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"Relations interpersonnelles Hommes-Femmes hier et dans le monde musulman contemporain : de Khadija (1ère épouse du prophète de l’islam Mahomet) à Kahina Bahloul (première femme imame en France) - Amour Volupté" par Jacques Hallard

dimanche 4 mai 2025, par Hallard Jacques



ISIAS Islam Culture Sociologie

Relations interpersonnelles Hommes-Femmes hier et dans le monde musulman contemporain : de Khadija (1ère épouse du prophète de l’islam Mahomet) à Kahina Bahloul (première femme imame en France) - Amour Volupté

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 03/05/2025

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule

Tout d’abord des informations préalables pour entrer dans le sujet de ce dossier

La civilisation islamique également appelée monde musulman, ou encore simplement l’Islam avec une majuscule initiale [a], désigne à la fois la civilisation musulmane et la zone géographique couverte par son expansion au fil de l’histoire, constituée de plusieurs périodes et influences. Cet article traite des aspects de ces civilisations à différentes périodes, indépendamment de la religion islamique…. > https://fr.wikipedia.org/wiki/Civilisation_islamique

https://unipoplyon.fr/core/wp-content/uploads/2017/10/C5-Constitutions-pays-monde-musulman_.jpg

Constitutions-pays-monde-musulman – In Clavel Gilbert - 1. Naissance, fondamentaux et géopolitique de l’islam - 18 octobre 2017 – Copyright © 2023 Université Populaire de LYON. All Rights Reserved. A écouter (durée 1:24:24) et à lire sur ce site : https://unipoplyon.fr/articles/cours/1-naissance-fondamentaux-et-geopolitique-de-lislam

Illustration de Léon carré de l’Histoire D’ali Ben-Bekar et de la Belle Schamsennahar

Illustration - Histoire d’amour d’Ali Ben-Bekar et de la Belle Schamsennahar © Léon Carré, Bibliothèque nationale de France / Gallica – Détails dans ce dossier


Rappel - Selon les règles typographiques généralement suivies par l’Imprimerie nationale en France, l’université et la presse, on écrit islam avec un /i/ minuscule lorsqu’il s’agit de la religion islamique, mais on use de la graphie Islam avec un /I/ majuscule quand il s’agit de la civilisation et des sociétés musulmanes

Comment ne plus confondre islamique, islamiste et musulman ? – Voir>

https://vous-avez-dit-arabe.webdoc.imarabe.org/revo_vignettes/articles/default/c663075a2be6705855060f1b0ecf00c5.jpg{{Agrandir l’image – La distinction entre Islam et islam, musulman et islamique est récente et ne connaît pas d’équivalent en arabe. Il s’agit d’une construction de chercheurs occidentaux s’intéressant au monde islamique, de plus en plus couramment utilisée. Néanmoins, elle n’est pas toujours respectée dans les médias, ni même dans tous les livres. Source : https://vous-avez-dit-arabe.webdoc.imarabe.org/religion/islam-et-islam-musulman-islamique-ou-islamiste/comment-ne-plus-confondre-islamique-islamiste-et-musulman

https://orientxxi.info/IMG/logo/arton1162.jpg?1453199534{{«Islam» © Mohammed Abou Aziz, 2016 –Source

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« L’islam a honoré et valorisé la femme et lui a accordé une place de choix dans la société islamique. Par ailleurs, la Chari’a islamique, en instituant l’égalité entre l’homme et la femme en droits comme en devoirs, a doté cette dernière d’un statut qui lui était dénié non seulement au cours de la période préislamique, mais aussi jusqu’aux dernières décennies encore dans les sociétés non musulmanes…. » - In La femme en islam et son statut dans la société islamique - Par Abdulaziz Othman Altwaijri

Speaker Details - Initiatives in Education, Science and CultureDr. Abdulaziz Othman Altwaijri – Source

Abdulaziz Othman Al-Twaijri ( arabe) عبد العزيز بن عثمان التويجري, DMGʿAbd al-ʿAzīz b. ʿUthman at-Tuwaijir ; * 3 avril1950 à Riyad , Arabie Saoudite ) est directeur général de l’ Organisation islamique pour l’éducation, les sciences et la culture (ISESCO). Il vit au Maroc . Il était l’un des 138 signataires de la lettre ouverte « Une parole commune entre nous et vous », que des personnalités islamiques ont envoyée aux « dirigeantsdes églises chrétiennes, partout dans le monde » (13 octobre 2007). [ 1 ] - En 2008, il a été l’un des membres de la délégation musulmane du 2ème Séminaire du Forum catholique-musulman . [ 2 ]Source

Voir aussi l’ouvrage :

L’Islam et l’effort d’adaptation au monde contemporain - L’impératif de l’ijtihâd - Charles Saint-Prot, Abdulaziz Othman Altwaijri – CNRS Editions - Sciences religieuses

« En Islam, l’ijtihâd représente l’effort d’adaptation visant à tirer des sources fondamentales des règles adaptées aux évolutions sociales tout en prenant en considération l’intérêt public. En replaçant cette notion, véritable pilier de la foi musulmane, au coeur du monde islamique et de son analyse, cet ouvrage révèle un Islam loin des stéréotypes et des critiques qui lui reprochent son inertie, sa sclérose ou son extrémisme. Car l’Islam signifie aussi mouvement. Dès lors, tout l’enjeu consiste à revenir aux sources fondamentales, le Coran et la Sunna, pour retrouver un esprit réformiste qui permettrait à l’Islam de faire face aux défis du monde contemporain en combinant authenticité et progrès ».

Ce livre rassemble les analyses d’universitaires de plusieurs pays qui ont participé au colloque international organisé en avril 2009, au siège de l’Unesco à Paris, par l’Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture (ISESCO), l’Observatoire d’études géopolitiques de Paris (OEG) et la Faculté de droit de l’Université Paris-Descartes. Abdulaziz OTHMAN ALTWAIJRI — Issam Eddine Ahmed AL BACHIR Ihsane BAADARANI — Wajih BEAINI — Mustapha CHERIF Éric GEOFFROY — Florence JEAN — Tahar MAHDI Mohammed MOUSSAOUI — Mohammed EL MOUSLIH Oussama NABIL ALI — Tareq OUBROU — Charles SAINT-PROT – Source : https://www.cnrseditions.fr/auteur/abdulaziz-othman-altwaijri/

Pour mémoire - Le docteur Abdulaziz Othman Altwaijri, docteur honoris causa de l’Université des lettres et des sciences humaines de Bamako - Son Excellence, Docteur Abdulaziz OTHMAN ALTAWAIJRI est depuis mardi 03 février 2015, Docteur HONORIS CAUSA de L’université des Lettres et des Sciences Humaines de Bamako(ULSHB). C’est ainsi qu’en ont décidé les responsables de cette structure universitaire. Titre honorifique, le doctorat honoris causa est une marque de distinction décernée en procédure d’exception par un établissement d’enseignement supérieur à une personnalité éminente. Le titre souligne l’exemplarité de sa connaissance et de sa sagesse. Ainsi, en conférant le titre de Docteur Honoris Causa à Son Excellence Abdulaziz OTHMAN ALTWAIJRI, les responsables de l’Université des Lettres et de Sciences Humaines de Bamako ne se sont point trompés. Cette consécration est, au-delà d’une simple récompense, le couronnement d’une brillante et riche carrière académique et professionnelle d’un homme qui, à travers ses nombreuses œuvres, est considéré comme l’un des plus grands penseurs contemporains du monde islamique. En effet, les œuvres du Docteur Abdulaziz OTHMAN ALTWAJIRI soulèvent les épineux problèmes dont souffre la communauté musulmane du monde entier tout en évoquant en même temps les perspectives de la OUMMA islamique. Détenteur d’un PHD en éducation à l’université d’Oregon aux Etats-Unis en 1982, l’homme est depuis 1991, secrétaire général de l’Organisation Islamique pour l’Education , les Sciences et la Culture( ISESCO) lors de la 4ème conférence générale de cette organisation tenue à Rabat (Royaume du Maroc) et secrétaire général de la Fédération des Universités du monde islamique .De nationalité Saoudienne, il a vu le jour le 03 avril 1950 à Riyad. La cérémonie officielle de remise de la décoration, toute académique et pleine de signification, a regroupé plusieurs invités de marque, parmi lesquels le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, Me Mountaga TALL autour des responsables de l’ULSHB et du monde universitaire malien. Tout en exprimant toute sa fierté et celle de toute l’université des Lettres et de Sciences Humaines de Bamako le professeur Macki SAMAKE recteur de l’ULSHB et parrain du récipiendaire dira que l’attribution du titre de Docteur Honoris Causa au docteur ALTWAIJRI est un acte conscient et justifié par la haute qualité managériale de l’homme à la tête de l’ISESCO et par qualité de ses nombreuses productions scientifiques. Selon lui, l’évènement revêt une double signification en milieu universitaire. D’abord, il est la marque de la reconnaissance par les pairs et une valeur d’exemple pour les enseignants –chercheurs et les étudiants de l’ULSHB qui y trouveront une source d’inspiration sans commune mesure. Prenant à son tour la parole, l’heureux récipiendaire a gratifié l’assistance d’un exposé sur le thème assez évocateur « la diplomatie islamique au service d la paix » en trois langues : Arabe, Anglais et Français. En substance, il a mis en exergue la place centrale qu’occupe l’islam dans les relations internationales contemporaines en rappelant que les musulmans représentent une population d’un milliard et demi , soit 20% de la population mondiale, dotés d’un capacité de production pétrolière importante .Donc les Etats musulmans constituer un bloc influent dans le monde a-t-il conclu. Pour le Professeur Doulaye KONATE, président du Conseil de l’université des Lettres et de Sciences Humaines de Bamako, le docteur ALTWAIJRI est la première personnalité à recevoir ce prestigieux titre de l’ULSHB institué par le décret N°4.454/PRM du 9 octobre 2004.Il a exprimé tout l’orgueil et tout l’honneur de cette jeune université autant de cette première que les qualités humaines et intellectuelles , les nombreuses contributions de l’homme dans les domaines des sciences, des lettres et de la culture , les services éminents rendus à l’Afrique et à l’humanité . Pour terminer, il dira que l’œuvre intellectuelle du Docteur ALTWAIJRI et ses actions quotidiennes dans le cadre de l’ISESCO au bénéfice de l’éducation constituent sans aucun doute des sources d’inspiration pour notre université qui voudrait renouer avec la tradition Humaniste de son illustre devancière ; l’université Sankoré de Tombouctou. © ULSHB – Septembre 2013 - Baco Djicoroni ACI, Rue 627 Porte 83 BP E 2528 Bamako – Mali – Source : http://www.ulshb.edu.ml/index.php/9-actualites/154-le-docteur-abdulaziz-othman-altwaijri-docteur-honoris-causa-de-l-universite-des-lettres-et-des-sciences-humaines-de-bamako

Autre publication d’Abdulaziz Othman Altwaijri : « Il est nécessaire de passer aux énergies renouvelables dès que possible » – Énergie - 05 novembre 2021 08 : 03 – « Il est nécessaire de passer aux sources d’énergie renouvelables dès que possible, a déclaré l’ancien PDG de l’ISESCO, Abdulaziz Othman Altwaijri, lors de la table ronde “Lutter contre le changement climatique et répondre aux besoins mondiaux en énergie : Comment faire les deux ?’, dans le cadre du VIIIe Forum mondial de Bakou, le rapport informe. Il a déclaré que la production d’électricité et le changement climatique sont étroitement liés : l’utilisation de voitures, le fonctionnement de millions d’usines causent des dommages importants à l’environnement. De nombreux pays mettent déjà en œuvre la transition vers des sources d’énergie renouvelables, en utilisant l’énergie du vent, du soleil, etc., a-t-il ajouté… - Source

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Khadija, une forte femme qui a joué un rôle clé dans la naissance de l’Islam - Qui était Khadija bint Khuwaylid ? - Par Margarita Rodríguez - Role, BBC News Mundo - 12 février 2021 - Mise à jour 19 février 2021 - ’Elle a littéralement brisé le plafond de verre. Même les femmes modernes aspireraient à réaliser ce qu’elle a fait il y a 1.400 ans’. C’est ainsi que Asad Zaman, un imam de la ville de Manchester (UK), décrit Khadija, une femme née au 6ème siècle de notre ère dans ce qui est aujourd’hui l’Arabie Saoudite. C’était une figure respectée, riche et puissante, qui a rejeté de nombreuses demandes en mariage de la part de nobles éminents. Elle a fini par se marier, deux fois. Son premier mari est mort, et on pense qu’elle a décidé de se séparer du second. Source : https://www.bbc.com/afrique/monde-56009180

Khadija bint Khuwaylid, née entre 555 et 560 et morte en 619 à La Mecque, est la première épouse du prophète de l’islam Mahomet. Elle est considérée dans l’islam comme « la mère des croyants », tout comme les autres femmes du prophète de l’islam… - Wikipédia

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En bref - Un imam (arabe : imām, إمام, persan : emām, امام, guide religieux des musulmans, celui qui est devant) est une personne, guide religieux[1] dirigeant la prière en commun[2]. C’est de préférence une personne qui doit être instruite (arabe : عُلَّامة [Ullamah]) en ce qui concerne les rites et la pratique au quotidien de l’islam. Pour les chiites, venant d’une tradition de succession familiale du prophète Muḥammad, l’imam est le guide spirituel successeur du prophète de la communauté islamique. Chez les duodécimains, il y a 12 imam descendants du prophète par Ali ibn Abi Talib le premier est Ali ibn Abi Talib le deuxième l’imam Al-Hussayn ibn Ali et le 12e l’imam Al-Mahdi. Dans le cadre du sunnisme, on peut comparer la fonction d’imam à celle du pasteur ou du prédicateur protestant. En effet, l’imam ne fait pas partie d’une structure hiérarchique : il est désigné par la communauté elle-même et ne prétend à aucun lien privilégié avec Dieu. Il peut être licencié s’il n’accomplit pas sa mission…. - Source

Est-ce qu’une femme peut être imame ? - La grande majorité (jumhur) affirme que l’imamat des femmes pour les hommes est interdit. Cependant, toutes les écoles juridiques ont accepté l’imamat des femmes pour les femmes, sauf l’imam Malik et son école qui sont les plus intransigeants sur cette question et refusent toute prière guidée par une femme [22]. 20 avril 2022

Chapitre d’ouvrage - Les femmes n’ont pas le droit d’accéder aux hautes fonctions politiques et à l’Imamat ? - Par Asma Lamrabet – ‘Islam et femmes’ - Pages 135 à 145 – 2021 – « La question de la place des femmes au sein de l’autorité politique et religieuse est une question centrale dans la pensée et le discours islamiques. Elle fait partie de ces questions taboues qui sont tacitement refoulées dans l’inconscient musulman. L’univers du pouvoir religieux étant un espace exclusivement masculin, la présence des femmes y est jugée inconcevable et toute remise en question de cette norme est considérée comme de l’ordre de la subversion et de l’innovation blâmable (bid‘a). S’il y a une chose qui frappe les esprits aujourd’hui, c’est bien l’invisibilité des femmes au sein des plus grandes instances, conseils ou hautes fonctions religieuses. Elles sont marginalisées de la production du savoir et de la connaissance religieuse et leurs voix n’y sont jamais prises en compte.

Au Maroc, en mai 2005, une première promotion de prédicatrices religieuses, murchidat, a vu le jour sous la directive du ministère des Habous marocain. Cette initiative, louable dans sa symbolique de valorisation des femmes dans l’espace sacré, répondait à un contexte politique où, pour répondre notamment aux attentats du 16 mai 2003 à Casablanca et contrer l’islamisme, il s’agissait de réformer le champ politique, de promouvoir les droits des femmes avec la réforme du Code de la famille en 2004, ainsi qu’un islam de proximité, moderne et tolérant. Or ces ‘murchidat’ ont été formées pour transmettre des valeurs religieuses au sein des mosquées et autres centres sociaux, en reproduisant une lecture traditionaliste, très conservatrice et en résonance avec le patriarcat culturel ambiant… - Date de mise en ligne : 20/04/2022 – Accès conditionnel à partie de https://shs.cairn.info/Islam-et-femmes—9789954987971-page-135?lang=fr

Qui est la première femme imame en France ?{{}}

Kahina Bahloul — Wikipédia

Kahina Bahloul, née le 5 mars 1979 à Paris, est une islamologue franco-algérienne. Soufie, elle est la première femme à se déclarer imame en France. Elle est la cofondatrice du projet d’association cultuelle « La Mosquée Fatima », qui promeut un islam libéral.

[Addenda - Le soufisme (en arabe : ٱلتَّصَوُّف, at-taawwuf) désigne les pratiques ésotériques et mystiques de l’islam[1] visant la « purification de l’âme » en vue de se « rapprocher » de Dieu. Il s’agit d’une voie d’élévation spirituelle, un chemin initiatique de transformation intérieure, qui transcende le formalisme des intégristes et autres tenants d’un islam rigoriste. Il se veut le « cœur » de l’islam[2]. Il est généralement pratiqué par le biais d’une initiation au sein d’une tariqa, terme qui désigne, par extension, une confrérie rassemblant les fidèles autour d’un maître spirituel [3].

Le soufisme trouve ses fondements dans la révélation coranique et dans l’exemple de Mahomet [4]. On peut donc dire qu’il est présent, depuis les origines de la révélation prophétique de l’islam, dans les branches sunnite et chiite, bien qu’il ait pris des formes différentes dans les deux cas [5]. Le soufisme renvoie à ce que l’islam appelle « isān » (excellence) : le fait d’adorer Dieu comme si on le voyait. C’est-à-dire que le soufisme a pour but ultime d’ouvrir le « cœur » de l’initié à la vision béatifique, à la connaissance suprarationnelle et unitive du Principe divin. Ceci le différencie des sciences profanes, qui se fondent sur des efforts de pensée. L’être réalisé obtient sa science directement par dévoilement et vision [6]. De tous temps, certains oulémas et savants se sont élevés contre ce qu’ils ont qualifié de « dérives » du soufisme. Ils ont émis des critiques, tant sur la doctrine de certaines confréries que sur leurs pratiques [7]. De nos jours, le salafisme et le wahhabisme sont totalement opposés aux pratiques soufies… - Source]

[L’islam libéral se distingue des mouvements réformateurs islamiques en ce sens qu’il s’intègre dans le courant du libéralisme théologique que connurent les autres monothéismes au tournant du XIXe siècle et XXe siècle tandis que les mouvements réformateurs islamiques incluent aussi bien les mouvements réformateurs intégristes. Sur ce point, l’expression anglophone Mouvements libéraux islamiques peut prêter à une ambiguïté que l’expression européenne vise à lever [note 1], spécifiquement si elle empêche de réduire l’islam libéral à la mise aux normes d’une modernité sociétale [note 2].

  • L’islam libéral traite des disciplines historiques et critiques concernant les origines de l’islam et du Coran[ note 3]->https://fr.wikipedia.org/wiki/Islam_lib%C3%A9ral#cite_note-3]
  • L’islam libéral désigne aussi un mouvement réformateur au sein de l’islam qui concilie modernité et religion musulmane si l’on considère que la modernité se définit en une liste d’un certain nombre de sujets sociaux et sociétaux, qui semblent tabous dans les sociétés islamiques, comme le sont respectivement la place des femmes ou les relations de la religion et de l’État [biblio 1]. Les auteurs en sont aussi bien des militants associatifs que des auteurs académiques ou encore des théologiens. Ces théologiens et théologiennes se réclament du sunnisme comme du chiisme.
    Il faut aussi distinguer :
  • le courant libéral de l’islam, dit aussi « progressiste », dont les tenants visent à restaurer le pluralisme des interprétations au sein même de l’islam, contre une simple lecture d’un texte qui se suffirait à soi-même[biblio 2],[biblio 3], que véhiculent les courants actuellement dominants qui sont les plus fondamentalistes
  • de l’islam sécularisé [note 4], aussi nommé « islam laïc » dans les pays francophones [note 5], dont les tenants considèrent que l’islam construit une part importante de l’Homme, spécifiquement dans son comportement moral, et du citoyen mais est une religion dont ils se reconnaissent agnostiques
    Avant même les aspects sociétaux, comme la défense de la laïcité [biblio 4], la non-obligation voire la restriction du port du voile islamique ou le refus des peines corporelles prévues par la charia ou le jihad , sont autant de points (non exhaustifs) défendus par une grande partie des « musulmans libéraux » du XXIe siècle. La Nahda [biblio 5] est d’abord un courant d’approfondissement théologique… - Source ]

Kahina Bahloul Islamologue, première imame en France - En savoir plus - https://www.radiofrance.fr/personnes/kahina-bahloul -’Mon islam, ma liberté’, aux éditions Albin Michel. Kahina Bahloul : podcasts et actualités

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Introduction {{}}

Ce dossier est spécialement consacré aux relations interpersonnelles Hommes-Femmes dans le monde musulman au cours de l’Histoire et jusqu’à aujourd’hui

Est donnée tout d’abord une vision introductive dynamique émanant du monde protestant, avec une vidéo sur la place pour les femmes dans les pays d’Islam…

Une première approche - largement documentée - est proposée sur « Islam et monde musulman - La morale conjugale dans l’islam », à partir d’une revue d’éthique et de théologie morale de 2006, inspirée selon le Coran et la Tradition musulmane

Le Coran (en arabe : القُرْآن, al-Qurʾān ?, « la récitation ») est le texte sacré de l’islam. Pour les musulmans, il reprend mot pour mot la parole d’Allah (Dieu)[3],[4]. Œuvre de l’Antiquité tardive datant du VIIe siècle, le Coran reste le premier et le plus ancien livre connu en arabe à ce jour. La tradition musulmane le présente comme le premier ouvrage en arabe clair, avec le caractère spécifique d’inimitabilité dans la beauté de sa structure et dans ses principes moraux et éthiques. Pour les musulmans, le Coran regroupe les révélations d’Allah transmises par l’archange Gabriel[3] (جبريل, Jibrīl) au dernier prophète et messager de Dieu, Mahomet (محمد, Muammad, « le digne de louanges »), de 610–612 jusqu’à sa mort en 632. Le Coran est parfois appelé al-kitāb (« le Livre »), adh-dhikr (« le Rappel ») ou encore al-furqān (« le Discernement »). Pour les musulmans sunnites, il est l’expression d’un attribut incréé de Dieu adressé à toute l’humanité. La tradition musulmane considère que le texte canonique du Coran remonte au troisième calife, Uthmān. Ce point fait néanmoins toujours l’objet de recherches et de débats parmi les historiens du XXIe siècle. Pour ces derniers, le Coran est un « ensemble composite de textes compilés ou rédigés par des auteurs différents, fixé dans les dernières années du VIIe siècle, sous le règne du calife omeyyade Abd al-Malik (685-705), véritable organisateur de l’empire et qui fit de l’islam sa religion officielle »[5]. Ce texte rassemblerait des éléments venant de la prédication de Mahomet, mais aussi des textes d’origine chrétienne voire païenne. Le Coran serait donc l’héritier de sources multiples rassemblées par la première communauté des « croyants » qui se reconnaissait dans l’enseignement de Mahomet. La date de fixation du texte coranique suscite des débats chez les historiens… - Source

Tradition islamique - La sunna (en arabe : سُنَّة, « loi », « tradition ») désigne la tradition et les pratiques du prophète islamique Mahomet, et constitue un modèle à suivre pour la plupart des musulmans. Elle est considérée comme ce que les musulmans du temps de Mahomet suivaient et ont transmis aux générations suivantes [1]. Selon les théories islamiques classiques[2], la sunna est documentée dans les hadiths (la mise à l’écrit des transmissions orales des enseignements, des actes et des paroles, des autorisations silencieuses ou des désapprobations de Mahomet), qui constituent avec le Coran (livre saint de l’Islam et considéré comme parole de Dieu), la révélation divine qu’aurait reçue Mahome t[2] et qui sont donc les principales sources de la loi (charia) et de la théologie islamiques (kalâm) [3],[4]. Source

Il est ensuite fait appel dans ce dossier et avec une visée didactique, à une requête auprès de ChatGPT sur les relations interpersonnelles Hommes-Femmes dans le monde musulman, d’avril 2025 : les réponses sont nombreuses et ouvrent aux lecteurs et lectrices intéressés, des horizons divers et variés…

Puis est proposé un large ensemble d’articles sélectionnés à partir de sources variées, sur les relations entre les hommes et les femmes chez les musulmans : les différents aspects et détails étant donnés dans le sommaire de ce dossier…

A la suite est présentée dans ce dossier une réponse du 13/12/20211 de la Bibliothèque de l’Institut du monde arabe sur les grands auteurs arabes et maghrébins qui ont traité du thème de l’amour entre les êtres humains !

Ensuite sont fournies des informations sur « Le Livre de volupté  » (Bah Nameh) d’Ahmad Ibn Souleiman  », traduit du turc par Abdul-Haqq Effendi. Qizmich-Aga (Gay et Doucé) de 1878… - Il est par ailleurs fait référence à cet auteur sous le nom de Amad ibn Yūsuf al-Tīfāšī [Ahmad al-Tifachi] > poète ifriqiyen (1184–1253) : « Aḥmad ibn Yūsuf al-Tīfāšī est un personnage historique bien connu. Il était un érudit et écrivain tunisien du XIIIe siècle, célèbre pour ses travaux dans divers domaines, notamment la littérature, la médecine et les sciences… » - Addenda – Le qualificatif ifriqiyen peut de rapporter à [Ifriqiya ]

https://www.google.fr/url?sa=t&...Note sur Ahmad al-Tifachi [identique à Ahmad Ibn Souleiman ?]

Biographie

Naissance 1184

Tiffech, Souk Ahras, actuelle Algérie[1]

Décès 1253

Le Caire

Nom dans la langue maternelle{{}} أحمد التيفاشي

ActivitésScientifique, poète

Œuvresprincipale

  • Les Délices des cœurs{}

Ahmad al-Tîfâshî (en arabe : أحمد التيفاشي), de son nom complet Ahmad ibn Yusuf al-Tīfāchī, né en 1184 à Tiffech à Souk Ahras en Algérie [3],[4],[5],[6]) et décédé en 1253 au Caire, est un poète, écrivain et anthologiste d’origine arabe[7],[8],[9],[10]de langue arabe. Il aurait principalement vécu à Tunis, au Caire et à Damas [5]. Né à l’époque almohade, il est aussi un célèbre géologue et musicologue musulman du Moyen Âge.

Études géologiques - Il est mieux connu pour son lapidaire, le plus célèbre et le plus complet traité en arabe sur les minéraux à son époque. Afin de l’écrire, il voyage, notamment en Arménie, en Perse, au Turkménistan, en Inde, en Andalousie et en Mésopotamie. Il effectue des voyages sur place, en s’aidant de la connaissance des autochtones, pour dresser un tableau sur chaque pierre : il contient ses caractéristiques physico-chimiques, son prix dans le commerce, ses usages médicaux et magiques et quelques étymologies perses, en plus des endroits où on peut la trouver. Il rassemble toutes ses données dont il réalise la classification dans un ouvrage qu’il intitule Azhar el afkar fi jawaher el ahdjar (Les Fleurs des idées sur les précieuses des pierres) ; cette classification, l’une des premières du genre, couvre 25 gemmes et minéraux avec beaucoup de détails. Il est conservé sous la forme de plusieurs copies manuscrites.

Érotisme et musicologie - Réputé pour sa culture et son éducation, il a par ailleurs compilé une anthologie de douze chapitres de poésie arabe et de plaisanteries sur les pratiques sexuelles et érotiques, Les Délices des cœurs par les perceptions des cinq sens (سرور النفس بمدارك الحواس الخمس), faisant état à la fois de relations hétérosexuelles et de relations homosexuelles, avec toutefois une prédilection pour ces dernières, principalement pédérastiques. Une traduction française, d’après une copie en arabe conservée à Paris, est publiée entre 1971 et 1981 : Les Délices des cœurs par Ahmad al-Tifachi. Une traduction scolastique des sections homo-érotiques est également publiée en anglais : The Delight of Hearts — A Promenade of the Hearts — or What You Will Not Find In Any Book (1988). Al-Tifachi rédige d’autres traités concernant l’hygiène sexuelle, dont une copie est conservée à la United States National Library of Medicine. Il rédige enfin un traité en musique, intitulé Le Plaisir de faire écouter dans la science de l’audition (متعة الاسماع في علم السماع، في الموسيقى). Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ahmad_al-Tifachi

Pour terminer ce dossier, on trouve un approfondissement détaillé de la place des femmes dans l’islam selon Wikipédia…

On peut aussi se reporter aux articles étiquetés ‘ISLAM’ et mis en ligne antérieurement sur le site ISIAS à partir d’ici > https://isias.info/spip.php?page=recherche&recherche=islam

Les articles sélectionnés pour ce dossier sont mentionnés avec leurs accès dans le sommaire ci-après

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  • Une vision introductive dynamique > Quelle place pour les femmes dans les pays d’Islam - 21/03/2024 - Regards protestants - VIDÉO 21:33 - Production : Fondation Bersier – Regards protestants - Entretien mené par : Antoine Nouis - Réalisation : Horizontal pictures - Intervenant : Omero Marongiu-Perria
    Loin d’appartenir à la seule tradition musulmane, le patriarcat est une donnée culturelle de tout le Moyen-Orient ancien. L’image oppressive vis-à-vis des femmes est avant tout liée à un besoin de contrôle social des autorités politiques. Les textes religieux sont dans ce contexte instrumentalisés, mais ne préjugent pas d’une émancipation future des

Dans une édition rééditée et augmentée de son livre « En finir avec les idées fausses sur l’islam et les musulmans » visant à dissiper les idées fausses sur l’islam, Omero Marongiu-Perria, sociologue des religions, aborde la question du statut des femmes dans l’islam.
Il estime que les questions relatives au rôle des femmes sont souvent mal comprises et simplifiées à l’extrême, en attribuant des pratiques culturelles et historiques à la religion elle-même. Par exemple, le port du voile, antérieur à l’islam, est souvent considéré à tort comme une obligation religieuse plutôt que comme une obligation culturelle ayant un long passé historique, y compris dans d’autres traditions religieuses telles que le judaïsme et l’hindouisme.

Omero Marongiu-Perria soutient que la subordination perçue des femmes dans les sociétés musulmanes n’est pas une question strictement religieuse, mais un mélange complexe de facteurs culturels, politiques et religieux. Il souligne que l’interprétation patriarcale des textes islamiques a contribué aux disparités entre les sexes, tout en rappelant que le prophète Mahomet visait l’émancipation des femmes, un objectif qui a été remis en question par les normes et les interprétations sociétales au fil du temps.

Il cite des figures historiques et des mouvements qui ont cherché à remettre en question ces interprétations et à défendre les droits des femmes dans le contexte de la modernité. Par exemple, le penseur égyptien du début du XXe siècle Qasim Amin a défendu les droits des femmes sur la base des principes islamiques, reflétant un mouvement plus large dans les sociétés à majorité musulmane en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomie des femmes. Omero Marongiu-Perria note que ces mouvements se sont renforcés ces dernières années, en particulier dans les sociétés très éduquées comme l’Iran, où les femmes ont été en première ligne pour revendiquer leurs droits.

Toutefois, il reconnaît également le caractère sensible de ces questions dans les sociétés islamiques, où les appels à l’égalité des sexes peuvent parfois entrer en conflit avec les valeurs conservatrices. Il souligne toutefois l’importance de faire la distinction entre les croyances religieuses et l’instrumentalisation de la religion à des fins de contrôle social, en particulier sur les femmes. La discussion autour du voile est un excellent exemple de cette distinction, où les croyances spirituelles personnelles peuvent différer grandement des exigences sociétales.

Omero Marongiu-Perria plaide pour une compréhension nuancée du rôle des femmes dans l’islam, reconnaissant la diversité au sein de la communauté musulmane et les débats en cours entre les femmes musulmanes elles-mêmes au sujet de leur foi et de leurs droits. Il appelle à la solidarité et au soutien de l’autonomie et des droits des femmes, tant au sein des sociétés musulmanes qu’au-delà, dans le cadre d’un engagement plus large en faveur des valeurs universelles et des droits de l’homme.

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Source : https://regardsprotestants.com/video/religion-spiritualite/quelle-place-pour-les-femmes-en-islam/

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Mais à l’origine de la création, Dieu les fit homme et femme. Ainsi donc l’homme quittera son père et sa mère, et les deux ne feront qu’une seule chair. Eh bien ! Ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer. Marc 10, 6-9 ; Matthieu 19, 1-9.

Il n’y a pas de « nature du musulman ». Dans le domaine conjugal, on peut trouver chez les musulmans toutes les attitudes possibles chez l’homme, de l’altruisme à l’égoïsme, de l’affection à l’insensibilité, de la confiance à la stricte hiérarchisation, etc. Mais ce qui est caractéristique de l’islam, c’est la tendance à placer toute chose ou tout acte, si banal, voire si trivial soit-il, sous l’autorité de Dieu. C’est à la fréquence de l’invocation divine (manifestée en particulier par la formule « au nom de Dieu », « bismi-Ilâh », répétée en toutes occasions) que se juge la piété.

Ce qui est proprement « musulman », c’est donc la référence éventuelle qui peut être invoquée soit pour justifier l’attitude adoptée en cas de récriminations du ou de la partenaire, soit au contraire pour exhorter, soi-même ou autrui, à lutter contre ses penchants, dans la seule mesure où ceux-ci sont susceptibles d’apporter un trouble à la communauté. Cette référence peut être : 1) le Coran lui-même, théoriquement source indiscutable en tant que parole même de Dieu ; 2) l’exemple du Prophète transmis par les traditions (hadîths, dont l’ensemble forme la Sunna) et par sa biographie (Sîra), qui s’est imposé dans de larges couches de la population musulmane comme un modèle incontournable ; 3) les règles juridiques (Fiqh).

C’est en principe l’ordre hiérarchique qui doit être suivi, mais en fait, chez le croyant ordinaire, c’est le plus souvent la réglementation traditionnelle qui fait autorité ; les deux autres interviennent alors en tant que fondement de la règle juridique ou sont invoqués comme justification a posteriori. Toutefois, les textes peuvent être perçus différemment ; ils peuvent aussi être d’orientations diverses, parfois même contradictoires, soit entre eux (Sunna contre Coran), soit même à l’intérieur du corpus de traditions. Les règles courantes apparaissent ainsi comme une sélection, à laquelle le croyant peut se soumettre ou contre laquelle, au contraire, il peut réagir au nom du retour aux sources.

Nous allons donc passer en revue ces diverses références, tout en ayant bien conscience de ce qu’elles ne constituent pas un modèle unique et monolithique, mais qu’elles donnent plutôt des orientations parmi lesquelles chaque croyant a théoriquement une certaine latitude de choix, latitude en fait largement conditionnée par les cadres culturels.

Le Coran

Le mariage est certainement une notion importante dans le Coran, à la fois du point de vue quantitatif et du point de vue qualitatif. Des composés de la racine z-w-j, qui l’exprime, figurent plus de quatre-vingts fois dans le texte [1]. D’autre part, le mariage est un des dons privilégiés de Dieu, tant dans ce monde-ci (xvi, 72 ; xlii, 11 [2]) que dans l’autre (une des récompenses du croyant au paradis sera d’être marié à des « hourris aux grands yeux » (lii, 20 ; xliv, 54 [3]). De façon significative, dans l’énumération des « signes » de la puissance et de la miséricorde de Dieu envers les hommes, figure (juste après la capacité de faire vivre et mourir et celle de créer, et avant même le détail des merveilles du monde) : d’avoir créé pour vous des épouses issues de vous, afin que vous vous reposiez auprès d’elles, et d’avoir mis entre vous affection (mawadda) et miséricorde (rahma). (xxx, 21.)

Ces deux mots appellent cependant un commentaire. L’idée d’affection n’est pas toujours favorablement connotée dans le Coran, où il est en particulier déconseillé d’avoir de l’affection pour les infidèles, les devoirs religieux primant même les liens amoureux :

Et n’épousez pas les femmes associatrices [4] tant qu’elles n’auront pas la foi, et certes, une esclave croyante vaut mieux qu’une associatrice, même si elle vous enchante. Et ne donnez pas d’épouses aux associateurs tant qu’ils n’auront pas la foi, et certes, un esclave croyant vaut mieux qu’un associateur, même s’il vous enchante. (ii, 221.)

En contrepartie, le Coran met en garde contre les illusions subjectives :{{}}

Si vous avez de l’aversion envers (vos femmes) durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l’aversion pour une chose où Dieu a déposé un grand bien (iv, 35).

En effet, le Coran s’adresse avant tout aux hommes. Les rares fois où le texte mentionne « les musulmans et les musulmanes, les croyants et les croyantes, etc. » (par exemple : xxxiii, 35), les commentateurs expliquent naïvement que, d’après une interprétation prophétique, « les femmes dirent au Prophète : ”pourquoi cite-t-il les croyants et ne cite-t-il pas les croyantes ?“ C’est pourquoi Dieu fit descendre (ce verset) [5] ». D’une façon générale, les commentateurs partent du principe que « Dieu a créé de la race humaine des femmes pour qu’elles soient des épouses, ce qui en somme veut dire que Dieu a créé Ève à partir d’Adam [6] ».

En revanche, le Coran contient des notations très explicites en faveur de la supériorité masculine :{{}}

Les hommes ont autorité sur les femmes du fait que Dieu a préféré certains d’entre vous à certains autres, et du fait que [les hommes] font dépense sur leurs biens (iv, 34).

Si la traduction officielle de Médine dit bien « ont autorité », un autre traducteur musulman, qui a vécu en Occident, éprouve le besoin d’atténuer la formule en « les hommes sont des directeurs pour les femmes [7] », et renvoie aussitôt à l’exemple de saint Paul [8]. Mais dans le Coran c’est Dieu qui parle et qui présente cela comme une faveur (fadl) de sa part.

(Les femmes) ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. (ii, 228.)

Ce passage figure dans le contexte de la répudiation où l’époux est maître de la décision, qu’il s’agisse du rejet ou de la réconciliation. Dans le cadre du monde moderne, certains sont tentés de se référer seulement à la première partie de cette dernière citation, et de passer sous silence la seconde partie.

Il est en effet fréquent qu’on procède par citations tronquées. C’est, par exemple, le cas de la formule :

Vos femmes… sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles (ii, 187).

Elle se trouve dans un verset autorisant les relations sexuelles durant la nuit du jeûne de Ramadan. Aussi la sélection peut-elle aboutir à deux significations très différentes suivant qu’on prend le fragment seul ou en situation. Ce que la traduction de Médine entérine en proposant deux interprétations du mot « vêtement ». D’une part, « il faut entendre par là une source de tranquillité, de quiétude et de complémentarité réciproque entre les deux époux ». Mais elle ajoute : « autre interprétation : une couverture. L’existence des liens permanents entre les deux époux rend difficile le fait de s’abstenir de rapports conjugaux. C’est pour cette raison que ces rapports leur ont été permis la nuit d’as-Siyâm [9] ».

Dans la même sourate iv, Les femmes, apparaît clairement la différence entre ce qui est reconnu comme droit respectivement à l’homme et à la femme. Pour l’homme, il y a le droit de contrainte :

Les femmes vertueuses sont obéissantes (à leurs maris), et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leurs époux, avec la protection de Dieu. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les [10]. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles (v. 34).

Pour les femmes, on ne saurait aller au-delà du compromis :

Et si une femme craint de son mari abandon ou indifférence, alors ce n’est pas un péché pour les deux s’ils se réconcilient par un compromis quelconque, et la réconciliation est meilleure puis que les âmes sont portées à la ladrerie (v. 128).

Le Coran et la Tradition ont fait du Prophète « le modèle à imiter » en toutes circonstances. Ainsi distinguons-nous, dans l’imitation de sa vie conjugale, deux périodes correspondant aux deux phases de la Révélation. Celle avant l’hégire, à La Mecque, où il est strictement monogame, époux de Khadija, de quinze ans son aînée ; et celle après l’hégire (622), à Médine, où il est amplement polygame, après la mort de Kadhija. Un ensemble de versets de la Révélation sont consacrés à traiter du harem du Prophète et serviront de référence pour le code du mariage en islam [11].

L’homme a donc droit à la polygamie, à quoi s’ajoute l’autorisation d’avoir des concubines prises parmi les esclaves (lxx, 30 ; xxiii, 6 ; iv, 25). Les commentateurs soulignent que ce statut est nécessaire car conforme à la nature biologique et physique de l’homme et de la femme. Le verset autorisant la polygamie est interprété de deux façons différentes : la grande majorité perçoit la formule « Épousez donc celles des femmes qui vous seront plaisantes, par deux, par trois, par quatre… »

(iv, 3), comme une tolérance dont le maximum est quatre, en s’appuyant sur diverses traditions selon lesquelles le Prophète aurait enjoint à ses disciples de ne pas dépasser ce chiffre ou de ne garder que quatre épouses s’ils en avaient déjà davantage. Mais une école (le zâhirisme), qui n’a jamais eu de statut officiel, considère qu’il faut tenir compte des trois chiffres et procéder à leur addition, ce qui aboutit à une tolérance maximale de neuf, conformément à l’exemple du Prophète lui-même. Bien que suivant le rite mâlikite pour le reste, l’islam du Sahel se réfère volontiers à cette école sur ce point.

Dans le même verset est introduite une restriction :

… Mais, si vous craignez de n’être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez [12]. Cela, afin de ne pas faire d’injustice (ou afin de ne pas aggraver votre charge de famille) (iv, 3).

Un peu plus loin, cette restriction est précisée :

Vous ne pourrez jamais être équitables entre vos femmes, même si vous en êtes soucieux [13]. Ne vous penchez pas tout à fait vers l’une d’elles, au point de laisser l’autre comme en suspens (iv, 129).

Dans un but apologétique, certains commentateurs lient la restriction du verset 3 au membre de phrase inachevé qui la précède :

Et si vous craignez de n’être pas exacts envers les orphelins… et prétendent que l’autorisation de prendre plusieurs épouses ne vaut que si on augmente sa charge familiale par l’adoption d’orphelins. D’autres récusent cette lecture et reconnaissent qu’il y a bien rupture de sens et que les deux membres de phrase sont indépendants.

La question des enfants est en effet essentielle. Le mariage sans enfants n’a aucun sens dans la société islamique. Dans la pratique, il donne le droit à prendre des coépouses pour remplir le devoir d’avoir une descendance « croyante » ici-bas, des mâles surtout. Dès les premières révélations coraniques, Dieu console le Prophète de n’avoir pas eu d’enfants mâles :

Celui qui te hait sera, certes, sans prospérité (cviii, 3).

En contrepartie, les épouses du Prophète jouiront d’un statut particulier et seront appelées « mères des croyants ».

Certes, les enfants seront inutiles au Jour Dernier (xxvi, 88 ; lxx, 11 ; lxxx, 34-36), mais, dans ce monde, ils sont comptés juste après la richesse, tous deux étant indissociés :

Les biens, les fils sont la parure de la vie immédiate [14]… (xviii, 46.)

En avoir est un signe de la « satisfaction » de Dieu envers le croyant. C’est une marque de puissance même chez l’ennemi du croyant à qui le Coran ordonne :

Ne lui obéis pas parce qu’il est riche et a des fils. (lxviii, 14 ; voir aussi xviii, 7.)

Toutefois, les enfants demeurent parmi les jeux, amusements et vaines parures dans l’acquisition des richesses du monde ici-bas (lvii, 9), ces attributions de bonnes choses que Dieu consent au croyant (xvi, 74), afin qu’il ne croie plus au faux et ne nie point le bienfait de Dieu (xvi, 71), mais qui ne doivent pas distraire de l’Édification (lxiii, 9).

Les enfants sont une source de puissance. Le croyant se prévaut par le nombre de fils et ensuite de filles que Dieu lui a accordés. Le père comme la mère sont qualifiés par « le père – ou la mère – de untel », à savoir le fils aîné. En pays islamiques, cela s’étend aux chrétiens et aux juifs, dans la tradition sémitique. Richesses et enfants sont considérés parmi les Signes de Dieu, ils sont intimement liés à la connaissance métaphysique de l’Inconnaissable et au pacte auprès du Bien faiteur (xix, 77). Richesses et enfants sont même comptés par Dieu comme une avance sur les biens de la vie future, une monnaie d’échange, une incitation possible aux bonnes œuvres… (xxiii, 55.)

Les devoirs que le Coran prescrit à l’homme envers son épouse relèvent essentiellement de la sphère juridique : respect de ce qui lui revient de droit, avec la possibilité qu’elle en abandonne une partie de plein gré (iv, 4), assurance de la subsistance et de la vêture de la mère et de son enfant (iv, 233), attitude à adopter envers des femmes venant de chez les infidèles ou passant chez eux (lx, 10-11), délais à respecter en cas de répudiation (ii, 226-232, 236 ; lxv, 1-4 ; xxxiii, 49), don de la moitié du douaire promis en cas de répudiation avant consommation du mariage (ii, 237) et testament en faveur de la veuve (ii, 240).

Toutefois, le Coran a des formules vagues tant sur la charge des enfants :

Chaque personne n’est imposée qu’à sa capacité. Nulle mère ne subira contrainte en son enfant, et nul père, en l’enfant qui lui est né. (ii, 233.)

  • que sur les aspects matériels de la séparation :
    Si les deux se séparent, Dieu de par sa largesse, accordera à chacun d’eux un autre destin. Et Dieu est plein de largesses et parfaitement sage. (IV, 130.)

Vague auquel le fiqh aura à suppléer [15]. En effet, le Coran présente sur un même plan les règles d’aspect juridique, qu’il qualifie lui-même de prescriptions (hadd), et les règles de bienséance (ma‘rûf)[16].

L’insistance sur le thème du mariage est visiblement due à l’idée d’encadrement de la sexualité. Assez vite dans l’histoire de la révélation, par opposition aux réprouvés, « ceux qui n’ont de rapport qu’avec leurs épouses et leurs concubines » (lxx, 30 ; xxiii, 5) sont mis sur le même plan que ceux qui font la prière et donnent l’aumône – ce dernier trait devenant, par ailleurs, la définition même du musulman. Dieu sait que le mariage correspond à un besoin humain :

Et on ne reprochera pas de faire, aux femmes, allusion à une proposition de mariage, ou d’en garder secrète l’intention. Dieu sait que vous allez songer à ces femmes. Mais ne leur promettez rien secrètement sauf à leur dire des paroles convenables. (ii, 235.)

Aussi le mariage est-il plus qu’un droit, il est une obligation :{{}}

Mariez les célibataires d’entre vous et les gens de bien parmi vos esclaves, hommes et femmes. S’ils sont besogneux, Dieu les rendra riches par sa grâce. (xxiv, 32.)

Les commentateurs sont formels : « Ces versets contiennent des dispositions péremptoires… Selon des savants, le mariage est obligatoire pour qui peut se marier [17]. »

En contrepartie, le Coran détaille longuement les catégories de femmes avec lesquelles on ne saurait contracter mariage (iv, 22-23), catégories qui vont bien au-delà de la stricte prohibition de l’inceste car elles incluent non seulement les liens de sang directs, mais encore les liens par alliance ainsi que la parenté de lait. Il définit la catégorie de muhsana, c’est-à-dire de femme mariable (musulmane ou non [18], femme libre ou esclave), à qui l’on doit verser un douaire afin qu’elle n’apparaisse pas comme une fornicatrice.

Quiconque, parmi vous, ne peut, par ses moyens, épouser des muhsana croyantes, [qu’il prenne femme] parmi celles de vos esclaves croyantes que vous détenez… Vous participez d’une même communauté. Épousez-les donc avec la permission de leurs détenteurs. Donnez-leur leurs douaires selon la manière reconnue [convenable], comme à des muhsana et non comme à des fornicatrices, ni à des [femmes] prenant des amants. Quand elles sont devenues muhsana, si elles commettent une turpitude, que [s’abatte] sur elles la moitié du tourment encouru par les muhsana. Ce mariage avec des esclaves est en faveur de ceux qui, parmi vous, redoutent la débauche. [Toutefois] être constant est meilleur pour vous. (iv, 25-26.)

Que recherchent la continence ceux qui ne trouvent point [possibilité de] mariage, jusqu’à ce que Dieu les fasse se suffire, par sa faveur. Avec ceux de vos esclaves qui recherchent leur affranchissement, par convention écrite, concluez cette convention si vous reconnaissez du bien en eux. Donnez-leur de ce bien de Dieu qui vous a été donné par lui. Par recherche de ce qu’offre la vie immédiate, ne forcez pas vos esclaves femmes à la prostitution, alors qu’elles veulent vivre en muhsana. Quiconque les force [sera seul coupable], car Dieu, [envers ses femmes], eu égard à ce qu’elles ont été forcées, sera clément et miséricordieux. (xxiv, 33.)

La fornication fait l’objet d’une peine légale (hadd) :

La fornicatrice et le fornicateur, flagellez chacun d’eux de cent coups de fouet. Que par égard pour la religion de Dieu, nulle indulgence ne vous prenne en leur faveur… (xxiv, 2.)

et d’une stigmatisation sociale :

Le fornicateur n’épousera qu’une fornicatrice ou une associatrice. La fornicatrice ne sera épousée que par un fornicateur ou un associateur. Cela est déclaré illicite aux croyants. (xxiv, 3.)

En contrepartie, l’accusation calomnieuse est sévèrement réprimée, à la suite d’une péripétie dans la vie du Prophète lui-même, dont une épouse préférée avait eu une conduite qui avait fait jaser [19] (voir xxiv, 23) :

Ceux qui visent les muhsana [dans leur honneur], sans ensuite produire quatre témoins, flagellez-les de quatre-vingts coups de fouet et n’acceptez plus jamais leur témoignage. (xxiv, 4.)

L’homme dispose totalement de sa femme sur le plan sexuel :{{}}

Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme et quand [[20]] vous le voulez et œuvrez pour vous-même à l’avance. (ii, 223.)

Pour les commentateurs classiques, cette phrase « accorde la permission de faire le coït vaginal par devant ou par derrière, puisque cela est attesté par des hadîths. Jâbir : les juifs disaient qu’au cas où l’époux s’accouplait avec sa femme par derrière, l’enfant naîtrait strabique. C’est pourquoi il y eut la descente de [ce verset]. Ibn ‘Abbâs : cette parole était descendue à la suite de la question soulevée par des Ançârites. Alors le Prophète

dit : ”Va à elle dans toute situation, à condition que cela se fasse dans la vulve.“ [21] » Les seules restrictions sont pendant la période des règles, où la femme est impure (ii, 222), et après la répudiation, tant que la femme n’a pas été à nouveau remariée à un autre homme (ii,230).

En iv, 24, il est parlé d’une redevance après la consommation du mariage et non avant, comme dans le mariage légal. Les commentateurs classiques reconnaissent que « la globalité de cette parole divine est prise comme preuve en faveur du mariage temporaire [22]. Il est vrai que ce type de mariage était licite au début de l’islam, mais il avait été abrogé par la suite [23] ».

La tradition prophétique{{}}

Nous avons déjà eu affaire aux traditions prophétiques qui sont largement utilisées par les commentateurs coraniques. De nombreux hadîths servent en effet à prolonger les formules du Livre saint. Dans de très rares cas, c’est dans un but spirituel. Tel hadîth, par exemple, établit une analogie entre le monothéisme strict de l’islam et la morale :

Le Prophète dit : « Personne n’est plus jaloux que Dieu, et c’est à cause de cela qu’il a prohibé la luxure » [24].

Mais la plupart du temps, le but est essentiellement pratique :

Le Prophète reprocha à ‘Uthmân b. Maz‘ûm son célibat : « Ô jeunes gens, lui dit-il, que ceux d’entre vous qui peuvent avoir un logis prennent femme. Le mariage est la meilleure condition de la chasteté du regard et de la discipline des sens. Si l’on ne peut se marier, on devra pratiquer le jeûne ; on y trouvera une aide » [25].

Le chapitre expressément consacré au mariage dans le plus célèbre recueil, celui de Bukhâri, rappelle l’exemple du Prophète et commence notamment par son opposition à des formes d’ascétisme qu’il jugeait excessives :

Moi qui plus que vous crains et révère Dieu, je jeûne et j’interromps le jeûne, je prie et je dors, et j’ai épousé des femmes. Quiconque se détourne de la voie que j’ai tracée n’est pas des miens [26].

L’Envoyé de Dieu repoussa le désir exprimé par ‘Uthmân ben Maz‘ûm de faire vœu de chasteté. S’il l’y avait autorisé, nous aurions été (en quelque sorte) châtrés [27].

Il est également un exemple pour la polygamie :

D’après Anas, le Prophète, dans une même nuit, visitait ses femmes, et il en avait neuf (à ce moment-là). Anas rapportait cela d’après le Prophète.
Sa‘id ben Jubayr, à qui Ibn ‘Abbâs demandait s’il était marié, répondit : Non. – Marie-toi, reprit Ibn ‘Abbâs, car le meilleur de notre nation est celui qui a eu le plus de femmes [28].

Curieusement, bien que Bukhâri ait espéré pouvoir illustrer par un exemple du Prophète la formule coranique : « Vous ne pourrez jamais être équitables envers vos femmes », et lui ait consacré un paragraphe spécial sous le titre : « De l’égalité à observer entre les femmes », il n’a pas trouvé de hadîth authentique sur ce sujet [29]. En contrepartie, plusieurs récits montrent la façon dont il répartissait ses rapports avec elles (tirage au sort pour accompagner en voyage, cession volontaire d’un tour par une épouse à sa co-épouse, traitement spécial pour la vierge qu’on vient d’épouser, etc.).

Il faut néanmoins remarquer que la littérature de traditions n’est pas seulement apologétique. C’est le caractère que l’on en a retenu, mais on peut noter çà et là des formules critiques qui ont été transmises par les traditionnistes au même titre que les formules laudatives, sur la seule autorité de leur auteur, et sans que l’on s’interroge sur leur portée. C’est ainsi que Aïcha, l’épouse préférée du Prophète, femme au caractère passablement vif, lui aurait lancé :

Ton Seigneur est bien prompt à satisfaire tes passions (inna rabbakalayusâri‘ufihawâka)[30].

Ou encore ce témoignage d’un compagnon du Prophète, teinté d’une certaine ironie :

Ibn’Umar a dit : « Du vivant du Prophète, nous évitions de causer et de plaisanter avec nos femmes, de peur que cela nous attirât quelque révélation (haybata an yanzila fînâ shay’). Mais, quand le Prophète fut mort, nous causâmes et plaisantâmes avec elles » [31].

La plupart des hadîths n’ont de valeur qu’anecdotique, ou servent tout au plus à expliquer les conditions de révélation de tel ou tel verset coranique ; aussi ne sont-ils guère utilisés, surtout de nos jours. Mais le hadîth va plus loin que la simple glose du Coran. Il sert aussi à remplir les vides laissés par celui-ci, et ce de trois façons. La première est de préciser des règles juridiques :

Le Prophète a dit : « La femme ayant déjà été mariée ne peut être donnée en mariage sur son ordre ; la vierge ne peut être donnée en mariage qu’après qu’on lui a demandé son consentement. – Et comment donnera-t-elle son consentement, Ô Envoyé de Dieu ?, demandèrent alors les fidèles. – En gardant le silence », répondit le Prophète [32].
Le Prophète a interdit… de demander la main d’une femme demandée déjà par un fidèle, tant que la première demande n’aura pas été abandonnée ou que le premier demandeur n’aura pas autorisé le second [33].

Le Prophète a dit : « Les stipulations que vous devez le mieux observer sont celles qui touchent au droit à la cohabitation légitime » [34].

Le hadîth donne également des conseils de conduite  : – ? en général :

Le Prophète a dit : « Chacun de vous est un berger et chacun de vous est responsable… L’homme est un berger pour sa famille et il est responsable ; la femme est une bergère pour la maison de son mari et elle est responsable » [35].
Abû Mas‘ûd… tenait du Prophète lui-même les paroles suivantes : « Toute dépense que fait le musulman pour sa famille en vue de l’autre monde lui est comptée comme une aumône » [36].

– ? sur l’attitude de l’époux :

Le Prophète a dit : « Que celui qui croit en Dieu et au jour suprême ne nuise pas à son voisin ; recommandez-lui de bien traiter les femmes. Elles ont été créées d’une côte, et dans une côte c’est la partie supérieure qui est la plus recourbée. Si vous essayez de la redresser, vous la brisez, et si vous la laissez, elle continue à rester recourbée. Recommandez donc d’être bon envers les femmes » [37].
J’interrogeai Aïcha sur ce que le Prophète faisait dans sa maison. « Il aidait sa femme, me répondit-elle, et quand il entendait l’appel à la prière, il sortait » [38].

– ? sur l’attitude de l’épouse :

L’Envoyé de Dieu a dit : « Il n’est pas permis à une femme dont le mari est présent de jeûner, à moins qu’il ne l’y autorise. Il ne lui est pas permis d’autoriser quelqu’un à entrer dans la maison du mari, à moins que celui-ci ne donne son autorisation. Les dépenses du ménage faites par la femme sans autorisation spéciale du mari procureront à celui-ci la moitié de la récompense » [39].

– ? sur leurs relations réciproques :

Le Prophète a dit : « Lorsque la femme de l’un d’entre vous demande l’autorisation de se rendre à la mosquée, qu’il ne la lui refuse pas » [40].
L’Envoyé de Dieu a dit : « Quand l’un de vous a été longtemps absent, qu’il ne frappe pas à la porte de sa femme durant la nuit » [41]

[pour essayer de la prendre en faute].

– ? sur leurs rapports sexuels :

Le Prophète a dit : « Lorsqu’une femme refuse de passer la nuit dans le lit de son mari, les anges la maudissent jusqu’au moment où elle s’y rend » [42].
Le Prophète a dit : « Eh bien ! si l’un de vous, voulant avoir commerce avec sa femme, disait : ”Au nom de Dieu. Ô mon Dieu, écarte de moi le démon ; écarte le démon du fruit de notre union“, et qu’ensuite le destin ou la prédestination fît naître un enfant de ces relations, le démon ne pourrait jamais nuire à cet enfant » [43].
Le Prophète a dit : « Qu’aucun de vous ne frappe sa femme comme on frappe un esclave, alors qu’à la fin du jour il coïtera (peut-être) ave celle » [44].

Sous l’intitulé « Des bonnes relations qu’on doit avoir avec sa femme », une longue anecdote stigmatise la dureté, l’indifférence, l’égoïsme, etc., du mari et dresse par opposition le portrait d’un homme idéal, riche, généreux et ayant de beaux enfants et des serviteurs modèles. L’épouse de cet homme modèle proclame :

Quand je parle auprès de lui, il ne blâme pas ce que je dis. Je me couche et dors jusqu’au matin. Je bois à ma soif [45]

Et cependant ce mari parfait, auquel se compare volontiers le Prophète, n’en répudie pas moins cette épouse – qui n’y trouve rien à redire – au profit d’une femme plus désirable.

Enfin, le hadîth intègre, sous l’autorité du prophète, un certain nombre de lieux communs. Ils relèvent généralement de la franche misogynie :

L’Envoyé de Dieu a dit : « La malchance se rencontre chez la femme, dans la maison et chez le cheval » [46].

Le Prophète a dit : « Je me tins debout à la porte de l’enfer. La masse de ceux qui y entraient étaient des femmes » [47].
J’ai entendu l’Envoyé de Dieu dire : « Parmi les signes avant coureurs de l’Heure suprême, on verra la science disparaître, et l’ignorance s’accroître ; l’adultère sera très fréquent ; on boira beaucoup de vin ; les hommes diminueront de nombre tandis que les femmes deviendront si nombreuses qu’il n’y aura plus qu’un seul homme pour soutenir cinquante femmes » [48].

On peut relever aussi le thème de « l’ingratitude envers l’époux » que, de façon significative, on trouve dès le second chapitre du recueil canonique de Bukhâri, traitant « de la foi » :

Le Prophète dit un jour : « L’enfer m’est apparu en songe et j’ai constaté qu’il était surtout peuplé de femmes qui s’étaient montrées ingrates. – Est-ce envers Dieu qu’elles avaient été ingrates ? lui demanda-t-on. – C’est envers leurs maris qu’elles avaient fait preuve d’ingratitude, répondit-il ; elles avaient méconnu les bienfaits qu’elles en avaient reçus. Quand toute votre vie vous auriez comblé une femme de vos bontés et qu’à un moment elle trouve la moindre des choses à reprendre en vous, elle vous dira : Jamais tu ne m’as fait aucun bien » [49].

Une grande partie des traditions prophétiques concernent la sexualité – ses modalités, notamment, le coït anal est prohibé : « Il est… rapporté que le Prophète a dit : ”Fais-le par devant, par derrière, mais prémunis-toi de l’anus et de la menstruation“ ; ”Dieu ne regardera pas à l’homme qui va à l’homme ou à la femme par l’anus“ » [50] – et sa temporalité : un hadîth de Aïcha permet à un homme qui ne peut avoir d’enfant avec une femme mais qui se plaît en sa compagnie de ne pas la répudier et de la garder contre renoncement de sa part à tout commerce charnel au profit de l’autre épouse qui la remplacera, ce qui lui permet de garder son droit à l’héritage [51]. Un autre hadîth sert à autoriser les relations de jour [52].

Cette insistance sur la sexualité, qui peut surprendre des esprits occidentaux modelés par le christianisme, est significative d’une spiritualité spécifique. {{}}

Non seulement le musulman pieux trouve normal que Dieu intervienne jusque dans les détails les plus triviaux, mais il peut trouver un mérite dans l’accomplissement de ceux-ci, à condition que cela soit fait en conformité avec la Loi :

Abû Dharr demanda au Prophète, à propos des rapports d’un homme avec sa femme : « Il prend plaisir, ô Prophète, et il sera récompensé ? » Le Prophète répondit : « À ton avis, si tu accomplis cet acte dans des conditions illicites, n’es-tu point coupable ? –
Si ! répondit-il. – Eh bien, si tu l’accomplis dans des conditions licites, tu seras récompensé » [53].

Rares cependant sont les traditions qui concernent les conséquences des relations sexuelles. Ce n’est qu’au détour d’une anecdote que la procréation est recommandée, avec toutefois une certaine insistance :

L’Envoyé de Dieu me dit : « Cherche à avoir des enfants, cherche à avoir des enfants » [54].

Un hadîth condamne le retrait comme moyen de contraception, au motif que :

Toute âme devant exister au jour de la Résurrection ne saurait manquer d’exister [55].

Le point sur lequel le hadîth se distingue le plus du Coran, jusqu’à s’opposer à lui, est la question de la lapidation de la femme adultère. Généralement, pour justifier cette pratique, la tradition invoque un verset coranique, dit « verset de la lapidation », que le Prophète aurait bien transmis mais non écrit [56], et qui aurait abrogé le verset xxiv, 2, rappelé plus haut [57]. Quant à l’homme, s’il s’agit de quelqu’un qui n’est pas marié, on privilégie le verset coranique (cent coups, à quoi beaucoup ajoutent un bannissement d’une année) ; s’il s’agit de quelqu’un de marié, il subit le même châtiment que la femme, certains auteurs allant jusqu’à combiner les deux : flagellation à cause du verset, plus lapidation à cause de la Sunna.

Le droit musulman{{}}

Le juge musulman (le cadi) n’est pas seulement quelqu’un qui tranche les litiges et sanctionne les fautes. Il peut aussi jouer le rôle de conciliateur, et certains le font avec beaucoup de dévouement. Quelques recueils juridiques contiennent également des conseils sur ce qu’il est recommandé de faire comme invocations, telle celle indiquée plus haut avant l’union charnelle en vue de la procréation, ou une prière démarquée de la sourate Fâtiha avant la conclusion du contrat de mariage. Il n’en reste pas moins que l’importance des règles dans la vie courante a conduit, de fait, à sélectionner parmi les possibilités ouvertes par le hadîth. La marque la plus nette de cette sélection est donnée par le fait que les chapitres concernant le mariage dans les traités de Droit musulman s’intitulent toujours Kitâb al-nikâb, c’est-à-dire littéralement « livre de la copulation ». C’est-à-dire que le mariage y est envisagé avant tout sous l’angle du pur et de l’impur, du licite et de l’illicite.

Voici, sur l’exemple d’un jurisconsulte de l’école hanbalite (qui, par le canal du wahhabisme et des Frères musulmans, a une influence décisive sur les mouvements fondamentalistes actuels), les points principaux où, en matière de morale, le Droit complète le Coran et le hadîth :

– ? Sur les modalités du mariage : le Fiqh consacre la supériorité masculine et le maintien de la femme en état de minorité.

Pour être conclu, tout mariage suppose : 1) l’offre (îjâb) du tuteur matrimonial, ou de son représentant, qui dit : « Je te donne en mariage » ou « Je te donne pour épouse » ; 2) l’acceptation (qabûl) du mari, ou de son représentant, qui dit : « J’accepte » ou « Me voici marié »…

Le père peut marier, sans leur consentement, tous ses enfants impubères, que ce soient des garçons ou des filles, et ses filles encore vierges. Il lui est recommandé de demander le consentement de ses filles pubères [58]. Il lui est interdit de marier, sans leur consentement, ses fils une fois pubères et ses filles une fois déflorées.

Le père est le seul tuteur matrimonial qui puisse marier, sans leur consentement, un jeune enfant, de sexe masculin ou féminin, ou une fille âgée. Le consentement de la femme déflorée consiste dans une déclaration explicite, celui de la fille vierge dans un silence, en vertu de cette parole du Prophète : « La femme veuve ou répudiée a plus de droit sur elle-même que son tuteur. Quant à la femme vierge, on demandera son consentement, et ce consentement consiste dans son silence ».

Aucun tuteur n’est autorisé à marier une femme sans équivalence de condition. Les Arabes sont tous d’une condition équivalente… Un homme dépravé (ne saurait être considéré comme étant d’une condition équivalente à celle) d’une femme chaste.
Un homme qui veut épouser une femme dont il est le tuteur matrimonial a le droit de procéder à la conclusion de son propre mariage avec l’autorisation de la femme [59].

– ? Sur les devoirs mutuels des époux : le Fiqh reconnaît une certaine autonomie à la femme, ainsi que le droit à des conditions d’existence décentes, mais ne donne d’issue, en cas d’injustice, que dans la séparation :

Une femme est autorisée à exiger, comme condition de son mariage, qu’elle habitera dans sa propre maison, ou dans son propre pays, et que son mari ne prendra pas d’autres épouses ni de concubines. Si le mari ne respecte pas ces conditions, la femme a le droit de dissoudre le mariage [60].

Chacun des deux conjoints est tenu de traiter l’autre conformément au bon usage (ma ‘rûf) et de s’acquitter de ses devoirs sans tergiversation ni mauvaise volonté.
Le mari a le droit d’exiger de sa femme qu’elle lui soit soumise et qu’elle se donne à lui quand il le désire, à moins qu’elle ne puisse se prévaloir d’une excuse.

Une épouse qui s’acquitte de ses devoirs a le droit d’exiger de son mari la pension alimentaire (nafaqa), le vêtement et le logis dignes d’une femme de sa condition.
Quand le mari refuse d’assurer, en totalité ou en partie, les dépenses auxquelles une femme a droit, cette dernière peut, si elle a pouvoir sur des biens appartenant à son mari, prélever ce qui est nécessaire à son entretien et à celui de son enfant conformément au bon usage…

Si la femme est dans l’impossibilité de prendre ce qui est nécessaire à son entretien et à celui de son enfant, soit parce que le mari est dans la gêne, soit parce qu’il l’en empêche, le juge est tenu de lui accorder, sur demande, le divorce, quel que soit l’âge du mari.
Le mari n’est pas tenu d’assurer les dépenses d’entretien de sa femme : 1) quand celle-ci est encore trop jeune pour qu’il puisse en jouir ; 2) quand elle refuse de se donner à lui ou de lui obéir comme elle le doit ; 3) quand elle entreprend un voyage sans son autorisation ou quand, voyageant avec son autorisation, elle le fait pour des motifs purement personnels [61].

– ? sur leurs relations intimes : elles ne sont envisagées que comme obligations, et en tant que telles minutieusement codifiées [62] :

(Le mari) doit s’acquitter de son devoir conjugal au moins une fois tous les quatre mois, à moins de pouvoir se prévaloir d’une excuse. {{}}

Quand un mari fait un serment de continence pour plus de quatre mois, la femme peut, au terme de ce délai, l’assigner en justice. Si le mari nie avoir juré, conteste que le délai soit écoulé ou prétend avoir eu des relations avec sa femme, sa déclaration, accompagnée du serment, fait foi si la femme n’est plus vierge.

Le mari qui reconnaît le bien-fondé de la plainte est tenu d’avoir, avec sa femme et à la demande de cette dernière, des relations sexuelles. S’il s’acquitte de ses devoirs, Dieu certes est clément et miséricordieux. [Dans le cas contraire], il reçoit l’ordre de répudier sa femme et, s’il ne le fait pas, la répudiation est prononcée par l’autorité judiciaire…
Un mari incapable d’avoir des relations sexuelles avec sa femme à la demande de cette dernière, a le droit de déclarer : « Je m’acquitterai de mon devoir conjugal dès que je le pourrai. » Un délai doit lui être accordé jusqu’à ce qu’il soit en mesure de s’acquitter de ses devoirs [63].

– ? sur le contexte psychologique de la répudiation :

Pour être valable la répudiation doit émaner d’un homme pleinement responsable et libre de ses actes. La répudiation prononcée sous l’effet de la violence ou de la folie n’est pas valable ; elle l’est quand elle émane d’un homme en état d’ivresse [64].

Ce qui précède se retrouve, à quelques nuances près, dans tous les rites juridiques musulmans. La question du « mariage temporaire » (muwaqqat) ou « de plaisir » (mut ‘a), fortement récusé par les auteurs sunnites et par les auteurs chiites zaydites et ismaéliens qui l’assimilent à de la prostitution, mais accepté par les auteurs chiites duodécimains (rite majoritaire en Iran), est le point de divergence le plus remarquable. L’argument des duodécimains est que, puisque cette notion est indiquée par le Coran, seul le Coran aurait pu l’abroger.

Même ceux qui l’admettent le considèrent cependant comme une forme inférieure ; aussi n’entraîne-t-il pas d’obligations (entretien alimentaire et héritage), sauf indication contraire, dans le contrat. Il peut s’ajouter au nombre des mariages légaux.

Nous n’avons pas à nous arrêter ici aux aspects proprement juridiques, puisque notre sujet est seulement la morale conjugale. Il n’en reste pas moins que ces aspects juridiques génèrent un état d’esprit qui rejaillit sur les rapports de couples. L’apologétique moderne souligne certains points pour lesquels le statut de l’épouse est positif : indépendance économique minimale par le « salaire d’honneur » ; droit de refuser d’allaiter l’enfant et d’exiger du mari qu’il paye une nourrice ; droits de saisie sur le bien du mari de ce qui est nécessaire à sa survie et à celle de ses enfants, etc. Elle prétend que, si ces règles ne sont pas respectées – et elle reconnaît que c’est souvent le cas –, cela n’entache pas pour autant la religion car c’est le rôle de la structure politico-juridique d’y remédier. Toutefois, cette même apologétique moderne considère généralement que la meilleure structure politico-juridique est précisément l’islam, c’est-à-dire un univers régi par le Coran. Or le Coran reste muet sur les cadres juridiques qui pourraient soutenir d’éventuelles réclamations : donc, si le mari ne respecte pas les droits, c’est au cadi de décider ; mais la législation musulmane précise que seul un homme peut être cadi !

Facteurs culturels complémentaires{{}}

En se répandant sur un immense territoire, l’islam a été confronté à des traditions culturelles différentes. Parfois c’est lui qui a triomphé, mais parfois il a dû composer.

C’est notamment le cas pour l’Afrique sub-saharienne, dont on a pu dire que ce n’est pas l’islam qui a conquis l’Afrique, mais l’Afrique qui a conquis l’islam. Les traditions culturelles spécifiques ont fait privilégier le hadîth : « Le meilleur d’entre nous est celui qui a le plus de femmes », en en renforçant le caractère exemplaire.

Aussi la polygamie, en régression dans le reste du monde musulman, est-elle au contraire en extension en Afrique noire. Une augmentation de revenus doit se traduire par une augmentation du harem, et tel ouvrier justifiera sa demande d’augmentation par la nécessité d’épouser une seconde femme. Nous avons vu plus haut que le verset sur la polygamie (iv, 3) était volontiers interprété dans un sens maximaliste. La restriction qui l’accompagne (iv, 3, 29), n’est pas reçue comme une limitation, mais seulement comme l’obligation qu’il y ait une maison ou une case particulière pour chaque épouse. En revanche, la femme ne subit généralement pas en Afrique noire de marques discriminatoires (elle n’est le plus souvent ni voilée ni cloîtrée [65]), ce qui est vraisemblablement dû au véritable culte de la mère qui caractérise cette aire géographique.

L’histoire a également joué un rôle important. Non pas tant à l’époque classique, qui a plutôt connu une tendance restrictive vis-à-vis de la femme. Par exemple, la recherche orientaliste a montré comment, sur le problème des successions (farâ’id), une grande autorité du commentaire coranique comme Tabarî (xe siècle) avait délibérément orienté l’analyse de façon à exclure une lecture selon laquelle la femme pourrait jouer un rôle décisif, en « oubliant » stratégiquement des traditions qu’il savait très bien utiliser par ailleurs [66]. D’autre part, on aurait pu croire que la mystique, en spiritualisant la pratique religieuse, aurait revalorisé le mariage. Or il n’en est rien. Le grand classique de Ghazâlî (xie siècle), La Revivification des sciences de la religion, qui passe pour avoir concilié le mystique et le juridique, n’envisage le mariage que sur le plan de l’utilité pour l’homme : la volupté que procure l’acte charnel pousse l’homme à atteindre la volupté éternelle qui est bien supérieure (et Ghazâlî de citer nombre de saints personnages qui auraient multiplié leurs mariages « en vue de dompter la chair ») ; les soins du ménage étant assurés par la femme, cela permet au mari de s’adonner à la science religieuse et aux œuvres pies ; supporter patiemment le mauvais caractère de son épouse est une œuvre méritoire, etc. Mais ces avantages du mariage, qui permettent de « dompter son âme », ne concernent que celui qui est au début de la voie mystique [67].

Aussi y a-t-il de nombreuses histoires de soufis qui ont non seulement fait preuve de négligence vis-à-vis de leur famille [68] (famille qu’ils se devaient d’avoir puisque l’islam déconseille le célibat), mais qui, parfois, ont pu l’abandonner sans aucun souci de leur subsistance. D’une façon générale, la prolifération des confréries mystiques à partir du xiie siècle et leur extension à la quasi-totalité du monde musulman n’ont absolument rien changé à la vision juridique du mariage.

En contrepartie, l’époque moderne a connu de nombreuses vicissitudes, par suite de la mise en contact du monde musulman avec l’Occident. Si la Turquie d’Ataturk a procédé de façon tranchée, en Tunisie, sous Bourguiba, en Iran, sous les Pahlavi, en Égypte, sous Sadate, et tout récemment au Maroc, sous Mohammed VI, des juristes et des théologiens ont longuement travaillé pour déplacer l’attention des versets coraniques et des traditions prophétiques rigoureuses vers les textes qui présentaient un caractère plus compréhensif, voire laxiste. Ils ont également joué sur la perméabilité entre les divers rites juridiques, choisissant autant que possible les solutions les plus favorables aux femmes.

Néanmoins, les modifications d’ordre juridique ont pu se heurter aux résistances psychologiques. Ainsi, l’amélioration du statut de la femme réalisée en Algérie jusqu’en 1962, a connu par la suite une régression au nom de l’« authenticité », ce qui témoigne de la fixité des rapports humains de base. La contraception, qui a été encouragée par des gouvernements et des associations familiales pour le contrôle des naissances (surtout en Tunisie, mais aussi en Algérie dans les années 1970), se heurte à l’opposition des milieux rigoristes. Si, en 1979, la juridiction égyptienne a reconnu à la femme le droit d’être informée de son sort en cas de menace de répudiation ou d’existence d’une coépouse, le problème reste entier pour la plus grande partie des musulmanes.

La diversité entre les univers mentaux a été particulièrement mise en évidence par les mariages mixtes, où des Européennes avaient naïvement cru qu’en épousant un musulman, celui-ci se rattacherait à leurs propres critères. Les mères qui ont perdu leur enfant par suite d’un retour du mari dans son pays d’origine se sont heurtées au fait qu’en droit musulman le père est propriétaire des enfants.

Un point que l’on néglige, et qui est pourtant capital, est la capacité de récupération dans l’islam. Je prendrai seulement pour exemple la façon dont certains auteurs prétendument modernistes récupèrent, au nom même de ce modernisme, les déviations de l’Occident pour montrer que l’islam n’avait rien à lui envier. C’est ainsi que l’historien tunisien Mohammed Talbi reprend le verset ii, 228 : « vos femmes sont pour vous un champ de labour. Allez à votre champ comme vous voudrez », pour affirmer que cela signifie : « pas de tabous sexuels, tous les orifices sont bons [69] ». Cela permet à cet auteur, qui se qualifie lui-même de « penseur libre », de s’opposer à toute tradition classique, comme nous l’avons vu plus haut, et ce, au nom d’un islam idéal.

Conclusion{{}}

Aussi me paraît-il préférable de laisser parler, en conclusion, deux musulmans. Voici d’abord ce que l’essayiste algérien S. Zeghidour disait il y a un peu plus de quinze ans, à propos du retour proclamé à l’exigence d’authenticité [70] :

– ? Il est illusoire de prétendre, dans un but apologétique, ne se référer qu’au Coran et montrer les progrès qu’il a apportés par rapport à l’anté-islam. Ce qui compte, c’est la situation actuelle ; or celle-ci doit être d’une part comparée au reste du monde présent, d’autre part remise dans la perspective de la Sunna, explicitation nécessaire du livre sacré : « La Sunna, dans les cas litigieux, l’emporte sur le Coran. C’est un fait indiscutable. »

– ? ’égalité entre homme et femme, telle qu’elle est comprise en Occident, n’existe pas en Islam. La femme n’y a pas un statut « inférieur » (comme c’est le cas pour les juifs et les chrétiens en pays musulman), mais elle y reste « mineure », « c’est-à-dire justiciable d’une surveillance de la part du mari ». Il y a des conseils adressés à celui-ci pour bien la traiter, mais peu de possibilités de sanction pour les excès.

– ? La répudiation a des conséquences psychologiques « dramatiques ». « La femme musulmane vit dans la hantise permanente d’être répudiée et c’est ce qui la pousse à faire des enfants en permanence, surtout des garçons si possible, et à recourir à toutes sortes de stratagèmes, de la magie à la ruse, pour garder sa place. Dans cette angoisse perpétuelle où vit la femme musulmane, je perçois l’origine – peut-être – du sous-développement dans les sociétés musulmanes, parce que cela doit se répercuter sur les enfants, sur les hommes qu’elles éduquent. »

– ? Le code de la famille algérien qui prévoit de priver l’épouse répudiée de son logement est conforme à l’islam. À la limite, l’homme n’est pas tenu de soigner sa femme malade, et le code civil syrien qui s’y opposait a été condamné par des oulémas. Mais inversement la femme n’est pas obligée de faire le ménage de son mari et peut même demander un salaire pour l’allaitement de son enfant. « Ce qui veut dire que le lien matrimonial en islam est un lien où l’amour n’existe pas. »

– ? Bien plus, la polygamie empêche la constitution d’un couple comme tel. En outre, il n’y a pas de patrimoine commun aux conjoints. Le mariage musulman n’est qu’un contrat, et même un contrat de jouissance ; Zéghidour cite un traité mâlikite : « C’est le contrat par lequel on acquiert l’organe générateur d’une femme dans le but d’en jouir. » Rien ne dit en quoi consiste le contrat pour la femme.

– ? Si le problème sexuel, et notamment le problème de la femme, est si virulent actuellement (actions contre ou pour le voile, etc.), c’est parce que, beaucoup plus que l’au-delà ou l’exégèse, ou même que le droit ou l’économie, le statut de la femme est le point où s’articule maintenant la survie de la vision islamique classique : « C’est parce que la femme musulmane, vivant tout à fait à l’écart de la société musulmane qui est une société de mâles, a très peu intériorisé la religion musulmane qui reste une religion mâle. L’enfant et la femme y ont peu de place. À mon sens, c’est parce qu’elle a été écartée de l’islam qu’aujourd’hui, avec l’instruction et l’émergence de la femme dans le champ social, beaucoup de musulmans sont susceptibles de basculer dans une autre échelle de valeurs. D’abord parce qu’elles ont peu subi le véritable conditionnement de l’islam. Elles ont subi les contraintes des hommes musulmans, mais pas le conditionnement inconscient, profond, émotionnel. Donc elles peuvent d’autant plus basculer dans un système de valeurs occidental, car celui-ci leur garantit au moins formellement l’égalité de droit avec les hommes et la protection sociale. Pour moi, la femme – c’est une métaphore, mais elle me semble juste – c’est le ventre mou de l’Umma. »

Voici maintenant ce que m’a raconté tout dernièrement Amel Grami, professeur d’histoire des religions à l’université de Tunis. Son fils, âgé de neuf ans, avait à faire une rédaction décrivant l’activité de ses parents. L’enfant raconta donc que sa mère était, au moment où il écrivait, en train de lire la Bible, et que son père était à la cuisine. Scandale de la maîtresse ! La Bible se disant en arabe « le Livre saint » (al-Kitâb al-Muqaddas), c’était inadmissible car seul le Coran est saint ; par ailleurs, il est inconcevable que ce soit le père qui fasse la cuisine. L’enfant a donc dû refaire sa rédaction en écrivant que maman était en train de faire la cuisine et que le père lisait le Coran. Sur quoi cette musulmane convaincue – et professeur – a conclu : « Voici un enfant de neuf ans qui est institutionnellement contraint à la dissimulation. [71] »

Date de mise en ligne : 01/02/2011 - https://doi.org/10.3917/retm.240.0009

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  • Requête auprès de ChatGPT sur les relations interpersonnelles Hommes-Femmes dans le monde musulman – Avril 2025{{}}
    Il existe une riche littérature académique, documentaire et littéraire sur les relations interpersonnelles entre hommes et femmes dans le monde musulman, explorant des perspectives théologiques, sociologiques et culturelles. Voici une sélection d’ouvrages, d’études et de ressources pertinentes :​

📚 Ouvrages académiques et essais

  • Asma Lamrabet – Femmes et hommes dans le Coran : quelle égalité ?
    Cet ouvrage propose une analyse des concepts-clés du Coran tels que la création de l’humanité, l’union conjugale, le divorce, le corps et le témoignage. Lamrabet déconstruit les interprétations discriminatoires héritées du passé et met en évidence les principes qui établissent l’égalité entre les femmes et les hommes dans le message spirituel de l’islam. ​La Croisée des Chemins+3Librairie de l’Orient+3al-azhar.fr+3
  • Jean-René Milot – Égalité Hommes et Femmes dans le Coran : L’interprétation audacieuse de Mahmoud Mohamed Taha
    Cet ouvrage explore la pensée réformiste de Mahmoud Mohamed Taha, un intellectuel soudanais qui a consacré sa vie à promouvoir l’égalité entre hommes et femmes en raison même d’une compréhension renouvelée du Coran et de l’islam. ​mediaspaul.fr
  • Chahla Chafiq – Islamisme et Société : religieux, politique, sexe et genre à la lumière de l’expérience iranienne
    Chahla Chafiq, sociologue et féministe, analyse les dynamiques de genre dans les sociétés musulmanes, en particulier en Iran, en mettant en lumière les tensions entre les interprétations religieuses dominantes et les aspirations des femmes. ​Wikipédia, l’encyclopédie libre

🎥 Documentaires et médias

  • « Terres de femmes : Indonésie, les Minangkabau » (Arte){{}}
    Ce documentaire explore la société matrilinéaire des Minangkabau en Indonésie, où les femmes héritent des biens et gèrent les finances, offrant une perspective unique sur les relations de genre dans un contexte musulman. ​Le Monde.fr
  • Émission RFI – Relations hommes-femmes en Méditerranée : le rôle des monothéismes
    Cette émission spéciale enregistrée à Marseille lors des Rencontres d’Averroès examine les relations entre les sexes dans les sociétés méditerranéennes, en mettant l’accent sur l’influence des religions monothéistes, y compris l’islam. ​RFI

🧠 Études académiques

  • Étude iranienne sur les différences entre hommes et femmes en Islam et leur implication dans les objectifs de l’éducation publique formelle{{}}
    Cette recherche analyse les différences naturelles et sociales entre hommes et femmes en Islam et leur impact sur les objectifs éducatifs dans le système de l’éducation publique formelle en République islamique d’Iran. ​journals.miu.ac.ir

📰 Perspectives critiques

  • Tahani Khalil Ghemati – Les Proies : dans le harem de Kadhafi
    Tahani Khalil Ghemati, une femme libyenne, exprime sa colère contre le traitement régressif réservé aux femmes sous l’interprétation d’un Islam qu’elle rejette, en dénonçant les abus et les contradictions dans les sociétés islamistes rétrogrades. ​Le Monde.fr

Une synthèse actuelle des relations hommes-femmes dans le monde musulman, en tenant compte de la diversité des sociétés, des contextes politiques, des pratiques religieuses et des dynamiques culturelles :

🌍 Une situation contrastée, entre tradition, modernité et luttes pour l’égalité

1. Diversité des contextes sociopolitiques{{}}

Le monde musulman ne constitue pas un bloc homogène : les relations hommes-femmes varient fortement entre pays, régions, classes sociales et générations.

  • Pays comme l’Arabie saoudite ou l’Iran maintiennent des cadres juridiques où la tutelle masculine, les restrictions à la mobilité des femmes et le contrôle du corps féminin persistent, bien que certains assouplissements aient été amorcés (ex. : conduite autorisée aux femmes saoudiennes, éducation accrue en Iran).
  • D’autres pays (Tunisie, Indonésie, Maroc, Sénégal) ont amorcé depuis plusieurs décennies des réformes du droit familial, de l’éducation des filles, ou de l’accès des femmes à la sphère politique et professionnelle.
    2. Le droit islamique en débat{{}}
  • La charia, dans ses interprétations traditionnelles, a souvent établi des rôles différenciés et hiérarchisés : le mari pourvoyeur, la femme obéissante.
  • Cependant, des réformateurs musulmans (Fatima Mernissi, Asma Lamrabet, Rachid Benzine, Amina Wadud, etc…) plaident pour une relecture égalitaire du Coran, soulignant que les discriminations actuelles sont davantage issues de la jurisprudence ;
    L’auteur Daoud est-il une source à retenir ? {{}}

Kamel Daoud est une source pertinente et influente pour comprendre les relations hommes-femmes dans le monde musulman contemporain, notamment en Algérie et dans le monde arabe en général.

📚 Qui est Kamel Daoud ?

Écrivain et journaliste algérien, Kamel Daoud a été récompensé par le prix Goncourt en 2015 pour son premier roman, Meursault, contre-enquête, qui revisite le personnage de l’Arabe dans L’Étranger de Camus. Exilé en France depuis 2019 après avoir été visé par une fatwa en raison de ses prises de position critiques envers l’islamisme, Daoud est reconnu pour son engagement intellectuel et littéraire.​Le 360 Français+2L’Express+2Le Point.fr+2Le Monde.fr+3Le Point.fr+3Le 360 Français+3

🧕 Engagement sur la condition féminine

Dans son dernier roman, Houris, primé en 2024, Daoud aborde la guerre civile algérienne (1992-2002) et ses effets dévastateurs sur les femmes.

Le personnage principal, Aube, incarne une victime de la violence islamiste, offrant une réflexion sur les femmes comme premières cibles de l’oppression religieuse et politique. Le roman a été interdit en Algérie, circulant clandestinement, et suscite des débats sur la mémoire collective et la justice historique. ​Amazon+4Entrevue+4Le Monde.fr+4Cadena SER

Daoud déclare : « Une société qui opprime les femmes ne peut être heureuse » et critique l’islamisme pour sa vision réductrice et violente du corps féminin. Il établit un parallèle entre la condition des femmes sous les talibans en Afghanistan et celles dans le monde arabe, soulignant que l’islamisme puise dans les mêmes textes archaïques pour justifier l’oppression des femmes. ​El PaísEntrevue

🕌 Une voix critique de l’islamisme

L’auteur revendique une lecture libre et personnelle de l’islam, affirmant que « l’islam n’est la propriété de personne », ni des islamistes, ni des clercs. Il défend le droit à une parole libre et insoumise, notamment sur des sujets sensibles tels que la sexualité, le corps et la mort. ​Libération+3L’Express+3Le Point.fr+3Libération+2Le Point.fr+2Le 360 Français+2

Conclusion

Kamel Daoud est une voix intellectuelle importante pour qui s’intéresse aux dynamiques de genre dans le monde musulman. Son œuvre, nourrie de son expérience personnelle et de son engagement critique, offre un éclairage précieux sur les luttes féministes, les rapports de pouvoir et les tensions entre tradition et modernité dans les sociétés arabes.​

Une sélection d’ouvrages et d’entretiens récents de Kamel Daoud qui concernent les relations hommes-femmes dans le monde musulman.

📚 Ouvrages de Kamel Daoud :

  • Meursault, contre-enquête (2013) :
    • Le premier roman de Kamel Daoud est un classique moderne qui revisite l’histoire de L’Étranger d’Albert Camus du point de vue du frère de l’Arabe tué par Meursault. Bien que ce livre se concentre principalement sur les thèmes de l’aliénation, de la colonisation et de la révolte, il donne également un éclairage sur les rapports de pouvoir et la violence symbolique subie par les femmes dans la société algérienne.
    • 📖 Disponible en version poche et traduction anglaise.
  • L’Exposition universelle (2017) :
    • Ce roman explore le contexte politique et social de l’Algérie post-indépendance, où l’auteur critique à la fois les idéaux révolutionnaires qui ont échoué et la montée des intégrismes religieux. Bien que le livre ne traite pas directement des relations hommes-femmes, il dépeint un monde où la condition féminine est sacrifiée au nom des idéologies politiques.
    • 📖 Disponible en version numérique et poche.
  • Houris (2024) :
    • Son dernier roman, interdit en Algérie mais largement diffusé à l’international, est une réflexion puissante sur l’impact des idéologies islamistes sur les femmes, en particulier dans le contexte de la guerre civile algérienne. Le personnage central, une jeune femme, incarne la résistance contre une oppression violente. Cette œuvre prend à bras-le-corps la question des libertés individuelles, du rapport au corps féminin, et des luttes féministes dans un contexte islamiste.
    • 📖 Publié récemment, disponible en format papier et numérique.
      🎤 Entretiens récents de Kamel Daoud :
  • Entretien avec Le Monde (2017) :
    • ’L’islam n’est la propriété de personne’{}
    • Dans cet entretien, Kamel Daoud revient sur la montée de l’islamisme, sa propre expérience en tant qu’écrivain critique du pouvoir religieux, et la place des femmes dans les sociétés sous domination islamiste. C’est un échange percutant sur la liberté d’expression, la révision des lectures religieuses et les obstacles rencontrés par les femmes dans ce contexte.
    • 📰 Disponible sur Le Monde.
  • Entretien avec France Culture (2020) :
    • ’La condition féminine dans le monde musulman’{}
    • Kamel Daoud discute ici de la répression des femmes sous les régimes islamistes, de leur marginalisation dans le discours public et de l’importance de repenser la place des femmes dans le monde musulman. Il met en lumière les luttes des femmes algériennes, mais aussi celles des femmes à travers le monde arabe face à un patriarcat renforcé par des interprétations extrémistes de l’islam.
    • 🎧 Écouter l’entretien sur France Culture.
  • Entretien avec L’Obs (2019) :
    • ’Les femmes et la guerre en Algérie’{}
    • Daoud aborde dans cet entretien la guerre civile algérienne (1992-2002), mettant en lumière le rôle des femmes dans cette période dramatique. Il s’intéresse notamment à leur invisibilité dans le récit historique officiel et à leur réémergence dans la mémoire collective des Algériens.
    • 📰 Disponible sur L’Obs.
  • Entretien avec Le Point (2017) :
    • ’L’obsession islamiste pour le corps féminin’{}
    • Dans cet entretien, Kamel Daoud se positionne fermement contre l’idéologie islamiste qui cherche à contrôler et réprimer le corps des femmes. Il critique la manière dont les islamistes utilisent la religion pour justifier la soumission des femmes et défend la nécessité de libérer la parole féminine dans le monde arabe.
    • 📰 Disponible sur Le Point.
      🌐 Autres ressources complémentaires :
  • Conférence à l’Université de Harvard (2021)Les rapports entre Islam, Modernité et Féminisme :
    • Kamel Daoud a donné une conférence sur les enjeux contemporains de l’Islam face aux défis de la modernité et du féminisme. Il y aborde la tension entre la préservation de la tradition et les évolutions sociales nécessaires pour assurer l’égalité des sexes.
  • Podcasts et vidéos disponibles :
    • ’Littérature et Politique’ : Un podcast de France Inter où Kamel Daoud discute de la littérature comme outil de contestation dans les sociétés islamiques.
    • YouTube - Conférence sur les droits des femmes en Islam : Daoud y traite de la place des femmes dans les sociétés musulmanes contemporaines, de la répression religieuse et de la révolte féministe.
      📌 Résumé :

Kamel Daoud est une figure importante pour comprendre les rapports hommes-femmes dans le monde musulman contemporain, notamment en raison de son engagement pour une relecture critique de l’islam et de son plaidoyer pour l’égalité des sexes. Ses écrits et entretiens offrent une perspective profonde sur l’oppression des femmes, l’impact des idéologies religieuses et les tensions entre modernité et tradition dans les sociétés arabes.

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Souleïman Bencheikh aborde également les relations hommes-femmes dans le contexte musulman contemporain, notamment à travers ses ouvrages et interventions publiques (selon ChatGPT)

Dans ses écrits, Souleïman Bencheikh plaide pour une réinterprétation des textes religieux afin de promouvoir une égalité réelle entre les sexes. Il met en lumière les inégalités persistantes, notamment en matière d’héritage, et appelle à une réforme des lois musulmanes pour les adapter aux réalités sociales actuelles. Il souligne que l’inégalité de droits entre hommes et femmes est une réalité partagée à travers le temps et les lieux, et que cette injustice n’est plus tolérable. ​Leaders

Souleïman Bencheikh insiste sur le fait que cette question dépasse le cadre religieux pour devenir une problématique sociétale majeure. Il considère que l’égalité entre les sexes est essentielle pour le progrès social et que la réforme des lois musulmanes est nécessaire pour garantir cette égalité. ​Telquel.ma

Ainsi, à travers ses travaux, Souleïman Bencheikh contribue activement au débat sur les relations hommes-femmes dans le monde musulman, en appelant à une révision des interprétations traditionnelles pour promouvoir une société plus juste et égalitaire.​

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4.
Relations hommes-femmes chez les musulmans par Daniel Pipes - In the Path of God 1983

Version originale anglaise : Male-Female Relations in Islamdom and Christendom
Adaptation française : Anne-Marie Delcambre de Champvert

Tiré de mon livre « Dans le chemin de Dieu » In the Path of God (New York : Basic Books, 1983), extrait du chapitre 8, « Anomie musulmane », pages 176 à 182

Pour un résumé de cette analyse, voir mon article, Le désir féminin et le traumatisme des musulmans , The New York Sun, 25 mai 2004.

Les coutumes sources de conflits dans la vie privée ont également affecté les attitudes des musulmans envers l’Europe et la modernité.

L’anti-nomianisme généralisée de l’Occident a sapé la force de la plupart des lois, faisant naître la crainte chez les musulmans que leurs traditionnelles contraintes sociales pourraient s’affaiblir au point que l’influence de l’Occident sur les relations entre les sexes l’emporterait. Ici, comme dans la sphère politique, les deux civilisations presque parfaitement incompatibles et les influences européenne et américaine ont causé une angoisse particulière dans le monde de l’Islam. Et parce que la civilisation islamique lie le sexe directement au domaine public, cela a eu une signification politique immédiate.

Jusqu’à récemment, on a supposé dans l’Occident chrétien que les hommes les femmes vivaient le sexe différemment. L’homme était considéré comme entreprenant activement l’approche, la séduction, et la pénétration, tandis que la femme passait pour ne pas apprécier le sexe, mais uniquement pour le subir. Ce n’est que dernièrement, comme l’Occident s’éloignait davantage de la culture chrétienne, que l’idée s’est répandue que les femmes aussi avaient une sexualité active. Si l’on considère la réputation qu’ont les musulmans d’être toujours à la traîne, il y a une certaine ironie à relever que la civilisation islamique non seulement décrit la femme comme animée de désirs sexuels, mais la considère comme plus passionnée que l’homme. C’est en fait cette conception même qui a déterminé la place de la femme dans le monde musulman traditionnel.

Du point de vue islamique, les hommes et les femmes sont considérés comme ayant la même sexualité. Les deux désirent avoir des rapports, au cours desquels leurs corps traversent des processus similaires, ce qui produit des plaisirs semblables et des orgasmes physiques analogues. Contrairement aux conceptions traditionnelles occidentales de l’acte sexuel, qui le voient comme un affrontement où l’homme exerce sa supériorité sur la femme, les musulmans le voient comme un plaisir partagé. Les satisfactions sexuelles ont été célébrées par Abou’l-Hamid al-Ghazali (1050 - 1111), que beaucoup considèrent comme le penseur clé de la civilisation Islamique, comme « un avant-goût des plaisirs garantis pour les hommes au Paradis’ et comme ’une puissante motivation pour inciter les hommes... à adorer Dieu de façon à atteindre le ciel ». La satisfaction sexuelle mène à un ordre social harmonieux et à une civilisation florissante.

Contrairement à la vision traditionnelle de l’Occident que les femmes ne jouissent pas sexuellement, les musulmans croient que le désir des femmes est beaucoup plus fort que celui de l’homme. Les musulmans voient souvent « la femme comme le chasseur et l’homme comme la victime passive » de son ardeur ; en effet, les besoins sexuels font d’elle le « symbole de la déraison, du désordre, la force anti-divine de la nature et disciple du diable. » Ce point de vue peut résulter d’une plus grande aptitude physique de la femme pour le sexe ou il peut se rapporter aux expériences de Mahomet. Mais quelle que soit son origine, la sexualité féminine est considérée comme étant si puissante qu’elle constitue un danger réel pour la société. Dans le même temps que la civilisation islamique encourage la satisfaction sexuelle, elle considère également les femmes sans retenue comme le défi le plus dangereux face à des hommes essayant de mener à bien les commandements de Dieu (car ce sont les hommes qui ont une charge religieuse bien plus lourde). En combinant leurs désirs sans frein et leur attrait irrésistible, cela donne aux femmes un pouvoir sur les hommes qui rivalise même avec celui de Dieu.

Alors laissés à eux-mêmes, les hommes pourraient bien être victimes des femmes et abandonner Dieu. La Fitna en résulterait, c’est-à-dire le désordre civil parmi les croyants. Tout comme l’affliction de la fitna entre les dirigeants musulmans a caractérisé l’attitude des musulmans envers la politique, la peur de la fitna domine la vie privée. « Il n’y a pas de tension entre l’Islam et la sexualité tant que cette sexualité est exprimée harmonieusement et n’est pas contrariée.Ce que l’Islam considère comme négatif et anti-social est la femme et son pouvoir de créer la fitna.’ Révélateur, en arabe, fitna est aussi le terme pour désigner une belle femme, car ’chaque fois qu’un homme est confronté à une femme, la fitna pourrait se produire. ». Les craintes musulmanes que le désir sexuel féminin ne provoque l’anarchie conduit Fatima Mernissi à mettre les femmes sur un pied d’égalité avec les harbis : « L’ordre musulman est confronté à deux menaces :. l’infidèle à l’extérieur et la femme à l’intérieur’. Si les croyants ne sont pas bouleversés par l’acte sexuel en tant que tel, ils sont obsédés par les dangers posés par les femmes. « Toute la structure sociale musulmane peut être considérée comme une attaque et une défense contre la force explosive de la sexualité féminine. »

Deux considérations découlent de ceci, les deux étant essentielles pour les temps modernes. Premièrement, les restrictions islamiques de l’activité sexuelle sont plus motivées par le souci de préserver le tissu social que par des considérations morales. Deuxièmement, la société islamique a développé une série de mécanismes institutionnels pour réprimer la sexualité féminine, « tout un système... basé sur l’hypothèse que la femme est un être puissant et dangereux. » Ses principaux éléments sont le maintien des femmes loin des hommes, l’entrave à l’amour romantique, et le fait d’enlever tout pouvoir aux femmes. La civilisation islamique commence avec l’hypothèse que les femmes séduiront tous les hommes disponibles, et cela structure la société de manière à empêcher que cela ne se passe en créant des espaces séparés et en réduisant le contact entre les sexes. Selon la charia, un homme et une femme qui sont laissés seuls en privé doit être supposés avoir eu des relations sexuelles ; par conséquent, tout doit être fait pour empêcher de telles situations de se produire. (Ces attentes sont bien sûr ce qui fait se réaliser la chose attendue ; les musulmans qui pensent qu’ils ne peuvent pas contrôler leur sexualité ne peuvent même pas essayer de le faire.) Une séparation physique des sexes caractérise ainsi la vie quotidienne dans le monde islamique ; tout homme et toute femme considérés comme susceptibles de s’attirer sexuellement sont tenus à l’écart.

La civilisation islamique encourage les femmes à rester à l’intérieur et tient comme un idéal la femme qui a des serviteurs, des installations à domicile, et une stature sociale telle qu’elle n’ait pas besoin de sortir pendant parfois des décennies . Tout homme qui peut se permettre de le faire, garde ses femmes à la maison. La maison elle-même est structurée de façon à maintenir les femmes éloignées du chemin des hommes qui n’ont pas de lien de parenté avec elles. Les maisons islamiques ont des murs à l’extérieur et des fenêtres sur cour intérieure, augmentant l’aspect privé de la vie. Dans la maison, le harem sépare les femmes des zones masculines dans le bâtiment dans lequel les hommes sans lien de parenté peuvent entrer.

Le voile - « une expression de l’invisibilité des femmes dans la rue’ : supprime la femme de l’espace masculin qu’elle traverse, car le dehors appartient aux hommes. Comme telle, elle est un intrus :

Une femme est toujours l’intrusion dans un espace masculin parce qu’elle est, par définition, un ennemi. Une femme n’a pas le droit d’utiliser des espaces masculins. Si elle y entre, elle bouleverse l’ordre masculin et sa tranquillité d’esprit. Elle est en fait en train de commettre un acte d’agression contre lui simplement en étant présente là où elle ne devrait pas être. Une femme dans un espace traditionnellement masculin bouleverse l’ordre d’Allah en incitant les hommes à commettre la zina [la fornication]. L’homme a tout à perdre dans cette rencontre : tranquillité d’esprit, autodétermination, allégeance à Allah et prestige social ’

Les femmes ne doivent s’aventurer à l’extérieur que pour des raisons spécifiques, telles que les courses, prendre un bain, ou rendre visite à des proches.

Si les contacts occasionnels entre les hommes et les femmes célibataires sont une menace de fitna, le danger équivalent entre les partenaires mariés est celui de l’amour romantique. Il est possible que l’homme puisse devenir si brûlant de passion pour sa femme qu’il pourrait négliger ses devoirs envers Dieu. « La participation hétérosexuelle, le véritable amour, c’est le danger qui doit être surmonté » ; la vie islamique mine donc le développement de liens affectifs forts entre mari et femme. Elle réduit le contact entre eux par une très forte division de leurs intérêts : les hommes se soucient de la religion et du travail, les femmes, de la maison et de la famille. La femme habituellement ne mange pas avec son mari, elle ne l’accompagne pas à l’extérieur de la maison, pas plus qu’ils ne passent du temps avec leurs enfants ensemble. Les larges pouvoirs du mari sur sa femme déséquilibrent leur relation ; elle est souvent plus sa servante que sa compagne. Il peut la répudier (divorcer) sans l’avertir, ou il peut épouser une autre femme. La polygamie réduit la probabilité de développer un lien unique et fort. Les mariages arrangés, en particulier entre les hommes plus âgés et les jeunes filles, cela réduit la probabilité de développer un lien de compagnonnage. La force des sentiments entre mère et fils entrave souvent les relations entre le fils et sa femme, et celle-ci, à son tour, se tourne vers son fils pour la plénitude du lien affectif. Dans la mesure où l’islam a eu une influence, il pousse les conjoints à passer peu de temps ensemble et à réduire leurs liens affectifs.

L’impuissance sert aussi à contenir la capacité d’une femme à menacer les bases de la société. Un mari peut répudier sa femme à son gré ; mais pour divorcer de lui, elle doit plaider sa cause devant un magistrat de sexe masculin et le convaincre de faire pression sur le mari pour qu’il lui accorde le divorce, car elle-même ne peut pas entreprendre une action en justice contre lui. Une femme agit par l’intermédiaire d’un tuteur de sexe masculin, son père, mari, frère ou un autre parent. De son propre chef, elle ne peut pas voyager ou travailler. Elle dépend encore de son tuteur pour se marier ; dans de nombreuses cérémonies de mariage islamique, ce ne sont pas un homme et une femme qui prononcent leurs vœux l’un envers l’autre, mais deux hommes, le marié et le tuteur de la mariée. Le tuteur peut annuler un mariage qu’elle contracte sans sa permission. La charia estime la valeur de son témoignage devant un tribunal à environ la moitié de celui d’un homme (la mettant sur un pied d’égalité avec les esclaves et les non musulmans). D’autres signes d’impuissance comprennent la résidence dans la famille du mari, la coutume que la femme déménage dans la famille du mari, où ses intérêts l’emportent sur les siens, et la patrilinéarité, l’accent mis sur l’importance des fils et sur la paternité physique. Ainsi, « toutes les institutions sexuelles (la polygamie, la répudiation, la ségrégation sexuelle, etc) peuvent être perçues comme une stratégie pour contenir la puissance [des femmes]. »

Dans l’ensemble, les musulmans ont respecté les idéaux islamiques pour les relations hommes-femmes, et ceux-ci ont fonctionné. « La cohérence traditionnelle entre l’idéologie musulmane et la réalité musulmane » en matière sexuelle a donné à la umma une satisfaction dans les affaires privées qui manquait dans les affaires publiques. Les hommes consacraient plus d’attention à Dieu, dans l’ensemble, qu’aux femmes, mais ceci requérait une vigilance constante ; la peur persistait toujours que les femmes puissent se libérer de leurs servitudes, attirer les hommes loin de la charia, et ruiner la communauté. Ces craintes se multiplièrent lorsque le monde musulman tomba sous contrôle européen.

Les modèles occidentaux de relations hommes-femmes au cours des derniers siècles furent presque toujours en conflit avec ceux du monde islamique, créant un fossé entre les idéaux islamiques et les réalités musulmanes. Les Occidentaux ne divisent pas le monde en espaces masculin et féminin : les femmes circulent en étant visibles aux hommes, elles partagent toute la maison, et elles ne s’effrouchent pas de fenêtres donnant sur la rue. Les hommes et les femmes se mélangent socialement et les adultes se retrouvent souvent seuls avec un membre du sexe opposé. Garder les femmes à l’intérieur n’est pas un idéal, mais l’amour romantique l’est, en encourageant des liens forts entre mari et femme. La monogamie, des lois sur le divorce plus lourdes, la famille nucléaire, et le mariage entre partenaires du même âge ont également encouragé l’unité conjugale. Les femmes occidentales ont progressivement gagné l’égalité juridique avec les hommes, gagnant le droit de vivre, de travailler, de voyager, et de se marier à leur guise. Les développements récents en Occident sont encore plus directement contraires aux façons islamiques : les touristes femmes voyageant seules dansle monde de l’islam, les bains mixtes dans les hôtels et lieux de séjour dans le monde musulman, les minuscules maillots de bain, les vêtements à la mode serrés, la tolérance des démonstrations publiques d’affection, les allusions sexuelles dans la publicité, et la pornographie dans les livres, les films et cassettes vidéo. Chaque partie a tendance à voir les pratiques de l’autre comme barbares : si la promiscuité occidentale épouvante les musulmans, les trois cents épouses du roi Abd al-Aziz d’Arabie saoudite ne choquent pas moins les occidentaux. Ces différences ne sont pas dues au hasard, mais résultent d’une opposition fondamentale entre les religions chrétienne et musulmane : l’accent mis sur l’éthique par rapport à la contrainte reposant sur les lois. Les contrôles sur l’activité sexuelle reflètent cette différence.

L’Occident restreint le sexe principalement en imprégnant les hommes et les femmes avec les normes de la morale et applique les inhibitions sexuelles par une « intériorisation forte des interdictions sexuelles au cours du processus de socialisation. » Les chrétiens ont longtemps associé les relations sexuelles avec méchanceté. ’L’éthique intériorisée de la chasteté avant le mariage et la fidélité postnuptiale devront normalement suffire à prévenir les abus de leur liberté par la fornication ou l’adultère chaque fois qu’une occasion favorable se présente.’ Parmi les Occidentaux pour qui la vieille morale ne tient plus, de nouvelles considérations éthiques et personnelles prennent place ; bien plus laxistes, celles-ci trop souvent restreignent l’activité sexuelle à un faible pourcentage de toutes les opportunités.

Les Musulmans, en revanche, dépendent « des garanties extérieures de précaution » pour limiter le sexe, « isolant leurs filles célibataires ou leur fournissant des duègnes ou d’autres escortes de protection quand elles sortent en public, et contrôlant l’adultère par des dispositifs externes comme le voile, l’isolement dans les harems, ou une surveillance constante. »Comme on l’a vu, plutôt que d’inculquer des principes éthiques intériorisés, l’Islam établit les limites physiques pour garder les sexes à l’écart et punit sévèrement les transgressions, rendant extrêmement difficile pour les célibataires du sexe opposé de se rencontrer, en particulier dans les zones urbaines. Considérant que la civilisation occidentale repose sur la culpabilité privée afin d’empêcher les méfaits, la civilisation islamique dépend des sentiments de honte publique.

Cette différence crée des problèmes pour les personnes qui se tournent vers la loi sacrée pour être guidées dans la vie quotidienne, car elles perdent souvent leurs repères quand elles sont confrontées à des restrictions éthiques intériorisées.. Habitués aux innombrables règlements de la manière religieuse de vivre sous la chari’a, les musulmans s’attendent à être contrôlés par leur environnement. On constatera sans surprise que les musulmans des deux sexes qui se trouvent dans des contextes occidentalisés souvent comprennent mal les règles de base, interprétant la liberté, comme un permis de faire ce qui leur plaisent ; ceci peut conduire à des comportements inacceptables. Ainsi, un homme musulman peut comprendre de travers la disponibilité apparente des femmes de l’Occident et être étonné par leurs réactions indignées à ses avances.

Les pratiques occidentales attirent toujours certains musulmans, y compris les femmes qui veulent la liberté et les droits de leurs homologues occidentales et les hommes attirés par l’excitation de plus de contact avec les femmes, à la fois sur le plan de l’espace et de l’affectif. (Il convient de noter, toutefois, que les hommes musulmans attendent souvent de garder intact leur pouvoir d’antan.) D’autres craignent fort les effets des influences occidentales : pour les intégristes, mettre les sexes ensemble menace de miner la capacité des hommes à garder la charia ; les non fondamentalistes voient le problème de façon plus diffuse, - encore pour tous - les influences occidentales sapent les moyens islamiques de protection contre les contacts entre les hommes et les femmes qui menacent les fondements de la vie communautaire. La résistance aux influences occidentales a moins à voir avec la morale qu’elle n’a à voir avec la crainte de forces déchaînées qui détruiraient la société islamique. La réticence à accepter les manières occidentales est donc inspirée principalement par des préoccupations politiques et musulmans voient « tout changement dans les relations hommes-femmes [comme] une menace à la force de la Oumma. » L’appréhension de la dimension politique des relations entre les sexes imprègne la vie musulmane. Ainsi, un Marocain a écrit dans une lettre à un service d’orientation et d’assistance universitaire en 1971, décrivant les difficultés qu’il a rencontrées pour épouser la femme qu’il aimait : « Je ne peux plus concevoir ma vie sans cette fille et si j’essaie de la quitter, je pourrais me trouver dans une situation qui est dangereuse non seulement pour moi mais de même pour l’Umma musulmane, et pour la religion musulmane aussi. ’ Quand un scandale impliquant des ouvrières posant nues pour des photos est venu à l’attention du ministre en chef de l’État de Selangor en Malaisie, il a répondu en l’appelant à une question ’aussi dangereuse que le communisme et la menace représentée par des criminels.’

Les influences occidentales sur les relations entre les sexes affectent beaucoup plus que la vie personnelle ; en sapant l’ordre islamique autant que une idéologie politique, elles poussent de nombreux musulmans à craindre tout ce qui est relié à la vie occidentale et moderne. L’Occident ne présente pas seulement une menace extérieure comme infidèle, il érode également les mécanismes islamiques pour faire face à la menace interne, la femme.

L’anti-nomianisme de l’Occident a aussi des effets similaires dans d’autres domaines de la vie privée, sapant les interdictions religieuses concernant le porc, l’alcool, la drogue, les jeux d’argent, et l’intérêt. Les musulmans qui abandonnent la loi ne la remplacent pas souvent par un code d’éthique personnelle, mais se permettent une satisfaction effrénée. Comprenant mal la liberté et la considérant comme de la licence et de l’éthique personnelle pour l’indulgence, certains musulmans qui ne pratiquent plus ne tiennent plus compte même des préceptes moraux de base, telles que ceux concernant la confiance, le respect et l’honnêteté. Ces habitudes donnent à juste titre aux pratiques occidentales une mauvaise réputation. L’amoralité de musulmans non pratiquants confirme la volonté des musulmans pieux de vivre strictement selon la charia, divisant les sociétés musulmanes en deux factions, les fondamentalistes et les occidentalisés, les religieux et les anti-religieux, les moraux et les amoraux, les maîtres d’eux-mêmes et les hédonistes. Seules quelques personnes (et la plupart d’entre elles ont tendance à venir des classes supérieures) trouvent une place dans le style occidental dans le mode de comportement éthique, mais non religieux. Contrairement à l’arène politique, où de nombreux musulmans s’installent dans le flou du terrain d’entente du réformisme, les styles privés sont polarisés, divisant et déstabilisant la umma.

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  • La religion est-elle un obstacle à l’égalité entre homme et femme  ? - Par Mohammad Ali Sharaf - | Thursday, 18 August, 2022 – Document ‘azhar.eg’
    Cette question se pose beaucoup ces jours, et pour répondre à cette question d’actualité, nous passons en revue le point de vue musulman sur cette égalité homme-femme. En islam, l’homme et la femme ou bien la femme et l’homme sont égaux en ce qui concerne les droits et les obligations. Allah, Exalté Soit-Il, nous précise ce principe d’égalité entre homme et femme dans le Noble Coran et le Prophète (pbAsl) l’éclaircit dans la Sunna en estimant la nature de chacun.

Mais la question qui se pose ici est la suivante : que signifie cette égalité de sexes ? Bien sûr l’homme et la femme sont deux entités différentes ; physiquement et psychologiquement, dans la forme et la composition, et donc les droits et les devoirs se différencient selon cette nature. Pourtant, cela ne veut pas dire que l’un est meilleur que l’autre, mais signifie que les deux sont complémentaires l’un de l’autre, à condition de respecter la nature de la créature qui s’y trouve sans la déformer ni l’altérer.
[1]

Dans le Noble Coran, nous trouvons des versets qui montrent clairement ce principe d’égalité, nous en citons les suivant :

  • «  Les femmes ont des droits équivalents à leurs devoirs [qu’il faut respecter] suivant le bon usage. » (Qur’ān 2 : 228)
  • « Leur Seigneur leur a alors répondu [exauçant leurs prières] : “En vérité, Je ne laisserai se perdre le prix d’aucune œuvre que vous, homme ou femme, aurez accompli, car vous êtes issus les uns des autres.” » (Qur’ān 3 : 195)
  • « Quiconque, mâle ou femelle, fait une bonne œuvre tout en étant croyant, Nous lui ferons vivre une bonne vie. Et Nous les récompenserons, certes, en fonction des meilleures de leurs actions.  » (Qur’ān 16 : 97)
    La Sunna, ou bien les enseignements du Prophète Mohamad (que le salut et la bénédiction d’Allah soient sur lui) l’expliquent clairement. À ce sujet, nous citons un hadith très important : on rapporte d’après ‘Ā’ishah (Ase) que le Prophète (pbAsl) dit : « Les femmes sont les semblables des hommes. » 

En outre, si on suit de près la Sunna pratique et la vie privée du Messager (pbAsl), on trouve qu’il partageait les tâches ménagères avec ses femmes, comme l’attestait notre mère ‘Ā’ishah (Ase) dans le hadith suivant :

  • Al-Aswad b. Yazīd rapporte : « J’ai demandé à ‘Ā’ishah (Ase) : “Que faisait le Prophète (pbAsl) quand il était chez lui ?” - Elle me répondit : “Il était au service des siens. Mais quand l’heure de la prière arrivait, il s’y rendait’. » [Bukhārī, n° 676]. 
    Ceci affirme que lorsque le Prophète (bAsl) était chez lui, il se mettait, modestement au service de sa famille : il trayait la chèvre, cousait lui-même ses chaussures et aidait ses proches dans les tâches domestiques. Cette attitude du Prophète (pbAsl) n’est pas sans précédent, car c’était également l’attitude des Messagers et des Prophètes (sur eux la paix) avec leurs familles. Ils sont, certes, des modèles à suivre pour tous les fidèles.


[1] Prof, Dr, Akram Lotfy, Réformation de la loi sur le statut personnel, article numérique https://www.shorouknews.com/columns/view.aspx?cdate=10082022&id=7b2cae51-7707-4444-841f-e1abb1d31d47.

Source : https://www.azhar.eg/observer-fr/details/ArtMID/1154/ArticleID/63866/La-religion-est-elle-un-obstacle-224-l%E2%80%99233galit233-entre-homme-et-femme

Selon Wikipédia, l’Université al-Azhar (en arabe : جامعة الأزهر), souvent appelée par métonymie al-Azhar, est une institution islamique sunnite d’enseignement, connue internationalement et basée au Caire. Elle dépend de l’État égyptien et comprend, entre autres, l’université al-Azhar, l’Académie d’études islamiques et la mosquée Al-Azhar, dirigée par un érudit islamique, le cheikh al-Azhar. L’enseignement a commencé à al-Azhar en 988, ce qui en fait l’un des plus anciens lieux d’enseignement islamiques au monde. Son nom est dérivé de az-Zahrā, l’un des noms de Fatima, la plus jeune fille de Mahomet. Les fonctions d’al-Azhar sont définies dans la loi égyptienne n°103 du 5 juillet 1961, également connue sous le nom de loi al-Azhar (qānūn al-Azhar)[1].

Selon l’article 2 de cette loi, al-Azhar « est un organisme savant islamique qui cherche à préserver, à étudier, à divulguer et à diffuser le patrimoine islamique, à diffuser le message islamique qui a été confié, à tous les peuples et à le promouvoir, à montrer l’islam et son influence sur le progrès de l’humanité, le développement de la civilisation, le maintien de la paix, la tranquillité et la paix d’esprit de tous les peuples, ici et maintenant. »[2]… - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Universit%C3%A9_al-Azhar

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  • Entretien - La condition féminine dans le monde arabe et musulman : évolutions et perspectives face aux enjeux de sociétés et politiques - 30/05/2022 – Document ‘institut-ega.org’
    Maxime Cocheux, analyste au sein du département Proche-Orient, Moyen-Orient et Afrique du Nord de l’Institut d’études de géopolitique appliquée, s’est entretenu avec Imad Khillo, enseignant-chercheur et maître de conférences en droit public à Sciences Po Grenoble. Imad Khillo est spécialiste en droit international public, en droit international des droits humains et du monde arabe.

Il concentre ses recherches en particulier sur le statut juridique de la femme dans les pays du monde arabe et musulman, plus spécifiquement à travers l’évolution du code du statut personnel qui évolue différemment selon les pays. Il travaille aussi sur le droit musulman, ses implications dans les systèmes juridiques internes et les évolutions dans son application dans des sociétés en proie parfois à des changements brutaux comme lors du « Printemps arabe ». Imad Khillo est également enseignant au sein du master « Politiques et pratiques des organisations internationales » avec un cours de droit international public, ainsi qu’au sein du master « Intégrations et mutations en Méditerranée et au Moyen-Orient » avec un cours sur le droit musulman et un cours sur les droits des femmes dans le monde arabe. Enfin il est aussi chercheur associé à l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (IREMMO).

Comment citer cet entretien :{{}}

Maxime Cocheux, Imad Khillo, « La condition féminine dans le monde arabe et musulman : évolutions et perspectives face aux enjeux de sociétés et politiques », Institut d’études de géopolitique appliquée, mai 2022, URL : cliquer ici

La chute de Kaboul le 15 août 2021 a permis le retour officiel du régime Taliban en Afghanistan et a porté un coup terrible pour le droit des femmes dans ce pays. Depuis leur retour à la tête du pays, ces dernières ne peuvent plus faire de sport, ne peuvent plus accéder aux études et même voyager seules. À l’inverse, ces dernières années, notamment en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, plusieurs lois ont été adoptées et ont été perçues par l’Occident comme des avancées pour la condition féminine. L’évolution de la condition féminine dans le monde arabe et dans une plus large mesure, au sein du monde musulman, évolue donc différemment en apparence selon les pays et les pouvoirs politiques en place. Mais l’évolution de la condition de la femme dépend également des évolutions de la société, qui est souvent qualifiée de traditionnelle et de patriarcale. Ainsi pour mieux expliquer les évolutions et les perspectives du droit des femmes dans ces sociétés, il est nécessaire de comprendre les différents enjeux que cela représente pour les pouvoirs politiques en place ainsi que pour ces sociétés.

Maxime COCHEUX - Le monde musulman est souvent dépeint comme étant empreint, encore aujourd’hui, de pratiques patriarcales et traditionnelles ancrées dans la société. Est-ce une réalité ou bien des évolutions positives apparaissent-elles au cours des dernières années ?{{}}

Imad KHILLO - Tout d’abord il est pertinent de faire la distinction entre le monde musulman et le monde arabe. Lorsqu’on parle du monde arabe, il s’agit des vingt-deux États qui composent la Ligue Arabe, tandis que le monde musulman englobe plus largement les États à travers la planète qui ont une population musulmane très importante, comme l’Indonésie par exemple.

Il reste toutefois difficile de donner un constat pour l’ensemble du monde musulman car il se divise en plusieurs pôles et à l’intérieur de chacun d’eux, les États avancent à des vitesses différentes. 

La Turquie, par exemple, est régulièrement classée dans le monde musulman car la grande majorité de la population est de confession musulmane. Mais il s’agit pour autant d’un État laïc avec un code civil laïc. Par conséquent le statut de la femme qui est régi par ce code civil laïc en Turquie permet de mettre en lumière une certaine avancée par rapport à d’autres pays musulmans comme l’Indonésie. Je prends volontairement cet exemple lointain, auquel on ne pense pas directement, car le statut de la femme dans ce pays d’Océanie est totalement régi par la Charia Islamique, c’est-à-dire la loi islamique. À titre informatif la Charia - ce qui signifie « chemin » en arabe - représente dans l’islam l’ensemble des normes et des règles qu’un musulman doit suivre dans l’objectif de respecter la loi divine.

Quoi qu’il en soit, pour répondre à cette interrogation, il est essentiel de regarder la place de l’Islam dans la Constitution de chaque pays, car c’est la place que l’on donne au droit musulman dans la Constitution qui va avoir un impact sur l’ensemble des lois inférieures, puisqu’elles en découlent. 

Pour reprendre l’exemple de la Turquie, le droit musulman n’a pas de place attribuée dans la Constitution qui est complétement laïque. C’est pourquoi les lois inférieures qui régissent le statut de la femme sont des législations laïques qui appliquent le plus souvent l’égalité homme/femme. En revanche en Indonésie où l’islam est la source principale de la législation, le statut de la femme est complètement imprégné par la Charia islamique. Enfin pour savoir s’il y a des avancées, il est nécessaire de s’attarder sur chaque pôle géographique voire même sur chaque pays. Il y a en effet des pays où les avancées sont plus nombreuses, notamment au sein des pays arabes tandis que d’autres stagnent davantage, voire pour certains régressent.

Pour comprendre un peu plus la complexité de ces avancées, il faut s’intéresser à l’histoire du droit musulman. 

De manière globale, les savants musulmans ont décidé au XIème siècle de fermer la porte à l’ijtihad, c’est-à-dire la force d’interpréter les sources du droit musulman et de trouver de nouvelles solutions à des problématiques non traitées dans ces sources qui sont principalement le Coran et la Sunna (les traditions prophétiques). À partir de ce moment-là, donc depuis le XIème siècle, on a constaté une stagnation dans l’évolution du droit musulman et en conséquence directe dans celui du statut de la femme. De ce fait dans les pays qui souhaitent appliquer, à travers leur Constitution, la Charia islamique à la lettre et qui considèrent que c’est une source principale de la législation, il sera difficile au statut de la femme d’avancer et de progresser.

M.C - Le Code du Statut personnel demeure dans la plupart des pays musulmans comme le bastion juridique des pratiques religieuses dans la sphère familiale notamment. De quelle manière la condition juridique de la femme est-elle instituée par ce Code ? Des disparités existent-elles entre les pays ?{{}}

I.K - Le Code du Statut personnel dépend de chaque pays et on le trouve également dans certains pays sous le nom de Code de la Famille. Historiquement, la plupart des pays colonisés qui sont régis par le droit musulman, la Charia islamique, ont dû adopter leur propre arsenal juridique, suite à la décolonisation. 

La grande majorité des codes qui régissent les lois commerciales, les lois des entreprises, les lois civiles ont été inspirées des codes occidentaux. Cependant tout ce qui touche au statut de la famille a été réalisé à part et regroupé dans ce que l’on appelle le Code du Statut personnel. 

Dans le droit musulman, la famille est régie entièrement par des règles précises préfixées par les sources principales du droit musulman. Lorsqu’on parle du statut de la famille, on englobe de nombreux sujets tels que le mariage, le divorce, l’héritage ou encore la garde d’enfants. On constate très rapidement que la femme est la première concernée par ces multiples axes. Le statut juridique de la femme s’est donc retrouvé logiquement et obligatoirement dans ce code du Statut personnel.

Lorsqu’on parle par exemple du mariage ou de la polygamie qui sont autorisés dans certains pays, c’est surtout la femme qui est touchée par ces lois et c’est elle qui va subir la discrimination, dans le domaine de la polygamie par exemple, dans le cadre de la répudiation ou encore la discrimination liée à l’héritage. Bien évidemment ces codes du statut personnel ne sont pas identiques à travers le monde musulman, y compris au sein du monde arabe. Certains codes sont davantage en avance par rapport à d’autres mais l’essentiel à retenir est que lorsqu’on a codifié, transcrit les règles du droit musulman, le statut de la femme s’y est retrouvé obligatoirement inclus.

Si vous prenez les codes du côté du Maghreb avec l’Algérie, le Maroc et particulièrement celui de la Tunisie, il s’agit des codes les plus avancés par rapport à ceux du Moyen-Orient, car ils ont connu de nombreuses réformes. Pour reprendre l’exemple de la polygamie au Maroc et en Algérie, cette pratique a connu des restrictions significatives à travers certaines réformes législatives, mais si vous allez au Moyen-Orient comme en Syrie ou en Jordanie, la polygamie reste un droit presque automatique accordé à l’homme. Enfin il est très intéressant de noter que dans les années 80, l’idée a été émise, dans le cadre de la Ligue Arabe, d’adopter un code unifié du statut personnel. Mais cela a été un échec cuisant car les pays n’ont pas été d’accord sur les définitions à donner pour chaque notion comme la répudiation, la polygamie, l’héritage ou le témoignage.

M.C - Selon la minorité religieuse, le Code du Statut personnel ne s’applique pas de la même manière. Est-ce que la condition féminine évolue dans les pays musulmans entre une femme musulmane et une femme qui pratique une autre religion ?{{}}

I.K - Cette question est très pertinente car on a parfois l’impression d’oublier qu’il y a des minorités religieuses, chrétiennes par exemple, à travers les pays du monde arabe. En Egypte on trouve une minorité copte et en Syrie aussi, environ 10% de la population est chrétienne. Dans l’ensemble de ces pays la justice est divisée en plusieurs tribunaux parmi lesquels se trouvent les tribunaux confessionnels. Les musulmans sont soumis au tribunal confessionnel musulman et les chrétiens sont soumis à des tribunaux de leur confession. Que cela soit en Egypte ou en Syrie par exemple, on va constater que le statut de la femme chrétienne est plutôt en avance par rapport au statut de la femme musulmane. Cette différence s’explique simplement par le matériau de départ qui n’est pas le même. Les textes originaux, à savoir la Bible et le Coran, ne sont en effet pas identiques. Pour reprendre l’exemple de la polygamie, cette pratique est autorisée dans le droit musulman mais pas dans le droit chrétien. Sur ce point précis, on peut effectivement dire que le statut de la femme chrétienne est plus en avance que celui de la femme musulmane.

Toutefois il est très important de nuancer cette idée. Affirmer que dans sa globalité le statut de la femme chrétienne serait plus en avance que celui de la femme musulmane serait un constat hâtif voire une erreur. Si l’on étudie les détails des lois appliquées par les tribunaux confessionnels chrétiens et musulmans, il est vrai qu’on ne trouve pas de répudiation ou de polygamie pour les premiers. Certes il s’agit alors d’une avancée, cependant, il est impératif de prendre en considération dans le monde arabe ce que l’on appelle la loi traditionnelle et coutumière toujours présente dans ces sociétés. Dans le cadre de cette loi traditionnelle, les mêmes conditions s’appliquent quelle que soit la confession. Par exemple, le droit de la femme de disposer de son corps dépend essentiellement de l’image de la femme véhiculée dans la société, une image intimement liée aux coutumes et aux traditions de cette société qui reste profondément patriarcale. Ainsi globalement une femme doit respecter un code d’honneur dans ces pays, qu’elle soit chrétienne ou musulmane, et doit par conséquent se soumettre à ce dernier.

Cependant, on remarque qu’à travers ces pays, l’appartenance à une couche sociale influence beaucoup l’application de ces coutumes, ces traditions et ce code d’honneur. Chez les musulmans ou les chrétiens plus l’appartenance à la classe sociale est élevée et aisée, plus une ouverture sur ces questions apparaît. Cela s’explique en partie par une plus grande proximité de ces couches sociales avec les sociétés occidentales. À l’inverse plus on descend dans la pyramide sociale plus on trouve une accroche plus forte à la religion, à la fois dans sa pratique et dans son application. C’est un constat que l’on remarque beaucoup dans les sociétés arabes.

M.C - Autour de la question du voile, deux positions féministes s’affrontent. Dans certains pays, des femmes décident d’enlever le voile afin de protester contre le pouvoir et la société patriarcale. Dans d’autres, certaines le revendiquent comme un symbole d’indépendance et de féminisme comme on peut le voir à travers certains événements tels que le World Hijab Day. Comment expliquer ce paradoxe entre ces deux prises de positions de la part de femmes qui luttent pour leurs droits ?

I.K - Ce paradoxe est relativement simple à expliquer. Il est nécessaire de remonter dans l’Histoire afin de trouver les origines de ces deux sortes de féminisme et dont la division existe depuis des décennies dans le monde arabe notamment. À la fin du XIXème siècle, voire au début du XXème siècle, on a commencé à voir les premiers mouvements féministes dans le monde arabe et plus particulièrement en Egypte à travers deux grandes figures qui ne travaillaient pas ensemble mais qui ont lancé les premières idées féministes dans le monde arabe : celle d’un homme, Qasim Amin, et celle d’une femme Huda Sharawi. Ce qui est très intéressant dès le départ, à partir de 1890 et dès la naissance du féminisme arabe, c’est que cette distinction que vous évoquez dans la question existait déjà. 

Cette différence s’explique selon la catégorie où l’on se place entre un féminisme dit laïc et un féminisme dit islamique.

Le premier qui existe encore aujourd’hui dans le monde arabe à travers les mouvements laïcs, considère que la dégradation du statut de la femme est due à la religion musulmane. Les défenseurs de ce mouvement considèrent que si la femme subit des discriminations au sein de ces sociétés c’est à cause de la religion qui prend une place très importante dans la sphère familiale et dans la sphère sociétale. Pour ces derniers, comme la polygamie, le droit à l’héritage, le témoignage ne sont pas du droit positif, par conséquent, ils ne sont pas changeables en fonction de l’évolution des mœurs. Selon ce courant, si la religion est écartée de la sphère juridique, la femme pourra alors être traitée à l’égal de l’homme. L’exemple le plus flagrant se trouve notamment en Tunisie où le Code de Statut personnel a supprimé la répudiation et la polygamie, ce qui permet d’affirmer qu’il y a eu une grande avancée pour l’égalité homme/femme à travers le droit positif et non religieux.

L’autre courant est le féminisme islamique qui considère qu’il faut remonter aux origines de l’Islam avec Mahomet et qui explique que l’islam a amélioré, dès son apparition, le statut de la femme. Dans les sociétés de l’époque, la polygamie était déjà présente et implantée dans les pratiques. Mais l’arrivée de Mahomet selon ce courant a permis de limiter cette pratique à quatre femmes maximum pour un homme, ce qui est perçu alors comme une forme de libération pour le féminisme islamique. Ainsi selon ce dernier ces améliorations doivent s’établir dans un cadre précis en se reposant sur le principe de complémentarité. En effet le droit musulman n’établit pas l’égalité homme/femme, c’est un fait, mais prône au contraire le principe de complémentarité entre les deux sexes. Le droit musulman va donc répartir les tâches au sein de la cellule familiale et considérer que l’homme est le chef de la famille, le responsable de l’entretien de la famille, de l’économie du foyer. En contrepartie la femme a des devoirs comme les tâches ménagères et l’éducation des enfants. En somme en droit musulman comme l’homme est responsable de l’entretien financier de la femme, en échange il obtient un droit à la polygamie et à la répudiation. C’est pourquoi il s’agit d’un système de complémentarité et non d’égalité.

Personnellement je trouve que ce système est difficilement défendable aujourd’hui car même dans les sociétés arabes la femme travaille et entretient le foyer financièrement parfois plus que l’homme lui-même. Le féminisme islamique reste quand même dans une sphère fermée où il n’y a pas beaucoup de place effective pour la réflexion et l’adaptation aux évolutions des sociétés. C’est à cause de ces règles immuables et intouchables du droit musulman depuis le XIème siècle que le statut de la femme n’avance que lentement. Cela pose tout de même une difficulté majeure car certains problèmes contemporains inhérents à nos sociétés modernes n’ont pas été traités à l’époque par le Coran et la Sunna, ni ensuite par les savants musulmans. Le féminisme islamique est donc bloqué dans ce cadre-là et ne peut pas aller au-delà de ces règles établies contrairement au féminisme laïc. Cette division entre ces deux mouvements existe pour moi depuis l’arrivée de Mahomet mais a pris une forme beaucoup plus intellectuelle aujourd’hui.

Enfin on remarque depuis les dernières années que le port du voile revient dans certaines sociétés arabes comme en Tunisie par exemple. Je pense que le développement des moyens de communication a transformé la planète en petit village. C’est-à-dire que les moyens de communication facilitent la transmission à travers le monde des discours identitaires et des mouvements contestataires, que cela soit à l’intérieur des pays occidentaux ou même des pays arabes et musulmans, comme on l’a vu dans le cadre du « Printemps arabe ». Dans certains pays comme en Tunisie, il y a des mouvements qui ont vu le jour, qui revendiquent cette identité musulmane et qui estiment qu’il y a eu une perdition historique de l’islam. L’Histoire est très cyclique pour tous les pays et on cherche souvent à renouer avec le passé, certaines valeurs et certaines traditions. Dans le cadre de la Tunisie, il ne faut pas oublier aussi qu’il s’agit d’un pays très à part. Lorsque Bourguiba est arrivé au pouvoir dans les années 50, le changement du Code de Statut personnel a été brutal, dans une société à majorité musulmane. Je pense que dans la société tunisienne il y a toujours eu une partie de la population qui n’était pas et qui n’est toujours pas d’accord avec cette réforme, qui consistait à modifier certaines règles du droit musulman perçues comme intangibles. Il y a eu des travaux importants de la part de mouvements féministes laïcs pour protéger effectivement ces acquis bourguibiens mais cette société est toujours traversée par un courant qui considère que ces réformes ont porté atteinte à l’islam.

M.C - Depuis quelques années en Arabie saoudite et sous l’impulsion de MBS, les femmes connaissent des évolutions significatives dans le droit. Elles peuvent voyager seules, monter une entreprise sans solliciter le consentement d’un tuteur masculin, peuvent vivre seules sans accord préalable ou encore conduire. Pour autant ces avancées sont-elles réellement significatives d’une victoire pour l’avancée de la condition féminine ou bien davantage un calcul politique de la part du pouvoir ?{{}}

I.K - D’un point de vue personnel, je pense qu’avant d’aller dans le détail, il s’agit purement et simplement d’un calcul politique. 

Dans les pays arabes assez souvent, dès qu’un régime souhaite se montrer ouvert sur la scène internationale, créer des liens avec l’Occident de manière globale, le statut de la femme devient très rapidement un levier. 

Dans le cadre de l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane sait très bien qu’il doit établir des liens avec l’Occident afin de répondre à des transformations économiques importantes et croissantes. Pour montrer que des avancées ont lieu dans la société, le pouvoir travaille avant toute chose sur le statut de la femme.

Je trouve que les droits qui ont été accordés aux femmes - et qui ont eu beaucoup de publicités dans nos sociétés occidentales - sont en réalité des miettes qui n’ont pas de conséquences concrètes sur la vie de la femme saoudienne. Autoriser la femme saoudienne à conduire ou à monter une entreprise sont des mesures positives certes, mais il est nécessaire d’étudier dans la pratique comment cela s’applique car si l’on regarde au niveau juridique, les juges, les magistrats qui vont appliquer ces nouveaux droits sont exclusivement des hommes. En tout état de cause s’il n’y a pas de travail en amont sur les mentalités, ces mesures resteront en sommeil. Il faut prendre conscience que faire évoluer une société ce n’est pas uniquement changer une loi, écrire un texte juridique, ou accorder un nouveau droit. 

On le sait très bien et on l’a vu dans certains pays du Maghreb, il est nécessaire de réaliser un travail sur les mentalités sinon on aura beaucoup de difficultés à appliquer le droit.

Si vous regardez par exemple les manuels scolaires existants en Arabie saoudite où l’on inculque cette image de supériorité de l’homme sur la femme dans l’enseignement dès l’âge de six, sept ans, cette génération sera profondément imprégnée par cette supériorité masculine sur le sexe féminin. Une fois arrivé à l’âge adulte, malgré la possibilité qu’une femme puisse conduire ou créer son entreprise, il y a un risque de confrontation homme/femme. Il est nécessaire de rester prudent face à ces réformes car le recul n’est pas encore suffisant pour voir si la mentalité évolue également. Dans les pays du Maghreb, le travail sur la mentalité est un travail de longue haleine qui se concrétise par exemple à travers les réformes touchant les manuels scolaires en mettant davantage l’accent sur les questions de discriminations à l’encontre de la femme. Je doute ainsi de l’efficacité de ces réformes saoudiennes.

On peut aussi aborder les réformes adoptées aux Émirats arabes unis en 2020, qui à titre d’exemple expliquent que désormais le concubinage est autorisé, sachant que 90% de la population est étrangère. Il s’agissait en réalité d’un calcul politique pour attirer et rassurer les étrangers qui viennent s’installer dans le pays et qui le font vivre. Selon le droit international privé, lorsqu’on conclut, par exemple en France un mariage, on est soumis au droit français, aux lois françaises même si on est étranger. Aux Émirats, les étrangers sont régis désormais par le statut personnel de leur pays d’origine. Si un français se marie aux Émirats, il est soumis au droit français, mais une femme émirienne restera soumise à son statut personnel émirien et par conséquent soumise à un droit autorisant la polygamie et la répudiation. Là encore en Occident, il y a eu beaucoup de bruits autour de ces réformes en expliquant que ces dernières constituent la clé de la libération de la femme émirienne. En réalité, il faut aller davantage dans les détails de ces lois et voir leur application concrète. On s’aperçoit très vite que la règle concernant l’autorisation du concubinage n’est applicable qu’aux personnes qui ne portent pas la nationalité émirienne.

S’il y a donc effectivement un tournant en Arabie saoudite sous l’impulsion de MBS, même au niveau artistique, ce qui était, il y a encore quelque temps inenvisageable, il faut attendre quelques années pour évaluer les effets concrets.

M.C - Avec le retour du régime Taliban au pouvoir en Afghanistan, diverses restrictions ont été rétablies envers les femmes et les filles, comme l’accès aux études ou bien la capacité de voyager seules. Quel regard portez-vous sur l’avenir de la condition féminine dans ce pays ?{{}}

I.K - Pour être honnête, je ne sais pas si le terme catastrophe serait suffisant pour qualifier le statut de la femme afghane avec l’arrivée, ou plutôt le retour du régime Taliban. C’est une véritable régression, c’est un effacement de la femme et c’est le principe fondamental qui anime ce régime. Tous les courants radicaux de l’islam revendiquent une lecture littérale du droit musulman, des textes islamiques d’origine dans lesquels la femme est perçue comme une source de la fitna, ce qui signifie séduction. C’est la femme qui serait à l’origine et responsable du code de l’honneur familial et sociétal. Par conséquent avec cette vision radicale de l’islam, la seule solution est l’effacement de la femme pour éviter toute tentation, pour empêcher l’homme de tomber dans certains travers. Cela implique donc l’interdiction de se mélanger avec les hommes ou encore d’étudier à l’école.

Si nous prenions plus haut l’exemple de l’Arabie saoudite et du wahhabisme, c’est exactement la même chose avec les Talibans même s’il y a bien évidemment des différences, des nuances entre ces mouvements. Mais les différences restent cependant mineures sur certains thèmes comme le statut de la femme qui repose sur une lecture littérale de la Charia islamique et qui revendique une supériorité de l’homme sur la femme. Effectivement lorsque vous étudiez les textes comme le Coran ou la Sunna, il y a des passages qui expliquent cette supériorité et les wahhabites comme les talibans récupèrent ces passages, ces versets pour construire le statut de la femme autour de ces idées radicales, de cette lecture littérale, quitte à mettre de côté certains passages plus modérés ou nuancés.

L’arrivée des Talibans n’est pas très étonnante et le monde entier savait exactement les conséquences sur le statut de la femme dans ce pays, en particulier au sein de la société, de l’interdiction de l’accès aux études, jusqu’au retour total du voile intégral, la burqa.

M.C - Lors des combats contre l’État islamique, notamment en Irak, la présence des femmes kurdes parmi les combattants a été considérée dans nos sociétés occidentales comme un véritable symbole, des « amazones » des temps modernes. Pourtant la société kurde est aussi marquée par un régime patriarcal. Existe-il aussi dans ces sociétés l’essor d’un mouvement féministe ? Quels sont les enjeux principaux pour ces mouvements ?{{}}

I.K - Effectivement l’exemple kurde reste exceptionnel. C’est principalement au Rojava, une région syrienne autonome au Nord-Est, qu’il y a cette image de la femme kurde exportée vers l’Occident et qui a été assimilée aux amazones, à ces femmes guerrières et indépendantes. Mais on trouve dans ces images une certaine réalité tout de même puisque ces dernières ont intégré les rangs des militaires pour se battre notamment contre les forces de Daesh

La société kurde reste tout de même patriarcale même si au Rojava il y a eu des lois qui ont été adoptées pour établir l’égalité homme/femme. 

Mais si l’adoption de textes législatifs est une bonne chose, il faut surtout s’intéresser à leur application. Il ne faut pas croire que la femme kurde est libérée totalement, malgré cette image qui a été renvoyée. Car c’est précisément parce que la femme kurde est assimilée à une imagerie masculine, c’est-à-dire souvent en uniforme militaire avec un fusil, qu’elle acquiert en apparence le droit d’être l’égale de l’homme. Il est donc important de faire attention à ses droits aussi au niveau de la cellule familiale car lorsqu’on veut comprendre le statut de la femme dans un pays, il faut distinguer le statut au sein de la société et celui au sein de la famille.

Au sein de la société, la femme kurde a acquis beaucoup de droits lors des dernières années. Mais lorsqu’on en revient au niveau de la cellule familiale, on est forcé de constater que la femme kurde est toujours frappée par certains types de discriminations, au niveau du mariage notamment. Il ne faut pas oublier aussi que pour ces communautés, le code d’honneur reste extrêmement présent et la femme en est encore une fois responsable. Sans pour autant stigmatiser cette société, si l’on regarde les statistiques au Moyen-Orient chez la communauté kurde, on retrouve un taux de crimes d’honneur qui reste relativement élevé, ce qui ne fait que renforcer cet état d’esprit selon lequel la femme est responsable de l’honneur familial. En tout état de cause il y a eu une avancée mais ce qui est regrettable, c’est que cette dernière soit toujours indissociable de l’attitude masculine que la femme doit endosser.

Il faut noter que ces avancées, en particulier pour le Rojava, ont eu lieu principalement avec le déclenchement de la guerre en Syrie. Des demandes et des mouvements féministes étaient déjà présents auparavant mais c’est lorsque le Rojava s’est dirigé vers l’autonomie et qu’un système s’est mis en place que des lois ont été adoptées pour amener une certaine égalité entre les hommes et les femmes y compris sur le plan politique.

M.C - Souhaitez-vous aborder un dernier point pour conclure cet entretien ?{{}}

I.K - Je pense que l’égalité homme/femme est contrainte à ne pas se développer davantage tant qu’on n’arrivera pas à séparer la religion de l’État. À partir du moment où des textes religieux sont perçus comme intangibles et immuables, il est difficile de travailler sur l’évolution du droit positif qui lui est malléable, discutable et sujet à évolution en lien avec les évolutions de la société. Quand on souhaite aborder ces textes aujourd’hui, cela reste très difficile de les modifier ou même simplement d’y apporter une réflexion. Je redonne l’exemple de la Turquie : est-ce que la laïcité ne serait pas une solution pour pouvoir avancer plus rapidement dans le combat pour l’égalité entre les deux sexes ? Mais est-ce que ces pays sont également prêts à adopter la laïcité, sachant que le terme lui-même dans de nombreux pays arabes est péjoratif, car il renvoie directement à une atteinte à la religion ? Ce sont des questions complexes dont nous n’avons pas encore aujourd’hui toute la réponse.

Enfin, il ne faut pas oublier les différences qui peuvent exister entre les divers modèles de laïcité. La Turquie est certes un État laïc mais qui a beaucoup évolué comme on le voit depuis presque deux décennies. Quand la Turquie s’est retirée de la convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes en 2021, c’est encore une fois un illustre exemple qu’en cas de manœuvre politique, on va rapidement se focaliser sur le statut de la femme. En l’occurrence, c’était entre autres pour satisfaire un électorat que le retrait de la Turquie de cette convention d’Istanbul a été acté.

Pour aller plus loin :{{}}

  • KHILLO Imad, « Le statut de la femme dans les pays arabes : l’impasse juridique ? », La revue Moyen-Orient, Numéro 44, octobre-décembre 2019.
  • KHILLO Imad, « Syrie : quel rôle pour les femmes dans le processus de paix ? », Diplomatie, N° 103, mars-avril 2020.
  • KHILLO Imad, « Les Émirats Arabes Unis : vers une rupture avec la loi islamique ? », Diplomatie, N° 109, mai-juin 2021.
  • KHILLO Imad, « Les crimes d’honneur dans les pays arabes : entre répression internationale et traditions locales », Colloque « Femmes et religions en Méditerranée », Collège des Bernardins, 9 septembre 2021. Éditions Hermann. A paraître en 2022.
    D’autres références :
  • BESSIS Sophie, Les Arabes, les femmes, la liberté, Paris, Editions Albin Michel, 2009, 170p.
  • BIENAIME Charlotte, Féministes du Monde arabe, Editions les Arènes, janvier 2016.
  • GAÏD Tahir, Le mariage et le statut social de la femme en islam, Iqra, juin 2015, 167p.
  • HALTER Marek, Les femmes de l’islam, tome 1 : KHADIJA, Editions J’AI LU, mai 2015.
  • HAMIDI Malika, Un féminisme musulman, et pourquoi pas ? Collection Bibliothèque des savoirs, Editions de L’aube, aout 2017.
  • KIAN Azadeh, Femmes et pouvoir en islam, Editions Michalon, mars 2019, 256p.
  • LAMRABET Asma, Islam et femmes. Les questions qui fâchent, Toutes Lettres, février 2017.
  • SLIGHOUA Mounia, Droits des femmes et printemps arabes : Tunisie, Egypte et Maroc, Univ Européenne, novembre 2018.
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  • Plaidoyer pour l’égalité hommes-femmes dans le culte musulman – Par Anne-Sophie Monsinay et Eva Janadin | 26 février 2019 – Document ‘fondapol.org’
    Eva Janadin et Anne-Sophie Monsinay sont fondatrices de l’association Voix d’un islam éclairé, porteuses du projet de mosquée Sîmorgh. Elles sont auteures de l’étude « Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste » avec Fondation pour l’innovation politique (Fondapol, février 2019).

Le Coran stipule une égalité ontologique entre les genres : « Ô vous les humains ! Vraiment, Nous vous avons créés d’un mâle et d’une femme. Et Nous vous avons constitués en peuples et sociétés afin que vous vous ‘entre-connaissiez’.

Vraiment, le plus noble d’entre vous au regard de Dieu est celui qui, parmi vous, prend davantage garde. Vraiment, Dieu, Savant, Très-Informé ! » (Coran 49 : 13) Néanmoins, force est de constater que les droits des femmes sont loin d’être respectés dans le cadre du culte où elles sont souvent cantonnées à des rôles mineurs. Certes, les Françaises musulmanes échappent aujourd’hui grâce à la laïcité aux lois inégalitaires que connaissent les pays musulmans comme sur l’héritage, elles ont le droit de devenir théologiennes et de participer pleinement à la vie des associations.

Cependant, on leur refuse toutes les charges dites « masculines » tel que l’imamat, et on leur concède des charges dites « féminines » tel que l’accompagnement psychologique des fidèles, une fonction fondamentale mais qui est souvent un prétexte pour leur refuser l’imamat. Pourtant, beaucoup de femmes sont déjà les maillons essentiels des associations, mais elles ne sont considérées que comme les petites mains invisibles de ce réseau et ne peuvent s’occuper bien souvent que des affaires culturelles et non cultuelles.

En outre, la place des femmes dans la mosquée est constamment minorée. Elles sont placées derrière les hommes lors de la prière collective, voire reléguées dans une salle à part et exiguë ou dans une mezzanine, les privant de voir et d’entendre l’imam, sous prétexte que la prière du vendredi ne serait pas une obligation pour elles. Cette hiérarchie des genres est une aberration et une insulte pour la dignité humaine puisqu’elle consiste à considérer que la vie spirituelle féminine a moins d’importance que celle des hommes.

Les femmes sont également incitées – voire obligées ou contraintes dans certains cas – à porter le voile pendant leur prière et on va jusqu’à leur demander de ne pas prier et de ne pas jeûner lorsqu’elles ont leurs règles, ce qui est un contrôle inadmissible sur le corps féminin, d’autant plus qu’aucune de ces prescriptions ne trouvent de fondements coraniques explicites. (1) On se permet de refuser aux musulmanes le droit à une vie spirituelle collective libre et épanouie, ce qui fait qu’elles sont toujours contraintes à vivre en solitaire leur lien à Dieu ou avec d’autres femmes uniquement.

Il existe un principe directeur coranique fondamental sur l’égalité hommes-femmes{{}}

Il est donc temps de déconstruire les préjugés. À titre d’exemple, que dit le Coran au sujet de l’imamat ? La réponse est relativement simple : absolument rien ! Aucun verset n’interdit à une femme d’être imam. Il n’est à aucun endroit fait mention d’une quelconque directive sur le genre de la personne qui dirige une prière ou prononce le sermon (khutba).

Alors que la règle habituelle dans le droit voudrait que l’on respecte l’adage « tout ce qui n’est pas interdit est autorisé », certains théologiens musulmans ont décrété que pour le culte (‘ibadat), « tout ce qui n’est pas autorisé est interdit ». Pourquoi faire cette exception si ce n’est pas peur constante de l’innovation (bid‘a) alors qu’il existe pourtant de bonnes innovations qui peuvent améliorer la vie des fidèles y compris dans le cadre du culte ?

Pourtant, il existe un principe directeur coranique fondamental sur l’égalité hommes-femmes : « Ô vous les humains ! Prenez garde à votre Enseigneur qui vous a créés d’une Âme unique, Il a créé d’elle son aspect conjoint. Et Il a disséminé issu d’eux nombre d’hommes et de femmes. Et prenez garde à Dieu, au sujet duquel vous vous interrogez mutuellement, et aux matrices. Vraiment, Dieu, à votre égard, se révèle Vigilant ! » (Coran 4 : 1) Ce verset donne la direction à suivre et le progrès à poursuivre pour les générations postérieures à la Révélation qui consiste à garantir une égalité totale entre les hommes et les femmes. Telle est la lecture que propose l’islamologue tunisien Mohamed Talbi pour qui le texte sacré est un « vecteur orienté », une guidance (hudan) qui nous incite à prendre en compte les finalités (maqasid) du texte, c’est-à-dire ce vers quoi le Coran tend implicitement.

Le Coran était en avance sur son temps ! Et nous ?{{}}

À partir de cette égalité ontologique entre les genres et dans une logique progressiste, certains savants de l’islam ont logiquement accepté l’imamat des femmes pour diriger la prière comme Ibn Arabi (m. 1240). Il ne suffit donc pas d’un côté d’accepter cette égalité ontologique et de l’autre de refuser de l’appliquer réellement dans la société pour en déduire une égalité juridique. Le Coran fut un texte révolutionnaire à l’époque de sa Révélation grâce à un ensemble de lois sociales visant à apporter progressivement davantage de droits et de protections : le texte a donné le droit à l’héritage aux femmes à une époque où elles ne pouvaient pas en bénéficier, il a limité la polygamie et institué une monogamie implicite, il leur a offert de nouvelles protections juridiques et financières.

Ces mesures peuvent paraître anodines, voire rétrogrades, aux yeux des lecteurs modernes, mais elles offraient des libertés culturellement acceptables pour le peuple récipiendaire en prenant soin de ne pas choquer la norme socio-économique de l’époque pour que le message spirituel soit reçu et accepté. C’était une véritable pédagogie divine qui était à l’œuvre et qui nous montre la direction à suivre pour les générations postérieures à la Révélation. Le Coran était donc en avance sur son temps ! Et nous ? Sommes-nous fidèles à son esprit ?

Aujourd’hui, la place de la femme dans la majorité des communautés musulmanes est en régression par rapport à la norme culturelle de nos sociétés et même par rapport à celle du Prophète puisque les femmes sont parfois exclues de la salle de prière. Garder l’esprit du Coran et non pas sa lettre nous oblige à être toujours en avance sur notre époque. Les musulmans devraient être les précurseurs des réformes sociales favorisant davantage d’égalité et de justice entre les individus.

La Sunna et la référence à Umm Waraqa{{}}

Seule la Sunna fait référence à l’imamat des femmes et une tradition rapportée par Abu Dawud (m. 889) fait polémique : celle qui relate l’histoire d’Umm Waraqa, une hafizha qui a participé à la transmission du Coran aux débuts de l’islam. Le Prophète lui rendit visite et lui ordonna de diriger la prière pour les membres de son foyer (ahla dariha), tout en lui octroyant un muezzin. Ce hadith autorise clairement l’imamat des femmes ; toute la question est de savoir s’il l’autorise devant une assemblée mixte ou non.

Une seconde variante de cette tradition existe et précise qu’Umm Waraqa aurait demandé l’autorisation de diriger uniquement la prière des femmes de sa maison, ce qui lui aurait été accordé. Mais que faire de la version de cette parole prophétique qui ne précise pas si l’assemblée était mixte ou non ? Selon les progressistes, puisque le Prophète n’a pas interdit à Umm Waraqa de diriger la prière devant une assemblée mixte, cela lui était logiquement autorisé. Le simple fait que le Prophète lui demande à elle et non pas à un homme de la maison suffit à valider l’autorisation de l’imamat des femmes devant une assemblée mixte.

Par contre, selon les opposants à l’imamat des femmes devant une assemblée mixte, puisqu’il ne serait pas dit explicitement qu’Umm Waraqa dirigeait des hommes, cela impliquerait une interdiction. Ils estiment également que le terme « foyer » (dar) ne désignait que la famille d’Umm Waraqa, la « maisonnée » qui n’incluait selon eux aucun homme. Pourtant, les textes attestent qu’elle avait des hommes à ses côtés : le muezzin et un esclave. Il est tout de même difficile d’imaginer que ces deux personnages ne priaient pas derrière elle puisque c’est justement le propre de l’imam que de se placer devant l’assemblée. L’interprétation patriarcale suppose donc qu’elle ne dirigeait que les femmes de son foyer et que le muezzin se contentait de faire l’appel à la prière pour ensuite se rendre à la mosquée et prier avec l’esclave.

Des revendications féministes avaient déjà émergé dans les premiers siècles de l’islam{{}}

En dehors de ces interprétations assez alambiquées, on peut aussi se poser la question du terme employé pour signifier « foyer » : le mot arabe dar est polysémique et signifie à la fois une maison mais aussi un territoire, une zone, ou encore un quartier. Qu’est-ce qui empêche de penser qu’Umm Waraqa n’a pas été mandatée pour diriger la prière de tout son quartier et donc de celle des hommes ?

Le simple fait que le Prophète ait mis un muezzin à sa disposition indique que l’assemblée était suffisamment conséquente et sans aucun doute mixte pour que la présence de celui-ci soit nécessaire. Une prière dans un cadre strictement intime et familial ne justifie pas la présence d’un muezzin qui serait spécifiquement attribué à cette fonction. Il suffit donc d’interpréter cette tradition dans un esprit de progrès social pour justifier la légitimité de l’imamat des femmes en l’élargissant à tout type d’assemblée.

Bien évidemment, on peut s’interroger sur l’authenticité de cette tradition. Rien ne nous permet d’affirmer la véracité des faits. Peu importe, même s’il y a eu falsification, cela montre que des revendications féministes avaient déjà émergé dans les premiers siècles de l’islam, voire que des cas existaient puisque les falsificateurs n’auraient pas eu grand intérêt à inventer de tels propos dans une société patriarcale où les droits des femmes ne faisaient que régresser après la mort du Prophète.

Puisque le Coran ne dit rien sur cette question{{}}

Dans tous les cas, la légalisation de l’imamat des femmes ne saurait s’appuyer uniquement sur cet aphorisme prophétique. Non seulement les avis contre l’imamat féminin ne peuvent pas se justifier par le Coran, mais ils reprennent les interprétations de certains juristes qui ont tranché cette question par un consensus (ijma‘) vieux de plusieurs siècles qui ne reflète en rien les valeurs de notre société. L’argumentaire des écoles juridiques pour s’opposer à l’imamat féminin se fonde uniquement sur ce consensus et non sur un principe d’égalité et de justice. Tout le problème est de justifier entièrement ces interprétations à partir de l’imitation (naql) d’anciennes habitudes pour disqualifier l’usage du raisonnement personnel (ray’) et l’adaptation des normes à de nouveaux contextes géographiques et sociaux.

Puisque le Coran ne dit rien sur cette question, que la Sunna n’est pas explicite non plus, et que les avis juridiques sont aujourd’hui dépassés, ne pourrait-on pas dorénavant utiliser notre discernement, notre bon sens et notre conscience pour autoriser l’imamat des femmes dans une logique de bien commun et de justice vis-à-vis des femmes ? Le Coran ne dit-il pas « Montre de l’indulgence, et ordonne ce qui est reconnu convenable (‘urf), et écarte-toi des ignorants ! » (Coran, 7 : 199) ? Le commandement du convenable (amr bi l-ma‘ruf) est un principe qui nous incite justement à faire ce qui est reconnu comme adapté dans une société donnée.

L’égalité est l’un des trois principes de notre devise républicaine{{}}

L’égalité hommes-femmes a certes des progrès à faire en France, mais c’est un principe reconnu par la loi de ce pays que l’on peut considérer comme étant la coutume locale (‘urf), pourquoi donc les musulmans devraient-ils y échapper puisqu’ils sont pleinement français ? C’est pourtant un fait que les coutumes locales ont toujours interféré avec la jurisprudence islamique et font que la forme des pratiques adopte les couleurs culturelles des pays dans lesquels l’islam s’établit. Ainsi, l’organisation du culte diffère entre l’Inde, le Maghreb et la France. L’égalité est l’un des trois principes de notre devise républicaine.

Être citoyen français, c’est donc faire de cette valeur le fondement du vivre-ensemble, c’est la considérer comme la garantie de la chose publique, de l’intérêt général et de notre contrat social. L’article 3 de la Constitution de la Ve République proclame que « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme », article qui a été complété en 1999 par le fait que « la loi favorise l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et aux fonctions électives ». Enfin, l’article 1er de la Constitution complète cela en 2008 en stipulant « l’égal accès des femmes et des hommes aux mandats électoraux et fonctions électives, ainsi qu’aux responsabilités professionnelles et sociales ».

Ne pas se contenter d’accepter en théorie l’égalité hommes-femmes{{}}

La loi française garantit sans équivoque une égalité entre les genres dans tous les domaines. De plus, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne rend obligatoire à tous les États membres, par son article 23, le respect de l’égalité entre les femmes et les hommes. La construction d’un islam de France ne peut donc pas faire l’économie de ce principe d’égalité et doit faire émerger de nouvelles propositions théologiques qui soient en accord avec les valeurs de la République et de l’Union européenne, d’autant plus que cette adaptation ne remet nullement en cause la foi et les principes de l’islam.

Il ne s’agit pas de se contenter d’accepter en théorie l’égalité hommes-femmes pour n’en faire qu’une coquille vide car cette adhésion de façade ne permettra jamais d’insérer de manière paisible l’islam dans la République. Il est donc nécessaire d’incarner en pratique cette égalité fondamentale pour lutter contre les discours de rupture issus des courants rigoristes de l’islam.

L’obstacle à l’imamat des femmes est culturel et psychologique{{}}

En réalité, l’obstacle à l’imamat des femmes n’est ni religieux ni théologique mais culturel et psychologique. C’est le fait de voir une femme diriger des hommes se tenant devant eux en position d’autorité et de voir le corps d’une femme devant un homme qui pose problème à certains. Ainsi, on peut lire dans toutes les écoles juridiques que la prière d’un homme derrière une femme est invalide sous prétexte qu’il pourrait ressentir du désir pour elle.

De nouveau, la dignité humaine est attaquée puisque l’on sous-entend à travers cela que l’homme est une bête incapable de réprimer ses penchants sexuels et que le corps de la femme n’est qu’une marchandise à consommer ou à cacher. Il faut donc entamer un véritable travail pédagogique sur l’acceptation du corps et de la sexualité en islam car c’est là que le bât blesse. Ce travail sera long, voire très long, donc il est plus que nécessaire de commencer dès maintenant.

Néanmoins, dire que le souci n’est pas religieux ne doit pas nous inciter à refuser de régler la question d’un point de vue théologique car les partisans d’une telle lecture misogyne ne cessent d’essayer de justifier leur position à partir d’arguments religieux. Le Coran dit pourtant la chose suivante : « Et ne dites pas devant le mensonge que vos langues profèrent : « Ceci est licite, ceci est interdit ! » De la sorte, vous forgeriez le mensonge sur Dieu. Vraiment, ceux qui forgent le mensonge sur Dieu ne prospèrent pas ! / Piètre profit éphémère ! Et pour eux une correction douloureuse ! » (Coran 16 : 116-117)

C’est au nom de l’égalité et de la justice que nous estimons qu’il est légitime que des femmes puissent devenir imams{{}}

Ce verset semble dire qu’il n’est pas permis de parler à la place de Dieu pour justifier des positions qui n’ont rien à voir avec la religion. C’est ce que confirme l’explication (tafsir) d’Ibn Kathir (m. 1373) (3) qui replace ce verset dans son contexte de Révélation rappelant qu’il s’agissait là d’une condamnation des sociétés de l’époque préislamique qui avaient inventé des règles sans relation aucune avec la religion au sujet des aliments licites et illicites prétendant que Dieu les avait rendus ainsi. L’esprit de ce verset ne condamne pas tant le fait de changer des règles que celui de sacraliser des habitudes qui n’ont rien à voir avec la spiritualité. Or, la question de l’égalité hommes-femmes ne relève pas de la théologie mais des règles sociales qui régissent les rapports humains. Pourtant, des règles culturelles inégalitaires viennent se télescoper dans les affaires cultuelles et empêchent tout changement à cause de leur sacralisation. Il faut donc bien distinguer les domaines.

C’est au nom de l’égalité et de la justice que nous estimons qu’il est légitime que des femmes puissent devenir imams, ce qui nous semble en adéquation avec le principe de l’égalité ontologique entre les genres que soulève le Coran, mais jamais nous n’aurons la prétention de parler à la place de Dieu pour les sacraliser à notre tour. Toute lecture et compréhension du texte coranique entraîne une interprétation et un avis sur le sens ou les sens du texte dont découle des prises de position. Mais interpréter un texte ne devrait pas signifier en imposer sa lecture à l’ensemble d’une communauté. En interdisant l’imamat des femmes au nom de Dieu, nos détracteurs font précisément ce que dénonce ce verset.

D’aucuns pourraient nous rétorquer que nous faisons la même chose en l’autorisant. Mais à la différence de nos opposants, nos choix d’interprétation ne sont jamais imposés à tous. Nous n’érigeons pas l’imamat des femmes comme une norme à imposer à toutes les mosquées en excluant du culte ceux qui choisiraient d’interpréter autrement. Que les opposants à l’imamat des femmes se rassurent, le but est avant tout de proposer une alternative cultuelle à celles et ceux qui le souhaitent et non d’imposer une nouvelle norme à tout le monde. Au nom de la liberté de conscience et de culte, chaque fidèle musulman doit pouvoir prier dans un lieu où il se sente à l’aise et être considéré à égalité par ses coreligionnaires, sans avoir à subir de menaces ni de jugements.

Que la paix soit sur vous.

(1) Au sujet des arguments théologiques sur la non obligation du port du voile pendant la prière et sur la possibilité de prier et de jeûner pendant les règles, voir l’étude « Une mosquée mixte pour un islam spirituel et progressiste », Fondation pour l’innovation politique, février 2019, p. 30 et p. 39-40.
(2) Ibn Kathir, L’interprétation du Coran (texte et explications), trad. Ahmad Harakat, vol. XVI, p. 735-6.

Lisez l’article sur saphirnews.com. Nos dernières études

Source : https://www.fondapol.org/dans-les-medias/plaidoyer-pour-legalite-hommes-femmes-dans-le-culte-musulman/

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  • Article de revue - La femme en islam et son statut dans la société islamique - Par Abdulaziz Othman Altwaijri – Dans ‘droit.cairn.info/revue-societe-droit-et-religion-2014-1- Pages 15 à 26 - Islam et monde musulman
    L’islam a honoré et valorisé la femme et lui a accordé une place de choix dans la société islamique. Par ailleurs, la Chari’a islamique, en instituant l’égalité entre l’homme et la femme en droits comme en devoirs, a doté cette dernière d’un statut qui lui était dénié non seulement au cours de la période préislamique, mais aussi jusqu’aux dernières décennies encore dans les sociétés non musulmanes.

Partant, il serait hasardeux de juger le statut de la femme en islam en se basant sur la mauvaise application des enseignements de la Chari’a islamique ou sur la situation actuelle de la femme dans nombre de sociétés islamiques. Au contraire, pour qu’il soit pertinent et objectif, un tel jugement doit avoir comme point de départ les enseignements de l’islam, lesquels ont élevé la femme à un statut qu’aucune autre religion ou loi positive ne lui ont attribué durant toute l’histoire de l’humanité.

Ainsi, dans le Coran, mais aussi dans les hadiths du prophète, l’homme et la femme jouissent de la même dignité humaine et assument les mêmes devoirs. De plus, l’égalité des deux sexes y est mise sans cesse en évidence.

Pour se convaincre de toute la considération que voue l’islam à la femme, il convient de porter un regard attentif sur la place de la femme dans les civilisations et les religions antérieures à l’islam. En effet, si l’on compare les pratiques et les comportements observés à l’égard de la femme dans les civilisations et les religions anciennes avec le comportement préconisé par l’Islam vis-à-vis de la femme, on rendra justice à l’Islam en rétablissant toute la vérité sur la question, si tant est que le but recherché soit la vérité.

À travers l’histoire, la femme a été victime d’une grande injustice. Elle a été dépourvue de ses droits humains les plus élémentaires et fut souvent considérée comme inférieure à l’homme tant sur le plan physique que moral. Ainsi, dans les civilisations sumérienne, assyrienne et babylonienne, la place de la femme était réduite à la portion congrue et son avis n’avait aucune importance. Le Code de Hammourabi, par exemple, a même poussé l’injustice jusqu’à la rendre responsable d’actes qu’elle n’a pas commis alors que l’homme, selon ce même Code, n’était pas mis à mort pour le meurtre d’une femme [1].

En Inde, la religion de Manu réduisait, quant à elle, la femme à un bien transmissible par héritage. Elle n’avait pas non plus droit de s’instruire et son rôle se limitait à procurer du plaisir aux hommes [2]. Pire encore, la vie de la femme prenait fin à la mort de son époux puisque la tradition voulait qu’elle soit incinérée avec lui sur le même bûcher. Quant à la civilisation chinoise, elle considérait la femme comme un signe de malheur et de mauvaise fortune. Elle devait rester cloîtrée chez elle et n’avait pas le droit de regarder un homme en face [3]. Chez les Grecs, la femme était considérée comme un être impur [4]. Le poète Hésiode l’a décrite comme étant « dotée d’un cerveau de chien et de beaucoup de ruse » [5]. Le grand orateur Démosthène, lui, parlait des femmes en ces termes : « Nous prenons les prostituées pour le plaisir, les amantes pour la santé quotidienne de nos corps et les épouses pour la procréation » [6]. Les Romains, eux, ont longtemps considéré la femme comme un animal crasseux. Les temples lui étaient interdits et, de ce point de vue, le paradis aussi. Selon eux, sa féminité est la cause même de son incapacité juridique [7].

Selon la Torah, c’est Ève qui est derrière la tentation d’Adam. Dans la Genèse (III, 12) on peut lire : « La femme que tu as mise auprès de moi m’a donné de l’arbre, et j’en ai mangé » [8]. La femme faisait partie des biens de son époux et devait, de ce fait, céder ses droits humains et matériels. Les Israélites donnaient leurs femmes en offrande en les immolant par le feu pour rentrer dans les grâces de Molok. Ainsi, dans Jérémie 32, il est dit : « Et ils ont construit des hauts-lieux consacrés à Baal dans la vallée de Ben-Hinnom, pour brûler leurs fils et leurs filles en l’honneur de Molok ; c’est là une abomination que je n’avais pas ordonnée ».

Les Arabes de la période antéislamique répugnaient tellement à avoir des filles qu’ils les enterraient vivantes. Dieu dit : « Et lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage s’assombrit et une rage profonde [l’envahit]. Il se cache des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre ? Combien est mauvais leur jugement [9] ! »

Le Coran est venu corriger la déviation intellectuelle et comportementale qui a marqué la conception de la femme chez les civilisations et les religions anciennes. Le Coran a définitivement consacré son humanité : « Ô hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse [10]. » Le Coran a institué son égalité avec l’homme en responsabilité : « Toute âme est l’otage de ce qu’elle a acquis [11]. » Il ne la rend pas responsable de la tentation d’Adam car Dieu a interdit à tous, à Adam comme à Ève, d’approcher l’arbre. Dieu dit dans le Coran : « Et n’approchez pas l’arbre que voici [12]. » C’est Satan qui les a tous deux dévoyés du droit chemin : « Satan mit en œuvre ses suggestions [13]. » « Satan les fit glisser de là et les fit sortir du lieu où ils étaient [14]. » Et Adam et Ève se sont repentis pour que Dieu expie leur acte : « Tous deux dirent : “Ô notre Seigneur, nous avons fait du tort à nous-mêmes. Et si Tu ne nous pardonnes pas et ne nous fais pas miséricorde, nous serons très certainement du nombre des perdants [15].” » C’est ainsi que le Coran a institué la parité originelle de la femme et de l’homme et tout ce qui s’ensuit en termes de droits et d’obligations. L’homme et la femme ne peuvent se valoriser que par les bonnes actions qu’ils accomplissent. La femme, selon le Coran, n’est pas un accessoire que l’homme utiliserait selon son bon vouloir, mais un être doté d’une personnalité et d’une identité propres, un être qui a sa valeur morale et dont la dignité doit être préservée.

Ainsi, la femme a le droit à une vie digne au sens le plus large du terme. Outre le droit de disposer librement de ses biens, elle a le droit à l’enseignement, à l’éducation, à la propriété, au mariage, à l’éducation des enfants, à l’héritage, au travail et à un statut social. De fait, il n’y a pas de vie monacale en islam et l’islam ne préconise pas le retrait de la vie sociale. En outre, obéissance et respect sont dus au père comme à la mère. Dieu dit : « Et Nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers ses père et mère : sa mère l’a péniblement porté et en a péniblement accouché ; et sa gestation et sevrage durant trente mois ; puis quand il atteint ses pleines forces et atteint quarante ans, il dit : “Ô Seigneur ! Inspire-moi pour que je rende grâce au bienfait dont Tu m’as comblé ainsi qu’à mes père et mère [16]…” ; « Ton Dieu a décrété : “N’adorez que Lui ; et (marquez) de la bonté envers les père et mère [17].” Et « ne leur dis point : “Fi !” et ne les brusque pas, mais adresse-leur des paroles respectueuses [18]. »

L’islam exige, par ailleurs, de réserver le même traitement à l’homme et à la femme sans discrimination aucune, car l’homme n’est pas supérieur à la femme et la continuité de la vie humaine serait impossible n’eût été la femme. C’est pour cette raison que l’islam incite à la célébration de la naissance de la fille, à l’instar du garçon, par une fête où un nom lui est attribué. En revanche, l’islam s’est inscrit en faux contre cette fâcheuse tendance à croire que la naissance d’une fille constitue un mauvais présage au point de l’enterrer vivante, comme cela se pratiquait chez certains peuples de Chine, d’Inde et de la Péninsule arabique avant l’avènement de l’islam.

De plus, l’islam oblige la famille et la société à dispenser éducation et instruction à l’homme comme à la femme. Un hadith dit : « la quête du savoir est une obligation pour tout musulman [19] ». En outre, l’islam exige que les parents assurent la prise en charge matérielle de leurs enfants et veillent à leur développement intellectuel et moral, en leur dispensant l’enseignement et l’éducation nécessaires afin de favoriser leur intégration dans la société. Or l’enseignement comprend, d’une part, l’instruction religieuse et, d’autre part, l’instruction générale qui permet à l’individu de s’intégrer dans la société afin de gagner sa vie et préserver sa dignité. Il comprend également toutes les sciences qui sont utiles à la société dans laquelle il vit. De plus, l’islam a accordé de l’importance à la préservation de la femme et à sa protection contre toutes les formes de délinquance et de dépravation. C’est pour cette raison que l’islam incite la femme à ne pas afficher ses charmes, sauf ceux visibles. S’il lui interdit également de se retrouver en tête-à-tête avec l’homme, l’islam vise à prévenir toute tentation et préserver ainsi l’honneur et la place de la femme dans la société et non pas à la rabaisser et rétrécir sa liberté d’action comme certains le prétendent.

De surcroît, l’islam encourage la femme à s’instruire et ne lui interdit aucune transaction sociale ou commerciale. Il prescrit le mariage et la procréation, gages de la continuité de l’espèce humaine. En somme, l’islam conçoit la femme comme le noyau de la famille et, partant, un élément déterminant et incontournable dans le développement des sociétés.

L’être humain a toujours été habité par le souci de l’éternité et de la continuité et fut toujours angoissé par l’idée de la mort. Or, l’islam a su satisfaire cet instinct humain en rendant l’homme responsable de sa vie ici-bas et comptable de ses actes dans l’au-delà. Aussi, l’homme est-il éternel en ce que son existence ne prend pas fin avec sa mort. Quant à sa continuité, elle se réalise à travers la procréation. L’homme donne ainsi naissance à une progéniture qui poursuit son œuvre et hérite de ses spécificités morales et physiques. La progéniture porte son patrimoine génétique mais aussi ses qualités morales, notamment les bonnes œuvres qu’il aura accomplies et que la société lui reconnaîtrait. Un hadith dit : « Si un homme meurt, ses actions sont interrompues sauf pour trois choses : une œuvre de charité durable, une science utile et un enfant pieux qui prie pour lui [20]. »

L’islam est venu affirmer que le mariage est un lien légitime et sacré entre un homme et une femme afin d’organiser les relations entre eux sans verser dans l’idéalisme ou le sentimentalisme. En effet, la religion musulmane est un ensemble de principes et de dispositions qui sont justifiés par les exigences de la vie réelle. Si bien qu’il faut les accepter car ils visent l’intérêt de l’ensemble de la société. Les règles qui contrarient les sentiments ne sont mises en application qu’en cas d’extrême nécessité. De fait, la relation maritale est un pacte sérieux qui ne pourra être viable qu’en préservant la dignité de la femme et en lui réservant un bon traitement ; Dieu dit : « Et comportez-vous convenablement envers elles [21] », c’est-à-dire soyez justes, correctes et honnêtes ; « Et ne cherchez pas à leur nuire en les contraignant à vivre à l’étroit [22]. » Dans un hadith, il est dit : « le meilleur d’entre vous et celui qui est bon envers les siens [23] » et dans un autre hadith : « le meilleur d’entre vous est celui qui est bon envers les siens et je suis bon envers les miens. Seul un individu généreux se comporte généreusement avec une femme et seul un être ignoble est capable de les humilier [24]. » Ce hadith est donc un appel solennel à un comportement empreint d’un haut degré de bonté et de passion envers les femmes.

Si l’islam a autorisé avec réserve la polygamie et le divorce, il n’a pas manqué de les soumettre à des conditions bien précises. Le principe fondamental est l’intérêt familial après satisfaction et consultation mutuelles : « Si le père et la mère s’entendent pour un sevrage, après consultation réciproque et mutuel consentement, nulle faute à leur charge [25]. » En effet, la consultation (Choura) en islam est comme la consultation en justice ; elle est le fondement de toute organisation islamique et un moyen d’éviter l’injustice et la tyrannie dans les lois sur la famille et sur la loi en général.

Si les finalités suprêmes de la Chari’a sont de préserver la religion, l’âme, la progéniture, les biens et l’esprit, alors le divorce est l’outil qui permet de préserver la troisième finalité, savoir la progéniture. Le mariage n’est pas une relation juridique qui ne vise que la procréation mais il est conçu pour la stabilité, la quiétude, l’entente et l’affection. Dieu dit à ce propos : « elles sont un vêtement pour vous et vous un vêtement pour elles [26] ». Or, ce vêtement c’est la métaphore de la symbiose totale et de l’harmonie conjugale : « l’union la plus intime vous est associée l’un à l’autre [27] ». Ainsi, l’harmonie et l’union intime sont le ciment de la famille et la femme est le noyau de celle-ci.

Toutefois, ce lien sentimental solide et les responsabilités qui en découlent ne doivent pas occulter l’objectif majeur du mariage qui est la préservation et la continuité de l’espèce humaine. Si le mari s’avère incapable d’assurer cet objectif, la femme peut soit assumer sa situation, soit se séparer de son époux selon les règles de la Chari’a. Si, en revanche, l’époux ne peut avoir de progéniture de son épouse, il peut soit assumer sa situation avec patience, soit prendre une deuxième épouse, soit divorcer. Ces situations sont régentées par des règles bien précises que les religions antérieures à l’islam n’offraient pas et que les lois ultérieures n’avaient pas encore instituées.

En islam, le mariage n’est pas une finalité en soi mais un moyen pour fonder la famille sur des bases saines. La famille est, en effet, le premier pilier d’une société, tant et si bien que ce pilier doit être fondé sur des relations solides. La maternité est, de ce fait, le ciment qui renforce la famille. Mais au-delà de la procréation, la maternité signifie l’attention et les soins permanents qui accompagnent la croissance des enfants. À cet effet, l’islam a prévu des conditions bien précises qui président au choix de l’épouse et aux conditions du mariage.

La maternité est une fonction fondamentale dans la vie de la femme. Elle ressemble à un arbre qui ne vaut que par les fruits qu’il porte. La maternité qui suppose allaitement, soins, éducation et enseignement contribue à la construction d’une société saine.

Eu égard au caractère sacré de la maternité, l’islam a conféré à la femme une place de choix dans la société et l’a suffisamment armée pour s’atteler à sa fonction naturelle. L’islam n’a pas obligé la femme à travailler à l’extérieur de son foyer et a chargé, en revanche, l’homme de subvenir aux besoins de la famille. Mais cela ne signifie pas que l’homme est investi de tous les pouvoirs envers la femme. La prise en charge ne signifie pas l’autorité mais la responsabilité de s’acquitter du devoir de paternité. Or, étant donné que l’homme est responsable de la gestion matérielle, sa part de l’héritage est plus importante afin de sauvegarder l’équilibre des deux pôles de la famille. Par conséquent, aucune femme n’a plus le droit de négliger ses enfants. Elle doit, au contraire, leur prodiguer une bonne éducation en les guidant vers le droit chemin. Plus elle s’occupe de ses enfants, plus ses relations avec ceux-ci sont bonnes. Ainsi, lorsqu’elle aura achevé leur éducation, elle aura amplement mérité que ses enfants prennent à leur tour soin d’elle, comme le stipulent le Coran et le hadith. La jurisprudence islamique, toutes écoles théologiques confondues, nous fournit à cet égard un système intégré de règles et de principes détaillés qui confirment tout l’intérêt qu’accorde l’islam à la famille.

La femme ne pourra mener à bien sa mission éternelle (la mission de maternité) que si la société lui témoigne sa reconnaissance et son estime en lui donnant ses droits et en déterminant ses responsabilités en tant qu’élément productif dans la société. À cet égard, l’islam n’a nullement négligé cet aspect, il a même abordé cette question dans le détail, en se fondant sur des bases équitables qui prennent en compte sa sensibilité morale et ses caractéristiques biologiques (cycle menstruel, allaitement…). Les commandements islamiques prennent ainsi en considération sa constitution physique et morale.

Le discours coranique souligne que la nature de la femme est la même que celle de l’homme car ils sont issus de la même origine. Dieu dit : « O hommes ! Craignez votre Seigneur qui vous a créés d’un seul être, et a créé de celui-ci son épouse, et qui de ces deux-là a fait répandre (sur la terre) beaucoup d’hommes et de femmes [28]. » On remarque, à cet égard, que le Coran a utilisé les termes « hommes et femmes » au pluriel et non pas « mâle et femelle » au singulier, ceci pour mettre en relief le grand nombre d’êtres humains issus d’un seul être, créé lui aussi par Dieu. Ceci est une preuve, une de plus, sur la place de choix qu’accorde l’islam à la femme dans la société islamique.

En islam, la femme a le plein droit de disposer de ses biens ; elle a le droit d’en jouir sans intermédiaire et le droit d’ester en justice son époux ou une tierce personne. La justice tient compte de son témoignage, qu’il soit individuel ou combiné à un autre, en fonction du contexte. Sa fatwa (avis juridique), son jugement et son avis sont valables. Plus encore, la part d’héritage qui lui revient a été déterminée de manière précise. Toutes ces prescriptions revêtent un caractère avant-gardiste puisque les sociétés humaines ne les ont pas connues ni avant l’islam ni après celui-ci, jusqu’au milieu du xxe siècle, comme on le sait.

Mais malgré tout, l’islam est, de temps à autre, victime de campagnes hostiles qui le condamnent hâtivement sans chercher à le connaître en profondeur. En fait de témoignage par exemple, celui d’une seule femme est suffisant, mais dans certains cas il est nécessaire de recueillir le témoignage de deux femmes contre celui d’un seul homme. Ceci dit, les critiques assénées à l’islam à ce sujet ne sont pas recevables par les experts en droit et en sociologie. En effet, le fait que la Chari’a ne valide pas le témoignage de la femme dans certains cas n’est pas lié à la question du sexe. La Chari’a a arrêté les cas où la femme et l’homme doivent apporter leur témoignage. De même que la Chari’a ne compte pas uniquement sur le seul témoignage de l’homme concernant certaines spécificités de la femme, elle ne valide pas le témoignage de la femme seule dans les condamnations graves (hudûd), étant donné que la sensibilité de celle-ci pourrait l’empêcher de rendre compte de façon minutieuse de tous les détails de l’affaire en question.

La femme musulmane a le droit de participer à toutes les activités de la société. Elle a également le droit d’exercer toutes les professions dont elle est capable sans distinction entre elle et l’homme. L’islam ne conditionne cet exercice que par la préservation de l’honneur et de la dignité de la femme en la maintenant éloignée de la dépravation et du relâchement de mœurs. En consacrant à la femme un espace professionnel, la société islamique respecte sa vocation originelle. Les musulmans n’ont jamais construit une mosquée strictement réservée aux hommes et une autre strictement réservée aux femmes, mais ils ont aménagé au sein de la même mosquée un espace pour les hommes et un autre pour les femmes. Le principe, en effet, est d’œuvrer à faciliter les choses et non de les compliquer.

La femme a le droit d’accéder aux différentes fonctions administratives à l’exception de l’imamat suprême et de la magistrature, conformément à l’avis répandu chez l’ensemble des docteurs de la loi musulmane. La règle sur la fonction de magistrature constitue toutefois matière à débats chez certains grands juristes musulmans comme Tabari, Ibn Al Qâsim et Ibn Hazm. Il est d’autres docteurs qui ne tranchent pas définitivement sur l’interdiction de l’imamat suprême et de la magistrature de la femme. En somme, l’avis sur cette question doit s’adapter aux intérêts suprêmes de la Oumma.

À travers son histoire, la femme musulmane a grandement contribué au mouvement scientifique, intellectuel et littéraire. Ainsi, des milliers de femmes ont brillé dans plusieurs disciplines scientifiques et culturelles. Si bien qu’Al Hafid Ibn Jaafar a retracé dans son livre Al Isaaba fi tamyiz assahaba (l’avis pertinent dans la distinction entre les compagnons du prophète) la biographie de mille cinq cent quarante-trois femmes, dont des docteurs de la loi, des oratrices et des femmes de lettres. Al imam al-Nawawi, dans son livre intitulé Tahdîb al asmâe wa loughât, Al Khatîb Al-Baghdâdi dans son livre Târîkh Baghdâd (L’histoire de Bagdad) et Al Sakhaoui dans son ouvrage Ad- daw’e allami’ li ahli al qarn attasi’ (Les lumières du ixe siècle) et Omar Réda Kahala, un auteur contemporain, dans son Mou’ajam a’alâm annisa’e (dictionnaire des célébrités féminines) et bien d’autres biographes ont consacré des ouvrages aux femmes qui se sont illustrées dans les domaines du fiqh, de l’exégèse, des lettres, de la poésie, de la langue et de la philosophie.

Depuis l’époque du prophète (PSL), la femme a toujours fait montre d’un désir de s’instruire, d’aller à la quête du savoir et d’exceller dans les disciplines qu’elle pratiquait. Aïcha, mère des croyants, était connue pour son érudition en matière de Coran, de sciences de la religion, de poésie et d’histoire. Hicham Ibn Urua la décrit, d’après son père, en ces termes : « Jamais je n’ai vu quelqu’un de plus instruit en matière de fiqh, de médecine ou de poésie que Aïcha. » D’autres femmes comme Fatima bint Hussein, fils de Ali ibn Abi Taleb (que Dieu l’agrée), était l’une des femmes les plus savantes, les plus intelligentes et les plus pieuses de son temps, si bien que Ibn Ishâq et Ibn Hicham l’ont prise comme référence dans la rédaction de la biographie autorisée du Prophète.

Citons également Noufissa bint Al Hassan bin Zayd bin Ali bin Abi Taleb (que Dieu l’agrée), qui assistait aux cours de l’imam Malik à Médine. Elle était connue pour son grand savoir et sa rectitude. Lors de son séjour en Égypte, elle a créé une espèce de cercle académique qui attirait les plus grands savants de l’époque, notamment l’imam Al Châfi’i qui se concertait avec elle en matière de fiqh et de sciences de la religion. Ces consultations se sont poursuivies jusqu’à la mort de ce grand maître. Citons aussi parmi ces femmes savantes, Zaynab fille d’Abbas, originaire de Bagdad, qui faisait partie de l’aréopage des oulémas de l’époque ; c’était une habituée des cercles de savoir tenus par Ibn Taymia. Chahda fille d’Al Abari, elle, était une agrégée des sciences du hadith ; plusieurs oulémas de la stature d’Ibn Al Jaouzi et d’Ibn Qudama l’ont eue comme professeur. Oum Habiba Al Isbahaniya avait pour disciple le cheikh Al Moundiri qui a obtenu le titre de « alem » après avoir suivi ses cours. Fatima fille de Mohammad Al Samarkandi a tenu son savoir de plusieurs grandes sommités du fiqh, comme elle a, à son tour, transmis son savoir à plusieurs étudiants. Elle a exercé le métier d’enseignante et écrit de nombreux ouvrages sur le fiqh et le hadith. Il lui arrivait même de signaler à son époux Cheikh Ala’e Al Kassani, l’auteur d’Al Bada’i, ses erreurs en matière de fiqh.

Quant à Fatima bint Ahmed bin Yahiya, elle s’est illustrée en tant que grande savante qui élaborait des règles de fiqh et était souvent consultée par son mari Al Imam Al Moutahar lorsque celui-ci préparait les cours qu’il dispensait à ses étudiants.

En Occident islamique, Fatima Al Fihriya Oum Al Banîne construisit la mosquée Al Qarawiyine à Fès, au Royaume du Maroc, au iiie siècle de l’hégire. Cette mosquée a aussitôt fait office d’université, la première du genre dans le monde islamique, voire dans le monde entier. Fatima Al Fihriya était une savante mais aussi une bienfaitrice, tout comme sa sœur Mariam qui, elle, a construit la mosquée Al Andalous à Fès. L’Andalousie a également connu plusieurs femmes savantes, notamment Oum Al Hassan bint Souleïman. Elle aurait tenu sa science d’un rapporteur de hadith originaire d’Andalousie répondant du nom de Baqi Ibn Moukhlid qui lui a transmis sa science aussi bien oralement qu’à travers ses écrits. Elle a accompli le pèlerinage à la Mecque où elle a rencontré les savants du Hijaz qui lui ont transmis le fiqh et le hadith avant de retourner en Andalousie. Elle fit un deuxième pèlerinage et mourut à la Mecque.

L’Occident islamique comptait également, parmi ses femmes savantes, Asmaa bint Assad bin Al Furat, qui tenait son savoir de son père, ami des deux grands imams Abu Hanîfa et Malik Ibn Anass. Elle s’est rendue célèbre par le rapport des hadiths et du fiqh selon l’école hanafite.

Citons aussi, dans le même contexte, Khadija, fille de l’imam Sahnoun. Le grand imam Al Qadi Ayyad dit d’elle dans son ouvrage intitulé : Tartîb al madârik wa takrîb al masâlik li maarifati a’alâmi madhabi mâlik (les grands noms du rite malékite) : « Khadija fut connue pour sa sagesse, sa science et sa piété. Les femmes la consultaient sur les questions de la religion et elle leur servait d’exemple. » Ibn Hazm, dans son célèbre ouvrage traduit en plusieurs langues : Tawq al-hamâma fi al ulfati wa al ulâf (connu en français sous le titre Le collier de la colombe) rapporte que les femmes d’Andalousie exerçaient des professions aussi diverses que la médecine, l’enseignement, le tissage et la confection. Ce grand auteur n’a pas manqué de signaler qu’enfant, il a eu des femmes comme professeurs.

Tamîma, fille du sultan almoravide marocain Youssef Ibn Tachafine, comptait parmi les femmes les plus brillantes en sciences, tout comme Oum Amr Ibn Zohr, sœur du célèbre médecin Abu Bakr Ibn Zohr, qui était, elle, excellente en médecine théorique et pratique. Le Maghreb comptait aussi Bayram, fille de Ahmed Al Diroutiya qui était une grande spécialiste des lectures du Coran ; elle a eu le privilège de lire le Coran à Bayt Al Maqdis devant les grands cheikhs et était connue pour avoir mémorisé plusieurs textes de référence.

À l’époque moderne, et jusqu’au début du xixe siècle, la ville marocaine de Fès a connu Al Aliya, fille du savant émérite At-tayib bin Kirâne. Elle enseignait la logique à la mosquée Al andalous où elle consacrait des séances aux femmes et d’autres aux hommes. C’était aussi le cas en Égypte, en Syrie, en Mésopotamie, en Perse, en Turquie (Transoxiane) et en Inde. Ainsi, le savant Abou Al Hassan Ali Al Hassani An-Nadawi rapporte que des femmes brillantes de sa famille lui avaient enseigné les sciences juridiques musulmanes et la littérature. Ses sœurs aussi comptaient à leur actif une importante contribution à la littérature de leur époque.

À l’époque moderne, plusieurs femmes musulmanes ont excellé dans les domaines des sciences, de la littérature, du droit, de la médecine, de l’administration et bien d’autres champs du savoir. Certaines ont même atteint un très haut niveau d’érudition dans leur spécialité au niveau aussi bien national qu’international. À cet égard, dans les universités du monde islamique, certaines étudiantes se distinguent toujours, par rapport à leurs camarades mâles, en matière de recherche scientifique dans différents pays du monde islamique.

L’histoire islamique retient des brillantes contributions de la femme musulmane dans différents champs de la science et du savoir, au moment où la femme dans les autres sociétés ne comptait à son actif aucun apport à l’activité intellectuelle.

À vrai dire, tous ces faits historiques sont pour nous une source de fierté, car ils témoignent de l’immense apport de la femme musulmane à la civilisation arabo-islamique, et par conséquent à la civilisation humaine. Ils nous incitent à favoriser davantage l’accès de la femme moderne aux différents domaines des sciences et du savoir où elle pourra exceller et mettre ses compétences et ses aptitudes au service du développement global dans nos sociétés islamiques, dans le cadre des valeurs islamiques, afin de répondre aux exigences de développement socioculturel du monde moderne. C’est ainsi que la femme musulmane sera en mesure de reprendre le rôle de premier plan qu’elle a joué naguère dans l’histoire de la civilisation arabo-islamique.

Nul doute que c’est là un des plus importants défis auquel nous faisons face aujourd’hui, d’autant que le monde islamique appelle de ses vœux une renaissance scientifique globale qui mettra à contribution ses hommes tout autant que ses femmes. Tout en étant attachée aux constantes islamiques pérennes, cette renaissance tant souhaitée devra aussi veiller à être ouverte sur l’époque et s’adapter aux changements inhérents à celle-ci, l’objectif étant d’assurer aux sociétés islamiques un avenir plus radieux et plus prospère.

À travers l’histoire, l’islam a pu contenir en son sein des peuples et des nations aux us et coutumes difficiles à changer. Par ailleurs, plusieurs régions du monde islamique ont été la cible d’agressions extérieures et ont subi l’invasion culturelle et l’occupation. D’autres régions ont ployé sous le joug de la misère et du sous-développement. Ceci explique pourquoi plusieurs pratiques des musulmans aujourd’hui, dont celles liées à la situation de la femme dans le monde islamique, sont encore imprégnées de cet héritage aux multiples facettes. C’est pourquoi, pour juger de la situation de la femme, il faut prendre en compte non pas la réalité sur le terrain, qui dévie souvent de la voie tracée et préconisée par l’islam, mais les enseignements islamiques qui ont véritablement affranchi et émancipé la femme.

C’était là un aperçu très sommaire de la place de la femme en islam. Certes, la réalité concrète peut différer d’un pays musulman à un autre, voire d’une ville à une autre. Mais cette différence s’explique par les us et coutumes et les circonstances de telle ou telle société. Le plus important, c’est de veiller à comprendre le point de vue de l’islam sur la femme et la place qu’elle occupe dans la société islamique à travers les textes de droit musulman, l’interprétation de ces textes et les bons exemples puisés dans l’histoire des musulmans.

Date de mise en ligne : 15/01/2015 - https://doi.org/10.3917/sdr.004.0015

Domaines : Sciences Humaines et SocialesSciences, techniques et médecineDroit et Administration

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Source : https://droit.cairn.info/revue-societe-droit-et-religion-2014-1-page-15?lang=fr

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  • Le regard de l’Islam sur la famille - Mohammed Amin Al-Midani - Document ‘juragentium.org’
    La famille est considérée, en Islam, comme le noyau de la Communauté musulmane. Le droit de la famille musulmane avait ses sources exclusives dans les règles de la Shari’a ou droit musulman (
    1). Ces règles protègent l’unité, l’honneur et la cohésion de cette famille. Chaque atteinte à celle-ci est sanctionnée par le droit pénal musulman (
    2), afin d’écarter toute menace qui puisse troubler la santé, les mœurs et les bons comportements de ses membres.Les règles de la Shari’a ont régi, dans le monde musulman, le statut de cette famille pendant plusieurs siècles. Plusieurs mouvements avaient tenté, à la fin du XIXe siècle et au début du XX siècles, de promulguer des codes modernes de la famille, surtout à l’époque de l’Empire Ottoman (
    3). Mais le vrai mouvement de codification a commencé dans les pays arabes, après l’indépendance de ces pays et au cours des années 50 (
    4). Un projet unifié a été établi sous l’égide de la Ligue des Etats arabes (
    5).Cette étude sera basée essentiellement sur les règles de la Shari’a sans négliger de mentionner, de temps en temps, les dispositions de ces codes arabes du statut personnel, car les sources de ceux-ci sont toujours : le Coran et la Sunna (
    6). Les efforts personnels (Idjtihad) de jurisconsultes musulmans anciens ou modernes, qui ont développé les règles de la Shari’a, font partie intégrante de ses sources (
    7).Force est de constater que les législateurs musulmans contemporains essayent d’apporter aux règles traditionnelles de la Shari’a des modifications et des corrections sans toucher pourtant, à l’essence de ces règles afin de limiter leurs applications « jugées les plus anachroniques » en ce qui concerne, principalement, la polygamie et la répudiation (
    8).Nous ne pouvons que nous réjouir de toute tentative qui consiste à donner à l’Islam et à ses principes leur vrai visage d’amour et de bonté, et de montrer la tolérance de ses enseignements et leur respect de la dignité humaine (
    9).Nous allons examiner, dans cet article, les règles de la Shari’a qui traitent du statut de la famille en Islam (I) et nous analyserons, ensuite, les différentes relations au sein de cette famille (II).I. Le statut de la famille musulmane{{}}Les règles du droit musulman régissent le statut de la famille musulmane et ses différentes institutions.Mais avant d’examiner ces règles, un aperçu rapide de la situation de la femme à la période antérieure à l’avènement de l’Islam, surtout en Arabie, s’impose. La femme arabe à l’époque pré-islamique (djahiliya) était dans une position inférieure par rapport à l’homme et elle était privée de ses droits. La femme n’était qu’une chose qui fait l’objet d’une vente et qui se transmet par succession. Elle n’héritait pas, parce qu’elle était considérée comme faible et ne possédant aucun moyen de se défendre elle-même ou de défendre sa tribu. Elle ne pouvait pas choisir son mari (
    10) et elle n’avait aucun droit sur lui. Sa dote n’était considérée qu’en fonction du prix qu’elle voulait. Le nombre de femmes avec qui l’homme pourrait se marier n’était pas limité. Il n’y avait également aucune règle concernant le nombre de divorces qui pouvaient frapper la femme. La seule chose dont la femme était fière à cette époque était la protection que lui assurait l’homme à elle-même et à son honneur, allant jusqu’à venger tout ce qui pouvait atteindre cet honneur. Avec le message de l’Islam, le Prophète Mohammed substituait à cette situation tragique « un régime beaucoup favorable à la femme ».A. Le mariage{{}}Le mariage en islam est un contrat et une institution. Un contrat « bilatéral, basé sur le libre consentement des deux parties contractantes ». C’est un acte juridique dont la validité n’est pas limitée à une période déterminée, mais qui n’a pas non plus le caractère « d’une liaison sacramentelle définitive ».Le mariage musulman est une institution qui se manifeste par une communauté intime qui contribue à préserver l’humanité par les enfants qui naissent.Les fondements du mariage musulman sont :{{}}
  • Les deux parties et leur consentement réciproque.
  • La dote (mahr).
  • La puissance paternelle (wilaya).
  • La présence des témoins.
  • L’objet du contrat de mariage.
  • La formalité du mariage (al-sigha).
    B. La polygamie{{}}La polygamie est une institution légale en droit musulman. Dans le Coran, on lit : « ..., eh bien prenez des épouses, par deux, par trois, par quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, -mais, si vous craignez de n’être pas justes, alors une seule,... ». Cette référence claire est la seule que l’on retrouve dans le Coran au sujet de la polygamie.Ce verset du Coran permet d’épouser jusqu’à quatre femmes sans l’imposer pour autant (
    11). Il insiste sur la nécessité d’être juste avec ses femmes sinon l’homme ne doit pas épouser plus d’une femme. Toutefois, on ne doit pas aller jusqu’à l’annulation du contrat de mariage dans ce dernier cas.Les jurisconsultes musulmans sont unanimes pour que « la justice » dans ce verset signifie la justice matérielle c’est-à-dire la possibilité financière du mari d’entretenir ses épouses (logement, nourriture, habillement, etc...).Un autre verset du Coran parle de la justice entre les femmes : « Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir. Ne soyez donc pas trop partiaux et ne laissez pas l’une d’entre elles comme en suspens » (
    12).La justice dans ce cas est la justice « de cœur » : l’amour de l’homme envers ses femmes. Notre créateur sait qu’il est impossible à l’homme d’aimer toutes ses femmes de la même façon même s’il a essayé de le faire.La tradition du Prophète Mohammed montrait que faire la justice « de cœur » entre plusieurs femmes est une chose impossible. Un jour, le Prophète a dit en s’adressant à son Seigneur : « Mon Dieu, ceci est mon partage (Qasm) dans ce qui est de mon pouvoir (je possède). Ne me reprochez pas pour ce qui est ton pouvoir et non pas du mien » (
    13).Dès lors, d’une part, il est impossible de faire la justice « de cœur » entre plusieurs femmes. D’autre part, il est difficile à l’homme d’appliquer la justice matérielle entre elles (
    14).Toutes ces difficultés permettent aux juristes musulmans de nos jours de parler de l’institution de la polygamie comme « une exception » (
    15) qui a été tolérée par une nécessité (
    16).Nous aussi, nous sommes de l’avis de ces juristes car à l’heure actuelle les difficultés économiques et sociales dans le monde musulman, n’encouragent pas les hommes à épouser plus d’une femme. Les besoins quotidiens ne permettent aux musulmans aucun partage de ses efforts entre plusieurs foyers. Ses responsabilités envers sa femme, ses enfants et sa famille, en général, épuisent ses efforts et son temps. Pour ces raisons, on parle aujourd’hui d’une « réelle régression » de la polygamie (
    17).D’autre part, la réglementation actuelle de la polygamie dans le monde arabe grâce aux codes modernes du statut personnel, permet de dire que la pratique de la polygamie est difficile compte tenu de l’exigence d’une autorisation du juge national pour contracter un deuxième mariage (
    18).Une question se pose maintenant : quelles sont les raisons ou les motifs qui justifient l’existence de l’institution de la polygamie en Islam ?Nous pouvons citer quelques raisons déjà citées par quelques spécialistes du droit musulman, qui sont les suivantes :
  • Dans le cas d’une femme stérile, la polygamie permet au mari de cette femme d’épouser une autre pour assurer sa postérité sans devoir recourir à l’adoption d’enfants des autres.
  • Lorsqu’une femme est atteinte d’une maladie incurable et que son mari ne peut pas s’approcher d’elle, la polygamie lui permet d’épouser une deuxième femme pour satisfaire ses besoins sexuels sans abandonner sa première femme. Si l’institution de polygamie n’existait pas le mari serait tenter de commettre l’adultère.
  • Après chaque guerre, le nombre de femmes est toujours plus élevé que celui des hommes. La polygamie permet d’établir l’équilibre nécessaire en assurant un taux élevé de natalité. Les historiens de guerres nous ont montré comment les Etats, qu’ils sortent vainqueurs ou vaincus, ont cherché à assurer cet équilibre et à augmenter le taux de natalité. En Allemagne, après la deuxième guerre mondiale, il y avait des partisans d’une polygamie restreinte à deux femmes (
    19).
  • Dans certaines situations, la capacité sexuelle de l’homme est plus forte que celle de la femme. La polygamie permet alors à l’homme de ne pas souffrir de cette situation.
    En tolérant l’existence de la polygamie, l’Islam n’a pas inventé une institution nouvelle, et ne l’a pas encouragé non plus (
    20). Les anciennes civilisations l’ont connue et différentes religions l’ont tolérée (
    21).C. Le divorce{{}}Une autre particularité du droit musulman est la légitimité du divorce. Le divorce, en Islam, est « l’acte licite le plus détesté d’Allah » disait le Prophète Mohammed (
    22). Et, il a dit aussi : « Mariez-vous et ne divorcez pas car le divorce fait secouer le Trône » (
    23). Le divorce est le dernier recours avant la dissolution de la vie conjugale.La question qui se pose, maintenant, est de savoir pourquoi le divorce a été accordé seulement aux hommes ?Le mari paye la dot et supporte la charge d’entretenir sa femme, ses enfants et le foyer, ce qui relève de ses responsabilités. Alors du point de vue économique et financière, c’est le mari qui dépense toujours dans cette institution du mariage. Par ailleurs, certains affirment que l’homme peut contrôler ses émotions et ses réactions mieux que la femme ce qui l’empêche de prononcer le divorce pour une simple dispute ou une crise de colère (
    24).D’autre part, le droit de divorce accordé à l’homme n’est pas exclusif car la femme peut exiger lors de la conclusion du contrat de mariage ou après cette conclusion et pendant la vie conjugale (
    25) que ce droit lui soit également reconnu (
    26) ou elle peut tomber d’accord avec son mari pour qu’il divorce en renonçant à sa dot à terme ce qu’on appelle en droit musulman (al-Khal). Et d’après la majorité des jurisconsultes musulmans, la femme comme l’homme peuvent s’adresser au juge pour demander le divorce si le conjoint est atteint d’une maladie sexuelle ou d’un défaut physique ou mental (
    27). La femme peut également demander le divorce d’après les rites malikite et hanbalite, si le mari est absent pendant longtemps ou s’il est en prison (
    28).Enfin, le droit musulman a permis à l’homme d’accorder à sa femme, lors de sa vie conjugale, le droit de divorce quand elle veut (
    29) ce qui montre que le divorce n’a pas un droit exclusif de l’homme.II. Les relations au sein de la famille musulmane{{}}Pour comprendre le sens des relations au sein de la famille musulmane, il faut savoir que la notion de la famille en Islam est une notion large. Ainsi, la famille musulmane n’est pas constituée seulement de deux époux et de leurs enfants mais aussi des grands-mères et grands-pères maternels et paternels, des tantes et des oncles et de leurs enfants et de tous les proches et de leurs enfants (
    30). Et, pour illustrer les bonnes relations entrent par exemple les proches même s’il n’y a pas de lien direct de parenté, le Prophète a dit : « Que celui qui aime vivre dans l’aisance et retarder l’heure de sa mort maintienne le lien de parenté » (
    31).Mais deux sortes de relations attirent particulièrement notre attention. Ce sont les relations entre les époux (A) et les relations parents et enfants (B).A. Les relations entre les époux{{}}L’un des aspects qui caractérise le mieux les rapports au sein de la famille musulmane est la relation entre les époux.On lit dans le Coran : « Parmi ses Signes : il a créé pour vous, tirées de vous, des épouses, afin que vous reposiez auprès d’elles, et il a établi l’amour et la bonté entre vous » (
    32).Le Prophète a dit à ses compagnons : « Le meilleur parmi vous est celui qui est le bon à l’égard de sa femme, et je suis mieux que vous envers mes femmes. Seul l’homme noble de nature honore et traite bien les femmes, et seul l’infâme les dédaigne » (
    33).Ces relations sont caractérisées par des droits et devoirs de l’un comme pour l’autre.1. Droits et devoirs de la femme musulmane{{}}Les droits de la femme musulmane et ses devoirs l’ont mise, dans la plupart des cas, sur un pied d’égalité avec l’homme.a) Droits de la femme musulmane{{}}La femme musulmane en tant qu’être humain a tous les droits relatifs à la personne humaine. Le droit à la vie et au respect de la dignité humaine est le premiers droit de la femme en Islam.La femme musulmane a toujours la capacité juridique. Elle peut gérer ses propres affaires à partir de sa majorité. Quand elle se marie, l’un des fondements du contrat de mariage est la dot. La somme d’argent qu’elle peut garder ou dépenser sans que personne n’ait le droit d’y toucher. Et, elle peut stipuler dans le contrat de mariage toutes les clauses qui peuvent améliorer sa situation (
    34).La femme musulmane ne perd pas sa capacité juridique ni son nom de famille par le mariage, ce qui lui permet de contracter et de faire des actes de commerce. La capacité de jouir de ses biens n’est pas soumise à l’autorisation de son mari, car ses biens sont toujours séparés de ceux de son mari.Le mari doit être patient avec sa femme et lui pardonner ses fautes. Dieu a dit : « Comportez-vous envers elles suivants les coutumes » (
    35). Le Prophète a ordonné aux musulmans « Ayez de bons sentiments à l’égard des femmes » (
    36).D’autre part, la femme musulmane a des droits conjugaux vis-à-vis de son mari. Dieu a dit : « Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations, et conformément à l’usage. Les hommes ont cependant une prééminence sur elles » (
    37). Cette dernière phrase (les hommes ont une prééminence sur elles), AL-TABARI (
    38), l’interprétait par le soulagement ou la consolation que le mari doit pratiquer envers sa femme (
    39).Enfin, si la garde des enfants ainsi que leur éducation concernent les deux parents, la mère a la priorité, lors du mariage ou en cas de divorce, de garder les enfants mâles et femelles compte tenu des sentiments de patience, de tendresse et de pitié qu’elle possède.b) Devoirs envers sa famille{{}}La femme musulmane doit obéir, en dehors de tout ce qui peut engendrer la colère de Dieu, à son mari qui doit la respecter tant qu’elle lui obéit car Dieu a dit : « Mais ne leur cherchez plus querelle, si elles vous obéissent » (
    40). Le Prophète a dit : « Parmi toutes les personnes, c’est à son mari que la femme doit le plus et à sa mère que l’homme doit le plus » (
    41).La femme musulmane doit veiller sur l’éducation de ses enfants avec qui elle passe la plupart de son temps. Et elle est la souveraine de sa maison qui doit être lieu de bonheur et d’amour grâce à elle.2. Droits et devoirs de l’époux musulman{{}}L’époux musulman a aussi ses droits et ses devoirs envers sa famille et ses membres.a) Droits de l’époux musulman{{}}L’Islam considère l’époux comme le chef de famille musulmane et le premier responsable de ses membres. La femme et les enfants doivent obéir à l’homme mais à une condition, cette obéissance ne doit pas être contraire aux principes de l’Islam ou à ses enseignements.Obéissance et respect sont les premiers droits de cet époux au sein de sa famille. Le Prophète a dit : « Quiconque des femmes qui meurt et dont le mari est satisfait d’elle entrera au paradis » (
    42).b) Devoirs de l’époux musulman envers sa famille{{}}L’époux doit être patient avec sa femme et lui pardonner ses simples fautes. Le Prophète Mohammed a ordonné aux musulmans : « Soyez donc bienveillants à l’égard des femmes » (
    43). Et, lors de son dernier pèlerinage à la Mecque en 632 après J.C., il a dit : « O peuple, quant à vos femmes, elles ont un droit sur vous, et vous, vous avez un droit sur elles. Craignez donc Dieu en ce qui concerne les femmes, et assurez leur le meilleur traitement ».D’autre part, le mari doit satisfaire les besoins matériels et sexuels de sa femme. Cette dernière peut demander le divorce si son mari refuse « de remplir ses devoirs conjugaux, s’il exerce sur elle quelque tyrannie érotique » (
    44). C’est lui également qui est chargé d’entretenir sa femme, ses enfants et sa maison. Et le Prophète Mohammed a répondu à un homme qui lui demandait : « Quels sont les droits de l’épouse à l’égard de son mari ? ». Il lui a dit : « Tu la nourris de ce que tu te nourris, tu l’habilles de ce que tu t’habilles, tu ne la gifles jamais, tu ne la grondes (blâmes) jamais et tu ne dois jamais l’abandonner et tu ne te sépares d’elle que pour la laisser s’occuper tranquillement de son foyer » (
    45). Et les jurisconsultes musulmans sont unanimes concernant le devoir du mari d’employer quelqu’un pour servir sa femme si elle avait l’habitude chez ses parents d’être servie par quelqu’un.Enfin, si le mari a plus d’une femme, il doit être juste envers elles et partager ses nuits avec elles. Et le Prophète donnait toujours de bons exemples, durant toute sa vie, comme le rapportaient sa femme (Aicha). Elle a dit : « Quand il se trouvait seul avec ses femmes, il était le plus tendre des hommes, et le plus généreux, riant et souriant » (
    46).B. Les relations parents et enfants{{}}Nous pouvons distinguer entre les relations qui doivent caractériser le comportement des parents avec leurs enfants d’une part et la position des enfants envers leurs parents, d’autre part.1. Les comportements des parents avec leurs enfants{{}}Le Coran a commencé par interdire certaines coutumes pré-islamiques comme l’enfouissement des filles dans la poussière ou de préférer les garçons aux filles. On lit : « Lorsqu’on annonce à l’un d’eux la naissance d’une fille, son visage s’assombrit, il suffoque, il se tient à l’écart, loin des gens, à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Va-t-il conserver cette enfant, malgré sa honte, ou bien l’en fouira-t-il dans la poussière ? leur jugement n’est-il pas détestable ? » (
    47). Et le Prophète Mohammed a dit : « Ne haïssez pas les filles car elles sont les affables et les chères amies » (
    48). Il donnait l’exemple aux musulmans par son attitude envers ses filles et comment doit être leur comportement vis-à-vis d’elles (
    49). Il a dit : « N’importe quel homme disposant d’une fille lui a assuré une bonne instruction en même temps qu’une bonne éducation, puis l’a donnée en mariage sera au paradis » (
    50). Ainsi, l’éducation des enfants occupe une importante place parmi les préoccupations quotidiennes des parents. Cette éducation comprend plusieurs aspects : intellectuel, physique, spirituel et social.Les parents doivent être équitables envers leurs enfants, les combler d’amour et de tendresse. Le Prophète a dit : « Craignez Dieu et soyez équitables envers vos enfants » (
    51). Le père doit veiller aussi sur leur éducation intellectuelle, physique et spirituelle.D’autre part, le devoir d’éduquer les enfants est partagé entre le père et la mère, mais l’Islam a chargé cette dernière de veiller, en premier, sur l’éducation de ses enfants avec qui elle passe, comme nous l’avons souligné, la plupart de son temps.2. La position des enfants envers leurs parents{{}}Le Coran enseigne aux musulmans comment doit être leur comportement vis-à-vis de leurs parents et surtout leurs mères : « Nous avons recommandé à l’homme, au sujet de ses parents : sa mère l’a porté extrêmement faible et il a été sevré au bout de deux ans. Sois reconnaissant envers moi et envers tes parents ! » (
    52). Ou encore : « Nous avons recommandé à l’homme la bonté envers son père sa mère. Sa mère l’a porté et l’a enfanté avec peine. Depuis le moment où elle l’a conçu, jusqu’à l’époque de son sevrage, trente mois se sont écoulés. Quand il a atteint sa maturité, qu’il a atteint l’âge de quarante ans, il dit : « Mon Seigneur ! Permets-moi de te remercier pour les bienfaits que tu as accordés à moi-même et à mes parents, et de faire le bien qui te plaît. Accord-moi une heureuse descendance. Je reviens vers toi » (
    53). Et, le Prophète a dit : « Quiconque satisfait ses père et mère satisfera Dieu, et quiconque courrouce ses père et mère courroucera Dieu » (
    54).Le Prophète insistait, par ses hadith, sur la grande place de la mère dans la communauté musulmane et comment l’obéissance à la mère n’est qu’une obéissance à Dieu. Il a dit : « Le Paradis même se trouve sous les pieds de vos mères » (
    55). Dès lors, nous voyons l’importance de l’obéissance à la mère ce qui correspond à son important rôle dans cette communauté musulmane.Cette obéissance doit aussi être manifestée à l’égard du père qui ne ménage pas ses efforts pour le bien-être de sa famille. Le Prophète a dit : « L’obéissance à Dieu (équivaut à) l’obéissance au père, et la désobéissance à Dieu est la désobéissance au père » (
    56).Conclusion{{}}En guise de conclusion, nous voulons insister, encore une fois, sur l’importance accordée par l’Islam à la famille. L’abondance des règles de la Shari’a qui traitent de son statut et le respect qui doit dominer entre les relations de ces différents membres, pas seulement époux, parents et enfants, mais aussi grands-parents, oncles, tantes et d’autres proches, témoignent de la grande place de la famille au sein de la communauté musulmane.Mais aujourd’hui les juristes et les jurisconsultes musulmans sont appelés à réfléchir sur le rôle de (l’Ijtihad), pour porter des remèdes à la situation de la famille musulmane et surtout à la situation de la femme musulmane au sein de cette famille. La femme musulmane a souffert et souffre toujours du non-respect, de la persécution et de la non-égalité avec l’homme dans plusieurs domaines. Pourtant, les versets du Coran et les hadiths du Prophète Muhammad ont insisté à maintes reprises sur la dignité de la femme, le respect que doivent témoigner vis-à-vis d’elle ses parents, son mari, ses enfants et ses proches. L’adoption des nouveaux codes du statut personnel surtout dans les Etats arabes doit être l’occasion d’améliorer la situation de la femme musulmane, de lui accorder ses droits, montrer sa vraie et importante place au sein de sa famille en particulier et au sein de la Communauté musulmane, en général.Enfin, cette importance accordée à la famille musulmane ne signifie pas que les familles d’autres confessions étaient négligées par les règles de la Shari’a. Le respect de la famille, de son honneur et de sa cohésion est recommandée par ces règles au-delà de toutes croyances ou religions. Ainsi, les propres règles de fiançailles, de mariage et de divorce - s’il est permis - ou de la pension alimentaire, etc... des différentes communautés chrétiennes au juives sont applicables aux membres de ces communautés. Ces différentes règles figurent aujourd’hui dans plusieurs codes du statut personnel des pays arabes (
    57).Notes{{}}(
    1) Voir en ce qui concerne la Shari’a et ses sources notre article : « La famille musulmane et la Shari’a » in Le droit de la famille en Europe, son évolution depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. Actes des journées internationales d’histoire en droit. Presse Universitaires de Strasbourg, 1992, pp. 29 et s.(
    2) Voir en ce qui concerne le droit pénal musulman, MAYDANI (R) « Uqubat : Penal Law » in Law in the Middle East. Vol. I. Origin and development of Islamic Law. The Middle East Institute, Washington, D. C., 1955, pp. 223-235. Plus récent, AWADI (A), Le système pénal islamique comparé aux systèmes contemporains de droit positif, Beyrouth, (S. L.),1985.(
    3) NASIR (J J), The Islamic Law of Personal Status, Grahem and Trotman, Oxford, 1986, pp. 27 et s.(
    4) JAHEL (S), « La famille musulmane dans les codes arabes », Cahiers de l’Orient, nº 27, 1992, p. 167.(
    5) Voir ce projet, NASIR, op. cit., pp. 260 et s.(
    6) C’est la tradition du Prophète Mohammed.(
    7) Voir en ce qui concerne (l’Idjtihad) son rôle et son développement, ainsi que les différentes écoles de (Fiqh), notre Thèse pour le Doctorat d’Etat en droit public : Les apports islamiques au développement du droit international des droits de l’homme, Strasbourg, octobre 1987, pp. 27 et s.(
    8) JAHEL, op. cit., p. 170.(
    9) Il faut souligner ici que les coutumes, la pratique patriarcale et tribale, dans le monde islamique, et qui n’ont rien à voir avec les enseignements et les principes de l’Islam, ont changé, influencé et modifié, dans le mauvais sens, les règles de la Shari’a en condamnant la femme musulmane à une position inférieure et injuste au sein de la société musulmane.(
    10) FAHMY (M.), La condition de la femme dans la tradition et l’évolution de l’islamisme, Paris, Libraire Félix ALCAN, 1913, p. 63.(
    11) HAMIDULLAH, op. cit., p.153.(
    12) Le Coran. Introduction, traduction et notes par D. MASSON, Paris, Gallimard, 1967. Sourate « Les femmes », (chapitre 4), verset 129.(
    13) EL-JARRAH (CH.), La formation du mariage en droit musulman classique et dans le nouveau code syrien du statut personnel, Thèse d’Etat, Paris, 1962, p.78.(
    14) AL-MUNADJAJID (S.), Le concept de justice sociale en Islam ou la société islamique à l’ombre de la justice. Traduit de l’arabe et annoté par Mohammed HADJ SADOK, Parsi, Publisud, 1982, p. 36.(
    15) HAMIDULLAH, op. cit., p. 153.(
    16) AL-TRMANINI (A). Zawadj ’nda larab fi djahiliyya wa lislam. Dirasa mukarana. (Le mariage chez les arabes à l’époque pré-islamique et à l’époque islamique. Etude comparée). Revue (alam al ma’rifa), nº 80, août 1984, Koweit, p. 249 (en langue arabe).(
    17) JAHEL, op. cit., p.182.(
    18) C’est le cas, par exemple, des codes du statut personnel en Irak (art.3, para.4), et en Syrie (art.17).(
    19) AL-SIBAI, op. cit., p. 75 et p. 83(
    20) SANTUCCI (R.), « Le regard de l’Islam » in L’Islam et Droits de l’Homme. Paris, Librairie des Libertés, 1984, p. 175.(
    21) ABU-SAHLIEH (S. A.), Les Musulmans face aux droits de l’homme, religion, droit et politique. Etude et documents. Verlag Dr. Dieter Winkier, Sochum.1994, p. 167.(
    22) AL-MUNADJDJID, op. cit., p. 61.(
    23) Cité par AL-HACHIMI (A.), Recueil des hadiths Prophétiques et des sagesses Mahométanes. Traduit en Français par Fawzi CHAASAN, Beyrouth, Dar Al Kitab Al Ilmyah, 1991 p. 125.(
    24) AL-SIBAI, op. cit., pp. 129-130.(
    25) ABU ZAHRA (M.), Tansim 1-Islam ll-mujtma’ (L’Islam organise la société), Le Caire, Dar al fikr al ’arabi, (sans date), p.97, (en langue arabe).(
    26) AL-TRMANINI, op. cit., pp. 306-307.(
    27) AL-SABUNI (A.), Sharh Kanun al. ahwal ash-shakhsiyya assuri. (Commentaire du statut personnel syrien), Damas, Université de Damas, 1971-1972, Tome 1, p. 94 (en langue arabe).(
    28) Ibid. p. 85.(
    29) ABU ZAHRA, op. cit., p.97(
    30) Ibid. p.62.(
    31) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p.309.(
    32) Le Coran. Sourate, « Les Romains » (chapitre 30), verset 21.(
    33) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p. 159.(
    34) JAHEL, op. cit., p.174.(
    35) Le Coran, sourate « Les femmes ». (chapitre 4), verset 19.(
    36) EL BOUKARI, L’authentique tradition musulmane. Choix de hadiths. Traduction, introduction et notes par G.-H.. BOUSQUET, Paris Fasquelle Editeur, 1964, p.280.(
    37) Le Coran, sourate « La vache ». (chapitre 2). Verset 228.(
    38) AL-TABARI Muhammad, un grand jurisconsulte et historien musulman (224-310 h.) (839-923 après J.-C.).(
    39) MUSTAFA (A), al Usra, fi lislam ard am linzarn ai usra fi daw al Kitab wa al Sunna (Le statut de la famille à la lumière du Coran et Sunna), Le Caire, Maktbat al Mutanbbi, 1972, p.53. (en langue arabe).(
    40) Le Coran, sourate « Les femmes », (chapitre 4), verset 34.(
    41) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p. 53.(
    42) Cité par AL-HACHIMI op. cit., p.105.(
    43) Ibid., p.46.(
    44) LAHBASI (M. A.), Le personnalisme musulman, Paris, P.U.F, 1964, p. 75(
    45) Cité par EL-JARRAH, op. cit., p. 87.(
    46) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p.259.(
    47) Le Coran, sourate, « Les abeilles », (chapitre 16), versets 58 et 59.(
    48) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p.360.(
    49) ABDUL-RAUF (M.). The Islamic view of women and family. Robert Speller and Sons, Publishers Inc., New York, 1977. p. 26.(
    50) Cité par, SAMMARI (M. S. R.), « Réflexion sur la condition de la femme en droit musulman ». Revue Juridique et Politique. Indépendance et coopération. Tome 28, 11, 1977, p. 552.(
    51) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p. 187.(
    52) Le Coran, sourate « Luqman », (chapitre 31), verset 14.(
    53) Le Coran, sourate « AL-Ahcaf », (chapitre 46), verset 15.(
    54) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p.314.(
    55) HAMIDULLAH, op. cit., p. 143.(
    56) Cité par AL-HACHIMI, op. cit., p. 208.(
    57) Par exemple, art. 308 du code syrien du statut personnel de 1953, l’art. 8 de la loi égyptienne no 462 de 1955.Jura Gentium, Rivista di filosofia del diritto internazionale e della politica globale, ISSN 1826-8269Source : https://www.juragentium.org/topics/women/fr/almidani.htm|Bas du formulaire|
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S’il est délicat de réduire la place de la femme au Moyen-Orient aux mesures dictées par l’islam et les traditions, force est de constater que les sociétés de la région restent majoritairement guidées par des visions patriarcales. {{}}

Pourtant, des avancées existent, des progrès ont été enregistrés dans la lutte contre les disparités, tandis que les Iraniennes se révoltent contre le port du voile, devenu symbole de l’oppression.{{}}

Le 16 septembre 2022, Mahsa Amini meurt dans un hôpital de Téhéran des suites des blessures infligées par la police des mœurs qui l’avait arrêtée trois jours plus tôt pour port inapproprié du voile islamique. La tragédie est le déclencheur en Iran d’un soulèvement majeur, notamment guidé par des femmes dans un pays où elles représentent la moitié de la population : 43,49 millions sur 87,92 millions en 2021 (au 1er juillet), selon l’ONU. Depuis, nombreuses sont celles qui refusent de porter tout type de tissu sur le visage ou les cheveux, défiant ainsi une obligation imposée par le régime né en 1979. Le cas iranien n’est pas isolé : mis à part le vent de révolution, les statistiques régionales donnent une tendance similaire dans la plupart des États du Moyen-Orient. Les femmes y sont nombreuses, éduquées, aspirant à travailler, à faire de la politique et, surtout, à avoir les mêmes droits que les hommes.

Une région en retard{{}}

Le Maghreb et le Machrek présentent de grandes différences, même s’ils sont unis en quelque sorte par la religion (l’islam) et une langue majoritaire (l’arabe) – Israël est ici exclu. Si la plupart des régimes en place reconnaissent l’islam comme religion d’État, la charia n’est pas toujours source de loi : la Tunisie reste laïque dans les pratiques et l’Arabie saoudite, régie par un pouvoir religieux omniprésent. Mais, dans les deux cas, les femmes sont à la fois très présentes (la moitié de la population nationale), alphabétisées (à plus de 70 %) et touchées par le chômage (au moins 20 %). D’autres critères interviennent pour révéler des disparités : les femmes sont plus sujettes aux problèmes de santé que les hommes, notamment l’obésité ; elles ont moins accès aux nouvelles technologies, comme Internet.

Le Moyen-Orient arabo-musulman se classe en queue du classement 2022 du Forum économique mondial sur les disparités entre sexes : sur 146 pays enregistrés, le premier de la région, les Émirats arabes unis, arrivent en 68e position, les autres restant en dessous de la 119e (Liban), tandis que les dernières sont occupées par l’Afghanistan (146e), l’Iran (143e), l’Algérie (140e), etc. (1). De même, selon l’Union interparlementaire, la moyenne de la représentation des femmes dans les Parlements du Maghreb et du Machrek atteint 16,9 % au 1er janvier 2022. C’est certes un bond important par rapport à 1995 (4,3 %), mais ce chiffre est le plus bas au niveau mondial (2). Et l’institution rappelle que la région a enregistré un recul de la présence des femmes dans les Assemblées, notamment en Algérie. Rappelons que beaucoup de régimes sont autoritaires (et sans élections libres) ou des démocraties dysfonctionnelles. Enfin, dans les pays en guerre ou traversant une crise sévère, les femmes et les enfants sont les premières victimes civiles.

Des avancées… et des reculs{{}}

Certaines avancées sont à souligner, même dans un système aussi strict que le saoudien. Dans le royaume, où elles doivent porter le voile et l’abaya en public, les femmes n’avaient pas le droit de conduire jusqu’à 2017 ; l’année suivante puis en 2019, elles sont autorisées à créer une entreprise et à voyager en dehors du pays sans l’autorisation d’un tuteur masculin. Mais lorsqu’elles osent s’exprimer contre le régime ou font preuve de trop de liberté, elles finissent en prison. Et leur statut juridique inférieur à celui des hommes reste la base du problème en Arabie saoudite, mais aussi en Iran ou dans de nombreux pays de la région. Ainsi, en droit civil, les inégalités sont fortes, et peu de mesures officielles – voire aucune – sont prises (3). Au Maroc, si le Code de la famille a été modifié en 2004 pour empêcher le mariage de mineures, en matière d’héritage, les femmes n’obtiennent que la moitié d’un homme du même degré de parenté. Quant à l’égalité salariale, aucun État du Moyen-Orient n’a adopté de normes légales à ce sujet. En droit pénal irakien, un homme reconnu coupable de viol peut obtenir un allégement de peine s’il épouse sa victime.

Nombreuses sont les ONG à dénoncer régulièrement ces situations, rappelant que l’égalité des genres est la base d’un meilleur développement économique et de la démocratisation des institutions. En 2011, les « printemps arabes » avaient laissé poindre l’espoir d’améliorations, mais les évolutions – et leur effectivité – ont été faibles (4). Alors que l’Afghanistan replonge dans l’obscurantisme des talibans depuis août 2021, l’Iran est sous observation. Les autorités obligent non seulement le port du voile – ce que le Coran ne mentionne pas explicitement –, mais elles maintiennent également des normes extrêmes, comme l’interdiction de chanter en public, de se marier avec un étranger, de refuser d’avoir des relations sexuelles avec son mari, ou la condamnation à mort dès l’âge de neuf ans… Les manifestations organisées après la mort de Mahsa Amini rappellent que les femmes, en Iran et ailleurs au Moyen-Orient, savent être les actrices du changement. 

La place des femmes au Moyen-Orient

Éducation, travail et droits des femmes au Moyen-Orient

Notes{{}}

(1) WEF, Global Gap Report 2022, 2022.

(2) Union interparlementaire, Les femmes au Parlement en 2021, 2022.

(3) IMC Worldwide, Situation Analysis of Women and Girls in the MENA and Arab States Region : A Decade Review 2010-2020, 2021.

(4) Juliette Gaté, « Droits des femmes et révolutions arabes », in La Revue des Droits de l’Homme, no 6, 2014.

Pour aller plus loin…

Article paru dans la revue Carto n°75, « Les crises de l’eau : ressource disputée, avenir incertain », Janvier-Février 2023.

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À propos de l’auteur {{}}Voir tous les articles

Guillaume Fourmont - Guillaume Fourmont est le rédacteur en chef des revues Carto et Moyen-Orient. Il a précédemment travaillé pour les quotidiens espagnols El País et Público. Diplômé de l’Institut français de géopolitique (université de Paris VIII Vincennes Saint-Denis), il est l’auteur de Géopolitique de l’Arabie saoudite : La guerre intérieure (Ellipses, 2005) et Madrid : Régénérations (Autrement, 2009). Il enseigne à l’Institut d’études politiques de Grenoble sur les monarchies du golfe Persique.

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Laura Margueritte Cartographe pour les magazines Carto et Moyen-Orient.

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Gaëlle Sutton Cartographe pour les magazines Carto et Moyen-Orient.

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  • Quels sont les grands auteurs arabes et maghrébins qui ont traité du thème de l’amour ? - Bibliothèque de l’Institut du monde arabe – Notre réponse du 13/12/2021. Document ‘eurekoi.org’

    Illustration de Léon carré de l’Histoire D’ali Ben-Bekar et de la Belle SchamsennaharAgrandir l’image - Histoire D’ali Ben-Bekar et de la Belle Schamsennahar © Léon Carré, Bibliothèque nationale de France / Gallica

L’amour fait partie des thèmes récurrents de la littérature arabo-musulmane, porté par la puissance de la langue arabe.{{}}

Selon Mohammed Arkoun :
« Les Arabes du désert, les hommes de lettres, les plus hautes intelligences, les théologiens, les sages, les mystiques… se sont prononcés sur les causes, les manifestations, les degrés, les objectifs de l’amour » (Encyclopédie de l’Islam, article Ishk, pp 124-125). {{Des dizaines de termes existent en arabe pour dire le sentiment amoureux, le désir et la passion, notamment 14 mots qui décrivent les différents degrés de l’amour, de « l’attirance » jusqu’à « la folie ». }}{{}} {{La société arabe ancienne, marquée par la séparation des sexes, est une « civilisation de la pudeur »}} (Malek Chebel) et valorise l’amour courtois. L’amant, le guerrier, le héros, se doivent d’être avant tout poète pour toucher le cœur de l’aimée. Bien avant l’avènement de l’islam puis tout long de la période classique les poètes et prosateurs arabes rivalisent de créativité et d’expressivité pour évoquer l’amour et toutes ses déclinaisons. {{L’expression de l’amour chaste et platonique coexiste avec la production de textes érotiques}} (al-Jahiz), d’histoires d’amour légendaires ou populaires (notamment dans les {Mille et Une Nuits}), de textes mystiques ([Ibn Arabi->https://www.universalis.fr/encyclopedie/ibn-arabi/]) ou philosophiques ([Ibn Hazm->https://www.universalis.fr/encyclopedie/ibn-hazm/]). Focus sur les grands penseurs qui ont traité du thème de l’amour. {{Anthologie de la culture arabo-musulmane sur l’amour }}{{}} Anthologie d’ [{{Histoires d’amour dans l’histoire des Arabes}}->http://bima-catalogue.imarabe.org/lib/item?id=chamo:138189] choisies, traduites et présentées par Jean-Jacques Schmidt Sindbad. {{Résumé : }} _ « {Puisée dans l’énorme corpus de la prose arabe classique, la présente anthologie s’adresse au grand public et se limite, à deux exceptions près, aux récits fondateurs portant sur les premiers temps de la littérature arabe, entre le VIe et le VIIIe siècle}. » {{Épopée de l’amour dans l’Arabie préislamique}}{{}} [{{Les amours d’Antar et Abla}}->https://www.orientseditions.fr/products/les-amours-dantar-et-abla] traduits par Bernard, Isabelle & Rabadi, Wael, Orients éditions, 2019. _ {{Présentation éditeur : }}« {Antar, poète reconnu de l’Arabie antéislamique, est encore très célèbre }{aujourd’hui comme héros d’une épopée que les conteurs récitaient encore récemment dans les cafés du monde arabe. Devenu légendaire, son amour contrarié pour sa cousine Abla a inspiré de nombreux artistes – dont Lamartine – et continue à être repris dans de nombreux films et feuilletons. }[…] » {{Textes de la littérature arabe classique et poésie : }}{{}} {Mon cœur est fou d’une proche voisine. _ Me voici pris, je ne suis plus que peine,} _ {Déchirement, et toi, sous qui s’inclinent} _ {Mon âme et mon esprit, tu es la reine}{{ }}: _ La référence historique reste l’histoire de Qays et Layla, connue sous le nom de Majnûn Layla (Le fou de Layla), une histoire d’amour impossible, comme celle de Roméo et Juliette : [{{Le Fou de Layla : le diwan de Majnûn}}->https://www.actes-sud.fr/node/55732] _ trad. de l’arabe, présenté et annoté par André Miquel ; calligraphies de Ghani Alani Sindbad, Actes-Sud, 2016. _ {{Présentation de l’éditeur : }}« {Sous ce nom (le Fou, ou le Fou de Laylâ : Majnûn Laylâ) se cache un jeune homme, Qays ibn al-Mulawwah, qui n’a peut-être jamais existé. D’entrée de jeu, il s’agit d’un inextricable duo entre histoire et légende. La première nous dit qu’au désert d’Arabie, dans la seconde moitié du VIIe siècle, circulent des poèmes chantant un amour parfait et impossible. (…) « Qays, de la tribu des Banû ‘Amir, qui tombe amoureux de sa cousine Laylâ. Tout devrait concourir à leur bonheur : ils n’ont aucune crainte quant à l’accord de leurs familles, portées, comme les autres, à ce type de mariage entre cousins. } _ {Mais voilà… Qays est poète, et il décide de chanter son amour à tous vents. Ce faisant, il enfreint une règle majeure du code bédouin. Dès lors, tout s’enchaîne : le refus de la famille, le mariage forcé de Laylâ, son départ de la tribu, Qays sombrant dans la folie et allant vivre avec les bêtes du désert, sa mort enfin, d’épuisement et de douleur}. » [{{Dîwân Jamîl Buthayna}} ->http://bima-catalogue.imarabe.org/lib/item?id=chamo:29751&fromLocationLink=false&theme=bima] _ Jamîl ibn Ma’mar (texte en arabe), Beyrouth : Dar Sader _ L’histoire lyrique d’un grand amoureux, Jamîl, le fou de Buthayna.  [{{Poèmes d’amour}}->http://bima-catalogue.imarabe.org/lib/item?id=chamo:44745&fromLocationLink=false&theme=bima] _ Omar ibn Abi Rabia ; édité et traduit par Odette Petit, Publisud, 1993.
Célèbre pour ses poésies amoureuses, il voua toute sa vie à Thorayya, une jeune femme issue de l’aristocratie hedjazienne. Sur Thorayya il écrit :
« Ses beautés m’ont ravi le cœur : pureté de son cou de gazelle, ou s’enroule une rangée de perles. Finesse d’une taille sous laquelle s’épanouissent des rondeurs bien pleines, dessinant les courbes des collines. Eclat du visage, vrai soleil parmi les nuages, disparaissant, majestueux, quand descend le soir. Dents espacées d’une bouche aux gencives rouge sombre, douce dont le goût ne rappelle aucune saveur connue. (…)  »

Cent un ghazals amoureux
Hafez de Chiraz ; traduit du persan, présenté et annoté par Gilbert Lazard, Gallimard, 2010.
Présentation éditeur
« Hâfez est le plus célèbre et le plus aimé des poètes lyriques de langue persane. Après six siècles de gloire, il est encore aujourd’hui le charmeur incomparable. On visite son tombeau à Chiraz comme on va en pèlerinage et on consulte le recueil de ses poèmes comme un oracle.
Le ghazal, poème d’amour par définition, transporte le lecteur dans un monde fictif peuplé et meublé
de tout un personnel et tout un matériel symboliques. On y rencontre des amoureux éperdus, des idoles irrésistibles, des gardiens inflexibles, des jardins paradisiaques, pleins de fleurs merveilleuses et d’oiseaux enchanteurs, envahis de brises parfumées et de zéphyrs messagers. L’Amour est la vraie piété. »

Les sept cités de l’amour
Farid al-Din Attar, Albin Michel, 2013.
Présentation éditeur :
« Les Sept Cités de l’amour rassemble cent des plus beaux poèmes (ghazals) que ‘Attâr a consacrés au thème intemporel de l’amour. Amour mystique, mais aussi amour charnel, amour-passion dans lequel l’âme se perd pour mieux se retrouver. Il s’agit d’un aspect majeur de l’œuvre du grand maître soufi, jusqu’alors complètement inédit en français.
Ce texte superbe est suivi d’un important essai historique et spirituel sur la mystique de ‘Attâr, Rûmî et Ibn ‘Arabî, par le grand spécialiste Michael Barry
. »

De l’amour et des amants : collier de la colombe sur l’amour et les amants traduit de l’arabe, présenté et annoté par Gabriel Martinez- Gros Sindbad, 1992 – Réédition Actes Sud, 2009.
Présentation :
« L’amour est une fitna, une sédition, une guerre civile. Aimer, c’est choisir, contre tous les autres, un seul être qui se distingue par l’amour même qu’on lui porte. C’est donner un sens singulier aux gestes, aux signes, aux mots. Car l’amant est un étranger au pays du partage, un barbare travesti dans la cité, hostile à ses lois, à ses usages. Et quelle force, sinon l’amour, serait en mesure de tisser dans la mémoire des liens qui uniraient les hommes, après avoir su rompre ceux du quotidien ? “L’amour commence en plaisanterie et s’achève gravement.” Ainsi commence ce traité universel qui mêle réflexions, souvenirs et poèmes pour évoquer, des prémices de la passion à la trahison, la séparation ou… l’abstinence, toutes les péripéties d’une relation amoureuse. » 

Quelques grands textes de l’amour mystique{{}}

Traité de l’amour
Ibn Arabi ; introduction, traduction de l’arabe et notes par Maurice Gloton
Albin Michel, 1986 (Collection Spiritualités vivantes)
Résumé :
« Ardent mystique considéré comme le maître du soufisme, Ibn al-Arabî (1165-1240) rédigea « Les Conquêtes mecquoises », cet immense corpus dans lequel s’insère « Le Traité de l’amour », entre 1203 et 1240. Dans cette oeuvre magistrale, l’Amour est envisagé sous toutes ses formes, naturelle ou physique, spirituelle et divine. Ibn al-Arabî les expose d’une manière particulièrement vivante en amoureux accompli qui a lui-même vécu et goûté intimement ces états, et illustre son propos de poésies de toute beauté, d’anecdotes de saints musulmans aussi bien hommes que femmes, en décrivant les différents attributs des amants véritables.
Il rapporte également les diverses perspectives sur l’amour qui ont été présentées avant lui par d’autres maîtres et poètes authentiques. Maurice Gloton, traducteur et présentateur expérimenté des grands soufis, s’est efforcé de rendre le ton profondément original de ce joyau de la littérature spirituelle universelle. »

Rûmî : la religion de l’amour
Jalal al-Din al-Rumi , Points éditions, 2011.
Mohammad Jalâl al-dîn Rûmî (1207-1273) fut l’un des poètes les plus inspirés de la littérature persane et l’un des mystiques les plus incandescents de l’islam spirituel. 

Poèmes mystiques
Hussein Mansour Al- Hallaj ; calligraphie, traduction de l’arabe et présentation par Sami- Ali Sindbad , 2006.
Présentation éditeur :
« Fulgurante figure de la mystique en Islam, Hussein Mansour al-Hallâj appartient à cette rare pléiade de poètes pour qui la poésie fait un avec la pensée. Cela ne saurait se produire que si la poésie est sublime et la pensée profonde. Cependant, puisque Hallâj est avant tout un mystique, un des plus grands de tous les temps, l’unité de la pensée et de la poésie chez lui trouve sa justification dans une expérience de la totalité qui sert à exprimer une relation unique à l’Unique. »

La littérature et la calligraphie arabes célébrant l’amour {{}}

Amour et passion 
Jalâl ud-Din Rûmi et Salah Moussawy, Éditions Bachari, 2005.
Résumé :
« Tracer les formes de l’Amour avec son calame, maints calligraphes s’y sont essayés pour partager l’essence du mot et l’exprimer dans le signe qui lui donne un nouveau souffle, une autre vie. Calligraphier l’Amour c’est entrer dans la ronde de la lettre et de l’esprit en une danse sensuelle qui unit le calligraphe au poète, le calligraphe au mystique. Salah Moussawy, en se replongeant dans les vers inégalés du grand mystique Jalal ud-Din Rûmi, nous fait redécouvrir dans cet ouvrage les doux tourments de la quête divine à travers de magnifiques calligraphies. »

Douze méditations sur l’amour 
Muhammad Ibn Ali Muhyi al-Din Ibn `Arabi et Lassaâd Metoui, Lassaâd, Dervy éditions, 2014.
Traité sur l’amour dans la religion islamique, dans son triple aspect divin, spirituel et naturel.

Quelques titres de la littérature érotique{{}}

Les Mille et Une Nuits : contes érotiques
Van Dongen, Kees (illustration) & Mardrus, Joseph Charles (traduction) & Saiah-Baudis, Ysabel Hazan, 2012
Une sélection de contes teintés d’amour et d’érotisme, avec les illustrations du peintre d’origine néerlandaise Kees Van Dongen (1877-1968).

Les délices des coeurs ou Ce que l’on ne trouve en aucun livre
Ahmad ibn Yusuf ibn Ahmad al-Qays i al-Tifasi, Phébus, 1998.
Président éditeur
« Récits érotiques d’un des grands conteurs du Moyen Age arabe, Al-Tifachi (1184-1253), esprit cultivé et voyageur, s’intéressant à toutes les bizarreries du comportement humain, et particulièrement à celles de l’amour. »

Le Jardin parfumé : manuel d’ érotologie arabe : XVIe siècle
Cheikh Nefzaoui ; choix des illustrations et calligraphies de Lassaâd Métoui, Paris- Méditerranée, 2003.

Les Fleurs éclatantes dans les baisers et l’accolement
Ali Al-Baghdādī ; traduction intégrale sur les manuscrits arabes par René R. Khawam, Albin Michel, 1973.

Ephèbes et courtisanes 
Al- Jahiz ; traduction de l’arabe par Maati Kabbal ; préface et notes de Malek ChebelParis : Rivages, 1997.
Présentation éditeur
« Dans cet éloge des éphèbes et courtisanes al-jahiz (776-869) a exhumé une partie du patrimoine érotique arabe. Il est l’inventeur d’un genre littéraire (adab), sur lequel repose l’ensemble de la littérature classique arabe.Ce livre rare et inattendu apporte une vision originale de la richesse de l’imaginaire érotique arabo-musulman tel qu’il a survécu, depuis les origines, à travers tous les aléas de l’histoire. »

Textes de la période moderne et contemporaine {{}}

Le bréviaire arabe de l’amour
Ibn Kamal Pacha, Ahmad ibn Souleiman Philippe Picquier éd., 1998.
Résumé :
« Livre écrit au début du XVIe siècle à la demande du sultan Sélim Ier. Son auteur a compilé toute la science de son temps, héritée des Grecs, de la Perse et de l’Inde, retravaillée par la médecine arabe, pour venir en aide à son maître devenu impuissant. Le texte mélange volontiers les genres : méditations, recettes, contes, récits, poésie. »

Souviens-toi ramier : contes d’amour kabyles présentés et édités par Tassadit Yacine
Edition Non lieu, 2017.
22 contes recueillis dans les villages de la Kabylie dans les années 1980.

Lexique amoureux
Adonis, Gallimard, 2018.
Un recueil sur le thème de l’amour par l’un des plus grand poètes arabes contemporains.

Pour aller plus loin…{{}}

L’amour dans les pays musulmans
Fatima Mernissi- Albin Michel, 2009
Résumé :
« Dans les pays musulmans, l’amour a été l’objet de nombreux traités de penseurs arabes. En mêlant humour et savoir historique, F. Mernissi rappelle l’importance de la beauté et de la séduction et revient sur les clichés et les fantasmes afférents aux courants islamistes. A l’écoute des évolutions numériques, elle traduit ces changements médiatiques comme une chance pour l’Orient et l’Occident. »

L’amour des garçons en pays arabo- islamiques XVIe- XVIIIe siècle
Khaled El- Rouayheb ; traduit de l’anglais (États-Unis) par Dimitri Kijek, EPEL, 2009.
Résumé :
« On savait depuis des siècles que l’homosexualité masculine était honorée ou pratiquée dans la culture arabo-islamique. Des voyageurs occidentaux l’avait évoquée, des romans ou des études l’ont parfois décrite ou y ont fait allusion, mais il n’y avait jamais eu jusqu’alors de recherche approfondie ou systématique sur le sujet. Par ce travail qui réunit un grand nombre de données issues de textes poétiques, théologiques, coraniques, historiques, juridiques et littéraires, Khaled El-Rouayheb comble une importante lacune de notre savoir sur l’érotisme masculin dans le monde arabo-islamique à l’aube de notre modernité. »

Le Kama-Sutra arabe : deux mille ans de littérature érotique en Orient
Malek Chebel, Paris : Pauvert, 2006.
Un ouvrage très bien documenté et présenté qui traite de tous les genres d’amours, à commencer par l’amitié amoureuse. « Certains textes étant traduits ici pour la première fois, le Kama-sutra arabe, qui tient autant de L’art d’aimer d’Ovide ou de De l’amour de Stendhal que du Kama-sutra indien, est d’abord un hymne à l’amour sous toutes ses formes, exploré, sans complexe ni tabou. »

EurêkoiBibliothèque de l’Institut du monde arabe

https://www.eurekoi.org/quels-sont-les-grands-auteurs-arabes-et-maghrebins-qui-ont-traite-du-theme-de-lamour/?print=print

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Le Livre de volupté (Bah Nameh) traduit du turc par Abdul-Haqq Effendi - Qizmich-Aga (Gay et Doucé), 1878.

Texte sur une seule page (avec illustrations explicites) – [L’implicite se réfère à ce qui n’est pas clairement exprimé mais sous-entendu, tandis que l’explicite concerne ce qui est explicitement déclaré ou exprimé de manière évidente]

Table des matières - Extraits{{}}

 5 - Avertissement de l’Éditeur. Des éditeurs connus de Bruxelles viennent de publier « Le Sottisier de Nasr-Eddin-Hodjà », présentant ce livre comme le plus remarquable de notre littérature turque. Jaloux de montrer aux yeux étonnés des nations occidentales que nous autres, Musulmans orthodoxes, nous savons savourer, tout comme eux, les délices de l’amour et en décrire les jouissances dans nos livres, nous éditons un ouvrage, modèle du genre, bien digne de figurer côte à côte avec leur « Thérèse philosophe, » leur « Diable au corps, » leur « Confession galante d’une femme » et autres ouvrages analogues. Nous espérons que les Chrétiens des pays situés au soleil couchant, après la lecture de notre livre, sauront enfin juger honnêtement du caractère de l’esprit des vrais Croyants de l’Orient.

Préface du Traducteur - Le Livre sacré, a dit (Sourate II verset 23) : Les femmes sont votre champ, allez à votre champ comme vous voudrez. Et le commentaire sacré ajoute : Allez à votre champ comme vous voudrez, c’est-à-dire usez de vos femmes debout, assises, couchées sur le dos ou sur le ventre.

L’ouvrage qui suit n’est que l’amplification de cet enseignement infaillible.

Rien ne plaît davantage au Seigneur que de voir l’homme apprécier ses dons. Les détailler sous toutes leurs formes et chercher à tirer, de chacun, la plus grande somme de satisfaction et de jouissance : c’est là une manière de lui rendre hommage, c’est une prière où l’action remplace la parole.

Puisse donc l’œuvre suivante porter le lecteur à glorifier Dieu, en goûtant, dans un esprit de reconnaissance, toutes les voluptés dont il lui a plu de placer la source chez la femme ! Puisse une partie des mérites ainsi acquis par leur incitation, rejaillir sur l’auteur et sur l’humble traducteur de ce livre ! Puisse enfin chacun de nous savourer, par surcroît et comme récompense, les délices que les houris célestes réservent aux fidèles qui marchent dans la voie droite, dans la voie du salut.

Lire la suite de la Table des matières pour avoir accès au texte rapporté ici sur le site source > https://fr.wikisource.org/wiki/Le_Livre_de_volupt%C3%A9

Vignette pour le Livre de volupté

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    Ouvrage – « Le Livre de la volupté - Pour que le vieillard recouvre sa jeunesse »

    Image of Le Livre de la volupté - Pour que le vieillard recouvre sa jeunesse

Le Livre de la volupté - Pour que le vieillard recouvre sa jeunesse – 1ère de couverture - https://www.amazon.fr/Livre-volupt%C3%A9-vieillard-recouvre-jeunesse/dp/B004ORAFNM?ref_=ast_author_dp&th=1&psc=1

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    Pour terminer ce dossier, approfondissement de la place des femmes dans l’islam selon Wikipédia {{}}
    La place des femmes dans l’islam est le résultat complexe et mouvant de l’interaction entre les différentes sources religieuses musulmanes, leurs interprétations ainsi que l’histoire et la tradition des pays à majorité musulmane. De ce fait, si de manière générale, la charia définit de profondes différences entre le rôle, les droits et les obligations des hommes et des femmes en islam, le statut de la femme dans les différents courants islamiques et dans les différents pays musulmans est soumis à une grande variété, notamment en ce qui concerne le régime des mariages et des divorces, le code vestimentaire, ou encore le statut légal, les droits civiques et l’accès à l’éducation des femmes.

Des pays à majorité musulmane ont déjà eu des chefs d’État ou de gouvernements féminins : Benazir Bhutto (morte assassinée) au Pakistan, Mame Madior Boye au Sénégal, Tansu Çiller en Turquie, Kaqusha Jashari (en) au Kosovo, Megawati Sukarnoputri en Indonésie, ainsi que Khaleda Zia et Sheikh Hasina au Bangladesh.

Le Coran, livre sacré de l’islam, établit quant à lui dans le verset 34 de la quatrième sourate que : « Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci », ainsi que : « Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises »[1].

Cadre historique{{}}

Le statut des femmes en Arabie préislamique Article connexe : Femmes dans les sociétés arabes.

Vision traditionnelle{{}}

Afin d’évaluer les effets de la religion musulmane sur le statut des femmes, de nombreux auteurs ont débattu de leur rôle dans la société préislamique en Arabie, rôle évidemment sujet à d’autant plus de débats et de polémiques que concernant cette période les sources historiques non musulmanes sont rares.

La position traditionnelle, notamment partagée par les musulmans et de nombreux orientalistes, représente ce statut préislamique comme particulièrement peu enviable : les pratiques de l’infanticide féminin et de la polygynie illimitée auraient été courantes. Selon cette thèse, les réformes de Mahomet auraient amélioré le statut des femmes en instituant pour elle un droit de propriété, de succession, d’éducation, de divorce. Hors du strict cadre de la légalité, les recommandations de Mahomet inciteraient les maris à un meilleur traitement des femmes[2].

Parmi les hadîth de Mouhammad al-Boukhârî et notamment Al-Jâmi’us-Sahih, le livre le plus authentique selon les savants sunnites, on trouve des citations qui soutiennent cette thèse : « Pendant la Jahiliyya, nous ne donnions aucune valeur à la femme, lorsque l’Islam est venu et qu’Allah a parlé d’elles, nous avons compris qu’elles ont des droits sur nous » de Omar ibn al-Khattâb. Pour l’infanticide, le sujet est traité entre autres dans la sourate pré-Hégire 16, 58-59 : « Et lorsqu’on annonce à l’un d’eux une fille, son visage [le père] s’assombrit et une rage profonde [l’envahit]. Il se cache des gens à cause du malheur qu’on lui a annoncé. Doit-il la garder malgré la honte ou l’enfouira-t-il dans la terre ? [le prophète :] Combien est mauvais leur jugement ! » et (sourate pré-Hégire 81, 8-9) « … et qu’on demandera à la fille enterrée vivante, pour quel péché elle a été tuée[3],[4],[5]. »

Recherches et critiques de la vision traditionnelle{{}}

Certains historiens comme Arnold Joseph Toynbee (XIXe siècle) considèrent que cette vision d’une Arabie préislamique misogyne ne serait qu’un des aspects d’une légende noire entourant la « Jahiliya »[réf. nécessaire].

La place des femmes dans certains textes musulmans attesteraient que dans la société mecquoise elle-même le statut de la femme n’était pas aussi sombre que la vue traditionnelle le présente. Le fait que la mère de Muawiya Ier ou même la première épouse de Mahomet, Khadija bint Khuwaylid, étaient des négociantes libres d’embaucher des hommes en serait l’une des illustrations[6]. Cette indépendance économique est attestée par certaines inscriptions pré-islamiques[7].

Les inscriptions permettent d’illustrer une indépendance religieuse de certaines femmes[7]. Des prêtresses sont attestées dans certains cultes avec les mêmes titres que les hommes :

« On connaît peu de choses sur ces femmes. Elles semblent jouir de la même liberté et de la même fonction que les hommes[8]. »

Des cas de matrilinéarité et probablement de transmissions d’héritage sont connus en Arabie préislamique[8].

Des écrits[9] lisent l’histoire du genre féminin au temps médiévaux comme un espace clos dans lequel les femmes subissent la contrainte et le joug de la gent masculine[10]. D’autres chercheurs[11] tendent à nuancer la conception d’une femme muette et inactive, et apportent une nouvelle approche historiographique en tentant de défaire les thèses de femmes ignorées de l’histoire islamique. Sous un prisme social, économique, juridique et en analysant à différentes échelles le parcours de femmes dans les sources médiévales à l’instar de la poésie, de l’adab ou encore des sources biographiques, (abaqât-s), la recherche propose une relecture de la position sociale du genre féminin[12].

Après l’islamisation{{}}

Articles détaillés : Mariages arabes préislamiques et Réformes de la société par Mahomet.

Certains auteurs considèrent que le statut des femmes se serait dégradé après l’islamisation en Arabie. Selon l’historien Jean-Paul Roux, le statut « très inférieur de la femme en terre d’islam » ne marque pas un progrès sur celle de l’Arabie préislamique mais un « retour en arrière »[6].

Les sources de l’islam primitif montrent une dichotomie dans son rapport aux femmes. Dès 1913, Mansour Fahmy met en valeur dans sa thèse des différences entre une période favorable aux femmes et une seconde à Médine moins[13].

Selon Anne-Marie Delcambre, le statut de la femme est inférieur à celui de l’homme parce que femme mais aussi en raison du risque de péché lié à la sensualité féminine. Ces éléments se retrouvent dans le Coran et les Hadtiths[14].

Ibn Ishak raconte dans sa Sira certaines oppositions féminines, parfois violentes, aux réformes de Mahomet. Cette résistance a été étudiée par Charles Pellat[6].

Parmi les auteurs défendant une dégradation du statut de la femme, certains ne l’attribuent pas spécifiquement à l’islam lui-même. Ainsi la saoudienne Hatoon al-Fassi , tout en considérant que les femmes jouissaient d’une bien plus grande liberté chez les Sabéens et que l’introduction de la charia a conduit à une régression, considère que c’est l’incorporation frauduleuse de normes provinciales gréco-romaines dans la loi islamique qui est à l’origine de la situation des femmes en Arabie depuis l’islam[réf. incomplète].

À l’inverse, Ghassan Ascha considère que l’infériorité des femmes se trouve dans les textes des origines de l’Islam[15].

Parmi les auteurs non musulmans considérant que le statut des femmes s’est amélioré après l’islamisation de l’Arabie, certains ne considèrent pas l’islam comme sa cause principale. Dans le cadre d’une analyse marxiste, Valentine Moghadam pense par exemple qu’elle résulte essentiellement de l’urbanisation, des progrès économiques, de la « prolétarisation » et des stratagèmes politiques des dirigeants[16].

Mary Wortley Montagu, épouse de l’ambassadeur du Royaume-Uni auprès de l’Empire ottoman de 1716 à 1718, est la première à remettre en question la vision négative que certains occidentaux se font de la situation de la femme en terre d’islam. Ayant côtoyé de près les femmes ottomanes, elle envie les libertés dont elles jouissent (absente chez les femmes chrétiennes européennes de son époque) et va même jusqu’à les qualifier de « seul peuple libre de l’empire » dans ses Lettres turques[17]. Cette remise en question est également partagée par des historiens, notamment anglo-saxons. En effet, depuis la fin des années 1990, un nouveau courant historiographique se forme, dont l’objectif est de réécrire l’histoire du monde musulman médiéval en y incorporant les femmes et en tentant de combattre les préjugés et stéréotypes qui s’y attachent. Par exemple, dans la préface de l’ouvrage collectif Women in the Medieval Islamic World. Power, Patronage, Piety, l’historien Gavin E.G. Hambly, qui en est l’éditeur, déclare :

« For the most part, Europeans and Americans (and some Muslims) have stereotyped Women in the Islamic world as passive, victims of male oppression, without rights, without individuality, and without voices[18]. »

L’ouvrage se présente donc, le premier dans le genre, comme une contre-attaque dont le but est de montrer que les femmes à cette époque possédaient une place dans la société : en tant que reine, jouissant d’une influence considérable à l’instar de Dayfa Khatun (m. 1242), reine d’Alep ou encore Zubayda (m. 831), reine abbasside qui frappait monnaie en son propre nom, marque de royauté et de pouvoir dans le monde musulman médiéval ; en tant qu’érudites et intellectuelles comme la mathématicienne Amat al-Wahid Sutaita al-Mahamli (m. 987)[19] ou encore Myriam al-Asturlabi (Xe siècle) ou bien comme lettrées et savantes à l’image de Zaynab bint al-Kamal (m. 1339)[20] ou Fatima bt. Ali al-Husayn b. Jadda[21], enseignante de Damas ainsi décrite par le savant sunnite Ibn ’Asakir.

Depuis le XIXe siècle : l’islam entre émancipation des femmes et fondamentalisme

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Benazir Bhutto est la première femme issue d’élection à diriger un pays musulman.

Au début du XXe siècle, un mouvement féministe apparaît dans plusieurs pays musulmans, par exemple avec la fondation par Huda Sharawi de l’Union féministe égyptienne en 1923. Le Code personnel tunisien (1956), tout en affirmant être en concordance avec le droit musulman, a été l’un des codes les plus progressistes institué dans un pays musulman. Depuis les années 1980, un mouvement désigné par l’expression « féminisme islamique » inclut des personnes telles que Amina Wadud, conteste l’interprétation d’un certain nombre de hadith et lutte pour une égalité des droits à l’intérieur même de la sphère religieuse, et non seulement séculière.

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Femme portant la burqa en Afghanistan, 2005.

Au Maroc, la réforme en 2004 de la Moudawana, le droit familial, a rendu quasiment impossible la polygynie et étendu le droit au divorce à la femme ; le Code de la famille algérien a également été réformé, et le statut des femmes en Tunisie a connu de nouvelles modifications, touchant, entre autres, à la filiation.

Avec l’émergence de l’islam politique dans les années 1970, la condition des femmes s’est dégradée dans plusieurs pays comme en Iran ou au Soudan, avec le cas-limite de l’Afghanistan sous les talibans. Dans ce courant, la justification du refus de droits égalitaires et les discriminations pour les femmes repose sur la Charia[22].

Cette vision s’appuie sur le texte coranique (sourate 2, verset 228) pour défendre une inégalité de statut entre les hommes et les femmes[22]. Ainsi, la sourate 2, verset 282 défendrait, pour eux, une l’équivalence entre un homme et deux femmes.

Y. Qaradhâwî, appartenant au mouvement des Frères musulmans, déclare :

« L’homme est le seigneur de la maison et le maître de la famille d’après sa constitution, ses prédispositions naturelles, sa position dans la vie, la dot qu’il a versée à son épouse et l’entretien de la famille qui est à sa charge[23]. »

Pour certains auteurs, cette vision négative de la féminité et de la femme dans l’islam dépasse le cadre de l’islamisme[24].

Statut et droits des femmes dans les traditions islamiques{{}}

Étant formé de courants différents, l’islam ne possède pas en tant que tel un statut ou un ensemble de droits de la femme bien défini. Mais les textes religieux évoquent certains points liés aux droits des femmes. L’interprétation de ces textes religieux, incluant la signification unitaire de mots et l’application des textes en fonction de leur articulation avec d’autres, dépend du courant (sunnisme, chiisme), de l’école juridique des personnes qui interprètent ces textes (exemple : hanafisme, malékisme, hanbalisme, chaféisme, jafarisme, zaïdisme, etc.), de la date de ces interprétations (avant/après les phases coloniales), et de la sensibilité de ses interprètes (traditionalistes, néo-traditionalistes, progressistes, réformateurs) conjuguée à leurs convictions « cosmologiques » (approche patriarcale ou égalitaire). Ces traditions islamiques recouvrent non seulement les versets des sourates du Coran, mais aussi les hadiths et la jurisprudence islamique, de sorte qu’il est périlleux de retenir la traduction d’un verset pour en tirer une conclusion sur sa signification, et a fortiori sur son application[25].

Droits et devoirs{{}}

Plusieurs versets coraniques statuent sur les droits et les devoirs des femmes en islam (le verset cité concerne les femmes divorcées).

« Et les femmes divorcées doivent observer un délai d’attente de trois menstrues ; et il ne leur est pas permis de taire ce qu’Allah a créé dans leurs ventres, si elles croient en Allah et au Jour dernier. Et leurs époux seront plus en droit de les reprendre pendant cette période, s’ils veulent la réconciliation. Quant à elles, elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance. Mais les hommes ont cependant une prédominance sur elles. Et Allah est Puissant et Sage. »

—  Coran 2:228

Responsabilités{{}}

Article détaillé : Droit musulman du mariage.

La qawâma rappelle à l’homme l’importance de sa responsabilité à l’égard des femmes en général et de la ou les siennes en particulier, elle implique pour lui de nombreux devoirs :

  • La cohabitation totale avec l’épouse et la fidélité inviolable à son égard. Si le mari doit voyager sans sa femme, il doit avant tout lui en demander la permission. L’époux n’a pas le droit de la laisser seule pendant une longue durée (il n’a pas le droit de la quitter plus de quatre mois), ni de s’absenter incessamment même pendant de courtes durées, et moins encore de l’abandonner seule au foyer conjugal pour s’occuper d’autre chose. Car nulle chose ne mérite une telle occupation plus que sa propre femme, à moins que l’absence n’ait un motif valable aux yeux de sa compagne. Sinon, l’épouse a le droit de se considérer comme étant abandonnée. Elle peut en ce cas demander la dissolution du mariage aux autorités compétentes, et cela quand bien même le mari lui assurerait une pension suffisante versée par lui-même à sa famille. Le droit conjugal est clair à ce propos, puisqu’il ne permet pas à l’époux de se libérer des obligations de cohabitation et de fidélité sous prétexte qu’il assume l’entretien du ménage[réf. nécessaire].
  • L’entretien constant, la réponse favorable à ses besoins : l’époux est tenu légalement de satisfaire sa compagne sexuellement. C’est un devoir conjugal auquel il ne peut pas se soustraire. Le droit conjugal exige de l’époux de ne pas pousser sa femme à se plaindre de lui, sinon il rendra en compte devant les instances compétentes en la matière. S’il n’obtempère pas, on prend acte des plaintes de l’épouse et le divorce est prononcé en la faveur de cette dernière[réf. nécessaire].
    Le Coran astreint l’époux à la fidélité absolue, ce qui signifie explicitement que le musulman marié est tenu de n’avoir des relations charnelles qu’avec sa propre femme. À défaut de quoi il sera puni par un châtiment approprié et sa femme a le droit de divorcer si elle le désire[réf. nécessaire].

Selon les docteurs de l’islam, si l’adultère est un crime nécessitant une punition, la fidélité est un devoir méritant les honneurs. Si l’époux a convenu avec sa femme de ne pas épouser d’autres femmes, il est tenu de respecter cet engagement et doit s’en abstenir totalement. Dans les pays où la polygynie est prohibée, la cohabitation clandestine avec d’autres femmes est interdite[réf. nécessaire].

Droit à la propriété{{}}

Selon le Coran, une femme peut avoir des propriétés. Le Coran déclare[26] :

« Les hommes auront chacun la portion qu’ils auront gagnée, et les femmes la portion qu’elles auront gagnée. »

—  4/32

Elle peut établir des contrats, faire des échanges, s’engager dans le commerce.

Certains versets coraniques instituent une soumission de la femme au mari et un devoir d’obéissance. En effet on retrouve bel et bien dans le Coran une répartition différente des rôles selon le sexe. Par exemple les femmes sont placées en position d’infériorité, et en retour les hommes ont le devoir de subvenir aux besoins des femmes :

« Les hommes sont supérieurs aux femmes à cause des qualités par lesquelles Dieu a élevé ceux-là au-dessus de celles-ci, et parce que les hommes emploient leurs biens pour doter les femmes. Les femmes vertueuses sont obéissantes et soumises : elles conservent soigneusement pendant l’absence de leurs maris ce que Dieu a ordonné de conserver intact. Vous réprimanderez celles dont vous aurez à craindre la désobéissance ; vous les reléguerez dans des lits à part, vous les battrez ; mais, dès qu’elles vous obéissent, ne leur cherchez point querelle. Dieu est élevé et grand. »

—  4/34

Droit à l’instruction{{}}

Le Prophète de l’islam avait réservé un jour de la semaine où il enseignait uniquement aux femmes et répondait à leurs questions[réf. nécessaire]. Afin de comprendre l’importance de l’enseignement des femmes pour Mahomet, citons le hadith que Bukhari rapporte :

« Quiconque possède une esclave, lui donne un enseignement et un bon enseignement, lui procure une éducation et une bonne éducation, et ensuite la libère pour l’épouser comme une femme libre, un tel homme aura double récompense de la part de Dieu. »

—  3:41

Ce qui veut dire que le fait qu’un homme instruise une femme donne droit à une récompense de la part de Dieu.

Selon Muhammad Hamidullah, on compte vingt femmes juristes parmi les compagnons[27] et une femme imam nommée par le Prophète à Médine (qui dirigeait la prière des hommes et des femmes), elle s’appelait Umm waraqah bint ’Abdallah b. al-Hârith[28].

L’islam a décrété que la recherche du savoir est un devoir. Aux premiers temps de l’islam, les hommes n’hésitaient pas à interroger sur des questions d’ordre juridique Aïcha (elle était juriste[réf. nécessaire]), la femme du Prophète, dont l’autorité en la matière était reconnue par les plus grands savants de l’islam.

Aujourd’hui encore, dans un grand nombre d’universités musulmanes, les femmes jouent un rôle essentiel, aussi bien dans l’enseignement des sciences techniques que des sciences religieuses[réf. nécessaire]. Pourtant, plusieurs pays à majorité musulmane montrent de profondes différences dans l’éducation entre les hommes et les femmes[29]. Si plus de la moitié des hommes sont illettrés, cela touche 70 % des femmes[30].

En 2012, le World Economic Forum a mesuré les différences entre genre dans l’éducation. Quatorze des 15 pays ayant le plus de différences sont à majorité musulmane[31].

Valeur du témoignage, déficience intellectuelle et religieuse{{}}

L’islam considère le témoignage de la femme comme l’équivalent de la moitié de celui de l’homme :

« Demandez le témoignage de deux témoins parmi vos hommes. Si vous ne trouvez pas deux hommes, choisissez un homme et deux femmes, parmi ceux que vous agréez pour témoins, en sorte que si l’une d’elles s’égare, l’autre puisse lui rappeler. »

—  Coran 2:282

Ce statut de la femme dans le témoignage se retrouve dans certains hadiths relatant le jugement du prophète sur les femmes en général :

« Le Prophète a dit : ’Le témoignage d’une femme n’est-il pas égal à la moitié de celui d’un homme ? » Les femmes ont dit, ’oui.’ Il a dit, ’C’est en raison de la déficience de l’esprit de la femme.’ »

—  Sahih al-Bukhari, Volume 3, livre 48, N°826

« Un jour, l’Apôtre d’Allah est allé à Musalla pour Id-al-Adha ou la prière d’Al-Fitr. Alors il est passé par les femmes et a dit : ’Ô Femmes ! Faites l’aumône parce que j’ai vu que la majorité des occupants du feu de l’enfer sont vous (les femmes).’ Elles demandèrent : ’Pourquoi en est-il ainsi, Ô Apôtre d’Allah ?’ Il répondit : ’Vous maudissez fréquemment et vous êtes ingrates envers vos maris. Je n’ai jamais rien vu de plus déficient en intelligence et en religion que vous. Un homme sensible et sensé pourrait être égaré par quelques-unes d’entre vous. ’ Les femmes demandèrent : ’Ô apôtre d’Allah ! Qu’y a-t-il de déficient dans notre intelligence et notre religion ? Il dit : ’La preuve apportée par deux femmes n’est-elle pas équivalente à celle d’un seul homme ? ’ Elles répondirent par l’affirmative. Il dit : ’C’est l’insuffisance dans leur intelligence. N’est-il pas vrai qu’une femme ne peut ni prier ni jeûner pendant ses règles ?’ Les femmes répondirent par l’affirmative. Il dit : C’est l’insuffisance dans leur religion.’ »

—  Sahih al-Bukhari, Volume 1, livre 6, N°301

Héritage{{}}

Article détaillé : Droit musulman des successions.

La femme musulmane hérite de ses parents, de son mari, de ses enfants. Il est vrai que les versets coraniques relatifs à la succession contiennent un verset qui désigne une part pour la femme et les deux restant pour l’homme :

« Quant à vos enfants : Dieu vous ordonne d’attribuer au garçon une part égale à celle de deux filles… »

—  « Les femmes », sourate 4, 11

En contrepartie de cela, il incombe au mari d’assurer les dépenses, l’habillement et le logement de la femme, ainsi que de payer la dot qui est souvent élevée[32]. Contrairement à la femme qui, si elle veut, peut travailler mais le mari n’a aucun droit de regard sur son argent[33].

La question de la différence successorale entre les deux sexes - qui porte atteinte à la vision de la femme au niveau de sa capacité - porterait selon certaines exégèses[34] d’un cas unique n’impliquant pas de conséquence sur la capacité de la femme en tant que telle. Néanmoins, si c’est dans un seul cas qu’on attribue à la femme la moitié de ce qu’on attribue à l’homme, cette exégèse n’explique pas pourquoi aucune règle générale ne traite alors des droits successoraux de la femme de manière constante et immuable et pourquoi seul ce cas particulier est traité.

La philosophie de la succession en islam se distingue non par la masculinité et la féminité, mais par les droits et les devoirs imposés à chacun des deux sexes. Voir la place de la femme dans le droit successoral musulman.

La femme dans le cadre marital{{}}

Relation sexuelle{{}}

L’islam fait une distinction entre le Mariage et le concubinage. La Relation sexuelle conjugale est considérée comme un acte d’adoration et la relation charnelle extra-conjugale comme un péché[réf. nécessaire]. Le Coran n’impose aucune restriction dans l’acte charnel, qu’il considère comme tout à fait naturel. Hormis la sodomie, condamnée par les hadiths, toutes les pratiques sexuelles sont permises entre deux époux :

« Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme [et quand] vous le voulez »

—  2/223

Divers hadiths vont dans le sens du devoir moral de la femme de répondre aux besoins de son époux (un devoir réciproque) :

« Une femme ne doit jamais se refuser à son mari, fût-ce sur le bât d’un chameau[35]. »

Le viol [Lequel ?] est sévèrement puni. Une peine supplémentaire peut être fixée par le juge en fonction de la gravité des violences (ta’zir). S’il s’agit d’un viol extraconjugal, la peine minimale est, d’office, la peine de mort par lapidation [36].

Polygamie{{}}

Dans l’Arabie préislamique, la polygamie n’était pas limitée en nombre chez les Arabes, l’Islam la limite à quatre [37]. Certains auteurs défendent l’existence d’une polyandrie en Arabie préislamique.

Dans les pays où elle est permise, la polygamie est limitée à la tétragynie (quatre épouses maximum), avec l’obligation d’accomplir vis-à-vis de chacune également ses devoirs de mari. Selon Anne-Marie Delcambre, docteur française d’État en droit à l’université Paris-Sorbonne, docteur en civilisation islamique Islamologue et professeur d’arabe littéraire au lycée Louis-Le-Grand « […] Mahomet de Médine, un Prophète devenu abondamment polygame, puisqu’il épousa treize femmes »[38].

D’après le livre Le mariage, un nouveau départ dans la vie de Muhammad Ibn Ibrâhîm al-Hamad, savant et prêcheur saoudien, docteur en dogme islamique à l’université islamique d’Al-Qassim (Arabie-Saoudite), et écrivain, lorsqu’un homme se présente pour une demande en mariage (et qu’il est déjà marié), certaines femmes et leurs tuteurs posent comme condition qu’il divorce de sa première épouse. Toujours selon le texte, cette attitude est mal perçue car elle est signe d’égoïsme, de fermeture d’esprit et d’avarice, mais aussi d’injustice et iniquité : « Si on lui pose comme condition de divorcer de sa coépouse, cette condition ne sera pas valable selon ce que rapporte Abû Hurayra qui dit : ’Le prophète a interdit que la femme exige le divorce de sa sœur’ »[39].

Modalités de séparation des époux{{}}

Article détaillé : Talâq.

Le mot Talâq, qui signifie séparation entre les deux époux, nécessite la présence des deux parties devant le juge qui ordonne ce divorce après que les familles des mariés ont tout entrepris en vue de les réconcilier. Le Talâq est donc considéré comme un ultime recours et impose que l’un des deux membres du couple invoque des arguments sérieux qui puissent justifier une séparation. Un divorce est souvent vécu comme un drame. L’islam ne contraint pas deux époux à demeurer unis toute la vie, si cette union n’est plus viable.

De plus, dans de nombreux pays, même à majorité musulmane (dont l’Arabie saoudite), le divorce, plus égalitaire, peut être choisi comme mode de séparation[40]. La femme peut en théorie renvoyer un époux violent, paresseux ou incapable, à l’aide d’une disposition scripturaire appelée le khul (ÇáÎáÚ), rarement appliquée.

Si la femme n’a pas recours à la formule du ’talâq’, elle a cependant recours à l’une des trois possibilités suivantes :

  • Soit elle demande à son mari de prononcer la formule de divorce et le mari le fait ;
  • Soit elle lui propose le khul : elle lui rend le douaire (mahr) qu’il lui avait donné au moment du mariage (nikâh) et tous les deux mettent fin à leur état conjugal ;
  • Soit elle porte plainte auprès du cadi (juge en pays musulman) pour un certain nombre de griefs, après examen du dossier, le juge prononce le divorce (appelé taf’rîq). Le mari ne peut pas s’y opposer ni faire appel.
    Parmi ces griefs il y a : coups et blessures, abandon du foyer par le mari, refus de subvenir aux besoins financiers de l’épouse, impuissance sexuelle, présence chez le mari d’une maladie repoussante, etc. ; il y a même comme cause valable une aversion pour le mari entraînant la décision de ne plus vouloir vivre avec lui.

Violences faites aux femmes{{}}

Violence conjugale selon le Coran{{}}

Article détaillé : Violence familiale dans l’islam.

« […] Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand. […] »

—  Coran 4:32-34, « Les femmes »

La nuit de la révélation de ce verset, une nuée de femmes vinrent autour de la demeure du Prophète pour se plaindre de leurs maris. Le Prophète dit : « Cette nuit soixante dix femmes se sont rendues chez la famille de Muhammad, toutes se plaignaient de leurs maris, mais ceux-là ne sont pas vos meilleurs. » Le Cadi Abu Bakr Ibn al-Arabi commenta cette dernière expression en disant : « Il autorisa cette pratique et exhorta pour son abandon », précisant par cela que les finalités de la charia exigent l’abandon[41].

Selon l’historien Mohamed Talbi, ces versets furent descendus entre la fin du troisième et le début de la cinquième année de l’hégire. Le passage sur la violence conjugale traite la question du mariage quand il dérive vers le fiasco[42]. En fait, le Prophète avait interdit de battre les femmes pendant les trois années précédant la révélation de ce verset. Le prophète visait à faire cesser la violence des hommes envers les femmes et à prescrire la loi du talion pour les contrevenants. Le résultat fut que la situation s’envenimait, les plaintes des deux camps se multipliaient, et les femmes se « rebellèrent » contre leurs maris d’une manière quasi provocante selon l’historien. L’expérience du Prophète finit par mal tourner parce que les musulmans n’étaient pas préparés à admettre l’égalité totale homme-femme. Il affirme que « le messager avait tracé, avec le soutien et l’agrément de Dieu, la direction et la finalité, mais ce qu’avait voulu Dieu était meilleur dans la réalité de l’époque et ses circonstances »[43]. Plusieurs oulémas renient la correction de l’épouse par la violence car cela répugnait le Prophète de l’islam comme Mohamed Tahar Ben Achour ou le pieux successeur parmi les jurisconsultes les plus glorieux Âata ben Asslam Ben Safouane Ben Abi Rabah (647-732)[44].

Lors du serment d’adieu, le Prophète recommanda aux hommes de « craindre Dieu en ce qui concerne les femmes », et de leur assurer « le meilleur traitement » à plusieurs reprises. Il dit aussi qu’il incombe à l’homme de fournir à la femme nourriture et vêtements convenables. En contrepartie il incombe qu’elles ne laissent fouler le lit par personne sauf leur mari, et qu’elles ne laissent entrer dans leurs maisons aucune personne qu’ils n’aiment pas sauf avec leur permission. Et enfin qu’elles ne commettent pas la promiscuité envers d’autres hommes que leurs maris. Si elles le font (dans ce cas seulement) leurs maris peuvent les réprimander, puis établir des lits séparés, et en dernier recours les frapper pas trop durement[45].

Dans son livre Droit de la femme, remarque sur deux versets coraniques, l’érudit musulman Mujtaba Moussavi Lâri explique le verset cité en traduisant autrement le verbe zaraba, le radical Z R B possédant selon lui en effet plusieurs acceptions, dont celle de se montrer indifférent, de ne pas prendre en compte.

Alors que la loi pakistanaise protégeait les femmes de la violence, un groupe islamiste a essayé de faire passer une loi autorisant à « battre légèrement » les femmes[46].

Excision{{}}

Voir un texte plus complet à la section : La pratique traditionnelle de l’excision est antérieure à l’islam ; elle est liée au milieu culturel.

Il n’existe aucun verset du Coran qui traite de clitoridectomie. Certains hadiths évoquent l’excision mais sont reconnus comme peu fiables par la majorité des musulmans.

Selon les sociologues congolais, Régine Tchicaya-Oboa, Abel Kouvouama et Jean-Pierre Missie, l’excision fait débat entre les commentateurs « sunnites » qui défendent l’excision soit comme recommandation, soit comme obligation, soit « sous la pression de l’État » comme un acte interdit[47][réf. incomplète]. En Guinée (pays à majorité sunnite[48]), les musulmanes défendent l’excision comme une obligation religieuse[49]. Selon le sociologue ivoirien Marcel Kouassi, « certains adeptes d’un islam traditionaliste » s’appuient sur plusieurs hadiths qu’ils considèrent comme « authentiques » pour défendre cette « tradition »[50].

Voir aussi > {{}}

Bibliographie{{}}

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  • Denis Bachelot, L’Islam, le sexe et nous, Icône sexy ou femme voilée, réflexion sur deux images divergentes, Buchet/Chastel, 2009[51]
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  • Chahla Chafiq, La Femme et le retour de l’Islam. L’Expérience iranienne, éditions du Félin, 1991
  • Mansour Fahmy, La Condition de la femme dans l’islam, Paris, Éditions Allia, 2002 ; réédité en 2021
  • Nilüfer Göle, Musulmanes et modernes, La Découverte, 2003
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    • Des mères contre les femmes, maternité et matriarcat au Maghreb, La Découverte, 1985
    • La Vaillance des femmes : relations entre femmes et hommes berbères de Kabylie, La Découverte, 2008
  • Juliette Minces, La Femme voilée, l’Islam au féminin, Hachette « Pluriel », 1992
  • Mary Montagu, L’Islam au péril des femmes, l, Par-delà le voile. Femmes d’islam en Europe, Complexe, 2000
  • Dalila Adjir et Abdelaali Baghezza, Entrée interdite aux animaux et aux femmes voilées ! : Lettre ouverte aux nouveaux hussards noirs de la République, Akhira, 2004, 183 p. (ISBN 978-2-9521717-0-0)
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  • Abdallah Penot, L’Entourage féminin du Prophète, Alif, 2001, 157 p. (ISBN 978-2-908087-14-7)
  • Fatima Mernissi, Sultanes oubliées : Femmes chefs d’État en Islam, Éditions Albin Michel, 1990, 300 p. (ISBN 978-2-226-03954-5)
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    Articles connexes{{}}

Source de l’article complet avec Notes et références < https://fr.wikipedia.org/wiki/Place_des_femmes_dans_l%27islam

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