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"La séparation entre l’État et les cultes inspirée par les francs-maçons en France, les relations États-religions à propos de laïcité en Europe et la géopolitique mondiale : les religions dans les relations internationales" par Jacques Hallard
lundi 12 mai 2025, par
La séparation entre l’État et les cultes inspirée par les francs-maçons en France, les relations États-religions à propos de laïcité en Europe et la géopolitique mondiale : les religions dans les relations internationales
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 09/05/2025
In L’État et les cultes - Laïcité et loi de 1905 - Source
Présentation d’un ouvrage dans ce dossier
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Ce dossier – conçu dans un but didactique – propose tout d’abord quelques rappels
La géopolitique (du grec ancien : γῆ / gễ « terre » et πολιτική / politikḗ « politique ») est l’étude des effets de la géographie sur la politique internationale et les relations internationales. C’est une méthode d’étude de la politique étrangère pour comprendre, expliquer et prédire le comportement politique international à travers les variables géographiques. Il s’agit notamment des études régionales, du climat, de la topographie, de la démographie et des ressources naturelles. Plusieurs définitions en ont été données [1] : étude des « relations entre les facteurs géographiques et les entités politiques » (André-Louis Sanguin) ; « discipline qui essaie d’expliquer la formation et l’action des puissances politiques dans l’espace » (Fondation des études pour la défense nationale) ; « analyse géographique de situations socio-politiques » (Michel Foucher). Historiquement le terme géopolitique désigne les rapports de pouvoir entre États mais le terme s’applique plus généralement à l’étude des rapports de pouvoir dans l’espace quelle qu’en soit l’échelle, y compris donc à une échelle locale [2]. On trouve des réflexions géopolitiques chez des auteurs de l’ère classique comme Montesquieu. Toutefois, c’est en Allemagne que la notion se construit au XIXe siècle, sous l’impulsion fondatrice de Friedrich Ratzel. La discipline se développe ensuite en France, en Grande-Bretagne et aux États-Unis. Parce qu’elle a servi à légitimer l’expansionnisme allemand puis l’idéologie nazie, cette discipline tombe en désuétude après la Seconde Guerre mondiale. Le travail réalisé par des universitaires tels qu’Yves Lacoste dans les années 1980 permet une renaissance de la discipline, qui retrouve sa pleine légitimité et commence à nouveau à être enseignée… La pratique précède le concept - En tant qu’activité humaine, la géopolitique est pratiquée bien avant que le terme n’apparaisse [3]. Toutes les sociétés, même celles qui ne disposent pas d’État, connaissent des rivalités de pouvoirs et des conflits territoriaux. Selon Alexandre Defay, la naissance de l’État est un tournant en ce qu’avec lui, « l’espace acquiert une dimension géopolitique permanente. Désormais, l’espace n’est plus seulement façonné et cloisonné par la diversité du milieu naturel et par celle du peuplement mais aussi par l’exercice de souverainetés étatiques concurrentes. Au regard de ces dernières, l’espace est le théâtre et l’enjeu de leurs rivalités » [4]… - Quoique le terme ne soit pas utilisé, des auteurs comme Machiavel ou Clausewitz s’attachent à expliciter des « bonnes pratiques », qui soumettent l’efficacité à la morale, que les dirigeants doivent employer pour comprendre et exploiter des rapports de forces [5]. La géopolitique se fonde alors sur la géographie de la puissance publique ; Napoléon Ier affirmait ainsi que « tout État fait la politique de sa géographie » [6]. Pour Defay, l’État fait en réalité la politique de la géographie qu’il perçoit être la sienne, à travers les moyens dont il dispose pour l’appréhender, ainsi que ses idéologies, « faute de quoi cette formule pourrait laisser croire à un déterminisme du milieu sur le politique, piège dans lequel sont tombés plusieurs des premiers théoriciens de la géopolitique » [7]… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/G%C3%A9opolitique# : :text=La%20g%C3%A9opolitique%20d%C3%A9gage%20des%20grands,orientations%20strat%C3%A9giques%20des%20diff%C3%A9rents%20pays.
La franc-maçonnerie en France s’intègre dans un ensemble de mouvements historiques et sociaux très divers formant un espace de sociabilité [1] qui recrute ses membres par cooptation [N 1] et pratique des rites initiatiques faisant référence à un secret maçonnique et à l’art de bâtir. Apparue initialement en Écosse sous sa forme spéculative à Kilwinning (juin 1598) et à Édimbourg (septembre 1598), elle se développe également en Grande-Bretagne au XVIIe siècle puis se réorganise à Londres en 1717. Elle apparaît en France sous l’influence des Stuart émigrés et de leur entourage vers la fin du XVIIe siècle, mais son essor dans les années 1720 dépend alors surtout du concours des francs-maçons anglais. La franc-maçonnerie se diffuse en France, comme dans de très nombreux pays du monde, au début du XVIIIe siècle. La franc-maçonnerie se structure au fil des siècles autour d’un grand nombre de rites et de traditions. Au fil du temps et notamment à partir de 1893, l’appréciation philosophique et la pratique de ces rites entraîne la création de différentes fédérations, nommées obédiences, qui ne se reconnaissent pas toutes entre elles. Elle se décrit, suivant les époques, les obédiences et les pays, comme une « association essentiellement philosophique et philanthropique », comme un « système de morale illustré par des symboles » ou enfin, comme un « ordre initiatique ». Cet article décrit son histoire et son organisation dans le cas particulier du territoire français, où elle compte en 2014 plus de 175 000 membres [2]. Lire la suite de l’article sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Franc-ma%C3%A7onnerie_en_France
Laïcité : un principe fondateur de l’École républicaine ; le principe de laïcité, inscrit à l’article premier de la Constitution française, garantit la liberté de conscience et protège la liberté de croire, de ne pas croire, de changer de conviction et de pratiquer ou non une religion. La loi de séparation des Églises et de l’État du 9 décembre 1905 énonce que la République garantit le libre exercice des cultes mais ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Il en résulte la neutralité de l’État, le respect de toutes les croyances et l’égalité de tous les citoyens devant la loi, sans distinction de religion… - Source : https://eduscol.education.fr/1615/laicite
La Grande Loge de France est une obédience maçonnique française constituée en 1894 lorsque les loges des trois premiers degrés qui forment la Grande Loge centrale du Suprême Conseil de France, décident de prendre leur autonomie… - Wikipédia - Création : 1894 - But : Obédience maçonnique - Forme juridique : Association loi de 1901 - Zone d’influence : Europe
Grande Loge de France — Wikipédia
Thierry Zaveroni in les projets du nouveau Grand Maitre de la Grande Loge de France - Publié le dimanche 20 novembre 2022 – Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/divers-aspects-de-la-pensee-contemporaine/les-projets-du-nouveau-grand-maitre-de-la-grande-loge-de-france-6210659
« Avec 32.000 membres, la Grande Loge de France est la 2ème obédience maçonnique. C’est aussi un militaire qui reçoit le président : à 64 ans, Thierry Zaveroni a servi dans le bataillon de marins-pompiers de Marseille. Franc-Maçon depuis 1985, il a gravi les échelons jusqu’au rang de grand-maître »
Le régime de séparation entre l’État laïque et les cultes en France ouvre ce dossier, avant d’aborder certains aspects des relations entre les États et les religions en Europe, en ce qui concerne la notion de laïcité …
Ensuite sont relatés des évènements d’actualité lors du déplacement du Président de la République Française Emmanuel Macron à la Grande Loge de France… Une opportunité « pour appeler les francs-maçons à défendre la laïcité face au ’’’piège de la lecture identitaire’’ »…
Rappel – ‘’Les Identitaires (connus un temps sous le nom de Bloc identitaire – Mouvement social européen) est un mouvement politique d’extrême droite français se revendiquant comme identitaire, fondé en 2002 et qui s’est transformé en parti politique en 2009. Après sa transformation en parti, le mouvement participe à certaines élections et à des campagnes électorales, tout en continuant à privilégier les méthodes de type activiste et les actions symboliques. F0.ondé le 30 août 2002, le mouvement est une composante de la mouvance identitaire en France. Il s’oppose à la poursuite de l’immigration extra-européenne, à l’islam et adopte la théorie raciste du « grand remplacement ». A la différence de l’extrême droite traditionnelle et des nationalistes-révolutionnaires [7], il affirme rejeter toute forme d’antisémitisme et d’antisionisme. Il se réclame à la fois du nationalisme régional, historique (correspondant aux États-nations) et européen [6]. Dominique Venner, Pierre Vial et Guillaume Faye comptent parmi les principaux inspirateurs du mouvement. Le mouvement est décrit par les médias comme étant d’extrême droite [8],[9],[1] identitaire et nationaliste [5]. Il est également qualifié de nationaliste blanc [10],[11],[12], néofasciste [11],[13], raciste et islamophobe [13],[12]. Génération identitaire, son mouvement de jeunesse, mène de façon régulière des actions symboliques, comme l’occupation du chantier de la grande mosquée de Poitiers en 2012 [14]. Il prend son autonomie en 2016 ; il est dissous sur ordre du gouvernement français en 2021… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Identitaires
Puis est reprise la longue présentation d’un livre édité en 2020 et titré : « Géopolitique des religions – Un nouveau rôle du religieux dans les relations internationales ? »
Ce dossier s’achève avec une rétrospective sur la ‘Géopolitique de la franc-maçonnerie’, de François Thual, Dunod, 1994, article revu par Marc Bonnefous en 1998), d’une part, et un complément politique sur « le vrai pouvoir des francs-maçons » par Alexandre Bodkine (Journaliste spécialisé dans l’économie et la géopolitique), 2024, d’autre part…
Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après
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- France - Le régime de séparation entre l’État laïque et les cultes - Dernière modification : 25 juillet 2022 - Par : La Rédaction – Document ‘vie-publique.fr’ Institutions Société
- Les relations États-religions en Europe et la laïcité - Anne-Laure ZWILLING – Document ‘ehne.fr’
- Visite du pape François à Marseille : 5 graphiques sur la pratique religieuse en Europe – Date 23 septembre 2023 - Document ‘legrandcontinent.eu/fr/’ Brèves Religion
- Emmanuel Macron appelle les francs-maçons à défendre la laïcité face au ’piège de la lecture identitaire’ - Article rédigé par franceinfo avec AFP France Télévisions - Publié le 05/05/2025 22:57
- Déplacement du Président de la République Française Emmanuel Macron à la Grande Loge de France - Publié le 05 mai 2025 – Document officiel ‘elysee.fr’
- À la Grande Loge de France – Vidéo 40:27 - Élysée - 05 mai 2025 - Pour suivre la Présidence de la République
- Emmanuel Macron appelle les francs-maçons à défendre la laïcité face au « piège de la lecture identitaire » - Le Monde avec AFP – Publié le 05 mai 2025 à 21h04, modifié à 23h17 – Document ‘Le Monde’ - Société Laïcité
- Livre - Géopolitique des religions – Un nouveau rôle du religieux dans les relations internationales ? - Blandine Chélini-Pont, Roland Dubertrand, Valentine Zuber - Editions Le Cavalier Bleu, 2019, 176 p. - Annie De Nicola
- Rétrospective - Géopolitique de la franc-maçonnerie - Marc Bonnefous, « Géopolitique de la franc-maçonnerie » Revue n° 598 Mai 1998 - p. 200-201 - Auteur(s) de l’ouvrage : François Thual Dunod, 1994 ; 131 pages
- Complément - Politique : le vrai pouvoir des francs-maçons - Publié le 15/02/2024 - Alexandre Bodkine – Document ‘entreprendre.fr’
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France - Le régime de séparation entre l’État laïque et les cultes - Dernière modification : 25 juillet 2022 - Par : La Rédaction – Document ‘vie-publique.fr’ Institutions Société
Depuis le début du 20e siècle, la France est un État laïque : ’La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte’ en vertu de l’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État. La loi Séparatisme du 24 août 2021 a modifié certains aspects du régime issu de la loi de 1905.
Sommaire :
1. La République ne reconnaît aucun culte
2. Les associations cultuelles et ayant des activités cultuelles
3. Le régime des lieux de culte
4. Le financement des cultes et son contrôle
5. Le statut des ministres du culte
La laïcité est devenue un principe à valeur constitutionnelle avec la Constitution du 27 octobre 1946 (article 1er : ’La France est une République laïque’), puis avec la Constitution de la Ve République de 1958 (article 1er : ’La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances…’). Le régime de séparation mis en place par la loi de 1905 organise les cultes en associations cultuelles et modifie la gestion des lieux de culte ainsi que le statut des ministres du culte.
La République ne reconnaît aucun culte
Sous le régime concordataire instauré en 1802, l’État reconnaissait quatre cultes (catholique, protestant réformé et luthérien, israélite) organisés et financés selon le droit public. Les cultes reconnus étaient organisés en service public du culte. L’État rémunérait les ministres du culte et participait à leur désignation ainsi qu’à la détermination des circonscriptions religieuses. Les autres cultes n’étaient pas reconnus et étaient souvent considérés comme des sectes.
La loi de 1905 abolit le Concordat et le système des cultes reconnus : il n’y a plus de religion recevant une consécration par l’État et tous les cultes sont sur un pied d’égalité. En posant le principe de la non-reconnaissance, la loi n’institue pas pour autant une ignorance légale du fait religieux. Elle met simplement fin à l’opposition entre cultes reconnus et cultes non reconnus. Désormais, l’État n’ignore plus aucun culte.
Les cultes, en cessant d’être des institutions publiques, sont désormais soumis au droit privé. L’article 2 de la loi de 1905 prévoit ainsi que les établissements publics du culte, jusque-là chargés de la gestion des lieux de culte, doivent être remplacés par des associations cultuelles qui relèvent de la loi de 1901 sur les associations. Le même article inscrit dans la loi la suppression du financement public pour l’exercice du culte. Au 1er janvier 1906, sont supprimées ’des budgets de l’État, des départements et des communes, toutes dépenses relatives à l’exercice des cultes’ .
Quelques exceptions :
La loi de 1905 ne s’applique pas partout en France. En Alsace-Moselle, et dans certains territoires d’outre-mer, en particulier en Guyane, le système des cultes reconnus demeure.
Les associations cultuelles et ayant des activités cultuelles
Les associations cultuelles ou ’loi de 1905’
En 1905, l’exercice du culte est organisé dans un cadre associatif : les cultes deviennent des associations spécifiques dans leur objet. La loi crée le statut d’associations cultuelles, associations conformes à la loi du 1er juillet 1901 réglant le régime général des associations mais qui sont soumises à des obligations supplémentaires. On estime aujourd’hui à environ 5 000 le nombre des associations cultuelles, les plus nombreuses étant les protestantes.
Les obligations de gouvernance et de fonctionnement de ces associations ont été renforcées par la loi du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République, dite ’loi Séparatisme’.
Les associations cultuelles doivent :
- avoir ’exclusivement pour objet l’exercice d’un culte’ ;
- être composées au minimum de sept personnes, domiciliées dans la circonscription religieuse définie par les statuts de l’association ;
- prévoir, dans leurs statuts, un ou plusieurs organes délibérants pour les décisions les plus importantes (adhésion des nouveaux membres, modification des statuts, cession de biens immobiliers, recrutement des ministres du culte lorsque l’association y procède elle-même...). Il s’agit d’empêcher des prises de contrôle malveillantes par des groupes radicaux (clause dite anti-putsch) ;
- déclarer tous les cinq ans leur qualité cultuelle auprès du préfet du département, qui dispose d’un droit d’opposition. En l’absence d’opposition, cette déclaration permet aux associations de bénéficier des avantages, en autres fiscaux, liés à leur nature cultuelle ;
- tenir tous les ans une assemblée générale d’approbation des actes de gestion financière et d’administration de leurs biens.
Un décret du 27 décembre 2021 relatif aux associations cultuelles régies par la loi du 9 décembre 1905 est venu détailler la procédure de déclaration de la qualité cultuelle en préfecture. Il prévoit en particulier que les associations doivent fournir ’la liste des lieux où est organisé habituellement l’exercice public du culte’.
Les associations cultuelles existantes avant le 26 août 2021 disposent d’un certain délai pour mettre à jour leurs statuts. Avant la ’loi Séparatisme’, les associations ’loi 1905’ pouvaient s’assurer de leur caractère cultuel dans le cadre d’un rescrit administratif ou au détour de la déclaration d’une libéralité reçue.
Un peu d’histoire : les associations cultuelles diocésaines
Contrairement aux cultes protestante et israélite, l’Église catholique a refusé de mettre en oeuvre la loi de 1905, craignant notamment la création d’associations cultuelles diverses qui échapperaient à sa hiérarchie. Ce refus a conduit à l’adoption en urgence de la loi du 2 janvier 1907 concernant l’exercice public des cultes,qui a crée des associations dites ’mixtes’. Ce n’est toutefois qu’en 1923-24, après accord entre le Saint-Siège et la France, que l’Église catholique a trouvé son organisation définitive dans le cadre d’associations diocésaines dotées de statuts-type, dont le Conseil d’État a jugé dans un avis de 1923 qu’ils étaient ’compatibles’ avec la loi de 1905. Les associations diocésaines sont présidées par les évêques nommés par le Pape, et ont pour objet de ’subvenir aux frais et à l’entretien du culte catholique, sous l’autorité de l’évêque, en communion avec le Saint-Siège, et conformément à la constitution de l’Église catholique’.
Les associations ayant des activités cultuelles ou ’loi de 1907’
Les dernières décennies ont vu émerger, à la faveur des mouvements migratoires, des cultes autrefois très minoritaires en France, en particulier l’islam, le bouddhisme et le culte orthodoxe. Ces religions ont été réticentes à créer des associations cultuelles ’loi 1905’, notamment en raison des obligations de transparence et de contrôle qui leur sont imposées et de la condition d’exercice exclusif du culte. Ces cultes ont donc choisi de se placer sous le régime autorisé par la loi de 1907, qui permet d’exercer le culte sur initiative individuelle ou via une association simplement déclarée. Ces associations sont dites ’mixtes’ car elles peuvent exercer d’autres activités que des activités cultuelles (de bienfaisance, culturelles ou encore socio-éducatives). On n’en connaît pas leur nombre. Les cultes bouddhiste et musulman sont principalement organisés sous ce statut.
Le régime de ces associations mixtes a également été modifié par la ’loi Séparatisme’. Les associations mixtes doivent :
- mentionner dans leur objet statutaire l’accomplissement d’activités en relation ’avec l’exercice public d’un culte’. Le préfet peut les mettre en demeure de mettre en conformité leurs statuts ;
- tenir tous les ans une assemblée générale d’approbation des actes de gestion financière et d’administration de leurs biens ;
- tenir et communiquer au préfet la liste des lieux dans lesquels elles exercent le culte.
Un décret du 23 décembre 2021 précise la loi.
À savoir
Plusieurs organisations catholiques, protestantes et orthodoxes ainsi que le président de la conférence des évêques de France ont demandé au Conseil d’État, à l’appui d’un recours en annulation contre les décrets des 23 et 27 décembre 2021, de transmettre deux questions prioritaires de constitutionnalité (QPC), portant sur les nouvelles obligations administratives et comptables qu’impose la ’loi Séparatisme’. Le Conseil constitutionnel a rendu sa décision le 22 juillet 2022. Le régime de déclaration des associations cultuelles est jugé conforme à la Constitution. Dans le cas où le préfet retire la qualité d’association cultuelle, le Conseil a précisé que ce retrait ne pouvait pas conduire à la restitution des avantages dont l’association avait bénéficiés avant la perte de sa qualité d’association cultuelle.
Le régime des lieux de culte {{}}
La séparation des Églises et de l’État a conduit à la redéfinition des règles de propriété, de jouissance et d’entretien des édifices cultuels. La loi de 1905 avait prévu trois cas de figure :
- les édifices cultuels propriétés de l’État ou des collectivités locales avant la loi de 1905 (notamment les églises catholiques nationalisées lors de la Révolution française) et qui sont restés dans le domaine public ;
- les édifices cultuels qui appartenaient aux établissements publics du culte et qui ont été transférés aux associations cultuelles nouvellement constituées. En 1905, les protestants et les israélites sont ainsi devenus propriétaires de leurs temples, églises et synagogues. Les catholiques ayant refusé les associations cultuelles, les églises catholiques sont devenues des propriétés publiques dévolues à l’exercice du culte (loi du 2 janvier 1907). Leur entretien est pris en charge par la collectivité publique, ce qui constitue un avantage significatif pour la communauté catholique.
- les édifices cultuels construits après 1905 et qui sont la propriété des associations cultuelles ou diocésaines qui les ont construits.
D’après un rapport du Sénat publié en 2015, 90% des églises catholiques appartiennent aux communes, contre 12% pour les temples et églises protestantes et 3% pour les synagogues.
Les cultes qui se sont développés plus tard en France sous la forme d’associations mixtes ’loi 1907’ sont propriétaires de leurs lieux de culte (mosquées, pagodes, églises orthodoxes ou évangéliques...). Ces lieux appartiennent parfois aussi à des fédérations, à des groupements d’associations ou à des États étrangers.
Aujourd’hui, des fondations reconnues d’utilité publique oeuvrent pour la construction et la gestion des lieux de culte, en accord avec les maires des communes concernées (fondation de l’Islam de France, fondation du patrimoine juif de France, fondation du protestantisme...).
Le patrimoine religieux et les communes : le point en cinq questions
Questions-réponses
15 septembre 2022
https://www.vie-publique.fr/files/styles/card/public/en_bref/eglise-perigord.jpg?itok=SJzLIPR-
Le financement des cultes et son contrôle {{}}
L’article 2 de la loi du 9 décembre 1905 interdit le subventionnement public des cultes. L’attribution d’une subvention pourrait être interprétée comme la reconnaissance officielle d’un culte.
Par exception, les collectivités publiques peuvent accorder une aide aux associations cultuelles pour des travaux de réparation ou d’accessibilité des lieux de culte, qu’ils soient ou non classés monuments historiques. Elles peuvent aussi financer les dépenses d’entretien des édifices religieux dont elles sont restées ou devenues propriétaires après 1905.
De plus, les communes et les départements peuvent garantir les prêts contractés par les associations cultuelles pour construire des édifices du culte. Les communes peuvent aussi consentir des baux emphytéotiques aux associations cultuelles moyennant un loyer symbolique. Dans ces deux cas, la collectivité locale doit en informer auparavant le préfet depuis la ’loi Séparatisme’.
Pour se financer, les associations cultuelles ’loi 1905’ sont autorisées à percevoir et détenir des ressources propres : cotisations de leurs fidèles déductibles des impôts, dons et legs, produits des quêtes et des collectes, biens cultuels, etc. Face à la raréfaction des dons des fidèles, la loi du 24 août 2021 a élargi la liste de ces ressources aux revenus, notamment locatifs, tirés des immeubles de rapport (qui ne sont pas liés au culte) acquis par don ou par legs.
La ’loi Séparatisme’ impose également aux associations cultuelles de nouvelles contraintes de transparence comptable et financière :
- contenu des comptes annuels renforcé ;
- établissement à partir de 2023 d’un compte séparé de leurs financements provenant de l’étranger (d’un État, d’un organisme, d’une personne ou d’une fiducie) ;
- obligation de certifier leurs comptes lorsqu’elles reçoivent des financements étrangers (avantages ou ressources) supérieurs à 50 000 euros ;
- obligation dedéclarer au ministère de l’intérieur les financements étrangers dépassant 15 300 euros sur un an, etc.
Les associations ayant des activités cultuelles ’loi 1907’ peuvent, de leur côté, recevoir des cotisations, des dons d’argent et des apports mobiliers et immobiliers et faire appel à la générosité publique. Pour leurs activités non-cultuelles, elles peuvent obtenir des subventions publiques.
Avant la ’loi Séparatisme’, seule une circulaire de 2010 du ministère de l’intérieur précisait aux préfets comment traiter ces associations. Désormais, ces associations doivent respecter, comme les associations cultuelles, de nouvelles obligations de transparence financière et comptable :
- obligation d’ouvrir un compte bancaire pour leurs dépenses cultuelles ;
- obligation de séparer dans leurs comptes annuels leurs activités cultuelles ;
- obligation de certifier leurs comptes dès lors qu’elles délivrent des reçus ouvrant droit à réduction fiscale, qu’elles bénéficient de subventions publiques qui dépassent annuellement 23 000 euros ou que leur budget annuel dépasse 100 000 euros ;
- mêmes contraintes que les association cultuelles en cas de financements étrangers, etc.
Pour les associations créées avant la ’loi séparatisme’, ces obligations sont applicables à partir de 2023.
L’objectif de la loi de 2021 est d’aboutir à ce que les religieux qui privilégient aujourd’hui la forme de l’association mixte demandent la création d’une association cultuelle, l’exercice du culte n’étant pas une activité neutre.
Le statut des ministres du culte {{}}
Avec la loi de 1905, l’État cesse de salarier les ministres des cultes reconnus. Dès lors, il n’y a plus, à proprement parler, de statut spécifique pour ces officiants.
Néanmoins, du fait même de leurs fonctions, les ministres du culte peuvent être soumis à des règles particulières. Par exemple, ils n’ont pas le droit d’enseigner dans les écoles primaires publiques.
De même, les religieux dont la fonction est essentiellement pastorale ne sont pas reconnus comme salariés d’une autorité religieuse. Les rapports entre un ministre du culte et son autorité religieuse échappent au droit du travail et les tribunaux se sont toujours déclarés incompétents pour en juger. L’Église catholique, par exemple, donne le primat au droit canonique selon lequel c’est l’ordination qui crée le lien entre le prêtre et son évêque, il ne peut être question de contrat de travail entre un prêtre et une association diocésaine.
En 1978, a été mis en place un régime d’assurance maladie, maternité, vieillesse, applicable aux ministres des cultes et membres des congrégations et collectivités religieuses. Le conseil d’administration de la Caisse d’assurance vieillesse, invalidité et maladie des cultes (Camivac), organisme national sous la tutelle de l’État créé en 2000 et chargé de gérer ce régime, rassemble des représentants des cultes catholique, musulman, orthodoxe, anglican, bouddhiste et évangélique. Les ministres du culte juifs ou protestants ont eux accepté l’adhésion au régime général de la sécurité sociale en 1945.
L’État et les cultes - Laïcité et loi de 1905 {{}}Dossier 29 juin 2022
Mots clés : Justice - Droits fondamentaux Laïcité Société - Population Religion
Les relations États-religions en Europe et la laïcité - Anne-Laure ZWILLING – Document ‘ehne.fr’
Partout dans le monde, les États doivent gérer les relations avec les religions, qui représentent souvent un pouvoir social et politique. Cela peut se faire de bien des façons, et une des modalités possibles de cette gestion du religieux par l’État est la laïcité. Il s’agit d’un principe juridique de séparation de la société civile et de la société religieuse, qui implique l’impartialité ou la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses. La laïcité est loin d’être une réalité univoque. L’histoire, la culture et les dynamiques politiques spécifiques à chaque nation ont mené la mise en œuvre des relations entre l’État et les religions selon des modalités différentes. L’Europe présente de ce fait un panorama varié des organisations nationales des relations entre États et religion. Les approches quant à l’affichage public de la religion, au financement des institutions religieuses, et au rôle de la religion dans l’éducation et les affaires publiques peuvent varier considérablement.
Extrait de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État publiée au Journal officiel du 11 décembre 1905, Archives nationales de France. Agrandir l’image
Extrait de la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État publiée au Journal officiel du 11 décembre 1905, Archives nationales de France. Source : www.assemblee-nationale.fr
Anonyme, La Séparation de l’Église et de l’État, 1904, lithographie, 57 x 40,5 cm, don de Mme Germaine Martin Combes, Coll. Ville de Castres (Tarn), Centre national et musée Jean Jaurès, Inv. 1959.40.1.Agrandir l’image
Anonyme, La Séparation de l’Église et de l’État, 1904, lithographie, 57 x 40,5 cm, don de Mme Germaine Martin Combes, Coll. Ville de Castres (Tarn), Centre national et musée Jean Jaurès, Inv. 1959.40.1.
Sommaire : {{}}
• Le poids de l’histoire
• Une variété de configurations nationales
• Évolutions récentes et perspectives d’avenir
Le poids de l’histoire{{}}
L’attention portée à la pluralité des modes de gouvernance de la religion par l’État est plutôt récente. On a longtemps considéré que le type des relations Église-État était surtout dépendant de la religion historiquement prédominante dans un pays. Cette affirmation ne résiste cependant pas à l’analyse.
Dans les pays à majorité protestante, une Église particulière est souvent « établie » et a un statut particulier, reflet de l’importance historique et culturelle du protestantisme dans ces sociétés. Par exemple, l’Église anglicane est l’Église établie de l’Angleterre, dont le souverain est le chef de l’Église. On observe aussi au Danemark et en Norvège, où les Églises luthériennes nationales sont établies et financées par l’État, cette relation étroite entre l’État et l’Église. Le Danemark revendique pourtant d’être un pays laïque, affirmant un pragmatisme politique qui implique que toute décision législative ou administrative doit être prise sans tenir compte de la religion. En Suède, l’Église luthérienne (Svenska kirkan) a longtemps eu le statut d’Église d’État, mais la séparation de l’Église et de l’État s’est faite à la fin du 20e siècle : le pays a mis fin à ce statut en 1998, même si certaines activités de l’Eglise de Suède demeurent encore étroitement liées à l’État. Dans les autres pays de culture protestante, ce statut d’Église établie est également en débat depuis la fin du xxe siècle. En Estonie qui a été majoritairement protestante, l’État et les religions sont fortement séparés.
De par son histoire, l’Église orthodoxe bénéficie souvent d’un statut privilégié dans les pays à majorité orthodoxe. En Grèce, l’État paie les salaires de prêtres et la Constitution grecque reconnaît l’orthodoxie comme la religion prédominante. En Russie, l’Église orthodoxe russe est fortement soutenue par le gouvernement. En Roumanie néanmoins, l’État traite de manière égale les 18 cultes reconnus qui sont financièrement soutenus et ont la possibilité d’organiser un enseignement religieux. La Bulgarie, de son côté, bien qu’elle déclare que le christianisme orthodoxe oriental est la religion traditionnelle, affirme la séparation de l’État et des institutions religieuses.
Les pays historiquement à majorité catholique montrent aussi une certaine diversité. À Malte, le catholicisme reste la religion d’État. Plusieurs autres pays ont passé des accords avec le Vatican : l’Italie maintient une relation de coopération avec l’Église catholique, régie par les accords de Latran de 1929 et le concordat de 1984 qui reconnaissent l’importance de l’Église tout en garantissant la liberté religieuse. La Croatie a également passé des accords avec le Saint-Siège, règlementant le statut de l’Église catholique dans le pays. Depuis 1978, l’Espagne n’a plus de religion officielle : sa constitution s’appuie sur les principes de l’aconfessionalité de l’État, de la liberté religieuse et de l’égalité des citoyens. Il existe cependant des possibilités de coopération entre l’État et les groupes religieux. La Pologne a renforcé les liens entre l’État et l’Église catholique après la chute du communisme, et l’Église y joue un rôle important dans la vie publique et politique. En République tchèque, malgré une majorité catholique historique, se maintient une séparation stricte entre l’État et les religions.
Enfin, en France, une laïcité stricte a été instaurée après la Révolution française, en réaction à l’influence de l’Église catholique sur l’État. Ce régime a été fixé par la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État. Les pays de tradition multiconfessionnelle, quant à eux, sont caractérisés par une collaboration de l’État et des religions : l’Allemagne a un système de reconnaissance officielle des Églises et entretient une relation de coopération avec ces cultes reconnus qui peuvent bénéficier d’avantages spécifiques. Les Pays-Bas maintiennent une séparation souple entre l’État et les religions, ce qui permet la coopération, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’aide sociale.
Une variété de configurations nationales {{}}
Même si les religions ont pendant très longtemps été, et sont encore dans certains pays, un élément très important de définition d’une identité nationale, la situation présente ne permet pas d’affirmer une relation claire entre religion dominante et type de relation État-religions. Certes, la religion majoritaire a pu jouer un rôle dans l’établissement des relations entre l’État et les religions. Cependant, les histoires nationales pèsent fortement sur cette organisation, et dans des pays à majorité similaire, les réalités restent le plus souvent variées. En effet, des changements intervenus dans ces relations État-religions au cours des dernières décennies du xxe siècle ont au contraire accru les différences entre pays ayant eu la même religion majoritaire – voir par exemple les évolutions mentionnées plus haut pour la Suède, l’Espagne ou encore l’Italie.
Il existe donc de nos jours une grande diversité des relations État-religions - sans doute d’autant plus grande qu’il peut se trouver un certain décalage entre le cadre juridique et la réalité.
Actuellement, ces relations se répartissent entre deux pôles. À l’une des extrémités, on trouve une séparation stricte entre État et religions : l’État est totalement neutre vis-à-vis des religions, n’en favorise aucune et interdit toute manifestation religieuse dans les institutions publiques. Ce sont des expressions différentes du principe de laïcité que l’on trouve, avec des combinaisons variables, en Estonie, France, Irlande, Suède et aux Pays-Bas.
À l’opposé de cette gestion laïque, on trouve les situations dans lesquelles l’Etat donne à une religion un statut particulier et privilégié, celui de religion d’État. C’est le cas de Chypre, du Danemark, de la Finlande, de la Grèce, de Malte et du Royaume-Uni.
Entre ces deux extrêmes, on rencontre différentes modalités de reconnaissance officielle des groupes religieux. Cette reconnaissance peut être identique pour tous les groupes ou accorder un statut différent à certains en fonction de leur importance numérique ou historique. L’Allemagne, l’Autriche, la Belgique, l’Espagne, l’Estonie, la Hongrie, l’Italie, la Lettonie, la Lituanie, le Luxembourg, la Pologne, le Portugal, la République tchèque, la Slovaquie et la Slovénie illustrent ces divers régimes de reconnaissance.
Évolutions récentes et perspectives d’avenir {{}}
Les relations État-religions ont toujours évolué, notamment parce qu’elles dépendent des relations de pouvoir entre ces deux entités. Or, les rapports entre les structures étatiques et les institutions religieuses se sont beaucoup modifiés au cours du siècle passé. Deux évolutions sociales du siècle en cours renforcent ce mouvement. Il s’agit d’abord de la diminution du nombre des fidèles. Même s’il existe des disparités importantes entre Ouest et Est de l’Europe, la sécularisation y demeure un mouvement sensible. Cette dynamique est accompagnée par une pluralisation religieuse grandissante due aussi bien aux mouvements migratoires qu’aux changements religieux au niveau individuel.
Une tendance générale est cependant repérable en Europe qui va dans le sens d’une relation moins intense entre État et religions. Dans plusieurs pays, le statut de religion officielle, religion nationale ou religion d’État a désormais disparu. La plupart des pays européens garantissent la liberté religieuse et interdisent la discrimination basée sur la religion. Le statut privilégié qui était celui de la religion majoritaire tend à disparaître au profit d’un traitement plus égalitaire des différents groupes. Enfin, les pays dans lesquels il existe une reconnaissance de certains groupes religieux, ou dans lesquels les groupes religieux peuvent passer contrat avec l’Etat (l’Italie par exemple), voient augmenter le nombre de groupes reconnus ou contractualisés. La prise en compte par l’Etat de toutes les options d’adhésion religieuse, qu’il s’agisse de la religion majoritaire, de religions minoritaires, ou d’absence de religion, est officiellement la règle en Europe.
Cette évolution des appartenances religieuses, sensible dans tous les pays, suscite cependant partout un changement des rapports de force non seulement entre groupes religieux, mais aussi entre religieux et non-religieux. Des conflits émergent, principalement pour obtenir des ressources financières et organisationnelles ou pour négocier les droits que les groupes religieux peuvent obtenir de l’Etat. Le changement dans les rapports de pouvoir entre groupes, et entre l’Etat et les groupes, amène à une modification des statuts (perte de privilèges pour certains, gain de privilèges pour d’autres). Les religions minoritaires, fréquemment l’islam mais également les groupes religieux socialement controversés, sont soit l’occasion soit le révélateur de ces changements politiques et sociaux. Cela amènera sûrement à l’avenir encore des changements dans les rapports Etat-religions, et sans doute des compréhensions modifiées de la laïcité et de sa mise en œuvre.
Citer cet article : Anne-Laure Zwilling , « Les relations États-religions en Europe et la laïcité », Encyclopédie d’histoire numérique de l’Europe [en ligne], ISSN 2677-6588, mis en ligne le 12/06/24 , consulté le 07/05/2025. Permalien : https://ehne.fr/fr/node/22339
Bibliographie :{{}}
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Norman Doe, Law and Religion in Europe. A Comparative Introduction, Oxford, Oxford University Press, 2000.
Grace Davie, Religion in Modern Europe. A Memory Mutates, Oxford, Oxford University Press, 2000.
Grace Davie et Lucian Leustean (dir.), Oxford Handbook on Religion and Europe, Oxford, Oxford University Press, 2022.
François Foret, Religion and Politics in the European Union. The Secular Canopy, Cambridge, Cambridge University Press, 2015.
Site EUREL d’information sur l’état juridique et sociologique des religions en Europe
Observatoire international du religieux
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Visite du pape François à Marseille : 5 graphiques sur la pratique religieuse en Europe – Date 23 septembre 2023 - Document ‘legrandcontinent.eu/fr/’ Brèves Religion
5 graphiques clefs pour faire le point, éclairés par les spécialistes Vincent Tiberj et Gerhard Robbers{{}}
Le pape est aujourd’hui à Marseille pour une messe à laquelle assistera Emmanuel Macron. À l’échelle européenne, qu’en est-il réellement de la pratique religieuse et des liens entre religion et politique ?
Au niveau européen la tendance de fond est la sécularisation — c’est-à-dire l’augmentation de la population se définissant comme « sans religion ». En France, où le pape François est arrivé vendredi, la proportion de personnes se déclarant « sans religion » atteignait 44 % en 2022.
- Cette tendance est corrélée à un renouvellement générationnel, que l’on observe également en Pologne : comme le note Vincent Tiberj, « plus une génération est jeune, moins on y compte de gens qui se disent rattachés à une religion ».
D’importantes variations selon les pays sont à noter concernant le niveau de pratique religieuse. Un index comparatif agrégé à partir de plusieurs métriques par le Pew Research Center plaçait en 2018 la Roumanie en tête des pays les plus pratiquants.
- Ces différences se traduisent au niveau national par une importante disparité dans les relations entre l’État et les religions. Cependant, comme le note le professeur Gerhard Robbers, « malgré des différences historiques, il existe aujourd’hui en Europe une approche commune à l’égard des communautés religieuses qu’on pourrait résumer à un système de coopération entre l’État et les communautés religieuses ».
À l’échelle de l’Union européenne, les dépenses dédiées au poste défini par Eurostat comme « Services religieux et communautaires » — une sous-catégorie de la catégorie budgétaire incluant les dépenses liées aux loisirs et à la culture — représentent seulement 0,1 % du budget national des États membres.
- La Hongrie est le pays qui présente les dépenses les plus élevées pour la religion, en proportion de son budget.
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Emmanuel Macron appelle les francs-maçons à défendre la laïcité face au ’piège de la lecture identitaire’ - Article rédigé par franceinfo avec AFP France Télévisions - Publié le 05/05/2025 22:57
’Prenons garde au piège que préparent ceux qui voudraient faire de la loi de 1905 une lecture identitaire (…) dans le seul but de s’attaquer aux religions’ a déclaré lundi le président de la République lors d’un discours à la Grande Loge de France.
Le président Emmanuel Macron lors de son discours à la Grande Loge de France, le 5 mai 2025, à Paris. (SARAH MEYSSONNIER / AFP)Agrandir l’image
Le président Emmanuel Macron lors de son discours à la Grande Loge de France, le 5 mai 2025, à Paris. (SARAH MEYSSONNIER / AFP)
A quelques mois du 120ème anniversaire de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l’Etat, Emmanuel Macron a pris la parole devant les francs-maçons de la Grande Loge de France, lundi 5 mai. Il a appelé son auditoire à être une ’vigie’ de la laïcité. Dénonçant ceux qui ’veulent l’effacer, la trahir ou la détourner’, le président français demande aux francs-maçons de montrer que ’ce n’est pas une loi d’exclusion mais de réunion’, d’’aller répéter sans cesse que le seul mot qui s’accorde à la laïcité est celui de liberté’.
’La France laïque est la fille naturelle de la République (...) Prenons garde au piège que préparent ceux qui voudraient faire de la loi de 1905 une lecture identitaire sous prétexte de laïciser la société, dans le seul but de s’attaquer aux religions, aux croyances, en particulier au nom de leur prétendue incompatibilité avec les valeurs de la République’, a martelé Emmanuel Macron.
Première visite d’un président français{{}}
Le discours du chef de l’Etat intervient alors que le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, est accusé de surenchérir sur les questions de la laïcité face à l’islam. Le candidat à la présidence des Républicains propose notamment d’étendre les dispositions de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux aux accompagnatrices de sorties scolaires et aux compétitions sportives.
Il s’agissait de la première visite d’un président de la République à la Grande Loge de France, deuxième obédience maçonnique en France après le Grand Orient de France. Elle compte 32.000 membres, contre 55.000 pour le Grand Orient.
Déplacement du Président de la République Française Emmanuel Macron à la Grande Loge de France - Publié le 05 mai 2025 – Document officiel ‘elysee.fr’
https://www.elysee.fr/cdn-cgi/image/format=auto%2Cquality=100%2Cwidth=370%2Cheight=192%2Ctrim=222%3B0%3B81%3B0%2Cfit=cover/images/default/0001/18/17fa5e7a45389a901d12a317edc9e5800f343fb9.jpgAgrandir l’image
Le Président Emmanuel Macron s’est rendu à la Grande Loge de France, ce lundi 5 mai 2025.{{}}
À l’approche du 120ème anniversaire de la loi de séparation des Églises et de l’État, le Président de la République a réalisé sa première visite présidentielle au sein de l’obédience de la Grande Loge de France.
Le chef de l’État a réaffirmé l’esprit de liberté qui fonde la loi de 1905 afin que chacun puisse se reconnaître en République.
Quelque chose a changé sur le logo de l’Élysée, mais quoi ?
Ancien (à gauche) et nouveau logo (à droite) -Explication : https://www.ouest-france.fr/politique/emmanuel-macron/quelque-chose-change-sur-le-logo-de-l-elysee-mais-quoi-5966838
Source : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2025/05/05/deplacement-a-la-grande-loge-de-france
À la Grande Loge de France – Vidéo 40:27 - Élysée - 05 mai 2025 - Pour suivre la Présidence de la République :
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Source : https://www.youtube.com/watch?v=AoJH3WquBMw
Emmanuel Macron appelle les francs-maçons à défendre la laïcité face au « piège de la lecture identitaire » - Le Monde avec AFP – Publié le 05 mai 2025 à 21h04, modifié à 23h17 – Document ‘Le Monde’ - SociétéLaïcité
« Prenons garde au piège que préparent ceux qui voudraient faire de la loi de 1905 une lecture identitaire (…) dans le seul but de s’attaquer aux religions », a affirmé le chef de l’Etat, lundi lors d’un discours à la Grande Loge de France, à quelques mois du 120ᵉ anniversaire de la loi de séparation des Eglises et de l’Etat.
JH2025-05-06T22:02:00J
Le président Emmanuel Macron après son discours à la Grande Loge de France, la plus ancienne obédience maçonnique de France, accompagné de la ministre de la culture, Rachida Dati, et du grand maître franc-maçon, Thierry Zaveroni, à Paris, lundi 5 mai 2025.Agrandir l’image
Le président Emmanuel Macron après son discours à la Grande Loge de France, la plus ancienne obédience maçonnique de France, accompagné de la ministre de la culture, Rachida Dati, et du grand maître franc-maçon, Thierry Zaveroni, à Paris, lundi 5 mai 2025. SARAH MEYSSONNIER / AFP
Article complet à lire à partir de cette source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2025/05/05/emmanuel-macron-appelle-les-francs-macons-a-defendre-la-laicite-face-au-piege-de-la-lecture-identitaire_6603234_3224.html
Livre - Géopolitique des religions – Un nouveau rôle du religieux dans les relations internationales ? - Blandine Chélini-Pont, Roland Dubertrand, Valentine Zuber - Editions Le Cavalier Bleu, 2019, 176 p. - Annie De Nicola | 18 Fév 2020 | Géopolitique | Document ‘clio-cr.clionautes.org’
Géopolitique des religions – Un nouveau rôle du religieux dans les relations internationales ?
C’est avec un grand intérêt que nous avons pris connaissance de l’ouvrage sur la « Géopolitique des religions, un nouveau rôle du religieux dans les relations internationales ? ». Il s’inscrit parfaitement dans un thème proposé pour la classe de Première générale dans le cadre de la réforme des programmes mise en place pour la rentrée 2019, avec l’ouverture d’une spécialité intitulée, Histoire Géographie, Géopolitique et Sciences politiques, sur l’analyse des relations entre États et religions.
Le livre répond de manière magistrale à l’ensemble de la problématique du thème conclusif du programme de spécialité de la classe de première. Les auteurs decet ouvrage nous offrent une remarquable synthèse sur la place de la religion dans le monde actuel. C’est un livre très dense à la fois par la richesse et la précision des connaissances, par la clarté des informations et par les hypothèses proposées en si peu de pages, 198 au total. Cet ouvrage trouvera très vite son public, particulièrement les enseignants du secondaire et du supérieur qui trouveront toutes les informations nécessaires pour faire réfléchir les élèves et les étudiants à partir d’une présentation limpide mais complète sur la spécificité politique et sociale du phénomène religieux dans le monde, sur un renouveau d’intérêt pour le fait religieux dans l’espace international. Cet ouvrage est proposé parmi d’autres pour le prix du meilleur livre de géopolitique lors du festival géopolitique qui se tiendra courant mars 2020 à Grenoble à l’initiative de l’École de Management. On souhaite aux auteurs tout le succès mérité.
C’est un ouvrage rédigé par deux universitaires spécialistes de la question religieuse dans le cadre des relations internationales et par un diplomate attaché au ministère des Affaires étrangères.
Blandine Chélini-Pont est professeur d’histoire contemporaine à l’Université d’Aix-Marseille, titulaire d’un doctorat en histoire des relations internationales à Sciences-po Paris puis Docteure en histoire du droit et HDR de la Section Sciences religieuses de l’École pratique des hautes études. Elle travaille sur l’interaction contemporaine entre religions et relations internationales.
Roland Dubertrand est diplomate au ministère des Affaires étrangères. Il a été conseillé pour les affaires religieuses du ministère des Affaires étrangères de 2011 à 2014 et il est actuellement ambassadeur de France au Chili au moment de la publication du livre.
Valentine Zuber est historienne, titulaire de la chaire « Religions et relations internationales » à l’École pratique des hautes études. Elle travaille sur les paradoxes de la défense de la liberté de religion et de conviction dans le monde, dans le cadre de l’universalisation des droits humains.
La volonté des auteurs est de montrer le poids actuel grandissant des représentations religieuses auprès des États souverains et des grandes instances internationales sans pour autant faire le lien systématique entre religion et violence. Les auteurs souhaitent présenter une réflexion plus large sur l’influence de la religion dans le monde et aborder les différentes complexités autour du fait religieux. Bien que le phénomène de sécularisation soit attesté dans la plupart des sociétés, les mouvements religieux sont devenus progressivement des acteurs incontournables.
Ensuite les auteurs ont cherché à présenter les multiples dimensions du facteur religieux en décrivant la présence des religions dans l’ordre international à travers leur représentation dans les organisations à différentes échelles, de décrire les développements et les diverses mutations du religieux dans le monde. L’ouvrage tient à rendre compte de l’influence mondiale des différents mouvements religieux et de faire bien la distinction entre ce qui relève du religieux et du politique.
Néanmoins les auteurs montrent bien que les religions sont redevenues des acteurs incontournables des relations internationales contemporaines. Le conflit israélo-palestinien, la guerre civile au Sri Lanka, le terrorisme d’Al Qaïda à Daech ou les derniers massacres des suprématistes à l’encontre des populations musulmanes en Nouvelle-Zélande montrent bien que le réveil de la violence à justification religieuse est une réalité.{{}}
Quatre axes sont retenus par les auteurs pour analyser l’influence des religions dans le monde. Un premier thème est centré sur la présence des religions dans l’ordre international permettant de faire un tableau des représentations et des mobilisations des acteurs institutionnels et de voir quelle est la place de la défense de la liberté religieuse dans le monde.
Un deuxième thème est centré sur l’analyse des réseaux religieux dans la mondialisation avec une réflexion sur les liens entre les réseaux religieux, les sociétés civiles et les relations internationales.
Une troisième partie concerne les usages du religieux dans les relations entre États. Les auteurs proposent une réflexion au cœur du questionnement actuel sur la référence religieuse utilisée ou non par les États dans leurs relations extérieures, une réflexion sur la place de la référence religieuse dans l’identité d’un État dit libéral ou officiellement religieux.
Une dernière partie aborde le rôle des religions dans la déstabilisation des États avec l’émergence des groupes armés religieux depuis la fin de la Guerre froide qui a vu apparaître l’émergence « d’une conflictualité identitaire-religieuse ». Ce sont ces mouvements nés à l’intérieur d’un État dont l’exemple dès les années 1980- 1990 est la crise yougoslave pour ensuite au tournant des années 2000, aboutir à une logique djihadiste et expansionniste. Les auteurs rappellent que toutes les causes des groupes armés n’ont pas été islamistes ni même islamiques.
Présence des religions dans l’ordre international{{}}
La présence des religions dans le monde incarnée par des acteurs religieux impliqués dans des missions classiques par le biais des représentations spécifiques dans l’ordre international, n’est pas une nouveauté. Pour les auteurs l’influence des religions dans le cadre institutionnel existe depuis le début du XXe siècle mais elle se renforce aujourd’hui. Les acteurs religieux deviennent de plus en plus des acteurs décisifs du monde global .{{}}
La plupart des religions ont pour but de développer une culture de paix, d’intervenir dans le règlement de certains conflits dans le cadre d’un dialogue interreligieux. Les acteurs religieux « officiels » continuent de développer leurs activités classiques sur la scène internationale. Mais une part non négligeable de ces acteurs religieux entend de s’imposer de plus en plus sur des questions sociétales comme par exemple la reconnaissance légale ou sociale de l’homosexualité. Les représentants des religions entendent également lutter envers les dérives antireligieuses qui se seraient aggravées selon eux ces dernières années à travers la banalisation de la « diffamation des religions », comme la réactivation moderne de la notion de blasphème.
Une forte pression religieuse conservatrice anime les mouvements soutenant la criminalisation de l’avortement comme de l’homosexualité dans de nombreux pays. Comme le notent les auteurs de l’ouvrage, seules l’Union européenne, la Cour européenne des droits de l’Homme et dans une moindre mesure le Conseil de l’Europe défendent fermement ces libertés publiques.
Les auteurs établissent ensuite un état des lieux des différentes représentations religieuses et de leurs relations avec les grandes instances internationales. Les auteurs montrent les liens toujours plus étroits entre ces différentes institutions religieuses qui se structurent de plus en plus comme des organisations religieuses étatiques autonomes en jouant un rôle influent dans le cadre des relations diplomatiques auprès des États. Ils évoquent la singularité de l’État catholique en rappelant un accord historique signé avec l’Italie en 1929 qui a donné au siège de l’évêché de Rome une réelle souveraineté.
De ce fait le Vatican est présent dans plus d’une dizaine d’organisations interétatiques. Le Vatican est présent dans les organisations internationales hors ONU comme l’OIT, l’organisation de l’Union africaine, le Conseil de l’Europe et autres. Le pape agit comme un chef d’État et dispose au sein de son gouvernement d’un secrétaire d’État qui met en œuvre la politique internationale de l’église catholique.
Les autres Eglises chrétiennes, sans avoir de statut étatique, sont également représentées à l’échelle internationale, comme la Fédération luthérienne mondiale, le bureau du Patriarcat orthodoxe de Constantinople, le bureau du Patriarcat russe, celui de l’Eglise adventiste, etc. Cependant presque toutes ont des représentations auprès des Nations unies à New York et à Genève car leurs actions sont reconnues.
Ainsi dans l’Union européenne, la présence de représentations chrétiennes institutionnelles est entérinée par l’article 17 du traité de Lisbonne qui instaure le principe d’un dialogue entre les institutions européennes, les religions et d’autres organisations représentatives de la société civile.
Les Eglises chrétiennes ont mis par ailleurs en place des structures inter-chrétiennes créées en 1948 sous le Word Council of Churches, une organisation la plus large, rassemblant plus de 345 Églises (hors l’Eglise catholique) de plus de 110 pays, représentant 500 millions de chrétiens. Ce conseil est très structuré et influent.
Il existe toutes sortes de représentations internationales des religions non-chrétiennes comme le Word Jewis Congress ou le World Fellowhip of Buddhists fondée en 1950 à Colombo et regroupant plus de 35 représentations nationales venues d’Asie, d’Afrique, d’Europe et d’Amérique.
De même on trouve d’autres regroupements interreligieux destinés à promouvoir le dialogue spirituel et la défense de la paix comme le Parlement des religions du monde (Parliament of the World’s Religions) créé en 1893 à Chicago, un réseau imaginé par les organisateurs de l’exposition universelle tenue dans cette ville, et un autre réseau né en 1970, la Word Conference of Religions For Peace incluant aussi des religions à faible nombre de fidèles.
D’autres représentations religieuses sont financées par les États ou par des institutions internationales. D’Importance inégale, il s’agit de regroupements événementiels de prestige comme le congrès des responsables des religions mondiales et traditionnelles d’Astana, un instrument de communication du président kazakh ou bien des groupes de dialogues comme l’Alliance des civilisations sur une proposition du président iranien Mohamad Khatami à Barcelone en 2005, sous l’égide de l’ONU. Cela consiste à financer des projets à destination des jeunes grâce à l’aide octroyée par la Turquie, l’Espagne ou le Qatar. Ces groupements dépendant des États peuvent être des groupes de travail spécifiques mêlant des responsables religieux, universitaires et élus politiques ou bien de larges organisations au statut international financées par des États.
Les organisations islamiques se placent dans la dernière catégorie, des organisations au statut international hybride financées par des États et regroupant des États, exemples, le Congrès musulman mondial (World Muslim Congress) créé en 1926 en Égypte, la ligue islamique mondiale (Muslim World League) créée en 1962 par l’Arabie Saoudite, pour propager et protéger l’islam « authentique ». L’Organisation de la coopération islamique (Organization of Islamique, OIC) fondée par l’Arabie Saoudite en 1969 est une structure interétatique de 57 États membres se déclarant musulmans. Un organisme sur le modèle onusien qui tient à jouer un rôle diplomatique auprès des États, obtenant en 1975 le titre d’observateur permanent au siège de l’ONU à New York. Elle est également en relation avec un représentant spécial du gouvernement américain et a obtenu un Bureau auprès de l’Union européenne.
La représentation institutionnelle des religions dans le monde est à la fois diverse dans ses formes riches et variées dans ses objectifs et une grande variété de mobilisation pour diverses causes. Il s’agit majoritairement de regroupements par confessions ou entre confessions. Certains de ces regroupements adoptent des formes étatisées comme le cas de l’Eglise catholique avec le Vatican ou à l’inverse l’OCI, une organisation inter étatique qui cherche à représenter l’islam mondial.
Ces institutions et organisations internationales religieuses sont avant tout des instruments qui font la promotion de la religion qu’elle représentent Cela est particulièrement vrai pour les organisations internationales islamiques. Elles ont été créées pour pallier l’absence historique de structures islamiques internationales dans le contexte géopolitique du monde arabe de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Elles sont liées à l’émergence du panislamisme.
Le Congrès islamique mondial a été le premier regroupement censé représenter toutes les communautés musulmanes du monde. Par sa naissance en Égypte en 1928 ce mouvement a été le porte-voix international de la confrérie islamique des Frères musulmans, une organisation fondée par l’Égyptien Hassan al-Banna. Le congrès est devenu une tribune permettant de dénoncer le sort difficile fait aux musulmans dans le monde contemporain. Il a développé une politique internationale de protection des musulmans.
La Ligue islamique mondiale financée par l’État saoudien diffuse l’islam de la tradition wahhabite en développant un prosélytisme religieux financé généreusement à l’échelle mondiale à l’aide de prêcheurs et par la diffusion de vidéos de prédication, de livres de doctrine, par la construction de mosquées, par la création d’organismes de formation théologique et de jurisprudence religieuse. La Ligue a obtenu un statut d’observateur aux Nations unies et un statut consultatif au conseil économique et social accrédité auprès de l’Unicef.
L’Organisation de la coopération islamique, l’OCI, a pour objet de protéger les « intérêts vitaux des musulmans » et de veiller à résoudre les conflits entre ses États membres. Sa première cause internationale, à l’origine de sa création par l’Arabie Saoudite, fut la contestation de l’existence de l’État d’Israël et la dénonciation de sa politique d’occupation territoriale et le sort fait aux palestiniens musulmans. Les auteurs de l’ouvrage soulignent que l’OCI a ensuite développé « une politique de contestation-une limitation de l’extension des droits humains dans les pays musulmans (liberté religieuse, liberté de conscience, égalité des femmes devant la loi et droit des femmes, liberté d’expression). La ligue a promu des déclarations islamiques des droits de l’homme alternatives. Ella a mené ensuite une lutte importante à l’assemblée de l’ONU contre la diffamation de l’islam et a dénoncé l’islamophobie de l’Occident entre 2005 et 2011, à la suite de la publication de caricatures de Mahomet par le journal danois Jyllands-Posten. La ligue est aujourd’hui en lutte contre la persécution antimusulmane et orienterait sa lutte aujourd’hui contre l’incitation à la haine religieuse qui a succédé à son combat contre la diffamation des religions.
Les auteurs font remarquer que la multiplication des organisations internationales après-guerre a conduit à une défense agressive de la religion « aux antipodes de la défense confessionnelle ». Or l’ONU, le Conseil de l’Europe, l’Union européenne ou l’OSCE, ont cherché à consolider la solidarité interreligieuse au service du pluralisme et de la tolérance religieuse dans les démocraties européennes afin de favoriser l’intégration des religions comme acteurs publics dans ces sociétés à la fois sécularisées et ouvertes au pluralisme religieux.
La défense de la paix, une des grandes causes qui mobilisent les acteurs religieux, est représentée surtout par les Églises chrétiennes même si l’OCI en a affirmé « sa primauté dans ses propres objectifs ». Les auteurs rappellent le rôle du Vatican dans la défense de la paix avec le soutien de la SDN et de l’ONU. Il a soutenu les grandes conférences de désarmement, de non-prolifération ou d’interdiction des armes chimiques ou biologiques. Le Vatican a condamné l’utilisation de l’arme atomique. Le pape n’hésite pas à prendre position, voire même à dénoncer des situations de crises ou de violences en cours même si les efforts pontificaux ont été infructueux concernant la guerre civile libanaise ou les massacres ethniques en Yougoslavie et au Rwanda.
Les autres Églises chrétiennes et les institutions communiquent et multiplient à leur tour des appels à la paix et font des propositions d’actions. De même l’OCI s’investit en faveur de la paix pour l’État palestinien. Le congrès juif mondial milite également pour un règlement négocié entre Israël et les palestiniens basés sur une solution à deux États.
Les droits humains sont majoritairement défendus, ceux établis par la Déclaration universelle des droits de l’homme concernant particulièrement la défense de la liberté religieuse, face à la discrimination, voire la persécution violente de croyants ou groupes de croyants.
La protection des réfugiés et des migrants est devenue très importante. C’est le fait des Églises d’Europe occidentale et du continent américain, une protection médiatisée après le discours prononcé par le pape François en 2015, sur l’île méditerranéenne de Lampedusa. Les auteurs du livre rappellent que la commission des Églises pour les migrants en Europe avait déjà pris depuis longtemps position en faveur du droit d’asile et demandé aux pouvoirs publics de respecter leurs engagements internationaux. Des points communs que l’on retrouve aussi dans la mobilisation sur une certaine limitation de certaines libertés dans ses institutions et organisations internationales religieuses.
Les auteurs évoquent ensuite le rôle classique des institutions religieuses dans le cadre de la défense de la liberté religieuse et de conviction dans le monde.{{}}
La liberté religieuse est un principe fondamental de la DUDH de 1948, « un des piliers incontournables de l’édifice international séculier des droits humains ». Mais de nos jours ce droit est largement contesté. Les personnes athées sont rarement protégées en tant que telles à l’inverse de la défense de la liberté religieuse et de sa pratique qui sort renforcée. Les atteintes à la liberté de conscience et la liberté de religion restent cependant globalement nombreuses dans le monde.
Les auteurs rappellent qu’il existe « un arsenal déclaratif imposant » : la liberté de religion et de conviction étroitement associée à la liberté d’expression est proclamée dès l’article 10 de la DDEC de 1789 et est réinscrite dans l’article 18 de la DUDH de 1948 relatifs aux droits civils et politiques. Ce principe est défendu de droit par l’ONU, complété par l’article 9 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales (1950), principe inscrit aussi dans l’article 10 dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne en 2000, également dans la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples de 1981, etc.
Parallèlement à ces principes déclaratifs, les auteurs signalent les réserves émises par certains États au principe de liberté de religion et de conviction. La DUDH fut approuvée par 40 États sur les 58 présents lors de l’Assemblée de Paris en 1948 alors que certains États musulmans avaient émis « un certain nombre de réserves liées à la prééminence du droit international ». Les pays qui se sont abstenus étaient l’Arabie Saoudite et le Yémen, l’Afrique du Sud, ainsi que plusieurs pays d’Europe de l’Est. Des pays musulmans l’ont ratifiée par la suite sans réserve particulière, comme le Koweït, l’Égypte, le Pakistan, l’Iran, le Maroc, l’Algérie, la Libye. En 2015, 168 États l’avaient ratifiée mais avec des réserves. L’ONU a complété la défense de la liberté religieuse dans le monde en apportant un additif en 1981 sur l’élimination de toutes les formes d’intolérance et de discrimination fondée sur la religion ou la conviction. L’ONU reconnaît des droits collectifs en matière de liberté de religion. Au moins au stade déclaratif, les principes de liberté de religion et de conviction sont donc globalement reconnus au niveau mondial.
Le difficile droit à l’athéisme est un autre sujet relevé par les auteurs de l’ouvrage. L’athéisme n’est pas explicitement listé et donc garanti à tous. Il n’est pas explicité dans la DUDH, ni dans la Convention européenne des droits de l’homme et des libertés fondamentales, ni dans la charte des droits de l’homme de l’Union européenne (article 9). Il y a un flou juridique à ce sujet. De même la question de la possibilité d’un éventuel changement ou abandon de telle ou telle religion ou conviction n’est pas évoquée. Cette omission plus ou moins volontaire questionne le silence des textes. La liberté de conviction athée pose un problème en particulier dans la majorité des pays de culture islamique. Cela a conduit la nécessité de le garantir par un autre texte, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PRDCP), soit l’article 18 de la DUDH à de 1948
Les instruments étatiques de défense de la liberté religieuse s’inscrivent également dans les priorités diplomatiques de plusieurs États, principalement occidentaux. Les auteurs expliquent qu’il s’agit de se doter d’un bureau dédié au sein de leur ministère des affaires étrangères chargées de la défense de la liberté religieuse dans le monde. Le but était de rédiger un rapport annuel listant les États déficients en matière de liberté religieuse et pratiquant des persécutions pour cause de religion « afin de guider les objectifs nationaux en matière de diplomatie ». Ainsi une loi est votée en 1998 sous la présidence démocrate de Bill Clinton et amendée par Barak Obama aux États-Unis. Au Canada, un bureau de la liberté de religion avait été ouvert en 2013 mais n’a pas été renouvelé en 2016 par le gouvernement libéral de Justin Trudeau.
L’Eglise catholique a produit sa propre déclaration sur la liberté religieuse à l’occasion du concile Vatican II, en 1965, en affirmant que la liberté religieuse doit être garantie à tous sans exception, mais sans évoquer la liberté de conviction des non-croyants. Le pape François s’engage davantage dans la poursuite d’une politique de promotion de la liberté religieuse. Cela conduit par exemple avec la Chine à la réunification des catholiques chinois sous son magistère religieux en 2018 et des appels répétés à la tolérance entre les différentes religions.
En revanche les interprétations restrictives au sujet de la liberté de religion et de conviction individuelle se retrouvent dans la plupart des textes islamiques sur les droits humains. Les textes à vocation islamique ne font jamais mention du droit à la liberté de conscience. Au contraire les musulmans sont encouragés à ne pas renoncer à leur religion (« apostasie »). Il suffit de voir la référence aux deux dernières Déclarations sur les droits de l’Homme en islam prononcées à Dacca en 1983 et au Caire en 1990.
Les auteurs concluent sur la défense actuelle de la liberté de religion et de conviction qu’elle est davantage l’apanage des pays occidentaux, des États démocratiques, des Églises chrétiennes et des O.N.G. qu’elles soient confessionnelles ou non. Ce qui tend à expliquer selon les auteurs la politique choisie par les pays occidentaux en faveur des chrétiens d’Orient, étendue récemment à la défense des Yésidis, et plus discrètement vis-à-vis des actions visant les musulmans chiites.
En bref, la défense mondiale du principe de liberté de religion et de conviction, comme la protection due aux personnes non-croyantes ou à celles qui changent ou abandonnent la religion, est de moins en moins prise en compte dans de nombreux pays.{{}}
Réseaux religieux dans la mondialisation{{}}
Les auteurs analysent d’abord la reconfiguration globale des religions dans le cadre de la mondialisation. Ils constatent que la « pluralisation religieuse » des sociétés affecte la politique des Etats.
Les auteurs rappellent l’historique de la diffusion du christianisme sur les cinq continents. C’est la religion qui regroupe le plus grand nombre de fidèles avec 2,2 milliards de personnes en 2010. L’islam s’étend du Maroc à l’Indonésie et regroupe 1,6 milliards de croyants. L’hindouisme est concentré dans la péninsule indienne avec une présence limitée dans le reste de l’Asie et en Occident. Il regroupe environ un milliard de fidèles. Le bouddhisme compte 500 millions d’adeptes essentiellement en Asie. Les autres mouvements religieux, minoritaires, comme les sikhs, les baha’is, les taoïstes, des juifs , eprésentent 1 % du total. Enfin, un milliard de personnes environ se déclarent sans religion.
Ensuite les auteurs évoquent le mode d’insertion dans la mondialisation des grandes religions.
En premier lieu, le christianisme qui est un catholicisme centralisé et un protestantisme foisonnant. Le catholicisme est un exemple révélateur dans la mondialisation par l’organisation d’une église centralisée dirigée par un chef unique. Le pape est doté d’un État, le Vatican. Le Vatican s’appuie sur une diplomatie complexe, il déploie un réseau important d’organismes humanitaires. L’autorité du pape en matière doctrinale conduit à cette impression de force et d’unité. Néanmoins ces dernières années l’Église catholique a connu des difficultés qui ont affaibli son magistère comme les affaires de pédophilie.
Le protestantisme se caractérise par une très grande diversité, une dispersion culturelle et géographique et une multiplication des Églises depuis la réforme au XVIe siècle. On compte aujourd’hui environ 850 millions de fidèles. Historiquement le protestantisme s’est développé en Allemagne avec Luther, en Suisse avec Calvin puis en Europe du Nord et en Angleterre. L’essor du protestantisme dans le monde aujourd’hui est surtout dû aux églises évangéliques, entre le XVIe siècle et le XIXe siècle dans le cadre de mouvements de « réveil », baptistes, méthodistes, adventistes, anabaptistes, pentecôtistes. Ce sont des organisations très conservatrices en matière de société, très décentralisées, très actives sur le terrain, très associatives « ce qui les rend très mobilisatrices ». Très bien implantées en Afrique, en Amérique latine, ces Églises se développent également en Europe.
La partie orthodoxe, troisième branche du christianisme est restée plus concentrée géographiquement en Europe dans l’Est et dans les régions balkaniques avec au total 200 millions de fidèles.
L’islam est analysé à son tour dans son rapport à la mondialisation. Les auteurs remarquent le développement des grandes confréries soufies, depuis les années 1920 avec les Frères musulmans, depuis les années 1970, avec le salafisme. Il y a respectivement 1,4 milliards de sunnites et 200 millions de Chiites (sans compter les Ibadistes). On assiste à un réveil religieux conservateur dans le monde islamique. Les auteurs rappellent le lien historique de la religion musulmane avec le pouvoir d’État, la charia gouvernant la société. Sur le plan politique, l’islam a un rôle important dans l’insertion dans la mondialisation avec les diasporas et le djihadisme global.
La France compte la première communauté musulmane d’Europe, soit 4,5 millions de personnes, et la première communauté juive d’Europe (600 000 personnes). La montée de l’islam politique et des revendications identitaires a marqué les débats sociétaux au cours des dernières décennies. Cela a entraîné l’adoption en France de la loi interdisant les signes religieux à l’école en 2004 et de la dissimulation du visage en public en 2010. Des mesures analogues ont été suivies par d’autres pays en Europe.
Les auteurs évoquent ensuite les attentats de 2015 et 2016 qui ont frappé la France et d’autres pays européens qui ont mis en avant le problème de la radicalisation des jeunes musulmans récemment convertis, prêts à l’action violente. Un défi que devront relever les sociétés européennes sécularisées devant le djihadisme global depuis les années 2000 qui mobilise des militants issus du monde islamique et des jeunes musulmans des sociétés occidentales.
Enfin l’hindouisme et le bouddhisme, nés dans le sous-continent indien et concentrés essentiellement en Asie du Sud et de l’Est, ont à partir du XIXe siècle exercé une attraction sur les Européens via les diasporas notamment indiennes au Royaume-Uni.
C’est en Amérique que la recomposition de la carte religieuse est importante, notent les auteurs. On assiste à l’expansion des Églises évangéliques. Les auteurs proposent plusieurs explications. Les Églises évangéliques semblent plus proches des milieux populaires et aspirent à toucher les classes moyennes à côté de l’Église catholique de plus en plus perçue comme une église des nantis et des personnes âgées dans un continent marqué par une forte sécularisation parmi les plus jeunes (20 % de non-croyants au Chili). L’Église catholique « a pu de surcroît se compromettre avec les dictatures militaires en Argentine, au Chili, au Brésil dans les années 1960 – 1980 ».
La concurrence entre le christianisme et l’islam en Afrique est ensuite examinée.
es auteurs s’appuient sur les derniers chiffres disponibles du Pew Research Center de 2010, soit 510 millions de chrétiens et 235 millions de musulmans. Il n’y a pas eu de guerres de religion mais une islamisation du nord vers le sud de l’Afrique. Les auteurs rappellent l’existence d’un phénomène d’un syncrétisme ancien qui a pu donner naissance à l’Afrique centrale ou australe à des Églises chrétiennes autonomes comme les Églises dites éthiopiennes ou sionistes.
Mais le réveil religieux des années 70 a changé la donne avec l’avancée du salafisme soutenu par l’Arabie Saoudite sur les terres musulmanes et d’un évangélisme plus intolérant ajouté à de fortes tensions politiques, économiques et sociales qui a abouti à la sécession du Soudan en deux États. L’Afrique sahélienne est cruellement exposée à la fois à l’extrémisme islamique et à la recrudescence des trafics illicites face à la déliquescence du pouvoir politique des États de cet ensemble régional.
Les auteurs s’interrogent sur la situation de la religion en Chine actuelle.
Ils dressent une présentation historique sur le riche héritage ancien et multiforme de la religion en Chine au temps de la Chine impériale, qui contrôlait les trois enseignements traditionnels, le confucianisme, le bouddhisme, le taoïsme. Ils évoquent ensuite le rôle du régime républicain chinois à partir de 1911 reconnaissant le christianisme et l’islam. Puis avec la révolution communiste de 1949, la relative tolérance initiale s’interrompt brutalement avec la Révolution culturelle. Si la liberté religieuse a été reconnue officiellement après le tournant de 1977, elle restait problématique pour les catholiques restés fidèles au pape. Un accord a été trouvé avec le Vatican en 2018 à propos du rapprochement entre les deux Églises catholiques de Chine, celle qui se réclame du pape et l’Église patriotique de Chine créée en 1957. Par contre les bouddhistes tibétains et les Ouïgours, les musulmans chinois du Xinjiang soupçonnés de séparatisme sont brimés, faisant l’objet d’une répression massive.
La question posée par les auteurs de l’ouvrage sur le retour du religieux est essentielle car elle fait débat. Les chercheurs restent divisés sur la menace qui pourrait peser sur la sécularisation avec le retour du religieux sur la scène mondiale. Les auteurs s’appuient sur une enquête datée de 2018, pour montrer qu’en Europe le phénomène de sécularisation et de laïcisation est plutôt bien intégré, pour exemple en France, 70 % de la population se déclarent n’avoir aucune pratique religieuse. Cette sécularisation et laïcisation engagée depuis le siècle des lumières semble se poursuivre partout ailleurs en Europe, même aux Etats-Unis et en Amérique Latine. La question concerne surtout les rapports de force entre les différentes religions, entre les deux premières religions. Il semblerait que le nombre de chrétiens et de musulmans devrait s’équilibrer à partir de 2050. L’Église catholique devrait continuer à décliner au Nord et devenir de plus en plus une Église du Sud, mais en concurrence en Afrique et en Asie en particulier avec le christianisme évangélique, un mouvement religieux plus attractif et plus populaire. Quant à l’islam, il est profondément divisé entre un courant modéré et traditionnel et un islam rigoriste et fondamentaliste. Les auteurs soulèvent la question du poids des religions dans les relations internationales. Elles semblent devoir continuer d’intervenir sur les grands enjeux de société. Elles influent sur les options politiques des gouvernants « en liant enjeux intérieurs et extérieurs ».
L’Église catholique cherche à maintenir son rôle en maintenant un certain type de morale concernant la famille, la morale sexuelle, pour le maintien de la paix, pour le développement ou de la préservation de la planète. En Inde le grand parti nationaliste hindou (le BJP) cherche à imposer à l’opinion le retour aux valeurs traditionnelles de l’hindouisme. En Israël bien que l’État ait été créé sur la base d’un sionisme laïque en 1948, depuis les années 1970, l’alliance est de plus en plus étroite entre le Likoud et les partis religieux. Dans le monde de l’Islam, la plupart des États se réclament de la religion pour légitimer leur pouvoir. Un terrorisme mondialisé a pris racine en se servant d’un discours religieux officiel pour le moins ambigu vis-à-vis des non- musulmans et de l’Occident. La capacité à éradiquer ce terrorisme djihadiste sera déterminante pour l’avenir du monde musulman.
Les auteurs analysent ensuite le lien des réseaux religieux avec les sociétés civiles et leurs insertions dans les relations internationales.{{}}
A côté des institutions religieuses représentatives il y a un ensemble de réseaux religieux indépendants, divers et variés qui peuvent jouer un rôle conséquent dans les relations internationales. Le problème soulevé justement par les auteurs est celui du financement de ces réseaux avec des objectifs variés.
Les objectifs de ces différentes associations religieuses consistent au maintien de la défense de la liberté religieuse, à la protection des croyants. Elles fonctionnent comme des représentations instituées. Elles travaillent en collaboration avec le bureau du rapporteur spécial sur la liberté religieuse de l’ONU en apportant des témoignages sous forme de rapports pour favoriser une action concrète.
D’autres organisations religieuses sont à vocation caritative, exemple les Lions club international avec 1,4 millions de membres, 46 000 clubs. Parmi ces organisations de taille mondiale il y a l’association catholique, Caritas International, couvrant presque tous les pays, à laquelle on peut ajouter l’association Christian Aid. Ensuite d’autres associations non catholiques comme le Secours islamique et le World Jewish Relief couvrent également tous les pays. La plupart de ces O.N.G. fondées et domiciliées au Royaume-Uni se ressemblent dans leurs missions.
Le point commun est l’action humanitaire interreligieuse en multipliant les partenariats. Cependant « ces O.N.G. caritatives travaillent de préférence pour les populations qui partagent leur religion de référence ; ainsi l’Œuvre d’Orient qui existe depuis 1856 ou SOS Chrétiens d’Orient fondée en 2013 au moment des premières exactions du Front Al-Nosra en Syrie » (p.75). Ces O.N.G. sont contestées pour leurs liens apparents avec les partis d’extrême droite qui développent des actions réservées aux populations chrétiennes du proche et Moyen-Orient, ce qui peut expliquer quels soient une des cibles favorites du terrorisme djihadiste. Les auteurs soulignent également toute l’ambiguïté du prosélytisme de ces associations religieuses : le droit à la liberté religieuse qui est inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme et le fait qu’elles apportent une religion qui n’est pas celle pratiquée par les populations locales. L’action humanitaire religieuse de ces O.N.G. mi-caritatives, mi-missionnaires, se déploie au Kurdistan, dans les pays arabes, en Irak, en Syrie, dans les territoires palestiniens, etc. Elles sont en outre accusées d’instrumentaliser les minorités chrétiennes en les encourageant au sécessionnisme.
Les usages du religieux dans les relations entre États{{}}
Le premier thème abordé est celui de la référence religieuse aujourd’hui utilisée par les États dans leurs relations extérieures.{{}}
Les États libéraux donnent la priorité à la défense de la liberté religieuse et à celle des minorités persécutées pour cause de religion. Exemple la France s’implique dans la défense de la liberté de religion et de conscience en protégeant les chrétiens d’Orient qui maintiennent une tradition francophone. La France a organisé une Conférence internationale de Paris en septembre 2015 en faveur des victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient. 60 États signataires se sont engagés en autres pour le soutien aux réfugiés, la préservation de la diversité religieuse, à l’accès prioritaire à la santé et l’éducation. Les auteurs de l’ouvrage notent que ce sont les États-Unis qui se distinguent particulièrement pour leur intérêt envers la liberté religieuse. Depuis 1998, sa protection est même devenue un objectif prioritaire de la politique étrangère américaine (cf. p. 91).
La France est depuis la loi de 1905 la « patrie de la laïcité » constituant une référence au sein du système international avec le principe de séparation entre l’État et les Eglises. Mais de nombreuses critiques sur la laïcité à la française sont apparues au début des années 2000. La laïcité est perçue comme peu compatible avec la liberté de religion et intolérante vis-à-vis des musulmans. La loi de 2004 sur les signes religieux à l’école et celle de 2010 sur la dissimulation du visage, ajouté aux querelles de 2017 sur le port du burkini et en 2019 sur la vente de l’hidjab de course du port de signes religieux par les parents accompagnateurs de sorties scolaires, ont alimenté une guerre médiatique « une guerre médiatique dans laquelle la laïcité est présentée comme un repoussoir » (p.92). La question du rapport entre l’islam et l’État est un enjeu primordial avec celui de la démocratie, des libertés civiles et individuelles. Elle est un motif de combat pour les réseaux islamistes transnationaux qui promeuvent un ordre politique fondé sur la charia. La « laïcité à la française » reste un modèle possible. Les auteurs s’appuient sur l’exemple de la Tunisie avec la constitution modifiée en 2014 en ce sens. Les auteurs rappellent que la laïcité est également une des causes faisant de la France « un pays-cible » de l’activité djihadiste et terroriste ;
La politique extérieure de la France, en matière de religion, cherche à maintenir des contacts permanents avec toutes les autorités religieuses présentes en France et avec toutes les autorités religieuses étrangères.
Dans le paragraphe suivant les auteurs font le constat de l’influence des nationalismes religieux dans les démocraties. Des gouvernements de droite nationaliste ont émergé ces dernières années en Europe et dans les Amériques. Les États-Unis à la fin des années 80, avec la thèse du choc des civilisations de Samuel Huntington a connu le retour d’une droite religieuse. Cela s’est traduit sur le plan international au soutien des États-Unis à la sécession du Sud-Soudan en 2011, à la justification de l’intervention américaine en Irak en 2003 après les attentats de 2001, à l’engagement américain auprès d’Israël avec le déplacement de l’ambassade américaine en 2008 de Tel-Aviv à Jérusalem, « capitale éternelle de l’État juif ». L’État d’Israël est perçu par les auteurs de l’ouvrage comme « le plus emblématique du passage contemporain d’un nationalisme séculier à un nationalisme religieux en démocratie » (p.95).
Á l’origine au moment de la création de l’État d’Israël en mai 1948, le nationalisme juif était séculier, fondé sur l’égalité de droit(s) de ses habitants, sans distinction de religion de race ou de sexe. La loi fondamentale adoptée en juillet 2018 fait mention de l’État « Israël, État-nation du peuple juif » oublie de rappeler ces caractéristiques. L’Inde est un autre pays laïc qui a cédé la place un nationalisme religieux. L’hindouisme associé au bouddhisme devient un marqueur de l’identité indienne avec le premier ministre Narendra Modi.
La Russie, la Turquie comme l’Iran partagent la même caractéristique d’un « exercice autoritaire du pouvoir et d’une utilisation instrumentale de la religion en politique intérieure et extérieure ».
Ce sont dans les États islamiques où le nationalisme religieux est revendiqué. L’Arabie saoudite et l’Iran prétendent au leadership religieux. Avec la Turquie, l’Iran et l’Arabie saoudite, ces pays en concurrence ne cachent pas leur prétention à devenir au nom de leur islamité modèle, la puissance régionale et mondiale montante au Moyen-Orient. D’autres pays islamiques utilisent le fait religieux pour asseoir et légitimer une meilleure place à l’International. Le Qatar utilise l’islam comme une arme de soft power, un wahhabisme concurrent à l’Arabie saoudite, au risque de s’impliquer dangereusement dans le financement des groupes djihadistes. Les Qataris sont anti-saoudiens et ont des mouvements proches des frères musulmans. Le Maroc utilise sa légitimité historique par le fait que le Roi est le Commandeur des croyants lui conférant un pouvoir religieux, pour proposer un autre modèle qualifié d’« islam du juste milieu », un islam modéré, éloigné des intransigeances des frères musulmans et des salafistes.
Mais c’est la concurrence entre l’Iran et l’Arabie saoudite qui a contribué à l’aggravation de la fracture confessionnelle entre sunnites et chiites. Cela a conduit à la répression des chiites en Arabie saoudite, au Bahreïn et au Yémen, les guerres civiles d’Irak et de Syrie. C’est à partir de la révolution iranienne en 1979 qu’ont débuté les antagonismes entre ces deux États, à partir du moment où l’État iranien a voulu exporter la révolution islamique aux pays musulmans. Cette révolution panislamique a été rejetée par l’Arabie saoudite qui par réaction a financé l’exportation du salafisme, un mouvement religieux né quelques années plus tôt en réaction contre le nationalisme et le socialisme arabes.
La politique de prosélytisme salafiste a échappé à l’État Saoudien car les oulémas sont pratiquement autonomes et libres de pratiquer une politique missionnaire en Occident et libre de financer les mosquées hors du royaume. Cela a provoqué une profusion de mouvements religieux islamistes proches des frères musulmans, dans un premier temps accueillis par l’Arabie saoudite puis rejetés par le royaume saoudien qui a mesuré le danger pour son unité. Les oulémas saoudiens restent cependant les plus influents aujourd’hui dans la nébuleuse globale de ce radicalisme religieux.
Les minorités religieuses sont-elles sources de tensions internationales ? Une interrogation finale pour clore cette troisième partie de l’ouvrage.
Après avoir cherché à définir la notion de minorité, les auteurs rappellent la place des minorités dans les différentes époques historiques. Dans l’empire romain, les minorités religieuses n’étaient persécutées que lorsque les chrétiens ou les juifs refusaient de pratiquer le culte impérial. Dans l’empire ottoman les minorités bénéficiaient du statut légal de dhimmi prévu par le Coran pour les chrétiens et les juifs contrairement aux sujets de l’empire qui se réclamaient d’autres religions par exemple les zoroastriens qui étaient surveillés.
C’est avec l’affirmation de l’État moderne que le statut des minorités change et se fragilise dans le cadre de la construction des États-nations fondés sur l’homogénéité autour d’un seul peuple autour d’une langue, d’une culture ou d’une religion. Les auteurs relèvent que le statut de minoritaire reste encore très répandu dans le monde. On compte 7000 peuples aux communautés différentes. C’est à partir de 1945 que la question des minorités est devenue un sujet de politique internationale lié au génocide des juifs, persécutés par les nazis non seulement raison de leur religion mais en raison de leur ethnicité.
Les auteurs dressent ensuite une typologie de la situation des minorités religieuses à l’heure actuelle. Dans les démocraties occidentales les minorités religieuses bénéficient de l’égalité des droits individuels et collectifs. Aux États-Unis c’est un principe inscrit dans la constitution, avec primauté de la liberté religieuse. En Europe et particulièrement en France l’histoire du pluralisme religieux est rattachée à l’histoire de la laïcité. Les auteurs abordent la question de l’islamophobie définie comme une nouvelle sorte de haine à base religieuse. Les minorités issues de l’immigration sont requalifiées depuis la fin des années 80, dans les discours racistes d’« antimusulmans ». Le registre religieux a remplacé la qualification ethnique dominante jusque dans les années 1980. Les auteurs soulignent le fait que le registre religieux a semble-t-il gagné du terrain. Néanmoins ils notent que les minorités religieuses dans les pays occidentaux sont en général un peu mieux traitées d’ailleurs.
Les régimes nationalistes arabes ont mis fin, au moment des indépendances au statut de dhimmi afin de donner les mêmes droits civils et politiques à tous les citoyens ce qui n’empêche pas les groupes religieux majoritaires comme par exemple certains musulmans de s’en prendre contre les chrétiens en Égypte et au Pakistan. D’autre part l’État peut pratiquer une politique discriminatoire qui n’accorde pas tous les droits aux citoyens des minorités. C’est le cas en Israël ou la pratique des mariages avec les non-juifs est discriminée. De même en Iran les sunnites et inversement les chiites en Arabie Saoudite, ne sont pas reconnus en tant que minorités religieuses. L’État peut utiliser la violence, voire éliminer un groupe minoritaire perçu comme dangereux pour la société, exemple au Sri Lanka entre 1983 et 2009, une guerre civile qui a abouti à la persécution des Tigres tamouls hindouistes et à l’encontre des minorités musulmanes par les bouddhistes majoritaires. L’Inde pourtant une démocratie séculière avec l’arrivée au pouvoir du BJP, parti confessionnel hindou pratique actuellement une politique discriminante envers les musulmans et les chrétiens. Les auteurs rappellent également le génocide à l’égard des Arméniens chrétiens par la Turquie au cours de la première guerre mondiale, de la Shoah perpétrée par les nazis contre les juifs dans toute l’Europe, génocide au Cambodge, Rwanda et très récemment à l’encontre des Rohingyas en Birmanie. De même Daech a eu pour projet d’exterminer les Yézidis.
Depuis 1989 les guerres interétatiques ont cédé la place à des conflits internes entre le groupe dominant et une ou plusieurs minorités qui luttent pour leur reconnaissance ou pour faire sécession comme par exemple dans le Sud Soudan. C’est dans le monde arabe que le fait communautaire engendre ce genre de conflit à base religieuse avec l’exemple de la Syrie gouvernée par la minorité alaouite ou avec l’Irak avec la majorité chiite au pouvoir. Les chrétiens d’Orient et les Rohingyas sont révélateurs du sort réservé aux minorités religieuses, par la violence exercée par « des activistes extrémistes du groupe majoritaire sur un fond national- religieux, et ses répercussions internationales ».
Au terme de cette analyse, les auteurs s’interrogent sur la place des minorités religieuses comme enjeux de la politique internationale. L’ONU s’est évidemment associée très tôt du sort des minorités, environ 1 milliard de personnes peuvent être considéré comme appartenant à des minorités. Plusieurs déclarations ont été faites pour condamner l’intolérance et les discriminations basées sur les croyances religieuses. La question est de savoir si le sort des minorités et envoie aggravation dans le monde. Les minorités non musulmanes font parties des nombreuses victimes. Selon l’O.N.G. évangélique Portes Ouvertes considère que les chrétiens forment le groupe religieux le plus persécuté au monde, on compte 3000 chrétiens tués en raison de leur foi en 2017. Néanmoins une minorité aurait plus de risques d’être discriminée lorsque sa religion se trouve en concurrence avec celle dominant l’État.
Religion et déstabilisation des États{{}}
Dans cette dernière partie les auteurs s’attachent à montrer l’émergence d’une nouvelle forme de conflictualité, identitaire et religieuse. La question est celle de la durée et de la nature de l’actuel « réveil religieux » qui semble caractériser les relations internationales contemporaines.(p.163){{}}
Cela consiste à la formation des groupes armés qui s’en prennent à des États. Ils distinguent les groupes armés des années 1980- 1990 mettant en avant leur identité religieuse dans une logique territoriale. Au tournant des années 2000, les groupes armés terroristes adoptent une logique djihadiste provoquant un état de guerre permanent en réaction.
Le conflit d’Irlande du Nord et la guerre civile libanaise caractérisent les premières organisations armées religieuses. Ces deux conflits seraient selon les auteurs la préfiguration de la formation et du développement de ces groupes armés mettant en avant leur identité religieuse. À la suite de la guerre libanaise, les premiers conflits de l’ère postsoviétiques qui ont suivi, sont caractéristiques des premières manifestations de revendication d’identité religieuse. Au lendemain de l’effondrement soviétique c’est le cas avec certaines républiques du Caucase avec l’exemple de la Tchétchénie où les groupes armés nationalistes-islamistes tchétchènes ont choisi la radicalité islamiste et ont participé au terrorisme transcaucasien, régional puis international. Comme dans l’ex Yougoslavie et au Soudan, l’appartenance religieuse a joué le rôle de catalyseur dans des guerres civiles à caractère nationaliste.
Pour finir les auteurs montrent que le phénomène du groupe armé non étatique à caractère religieux est devenu un nouvel acteur des relations internationales. Dans le cadre des territoires plurinationaux ou pluriethniques, la religion a joué un rôle d’identificateur, la justification de nouvelles entités nationales. Il a favorisé la désagrégation des États faibles et la militarisation des États qu’ils résistent. Le groupe armé religieux a surtout instrumentalisé la référence religieuse dans la justification de son existence et de sa violence. Il est devenu une mafia qui prospère par la terreur.
Les auteurs concluent cette dernière partie en évoquant un dernier point sur l’essor du terrorisme djihadiste et de son impact à l’échelle mondiale. Après quelques lignes sur la genèse et les causes du djihadisme international, les auteurs évoquent la naissance de l’islamisme politique en évoquant la naissance du réformisme musulman au cours duquel né le « salafisme réformiste », revenir aux sources de l’islam pour réaffirmer l’identité musulmane face la civilisation occidentale sans pour autant s’extraire de la modernité. L’islam politique en est la conséquence avec la création de la Confrérie des Frères musulmans, en 1928 par Hassan Al banna, fondée en Égypte, prospérant d’abord en milieu sunnite.
Puis les auteurs évoquent le passage d’un islamisme sunnite concurrencé à un islamisme radical armé avec la création du Hezbollah dans les années 1980 et du Hamas, mouvement armé sunnite de libération de la Palestine créée en 1987. Ce sont deux mouvements nationaux empruntant la lutte armée et l’action terroriste. C’est avec la création en 1988 du groupe armé islamiste Al-Qaïda (« la base ») par Oussama Ben Laden qui invente le djihad global. Il s’agit de mener des actions terroristes contre tous les pays occidentaux, principalement les États-Unis et Israël, accusés d’occuper et d’être responsable de l’occupation en terre d’Islam. Après le choc des attentats du 11 septembre 2001, la riposte américaine qui a conduit à l’invasion de l’Irak à 2003 et avec la mort de Ben Laden en 2011, le mouvement même affaibli donne naissance à des ramifications. Le groupe AQPA situé dans la péninsule arabique est battue en brèche et repliée au Yémen, l’ACQMI en Afrique occidentale, autour du Mali, et une autre ramification le Front Jabhat Al-Nosra en Syrie distendu depuis avec Al-Qaïda. Malgré d’autres attentats, exemple ceux de Madrid en 2004 et de Londres en 2005, la stratégie de Ben Laden et de son successeur Al-Zawahiri n’ont pas déstabilisé pour autant les fondements de l’Occident. Mais cela explique en partie la progression de Daech, une organisation de l’État islamique en Irak et au Levant, une sorte de pseudo territorialisation, un retour mythique au califat ayant pour base le nord-ouest de l’Irak qui depuis 2017 a perdu plein de bases d’appui en Irak et en Syrie..
Les rédacteurs s’inquiètent devant la prolifération d’autres mouvements radicaux et de leurs capacités d’adaptation et de résilience. Ces mouvements islamistes peuvent devenir encore plus radicaux et développer une surenchère de violence entretenue par un « djihad virtuel », un recrutement sur Internet, de combattants mués en exécutants en groupe ou isolé. Le problème reste celui du financement du djihadisme soit par certains États arabes ou soit par le pillage des ressources du territoire contrôlé, les trafics en tout genre en lien avec la criminalité.
Les auteurs s’interrogent sur l’impact stratégique du terrorisme djihadiste dans le monde d’aujourd’hui. Des chiffres terribles sur le nombre de victimes lié au terrorisme justifient l’inquiétude. Malgré la défaite de DAECH en Irak et en Syrie, les groupes armés terroristes continuent à foisonner. L’inquiétude réside également au fait que les groupes djihadistes peuvent s’installer durablement dans des zones de conflit et de décomposition des États du monde musulman. L’islamisme radical contemporain a-t-il un avenir ? Les rédacteurs de l’ouvrage penchent pour le non. Ces idéologues et chefs politico-militaires qui n’hésitent pas à proclamer la mort aux musulmans considérés comme infidèles, divulguent un message bien éloigné de l’islam. La très grande majorité des musulmans rejette ses conceptions déviantes qui sont en rupture y compris avec le salafisme ou le wahhabisme. Il semble difficile d’imaginer des djihadistes conquérant un État ou participant au désordre mondial. Il en va de même dans les pays développés, les terroristes sont confrontés dans un état de droit à la conséquence de leurs actes. Néanmoins en France, la gravité du phénomène des candidats attitrés par le djihad, ne peut être niée.
Les auteurs concluent cette dense synthèse rigoureuse et documentée sur la place du religieux dans le monde actuel sur une note positive en affirmant le rôle primordial de l’éducation, qui pourra grâce à un enseignement argumenté lutter contre les idées extrémistes et limiter l’extension des candidats au djihad, cela est vrai pour la plupart des pays ciblés par les terroristes.
Rétrospective - Géopolitique de la franc-maçonnerie - Marc Bonnefous, « Géopolitique de la franc-maçonnerie » Revue n° 598 Mai 1998 - p. 200-201 - Auteur(s) de l’ouvrage : François Thual Dunod, 1994 ; 131 pages
On ne s’étonnera pas que l’auteur, travaillant sur un tel sujet, s’efforce sans trêve de naviguer entre les écueils. À la fois historien et sociologue, il évite, la plupart du temps, celui du sec répertoire géographique ainsi que celui de la trop abstraite rationalisation.
Avec prudence, l’espace d’investigation est délimité dès les premières lignes : s’en tenir aux relations internationales. Le lecteur ne tarde cependant pas à comprendre que, pour tirer plein profit de ce périple, il convient de lire entre les lignes, comme du reste pour tous les ouvrages abordant des sujets brûlants.
Dans sa conclusion — mieux vaut tard que jamais —, il se plaît à rappeler, non sans raison, que la méthode de la géopolitique « aspire à saisir les problématiques » de toute nature (y compris religieuse) « dans leur dynamique interne et dans leur articulation avec l’évolution politique des sociétés ». Toujours à juste titre, il ajoute que cette branche du savoir doit se garder de deux attitudes, l’une qui considère que tout est géopolitique, au risque de se diluer par dilatation, l’autre qui se borne aux finalités politico-militaires, postulat stérilisant et conventionnel faisant bon marché d’autres perspectives où s’inscrit l’avenir des hommes.
Étudier le fait de société qui constitue le thème de l’ouvrage conduit tout de suite à constater dans ce domaine une prépondérance anglo-saxonne. Sur sept millions de francs-maçons, cinq millions sept cent mille se trouvent dans des pays anglo-saxons, dont cinq millions aux États-Unis. Dans cet ensemble, une minorité est regroupée dans une obédience presque uniquement présente dans des pays de culture latine et qui, à la différence de l’autre, se donne pour ambition « de modifier et de faire progresser la société », autrement dit de l’orienter dans le sens de ce qu’il est convenu d’appeler la modernité. Quelles qu’elles soient, les loges s’ouvrent par prédilection « aux élites sociales, morales et politiques », et il n’est pas douteux qu’au début de leur existence elles ont contribué à renforcer, en face de l’aristocratie, la classe montante des commerçants et des professions libérales.
Depuis que la franc-maçonnerie s’est constituée au début du XVIIIe siècle dans les cités florissantes des îles Britanniques, soixante mille livres lui ont été consacrés. C’est dire qu’elle ne laisse pas indifférent, avec le danger de « diabolisation » qui peut en résulter. « S’il est vrai qu’elle a joué un rôle dans la préparation des bouleversements à venir, c’est plus en correspondant à l’air du temps et à l’évolution des mœurs qu’en ayant, de façon occulte et préméditée, décidé et ordonné ces mutations en gestation depuis longtemps » : M. Thual expose son point de vue, très modéré. Il s’efforce de tordre le cou, sans toujours pleinement convaincre, aux thèses qui feraient de ce mouvement un élément déterminant dans l’avènement de la Révolution française (non sans souligner en contrepoint que les aigles impériales l’ont porté jusqu’aux confins de l’Europe), dans l’émiettement de l’Empire austro-hongrois, et dans la diffusion de l’hégémonie américaine.
Depuis quelques dizaines d’années, la franc-maçonnerie modifie ses implantations sur la carte du monde. Si la décolonisation a entraîné un repli en Afrique, l’intégration de l’Asie dans les courants de pensée et d’affaires actuels a provoqué son essor, notamment au Japon et en Corée. Le monde musulman reste assez imperméable, et l’on sait que les islamistes lui sont hostiles.
On ne saurait terminer sans rappeler les persécutions dont les obédiences ont été l’objet pendant les années noires du dernier conflit mondial, persécutions qui, au-delà des institutions, ont frappé les hommes, dont quelques-uns ont payé de leur vie la fidélité à leurs convictions. ♦ Source : https://www.defnat.com/e-RDN/vue-article.php?carticle=15919
Complément - Politique : le vrai pouvoir des francs-maçons - Publié le 15/02/2024 - Alexandre Bodkine – Document ‘entreprendre.fr’
Loin des clichés et des fantasmes, la franc-maçonnerie française tisse sa toile dans les arcanes du pouvoir. De la politique aux affaires en passant par les médias, ses membres, discrets mais influents, cultivent le secret et prônent l’amélioration de l’homme. Mais quelle est l’étendue de leur influence réelle sur la société française ?
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Emmanuel Macron écoute le grand maître de l’organisation franc-maçonne, le Grand Orient de France (GODF) lors d’une réunion avec les dirigeants des organisations franc-maçonnes le 8 novembre 2023. Photo par Eric Tschaen/Pool/ABACAPRESS.COM
En France, la franc-maçonnerie n’est pas une, mais multiple. Divisée en une vingtaine d’obédiences aux rites et traditions variés, elle rassemble environ 180 000 membres, dont une majorité d’hommes. Discrets sur leur appartenance, les francs-maçons se retrouvent dans des loges, officiellement pour se perfectionner moralement et intellectuellement, selon les principes de l’ordre.
Des francs-maçons aux portes du pouvoir{{}}
Depuis des siècles, la franc-maçonnerie entretient des liens étroits avec le monde politique. De nombreux hommes d’Etat français, de Jules Ferry à François Mitterrand, ont été initiés à ses secrets. Aujourd’hui encore, la présence de “frères trois points” dans les cabinets ministériels et les instances de décision est loin d’être anecdotique.
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Emmanuel Macron, bien qu’il ne soit pas franc-maçon lui-même, a bénéficié du soutien de plusieurs figures influentes de la franc-maçonnerie lors de son élection. Des ministres comme Gérard Collomb ou Jean-Yves Le Drian, ainsi que d’autres personnalités proches du pouvoir, comme Richard Ferrand, font ouvertement état de leur appartenance à une loge. Cette proximité avec les réseaux maçonniques a valu à Macron l’accusation de composer avec un “pouvoir occulte”, alimentant les suspicions d’entrisme et de favoritisme.
Bras de fer dans le monde des affaires : les réseaux à l’œuvre{{}}
L’influence de la franc-maçonnerie ne se limite pas à la sphère politique. Dans le monde des affaires, les réseaux maçonniques jouent un rôle important, parfois au détriment de la transparence et de l’égalité des chances.
L’affaire Cédric Lewandowski, ancien directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian, en est un exemple illustratif. Evincé de son poste après avoir été pressenti pour prendre la tête de la DGSE, il a été accusé par certains de ses anciens “frères” d’avoir abusé de ses réseaux maçonniques pour obtenir des promotions et des avantages indus.
Un “Etat maçonnique” ? Mythe ou réalité ?{{}}
L’omniprésence des francs-maçons dans les sphères du pouvoir alimente les fantasmes d’un “Etat maçonnique” où les décisions se prendraient en loge et non dans les institutions républicaines. Si l’influence de la franc-maçonnerie est indéniable, il est difficile de déterminer son ampleur et ses ramifications réelles. La culture du secret qui entoure l’organisation et l’absence de transparence sur ses membres et ses activités nourrissent les suspicions et les accusations de favoritisme.
Secret et opacité des francs-maçons : les ferments de la méfiance{{}}
Le secret qui entoure la franc-maçonnerie est l’une des principales sources de méfiance à son égard. Ses rituels initiatiques, ses symboles et ses mots de passe font l’objet de fantasmes et de spéculations, alimentant l’idée d’une société occulte qui manipule les institutions démocratiques.
Vers une nécessaire transparence de l’influence des francs-maçons ?{{}}
Face aux accusations et aux suspicions, de nombreuses voix s’élèvent pour exiger une plus grande transparence de la part de la franc-maçonnerie. La publication des noms de ses membres, l’ouverture de ses loges au public et la clarification de ses liens avec le monde politique et économique pourraient contribuer à dissiper les doutes et à apaiser les tensions.
Francs-maçons en France : un débat nécessaire{{}}
La question du rôle de la franc-maçonnerie dans la société française est loin d’être close. Si ses membres prônent des valeurs humanistes et fraternelles, leur influence sur les décisions politiques et économiques soulève des questions de démocratie et de transparence.
Source : https://www.entreprendre.fr/politique-francs-macons/
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