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"Jamais je n’aurais imaginé revivre ce cauchemar (Boris Cyrulnik) - A chacune et chacun de faire en conscience un libre choix démocratique (Alain Bauer) – Dans la Bible, « la nécessité d’éduquer les consciences individuelles » (James Woody)" par Jacques Hallard

samedi 29 juin 2024, par Hallard Jacques

ISIAS France Actualités Politique

Jamais je n’aurais imaginé revivre ce cauchemar (
Boris Cyrulnik) - A chacune et chacun de faire en conscience un libre choix démocratique (Alain Bauer) – Dans la Bible, « la nécessité d’éduquer les consciences individuelles » (James Woody)

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 29/06/2024

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule

Bref éclairage préliminaire sur quelques notions fondamentales – On peut lire la suite ou bien passer directement à l’introduction et / ou au sommaire de ce dossier

Il est question, à la suite, de conscience, de libre choix, d’antisémitisme

La conscience (du latin conscientia) peut faire référence à plusieurs concepts philosophiques et psychologiques. Le Lalande distingue principalement la « conscience psychologique » (Bewusstsein en allemand, consciousness en anglais) et la conscience morale (Gewissen en allemand, conscience en anglais). Avant le XVIIe siècle, la conscience n’a qu’une seule valeur morale en français. Et c’est seulement à partir du XVIIe siècle qu’apparaît le concept philosophique (1676, Malebranche), avec le passage de la valeur morale du bien et du mal à la valeur psychologique ou métaphysique. Arrivent alors les apports anglais (Locke) et allemands (Wolff, Kant, Hegel) au concept ; au XVIIIe siècle, le mot « conscience » passe dans l’usage au sens rousseauiste de « connaissance immédiate », intuitive ; au XIXe siècle, pour Hegel et Marx, la conscience n’est plus le fruit d’une certitude naïve, mais celui d’une médiation (conscience de classe) ; au début du XXe siècle, Sigmund Freud découvre l’inconscient et refuse de limiter le psychisme à la conscience. Étienne Balibar parle de « l’invention européenne de la conscience »… - Lire la suite sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience

La conscience en biologie, en neurobiologie, regroupe le sens de l’éveil, la connaissance de soi et la perception de l’environnement1. L’étude de ce phénomène a été longtemps négligée sur le plan scientifique, faute d’outils conceptuels et expérimentaux2, tandis qu’il faisait l’objet d’intenses débats dans les domaines de la philosophie, de la métaphysique, de la religion et de la psychologie. En ce début du XXIe siècle, s’il n’existe pas encore d’explication complète de la conscience, les neurosciences commencent à décrypter le support biologique du phénomène de l’esprit, en particulier avec Antonio Damasio, qui montre dans son livre L’erreur de Descartes, que l’esprit et le corps fonctionnent de manière indissociable3. Dans les années 1980, les études du phénomène de la conscience concernaient surtout l’attention. Actuellement, les recherches scientifiques sur la conscience sont basées sur des analyses statistiques d’activités cérébrales, l’imagerie cérébrale, et l’étude de cas particuliers où les états de consciences sont altérés en raison de lésions cérébrales, d’épilepsie, de blessures ou d’interventions chirurgicales. Les résultats de ces études suggèrent que la conscience est un phénomène complexe, qui émerge de l’interaction entre plusieurs régions et processus cérébraux. Elle serait le résultat de processus cognitifs de haut niveau. Sa fonction concernerait le contrôle des activités cérébrales les plus complexes. Elle apparaîtrait progressivement au cours du développement, consécutivement à la maturation des réseaux neuronaux du néocortex. Ces structures neurales dont l’organisation spécifique serait à l’origine du phénomène de conscience seraient un ou des réseaux de circuits spécialisés, phylogénétiquement récents, localisés dans les aires frontales et dans les aires corticales associatives postérieures (précunéus et gyrus cingulaire postérieur) de l’hémisphère dominant ou langagier…. -

La conscience morale (Gewissen en allemand, conscience en anglais) est la capacité d’évaluer ses actions et celles des autres en fonction des principes de bien et de mal. Elle implique un jugement intérieur qui guide les individus dans leurs choix et leurs comportements, selon des critères éthiques et moraux souvent influencés par la culture, l’éducation et l’expérience personnelle. Cette conscience peut se manifester sous forme de sentiments de culpabilité ou de fierté, selon que les actions sont perçues comme mauvaises ou bonnes. La conscience morale est essentielle à la coexistence sociale, car elle aide les individus à agir de manière responsable et à respecter les normes et valeurs partagées par leur communauté…. – A lire ici > https://fr.wikipedia.org/wiki/Conscience_morale

Le libre choix. De l’autonomie rêvée à l’attention aux capacités – Par Agata Zielinski - Dans Gérontologie et société 2009/4 (vol. 32 / n° 131), pages 11 à 24 – Résumé : La notion de libre choix renvoie à l’autonomie comme pouvoir de vouloir par soi-même, fondée sur les capacités de délibérer et de décider. Notre conception spontanée de l’autonomie renvoie à l’image rêvée d’un individu tout puissant ou omniscient : indépendant de tout et de tous (modèle anglo-saxon) ou parfaitement raisonnable (modèle kantien). L’alternative envisagée sera celle de « l’homme capable » (Ricœur), et de la relation éthique comme attention aux capacités. L’autonomie est alors moins un point de départ qu’une tâche à réaliser, et à réaliser avec d’autres…- Lire en entier ici > https://www.cairn.info/revue-gerontologie-et-societe-2009-4-page-11.htm

L’antisémitisme est la discrimination et l’hostilité manifestées à l’encontre des Juifs en tant que groupe ethnique, religieux ou supposément racial. Étymologiquement, ce terme pourrait s’appliquer aux peuples sémites parlant l’une des langues sémitiques (comme l’arabe ou l’amharique) mais il désigne, dès sa formulation vers la fin du XIXe siècle, une forme de racisme à prétentions scientifiques et visant spécifiquement les Juifs1. Les motifs et mises en pratique de l’antisémitisme incluent divers préjugés, des allégations, des mesures discriminatoires ou d’exclusion socio-économique, des expulsions, des massacres d’individus ou de communautés entières… - Suite à lire ici > https://fr.wikipedia.org/wiki/Antis%C3%A9mitisme

Quelle est la différence entre l’antisémitisme et l’antisionisme ? - 20 octobre 2023 – Document ‘BBC’ - Alors que le conflit entre Israël et Gaza fait rage, de nombreux internautes tentent de comprendre la différence entre l’antisémitisme et l’antisionisme. Que signifient réellement ces termes ? - L’antisémitisme est un préjugé à l’encontre du peuple juif et existe depuis des siècles. L’antisionisme peut être généralement défini comme l’opposition à l’existence de l’État d’Israël… - A découvrir sur ce site : Source : https://www.bbc.com/afrique/articles/c2x85l5m7r8o

L’antisionisme est-il un antisémitisme ? – 10.11.2023 - Par Pascal Boniface -
L’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme est courante et de plus en plus récurrente. Il ne s’agit pourtant pas de la même chose : l’antisionisme est une opinion qui s’oppose à l’existence de l’État d’Israël, ce qui revient à nier le droit du peuple juif à un État ; l’antisémitisme est un délit, et renvoie à la haine des Juifs. Trop souvent, ces deux notions sont amalgamées et sont utilisés pour dénoncer les critiques du gouvernement israélien. Or critiquer un gouvernement ne revient en aucun cas à remettre en cause l’existence même de l’État. Mais ces raccourcis ne rendent pas service à la lutte contre l’antisémitisme, qui est bien trop importante pour qu’on la lie à de telles revendications politiques et idéologiques. Pour aller plus loin :
📘 Dominique Vidal ’Antisionisme = antisémitisme ?’, Éditions Libertalia (2019) : https://www.editionslibertalia.com/ca...
📽️ ’Antisémitisme : j’ai gagné mon procès face à Me Jakubowicz’ par Pascal Boniface : https://youtu.be/3-y_RbIOagM?si=d8tDi...
📽️ ’Hamas-Israël : expliquer est-ce légitimer ?’ par Pascal Boniface : https://youtu.be/69C2Nwx6bxE?si=rk70E...
📽️ ’Le conflit israélo-palestinien | Expliquez-moi...’ par Pascal Boniface : https://youtu.be/X1r8tG4mra8?si=lACrG...

Ecouter une vidéo à la source - L’IRIS, association reconnue d’utilité publique, est l’un des principaux ‘think tanks’ français spécialisés sur les questions géopolitiques et stratégiques. Il est le seul à présenter la singularité de regrouper un centre de recherche et un lieu d’enseignement délivrant des diplômes, via son école IRIS Sup’, ce modèle contribuant à son attractivité nationale et internationale. L’IRIS est organisé autour de quatre pôles d’activité : la recherche, la publication, l’organisation d’évènements et la formation. English Website - L’IRIS : L’équipe IRIS IRIS SUP Devenir adhérent Espace de conférences IRISContacts Stage/Emplois – Source : https://www.iris-france.org/179836-lantisionisme-est-il-un-antisemitisme/

La hausse inquiétante de l’antisémitisme en France documentée dans le dernier rapport de la CNCDH - 27/06/2024 12:47 - Actualisé le 27/06/2024 12:48 - Par Aïda Djoupa – La CNCDH met en lumière une forte augmentation des actes racistes en France. Les préjugés antisémites sont surtout ancrés chez les sympathisants RN. Sur l’année 2023 en France, on compte un total de 1 676 actes antisémites, quatre fois plus qu’en 2022 - Antisémitisme - Des chiffres extrêmement inquiétants. La commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) a publié ce jeudi 27 juin son rapport sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie en France. Une enquête annuelle qui revient sur l’indice de tolérance des Français, le décompte des actes racistes, ou encore l’adhésion de la population à des préjugés liés à certaines catégories de la population… - Pour l’année 2023, les résultats n’ont rien de rassurant. Après des années de hausse continue, la tolérance mesurée par la CNCDH est en baisse pour la deuxième année consécutive et les actes racistes sont en augmentation, particulièrement les actes antisémites ; leur hausse est sans précédent… - Lire la suite ici > https://www.huffingtonpost.fr/life/article/la-hausse-inquietante-de-l-antisemitisme-en-france-documentee-dans-le-dernier-rapport-de-la-cncdh_235584.html

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Introduction

Ce dossier – inspiré par les actualités politiques en France, réunit trois contributions majeures des personnalités suivantes :

Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un auteur de livres grand public traitant de psychologie et de récits de vie, ainsi qu’une personnalité médiatique française. Médecin neuropsychiatre de formation ayant un temps exercé comme tel mais aussi comme psychanalyste, il a animé un groupe de recherche en éthologie clinique au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne-sur-Mer. Il est directeur d’enseignement du diplôme universitaire d’éthologie humaine de l’université de Toulon.

Il a notamment vulgarisé le concept de « résilience » (renaître de sa souffrance) qu’il a tiré des écrits de John Bowlby1. À la suite de ce dernier, Boris Cyrulnik voit d’abord l’éthologie comme « un carrefour de disciplines »2.

Il est membre du comité d’honneur de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD)3. Boris Cyrulnik est également engagé pour la protection de la nature et des animaux.

Portrait de Boris CyrulnikPhoto de novembre 2011

Article complet sur ce site > https://fr.wikipedia.org/wiki/Boris_Cyrulnik

Alain Bauer est un professeur de criminologie français, né le 8 mai 1962 dans le 13e arrondissement de Paris. Il enseigne, entre autres, au Conservatoire national des arts et métiers, dans plusieurs universités de Paris, au John Jay College of Criminal Justice à New York, à l’université de Shanghai, à l’Institut international pour la recherche sur le terrorisme à Herzliya en Israël, etc. Il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages sur la criminalité. Il a été conseiller de Michel Rocard, consultant du président de la République française Nicolas Sarkozy et du ministre Manuel Valls sur les questions de sécurité et de terrorisme, après l’avoir été pour les ministres de l’Intérieur qui ont précédé ce dernier depuis Jean-Pierre Chevènement. Certains sociologues et juristes ont critiqué ses travaux sur le sujet, contestant leur validité scientifique. Franc-maçon, il a également été grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003. Il est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages sur la franc-maçonnerie….

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/7/74/Salon_du_livre_de_Paris_2011_-_Alain_Bauer_-_004.jpg/260px-Salon_du_livre_de_Paris_2011_-_Alain_Bauer_-_004.jpgPhoto de 2011

Article complet sur ce site > https://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Bauer

James Woody, né le 24 août 1972 à Paris, est un pasteur de l’Église protestante unie de France à Montpellier, attaché au courant du protestantisme libéral. Biographie : James, Stephan, Lee Woody naît d’une mère française catholique et d’un père protestant, petit-fils de GI1. Il étudie d’abord le catéchisme romain avant de se tourner vers le protestantisme2. Il étudie à l’Institut protestant de théologie, dans les facultés de Paris et Montpellier, à la Faculté de théologie protestante de Strasbourg ainsi qu’à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

En 1998 il est nommé pasteur de l’Église réformée de France à Avignon - temple Saint-Martial - où il exerce également un ministère au sein de l’aumônerie hospitalière et soutient les actions interreligieuses2. Il rejoint l’Église réformée de Marseille-Provence en 2004 et devient président du consistoire de l’Arc phocéen en 2005. Il participe au dialogue inter-religieux à travers Marseille-Espérance3. Membre du Pôle Formation de l’Église réformée de France, il en préside le service national catéchétique.

De 2009 à 2016, il est pasteur à l’Oratoire du Louvre à Paris. Il est élu président d’Évangile et Liberté, association du protestantisme libéral et devient directeur de publication de son mensuel4,5… Depuis le 1er juillet 2016, il est pasteur de la paroisse montpelliéraine du la rue Maguelone6,7.

Article complet sur ce site > https://fr.wikipedia.org/wiki/James_Woody

A Propos - Liens - Esprit de libertéSource : https://espritdeliberte.leswoody.net/contact/

Il a été ajouté en annexe une étude d’’Hérodote.net’ sur Israël et ses Rois de 1.000 à 597 av. J.-C.

Les documents choisis pour ce dossier figurent dans le sommaire ci-après

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Sommaire

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  • Entretien avec Boris Cyrulnik : « Jamais je n’aurais imaginé revivre ce cauchemar » - Denis Lafay - 24 Juin 2024, 7:23 – Document ‘latribune.fr’
    Regards croisés- Le RN largement en tête aux européennes, la dissolution surprise de l’Assemblée, les législatives anticipées...

Pour éclairer cette période politique particulière, Denis Lafay, conseiller éditorial à ‘La Tribune’, convoque de multiples regards. Aujourd’hui, dialogue avec Boris Cyrulnik, neuropsychiatre.

« A quoi une société désorganisée aspire-t-elle ? A un sauveur, et peu importe le clan qu’il représente », estime Boris Cyrulnik.

« A quoi une société désorganisée aspire-t-elle ? A un sauveur, et peu importe le clan qu’il représente », estime Boris Cyrulnik. (Crédits : Fleurine Pospiech)

[Addenda - Boris Cyrulnik, né le 26 juillet 1937 à Bordeaux, est un auteur de livres grand public traitant de psychologie et de récits de vie, ainsi qu’une personnalité médiatique française… - Wikipédia - Date/Lieu de naissance : 26 juillet 1937 (Âge : 86 ans), Bordeaux - Enfant : Natacha Cyrulnik - Enseignement : Université de Paris - Épouse : Florence Cyrulnik - Parents : Aaron Cyrulnik, Nadia Cyrulnika ]

LA TRIBUNE - Vous interveniez à Prague lors d’un congrès de l’Académie des Sciences consacré à la résilience, lorsque la double sentence est tombée le 9 juin au soir : en France, la victoire du pôle d’extrême droite (40% des suffrages) et une heure plus tard la dissolution. Comment vos hôtes ont-ils « reçu » le coup de tonnerre ?

BORIS CYRULNIK - Ils étaient atterrés. Y compris pour eux-mêmes, car ils redoutent que les répercussions sur le fonctionnement et l’avenir de l’Union européenne entraveront leur propre développement. Atterrés et dans l’incompréhension, eux qui ont connu les deux extrémités - nazie et communiste - du spectre totalitaire et qui en 2021 ont écarté le régime du « Trump tchèque » Andrej Babis.

Voilà un peuple érudit, polyglotte, habitué aux mixités transfrontalières avec la Pologne, l’Allemagne, l’Autriche et bien sûr la Slovaquie, et qui regarde une France qui, elle, fait le choix de l’enfermement à l’intérieur de ses frontières et du rejet des étrangers. Oui, incompréhensible...

On vous sent extrêmement affecté, aussi parce que ce contexte réveille les cauchemars de votre petite enfance, vous qui vous êtes miraculeusement échappé d’une rafle à Bordeaux qui eut raison du sort de votre famille...

Je suis « dans » le dernier chapitre de mon existence, et voilà que j’entends les mêmes mots, j’observe les mêmes haines, je déplore les mêmes lâchetés, je constate la même désunion qui enténébraient le premier chapitre de ma vie, à la fin des années trente et pendant la guerre.

Jamais je n’aurais imaginé revivre ce cauchemar, être de nouveau hanté par ces abominables discours désormais prêts à irriguer l’exercice du pouvoir. Les historiens aiment assurer que « l’histoire ne se répète jamais ». J’avoue ne plus les suivre.

Une nuance tout de même : le RN incarne une politique xénophobe et discriminatoire, mais il est presque parvenu, au moins médiatiquement, à se débarrasser de ses oripeaux antisémites - la désignation (avant mise à l’écart) de candidats antisémites aux législatives rappelle toutefois quelque tenace réalité. Et ces oripeaux, c’est à l’extrême gauche dorénavant qu’ils s’expriment. Une inversion des attributs provoquée par le conflit israélo-palestinien, exploitée d’un côté (le RN) pour s’afficher « pro-juifs » (Serge Klarsfeld), de l’autre (LFI) pour draguer les suffrages des Français issus de l’immigration. Rangez-vous LFI et le RN dans le même « sac » de l’intolérance raciste ?

Mélenchon, à mes yeux, c’est l’extrême droite. C’est Doriot, le collaborationniste nazi qui avait fondé le Parti Populaire Français. Je n’ai pas de mots assez durs pour illustrer l’émotion, le dégoût que suscitent au fond de moi les déclarations post 7 octobre des députés LFI, son créateur en tête. Et depuis, leurs tergiversations sur l’acte de barbarie perpétré par le Hamas n’ont pas cessé de m’écoeurer. Aux fins de récupérer les voix des habitants des banlieues issus de l’immigration, ils instrumentalisent le conflit et distillent subrepticement une rhétorique antisioniste et en réalité antisémite répugnante. Charles Maurras « aussi » clamait ne pas être antisémite... Peste brune et peste rouge m’inspirent une même nausée.

Qu’adviendra-t-il de l’Europe si les 27 pays de l’Union ne s’accordent plus sur le soutien à Volodymyr Zelinsky ?

Vos engagements personnels dans le brasier proche-oriental qui empoisonne la campagne politique française et fracture un peu plus encore la société, sont anciens. Vous avez toujours milité en faveur d’un Etat palestinien, vous êtes régulièrement intervenu en Cisjordanie comme universitaire ou médecin. Non sans risques. L’incohérence rappelle - toutes proportions gardées bien sûr - celle du 7 octobre : la plupart des victimes de l’atroce pogrom du Hamas, résidentes de kibboutz et fêtards, étaient de sensibilité pro-paix...

A plusieurs reprises dans mon existence, mes engagements en faveur de la paix m’ont valu des menaces de mort en provenance des extrêmes droites israélienne et française. Tout comme Edgar Morin, Robert Badinter ou Jean Daniel, mon adresse a été publiée sur internet, accompagnée pendant plusieurs mois d’exhortations à m’assassiner.

Des articles négationnistes accompagnés de petits cercueils en bois m’ont été postés. Et je n’ai pas manqué non plus d’être insulté par des individus issus de l’immigration, cette fois pour ma judéité. Bref, des deux côtés d’une adversité que je n’ai jamais cessé de vouloir rapprocher l’une de l’autre et réconcilier, j’ai été la cible. L’indicible histoire de mon enfance s’est à plusieurs reprises brutalement rappelée à moi. Et dorénavant j’éprouve le même vertige.

C’est la construction européenne qui au lendemain de la guerre a initié la réconciliation des nations, et osons le mot : la ré-humanisation de peuples qui s’étaient atrocement entredéchiré. Votre génération qui a suivi la libération doit à l’Union européenne la paix, elle a même puisé dans cette construction des éléments du « processus de résilience » que vous avez modélisé et popularisé. Le 9 juin dernier, 40% des suffrages se sont portés vers un rejet de l’Europe, et l’hypothèse de l’arrivée de Jordan Bardella à Matignon pourrait déchiqueter l’UE. Cette peine vous accable-t-elle tout autant ?

Je me répète : l’adage des historiens discréditant toute répétition de l’histoire au nom de contextes sans relation les uns aux autres, me semble présomptueux. Si je fais référence à la xénophobie, au repli sur soi et à l’intérieur de ses frontières, à la stigmatisation de groupes religieux ou ethniques, à la marginalisation des plus faibles et au rejet des étrangers, évoqué-je 1935 ou 2024 ? Bien malin qui peut répondre. Qu’adviendra-t-il de l’Europe si les 27 pays de l’Union ne s’accordent plus sur le soutien à Volodymyr Zelinsky et laissent l’innommable stratégie guerrière de Poutine annexer l’Ukraine ? Personne ne pourra me dissuader de la similitude des époques. Il faut avoir réellement vécu et pas seulement étudié dans les livres l’une et l’autre pour émettre un avis fondé.

La société et le paysage politique français sont aujourd’hui davantage que morcelés : scindés. Deux blocs se font face, enserrant un « centre » qui s’est délité au fil des ans et n’est plus guère attractif. Là encore le parallèle avec les années trente est significatif.

Cette période ante Seconde Guerre mondiale en effet était fortement clivée. Au PPF de Doriot ripostait un Front populaire dominé par la montée en puissance des communistes. Le « centre » était invisible. Un activisme de gauche violente s’opposait à des mouvements de droite violente. L’extrême violence des deux clans divisait et inquiétait la société, et finalement la radicalité de l’un s’est superposée sur celle de l’autre jusqu’à banaliser la violence elle-même. Cette complicité des extrêmes est la même que celle à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. J’y ajoute une nouveauté : l’érotisation des comportements extrémistes, qui s’applique à l’expression du sadisme et de la démonstration de force.

Cette complicité des extrêmes, qu’illustre-t-elle de notre organisation sociale ?

Justement, son antonyme : la désorganisation sociale. Or à quoi une société désorganisée aspire-t-elle ? A un sauveur, et peu importe le clan qu’il représente.

Qu’avons-nous collectivement perdu, méprisé, négligé, qui a créé ce climat de haine instrumentalisé par les pôles extrémistes et qui affaiblit si dangereusement notre démocratie ?

En premier lieu la capacité de débattre dans l’écoute, le respect, la nuance. Notre goût du débat démocratique est intoxiqué, le désaccord est synonyme de division alors qu’il est par nature source d’enrichissement mutuel, nous peinons à trouver des espaces de dialogue.

La radicalité est devenue la norme des échanges, elle a dévoyé la démocratie

Ceux-ci semblent réduits aux réseaux sociaux, à des biais algorithmiques, et à des chaines de télévision qui hystérisent les relations humaines et donc défigurent le débat politique censé éclairer le débat public. Comment y faire face ?

La qualité du débat politique est à l’image de l’offre politique incarnée par les deux pôles extrémistes : démoralisante. La profusion d’insultes, la quasi-obligation de « faire le buzz » pour être repris sur les réseaux sociaux, le diktat des éléments de langage établis par les « services communication », la hâte qui caractérise les formats des émissions, rendent le débat politique, c’est-à-dire la confrontation utile d’idées, impossible.

La radicalité est devenue la norme des échanges, elle a dévoyé la démocratie, elle a légitimé et popularisé le visage de l’autoritarisme ; faut-il s’étonner alors que le 8 juillet soit peut-être désigné à Matignon Jordan Bardella ou Jean-Luc Mélenchon ?

La place qu’occupe la technologie dans nos sphères professionnelle et personnelle n’est pas étrangère à ce constat. Elle est devenue si importante qu’elle nous coupe de la réalité sensible ; la communication par la technologie s’est imposée à celle de la parole, du regard, de l’écoute, du geste, du silence, de l’attention, de la considération, c’est-à-dire à la communication par l’humanité.

Le débat politique reflète cette vérité. Quant aux réseaux sociaux, nous savons que leurs algorithmes enferment les utilisateurs dans des schémas et des groupes endogames, dressant ensuite ces groupes les uns contre les autres - avec souvent la complicité complotiste et conspirationniste - et brisant alors la possibilité même de débat respectueux et profitable.

Lorsque j’étais adolescent et sensible au communisme, je me complaisais dans des lectures de journaux qui me confortaient dans mes convictions. Moi-même donc m’enfermais. Mais nous avions accès librement à d’autres journaux, et donc plus tard j’ai pu choisir une presse plurielle grâce à laquelle j’ai découvert l’abomination stalinienne et ai remis en question des certitudes - un séjour en Roumanie à l’âge de 15 ans m’y aida aussi....

Ce choix, ce libre-arbitre, aujourd’hui la force de frappe technologique nous en dépossède. De plus, comme la lecture a tendance à décliner, une partie de la population s’en remet à ces funestes réseaux sociaux pour construire ses croyances et son argumentaire. Bref, c’est un cycle infernal.

Redoutez-vous que, s’il accède au pouvoir, le RN étende sa stratégie de normalisation et de séduction initiée après 2017 et arraisonne, petit à petit, la capacité de discernement, de libre-arbitre, et donc de résistance d’une partie de la population ?

Ce risque de sédimentation idéologique est à mes yeux l’un des plus sournois et plausible. Je vais l’illustrer par un témoignage. Il y a peu, j’écoutais un journaliste français en poste à Moscou. Il se pensait tout à fait imperméable à la propagande poutinienne, surtout armé de sa conscience et de son expérience de journaliste censées le protéger des influences et des ingérences.

C’est seulement une fois de retour en France, confronté à un tout autre environnement informationnel, professionnel, familial, amical, qu’il a découvert et pris conscience combien en réalité il s’était laissé contaminer, malgré lui. Preuve que même équipé des plus fortes convictions, on ne résiste pas au martèlement permanent et multicanal du récit collectif, et donc à la subreptice tentation de la résignation ou de l’abdication.

Vous évoquez la figure du « sauveur ». N’est-ce pas d’elle qu’Emmanuel Macron se revendique ? N’est-elle pas l’origine de son auto-centrisme décisionnel, de sa cécité face à l’évidence de son impopularité, in fine de son acte au soir du 9 juin ? Ce dernier, massivement qualifié d’incompréhensible, d’irrationnel, et même de suicidaire, résulte-t-il de la redoutable combinaison de l’hubris et de la blessure narcissique ?

Je connais bien Emmanuel Macron... et avant même sa naissance (rires) ; en effet, dans le cadre de mon internat, j’avais sous ma responsabilité deux jeunes externes : ses parents, dont je conserve un excellent souvenir. J’ai travaillé avec lui pendant presque deux ans dans le cadre de la commission Attali puis j’ai piloté à sa demande le rapport des « 1 000 premiers jours » (de l’existence) remis en 2020.

J’ai travaillé avec lui pendant presque deux ans dans le cadre de la commission Attali puis j’ai piloté à sa demande le rapport des « 1.000 premiers jours » (de l’existence) remis en 2020.

[Addenda - Commission Attali ou Commission pour la libération de la croissance française - La commission pour la libération de la croissance française, ou, du nom de son président Jacques Attali, la « commission Attali », est une commission chargée par le président de la République ... Wikipédia - Création : 27 août 2007]

[Addenda - Interview de Boris Cyrulnik pour le colloque 1000 premiers jours. Vidéo 19:21- Ville de Digne-les-Bains - 08 nov. 2023 LA SEYNE-SUR-MER - Interview de Boris Cyrulnik, neuropsychiatre, directeur d’enseignement à l’Université de Toulon, par Virginie Pagani, Directrice du Comité départemental d’éducation pour la santé des Alpes-de-Haute-Provence, dans le cadre du colloque 1000 premiers jours à Digne-les-Bains. Réalisation : Cyrille de Villèle - Ville de Digne-les-Bains / CODES 04. – Source : https://www.youtube.com/watch?v=YT8xzu-12k0 ]

[Addenda - Education - ’La lutte contre les inégalités de destin se joue dès le berceau’, selon Boris Cyrulnik - Par Gaëlle Macke et Marion Perroud le 18.02.2022 à 14h00 Ecouter la vidéo 6 min. INTERVIEW - Le médiatique neuropsychiatre Boris Cyrulnik a présidé la commission des ’1000 premiers jours du développement de l’enfant’, qui a remis son rapport fin 2020. Selon lui, les premières années de vie sont cruciales pour endiguer les inégalités.

Emmanuel Macron et Boris Cyrulnik lors du lancement de la Commission des 1000 premiers jours le 19 septembre 2019.

Emmanuel Macron et Boris Cyrulnik lors du lancement de la Commission des 1000 premiers jours le 19 septembre 2019. PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP

Challenges - Vous avez présidé la commission des 1000 jours, quelle était sa mission ? - Boris Cyrulnik - En 2007, j’ai été membre de la commission Attali sur la libération de la croissance. J’y ai présenté mes quarante ans de travaux en neurosciences démontrant l’importance cruciale des premières années de vie. Je voulais convaincre que la puissance publique devait investir dans la petite enfance, moyen le plus efficace de lutter contre la pauvreté, de construire un futur adulte qui trouverait sa voie socialement et économiquement.

Je n’ai pas convaincu... sauf Emmanuel Macron, alors rapporteur de la commission. C’est lui qui m’a mis à la tête de ce groupe de travail où, avec 17 experts et expertes, médecins, psychiatres, psychologues, éducatrices, sages-femmes, nous avons phosphoré pour proposer un plan, afin de mieux accompagner les parents et les professionnels de la petite enfance dans le développement des bébés et ainsi lutter contre les inégalités de destin dès le berceau.

Pourquoi ’les 1000 premiers jours’ sont-ils si structurants dans le développement des bébés ? - Les neurosciences montrent que le cerveau des bébés connaît un bouillonnement exceptionnel dès le quatrième mois de grossesse et jusqu’à ses 3 ans environ, avant qu’il ne parle. Les connexions neuronales se font à un rythme plus jamais égalé, son cerveau se configure et s’adapte, conditionnant les performances intellectuelles qu’il développera toute sa vie.

Les bébés sont-ils donc des machines à apprendre ? - Tous les travaux scientifiques de neurologie comme les observations des psychologues sur le terrain montrent que ce qui est fondamental, dans cette période sensible pour le développement du bébé, est qu’il soit dans une sécurité affective. Son appétit d’apprendre se construit dans le plaisir de l’interaction avec ses parents, notamment dans le lien qu’il entretient avec sa mère, figure d’attachement primordiale. Le bébé apprend très bien par lui-même dès lors qu’il se sent soutenu. Des études montrent d’ailleurs qu’un petit choyé maîtrisera à 3 ans 1000 mots environ, contre 200 pour un enfant dans un contexte familial difficile. Devinez lesquels seront de bons élèves...

Pour qu’un bébé utilise ses formidables capacités d’apprentissage, il lui faut donc un lien fort avec sa mère ? - C’est fondamental. Le neuropédiatre Shaul Harel a suivi 170 femmes enceintes confrontées à un choc traumatique : il a montré que leurs nouveau-nés présentaient des altérations des zones du cerveau liées à la mémoire et aux émotions. J’ai pu constater cette même atrophie frontolimbique sur les scanners d’orphelins roumains abandonnés découverts après la chute de Nicolae Ceausescu en 1989. Quelle qu’en soit la cause – dépression post-partum, isolement, précarité sociale, violences –, les enfants portés ou élevés par des mères stressées présentent des altérations cognitives mesurables par imagerie cérébrale.

Ces altérations sont-elles irréversibles ? - Le cerveau du bébé est d’une grande plasticité. Dès que sa mère va mieux, est moins stressée, l’effet est spectaculaire : en vingt-quatre ou quarante-huit heures, son cerveau se ’répare’, ses capacités s’accroissent. Ce processus de résilience existe toujours après l’âge de 3 ans. Mais plus c’est tard, plus ce sera difficile.

Les préconisations de la commission visent donc surtout à mieux accompagner les parents...

Dans notre rapport, nous avons recommandé d’allonger le congé maternité, de mieux indemniser et partager le congé parental et d’allonger le congé paternité. Sur ce dernier point, le gouvernement l’a porté de deux semaines à un mois, nous aurions aimé le double pour donner plus de place au second parent, rompre l’isolement et l’épuisement des mères. L’entretien prénatal vient d’être rendu obligatoire, c’est bien, mais il faudrait aussi des visites systématiques à domicile dans les semaines et les mois après la naissance pour aider les parents parfois dépassés, et former des groupes de parole et d’entraide entre parents... Il reste beaucoup à faire !

Votre rapport pointe aussi l’urgence d’une réforme des modes d’accueil... - Nous avons établi qu’il manquait environ 200.000 places de crèche en France. Sur ce quinquennat, nous n’arriverons même pas à la moitié des 30.000 places promises, et le nombre d’assistantes maternelles chute. Si bien que la France, hier plutôt bien dotée, est aujourd’hui dépassée par l’Allemagne. Il faut impérativement relancer la construction de crèches, avec un accès prioritaire pour les parents isolés et les familles défavorisées.

Le gouvernement a peu suivi vos propositions. Etes-vous déçu ? - Un processus s’est enclenché et il va se poursuivre. Sur les congés parentaux, les employeurs vont bien finir par comprendre que des parents moins stressés sont, au final’ plus productifs ! De même, nos modèles ont évolué. Les femmes ont des enfants plus tard, la plupart travaillent. Et les nouvelles générations changeront au cours de leur vie plusieurs fois de métier et de couple. Le système devra s’adapter.

Plusieurs expérimentations sont menées pour stimuler le développement cognitif des tout-petits, est-ce probant ?

Les crèches doivent être des lieux de sécurisation affective plus que d’apprentissage. L’introduction de l’art, par la musique, le théâtre, est une piste intéressante. Mais sortons de cette logique de performance. Les pays du sprint éducatif tels que le Japon ou la Corée obtiennent certes des résultats scolaires excellents mais cette sur-compétition relève quasi de la maltraitance, au prix de taux de suicide alarmants. En Scandinavie, au contraire, les crèches s’attellent à apaiser les enfants plutôt qu’à les sur-stimuler. La notation n’arrive qu’à 11 ans. Résultat, à 15 ans, les Finlandais sont médaille d’or au classement Pisa et ont réussi à réduire leur taux de suicide par presque deux.

Rassurez-nous, tout ne se joue pas tout de même avant 3 ans ? - Bien sûr que notre cerveau peut apprendre tout au long de sa vie, mais cela devient plus compliqué après 120 ans ! - Source : https://www.challenges.fr/education/la-lutte-contre-les-ine-galite-s-de-destin-se-joue-de-s-le-berceau-selon-boris-cyrulnik_801125

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D’Emmanuel Macron, je retiens d’abord une volonté et une capacité réelles d’écoute et d’attention, une culture et une élégance délicieuses. Son intérêt pour l’opinion d’autrui est sincère. Mais parfois les actes ne reflètent pas les intentions ou les impressions. Son refus d’entendre certains appels de la communauté scientifique pendant la pandémie Covid-19 et de décider seul contre eux, seul contre les plus compétents, en est une illustration. Ce que révèle son inexplicable décision le 9 juin 2024, c’est sans doute en effet un hubris démesuré qui s’est traduit par un délire.

Délire à considérer bien sûr dans son acception non psychotique - on peut être parfaitement équilibré et déclencher un acte délirant. Son attrait vraisemblablement obsessionnel pour l’extraordinaire, que matérialise et consolide sa trajectoire politique et professionnelle, peut isoler. Isoler de la raison, du sang-froid, de la lucidité, des contrepouvoirs, car on cherche alors à exister seulement dans l’extraordinaire. Ce qui peut conduire à la faute. La solitude obstrue la clairvoyance et la raison.

(Ce dernier, massivement qualifié d’incompréhensible, d’irrationnel, et même de suicidaire, résulte-t-il de la redoutable combinaison de l’hubris [Outrance dans le comportement inspirée par l’orgueil ; démesure et de la blessure narcissique] et de la blessure narcissique ?)

L’un des marqueurs d’Emmanuel Macron et dont sa décision du 9 juin 2024 est symptomatique, c’est aussi l’hyper-impatience, l’hyper-précipitation. En cela il est à l’aune d’une époque que les outils technologiques ont transformé en injonction de « faire immédiatement ». Le temps est devenu un adversaire quand il est sous contrôle ou mis à distance, un allié lorsqu’on le comprime sans limite et qu’on le laisse nous submerger. L’ivresse du temps est l’ennemi de la raison.

Ce juste constat s’applique à l’échelle de l’individu bien sûr, mais aussi à celle d’un pays. Exemple ? Les Etats-Unis. Voilà le plus pays le plus riche, et celui où l’on recense les pathologies les plus dévastatrices liées à la consommation et au stress. L’espérance de vie des femmes recule, les taux de suicide et la gangrène des opiacés impressionnent, le fléau de l’obésité (et donc du diabète) est vertigineux. Dans un domaine que j’ai bien étudié, l’anxiété des bébés, le constat est effarant. Impossible de les calmer lorsqu’ils pleurent. Pourquoi ? Parce que mère et père évoluent dans une société où tout est vitesse, consommation, écrans, bruit, vulnérabilité, où rien n’est concentration, silence, apaisement, sécurité.

Une famille qui se déchire c’est parce qu’elle manque de structure ; un pays qui se déchire, c’est parce son organisation sociale est affaiblie.

Où les gains de l’existence, établis et normés par l’hyper-compétition et l’hyper-insatiabilité, sont dictés par le gain de temps...

Exactement. Quand les parents sont à ce point stressés par la nécessité de « faire vite », il est naturel que les bébés soient contaminés. Est-ce irrémédiable ? Je ne crois pas. Chacun connait l’esprit de compétition exacerbé au Japon, qui affecte les plus jeunes écoliers. Il se traduit par ce qu’on dénomme la « deuxième école » ; le soir, après la fin des cours officiels, les enfants rejoignent des formations complémentaires. Les plus riches d’entre eux étudient dans de confortables établissements, les autres dans des cafés ou même des caves. Bref, le temps de la scolarité s’étend sur une journée et demi ! Les pouvoirs publics se sont inspirés du rapport « Les 1 000 premiers jours » pour fermer les portes de ces « deuxièmes écoles », à la fois parce qu’elles attentent évidemment à la santé psychique des enfants, et aussi parce qu’elles consolident les inégalités sociales.

Le pays tout entier, mais aussi chaque groupe social - familial, amical, professionnel, associatif - auquel on appartient s’expose à des déchirements, tant l’abîme idéologique est abyssal entre pro et anti-RN, entre pro et anti-Nouveau Front de gauche (celle-ci liée à la présence de LFI). Comment pouvons-nous anticiper et cautériser ce péril ?

Par le passé, l’affaire Dreyfus avait radicalement divisé et fracturé jusque dans les familles. Chaque conflit, chaque guerre tracte son lot de déchirures, parfois sanglantes. Lors de la guerre civile en Espagne, républicains et franquistes s’affrontaient physiquement lors des banquets de famille. Et les exemples sont infinis.

Ce que les cas de déchirement ont en commun, c’est la désorganisation. Une famille qui se déchire c’est parce qu’elle manque de structure ; un pays qui se déchire, c’est parce son organisation sociale est affaiblie. Quelle que soit l’échelle qu’on observe, ceux qui échappent aux déchirements ont réussi à cultiver et à préserver un espace de dialogue, d’écoute, de respect même lorsque l’objet de la communication est aussi aigu que celui auquel nous sommes aujourd’hui confrontés. Ils acceptent le désaccord...

... et pour cela distinguent l’opinion - contestée - de celle ou celui - respecté(e) - qui l’exprime. Ces déchirements ne sont pas un péril pour tous. Ils deviennent précieux dans les mains de ceux qui les instrumentalisent. A commencer chez les forces politiques extrémistes, et particulièrement chez les personnalités les incarnant qui cherchent à tresser un lien de fascination et de subordination auprès de leur électorat. Le désordre profite toujours à quelqu’un...

Cette réalité, incontestable et pourtant peu visible, je vais l’illustrer par une apparente digression. L’envahissement des nouvelles technologies favorise la destruction des liens à laquelle elle substitue l’illusion des liens. Celle-ci confère au « bonheur » d’être accessible immédiatement et par tous. 

Qui en profite ? Notamment le - prolifique - commerce du bien-être et du développement personnel. Prospère alors une cohorte de ‘coachs’, de conseils, d’associations ad hoc, de traités fallacieusement présentés comme scientifiques, sans autre légitimité que celle autorisée par l’absence de règlementations et par l’appât du gain. Ils agissent comme des tranquillisants, dont l’enjeu est d’alléger leurs proies de leurs responsabilités.

En résumé : « Si je n’accède pas au bonheur, ce n’est pas de ma faute. Et si je recours à un tranquillisant, je vais y parvenir », pensent-elles. Pour cela, la figure incarnant celle ou celui qui va l’extraire du tunnel et l’amener vers la « lumière » est cardinale.

En effet, elle doit détourner sa « victime » de l’essentiel : son libre-arbitre, et donc son exercice de la responsabilité.

Au procès de Nuremberg, les prévenus se dédouanaient de toute culpabilité, affirmant avoir simplement obéi : « On m’a donné l’ordre de tuer. J’ai donc tué ». Le tranquillisant prend souvent la forme d’une personnalité, charismatique, une sorte de gourou en qui on voit un « sauveur ». Les dictateurs parvenus au pouvoir par les urnes ont cette particularité en commun. La priorité pour riposter à la dilution des liens est de réapprendre à négocier la présence de l’autre. Chacun est en transaction avec autrui, c’est-à-dire qu’il doit respecter des règles grâce auxquelles autrui existe à ses yeux et il existe aux yeux d’autrui. Ces règles sont induites dans la culture, dans la parole, dans l’écoute, grâce auxquelles nous apprenons à contrôler nos pulsions et à construire cette transaction. La culture est tout sauf élitiste, elle n’est pas seulement un grand opéra mozartien, elle est tout autant un livre simple, une chanson légère.

Elle est ce qui nous émancipe, nous libère, nous autonomise. Et nous lie. Oui ! Alors cultivons la culture ! Denis Lafay

Denis Lafay, Conseiller éditorial La Tribune, a fondé et dirigé Acteurs de l’économie – La Tribune. Il dirige à l’Aube la collection « Le monde en soi  ».

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  • Entretien avec Alain Bauer : « Le problème d’Emmanuel Macron ? Sa relation avec les Français » - Denis Lafay - 17 Juin 2024, 7:24 - Document ‘latribune.fr’
    Regards croisés- Le RN largement en tête des européennes, la dissolution surprise de l’Assemblée, les législatives anticipées...

Pour éclairer cette période politique particulière, Denis Lafay, conseiller éditorial à La Tribune, convoque de multiples regards. Aujourd’hui, dialogue avec Alain Bauer, criminologue et professeur au Conservatoire national des arts et métiers.

Concernant la sécurité de JOP de Paris, Alain Bauer confie que son « inquiétude est grande. Elle continue de grandir ».

Concernant la sécurité de JOP de Paris, Alain Bauer confie que son « inquiétude est grande. Elle continue de grandir ». (Crédits : Astrid di Crollalanza)

LA TRIBUNE - Le vote historique en faveur du RN aux européennes n’est pas une surprise. Ses racines sont protéiformes. Quelle est celle qui vous apparaît centrale ?

ALAIN BAUER - L’origine du « moment » que nous vivons depuis le 9 juin 2024 peut être datée à 1992 : le rejet populaire du référendum sur la Constitution européenne puis la signature du traité de Maastricht sont les points de bascule. Ils sont le symbole d’un sentiment très fort des Français : leur vœu et leur vote ne sont pas entendus. Alors ils expriment leur désillusion par l’abstention, la colère ou le suffrage de rupture, RN, Reconquête !. Entre ces deux dates, il y a eu les Gilets jaunes, les Bonnets rouges, les militants des Soulèvements de la terre, qui tous illustrent une structuration nouvelle et élargie de la violence sociale.

Le vote aux européennes comme toujours traduit en partie une motivation domestique. Le double sentiment de ne pas être « entendu » à Bruxelles et à Paris est-il identique ?

Prenons l’exemple de mon domaine d’expertise  : la sécurité. En 2012, la France connait son niveau le plus bas d’homicides et de tentatives depuis 1972. Depuis, la courbe n’a jamais cessé de se redresser. Et dans une intensité inédite. Au point qu’en 2023 le nombre d’homicides et de tentatives - ce que j’appelle les homicidités - atteint le pire record depuis cinquante ans. Ce n’est pas une impression ou un commentaire.

Les enquêtes de victimation réalisées au sein de l’Observatoire national de la délinquance sont sans équivoque - elles font notamment le distingo entre les plaintes issues d’une parole heureusement libérée contre les violences intrafamiliales (féminicides, incestes) et les autres - : les Français n’éprouvent plus un simple ressenti d’insécurité, ils expriment leur vécu dans un climat réel de violence.

Or ils ont un double sentiment : les attributs de la social-démocratie tels qu’appliqués par Michel Rocard (écouter, dialoguer, négocier, débattre pacifiquement) ne sont plus mis en oeuvre, leur peur et leur colère ne sont pas entendues par l’Etat qui préfère le rapport de force. Citoyennes et citoyens engagent avec lui ce rapport de force et expriment dans la rue et dans les urnes leur déception.

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Les difficultés de l’Etat à juguler la violence cristalliseraient donc selon vous l’analyse du scrutin ?

Quand près de 40% d’une population (RN, Reconquête ! et quelques listes complémentaires) manifestent leur mécontentement de la politique sécuritaire et migratoire, il faut peut-être cesser de croire qu’ils sont tous contaminés par un virus saisonnier.

Cesser de jeter la faute sur les électeurs, et d’exonérer le politique de sa responsabilité ne va rien changer si on ne répond pas aux questions, bonnes ou mauvaises. La nature de la violence a changé. Même les policiers, mais aussi les pompiers ou les personnes de santé en intervention, sont régulièrement l’objet de guet-apens et d’actes d’une violence inouïe, inimaginables auparavant.

L’expansion du trafic de stupéfiants n’est plus circonscrite aux grandes agglomérations, elle empoisonne les petites et moyennes villes. Qui a entendu l’inquiétude de la population qui s’y confronte au quotidien ? Le triptyque négation - minoration - éjection (en français courant : « ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave, ce n’est pas de ma faute »), symptomatique des élus perturbés dans leur préjugés, s’est confirmé de nouveau le 9 juin. La dernière goutte d’eau, celle qui a fait déborder le vase, n’était pas plus importante que les précédentes, simplement c’était celle de trop.

Les effectifs de police et de gendarmerie traditionnellement se mobilisent en forte proportion pour les formations de droite « dure » et d’extrême droite. L’analyse socio-professionnelle du scrutin européen, puis celle des législatives, devraient le confirmer. L’alignement de ces sensibilités sur un pouvoir détenu par le RN augure-t-il le « débordement » des comportements sécuritaires ?

Chez les publics affectés à l’ordre (policiers, gendarmes, ...), il existe habituellement une sur-représentation des votes au profit des partis qui l’incarnent. Toutefois, la valeur républicaine à laquelle les forces de l’ordre sont attachées s’est toujours imposée à la couleur politique du pouvoir en place, qu’il soit de droite ou de gauche. Elles servent la sécurité indépendamment de cette coloration, et la structure même de leur hiérarchie est une garantie.

Quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité

Pas toujours. Le comportement d’une partie d’entre eux sous le régime de Vichy devrait nous le rappeler...

Il y eut aussi beaucoup de résistants policiers et gendarmes durant l’Occupation. Désobéir aux ordres d’un pouvoir légitime (le Maréchal Pétain fut investi par la chambre du... Front Populaire de 1936) n’est pas toujours aisé. Entre Résistants (de l’intérieur comme de l’extérieur, venus des extrêmes aussi), collabos et entre deux, le choix des fonctionnaires est souvent complexe.

Faut-il attendre du RN au pouvoir qu’il « libère » le cadre d’intervention des policiers et, a contrario, de LFI qu’il le comprime davantage ?

Leur prise à partie et une cassure réelle dans la société du fait du comportement de certains qui prennent en otage le corps de police tout entier, la difficulté à expliquer les processus de sanctions internes (pourtant très nombreux), posent un problème qu’il faudra résoudre par l’exemplarité des comportements.

Ce qui est aussi en jeu est le traitement de la légitime défense et de son mode opératoire. La France a fait le choix de lui appliquer des conditions extrêmement restrictives, qui d’ailleurs la distinguent de la plupart des autres pays occidentaux.

Plus que les conditions juridiques d’exercice de l’ordre, le plus pénalisant est le temps de la justice - le temps, et non un supposé « laxisme » en réalité infondé. Un temps parfois d’une grande lenteur, qui délite la confiance des Français dans « l’organisation d’ensemble » de la sécurité, notamment en matière de violences physiques et sexuelles.

La justice est censée s’exprimer « au nom du peuple français », or elle l’intègre peu à son fonctionnement. Certaines incohérences publiques ne facilitent pas la compréhension commune : les pouvoirs publics étudient l’opportunité d’abaisser le droit de vote à 16 ans mais continuent de vouloir exonérer de ses responsabilités un mineur coupable de violences....

La société française est lardée de fractures, qu’elle exprime sur un spectre très large de violences. La nomination d’un premier ministre RN ou LFI peut-elle ouvrir un cycle de violences inédit ?

D’aucuns s’amusent à le prophétiser, nul n’en sait rien. Le pire n’est jamais écrit. Un bémol, toutefois : quel qu’il le soit, le prochain gouvernement enflammera la colère des Français s’il applique brutalement des mesures contraignantes sans les avoir au préalable explicitées et sans avoir convaincu de leur nécessité. Ou enfin expliquer pourquoi il a changé d’avis faisant mine d’avoir toujours pensé la même chose...

La violence des rapports sociaux naît du fait que les pratiques politiques cultivent en permanence la contrainte. Elles ont méprisé une double règle d’or, que Michel Rocard avait bien définie : la négociation doit systématiquement initier la relation, sous peine sinon d’entrer dans des rapports de force violents ; il est possible de négocier efficacement sans imposer de contraintes inutiles à la société.

Parler Vrai, équilibrer l’action publique, négocier pour pacifier. La gestion de conflit néo calédonien reste un modèle qui a tenu plus de trente ans avant d’être vandalisé par le « nouveau monde » qui méprise tant l’ancien.

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel.

Entre d’un côté des menaces protéiformes et de l’autre quelques « trous dans la raquette » de l’organisation, le péril terroriste qui pèse sur les Jeux olympiques et paralympiques est réel. Vous-même depuis plusieurs mois ne cessez pas d’alerter. Prendre le risque de « casser » la tête de l’Etat, en premier lieu celui des ministères de l’Intérieur et des Armées, à quelques semaines de l’événement est-il - trivialement - « irresponsable » ?

Mon inquiétude est grande. Elle continue de grandir. L’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre a montré les limites du fétichisme technologique et les failles béantes du gouvernement de la première puissance de sécurité et de renseignement au monde ; la « dronisation » massive de la guerre en Ukraine ; les vives tensions avec la Russie ; la résurrection de l’État islamique (ISIS K) et la rémanence des structures d’Al Qaeda ; les tensions sociales ou environnementales en France, l’intérêt de groupuscules de déstabiliser, les crises à Mayotte et en Nouvelle Calédonie, les annonces de réforme des retraites ou du chômage, la crise agricole... forment un faisceau de paramètres auquel les Jeux Olympiques constituent par nature une extraordinaire caisse de résonnance.

Dans ce contexte, décréter la dissolution de l’Assemblée nationale à ce moment restera un cas d’école pour la science politique. Au-delà même du sujet olympique, le président de la République s’est comporté avec désinvolture en faisant porter aux parlementaires les responsabilités d’une campagne qu’il avait de fait menée lui-même, disqualifiant le Premier ministre et la présidente de l’Assemblée nationale, écartés de sa réflexion.

Sa décision envoie à la poubelle des projets de loi déterminants (réforme agricole, aide à mourir, audiovisuel public). Elle entretient la fragmentation et la division. Finalement elle cristallise le cœur de « son » problème : sa relation avec les Français.

Lors du scrutin, des manœuvres cybercriminelles de déstabilisation apparaissent inévitables puisqu’elles sont devenues la règle. Au profit de quoi et de qui ? Le chaos et/ou les forces d’opposition ?

Les forces capables d’influencer le scrutin ont tout intérêt à ce qu’il se déroule dans les meilleures conditions, et qu’il entérine la défaite du camp présidentiel. Voilà pour elles une opportunité formidable, et même un coup du sort inespéré.

En cas, très probable, de défaite du « camp Macron », que faut-il redouter en matière de diplomatie européenne et de politique internationale d’une cohabitation inédite avec l’extrême droite ou l’extrême gauche ?

Les exemples italien et hongrois fournissent quelques clés de lecture : leur dépendance aux mécanismes européens fixe des limites strictes aux aspirations - distinctes - de Giorgia Meloni et de Viktor Orban.

D’autre part, nos règles institutionnelles garantissent au chef de l’Etat des prérogatives majeures en termes de politiques diplomatique et de défense. Enfin, là encore le principe de réalité et celui de la stratégie politicienne devraient s’appliquer : la formation politique qui pilotera le gouvernement aura en ligne de mire le scrutin présidentiel de 2027 - voire avant si le 7 juillet, la défaite des sortants prend l’allure d’une déroute - et devrait adapter sa politique, notamment étrangère, à cet objectif.

Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ?

Vous avez été Grand Maître du Grand Orient de France (2000 - 2003). Historiquement et culturellement, le parti de la famille Le Pen a toujours considéré la franc-maçonnerie comme un ennemi. Quand bien même elle n’est plus aussi audible, cette détestation témoigne du choc des « valeurs » entre les deux adversaires. La franc-maçonnerie est de natures, de règlementations, d’aspirations, d’intérêts composites ; toutefois, une fois le RN aux commandes, pourrait-elle se rassembler et former implicitement un arc de résistance ?

En effet, les ADN des obédiences ne forment pas une unité. Grand Orient de France, Droit humain, Grande Loge Féminine estiment qu’ils doivent fortement s’engager dans le débat citoyen, donc parfois politique ; la Grande Loge de France prône la neutralité mais aussi la possibilité exceptionnelle, comme dans l’épisode de 2002, de prendre position ; quant à la Grande Loge Nationale Française, elle se tient à une neutralité complète car participer au débat citoyen en tant que telle serait antinomique avec ses fondements.

Le GODF a toujours exprimé des positions claires lorsqu’il considérait que la République était fragilisée. Il est très probable qu’il renouvellera ses vœux dans les prochains jours - moi-même m’y étais employé lors du second tour des présidentielles 2002 opposant Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen. Mon Convent (assemblée générale) ayant ultérieurement ratifié massivement cette position. Il est inédit que le président du RN Jordan Bardella ait été récemment invité d’un déjeuner de francs-maçons - réunis certes « hors loge ».

La liberté absolue de conscience dicte à chaque sœur ou frère d’être totalement libre de porter son suffrage vers le candidat de sa sensibilité. Je ne suis pas habilité à indiquer ce qui est bien et ce qui est mal, et ma sensibilité historique de social-démocrate rocardien est connue de tous. Je résume ma responsabilité à poser les questions que me suggèrent l’analyse des mouvements de société et celle des aspirations que les citoyennes et citoyens expriment dans la rue, dans les urnes ou par d’autres voies.

A chacune et chacun en conscience de faire un libre choix démocratique. La question qui se pose est de comprendre pourquoi des organisations politiques minoritaires convainquent autant d’électrices et d’électeurs. Et comment les partis qui s’affirment républicains ont pu perdre autant de terrain.

On peut s’offusquer du vote des autres. Mais qui cherche encore vraiment à convaincre les électrices et les électeurs qu’il existerait d’autres chemins pour répondre à leurs doutes, leurs angoisses, leurs colères ? Qu’on peut sortir de la ‘rageosphère’ ?

Un message pour le 30 juin 2024 ?

Voter, parce que la démocratie est notre bien commun le plus précieux. Même si son intime conviction est qu’il faut faire « sauter le système », qu’il faut le sauver même au prix de renoncements, ou qu’il n’existe aucune « bonne solution », chaque citoyen dispose d’une alternative électorale pacifique.

Reste une inconnue : sommes-nous tous enclins à « choisir » de manière totalement éclairée ? Les citoyens qui doutent ou qui expriment un rejet voteront-ils « en toute connaissance de cause » ?

Voilà qui soulève un enjeu majeur : déployer un processus « pédagogique du vote » pour assurer ce libre-arbitre, essentiel à la validation démocratique du suffrage final. Et de son respect. En ayant tout fait pour préserver ce qui nous permet d’être des Français libres.

Denis Lafay, Conseiller éditorial La Tribune, a fondé et dirigé Acteurs de l’économie – La Tribune. Il dirige à l’Aube la collection « Le monde en soi  ».

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  • Bible et politique - 27 juin 2024 James Woody Théologie
    Le pasteur François Bergouignan prend le relai pour l’animation de l’émission ‘Échos protestants’ (pour RCF). Nous en profitons pour parler de mon travail doctoral sur politique et liberté au sein des récits d’instauration de la royauté israélite (1 S 8 – 1 R 12) publié au Cerf sous le titre La liberté et les premiers rois d’Israël.

Il y est question de la rédaction des textes bibliques, de leur rapport à l’histoire, à la vérité, au sens de la vie.

La lecture de ces textes révèle l’illusion d’une souveraineté populaire qui serait l’assurance de faire les meilleurs choix politiques (le peuple, comme un seul homme, décide de maintenir sa demande d’un roi, ce qui conduira à sa perte). Cette souveraineté populaire qui conduirait le peuple à se prononcer sur tous les sujets, à prendre toutes les décisions, ruinerait notamment le bénéfice de la distinction des pouvoirs opérée dans le Deutéronome, en réaction à la centralisation du pouvoir exercée avant l’exil.

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Ces textes tracent une topographie du champ politique en repérant les comportements qui confinent à la tyrannie (chez Salomon), à la soumission au pouvoir du plus fort (chez Saül) et les attitudes qui font valoir un point de vue universel, le point de vue théologique, qui favorise l’intérêt général (chez David). Le phénomène de cour y est exposé, ce que l’institution de l’opposition permet de neutraliser.

On y découvre la nécessité d’éduquer des consciences individuelles qui seront en mesure d’être les véritables contre-pouvoirs qui limitent les dérives.

C’est la responsabilité individuelle qui est en mesure de sauver quelque chose de la liberté.

Au fil de mon ouvrage, nous découvrons de quelles manières les rédacteurs bibliques ont pensé la question de la souveraineté de Dieu, de la rationalité dans la conduite des affaires publiques, de la justice sociale d’une manière qui anticipe le principe politique du voile d’ignorance, du devoir de désobéissance civique, de la liberté de mouvement et d’expression qui rendent possible la liberté de pensée, du rapport de la sécurité à la liberté, de la place de la loi dans l’élaboration de liberté.

La liberté vient en tête du champ lexical du rédacteur qui pense le Décalogue.

[Addenda - Le Décalogue — les Dix Paroles pour le judaïsme, traduit par les Dix Commandements pour le christianisme — est un court ensemble écrit d’instructions morales et religieuses reçues, selon les traditions bibliques, de Dieu par Moïse au mont Sinaï… - Wikipédia – « Code formé par les dix commandements, gravés sur des tables, que Dieu a remis à Moïse sur le mont Sinaï. Les tables du décalogue ; les préceptes, les lois du décalogue ».]

La loi est alors comprise comme un moyen d’inscrire la liberté dans le temps, pourvu qu’elle ne devienne pas un moyen de brider les libertés individuelles en créant un état policier.

Et maintenant, à François Bergouignan de vous donner rendez-vous chaque mois sur RCF pour un écho protestant.

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bible David Dieu éthique liberté politiqueresponsabilité Salomonaül

Le protestantisme libéral - Esprit de liberté

James Woody, né le 24 août 1972 à Paris, est un pasteur de l’Église protestante unie de France à Montpellier, attaché au courant du protestantisme libéral. Biographie > https://fr.wikipedia.org/wiki/James_Woody

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Radio – Une page se tourne à Montpellier ! - La matinale sur FM Plus - 28 juin 2024 James Woody Théologie - Esprit de libertéMessage du 28 juin 2024

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Ce fut un grand plaisir de répondre à l’invitation de Nathalie Bouly et Christian Malaplate pour participer à la matinale deFM Plus.

Écouter – télécharger - Lecteur audio – Enregistrement 01:34:28

Ce fut l’occasion de parler de la Bible, de la responsabilité de l’Église à l’égard de la diffusion de la grâce. Être croyant, être pasteur, le rapport aux autres, à la génération suivante, l’athéisme, la place du protestantisme dans la société.

Un peu de théologie de l’incandescence, de Rolling Stones, de Johnny Cash, des réflexions sur la prière, sur l’interprétation de la Bible

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James Woody, né le 24 août 1972 à Paris, est un pasteur de l’Église protestante unie de France à Montpellier, attaché au courant du protestantisme libéral. Biographie > https://fr.wikipedia.org/wiki/James_Woody

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Annexe -
Israël et ses Rois de 1.000 à 597 av. J.-C. - – Publié ou mis à jour le : 2021-10-29 10:36:26 – Documentation ‘herodote.net/’

Vers le Xe siècle av. J.-C., les Hébreux des douze tribus se seraient unis sous l’autorité d’un roi, Saül, pour combattre leurs ennemis communs, les Philistins.

Goliath et David (enluminure du XIIe siècle)Mystérieux Philistins

Parmi les nombreux autres peuples dont parle la Bible, les Philistins jouent un rôle important : ces « peuples de la Mer », comme les appellent leurs voisins, viennent de la mer Égée. Ils tentent de conquérir l’Égypte, en vain. Ils se replient sur la côte sud du Levant et s’y installent vers le XII e siècle av. J.-C.

Les Philistins sont vus comme des ennemis par les Hébreux qui prennent de plus en plus d’importance et par les Cananéens. Pourtant, l’archéologie montre que les échanges commerciaux, les mariages, les alliances furent très nombreux.

Mais, peu à peu, les Philistins imitent la culture des Cananéens et des Hébreux, copient leur poterie, adoptent leur alphabet puis leur langue. À partir du VIIe siècle, ils ne se distinguent plus : beaucoup des autres peuples et, comme eux, se soumettent aux puissants rois assyriens, puis babyloniens, qui règnent sur l’Orient.

Ils laissent cependant le nom de «  Palestine » qui vient de «  Philistin », à la région. Ils construisent plusieurs cités dont Gaza et Ascalon. Leur capitale, Gat, est aujourd’hui un site archéologique majeur pour comprendre leur civilisation.

Ils atteignent une position de force avec le successeur de Saül, le roi David, qui conquiert Jérusalem et en fait sa capitale. Les archéologues ont retrouvé en 1993 une stèle rédigée vers 835 avant notre ère où le roi de Damas, Hazael indique qu’il a tué un ennemi appartenant à « la maison de David », ce qui semble attester historiquement l’existence de ce roi dont le souvenir s’est maintenu plus d’un siècle après.

Cependant, les fouilles menées à Jérusalem et dans les environs montrent que cette cité était très modeste au Xe siècle av. J.-C., c’est-à-dire à l’époque de David. Eliat Mazar, archéologue israélienne a affirmé avoir retrouvé le palais du roi mais ses collègues en doutent beaucoup.

Le royaume de David

Saül élit David à la royauté(enluminure du XIIIe siècle)

Ce premier royaume d’Israël aurait atteint son extension maximale, du fleuve Euphrate à la mer Rouge, sous le règne de Salomon, fils de David, qui construit le premier temple sur le mont Moriah.

Dans le sanctuaire, appelé le « Saint des Saints », on conservait l’Arche d’Alliance, qui contenait les Tables de la Loi, des pierres où auraient été gravés les Dix Commandements transmis par Dieu au prophète Moïse sur le mont Sinaï, peu avant d’entrer dans la « Terre promise ».

Le roi envoie des navires en Phénicie et jusque dans la mer Rouge chercher des bois précieux pour la construction du Temple. D’où sa légendaire relation avec la reine de Saba, qui aurait régné sur les bords de la mer Rouge et de laquelle prétendaient descendre les anciens empereurs d’Éthiopie...

Toujours selon la Bible, les dépenses fastueuses de Salomon épuisent les ressources d’Israël et poussent les sujets à la révolte. Le royaume se divise à sa mort (en 931 av. J.-C. selon la chronologie traditionnelle).

Au sud, Roboam, son fils, ne règne plus que sur deux des douze tribus issues de la descendance d’Abraham et de Jacob : Juda et Benjamin, mais il conserve Jérusalem pour capitale du royaume de Juda. Au nord de la Palestine, les dix autres tribus portent Jéroboam sur le trône. Samarie devient bientôt la capitale de leur royaume qui garde le nom d’Israël.

Certains archéologues doutent que le grand royaume unifié de David et Salomon ait jamais existé : pour eux, il y a eu dès l’origine deux royaumes, et c’est seulement après la disparition du royaume du Nord, au VII e siècle avant notre ère, que Juda aurait « réécrit l’histoire » en se présentant comme le vrai héritier d’un âge d’or perdu, où tous les Israélites se seraient réclamés d’un seul royaume centré sur Jérusalem.

Le jugement de Salomon (enluminure du XIVe siècle, bibliothèque de Troyes)

À partir du IXe siècle ava. J.-C., les événements et les personnages qu’évoque la Bible appartiennent davantage à l’Histoire et sont souvent attestés par d’autres documents, même s’ils donnent encore lieu à des discussions.

Tandis que végète le royaume de Juda, le royaume d’Israël, au nord, ne tarde pas à entrer en conflit avec le royaume syrien de Damas. Pour se défendre, le roi Omri conclut une alliance avec le roi de Tyr. Son fils Achab épouse Jézabel, la fille du roi phénicien.

Fatale alliance ! Jézabel introduit à la cour d’Israël le culte de Baal, à la grande indignation du prophète Élie. En découle une suite de tragédies que la Bible conte par le menu.

Histoire tragique

Les royaumes d’Israël et de Juda ne tardent pas à être victimes du formidable affrontement entre les empires mitoyens d’Égypte et de Mésopotamie.

En 722 av. J.-C., le royaume d’Israël subit l’assaut des Assyriens et de leur roi Sargon II.

Le fils et successeur de ce dernier, Sennachérib, réprime âprement les révoltes qui secouent son royaume.

Il déporte une partie des Hébreux d’Israël entre le Tigre et l’Euphrate (l’Irak actuel). L’effacement mystérieux de ces émigrants malgré eux a donné lieu à beaucoup de mythes et de légendes sur les tribus perdues d’Israël.

Pour échapper à la déportation, certains Hébreux s’enfuient vers le sud et s’établissent dans le royaume de Juda.

Les Assyriens repeuplent l’ancien royaume d’Israël avec des populations de diverses origines qui parlent l’akkadien, la langue véhiculaire de la Mésopotamie.

La Bible explique ainsi l’existence des Samaritains : il s’agirait de nouveaux venus qui auraient pris le nom de Samarie, capitale de la région. Ils auraient adopté les préceptes de la religion hébraïque tout en gardant quelques relents de paganisme et d’idolâtrie, ce .qui leur vaut le mépris des Juifs du royaume de Juda. L’origine des Samaritains semble en réalité très différente.

Les Samaritains, peuple étranger ou ancêtre témoin ?

A plusieurs reprises, Jésus croise sur sa route des Samaritains qui semblent très mal considérés par les Juifs. Pourtant, les Samaritains, qui habitent entre la Judée et la Galilée, prient le même Dieu, lisent et respectent avec ferveur le Pentateuque, les cinq premiers livres de la Bible.

Mais, au 1er siècle de notre ère, ils sont considérés comme des hérétiques, des descendants des colons païens amenés par le roi d’Assyrie Sargon II, au VIe siècle, et qui se seraient mal convertis au judaïsme. Certains spécialistes de la Bible pensent plutôt que les Samaritains sont les descendants des Juifs qui ne sont pas partis en exil à Babylone. En effet, au VI e siècle, une bonne partie de la population, surtout dans les campagnes, est restée et a continué de prier comme avant.

Si le Temple de Jérusalem était détruit, ils pouvaient tout de même honorer Dieu sur le Mont Garizim, en Samarie. Une fois revenus de Babylone, les exilés ont ajouté de nombreux textes à la Bible en recueillant les paroles des prophètes. Pendant leur exil, puisqu’ils n’avaient plus de Temple pour sacrifier et célébrer, ils avaient également modifié certains rites qu’ils ont conservé à leur retour : le judaïsme a ainsi beaucoup évolué à cette époque tandis que les Samaritains restaient les témoins d’une époque oubliée.

L’exil à Babylone

Les habitants de Juda vont à leur tour subir la pression des grands empires alentour.

En 609 av. J.-C., leur roi Josias est défait et tué par les Égyptiens du pharaon Néchao II en un lieu dit « Har Meggido » (en hébreu, la colline de Megiddo)... Sous l’écriture d’Armageddon, le mot sera repris dans l’Apocalypse de Saint Jean (Nouveau Testament) pour désigner le lieu où l’Antéchrist, avant la fin du monde, rassemblera ses armées en vue de s’opposer au retour de Jésus-Christ.

Pour finir, Jérusalem est prise en 597 av. J.-C. par le roi de Babylone, Nabuchodonosor. Une bonne partie des Juifs sont alors envoyés en exil à Babylone. Dans l’épreuve, ils vont parfaire leur foi en un Dieu unique et définir la première religion strictement monothéiste.

Pour beaucoup d’historiens de l’Antiquité et pour la plupart des spécialistes, la Bible telle que nous la connaissons résulte de cette expérience. Elle est rédigée après le retour d’exil, autorisé par le roi perse Cyrus II après qu’il se fût emparé de Babylone en 538 av. J.-C..

Les textes de l’époque de Josias auraient alors été repris, réinterprétés et enrichis d’autres traditions.

Sophie Laurant, chef de rubrique (Le Monde de la Bible)

Le vrai rôle du roi Josias

La Bible elle-même indique dans le second livre des Rois, que Josias, roi de Juda (639-609 av. J.-C.), a redécouvert, en faisant réparer le Temple de Jérusalem, le « Livre de la Loi », c’est-à-dire probablement un rouleau de parchemin portant le texte des Dix commandements et les textes législatifs du Deutéronome (quatrième livre du Pentateuque, première partie de nos Bibles actuelles).

Cette information, à cause de la façon dont elle est racontée, est prise au sérieux par les historiens du texte biblique : il y a certainement sous cette affirmation un fait historique réel en même temps que la volonté de donner un « beau rôle » à Josias.

À partir de cet indice, et de bien d’autres piochés dans l’analyse des livres bibliques, l’hypothèse la plus sérieuse est la suivante : à l’époque d’Ezéchias, l’arrière grand-père de Josias, qui fut incontestablement un roi brillant, on a mis par écrit un certain nombre de lois. Puis, Josias reprend ce corpus à son compte, propose une réforme qui est un « retour aux sources » et s’en glorifie. Des chroniques royales sont probablement ajoutées dès cette époque aux textes législatifs redécouverts.

Moïse recevant les tables de la Loi (Chagall, Musée national du judaïsme)

Cependant, tous les spécialistes ne partagent pas l’idée selon laquelle le texte biblique aurait entièrement été rédigé sous ce règne, et véhiculerait simplement l’idéologie royale de Judas, avec un regard très négatif sur le royaume du Nord (Israël), coupable de tous les vices et péchés.

À leurs yeux, une réécriture fondamentale du Pentateuque a eu lieu dans les 450-400 av. J.-C., après le retour d’exil à Babylone, sous l’influence des scribes, en particulier d’Esdras et Néhémie, à la tête d’un mouvement de « refondation » du judaïsme. Leur vision glorifiait en effet Jérusalem, au détriment de tous les autres lieux de cultes et posait les bases d’une sorte de « nationalisme religieux » exclusif (d’où le mépris affiché pour les Samaritains).

La Bible que nous connaissons aujourd’hui prendrait réellement forme à cette époque-là où les scribes ajoutent également au corpus les Livres des Prophètes.

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