y a une communion d’esprit’ . ’Ces travaux-là demandent de la patience , on ne peut pas les forcer...’ Il explique avoir arrété d’ ’essayer les idées des autres’ . ’Je me suis dit : cessons de chercher ailleurs et voyons ce que je puis dire moi-même de ma propre expérience’ . Il évoque encore l’hypnose * -’une voie d’accès à quelque chose qui fait partie du sujet humain...’ , nous parle du langage, de l’usage des mots , du temps , de la liberté : ’le sentiment de liberté advient lorsque nous faisons quelque chose de nécessaire’ . ’Je dirai que tout est digne d’attention et que tout prend de l’intérêt lorsqu’on y porte de l’attention’. Rencontre avec celui qui se voit comme ’un animal amphibie’* ,* capable de se mouvoir aussi bien en Chine qu’en Europe...

[Addenda – Lichtenberg – Selon Wikipédia, Georg Christoph Lichtenberg - Pour les articles homonymes, voir Lichtenberg.

Description de cette image, également commentée ci-après

Georg Christoph Lichtenberg (date inconnue ; publié en 1790).

Georg Christoph Lichtenberg, né à Ober-Ramstadt le 1er juillet 1742 et mort à Göttingen le 24 février 1799, est un philosophe, écrivain et physicien allemand. Il est particulièrement connu pour ses Aphorismes.

Biographie - Georg Christoph Lichtenberg est le dix-septième enfant du pasteur Johann Conrad Lichtenberg (1689–1751) et d’Henriette Catharina Eckhardt (1696–1764). D’une santé fragile, il passe son enfance et son adolescence à Darmstadt où une chute, vers l’âge de huit ans, entraîne une déformation de sa colonne vertébrale ; il perd son père en 1751.

Se livrant avec passion à l’étude, une bourse octroyée par le Landgrave Ludwig VIII lui permit de s’inscrire à l’université de Göttingen le 21 mai 1763. Il y étudie les mathématiques, l’astronomie et les sciences naturelles, sans négliger l’histoire et la littérature.

Il perd sa mère en 1764 année au cours de laquelle il entreprend la rédaction de ses cahiers.

De 1767 à 1770 il subvient à ses besoins en donnant des leçons d’anglais. Au printemps 1770, il effectue le premier de plusieurs voyages en Angleterre, et à Londres en particulier, qui lui permirent d’étudier à fond les mœurs de ce pays pour tirer, de leur contraste avec les mœurs allemandes, des sujets de satire, et où il rencontre le roi George III.

À son retour il est nommé professeur de philosophie à Göttingen où il reçoit le titre de conseiller de cour en 1788. Il devient un pédagogue apprécié de ses étudiants. D’août à décembre 1774 il effectue un second voyage en Angleterre à l’invitation du roi qui lui confie l’éducation de ses cadets.

En 1777, il construit un important électrophore pour générer de l’électricité statique sous une forte tension électrique via l’induction électrostatique. Il observe les formes dessinées par les décharges électriques et se rend compte qu’après la décharge de cette tension à la surface d’un isolant, ces formes peuvent laisser des images fixées dans de la poussière : c’est aussi la découverte du principe de base de l’électrophotographie. C’est d’autre part une découverte préliminaire à celle de la physique de l’état plasma.

Malgré son infirmité, il connaît de nombreuses conquêtes féminines. En mai 1777, il fait la connaissance d’une jeune fille de 13 ans, Maria Dorothea Stechard, dont il tombe amoureux. Ils vivent en ménage mais non mariés jusqu’à la mort de cette dernière en 1782. Cette mort provoque chez Lichtenberg des crises de dépression et lui donne des idées de suicide. La rencontre, en septembre 1783, avec Margarethe Kellner, qui devient son épouse, l’apaise un temps. De nombreux enfants naissent de cette union[1].

Dans le cadre de ses activités scientifiques sur le calcul des probabilités, l’électricité, etc., il a correspondu avec Kant, Volta et introduit en Allemagne l’usage du paratonnerre[2].

Il a également rencontré Goethe qui cherchait son soutien dans le cadre de sa théorie des couleurs. Lichtenberg est devenu membre de la Royal Society le 11 avril 1793

En dehors de ses travaux scientifiques, Lichtenberg a produit plusieurs essais littéraires et surtout de nombreux écrits satiriques, caractérisés par leur verve et leur humour. Les principaux sont une suite de Ausführliche Erklärung der Hogarthischen Kupferstiche (Commentaires sur les gravures de Hogarth, Göttingen, 1794-1808, in-fol, 10 liv.) ; Timorus, das ist die Verteidigung zweier Israeliten, die durch die Kräftigkeit der lavaterischen Beweisgründe und der Göttingischen Mettwürste bewogen den wahren Glauben angenommen haben (Timorus, ou l’apologie de deux juifs décidés par la force des arguments de Lavater et par les andouilles de Göttingen à embrasser la vraie foi, 1773, in-8°), satire, signée du pseudonyme de « Conrad Pholorin », en réponse à l’appel à la conversion adressé par Lavater au philosophe juif Mendelssohn ; Über Physiognomik wider die Physiognomen (Sur la physiognomonie, contre les physiognomonistes, Wider, etc. ; Göttingen, 1778), protestation du bon sens contre les prétentions de Lavater ; Über die Pronunciation der Schupse des alten Griechenlands (De la Prononciation des moutons de l’ancienne Grèce, 1782), plaisante parodie des innovations orthographiques proposées par Voß. Une grande partie de ces satires parurent dans le Göttingischer Taschen-Calendar (et sa version française l’Almanac de Goettingue) que Lichtenberg dirigea vingt-cinq ans, jusqu’à sa mort en 1799[3],[4]… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georg_Christoph_Lichtenberg

Jean-François Billeter

Jean-François Billeter © Rad

Equipe de production Laure Adler et al

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/hors-champs/jean-francois-billeter-2444266

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  • Chine - Une rencontre à Pékin / Une autre Aurélia – Entretien de Jean François Billeter par Laure Adler - France Inter – Enregistrement 42:07 - EditionsAllia - 14 décembre 2017
    Le 13.12.17, Jean François Billeter était l’invité de Laure Adler dans ’L’Heure Bleue’ (France Inter).

Personnes mentionnées :

https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSyP8Mg7S9TDYrebzGPyv2upAhwRRxqRX2D7VCdX_8tOfIb2QV-HDdWultXGywrJean François Billeter

https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTw5RkgCjowkUHu4Pkus0_2bZZ9El13xD_-0tcI0OthJkqkjn5ZAXaZBO413y1sJules Verne

https://yt3.ggpht.com/ytc/AIdro_m9OI8qNxjgcQr-a3e2cP8-JuwSC51fZjBcbLpzQDdXcw=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjEditionsAllia

Source : https://www.youtube.com/watch?v=7347yCvhTQ8

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  • Cinq épisodes sur la Chine dont « Voyager, revenir, traduire » - Entretien avec Jean-François Billeter - Épisode 3/5 : Mercredi 1er mai 2019 – Enregistrement ‘France Culture’ 32 minutes - Matières à penser - Provenant du podcast Matières à penser - Série « Ailleurs, la Chine ? »

    Célébration de la Fête Nationale à Beijing, place Tiananmen, en 1963. ©Getty - BettmannSérie « Ailleurs, la Chine ? »

Célébration de la Fête Nationale à Beijing, place Tiananmen, en 1963. ©Getty - Bettmann

En faisant de la Chine le « grand autre de l’Occident », on risque de méconnaître à la fois les leçons du passé et les urgences du présent. Nos invités nous apprennent à dépayser nos familiarités et à domestiquer l’étrangeté depuis leurs propres expériences. Ce soir, avec Jean-François Billeter.{{}}

Avec : Jean-François Billeter, sinologue –

Parcours à travers les livres et les voyages du grand sinologue, depuis Li Zhi, philosophe maudit, jusqu’à Une rencontre à Pékin, où l’on comprend que la réflexion sur la traduction permet de tresser ’Tiananmen et le monde demain’.

Avec Jean-François Billeter, sinologue suisse, professeur honoraire de l’université de Genève.

Je suis sinologue, et j’assume. Je me souviens de l’arrivée dans Pékin après le passage de la Grande Muraille. C’était une aventure [...] Le plus grand plaisir que je prends à la Chine aujourd’hui c’est de me souvenir des émerveillements que j’ai connu et que je ne connaîtrais plus. (en 1963, départ pour trois ans d’études à Pékin)

J’ai quitté l’université de Genève pour enfin me mettre au travail. Car tant que j’enseignais il n’en était pas question. Depuis lors je réalise peu à peu des travaux que j’avais en tête et que je souhaitais réaliser.

Lorsqu’on est professeur d’études chinoises à l’Université de Genève on est obligé d’avoir des rapports officiels avec la Chine et il y a donc des choses qu’on ne peut pas se permettre. Et surtout quand on a de la famille en Chine, il y a des choses qu’on peut encore moins se permettre. Donc, j’ai été soumis, à distance, à la censure chinoise.

Extrait musical : Francis Poulenc - Sonate pour violoncelle et piano

Pour en savoir plus : La page Allia de Jean-François Billeter

Le 8 janvier 2018, Jean François Billeter était l’invité d’Olivia Gesbert (“La Grande table” - France Culture) à l’occasion de la parution de Demain l’Europe.

Société Sciences et Savoirs

Source : L’équipe –

Patrick BoucheronPatrick Boucheron Production - Joséphine Lampreia – Collaboration - Sandrine Chapron Collaboration - Anne-Pascale Desvignes Réalisation - Catherine Donné Collaboration

Épisodes précédents  :

Épisode 1/5 : Tiananmen et le monde de demain  29 avril 2019 43 minutes

Épisode 2/5 : Les larmes de Lin Zhao 30 avril 2019 44 minutes

Épisode 4/5 : Faire des sciences sociales en Chine aujourd’hui 2 mai 2019 44 minutes

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/matieres-a-penser/voyager-revenir-traduire-5901490

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  • Chine – Entretien avec Jean François Billeter par Manuela Salvi :“Le Propre du sujet” – Enregistrement RTS de 15:09 - EditionsAllia - 17 mai 2021
    Le 16.05.2021, Jean François Billeter était l’invité de Manuela Salvi dans “À voix haute” (RTS, “La Première”), pour un entretien autour de son ouvrage “Le Propre du sujet”. Un entretien à retrouver également à cette adresse : https://www.rts.ch/play/radio/a-voix-... - Personne mentionnée : Jean François Billeter

https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSyP8Mg7S9TDYrebzGPyv2upAhwRRxqRX2D7VCdX_8tOfIb2QV-HDdWultXGywr

https://yt3.ggpht.com/ytc/AIdro_m9OI8qNxjgcQr-a3e2cP8-JuwSC51fZjBcbLpzQDdXcw=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjEditionsAllia

Source : https://www.youtube.com/watch?v=jN7IjfP12OI

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  • Chine - L’atelier de Jean-François Billeter par Claude Tuduri - 21 septembre 2021 - 8 mn - Numéro 134 – Document ‘en-attendant-nadeau.fr’
    Le sinologue Jean-François Billeter a publié cette année trois livres brefs, originaux et fort suggestifs : Les gestes du chinois, L’art d’enseigner le chinois et Le propre du sujet.

Les deux premiers ont en commun d’évoquer les spécificités de la langue chinoise, tandis que le troisième est d’abord un essai philosophique qui interroge les notions d’activité, d’intention, d’imagination, de crise (politique, écologique, communicationnelle) à partir de la question du sujet.

Cependant, de nombreux liens thématiques et stylistiques unissent ces trois ouvrages ; même si Le propre du sujet évite sans doute délibérément toute référence explicite à la culture chinoise, il peut aussi s’entendre en écho des travaux de Billeter sur le penseur Zhuangzi.

Livre - Jean-François Billeter, Les gestes du chinois ; L’art d’enseigner le chinois ; Le propre du sujet. Allia, 96 p., 64 p. et 64 p., 9 €, 8 € et 7 €

En bref, la lecture simultanée de ces livres nous introduit dans les vastes et fertiles recherches d’un sinologue et écrivain qui nous fait percevoir les coulisses de son travail, son « atelier » en quelque sorte ; le rapport qu’entretient Jean-François Billeter à la philosophie, à la littérature et à la sinologie y est étroitement solidaire de personnes, de lieux et de pratiques de prédilection.

Si le langage peut devenir une suite de gestes incarnés et l’enseignement un art, le sujet peut accéder à lui-même à travers un patient travail sur les formes du langage. Au vrai, le propre du sujet, c’est aussi une façon de promouvoir la liberté d’exercice de la pensée, une critique radicale de la fuite en avant néolibérale comme aussi d’un collectivisme de plus en plus autoritaire à travers la traçabilité des nouvelles technologies et la matrice de leur scientisme mort-né.

Trois livres pour entrer dans l’atelier de Jean-François Billeter

Recueil de poèmes heptasyllabiques mentionnant le nom de Zhang Fu lang et la date du 6e jour du 5e mois, an ji hai de la 3e année tian fu des grands Tang (6 juin 938) © Gallica/BnF

La pensée de Billeter retient par sa constante volonté d’authenticité et d’unification de soi. Elle incite avec maturité à sortir des grilles obligées d’un savoir aliénant pour laisser venir à soi une vision où l’intuition et l’intellection, voir et faire voir, ne sont plus qu’un seul acte de connaissance.

Sur ce point, son éloge du premier Nietzsche, héritier de l’historien Burckhardt, est éclairant, un Nietzsche davantage poète que philosophe, un Nietzsche au style stendhalien et enjoué. L’obsession de l’éternel retour, de la volonté de puissance et de l’immoralité de la nature enfermera ensuite l’essayiste allemand dans un étau de contradictions impossible à desserrer et violemment tragique : la crise toujours davantage relancée de l’apollinien et du dionysiaque, l’impossibilité d’allier la musique à une sagesse devenue désespérément folle… tout va brûler au feu génial mais toujours plus morbide du grand polémiste allemand, toutes les frontières entre le « bien » et le « mal » comme aussi toute possibilité de proposer une raison politique. Or, cette dernière n’est-elle pas d’abord un mixte d’utopie et de compromis capable de rendre l’avenir vivable, sensé et partageable dès maintenant ?

Atteindre le propre du sujet engage donc peut-être moins dans une généalogie de la morale et une « philosophie de l’histoire » que dans une attention redoublée au présent. Donner forme, donner sens, ne pas fausser le rapport à soi, aux autres et au réel par les déportements de la volonté et sa fièvre de projection, il y a, semble-t-il, dans la pensée de Billeter une sagesse marquée par la Chine classique et l’assurance occidentale d’un compromis toujours possible entre l’instant et la durée, l’immanent et le transcendant. Circonscrite et limitée, ouverte à l’universel mais modeste, l’attention à l’autonomie du sujet ouvre pour lui à la puissance d’apprendre et d’agir et par là à un surcroît de liberté. Les exemples qu’il donne de cette « puissance » sont d’autant plus parlants qu’ils sont d’une extrême simplicité.

Trois livres pour entrer dans l’atelier de Jean-François Billeter

Un acte libérateur de la singularité du sujet est un acte qui mord sur l’humus du possible et des mille circonstances de son contexte particulier ; en ce sens, descendre en soi, c’est aussi s’ouvrir à l’expérience d’un lien social retrouvé. Des lieux familiers à l’auteur reviennent ainsi à sa mémoire de façon discrète mais vivante, en particulier la ville de Bâle, « ville mitoyenne de l’Allemagne et de la France », à l’égard de laquelle il entretient une dette symbolique liée à la Réforme, à l’historien Burckhardt et au jeune Nietzsche qui s’en est inspiré.

Partant, le point essentiel qui émerge de cette réflexion méditative, c’est le goût du temps. Il donne chance au propre du sujet d’émerger, le rend libre des langages institutionnels (famille, milieu social, nation, religion, etc.) sans l’ériger en nombril charismatique du monde. L’acceptation de la durée introduit l’homme à « une physique élémentaire de la subjectivité ». Une « physique élémentaire », puisqu’il n’y a pas de sujet qui ne naisse d’une attention redoublée à la nuit du corps.

La notion d’intégration, centrale chez Billeter, ce sont les effets dynamiques d’un arrêt de la pensée dialectique et procédurale. L’intégration ouvre à la lucidité du corps, elle est une «  concentration et une intensification de l’activité qui la rend […] sensible à elle-même », le point nodal d’une intuition appelant avec elle la conscience. Dans L’art d’enseigner le chinois, cette même notion est reprise avec un accent plus relationnel et social : « un phénomène que chacun peut observer au sein de l’activité dont nous sommes faits : des forces qui pouvaient rester séparées ou se rencontrer et s’affronter, se paralysant mutuellement, s’alliant pour produire ensemble une activité supérieure, momentanément ou durablement ».

Trois livres pour entrer dans l’atelier de Jean-François Billeter

Nul n’est là pour faire nombre, et la promesse de tout langage est un geste qui bouscule la quantification de soi pour donner voix et forme au sujet et au monde. La «  pureté du hasard » y concourt si l’on veut bien se laisser surprendre par elle. Ainsi, si je cherche en vain un mot, nul volontarisme ne me le donnera mais il vient à moi dans une mise en suspens de toute intentionnalité et un consentement aux surprises de la perception.

Lutter contre les passions tristes, c’est aussi ne pas désespérer des ressources démocratiques de l’Europe. Sans faire d’elle l’objet d’un messianisme civilisationnel conquérant, Billeter défend l’Europe comme une réalité géoculturelle et politique familière d’une liberté difficile à vivre mais vraiment salutaire si elle est cent fois remise sur le métier. Il se pourrait bien en effet que la notion de paideia, d’éducation façonnée au creuset de l’humanisme antique, des Lumières mais aussi de l’audace théologique de Dante, puisse redevenir un héritage politiquement transmissible, celui d’un mode de connaissance où la mise en commun nécessaire au vivre-ensemble postule une pluralité sans cesse renégociée de pensées et de styles de vie authentiquement singuliers…….

Enfin, le rapport au mandarin et à l’enseignement participe lui aussi de cette légèreté d’un temps vivant et spontané appelant la « gestuation » d’une parole plus que l’imposition d’un savoir. Le geste se conjugue aussi à l’emploi de couleurs propre à la méthode du Silent Way de Caleb Gattegno – que nous nous excusons de ne pouvoir préciser davantage maintenant.

La métaphore de l’enseignement est d’abord celle de la musique où l’enseignant est un chef d’orchestre et ses étudiants des musiciens qui n’ont besoin que de quelques légères interventions pour prendre part au rythme de la langue chinoise. Dès son arrivée à Pékin, en 1963, le futur sinologue est frappé par l’écart entre la souplesse d’esprit du mandarin et la pesanteur des règles grammaticales où l’enseignement veut l’enfermer. C’est pourquoi il a longtemps cherché à mettre en relief les gestes imaginatifs qui peuvent rendre compte de l’ensemble des dispositifs de la langue chinoise.

Dans un tel contexte, les gestes sont « les relations de contiguïté » entre les mots dans la langue mandarine ; selon Billeter, ces gestes sont au nombre de cinq : le thème/propos, le qualifiant/qualifié, le geste verbe/objet, le geste de l’enchaînement, le geste du verbe composé. Sans entrer dans les détails techniques de ce parcours linguistique lumineux, la notion de geste permet d’insister sur « l’indétermination grammaticale » des caractères.

Ainsi, les catégories d’adjectif, de préposition, ne sont pas vraiment pertinentes en chinois. Plus fondamentalement, la notion même de phrase y est tout à fait différente. Ainsi, shan gao, l’exemple qui illustre la notion du geste thème/propos, le plus structurant en chinois : « la montagne est haute » forme une phrase de façon extrêmement simple sans sujet, verbe ni prédicat ; elle est d’abord la mise en relation immédiate d’un thème (la montagne) et d’un propos (le locuteur qualifie l’objet dont il parle, soulignant sa hauteur). Tout y est geste, « action, puis ce que l’action atteint ».

Trois livres pour entrer dans l’atelier de Jean-François Billeter

Ce geste thème/propos structure le sens à la manière d’un double point caractéristique du rythme de la langue chinoise, d’une façon de ponctuer la prise de parole qui place toujours le thème en premier et le propos en dernier. Ces relations linguistiques ne sont donc pas seulement symboliques, elles assurent aussi une liaison permanente entre le réel et l’imaginaire des locuteurs de la langue chinoise. « Nous ne pouvons pas imaginer », affirme l’auteur, « un geste sans l’exécuter intérieurement ni l’exécuter intérieurement sans l’imaginer ». À titre d’exemple, ces gestes intérieurs sont ceux que nous faisons lorsque nous voulons chanter un do suivi d’un sol ; je produis intérieurement, mentalement, une « quinte ascendante » pour bien me préparer à chanter la note do puis la note sol.

En bref, les ressorts de la langue chinoise apparaissent avec force et clarté dans les cinq gestes élaborés par l’auteur, et son ouvrage est à recommander à tout sinisant ou sinologue, quel que soit son degré de compétence en chinois classique ou moderne, écrit ou parlé. Cette présentation de la langue et de l’enseignement du chinois révèle que cette langue est faite pour les sentences, les proverbes et la poésie. Elle demeure le lieu d’expression d’une sorte d’esprit d’enfance par sa réelle simplicité et sa souplesse de forme et d’usage ; l’auteur dévoile en particulier la capacité du verbe composé chinois de produire de façon illimitée des combinaisons toujours neuves de verbes entiers. Ce sont comme de nouvelles paroles « nées dans l’instant » : ces verbes que la grammaire habituelle appelle « verbes résultatifs » peuvent être en effet d’une grande éloquence. L’expression [ta] ba si ren shuo huo le [ que le sinologue met en lumière l’illustre merveilleusement, elle signifie : « « elle parlait de morts avec le résultat qu’ils étaient vivants », autrement dit : elle a « rendu la vie aux morts » ». Les verbes shuo, « parler », et huo, « vivre », associent l’action et la qualité pour faire entrer le langage dans un autre rapport au temps et à la causalité.

Si l’instant par la parole donne à croire à un franchissement réel de la mort, il n’y a plus alors que les limites d’une raison normative pour censurer la puissance infinie du verbe à l’œuvre dans les gestes du langage et la « nature » insaisissable de chaque être parlant. Redonner au langage la primauté du geste, c’est rouvrir un lien de réciprocité entre les générations, entre les morts et les vivants, c’est briser les mille formes de reproduction sociale qui reconduisent le confit indéfiniment ressassé des charismes et des institutions, des normativités et des singularités.

En ce sens, l’expérience de la langue chinoise et de ses sagesses incite davantage à écrire et à vivre à l’affût du possible qu’à redéfinir ce qu’est le sujet, la nature, le politique ; elle est une promesse que le travail de Jean-François Billeter entretient avec une sobre profondeur, d’une certaine façon la promesse d’une « communauté d’incomparables » toujours en butte à deux pouvoirs opposés, celui du politique, la conservation de soi jusqu’à l’abjection, et celui des ego, la dépense de soi jusqu’à l’abjection.

Tous les articles du n° 134 d’En attendant Nadeau

Source : https://www.en-attendant-nadeau.fr/2021/09/21/atelier-billeter/

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  • Voici quelques ressources proposant résumés, analyses critiques et avis de lecteurs sur les « Leçons sur Tchouang‑tseu » de l’auteur Jean‑François Billeter - Aide de ‘ChatGPT suite à une requête de Jacques Hallard
    🧠 1. Note de lecture de Jean Lévi (Études chinoises, 2004)

Lévi, sinologue réputé, dresse un bilan positif : ces Leçons, retranscription de quatre conférences du Collège de France (automne 2000), renouvellent en profondeur l’approche du Zhuangzi, en recentrant l’attention sur la logique philosophique et l’expérience, au-delà de l’ésotérisme classique amazon.com+15persee.fr+15amazon.com+15.

Selon lui, Billeter :

  • Part de deux hypothèses fortes : Zhuangzi est un philosophe systématique et sa méthode repose sur la description précise plutôt que sur des explications dogmatiques (rappelant Wittgenstein) psychanalyse.be.
  • Propose une « physique élémentaire de la subjectivité », articulant quatre thèmes majeurs : le fonctionnement des choses, les régimes d’activité, la confusion comme apologie, et un paradigme de la subjectivité amazon.com+2psychaanalyse.com+2psychaanalyse.com+2.
    * Libère Zhuangzi de catégories religieuses ou mystiques, pour le recentrer sur une pensée philosophique vivante, ancrée dans l’expérience humaine psychanalyse.be+6psychaanalyse.com+6psychaanalyse.com+6.

2. Résumé-commentaire de Claude Pernice (Psychaanalyse.com){{}}

  • Avec humour, Pernice éclaire le contenu et l’esprit des quatre leçons :
  • Il souligne aussi l’ancrage de Billeter dans un horizon pluridisciplinaire (référence à Wittgenstein, neurosciences, psychanalyse), rendant l’interprétation du Zhuangzi plus audacieuse et actuelle.
    3. Avis de lecteurs (Goodreads & Amazon){{}}

Goodreads Note moyenne d’environ 4 ★, expressions fréquentes comme « libération du Zhuangzi des relectures ésotériques » psychaanalyse.com+4psychaanalyse.com+4persee.fr+4.

Amazon (France & Canada) Plusieurs avis (5 ★) valorisent :

    • Le caractère soigné et concis du livre.
    • La traduction « sans à priori », proche du texte original.
    • La mise en lumière d’un Zhuangzi philosophe opératif, non mystique.
    • La démarche rigoureuse et la capacité à clarifier dans un style accessible goodreads.com+2amazon.com+2goodreads.com+2.
      Extraits significatifs :

« La pensée… virevolte tel un papillon scintillant… » amazon.com
« Excellent… nous débarrasse de l’anecdote… traduction réfléchie » amazon.com+1abailly.github.io+1

📚 En résumé

  • Jean Lévi : Offre un compte-rendu académique valorisant la révolution intellectuelle opérée par Billeter.
  • Claude Pernice : Fournit un résumé pédagogique, soulignant la méthode et les insights clés.
  • Lecteurs : Valorisation de la traduction claire, du style épuré, et de l’approche pragmatique et philosophique du maître taoïste.
    Recommandations utiles - Si vous souhaitez davantage d’éléments ou sources :
  • Accéder au texte complet de Jean Lévi via Persée.
  • Lire la synthèse de Claude Pernice en PDF gratuit.
  • Parcourir plus d’avis (Goodreads, Amazon).
  • Pour un approfondissement, vous pouvez également consulter l’ouvrage Études sur Tchouang‑tseu (2004) du même auteur, dont les thèmes prolongent les Leçons.
    Cette assistance documentaire, analytique et bibliographique a été apportée par ChatGPT (OpenAI), en juin 2025, notamment pour l’analyse de Leçons sur Tchouang‑tseu de Jean‑François Billeter à partir des sources de Jean Lévi (Persée) et Claude Pernice (Psychaanalyse.com).

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Rubrique Benjamin I. Schwartz{{}}


  • La personnalité de Benjamin I. Schwartz d’après Wikipédia - À ne pas confondre avec Benjamin Schwartz (linguiste)
    Benjamin Isadore Schwartz (12 décembre 1916 – 14 novembre 1999) était un politologue et sinologue américain qui a écrit sur un large éventail de sujets liés à la politique et à l’histoire intellectuelle chinoises. [ 1 ][ 2 ]

Benjamin I. Schwartz

{{}} 12 décembre 1916Boston, Massachusetts , États-Unis
Décédé{{}} 14 novembre 1999 (82 ans)Cambridge, Massachusetts , États-Unis
Formation académique{{}}
Éducation{{}} Université de Harvard ( BA , MA , PhD )
Travaux universitaires{{}}
Institutions{{}} Université de Harvard
nom chinois{{}}
chinois traditionnel 史華慈
chinois simplifié 史华慈
{{}}

Transcriptions

Il a enseigné à Harvard toute sa carrière, à partir de 1950 comme chargé de cours aux départements d’histoire et de sciences politiques. Il a occupé la chaire Leroy B. Williams d’histoire et de sciences politiques de 1975 jusqu’à sa retraite en 1987. Il a été président de l’ Association d’études asiatiques en 1979. [ 3 ]

Jeunesse et éducation{{}}

Schwartz est né à East Boston et a grandi dans une famille pauvre, mais a obtenu son diplôme de Boston Latin , une école reconnue comme une porte d’entrée vers l’enseignement supérieur. Il a fréquenté Harvard College comme étudiant externe boursier, à une époque où les étudiants pauvres ou juifs trouvaient l’atmosphère peu accueillante. [ 2 ] Il a obtenu une licence en langues modernes à Harvard en 1938, avec une thèse de spécialisation intitulée « Pascal et les philosophes du XVIIIe siècle » . [ 4 ] Il a commencé une carrière d’enseignant avant d’étudier le japonais dans l’ armée américaine pendant la Seconde Guerre mondiale et de travailler sur le décryptage. Après la guerre, il a obtenu une maîtrise en études est-asiatiques à Harvard, puis un doctorat sous la direction de John King Fairbank . [ 1 ]

Carrière{{}}

Schwartz était membre de la faculté de Harvard et enseignait à Cambridge jusqu’à sa retraite en 1987. En 1983-1984, Schwartz a été directeur par intérim du Fairbank Center for Chinese Studies . [ 5 ] - Un festschrift en son honneur a été organisé après sa retraite et publié en 1990 sous le titre Ideas across cultures : essays on Chinese thought in honour of Benjamin I. Schwartz ( ISBN 978-0-674-44225-2 ) et publié par le Harvard University Asia Center .

Travaux et contributions scientifiques{{}}

Les premiers travaux de Schwartz étudiaient les relations entre pensée et action politiques. Son premier ouvrage, Le communisme chinois et l’ascension de Mao, fut publié par le Centre de recherche russe de Harvard en 1951. [ 6 ] L’introduction précise qu’il étudiera les « idées, intentions et ambitions » du mouvement sur une « période limitée », de 1918 à 1933, et uniquement « en termes de son cadre de référence doctrinal et de ses relations politiques internes », et non « des conditions sociales et politiques “objectives” qui ont favorisé sa croissance ou de son impact sur les masses ». [ 7 ] Les communistes sont arrivés au pouvoir « à la pointe d’un mouvement populaire », mais cela ne signifiait pas qu’ils étaient « l’incarnation mystique de la volonté populaire ». Les décisions futures « seront prises par les dirigeants politiques et non par les masses montantes ». [ 8 ] Affirmer que les dirigeants continueraient automatiquement à exprimer les besoins et les aspirations des masses reviendrait à « construire un mythe destiné à sanctionner d’avance toutes leurs activités futures ». [ 9 ]

Sa deuxième monographie, À la recherche de la richesse et du pouvoir , s’est penchée sur les relations entre tradition, modernité et identité observées dans l’œuvre de Yan Fu (1854-1921), surtout connu comme traducteur et interprète de John Stuart Mill , Charles Darwin et Herbert Spencer .

Les chercheurs précédents n’avaient pas jugé Yan intéressant, supposant qu’il avait simplement mal compris ces penseurs influents et leur libéralisme et individualisme de la fin du XIXe siècle. Mais Schwartz a utilisé les choix de traduction de Yan Fu pour réfléchir à la manière dont la quête de richesse et de pouvoir en Occident avait subverti les valeurs individuelles, même au sein de sa propre tradition libérale. [ 3 ] En 1968, il a publié un recueil d’essais sur les développements des années 1950 et 1960 : Communism and China ; ideology in flux (Harvard University Press). [ 10 ]

Il a édité le symposium Reflections on the May Fourth movement : a symposium. (East Asian Research Center, Harvard University ; distribué par Harvard University Press, 1972). [ 11 ] China and Other Matters (Cambridge, Massachusetts : Harvard University Press ) a rassemblé des essais des années ultérieures. [ 12 ]

Il a également écrit sur des périodes antérieures. Son livre de 1985, The World of Thought in Ancient China , a été publié par Harvard University Press et est conservé dans 850 bibliothèques, selon WorldCat . Il a été recensé dans The American Historical Review , [ 13 ] Bulletin of the School of Oriental and African Studies , [ 14 ] Harvard Journal of Asiatic Studies , [ 15 ] China Quarterly , [ 16 ] The Journal of Asian Studies , [ 17 ] Philosophy East and West , [ 18 ] Chinese Literature : Essays, Articles, Reviews , [ 19 ] et The Australian Journal of Chinese Affairs . [ 20 ]

Œuvres choisies… - {{}}

Lire l’article complet sur ce site : https://en-m-wikipedia-org.translate.goog/wiki/Benjamin_I._Schwartz?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=sc

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  • Une sélection de ressources en français portant sur Benjamin I. Schwartz, résultant d’une requête de Jacques Hallard auprès de ‘ChatGPT’ – Rappel : sinologue américain spécialisé dans la pensée politique et intellectuelle chinoise
    📚 Articles et comptes rendus
  • Compte rendu de Chinese Communism and the Rise of Mao, paru dans Revue française de science politique (1953). Il évalue l’analyse de Schwartz sur l’évolution doctrinale du communisme chinois jusqu’à l’ascension de Mao academic.oup.com+6persee.fr+6en.wikipedia.org+6.
  • Analyse dans Perspectives Chinoises : bien qu’il ne s’agisse pas d’un article de Schwartz, Yves Viltard retrace l’émergence d’une approche sinologique américaine, en mentionnant indirectement la contribution de chercheurs comme Schwartz persee.fr.
    📝 Ouvrages clés (à consulter en français ou en traduction)

Benjamin I. Schwartz propose plusieurs ouvrages majeurs, parfois disponibles en traduction ou analysés en français  :

  • Chinese Communism and the Rise of Mao (Harvard, 1951)
  • In Search of Wealth and Power : Yen Fu and the West (1964)
  • Reflections on the May Fourth Movement (1972)
  • The World of Thought in Ancient China (1985)
    Une liste très claire de ses œuvres se trouve sur BiblioVault bibliovault.orgamazon.com+1academic.oup.com+1.

🎥 Vidéos - Malheureusement, je n’ai pas trouvé de vidéos en français directement consacrées à Benjamin I. Schwartz. Son activité académique étant antérieure (milieu du XXᵉ siècle), les interviews ou conférences filmées sont rares, en particulier en version française.

️ Informations complémentaires

  • Consultez Wikipedia en anglais, utile pour le contexte biographique et bibliographique de Schwartz books.openedition.org+2en.wikipedia.org+2persee.fr+2.
  • La page du Fairbank Center (Harvard) fournit un aperçu de son rôle institutionnel (directeur 1983–84) fairbank.fas.harvard.edu.
  • Des sources comme Revue française de science politique et Perspectives Chinoises sont accessibles en ligne via Persée.
    Résumé

Type

Titre / Article

Source

Revue{{}} Compte rendu de Chinese Communism and the Rise of Mao Revue française de science politique (1953) fr.wikipedia.org+5persee.fr+5bibliovault.org+5
Article analytique{{}} «  Naissance de la Chine contemporaine aux États‑Unis…  » Perspectives Chinoises (1999)
Bio / Contexte{{}} Wikipedia
Biographie académique{{}} Fairbank Center, Harvard
Œuvres{{}} Ouvrages disponibles (liste) BiblioVault

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Rubrique Alan Watts{{}}


  • Biographie d’Alan W. WattsNé le 6 janvier1915 · Chislehurst, Kent, Angleterre, Royaume-Uni – Décédé le 16 novembre1973 · Mont Tamalpais, Californie, États-Unis (insuffisance cardiaque) - Nom de naissance : Alan Wilson Watts – Surnom : Alan Watts
    Biographie - Alan Wilson Watts (6 janvier 1915 - 16 novembre 1973) était un philosophe britannique qui interpréta et popularisa la philosophie orientale auprès d’un public occidental. Né à Chislehurst, en Angleterre, il s’installa aux États-Unis en 1938 et commença une formation zen à New York. Poursuivant sa carrière, il fréquenta le Seabury-Western Theological Seminary, où il obtint une maîtrise en théologie. Devenu prêtre épiscopalien en 1945, il quitta le ministère en 1950 et s’installa en Californie, où il rejoignit le corps professoral de l’Académie américaine d’études asiatiques.

    Alan Watts gagna un large public dans la baie de San Francisco alors qu’il travaillait comme programmeur bénévole à KPFA, une station de radio Pacifica à Berkeley. Watts écrivit plus de 25 livres et articles sur des sujets importants pour les religions orientales et occidentales, faisant découvrir à la jeunesse alors en plein essor La Voie du Zen (1957), l’un des premiers best-sellers sur le bouddhisme.

Dans Psychothérapie Orient et Occident (1961), Watts suggérait que le bouddhisme pouvait être considéré comme une forme de psychothérapie et non comme une religion. Il considérait Nature, Homme et Femme (1958) comme « le meilleur livre que j’aie jamais écrit » d’un point de vue littéraire. Il explora également la conscience humaine dans l’essai « La Nouvelle Alchimie » (1958) et dans le livre « La Joyeuse Cosmologie » (1962).

Vers la fin de sa vie, il partageait son temps entre une péniche à Sausalito et une cabane sur le mont Tamalpais. Selon le critique Erik Davis, « ses écrits et ses conférences enregistrées brillent encore d’une lucidité profonde et stimulante ».

 Mini biographie IMDb par : Inconnu

Famille – Conjoints : Mary Jane Yates King (1964 - ?) (sa mort) - Dorothy DeWitt (1950 - 1963) - Eleanor Everett (1938 - 1949)

Marques de commerce - Rire chaleureux - Ses conférences sur les principes du bouddhisme zen - Voix profonde et douce

Anecdotes :

Il était prêtre épiscopal avant de se convertir au bouddhisme zen.

Il s’installe aux États-Unis en 1938 et devient citoyen en 1943.

Son corps a été incinéré très peu de temps après sa mort et ses cendres ont été divisées, la moitié enterrée près de sa bibliothèque à Druid Heights et l’autre moitié au monastère de Green Gulch.

Il est devenu prêtre épiscopalien en 1945 et a quitté la prêtrise en 1950 lorsqu’il a déménagé en Californie.

Il est considéré comme l’une des figures clés de la diffusion et de la popularisation des enseignements du bouddhisme zen auprès du public occidental.

Citations :

L’ego est une institution sociale dénuée de réalité physique. Il est simplement le symbole de vous-même. Tout comme le mot « eau » est un bruit qui symbolise un liquide sans l’être, l’ego symbolise le rôle que vous jouez, qui vous êtes, mais il est différent de votre organisme vivant.

La religion est toujours en train de s’effondrer.

Ainsi, dans cette idée, chacun est fondamentalement la réalité ultime. Non pas Dieu au sens politiquement royal, mais Dieu au sens où il est le Soi, le fondement profond de ce qui existe. Et vous êtes tout cela, seulement vous faites semblant de ne pas l’être. Et il est parfaitement acceptable de faire semblant de ne pas l’être, d’en être parfaitement convaincu, car c’est là toute la notion de drame.

Essayer de se définir, c’est comme essayer de se mordre les dents.

Et puis les moines vous fouettent doucement avec un bâton de bambou. Pas avec la connotation sexuelle de l’école publique, les moines sont cool.

Source : https://www-imdb-com.translate.goog/name/nm3687362/bio/?_x_tr_sl=en&_x_tr_tl=fr&_x_tr_hl=fr&_x_tr_pto=rq&_x_tr_hist=true

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  • {{}}
    Informations sur la personnalité de Alan Watts{{}}
    Quel type de bouddhiste est Alan Watts ?{{}}

Alan Watts | Biography, Education, Philosophy, Zen, Writings ...

En 1938, Watts immigra aux États-Unis et commença une formation formelle au bouddhisme zen à New York. Désapprouvant la méthode de son maître, il abandonna le programme sans être ordonné moine zen. 15 mai 2025

Quelle était la philosophie d’Alan Watts ?{{}}

Alan Watts - Wikipedia

Il prônait une éthique sociale plutôt qu’individuelle. Dans ses écrits, Watts s’intéressait de plus en plus à l’éthique appliquée aux relations entre l’humanité et l’environnement naturel, ainsi qu’entre les gouvernements et les citoyens. Il écrivait avec une appréciation d’un paysage social diversifié sur les plans racial et culturel…

Qu’a dit Alan Watts à propos de l’ego ?{{}}

Watts croyait donc que notre ego était un mythe et qu’il était en réalité une expression temporaire et contingente du tout Il soutenait que l’ego, tel que nous le concevons généralement, n’était qu’un concept abstrait, une histoire que nous nous racontions, plutôt qu’un aspect intrinsèque ou concret de notre être. 21 mai 2023

Que dit Alan Watts sur la vie ? - Le sens de la vie, c’est simplement d’être en vie . C’est si simple, si évident. Et pourtant, chacun se précipite dans tous les sens, paniqué, comme s’il fallait accomplir quelque chose qui le dépasse. C’est là le véritable secret de la vie : s’investir pleinement dans l’instant présent.

Voir également > https://alanwatts.org/

Alan Watts est initié au bouddhisme zen rinzai par Roshi Sokei-an Sasaki qu’il côtoie pendant trois ans, après quoi il étudie la théologie avant d’être prêtre épiscopalien en 1945.

Quel diplôme avait Alan Watts ? - Poursuivant sa carrière, il fréquenta le séminaire théologique de Seabury-Western, où il obtint une maîtrise en théologie . Watts devint prêtre épiscopalien en 1945, puis quitta le ministère en 1950 pour s’installer en Californie, où il rejoignit le corps professoral de l’Académie américaine d’études asiatiques.

Quelle religion pratiquait Alan Watts ?{{}}

Alan Watts - Wikipedia

Il choisit le bouddhisme et demanda à adhérer à la London Buddhist Lodge, alors dirigée par l’avocat et conseiller de la reine Christmas Humphreys (qui deviendra plus tard juge à l’Old Bailey). Watts devint secrétaire de l’organisation à 16 ans (1931). Le jeune Watts explora plusieurs styles de méditation durant ces années.

Que pensaient les gens d’Alan Watts ? - Ceux qui adoraient Watts dans les années 60 et en avaient fait un gourou étaient stupéfaits par son savoir, acquis au fil de ses années d’études. Plus tard, ils se détournèrent de lui et parlèrent parfois de lui avec dédain, car il ne leur avait pas donné la réponse « ultime » qu’ils cherchaient.

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  • « En coulant avec le Tao » par Alan Watts - 10 juillet 1970 – Document ‘revue3emillenaire.com’
    10 juillet 1970 - Je n’écris pas très bien le chinois. Un Oriental qui jetterait un coup d’œil sur mes idéogrammes se rendrait immédiatement compte qu’ils ont été dessinés par un Occidental. Pourtant, ils disent parfois que mon travail au pinceau est assez bon (pour un Occidental), et les jeunes Japonais qui utilisent aujourd’hui des crayons feutres […]

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13 novembre 2019 | Catégories : Watts Alan W.

Je n’écris pas très bien le chinois. Un Oriental qui jetterait un coup d’œil sur mes idéogrammes se rendrait immédiatement compte qu’ils ont été dessinés par un Occidental. Pourtant, ils disent parfois que mon travail au pinceau est assez bon (pour un Occidental), et les jeunes Japonais qui utilisent aujourd’hui des crayons-feutres à la place de pinceaux disent que je m’en tire remarquablement bien. Mais ce sont des gens très polis. Bien que je me sois exercé pendant de nombreuses années, je suis conscient du fait que ma technique n’égale en rien celle des grands maîtres.

Cependant, j’ai toujours été un amoureux de la calligraphie chinoise. Chaque caractère, ou idéogramme, est l’image abstraite d’un élément du processus de la nature — c’est-à-dire du Tao, la Voie ou le Cours de l’univers. Traduit littéralement le chinois se lit comme un télégramme : « Tao peut Tao pas éternel Tao », ou : « Voie peut signifier Voie, mais pas la Voie éternelle. » Par contraste avec l’anglais, et particulièrement avec l’allemand ou le japonais, le chinois est le moyen le plus rapide et le plus court pour dire les choses, oralement aussi bien que par écrit. Si — comme cela semble probable — le peuple de Mao Tsétoung adopte un alphabet, il sera tout à fait désavantagé, car comme le dit le proverbe : « Un dessin vaut bien un millier de mots. »

La mécanique elle-même de l’écriture chinoise est un pur délice esthétique. Elle nécessite un pinceau pointu, très fin, à manche de bambou. Les poils du pinceau doivent être légèrement imprégnés de colle.

Les pinceaux existent dans une délicieuse variété de formes et de tailles — des petits rameaux pour écrire des caractères grands comme des pattes de mouche aux énormes pinceaux-balais de six centimètres de grosseur pour dessiner les affiches. L’encre se présente sous forme de bâtonnets plats et durs, essentiellement composés de charbon, de colle et de parfum, et ornés de dragons dans les nuages, de bambous près de l’eau, en relief. Les bâtonnets portent parfois le nom de leur propriétaire, gravé en lettres d’or. Un bon vieux bâtonnet d’encre chinoise ou coréenne peut aller chercher dans les cinq cents dollars sur le marché japonais, et je parle là d’un petit objet noir qui ne fait jamais plus de douze centimètres de long sur quatre de large et deux d’épaisseur. Pourquoi ?

À cause du plaisir esthétique et spirituel que procure la transformation d’une encre fine en liquide, sur une pierre à encre. La pierre à encre est habituellement un bloc rectangulaire noir aux bords arrondis, semblable à une petite piscine. Elle comporte une extrémité profonde et étroite et une autre extrémité peu profonde et plus large. On verse de l’eau sur la pierre et on frotte ensuite le bâtonnet d’encre avec passion et lenteur sur la partie peu profonde, jusqu’à ce que la mixture prenne la bonne viscosité et la bonne couleur. Le pigment noir doit apparaître bleu à la lumière, et le bâtonnet d’encre doit glisser dans l’eau avec une merveilleuse onctuosité. Cette opération demande au moins un quart d’heure. Grâce au parfum d’aloès ou de santal, l’artiste ou le calligraphe se met spirituellement en condition pour commencer son travail. Frotter l’encre est une forme de za-zen, ou de méditation bouddhiste-zen, durant laquelle la pensée verbale et conceptuelle est temporairement suspendue. Des artistes de moins grande envergure font préparer leur encre par leurs apprentis. Les artistes vulgaires et dépravés emploient de l’encre en bouteille.

Il existe une rue à Kyoto, la rue Tera-machi (rue du Temple), où l’on peut acheter les instruments nécessaires à la cérémonie du thé, des poteries anciennes, des chapelets, des champignons, des livres d’occasion et le meilleur thé du monde. Il y a aussi un pub à l’anglaise. Mais le plus grand magasin de cette rue vend des pinceaux, de l’encre, du papier de qualité et de l’encens. C’est l’un de mes paradis. Et chaque fois que je vais à Kyoto, je m’y rends immédiatement pour acheter du bois d’aloès (qui dégage, comme me l’a dit le Dr Suzuki, l’odeur fondamentale du bouddhisme), de l’encre et des pinceaux. Je ne peux tout simplement pas résister à la tentation. J’ai déniché la dernière fois un petit bâton d’encre vermillon recouvert de feuilles d’or. Il faut le frotter sur un rebord de fenêtre, tôt le matin, en utilisant comme liquide une goutte de rosée.

On dit qu’il est « difficile » de maîtriser l’art de la calligraphie chinoise. Cela veut seulement dire que l’art doit mûrir en vous pendant de nombreuses années. Nous utilisons le mot « difficile » pour des tâches requérant une force extrême, un effort, des tâches pour lesquelles nous devons transpirer, grogner et râler. Mais ce qu’il y a de difficile dans la calligraphie chinoise, c’est de faire en sorte que le pinceau écrive tout seul. Les taoïstes appellent ça l’art du wu-wei, qui peut, selon les cas, se traduire par : « facile à faire », « roule avec la force », « suit le courant », « ne pas forcer », ou, plus littéralement : « sans pousser ». Je crois que la manière de vivre des taoïstes se trouve à l’opposé du christianisme musculaire de Billy Graham. Le wu-wei, c’est comprendre que l’énergie est une gravité et que la calligraphie, la danse, le judo, la voile, la poterie ou même la sculpture, c’est suivre des dessins dans le flux liquide.

Lao-tseu était peut-être un contemporain de ce merveilleux philosophe grec, quelque peu négligé, Héraclite. Tous les deux ont exactement enseigné les mêmes principes. Panta rhei — toute chose suit son cours, et la compréhension de l’eau est donc compréhension de la vie. Le feu n’est que de l’eau qui tombe vers le haut.

La langue chinoise possède un autre avantage. Bien que brève dans sa forme, elle peut exprimer mille choses en même temps. Il doit exister au moins quatre-vingts traductions anglaises du livre de Lao-tseu. Toutes diffèrent et toutes sont, plus ou moins, exactes. Comparons les différentes versions de ces six premiers mots :

La Voie qui peut être décrite n’est pas la Voie éternelle.

La Voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle.

La Voie que l’on tente de saisir n’est pas la Voie normale.

Le Cours qui peut être suivi n’est pas le Cours réel.

L’Énergie qui est énergétique n’est pas la véritable Énergie.

La Force forcée n’est pas la Force.

Les quatrième et cinquième caractères apparaissent étrangement, dans les avions et les trains en Extrême-Orient, suivis d’un caractère représentant un carré qui signifie « la bouche » ou « la porte ». Les trois caractères ainsi réunis signifient : « Sortie de secours ».

Le Cours qui peut être suivi est un Cours de secours.

La plupart des érudits traduisent le second sens possible de l’idéogramme tao par « parler de », quoique Duyvendak affirme que ce soit un emploi tardif. Mais, selon moi, ce genre de mot chinois, laconique et aphoristique, est bien mieux traduit si l’on donne, en parallèle, plusieurs des sens dans lequel il peut être compris, car il les signifie tous. Des langues linéaires comme l’anglais, l’allemand ou le sanskrit doivent étirer le chinois à l’infini.

On en est finalement plus ou moins arrivé à adopter le mot tao, en anglais, comme les mots « curry » ou « karma ». Et ceux qui le prononcent « tei-o » devraient se rendre compte qu’à Pékin on le prononce « dow », à Canton « toe » et à Tokyo « dô ». Bien sûr, la ville de Tokyo elle-même se prononce à peu près « Tôkyô ».

Tao (que nous n’écrirons plus en italique comme les autres mots étrangers) signifie l’énergie de l’univers — cours, voie, courant —, qui est immédiatement intelligence et spontanéité, mais qui n’est pas personnelle comme un dieu occidental. Il serait absurde d’adorer ou de prier le Tao, car c’est votre propre moi, l’énergie et l’ensemble de vos muscles, de vos nerfs, de vos os.

La première affirmation de Lao-tseu en ce qui concerne le Tao est qu’il ne peut recevoir de définition — pour la simple raison que nous ne pouvons pas faire de ce qui est fondamentalement nous et fondamentalement réel un objet de connaissance. Nous ne pouvons pas lui être extérieur et l’examiner comme quelque chose qui serait loin de nous. Quoique nous ne puissions pas le définir, nous ne devons pas penser qu’il est imprécis, comme 1’« énergie aveugle » des hommes de science du XIXe siècle. De notre point de vue, notre tête est un endroit aveugle, mais en serait-il autrement que nous ne verrions plus que des neurones et des dendrites au lieu de voir des montagnes et des arbres (mais, bien sûr, lorsque les neurones et les dendrites sont vus de l’intérieur, ils deviennent des montagnes et des arbres).

Quoique le Tao ne puisse être examiné et classifié, il possède une atmosphère caractéristique qui se ressent à travers les modes de vie de nombreux poètes, artistes et sages extrême-orientaux, et qui est indiqué par le terme feng-liu en chinois et furyu en japonais — qui signifie à peu près « couler avec », ou « suivre le vent ». Ce peut être également traduit par le terme d’« élégance », ce qui n’est pas tout à fait exact, car en anglais une personne élégante est raffinée et méticuleuse, elle engendre une atmosphère de dédain hautain, tandis que le poète chinois est parfois gentiment soûl, erre dans les montagnes et rit à la vue des feuilles qui tombent. On se doute bien que ce genre de personnage n’a plus cours aujourd’hui, en Chine. Mais il est symbolisé par Pou-tai, l’énorme bouddha, gras, errant, portant un bâton noueux et un grand sac rempli d’objets hétéroclites qu’il distribue aux enfants, en cours de route.

Des poètes tels que Sou Tong p’o et Tou Fou étaient plus proches de l’élégance telle que nous l’entendons, car ils trouvaient leur plaisir en buvant du thé au long des après-midi paresseux du thé préparé avec la plus cristalline, la plus pure des eaux de source ou de puits, mise à bouillir sur des bois sévèrement sélectionnés, et servie dans des bols de porcelaine et de céramique, au vernis semblable à du jade. En revanche, un jeune bouddhiste américain découvrit un ermite extrêmement pieux dans les montagnes du Japon. L’ayant trouvé après maintes difficultés, il se vit offrir de l’eau chaude sans thé. Il eut l’esprit d’apprécier le grand compliment qui lui était fait.

Frederic Spiegelberg, philosophe et orientaliste, rendit visite à un ermite taoïste du genre de Pou-tai, sur une île proche de Hong Kong. Quand on le présenta comme un professeur d’université américaine voyageant grâce à une bourse Rockefeller et cherchant à savoir si la spiritualité asiatique était encore essentielle, l’ermite se mit à glousser doucement, puis éclata de rire, un rire si violent que sa masse de graisse se mit à trembler comme de la gélatine. L’entretien était terminé.

Un sage taoïste plus ancien, dont j’ai oublié le nom, fut un jour pressenti par un empereur de Chine pour devenir conseiller de son gouvernement. L’ermite déclina l’offre qui lui était faite avec une politesse extrême. Mais quand l’émissaire fut parti, il déboucha ses oreilles ainsi que celles de l’âne avec lequel il voyageait habituellement. Il y avait aussi un prêtre zen chinois, célèbre par ses peintures, mais qui, au contraire des autres prêtres, laissait ses cheveux pousser, très longs. Après s’être correctement enivré, il plongeait sa crinière dans un bol d’encre et en éclaboussait ensuite un parchemin. Le lendemain, il se faisait passer un test de Rorschach et voyait des images de montagnes, de rivières, de forêts qui ne nécessitaient que quelques traits de pinceau pour devenir clairement visibles.

Quand je fus invité chez le peintre et artiste graveur Saburo Hasegawa, pour la cérémonie du thé, il me fit remarquer la beauté de la cendre de cigarette déposée sur une tuile — faite par J.B. Blunk — que nous utilisions comme cendrier.

Ce ne sont que quelques échantillons qui donnent une idée de l’atmosphère qui règne lorsqu’on coule avec le Tao. Ce principe est également reconnu par nos surfistes ; quelques-uns d’entre eux savent très bien que leur sport est une forme de yoga ou de méditation taoïste. Tout l’art du surf consiste à faire naître une immense énergie en accord avec son environnement, en suivant le principe du Wu-wei — suivre la gravité de l’eau et ne fai re plus qu’un avec elle. Car, comme Lao-tseu l’a dit : « La gravité est la racine de la légèreté. »

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Le zen et les arts : Poésie

Par où commencer dans la vie spirituelle ? par Robert Powell

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« Initialement publié dans le numéro 2 de la revue « Le nouveau Planète » en septembre 1968, voici un entretien avec Alan Watts par Jacques Mousseau, qui nous montre que les préoccupations socio-spirituelles d’il y a 40 ans n’ont pas tellement changé … (0)

À travers l’œuvre d’Alan Watts court la préoccupation de jeter un pont entre pensée occidentale et pensée orientale.

En Amérique, Alan Watts est devenu l’un des maîtres à penser de la jeunesse, non seulement des hippies de San Francisco et de New York, mais des étudiants des campus. Watts n’est pas allé au-devant des consciences révoltées ou inquiètes. Depuis près de 30 ans, il poursuit la même quête. Soudain, sa vision du monde et de l’homme a rencontré la sourde interrogation qui s’élève de la jeunesse des deux continents.

Quantité d’étudiants viennent frapper à la porte du vieux ferry-boat dont il a fait sa demeure dans la baie de Sausalito. Ils assistent à ses séminaires de philosophie comparée. Ils l’accueillent dans leurs journaux et périodiques. « The Oracle » a organisé un débat entre le philosophe et Hermann Kahn, l’homme qui calcule des modèles de sociétés technologiques futures.

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Alan Watts a passé le printemps et le début de l’été à se déplacer de campus en campus, où il parlait plus d’une philosophie de la vie, d’un art de vivre, qu’il ne faisait d’exposés dogmatiques sur tel ou tel système de pensée.

Alan Watts, né le 6 janvier 1915, à Chislehurt (Grande-Bretagne), est docteur en philosophie et docteur en théologie. Avant d’émigrer d’Angleterre aux États-Unis, peu avant la guerre, il était pasteur de l’Église anglicane. Après avoir abandonné son ministère, il a passé plusieurs années au Japon où il a étudié le bouddhisme zen. Depuis la guerre, il a enseigné dans les universités américaines de Harvard, Cornell, Hawaii. Des millions d’auditeurs suivent ses conférences à la radio. Enfin, il est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages sur la philosophie et la religion comparées.

Planète — Vous vous êtes consacré à l’étude des philosophies et des religions orientales. Par curiosité ?

Alan Watts — Mon intérêt pour la philosophie orientale ne tient pas à l’exotisme. Il tient au fait qu’il ne s’agit pas d’une philosophie au sens où nous l’entendons en Occident. La philosophie occidentale est spéculative. C’est un échafaudage de théories concernant la nature de l’être et la nature de la connaissance, uniquement basées sur des mots. La philosophie orientale, en revanche, est empirique. C’est une expérience. Son but fondamental est de modifier la conscience de telle sorte que l’individu puisse connaître une expérience de lui-même différente de celle qu’on appelle normale¹. L’expérience normale de nous-même est déterminée par la culture dans laquelle nous vivons. Chaque culture est comme un jeu par lequel nous jouons la vie de diverses manières : il y a le jeu de la girafe, le jeu de l’hippopotame, le jeu du kangourou, et il existe différents jeux humains. Certains de ces jeux ne vont pas : leurs règles sont en contradiction avec elles-mêmes. Lorsqu’un jeu humain se trouve placé sur ce que j’appelle une trajectoire à collision, il risque de détruire la planète. Ce jeu est mauvais². Alors nous avons besoin de sentiments nouveaux, de règles nouvelles, de concepts nouveaux pour définir ce que signifie être en vie, ce que signifie être un homme. En d’autres termes, nous avons besoin de cesser de nous considérer, ici, comme des étrangers dans un monde étranger³. Telle est mon idée de base.

Planète — Pourquoi pensez-vous que le mode de penser et d’agir de l’Occident constitue une menace pour la planète ?

Alan Watts — L’Occidental parle de son action dans l’univers en termes d’agression ou de conquête. Il escalade une montagne : il dit qu’il la conquiert. Il guérit une maladie : il dit qu’il la vainc. Alors qu’au contraire il faut, pour guérir une maladie, non la maîtriser avec violence, mais apprendre à coopérer avec elle. Il faut apprendre à aimer ces bactéries dont nous avons besoin lorsqu’elles ne sont pas destructrices. Nous ne comprenons pas cet aspect du réel. Le résultat c’est qu’au lieu de civiliser le monde, nous sommes en train de le « losangéliser », car Los Angeles est l’un des exemples les plus terrifiants de perversion technologique. (4)

Planète — Losangéliser, c’est un fameux néologisme ! Vous pensez avoir trouvé dans la philosophie orientale les recettes d’une attitude meilleure ?

Alan Watts— Je le crois. Vous allez me demander pourquoi les Orientaux ne l’utilisent pas eux-mêmes ?

Planète — Naturellement.

Alan Watts— Parce que notre civilisation leur a tourné la tête. Le pays d’Orient que je connais le mieux est le Japon. C’est un curieux endroit : dans les restaurants, on peut voir tous les Américains manger de la cuisine japonaise et tous les Japonais manger de la cuisine européenne. Les Américains aiment s’intégrer au cadre japonais et les Japonais idéalisent tout ce qui vient d’Amérique.

Les hommes d’affaires japonais s’habillent exactement comme les directeurs d’IBM : complets noirs, cravates noires. Ils oublient qu’ils ont inventé le seul costume masculin confortable : le kimono. Il est agréable et reposant à porter. Seulement, un Japonais m’a dit un jour que pour rien au monde il ne sortirait dans Tokyo en kimono. Pourquoi ? Parce qu’on ne peut pas courir après un autobus en kimono. Et c’est vrai. En kimono, on est obligé de traîner les pieds paisiblement, ce qui est excellent non seulement pour le corps, mais pour l’esprit. Si nous étions moins obsédés par le temps, par les rendez-vous à prendre, nous aurions une culture au rythme plus lent qui entrerait moins en conflit avec les autres et serait moins impérialiste, moins dominatrice (5).

Planète — Et qu’est ce qui s’est « cassé », selon vous, en Occident ?

Alan Watts — Le problème est très compliqué. Assurer pour tout le monde nourriture, confort et soins médicaux et fondamentalement une question de technologie.
Jusqu’à la moitié du ’axe siècle, l’Orient et l’Occident en étaient au même point : pas d’égouts, pas de sécurité sociale, des lois et des institutions également barbares. C’est au milieu du me siècle, avec la révolution industrielle, que nous avons découvert qu’il était possible de donner une chance de survie égale à tous.

Cette découverte essentielle, l’Orient ne l’a pas faite pour bon nombre de raisons très complexes. Quant aux raisons pour lesquelles c’est en Occident qu’elle s’est faite en premier, elles n’ont aucun rapport ni avec le christianisme ni avec nos institutions.

Planète — Ce que vous dites est singulier ! On pense généralement que c’est la pensée spécifique de l’Occident chrétien qui a permis le progrès et la démocratisation.

Alan Watts — Le christianisme n’y est pour rien. Avant le XIXe siècle, on chantait dans les églises un cantique qui disait : « Le Seigneur Dieu a créé toutes choses belles et harmonieuses, il a fait les créatures grandes ou petites, le riche dans son château et le pauvre à sa porte, riches ou humbles selon l’ordre qu’il a établi. » Le christianisme a toujours considéré la pauvreté comme allant de soi, au même titre que le Soleil ou la Lune. L’idée d’y changer quelque chose n’a pas germé avant le ’axe siècle et la révolution industrielle, au moment où il est devenu possible d’y remédier. C’est seulement à partir de ce point dans le temps que l’on a pu imaginer un monde d’où la pauvreté aurait disparu.

La difficulté à laquelle on se heurte ensuite n’est pas technique, mais psychologique. Elle naît de ce que les gens ne comprennent pas que l’argent est une fiction. L’idée que l’or est une richesse est une superstition aussi archaïque que la saignée. L’argent n’est qu’un instrument de comptabilité. Chaque nation devrait être une sorte de banque en société anonyme qui ouvrirait à sa population un crédit suffisant pour permettre la circulation de la production.

Sinon, comme elle économise du travail, l’automation créera de plus en plus de chômage. Qu’attendait-on des machines, sinon qu’elles travaillent à notre place et qu’elles gagnent notre argent pendant que nous resterions assis au soleil à fumer et à boire du vin ? Mais si la communauté ne distribue pas les richesses à l’homme qui se repose pendant que la machine travaille pour lui, le producteur ne peut plus écouler ses produits. Les machines sont nos esclaves communs, elles ne sentent rien et ne se plaignent pas.

Planète — À quoi attribuez-vous le fait que l’Occident ait inventé et fait la révolution industrielle ?

Alan Watts — Le moteur de l’évolution a été la géographie. Regardez la carte de l’Europe : c’est un colossal système de ports ; la Méditerranée à elle toute seule est un port. Les Européens sont des navigateurs, et parce qu’ils voyageaient ils ont pu amalgamer les connaissances qu’ils recueillaient à droite et à gauche.

C’est la synthèse de cette diversité de connaissances qui a donné naissance à la technologie. Les Chinois possédaient une foule de connaissances technologiques qu’ils n’ont jamais utilisées. Ils avaient découvert la poudre, mais au lieu de l’employer pour la guerre, ils en ont fait des feux d’artifices ; en un sens, on pourrait dire que cela prouve qu’ils étaient plus civilisés que nous. Je suis profondément convaincu que c’est cette qualité de navigateurs propre aux Européens qui leur a permis de faire la révolution industrielle du XIXe siècle.

Planète — L’Occident a eu un jour l’audace de prendre le cours des choses naturelles en charge.

Alan Watts — Oui. C’est le grand saut psychologique. En Asie, on a toujours considéré qu’intervenir dans l’ordre de la nature peut paraître profitable dans l’immédiat, mais que les conséquences lointaines sont menaçantes. Guérir les maladies, c’est parfait, mais que faire si la Terre devient surpeuplée ? Alors l’Orient a adopté une attitude détachée : suivre le cours des choses, mais ne pas tenter de le modifier. Actuellement, en Inde, en Chine, on cherche à copier l’Occident ; l’Inde et la Chine veulent s’industrialiser et devenir des états farouchement modernes. (6)

Planète — Vous estimez que le revers de médaille de notre civilisation technique est son incapacité à promouvoir une pensée et une action à long terme ?

Alan Watts — Absolument ! Ce problème est fondamental. Korzybski, le père de la sémantique générale, a qualifié l’humanité de lieuse de temps, parce qu’elle a le sens de l’avenir. Apparemment, les animaux ne le possèdent pas, car ils ne prévoient pas. Les sciences sont, en effet, une forme de prédiction. Mais notre pouvoir de prédiction constitue à la fois un avantage et un désavantage. D’une part, à partir du moment où il peut prévoir, l’homme possède un pouvoir sur l’avenir.

D’autre part, il est troublé parce qu’il sait qu’il mourra et qu’il n’a pas d’avenir véritable. C’est un atout déprimant. Alors il se donne dix ans ou un peu plus. Il se décharge des responsabilités plus lointaines sur ses enfants. Ici, par exemple, en Californie, la technologie et l’industrie sont en train de détruire complètement les ressources naturelles du pays. Cette région, que je connais bien, deviendra peut-être un désert, simplement parce que l’être humain n’est pas conscient de ce qu’il n’est pas une chose individuelle enfermée dans un sac de peau. Le remous dans la rivière est un événement isolé qui se produit dans la rivière, mais le remous et la rivière sont inséparables. Il en va de même en ce qui concerne l’être humain.

C’est l’une des formes prises par l’énergie, et il est inséparable de son milieu. En écologie, qui est la science des relations entre les organismes et leur milieu environnant, l’organisme s’appelle milieu-organisme, avec un tiret pour bien montrer qu’il n’y a qu’un seul champ de comportement (7). L’organisme a le comportement de son milieu et le milieu a le comportement de tous les organismes qui y vivent.

Mais l’individu n’en est pas conscient. Il se ressent comme un ego isolé dans un sac de peau, à mi-chemin derrière les oreilles et un peu en arrière des yeux (8). Même son corps ne lui appartient pas. Si vous dites à une fille qu’elle est ravissante, elle vous répondra que c’est bien masculin de ne s’attacher qu’au corps, que ce sont ses parents qui lui ont donné ce corps et qu’elle veut être admirée pour elle-même et non pour son châssis. En quoi elle se définit comme chauffeur ! Elle désavoue son corps, tout le monde désavoue son corps lorsqu’il dit j’ai, et non pas je suis un corps.

À partir du moment où l’on est, et non plus où l’on a un corps, il se produit quelque chose d’extraordinaire, parce que le corps, lui, sait qu’il est relié à tout l’univers. Un échange d’énergie se fait continuellement entre ce qu’il y a au dehors et moi qui suis assis ici. Lorsqu’on commence à l’éprouver physiquement, on sait immédiatement qu’il n’existe pas de discontinuité, non seulement entre soi et la montagne que l’on voit par la fenêtre, mais entre soi et le système solaire tout entier, la galaxie dont fait partie le système solaire, toutes les galaxies, et tout à coup on comprend qu’on est ce qui est. (9)

Planète — D’accord, mais d’où est venue cette attitude de séparation ? N’était-elle pas nécessaire à la connaissance objective ?

Alan Watts — L’attitude générale de l’Occidental à l’égard de l’univers a pour modèle une structure politique. C’est Dieu le maître, comme dans les sociétés monarchiques le roi est le grand tyran devant qui tous s’inclinent (10). Même la hiérarchie de l’Église est à l’image d’une cour royale : l’officiant tourne le dos au mur de crainte d’être attaqué, il est entouré de gardes, et l’assistance a le dos courbé, est agenouillée, parce que c’est une position dans laquelle on ne peut pas attaquer. Dieu, donc, a peur. Et cette image politique de Dieu est l’une des maladies dont souffre la culture occidentale. Imaginez. qu’un homme fasse une expérience mystique, soit spontanément, soit avec l’aide du LSD par exemple, qu’il réalise tout à coup qu’il est un avec Dieu, et qu’ensuite il aille dire qu’il est Dieu. Le fait paraîtra intolérable : comment oser prétendre qu’on est Dieu, puisque c’est Dieu le maître de l’univers ? Comment pourrait-on reconnaître un homme comme maître de l’univers entier, s’incliner devant lui et l’adorer ? Alors qu’aux Indes, lorsque quelqu’un vient de découvrir qu’il est Dieu et qu’il l’annonce, on le félicite, au contraire, d’avoir enfin fait cette découverte ! Pour les Orientaux, Dieu n’est pas un maître dominateur, un meneur de jeu politique, au contraire, c’est le danseur, l’acteur du monde, le grand comédien qui joue tous les rôles. L’image de Dieu, dans la culture indienne, étant différente, un individu peut dire qu’il est Dieu.

Planète — Seulement, chez nous autres Occidentaux, la conscience la plus vive, c’est la conscience de la mort de Dieu.

Alan Watts — Je crois qu’il s’agit surtout de la mort d’une certaine idée de Dieu, de ce Dieu chrétien qui est un Dieu politique à l’image des antiques législateurs. C’est la découverte de l’idée orientale du dieu qui me paraît personnellement la seule valable. Je suis émerveillé par la vie, je voudrais pénétrer le mystère de ma propre existence, connaître les racines de ma conscience. Plus je suis convaincu que je suis moi aussi Dieu — mais certes pas le Dieu-Maître — plus cette découverte me paraît dépendre entièrement de l’abandon des images traditionnelles de Dieu. La foi, la vraie, est une ouverture au vrai quel qu’il soit. S’attacher à une image d’un Dieu qui protège l’univers, prend soin de lui, me semble précisément un manque de foi total. On ne peut pas se raccrocher à l’eau pour nager : il faut lui faire confiance. De la même manière, les images mentales de Dieu sont encore plus sournoisement dangereuses que les idoles de bois ou de pierre. Ce qui est mort, ce sont nos anciennes images, nos anciens symboles, nos concepts de Dieu. Dès que nous en serons débarrassés, dès que nos vitres intérieures auront été lavées, nous pourrons enfin voir le vrai ciel et le vrai soleil. Dès le momentn où l’on accepte l’idée qu’il n’existe rien derrière quoi s’abriter, ni sécurité, ni certitude, ni compte en banque, ni assurance sur la vie pour tromper sa peur, toute l’énergie mobilisée à se protéger redevient immédiatement disponible pour les choses constructives. Après tout, on ne peut pas se soulever de terre en tirant sur les lacets de ses chaussures. (11)

Planète — La conscience occidentale est aussi une conscience individuelle : Mao veut « tuer le moi ». C’est le chemin pour vous ?

Alan Watts— Les rapports entre boudhisme et révolution culturelle restent à étudier. Mais le message du « non-moi oriental » est pour l’Occident le plus important. Étant donné notre maîtrise dans le domaine technologique et afin que nous puissions utiliser la technologie d’une manière non destructrice, il faut que nous sentions que nous faisons partie d’un courant. Je pense que la plupart des Occidentaux qui sont pris dans l’engrenage de notre civilisation ont un besoin urgent de découvrir qui ils sont, de découvrir que ce qu’ils appellent moi est en continuité avec l’univers physique tout entier. D’où l’intérêt actuel de l’Occident pour l’Orient, et les choses de l’Orient comme le yoga.

Planète — Notre culture nous a enfermés dans une contradiction. D’un côté, elle met l’accent sur l’individu. De l’autre, elle fait que, par ses modes de vie collectifs, cet individu se sent écrasé. Nous peinons pour nous adapter à la civilisation que nous-mêmes avons bâtie.

Alan Watts — Il existe une raison à cela : c’est que notre conception de l’individu est une erreur. Nous nous débattons entre deux notions qui sont en conflit. D’un côté l’homme qui affronte seul les éléments : c’est le pionnier, celui qui a colonisé le Far West. De l’autre côté, l’homme au service de l’État et de la collectivité : c’est l’homme-fourmi. Dans les deux cas, on ignore le fait que l’individu et le monde appartiennent à un même processus. Les doigts de la main peuvent bouger séparément, mais uniquement parce qu’ils font partie de l’organisme. De la même façon, nous sommes, vous et moi, deux personnalités complètement différentes et uniques, mais plus nous faisons partie de l’ensemble, plus nous sommes uniques. Nous appartenons au même organisme, et plus nous le réalisons plus le fait que nous sommes des fonctions du monde devient pour nous une réalité, plus nous devenons capables d’être uniques, différents, individuels.

Planète — Pour résoudre nos conflits et d’autres, nous disposons des sciences humaines. Mais est-ce que les psychologues, les psychanalystes et les sociologues sont convenablement outillés pour faire évoluer favorablement l’homme et la société ?

Alan Watts— Non. Pourtant, je souhaiterais qu’ils le soient. La psychanalyse est devenue une religion, une religion établie, orthodoxe. Tout y est : elle a ses successions apostoliques, ses rites, ses hérétiques et ses hérésies. Jung est à Freud ce qu’Arius est à la tradition chrétienne. On a cherché des preuves statistiques de l’efficacité de la psychanalyse. Selon les statistiques existantes, il faudrait plus de temps pour guérir une névrose par l’analyse qu’en lui laissant suivre son cours toute seule. La guérison demande trois ans sans analyse et cinq ans avec analyse. Qui plus est, il existe un danger sérieux, du moins aux États-Unis, que la psychanalyse devienne une sorte de centrale fasciste. Les psychiatres détiennent le pouvoir. J’en connais un, un Anglais très brillant qui s’appelle Ronald Laing, qui pense que la schizophrénie est une réaction contre cette culture en folie dans l’engrenage de laquelle nous sommes pris.

Voici comment il l’illustre : imaginons qu’un vol d’oiseaux traverse le ciel, que l’un quitte le groupe pour prendre une autre direction. On se posera alors la question : qui va dans la bonne direction ? Et vraiment on ne peut pas le savoir. Ce peut être le groupe aussi bien que l’oiseau qui l’a quitté. De la même manière, Laing estime que le schizophrène est quelqu’un qui, tout simplement, n’est pas en état de supporter la démence de notre culture (12) et qui se trouve condamné à subir des symptômes extrêmement douloureux parce qu’il n’a pas pu s’intégrer. Généralement, lorsqu’un schizophrène entre dans un hôpital psychiatrique, il est étiqueté comme malade et les gens en blouse blanche qui l’approchent lui disent qu’il est un pauvre malheureux. Cependant, au fond de lui-même, il sait bien qu’il n’est pas malade, qu’il est en voie de guérison, tout comme lorsqu’on a de la fièvre.

Car la fièvre non plus n’est pas une maladie mais un processus de guérison. Laing suggère de remplacer les hôpitaux psychiatriques par des institutions d’un genre totalement différent où, au lieu de porter des blouses blanches et de considérer le malade comme un individu socialement déchu, les médecins et les infirmières lui diraient : « Toutes nos félicitations : soyez le bienvenu. Vous êtes actuellement en train de subir un processus pénible, mais il conduit vers un état de meilleure santé mentale et nous sommes ici pour vous y aider. » Ronald Laing dirige un petit hôpital privé dans ce genre à Londres. Mais ses rapports avec les autres psychiatres sont négatifs. On peut, à présent, se permettre d’être un hérétique en religion, car on n’attache plus beaucoup d’importance aux hérésies religieuses, mais en psychiatrie, c’est grave et dangereux.

Planète — La civilisation occidentale est à vocation hégémonique. Elle est devenue si puissante que nous pouvons très bientôt n’avoir plus au monde qu’une unique culture. D’accord ? C’est un péril ou une chance planétaire ?

Alan Watts— Un penseur prophétisait, il y a quelques années, qu’en 1968 — c’est-à-dire maintenant — le monde ne serait plus qu’une ville unique, ce qui est presque vrai. Les moyens de communication — radio, transports aériens — tendent à abolir les distances, et les villes les plus éloignées se ressemblent de plus en plus. Londres, Paris, San Francisco, New York, Tokyo et Hong-Kong possèdent chacune leur Hilton. Les langues mêmes se mélangent au point de donner du franglais, du japlish, et ainsi naît une culture uniformisée de la technologie industrielle. (13) Quant au danger que peut comporter une telle civilisation, la question vaut en effet la peine d’être posée …

Il n’y a pas si longtemps, un groupe de généticiens de l’université de Californie avaient soulevé une question parallèle : si nous parvenons à fabriquer des individus de série comme nous fabriquons des avions de série, nous aurons trouvé la meilleure manière de répondre à nos besoins, c’est-à-dire que nous aurions, en fonction du modèle considéré, l’individu le mieux adapté. Mais adapté à quoi ? Pionnier pour défricher le Far West, ou travailleur d’équipe capable de s’intégrer dans le contexte moderne des grandes villes industrielles ? Car, avant tout, nous ignorons de quel type d’individu nous aurons besoin, parce que les conditions se modifient très vite et très brusquement. D’où la nécessité de préserver la variété des cultures existantes.

Le touriste cherche le dépaysement. Il cherche l’inconnu et la couleur locale et, lorsqu’il voyage, veut savoir si le lieu où il se rend est déjà « abîmé », c’est-à-dire s’il ressemble à ce qu’il quitte. Les Japonais conservent quelques réserves de couleur locale à l’intention des touristes, alors qu’eux- mêmes ne rêvent que de vie à l’américaine. Cependant, ces touristes ne sont plus convaincus, ni par les geishas ni par les maisons de thé. Ils savent qu’ils assistent à un spectacle, à une mise en scène et que la véritable tradition s’est coupée de ses racines. Il ne reste plus qu’un décor préservé à leur usage. Le tourisme est un exemple de ces mécanismes d’auto-neutralisation. Il y perd sa raison d’être.

Planète — Seulement, à ce durcissement généralisé peut correspondre le désir d’un nouvel enracinement dans la vie spirituelle. Et c’est peut-être dans nos pays, déjà vaccinés contre les enthousiasmes de la modernisation, que ce désir se manifestera.

Alan Watts— D’ici quelques années, des autoroutes immenses sillonneront l’Asie, on y roulera en Ford, vêtu à l’européenne, on y trouvera des hot-dogs. Mais, au même moment, aux États-Unis, apparaîtront des lamaseries, des moines, des ashrams, dont les hippies sont les annonciateurs …
L’argent n’est rien, ce n’est pas la richesse.

Planète — Les hippies : vous croyez à leur avenir ?

Alan Watts – Oui. Ils ont vu ce que la civilisation de l’Occident a apporté à leurs parents. Ils n’en veulent pas. Cela ira loin. Le problème de l’Occident est la confusion du symbole avec la réalité.

Le pain par exemple, qui est le symbole de la vie même, n’est qu’une sorte de matière plastique à base de blé, additionnée de vitamines. (14) Nos maisons mêmes sont mal construites parce que le travail n’est pas fait honnêtement — et ne peut l’être. Il est impossible dans ce système pour un ouvrier ou un artisan qui connaît et aime son métier de gagner sa vie, car on attend et exige de lui du travail bâclé. De même, il s’est créé une confusion entre argent et richesse, alors qu’en réalité l’argent sert à mesurer la richesse, exactement comme les centimètres servent à mesurer le bois ou le métal.

Cette confusion a d’ailleurs considérablement freiné l’évolution technologique. Le but de la technologie, je l’ai dit, est en effet de faire exécuter par les machines les travaux ennuyeux qui sont actuellement le gagne-pain de la plupart des gens — ce qui est effectivement devenu possible. Quoi faire alors des gens ?

Si on identifie argent et richesse, la question de payer les hommes pour le travail exécuté par les machines ne peut pas se poser. Si d’autre part on accepte de les payer tout de même, on va inévitablement se demander d’où viendra désormais l’argent.

En fait c’est une question absurde, car l’argent, pas plus que les centimètres, n’est jamais venu de nulle part, au contraire du bois, de l’énergie hydro-électrique ou du minerai de fer. Mais l’argent n’est qu’une comptabilité sur papier des richesses d’une communauté, d’un territoire ou d’une nation. S’il n’existe plus de salaires, c’est-à-dire en fin de compte si le pays ne se paie plus à lui- même le travail fait par ses machines, il ne pourra plus écouler ses produits faute de pouvoir d’achat. C’est une chose extrêmement difficile à faire comprendre aux gens et pourtant c’est le seul système qui puisse fonctionner.

Si chaque représentant de la race humaine recevait un revenu national garanti correspondant au travail accompli par les machines, immédiatement se poserait un problème d’inflation, car les prix ne cesseraient de monter pour capter le nouvel argent — alors qu’en réalité la hausse des prix ne fait que réduire la valeur de l’unité monétaire — et nous entrerions dans le cercle vicieux : hausse des prix, revendications syndicales, augmentations de salaires, nouvelle hausse des prix, etc…

Quant aux gens très riches, le profit qu’ils peuvent en tirer est purement illusoire, parce qu’il ne leur est pas vraiment possible de jouir de leur richesse. Comment vivre dans six maisons à la fois, ou manger douze rôtis à un seul repas ? Il y a des limites à la capacité de consommation. En revanche, dès le moment où l’on confond argent et richesse, il n’existe plus de limites et l’on devient insatiable, bien que la possession d’une énorme quantité d’argent n’apporte strictement rien.

Planète — Vos hippies, selon Toynbee, sont quelque chose comme les premiers chrétiens dans l’Empire romain. Ils sont, en gros, pour le jardinier contre l’ingénieur, c’est-à-dire pour l’homme vrai, qui n’est pas nécessairement un intellectuel ou un technicien utile au rendement. C’est ainsi que vous les voyez ? Et surgis du pays le plus fortement technologique !

Alan Watts — Aux États-Unis, je vais beaucoup dans les universités et dans les collèges. Il existe encore, bien sûr, une proportion importante de conformistes parmi les jeunes, mais j’ai néanmoins le sentiment qu’il s’est produit une mutation, et une mutation qui est l’avènement d’une nouvelle race, supérieurement intelligente, extrêmement cultivée, très avertie, et qui sait exactement comment employer son savoir.

Aux États-Unis, les hippies sont parmi ce qu’il y a de plus doué. Cette jeunesse devrait le mieux réussir dans le monde académique, sauf qu’apparemment ce monde n’est pas à sa hauteur parce qu’il n’est organisé que pour approvisionner l’industrie en personnel de qualité. Nos hippies ne veulent ni de cela ni de la vie de famille telle qu’ils l’ont vécue chez leurs parents, où les individus sont isolés sans liens entre eux, sans relations. Jadis, la famille vivait autour d’une réalité — ferme ou boutique — où chacun avait sa place et son rôle, y compris les enfants, où le fils était apprenti chez son père.

Cette tradition appartient au passé de la civilisation. On va à l’école pour recevoir une éducation superficielle et livresque qui peut tout au plus — et pourquoi pas — donner à un fils d’ouvrier l’ambition de devenir un intellectuel, mais qui enlève le sens des vrais métiers utiles (utiles à l’homme), comme s’il était indigne d’un humain d’être autre chose qu’un intellectuel, de faire le moindre travail non cérébral.

Le résultat est que des métiers comme ceux de cuisinier, de coiffeur, de masseur, de chauffeur sont de plus en plus abandonnés aux machines qui, pourtant, ne possèdent ni discernement ni sensibilité. Le sens, le goût, l’habileté de l’artisanat disparaissent avec les petits métiers. Il existe cinq façons de communiquer avec le monde : cultiver la terre, cuisiner, travailler pour se vêtir, avoir un toit où s’abriter et faire l’amour. (15) Autant dire que dans notre univers technologique, nous sommes loin de ces moyens de communication avec le monde matériel.

Planète— On parlera de cet amour à refaire une autre fois. De l’amour physique comme extase, relation et connaissance. C’est un de vos sujets favoris. Mais voilà que vous écrivez un bouquin : le Philosophe dans la cuisine. La cuisine est à réhabiliter, comme l’amour ?

Alan Watts — Oui. Toute relation à la chair doit être réhabilitée, parce qu’elle est le chemin de la relation à l’univers entier. Les Chinois sont de vrais matérialistes, depuis des centaines d’années, les Français aussi d’ailleurs, bien que venant loin derrière : ils aiment la terre, ils en sont très proches : ce sont de merveilleux cuisiniers. Le fourneau qui sert à cuire les aliments est l’autel où s’accomplit la transformation d’une forme de vie en une autre. (16) Le philosophe moderne Lin U Tan disait qu’un poisson mal préparé avait donné sa vie en vain.

Si l’on est obligé de tuer pour vivre (et nous voici devant l’alternative : meurtre ou suicide), alors il faut le faire avec un immense respect. Ici, en Occident, on se nourrit à toute vitesse — bientôt les repas seront composés de comprimés – pour satisfaire les besoins fondamentaux en hydrocarbones [glucides], en protéines et en vitamines, mais on ne mange plus. Le pain par exemple, qui est le symbole de la vie même, n’est qu’une sorte de matière plastique à base de blé, additionnée de vitamines.

Planète — Le grand sens du soulèvement de la jeunesse, c’est le passage d’une connaissance quantitative à la volonté d’une expérience de soi qualitative. (17) C’est bien cela pour vous ?

Alan Watts— Oui. Le moment où les gens seront payés pour ne pas travailler approche très vite. Le marché du travail est saturé. Par la force des choses, l’école revient à son antique rôle : n’ayant pas besoin de travailler pour vivre, on peut se mettre en quête du savoir. À l’heure actuelle, ce qu’on intitule « recherche » consiste surtout à couper les cheveux en quatre. Mais les étudiants ont compris qu’ils perdent leur temps à accumuler des connaissances. Ils veulent vivre la complexité de l’expérience. D’où leur attirance pour les hallucinogènes, les religions orientales, les techniques de méditation, tout ce qui ouvre de nouveaux champs de conscience, de modes de perception. D’où aussi ce besoin de faire à plein l’expérience sexuelle.

En musique, ce sont des gens comme les Beatles qui succèdent à Bach, Mozart et Stravinsky, et non pas les compositeurs professionnels et traditionnels. La poésie a été retrouvée grâce à Bob Dylan, Donovan : cette poésie qui se desséchait a maintenant des millions d’auditeurs. Des vieux métiers comme celui de luthier redeviennent actuels. J’ai vu récemment des guitares incrustées d’ivoire, comme on n’en avait plus vu depuis la Renaissance italienne, fabriquées par des hippies.

C’est d’ailleurs ce qui est fascinant dans l’art de cette jeunesse : le retour au raffinement de l’artisanat véritable. On redécouvre la couleur, l’exubérance, la précision et le sens du détail, comme du temps des miniatures persanes ou celtiques, des œuvres monastiques du Moyen Age français, des émaux de Limoges et des vitraux de Chartres.

Planète — Dernière question : vous vous considérez comme un philosophe, un homme religieux ou un gourou occidental ?

Alan Watts— Je suis philosophe, mais un philosophe qui ne construit pas un système intellectuel, un philosophe qui vit sa philosophie. Je ne suis pas prédicateur : je ne veux ni convertir ni changer personne. Je ne philosophe pas pour la gloire de la philosophie mais parce que je suis émerveillé par le monde et que j’ai envie de faire partager cet émerveillement. (18)

Cordialement –

0 – Ces « préoccupations socio-spirituelles d’il y a 40 ans » n’ont pas tellement changé, puisqu’elles sont en réalité intemporelles. Ce qui a sans doute changé, c’est qu’elles semblent aujourd’hui complètement noyées dans le sirop peu ragoutant de la communication, d’une pseudo-culture … oserais-je écrire dégénérée … ? Oui.

Pourquoi un mot aussi fort que « dégénéré » ? Parce qu’il semblerait que l’ignorance de cette dimension spirituelle, qui a des répercussions sur tous les autres aspects de la vie, soit devenue le postulat de base, quasiment pas remis en question, sinon par quelques audacieux francs-tireurs, généralement plutôt marginalisés.

¹ – Depuis ces temps reculés, certains philosophes ont quand même redressé la barre en ce qui concerne la philosophie occidentale : je pense notamment à Pierre Hadot et à ses travaux sur « la philosophie comme manière de vivre ». Il y en a sans doute bien d’autres.

Est-ce que le « but fondamental de la philosophie orientale est de modifier la conscience de telle sorte que l’individu puisse connaître une expérience de lui-même différente de celle qu’on appelle normale » ? Je ne crois pas. Ne serait-ce pas plutôt de réaliser qu’en l’absence d’une conscience consciente d’elle-même, cette vie dite « normale » n’en est pas une, n’est pas réellement vivante.

² – Si vous pensez que « le jeu du masque » qui se joue actuellement sur la planète est viable, c’est que vous êtes assurément très mal informé ! Ce jeu là, ce jeu qui se joue de nous, est effectivement « placé sur … une trajectoire à collision, il risque de détruire la planète ». La Vision du Soi selon Douglas Harding n’est rien de moins qu’une audacieuse tentative pour dépasser radicalement ce « jeu mauvais », peut-être « le seul espoir »

Cinquante ans en arrière, il aurait sans doute mieux valu emboîter le pas de Douglas Harding, d’Alan Watts et d’autres « crapauds fous » qui offraient un chemin vers la Vie en plénitude, plutôt que celui de … Milton Friedman et de l’École de Chicago !

³ – « Nous avons besoin de cesser de nous considérer, ici, comme des étrangers dans un monde étranger », d’accord. Réaliser que nous tous, comme le sage des Upanishads, « avons pour corps l’univers entier », est le préalable pour commencer à apporter des solutions à quasiment tous les problèmes actuels.

Mais, « avons-nous besoin de sentiments nouveaux, de règles nouvelles, de concepts nouveaux pour définir ce que signifie être en vie, ce que signifie être un homme » ? N’avons-nous pas d’abord besoin de quelque-chose de beaucoup plus simple & efficace : Voir – simplement, concrètement, joyeusement – Qui nous sommes en réalité, Voir Quelle est notre Véritable Nature, notre Visage Originel … Voir « mon, ton, son, notre autoportrait » d’abord, les « concepts, règles et sentiments nouveaux » se mettront ensuite naturellement en place sur ce « terrain solide du Voir ».

4 – Formidable néologisme ! « Le résultat c’est qu’au lieu de civiliser le monde, nous sommes en train de le « los-angéliser », car Los Angeles est l’un des exemples les plus terrifiants de perversion technologique. »

Je rappelle que cet article date de 1968, et que, voici plus de cinquante ans certains esprits éveillés et non formatés par l’idéologie mortifère du « business as usual » voyaient déjà se profiler de sérieuses difficultés. Ça s’est bien sûr très nettement aggravé depuis, avec un dérèglement climatique qui maximise tous les problèmes, mais le « business as usual » demeure le paradigme dominant auquel souscrivent la plupart des « responsables » contemporains. Je crois bien qu’il n’y aurait que « the big one » pour le remettre sérieusement en question, et encore !

5 – Cette « culture au rythme plus lent » a commencé à émerger, avec les valeurs de mouvements comme la décroissance, Slow Food, et autres … Mais pourquoi ne pas essayer de l’ancrer carrément en son cœur le plus profond, dans … l’immobilité !?

La Vision du Soi permet de réaliser – simplement, concrètement, joyeusement – que notre Vraie Nature n’a jamais bougé du moindre nanomètre, ni vite, ni lentement. Il serait possible de disséminer largement & rapidement cette indispensable « culture au rythme plus lent » à partir de cette immobilité centrale que nous … sommes. « Le truc d’Ayrton Senna » marche bien pour Voir que le mouvement, trop rapide ou suffisamment lent, est périphérique ; au Centre rien ne bouge. N’en croyez pas un traître mot, essayez, vérifiez !

6 – « En Asie, on a toujours considéré qu’intervenir dans l’ordre de la nature peut paraître profitable dans l’immédiat, mais que les conséquences lointaines sont menaçantes. » Remarque et ensemble du paragraphe particulièrement pertinents et inquiétants. Est-ce qu’un des remèdes à l’occidentalisation à marche forcée de l’Inde et de la Chine dans ce qu’elle a de plus mauvais, de plus pernicieux, de plus risqué, ne pourrait pas être trouvé dans l’aboutissement de ce long cheminement du « dhyana » hindou, devenu successivement « ch’an » chinois, « zen » japonais, « zen » occidental » et finalement Vision du Soi … ?

Encore une fois, ne serait-ce pas « le seul espoir » avant la précipitation des graves dangers systémiques qui nous agressent déjà ?

7 – Les responsables du « Golden State » confrontés à des défis « environnementaux » majeurs (incendies, sécheresse extrême, etc …) devraient certainement ressortir leurs exemplaires des livres d’Alan Watts, les (re)lire et les méditer sérieusement. Ils font des efforts et des investissements colossaux pour parvenir à faire face, mais toujours à l’intérieur du même paradigme « technologique et industriel » qui est à la racine de tous ces problèmes …

S’ils ne parviennent pas à faire prendre conscience à chacun des citoyens de cet État (6° puissance économique mondiale, 25% des ressources agricoles des États-Unis, …) que « l’être humain n’est pas une chose individuelle enfermée dans un sac de peau », mais qu’il est « inséparable de son milieu », qu’il est « milieu-organisme » – ou, de manière encore plus intimement reliée, nature & organisme – cette région deviendra à coup sûr un « désert ». Elle n’en est plus très loin, et des millions de dollars supplémentaires ne suffiront pas à repousser l’échéance … Quand on a un marteau pour seul outil, tous les problèmes ressemblent à des clous. Quand on a le dollar comme seul credo, tous les problèmes ressemblent à une opportunité d’investissement.

Ces « égarés » devraient peut-être faire appel à un spécialiste « local » de la Vision du Soi

Mais peut-être faut-il qu’un très sérieux clash advienne, l’effondrement total de la Californie par exemple, avant que nous ne devenions enfin raisonnables. Ça risque d’être cher payé …

8 – A toutes les personnes qui m’ont déjà fait part de leurs doutes quant à l’importance particulière, excessive selon eux, que la Vision du Soi accorde à la « tête », au point de se nommer « The headless way » dans sa langue d’origine, je suis heureux d’offrir cette citation d’Alan Watts qui, lui aussi, situe parfaitement se pose le problème central :

« L’individu … se ressent comme un ego isolé dans un sac de peau, à mi-chemin derrière les oreilles et un peu en arrière des yeux. »

Plus de « tête », plus de problème ! Vous pouvez vous référer également à « Vision », texte fondateur de la Vision du Soi – (Vision sans Tête).

9 – C’est assez superbement & précisément exprimé, il faut bien l’avouer :

« À partir du moment où l’on est, et non plus où l’on a un corps, il se produit quelque chose d’extraordinaire, parce que le corps, lui, sait qu’il est relié à tout l’univers. Un échange d’énergie se fait continuellement entre ce qu’il y a au dehors et moi qui suis assis ici. Lorsqu’on commence à l’éprouver physiquement, on sait immédiatement qu’il n’existe pas de discontinuité, non seulement entre soi et la montagne que l’on voit par la fenêtre, mais entre soi et le système solaire tout entier, la galaxie dont fait partie le système solaire, toutes les galaxies, et tout à coup on comprend qu’on est ce qui est. »

Mais est-ce que ce paragraphe vous est réellement utile à vous qui le lisez ? Pour véritablement « être ce qui est » – et pas naïvement croire le comprendre (un « état bien dangereux » disait Paul Valéry) puisqu’il s’agit d’un mystère, il faut nécessairement pratiquer … Le Qi Gong, le Yoga, la méditation (attention, véritables … soyez exigeants !), ou d’autres approches moins traditionnelles, permettent bien entendu de dépasser cette illusion de séparation & de demeurer dans la non-dualité. Mais elles exigent souvent beaucoup de chance pour trouver le bon enseignant, beaucoup de temps, de patience & de persévérance pour parvenir à commencer à découvrir … ce qu’exprime Karlfried Graf Dürckheim ci-dessous :

« L’exercice n’est pas difficile, ce qui est difficile c’est de devenir celui qui le fait. »

NB : notez la précision de la langue allemande qui dispose de deux mots : Körper « Le (« petit ») corps que j’ai, Leib – le (« grand ») Corps que je suis. » La citation est dans le droit fil de la première phrase du paragraphe d’Alan Watts ci-dessus.

Comme la vie est courte, pourquoi ne pas commencer par « manger le dessert en premier », pourquoi ne pas commencer par découvrir & pratiquer la Vision du Soi ? Il sera toujours temps ensuite de nourrir & valoriser ce qui aura été vu par l’approche de votre choix. Ça change à peu près tout, mais n’en croyez surtout pas un traître mot, essayez, vérifiez !

10 – « L’attitude générale de l’Occidental à l’égard de l’univers » est globalement toujours tributaire de ce qui s’est passé à partir de la conversion de Constantin. Mais comme l’indique Marie Balmary, quand il est question dans les textes & les prêches de « Dieu tout puissant », de « Dieu le maître », alors nous sortons du christianisme pour retrouver la fausse « religion du serpent ». Je ne détaille pas : (re)lisez Balmary … « Tout est bon chez elle, y a rien à jeter … »  !

11 – C’est une allusion à l’un des exploits prêtés au Baron de Münchhausen. Mais ce qui est devenu un prétexte à sourire n’est-il pas en étroite connexion avec l’essence même de la « philosophie éternelle », avec la sagesse (mystique …) de tous les temps & lieux ? Impossible d’accéder à la « totalité », impossible d’être véritablement « Vivant » sans passer par le « rien », le « vide » … Un mystère impossible à comprendre, mais si évident à pénétrer par quelques expériences de Vision du Soi … Ayez l’audace d’essayer & de vérifier. Ayez l’audace de vous engager sur le fil déroulé devant vous au-dessus du vide … !

12 – Si cette expression de « démence de notre culture » vous semble un tantinet exagérée, c’est encore une fois que vous êtes assez mal informé ! La quasi totalité des scientifiques du monde entier, toutes disciplines confondues, est unanime pour reconnaître que nous sommes déjà rentré dans l’épaisseur d’un mur terriblement épais.

Ceux qui prétendent le contraire sont soit des ignorants, soit des individus qui ont des intérêts idéologiques & financiers à court terme à défendre …

13 – Cette « culture uniformisée de la technologie industrielle » culmine actuellement dans un bien mal nommé « transhumanisme » mâtiné d’« intelligence artificielle ». Attention, les deux liens précédents étant sujets à caution, je vous propose aussi ce qui suit pour équilibrer le propos : « L’imposture du transhumanisme ».

14 – « Le pain … symbole de la vie même n’est qu’une sorte de matière plastique … » Assez bien vu dès 1968, mais il est vrai que les américains sont en avance dans pratiquement tous les domaines. Triste Amérique !

15 – Ces « cinq façons de communiquer avec le monde : cultiver la terre, cuisiner, travailler pour se vêtir, avoir un toit où s’abriter et faire l’amour », Alan Watts en a très intelligemment parlé dans ses nombreux ouvrages, notamment : « Le livre de la sagesse », « Amour et connaissance », « Matière à réflexion : essais sur la relation de l’homme avec la matérialité », « La signification du bonheur », …

Ces quelques titres dépassent de très loin en qualité tous ces faux bouquins estampillés « développement personnel », qui encombrent les rayons des librairies.

16 – « Toute relation à la chair doit être réhabilitée, parce qu’elle est le chemin de la relation à l’univers entier. » 

Cette évidence qui fonde le véritable christianisme, et qui disqualifie une grande part de ce qui est frauduleusement proposé aujourd’hui sous ce nom, me semble rejoindre l’évidence sensible des diverses expériences de la Vision du Soi. Réaliser que nous sommes ce « sage qui a pour corps l’univers entier » est excessivement simple, concret, joyeux, à la condition sine qua non de passer par l’expérience sensible. Parmi les dizaines d’expériences disponibles, il y en aura bien une qui vous convaincra … à condition d’essayer, à condition de vouloir vraiment « sortir du pétrin ».

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17 – Le « soulèvement de la jeunesse » a avorté une première fois dans les années soixante, malheureusement, puisque s’ensuivirent plus de cinquante années de « business as usual » et de dégradation de l’unité nature & être humain. Il semblerait que nous assistons aujourd’hui à une nouvelle mobilisation, en lien avec le dérèglement climatique et l’effondrement. Je souhaite évidemment le plus grand succès possible à des mouvements comme « Extinction rébellion » et plus largement à « Extinction rebellion worlwide ».

Mais je me permets aussi de faire gentiment remarquer que ces valeurs & principes de « Compassion, respect des Êtres humains, respect de la Terre et du Vivant, authenticité, inclusivité, respect mutuel, équité, détermination, autonomie et décentralisation » ne s’ancrent nulle part ailleurs que dans une claire Vision de Ce Que Je Suis, de Ce Que Nous Sommes tous … Si ce préalable absolu n’est pas respecté & actualisé, je crains que nous ne soyons, une fois de plus, bien mal partis. Ne négligeons pas, une fois de plus & une fois de trop, la possibilité du « seul espoir »

18 – Je suis parfois interrogé sur le sens de tout le travail réalisé sur volte-espace pour le partage de la Vision du Soi … Ma réponse rejoint celle qu’Alan Watts propose en fin d’entretien :

« … parce que je suis émerveillé par le monde et que j’ai envie de faire partager cet émerveillement. »{{}}

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Étiquettes : Eveil, Harding Douglas, Libération, Transition, Vision du Soi, Vision Sans Tête, Volte&Espace, Watts Alan

Par Jean Marc Thiabaud - Jean-Marc Thiabaud, 66 ans, marié, deux fils, un petit-fils.
La lecture de ’La philosophie éternelle’ d’Aldous Huxley m’oriente précocement sur le chemin de la recherche du Soi. Mon parcours intérieur emprunte d’abord la voie du yoga, puis celle de l’enseignement d’Arnaud Desjardins. La rencontre de Douglas Harding en 1993 me permet d’accéder à une évidence que je souhaite désormais partager.

Voir l’archive →

← Éloge de l’insécurité – Alan Watts→ Journée de l’Europe 2019 & Charte de l’Europe des Consciences

Source : https://volte-espace.fr/alan-watts-interview-par-jacques-mousseau/ Bas du formulaire

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Rubrique Fritjof Capra {{}}

Selon Jacques Languirand, Fritjof Capra est, par son ouvrage Le Tao de la physique, l’un des physiciens ayant contribué à familiariser le grand public avec le langage de la physique moderne et en particulier avec l’idée d’un rapprochement entre la vision mystique et la vision de la physique. Par la suite, avec Le temps du changement, il s’est intéressé à la santé et à l’écologie.

Il vit actuellement [Quand ?] à Berkeley (Californie) où il a créé le « Center for Ecoliteracy ».

Œuvres : {{}}

  • Le Tao de la physique [« The Tao of Physics (1975) »], Sand, 2004, 354 p. (ISBN 978-2-7107-0713-4) 1ère éd. : Tchou, 1979
  • Le Temps du changement : science, société et nouvelle culture [« The Turning Point (1982) »], Le Rocher, 1994, 406 p. (ISBN 978-2-268-01655-9)
  • Sagesse des sages [« Uncommon Wisdom (1988) »], Le Rocher, 1988, 330 p. (ISBN 978-2-7144-2248-4)
  • La Toile de la vie : Une nouvelle interprétation scientifique des systèmes vivants [« The Web of Life (1997) »], Le Rocher, 2003, 370 p. (ISBN 978-2-268-04621-1)
  • Les Connexions invisibles : une approche systémique du développement durable [« The Hidden Connections : A Science for Sustainable Living (2002) »], Le Rocher, 2004, 339 p. (ISBN 978-2-268-05079-9)
  • Léonard de Vinci, homme de sciences [« The science of Leonardo (2007) »] (trad. de l’anglais), Arles, Actes Sud, 2010, 288 p. (ISBN 978-2-7427-8960-3)
    Une nouvelle approche des travaux de Léonard de Vinci.

Étude : Tom Butler-Bowdon, 50 classiques de la spiritualité (2005), trad., Le Jour, Montréal, Canada, 2008.

Notes et références… > Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fritjof_Capra

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  • Note sur Fritjof Capra diffusée par ‘grainesdepaix.org’ {{}}

    CAPRA Fritjof

Physicien prônant la coopération face à la compétition, et plus généralement, une approche holistique des sciences, de l’écologie et des organisations humaines.

Autrichien naturalisé Américain - 1939 - 

Biographie{{}}

Fritjof Capra est un physicien réputé, intéressé par les liens entre physique et spiritualité concernant les concepts de l’univers, et plus généralement par une vision plus holistique des phénomènes physiques et, plus généralement, du monde. Il est reconnu pour ses efforts pour faire respecter la nature au sens profond du terme (deep ecology).

Il a également souligné l’importance de la coopération, qui est le mode de fonctionnement par excellence des processus biologiques et un modèle pour le mode de fonctionnement humain, par opposition à la compétition. Il enseigne à l’Université de Berkeley, Californie.

Publications :{{}}

  • The Tao of Physics : An Exploration of the Parallels Between Modern Physics and Eastern Mysticism (1975)
  • The turning Point : Science, Society, and the Rising Culture (1982)
  • Uncommon Wisdom (1988)
  • The Web of life : A New Scientific Understanding of Living Systems (1997)
  • Green politics (1984)
  • Belonging to the Universe : Explorations on the Frontiers of Science and Spirituality (1993)
  • Mindwalk {}
  • Ecomanagement{}
  • Steering Business Toward Sustainability{}
  • The Science of Leonardo : Inside the Mind of the Great Genius of the Renaissance (2007){}
    Coopération plutôt que compétition

L’erreur du darwinisme appliqué à la société a été de considérer la nature d’une manière très rudimentaire et de voir seulement la taille des griffes et des dents : seulement la compétition et pas du tout l’échelon moléculaire de la coopération, qui est tout simplement trop subtil.

Thèmes : Coopération , Humanité , Nature humaine - Citation - Les agresseurs se détruisent toujours – « En fin de compte, les agresseurs se détruisent toujours, laissant la voie à d’autres, lesquels savent coopérer et s’entendre. La vie est bien moins un combat compétitif pour la survie que le triomphe de la coopération et de la créativité.

Thèmes : Agressivité , Coopération , Relations humaines , Vivre ensemble

Citation - « Précédent : CASALS PabloSuivant : CALMY-REY Micheline » 

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11 septembre 2024 | Catégories : Actualités, Capra Fritjof | Mots-clés : approche systèmique, auto-organisation, Auto-régulation, Créativité, intelligence, pensée complexe, Régénération, Réseau, Vie

27 août 2024 - J’ai reçu une formation de physicien et j’ai passé vingt ans à faire de la recherche en physique théorique des hautes énergies. J’ai quitté la physique au milieu des années 1980 pour me tourner vers les sciences de la vie, où une nouvelle conception de la vie a récemment vu le jour. Elle implique un profond changement de perspective, passant d’une vision du monde comme une machine composée de blocs élémentaires à la compréhension qu’il s’agit d’un réseau de schémas de relations inséparables.

Au cours des dernières décennies, j’ai développé une synthèse de cette nouvelle compréhension, un cadre conceptuel qui intègre quatre dimensions de la vie : biologique, cognitive, sociale et écologique. J’ai présenté des résumés de ce cadre, au fur et à mesure de son évolution, dans plusieurs ouvrages. Ma synthèse finale est publiée dans un manuel intitulé The Systems View of Life, coécrit avec Pier Luigi Luisi (Cambridge University Press, 2014). Je qualifie ma synthèse de « vision systémique » parce qu’elle nécessite un nouveau type de réflexion — une réflexion en termes de relations, de modèles et de contexte. En science, cela est connu sous le nom de pensée systémique.

Qu’est-ce que la pensée systémique ?{{}}

La pensée systémique est née dans les années 1920 d’une série de dialogues interdisciplinaires entre biologistes, psychologues et écologistes. Dans tous ces domaines, les scientifiques ont réalisé qu’un système vivant — un organisme, un écosystème ou un système social — est un tout intégré dont les propriétés ne peuvent être réduites à celles de ses parties plus petites. Le sens de cette affirmation est en fait assez subtil et souvent mal compris. Il n’y a rien de mal à dire que les structures de tous les organismes vivants sont composées de parties plus petites, en fin de compte de molécules.

Mais cela ne signifie pas que leurs propriétés peuvent être expliquées en termes de molécules uniquement. Les propriétés systémiques découlent des processus et des relations dans lesquels ces molécules sont impliquées. Les propriétés systémiques sont des propriétés de l’ensemble, qu’aucune de ses parties ne possède. Ainsi, la pensée systémique implique un changement de perspective des parties vers le tout. Les premiers penseurs systémiques l’ont exprimé dans la phrase désormais bien connue « Le tout est plus que la somme de ses parties ».

Penser en termes de relations est crucial pour l’écologie, car le mot « écologie », dérivé du grec oikos (« maison »), signifie la science des relations entre les différents membres de la maison Terrestre. Je dois également mentionner que la pensée systémique ne se limite pas à la science. De nombreuses cultures indigènes incarnent une profonde conscience écologique et envisagent la nature en termes de relations et de schémas.

Dans les années 1980, la pensée systémique a atteint un nouveau niveau avec le développement de la théorie de la complexité, techniquement connue sous le nom de « dynamique non linéaire ». C’est un nouveau langage mathématique, impliquant l’utilisation d’ordinateurs à haute vitesse, qui a permis aux scientifiques, pour la première fois, de traiter mathématiquement l’énorme complexité des systèmes vivants. Les nouvelles mathématiques non linéaires sont des mathématiques des schémas visuels — attracteurs étranges, fractales, et ainsi de suite.

Au cours des quarante dernières années, les phénomènes non linéaires ont suscité un vif intérêt, ce qui a donné naissance à toute une série de théories nouvelles et puissantes qui ont considérablement amélioré notre compréhension de nombreuses caractéristiques essentielles de la vie. Elles incarnent ce que j’aime appeler la « pensée systémique avancée », basée sur la théorie de la complexité plutôt que sur les théories systémiques classiques des années 1930 et 1940. Ma synthèse de ces théories récentes est ce que je désigne comme la vision systémique de la vie.

Principes systémiques de la vie{{}}

Naturellement, cette synthèse fait appel à un certain nombre de concepts techniques. Toutefois, j’ai récemment trouvé une façon tout à fait non technique de la résumer en termes de quatre « principes de la vie » qui, selon la vision systémique, en constituent l’essence même. Ce sont des principes d’organisation partagés par tous les systèmes vivants, de la plus petite bactérie à la vaste gamme de champignons, de plantes, d’êtres humains et d’autres animaux. En d’autres termes, ces quatre principes sont présents dans toutes les formes de vie, y compris les systèmes sociaux et les écosystèmes.

Principe 1 : la vie s’organise en réseaux{{}}

Mon premier principe est que la vie s’organise en réseaux. Ce principe contient en fait deux idées. La première est que le réseau est le modèle d’organisation de base de tous les systèmes vivants : partout où nous voyons de la vie, nous voyons des réseaux. Cette prise de conscience est apparue au début du 20e siècle en écologie avec le concept de chaînes alimentaires. Par la suite, les modèles de réseaux ont été utilisés à tous les niveaux des systèmes, les organismes étant vus comme des réseaux de cellules, et les cellules comme des réseaux de molécules, tout comme les écosystèmes sont considérés comme des réseaux d’organismes individuels.

Comme chacun le sait, un réseau est un certain schéma de nœuds et de liens, de relations. Par conséquent, pour comprendre les réseaux, nous devons apprendre à penser en termes de relations et de schémas, et c’est là tout l’intérêt de la pensée systémique. Notez également que les réseaux sont non linéaires — ils se développent dans toutes les directions — et comme tous les systèmes vivants sont des réseaux, cela signifie que tous les systèmes vivants sont non linéaires, ou « complexes ».

Ces dernières années, les réseaux sociaux sont devenus un centre d’intérêt majeur, non seulement dans le domaine scientifique, mais aussi dans la société en général et dans une nouvelle culture mondiale émergente. En effet, les réseaux sont la caractéristique sociale dominante de notre époque. Le profond changement de métaphore qui consiste à passer d’une vision du monde comme une machine à une compréhension du monde comme un réseau est au cœur même de la vision systémique de la vie.

La deuxième idée impliquée dans mon premier principe est que la vie s’organise elle-même : le modèle de réseau n’est pas imposé à un système vivant par son environnement, mais est créé par le système lui-même. Le concept d’auto-organisation a vu le jour dans les années 1940 et a été utilisé dans de nombreux contextes différents et avec des significations différentes au cours des décennies suivantes. Aujourd’hui, décrire les systèmes vivants comme auto-organisés signifie qu’ils créent des structures et des processus organisés par les règles internes du système, plutôt que par des forces imposées de l’extérieur.

Cela ne signifie pas que les systèmes vivants sont indépendants de leur environnement. Au contraire, leur survie dépend de flux continus d’énergie et de matière, ou de nourriture, provenant de l’environnement. En fait, ces flux continus, connus sous le nom de métabolisme, constituent une distinction essentielle entre les systèmes vivants et non vivants. La grande microbiologiste Lynn Margulis aimait dire : « Si ça métabolise, c’est vivant ; si ça ne métabolise pas, ce n’est pas vivant ».

Principe 2 : la vie est intrinsèquement régénérative{{}}

Mon deuxième principe est que la vie est intrinsèquement régénérative. Les réseaux vivants se régénèrent continuellement en transformant ou en remplaçant leurs composants. Ils subissent ainsi des changements structurels continus tout en conservant leurs schémas d’organisation en forme de toile. Cette coexistence entre stabilité et changement est en effet une caractéristique essentielle de la vie.

La régénération continue de la vie dans la nature est bien sûr bien connue. Il suffit de penser au changement des saisons et à la nouvelle croissance chaque printemps. C’est cela la régénération. La nouveauté de la vision systémique est que la régénération opère à tous les niveaux de la vie, jusqu’aux réseaux moléculaires des cellules. La régénération est l’essence même de la vie. Lorsque la régénération s’arrête, la vie s’arrête. Dans une veine plus philosophique, nous pourrions même dire que la régénération est le but, ou le sens, de la vie.

Le processus continu de régénération, de transformation et de remplacement des composants du système n’est possible qu’avec des flux métaboliques continus d’énergie et de matière à travers le réseau vivant. En effet, nous avons tous besoin de respirer, de manger et de boire pour rester en vie. En d’autres termes, le métabolisme, caractéristique essentielle de la vie biologique, fait partie intégrante de la régénération.

Comme je l’ai mentionné, la vie dans le domaine social peut également être comprise en termes de réseaux, mais il ne s’agit pas ici de réactions chimiques, mais de communications. Les réseaux sociaux, comme tout le monde le sait aujourd’hui, sont des réseaux de communication. Comme les réseaux biologiques, ils sont régénératifs, mais ce qu’ils génèrent est essentiellement immatériel. Chaque communication crée de l’information, des idées et du sens, qui donnent lieu à d’autres communications, et c’est ainsi que l’ensemble du réseau se régénère continuellement.

Au fur et à mesure que les communications se poursuivent dans un réseau social, elles forment de multiples boucles de rétroaction qui finissent par produire un système partagé de connaissances, de valeurs et de règles de conduite — un contexte commun de sens, connu sous le nom de culture, qui est continuellement entretenu par de nouvelles communications.

Principe 3 : la vie est intrinsèquement créative{{}}

Le fait que le métabolisme d’un organisme implique des flux à travers des réseaux de processus chimiques a pour conséquence importante que ces flux métaboliques comprennent des voies cycliques. Ces cycles peuvent agir comme des boucles de rétroaction. Grâce à cette rétroaction, les organismes vivants sont capables de se réguler et de s’organiser. Les boucles de rétroaction peuvent s’auto-équilibrer, maintenant l’organisme dans un état d’équilibre dynamique connu sous le nom d’homéostasie, ou s’auto-amplifier, ou « s’emballer », ce qui peut entraîner l’instabilité du système tout entier.

À ce stade, le système peut soit s’effondrer, soit passer à une nouvelle forme d’ordre. Cette émergence spontanée d’un nouvel ordre à des points critiques d’instabilité, souvent appelée simplement « émergence », est à mon avis la découverte la plus importante de la théorie de la complexité. Le processus d’émergence a été étudié en détail et a été reconnu comme l’origine dynamique de l’apprentissage, du développement et de l’évolution. En d’autres termes, la créativité — la génération de nouvelles formes — est une propriété essentielle de tous les systèmes vivants. C’est mon troisième principe de vie : la vie est intrinsèquement créative.

Cela signifie qu’en tant qu’êtres humains, nous sommes créatifs non seulement si nous sommes des artistes ou des designers. Nous sommes tous créatifs simplement parce que nous sommes vivants, parce que la vie elle-même est intrinsèquement créative.

Principe 4 : la vie est intrinsèquement intelligente{{}}

Mon quatrième et dernier principe est que la vie est intrinsèquement intelligente. Ce principe repose sur une nouvelle conception de la nature de l’esprit, qui est l’une des implications philosophiques les plus radicales de la vision systémique de la vie, puisqu’elle surmonte enfin la division cartésienne entre l’esprit et la matière qui a hanté les philosophes et les scientifiques pendant des siècles.

Au XVIIe siècle, René Descartes a fondé sa vision de la nature sur la division fondamentale entre deux domaines indépendants et séparés : celui de l’esprit, qu’il appelait la « chose pensante », et celui de la matière, la « chose étendue ». À la suite de Descartes, les scientifiques et les philosophes ont continué à considérer l’esprit comme une entité intangible et ont été incapables d’imaginer comment cette « chose pensante » était liée au corps. L’avancée décisive de la compréhension systémique de la vie a été d’abandonner la vision cartésienne et de réaliser que l’esprit n’est pas une chose, mais un processus, connu sous le nom de cognition (le processus de connaissance).

Dans la vision systémique de la vie, la cognition désigne une manière particulière dont un organisme vivant interagit avec son environnement. L’organisme réagit aux influences environnementales par des changements structurels, et ce de manière autonome, en spécifiant les influences à remarquer et la manière de réagir en fonction de sa nature et de ses expériences antérieures. Les interactions cognitives continues avec l’environnement sont une partie essentielle du métabolisme d’un organisme, et la vie et la cognition sont donc indissociablement liées : la vie est intrinsèquement intelligente.

Cela représente une expansion radicale du concept de cognition et, implicitement, du concept d’esprit. Dans la vision systémique, la cognition se manifeste à tous les niveaux de la vie, qu’un organisme dispose ou non d’un cerveau et d’un système nerveux. Les plantes, par exemple, et même les bactéries, qui n’ont pas de système nerveux, sont constamment engagées dans des activités cognitives impliquant leur appareil sensoriel et divers processus d’auto-organisation.

Une autre façon de décrire cette situation est de souligner que tous les organismes vivants interagissent avec leur environnement par l’intermédiaire d’organes sensoriels. Pour reprendre un vieux terme philosophique, les êtres vivants sont des êtres sensibles. Dans la vision systémique, leurs interactions sensibles sont identifiées comme des interactions cognitives. À mesure que les structures des organes sensoriels deviennent de plus en plus complexes au cours de l’évolution, les processus cognitifs correspondants le deviennent également. Finalement, nous avons l’évolution des cerveaux, des systèmes nerveux et de la conscience humaine, impliquant la conscience de soi, le langage et la pensée conceptuelle.

La capacité de former des concepts abstraits, des symboles et des images mentales est une caractéristique essentielle de notre conscience, et l’intelligence humaine comprend aujourd’hui les abstractions que nous associons aux mathématiques et aux ordinateurs — algorithmes, modèles mathématiques et autres. Cependant, dans la perspective systémique de la vie dans son ensemble, ces abstractions mathématiques sont périphériques par rapport à l’intelligence inhérente à tous les organismes vivants. L’intelligence vivante est tacite et incarnée. Sa principale qualité est la capacité d’être dans le monde, de s’y déplacer et d’y survivre.

Avec le récent développement rapide de l’intelligence artificielle (IA), nous avons accordé trop d’importance aux algorithmes et autres abstractions mathématiques et avons négligé notre intelligence tacite, incarnée et vivante. En conséquence, notre capacité à être dans le monde — en d’autres termes, notre sagesse — semble avoir diminué de façon spectaculaire. En effet, une civilisation dont l’objectif principal est le profit plutôt que le bien-être de l’homme et qui, ce faisant, détruit l’environnement naturel dont dépend la survie humaine ne peut guère être considérée comme très intelligente.

La question cruciale, à mon avis, est de savoir quelles utilisations de l’IA sont utiles et appropriées, et lesquelles sont inappropriées, car, bien qu’elles améliorent les aspects mathématiques de l’intelligence humaine, elles risquent de diminuer notre intelligence tacite, incarnée, ou notre sagesse quant à la manière dont nous devrions vivre.

En conclusion, je tiens à souligner que la pensée systémique avancée sera cruciale pour résoudre les problèmes majeurs de notre époque, qui sont des problèmes systémiques — tous interconnectés et interdépendants. En particulier, la pensée systémique sera essentielle pour construire des communautés écologiquement durables, conçues de manière à ce que leurs modes de vie n’interfèrent pas avec la capacité inhérente de la nature à maintenir la vie.

La première étape de cet effort doit consister à acquérir une culture écologique, c’est-à-dire à comprendre les principes d’organisation que les écosystèmes ont mis au point pour soutenir la toile de la vie. Ces principes écologiques reposent sur les quatre principes que j’ai présentés et donc — pour résumer la nouvelle conception systémique de la vie — la vie s’organise en réseaux, et ces réseaux vivants sont intrinsèquement régénératifs, créatifs et intelligents.

Il est urgent de placer la vie au centre de nos entreprises, de notre économie, de nos technologies, de nos infrastructures physiques et de nos institutions sociales. Comme le rappelle l’activiste politique et auteur David Korten, « nous prospérerons en poursuivant la vie, ou nous périrons en poursuivant l’argent. Le choix nous appartient ».

Physicien et théoricien des systèmes, Fritjof Capra est l’auteur de plusieurs best-sellers internationaux, dont Le Tao de la physique et La Toile de la vie. Il est co-auteur avec Pier Luigi Luisi du manuel multidisciplinaire The Systems View of Life, sur lequel est basé son cours en ligne. www.capracourse.net.

Texte original : https://www.fritjofcapra.net/principles-of-life/

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  • Deux vidéos en anglais concernant Fritjof Capra
  • The Tao of Physics and Beyond : An interview with Fritjof Capra – Vidéo en anglais 35:47 - Theosophical Society - Sortie le 14 janv. 2022 #holistic #physics #fritjofcapra
    EN - Fritjof Capra is a world-renowned scientist, educator, activist, and author. He first became popularly known for his book, The Tao of Physics, which explored the ways in which modern physics was changing our worldview from a mechanistic to a holistic and ecological one. Over the past 30 years, Capra has been engaged in a systematic exploration of how other sciences and society are ushering in a similar shift in worldview, leading to a new vision of reality and a new understanding of the social implications of this cultural transformation. Richard Smoley, editor of Quest : Journal of the Theosophical Society in America and author of The Dice Game of Shiva : How Consciousness Creates the Universe, speaks with Capra on the many aspects of this new vision of reality and its implications in how to live meaningful and responsible lives. Fritjof Capra received his Ph.D. in theoretical physics from the University of Vienna in 1966 and spent 20 years doing research in theoretical high-energy physics, including at the University of Paris, the University of California at Santa Cruz, the Stanford Linear Accelerator Center, Imperial College, University of London, and the Lawrence Berkeley Laboratory at the University of California. He also taught at the University of California, Santa Cruz ; the University of California, Berkeley ; and San Francisco State University. Capra has been the focus of more than 60 television interviews, documentaries, and talk shows in Europe, the United States, Brazil, Argentina, and Japan, and has been featured in major newspapers and magazines internationally. He was the first subject of the BBC’s documentary series, Beautiful Minds. Buy The Tao of Physics : https://amzn.to/3wPz62W Buy The Dice Game of Shiva : https://amzn.to/3CJXe9o This program was made possible thanks to the generous support of Marilyn K. Johnston-Svoboda and Paul J. Svoboda. To learn about sponsoring a program, contact us at giving@theosophical.org. #fritjofcapra #physics #holistic The views expressed in this program are those of the presenter/s and do not necessarily represent the views of the Theosophical Society in America, its members or its affiliates.

FR - Fritjof Capra est un scientifique, éducateur, activiste et auteur de renommée mondiale. Il est d’abord devenu populairement connu pour son livre, Le Tao de la physique, qui explorait les façons dont la physique moderne changeait notre vision du monde d’une vision mécaniste à une vision holistique et écologique. Au cours des 30 dernières années, Capra s’est engagée dans une exploration systématique de la façon dont d’autres sciences et sociétés inaugurent un changement similaire de vision du monde, conduisant à une nouvelle vision de la réalité et à une nouvelle compréhension des implications sociales de cette transformation culturelle.

Richard Smoley, rédacteur en chef de Quest : Journal de la Société théosophique en Amérique et auteur de The Dice Game of Shiva : How Consciousness Creates the Universe, parle avec Capra des nombreux aspects de cette nouvelle vision de la réalité et de ses implications sur la façon de vivre des vies significatives et responsables.

Fritjof Capra a obtenu son doctorat ; il a étudié la physique théorique à l’Université de Vienne en 1966 et a passé 20 ans à faire des recherches en physique théorique des hautes énergies, notamment à l’Université de Paris, à l’Université de Californie à Santa Cruz, au Stanford Linear Accelerator Center, à l’Imperial College, à l’Université de Londres et au Lawrence Berkeley Laboratory de l’Université de Californie. Il a également enseigné à l’Université de Californie à Santa Cruz, à l’Université de Californie à Berkeley et à l’Université d’État de San Francisco.

Fritjof Capra a fait l’objet de plus de 60 interviews télévisées, documentaires et talk-shows en Europe, aux États-Unis, au Brésil, en Argentine et au Japon, et a été présenté dans les principaux journaux et magazines internationaux. Il a été le premier sujet de la série documentaire de la BBC, Beautiful Minds. Achetez Le Tao de la physique : https://amzn.to/3wPz62W - Acheter Le Jeu de Dés de Shiva : https://amzn.to/3CJXe9o

Ce programme a été rendu possible grâce au généreux soutien de Marilyn K. Johnston-Svoboda et Paul J. Svoboda. Pour en savoir plus sur le parrainage d’un programme, contactez-nous au giving@theosophical.org . # fritjofcapra # physique # holistique Les opinions exprimées dans ce programme sont celles du ou des présentateurs et ne représentent pas nécessairement les opinions de la Société Théosophique en Amérique, de ses membres ou de ses affiliés.

https://yt3.ggpht.com/ytc/AIdro_k2F9TiTezHzyThX3_MTvt5FEmwf81x-aYMli9-tMs-SA=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjTheosophical Society

Source : https://www.youtube.com/watch?v=wLLl2tApnhw

  • Understanding Relationships and Ecology with Fritjof Capra (Comprendre les relations et l’écologie avec Fritjof Capra( | TGS 138 – Vidéo en anglais 1:02:51 - Nate Hagens - 28 août 2024 The Great Simplification - with Nate Hagens
    EN - (Conversation recorded on May 8th, 2024) - Without a systems lens, the full reality of the human predicament will never be understood. It is only when we adopt this kind of holistic, wide-boundary thinking that we are able to see the complexity and nuance of how the biosphere, geopolitics, economics, energy, and many other systems interplay with and influence one another. But historically, the scientific community didn’t utilize the power of systems thinking until a few groundbreaking individuals advanced and popularized that way of looking at the world. Today, Nate is joined by one of the great systems thinkers, physicist and deep ecologist Fritjof Capra, to explore how his worldview has been shaped by his decades of work in physics, ecology, and community development – and his conclusions that addressing our ecological and social crises will require a broader shift in our values and philosophies. How are science and spirituality deeply entangled, despite often being falsely separated in modern culture ? How would our ideas of consciousness change if we understood the interconnectedness of all life, and our place within it ? What could our societies look like if we emphasized the importance of maintaining deeper relationships with the natural world, and prioritized human wellbeing over economic growth ? About Fritjof Capra : Fritjof Capra, Ph.D., is a physicist and systems theorist. He was a founding director (1995-2020) of the Center for Ecoliteracy in Berkeley, California. He serves on the faculty of the Amana-Key executive education program in São Paulo, Brazil and is a Fellow of Schumacher College in the UK. Capra is the author of several international bestsellers, including The Tao of Physics, The Web of Life, and The Science of Leonardo. He is coauthor of the multidisciplinary textbook, The Systems View of Life. To learn more about Fritjof’s work, check out his online course based on his textbook (https://www.capracourse.net/) and his Systems View Lab (https://www.systemsviewlab.net/). Show Notes and More : https://www.thegreatsimplification.co... --- Support Institute for the Study of Energy and Our Future : https://www.thegreatsimplification.co... Join our Substack newsletter : https://natehagens.substack.com/ Join our Discord channel and connect with other

FR – (Conversation enregistrée le 8 mai 2024) - Sans une lentille systémique, la pleine réalité de la situation humaine ne sera jamais comprise. Ce n’est que lorsque nous adoptons ce type de pensée holistique et large que nous sommes en mesure de voir la complexité et les nuances de la façon dont la biosphère, la géopolitique, l’économie, l’énergie et de nombreux autres systèmes interagissent et s’influencent mutuellement. Mais historiquement, la communauté scientifique n’a pas utilisé le pouvoir de la pensée systémique jusqu’à ce que quelques individus révolutionnaires aient avancé et popularisé cette façon de voir le monde. Aujourd’hui, Nate est rejoint par l’un des grands penseurs des systèmes, le physicien et écologiste profond Fritjof Capra, pour explorer comment sa vision du monde a été façonnée par ses décennies de travail en physique, écologie et développement communautaire – et ses conclusions selon lesquelles la résolution de nos crises écologiques et sociales nécessitera un changement plus large de nos valeurs et philosophies. Comment la science et la spiritualité sont-elles profondément enchevêtrées, bien qu’elles soient souvent faussement séparées dans la culture moderne ? Comment nos idées de conscience changeraient-elles si nous comprenions l’interdépendance de toute vie et notre place en son sein ?

À quoi pourraient ressembler nos sociétés si nous soulignions l’importance de maintenir des relations plus profondes avec le monde naturel et donnions la priorité au bien-être humain sur la croissance économique ? À propos de Fritjof Capra : Fritjof Capra, Ph. D., est physicien et théoricien des systèmes. Il a été l’un des directeurs fondateurs (1995-2020) du Center for Ecoliteracy à Berkeley, en Californie. Il fait partie du corps professoral du programme de formation des cadres Amana-Key à São Paulo, au Brésil, et est membre du Schumacher College au Royaume-Uni. Capra est l’auteur de plusieurs best-sellers internationaux, dont Le Tao de la physique, La Toile de la vie et La Science de Léonard. Il est coauteur du manuel multidisciplinaire, La vision systémique de la vie.

Pour en savoir plus sur le travail de Fritjof, consultez son cours en ligne basé sur son manuel (https://www.capracourse.net/ ) et son Laboratoire de visualisation des systèmes (https://www.systemsviewlab.net/ ). Afficher les notes et plus encore : https://www.thegreatsimplification.co - Institute - Institut d’appui à l’Étude de l’Énergie et de notre avenir : https://www.thegreatsimplification.co .. Rejoignez notre newsletter Substack : https://natehagens.substack.com / Rejoignez notre chaîne Discord et connectez-vous avec d’autres…

Listeners :  / discord  --- 00:00 - Introduction 02:13 - Fritjof’s Background 07:49 - The 1970s to Now*** 15:13 - A Systems View of Life 19:20 - From Silos to Systems 23:37 - Interconnectedness and Identity 27:04 - Three Methods of Evolution 31:37 - Four Principles of Life 35:22 - Spirituality, Consciousness, and Creativity 45:40 - Artificial Intelligence and Wealth 52:12 - Closing Questions

Personne mentionnée :

https://encrypted-tbn0.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcSar0TLW7b8x7mpLrTLi0TUozIfLLaxjvsNgz1nBFVAULv2O965MWuqqgerFgumFritjof Capra

Découvrir le podcast

https://i.ytimg.com/pl_c/PLdc087VsWiC4Nwh42Sm5hHpu2OGgi-Ez1/studio_square_thumbnail.jpg?sqp=CMDWycIG-oaymwEICOADEOADSFqi85f_AwYIi6ThoAY=&rs=AOn4CLBcNplNrBmLld97AUnwp3ddDr9gxA

186 épisodesThe Great Simplification - with Nate Hagens

Nate Hagens

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Podcasts

https://yt3.ggpht.com/KKIptB2oFR66M1HTrtf7sPtiuDOQ-GCaTeUfDqUDKr9GT7XEbbWDtWuxSjZgNC-d62ws2vPn5w=s88-c-k-c0x00ffffff-no-rjNate Hagens

Source : https://www.youtube.com/watch?v=sPVnR-FiQ4k

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  • Quelques pistes de critiques souvent évoquées à propos de l’ouvrage « The Tao of Physics » (Fritjof Capra, 1975) d’après une requête auprès de ‘ChatGPT’ :
  • Choix sélectif et analogies abusives
    Capra est parfois accusé de cueillir des similitudes poétiques entre physique moderne et mysticismes orientaux, sans démontrer un lien profond ou causal. Certains physiciens reprochent une approche plus poétique que rigoureuse.
  • Absence de validation scientifique
    Les physiciens soulignent que si les concepts tels que l’incertitude de Heisenberg ou l’intrication quantique peuvent évoquer des idées du bouddhisme ou du taoïsme, il n’y a aucune preuve expérimentale mettant en relation ces traditions philosophiques avec les équations physiques.
  • Approche «  populaire  »
    Souvent classé dans la «  science populaire  », l’ouvrage est jugé selon certains comme simpliste, voire réducteur, pour un lecteur averti en physique ou philosophie orientale.
  • Critique d’universalisation
    En assimilant différentes traditions (hindouisme, bouddhisme, taoïsme) à la physique quantique, Capra est parfois accusé de masquer leur diversité et leur complexité, pour forger une vision trop homogène.
  • Articles universitaires en philosophie des sciences ou en études religieuses comparent souvent les méthodes scientifiques et mystiques, en mentionnant The Tao of Physics comme cas paradigmatique de ‘conceptual blending’.

[Addenda - ‘Conceptual blending’, Mélange conceptuel  : (De Wikipédia, l’encyclopédie libre) - En linguistique cognitive et l’intelligence artificielle, le mélange conceptuel, également appelé intégration conceptuelle ou application de vue, est une théorie de la cognition développée par Gilles Fauconnier et Mark Turner. Selon cette théorie, les éléments et les relations vitales de divers scénarios sont « mélangés » dans un processus inconscient, qui est supposé être omniprésent à la pensée et au langage quotidiens. Tout comme les mémétiques, c’est une tentative de créer un compte rendu unitaire de la transmission culturelle des idées.[1] - Source : https://en.wikipedia.org/wiki/Conceptual_blending ]

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Outils utilisés pour ce dossier : {{}}

Google Traduction, Yandex, DeepL, ‘ChatGPT’, ‘Le Chat Mistral AI’,

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Présentation de la série : {{}}

Partie 1 : ’L’interculturalité est très présente dans l’œuvre du passeur de cultures François Cheng, auteur d’origine chinoise d’expression française, poète et calligraphe, traducteur, essayiste, romancier, universitaire, académicien’ par Jacques Hallard - 15 juin 2025 - ISIAS Philosophie Cultures Orient Occident

Partie 2 - ’Les relations Chine-Occident au prisme de l’histoire et jusqu’à aujourd’hui : des approches philosophiques, géopolitiques, linguistiques, psychosociologiques et spirituelles autour des arts libéraux, sciences humaines et sociales’ par Jacques Hallard - 22 juin 2025 - ISIAS Cultures Orient Occident

Partie 3 - Regards croisés sur les pensées et philosophies orientales (Chine et Inde) avec les contributions de François Cheng, Roger-Pol Droit, Jean François Billeter, Benjamin Isodore Schwartz, Alan Watts et Fritjof Capra

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Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 28/06/2025

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

Site : https://isias.info/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

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