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"Le phosphore : élément essentiel pour les êtres vivants – Pénurie en vue des phosphates pour l’agriculture (réserves surtout au Maroc, après l’île de Nauru en Océanie passée du rêve à l‘agonie, demain la Norvège ? )" par Jacques Hallard
mercredi 15 mai 2024, par
ISIAS
Ecologie Phosphates Nauru
Le phosphore : élément essentiel pour les êtres vivants – Pénurie en vue des phosphates pour l’agriculture (réserves surtout au Maroc, après l’île de Nauru en Océanie passée du rêve à l‘agonie, demain la Norvège ? )
Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 13/05/2024
Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur
Quelques informations préliminaires pour entrer dans le sujet.
Les plantes absorbent le phosphore en puisant des ions phosphates du sol par leur système racinaire. Ces ions sont fournis par l’apport d’engrais, par la minéralisation des matières organiques contenant du phosphore (feuilles, fumiers, paille, compost, etc…), et par le sol.
Le phosphore est un élément essentiel pour les végétaux. En agriculture, il permet de maintenir et optimiser les rendements. En effet, ce macronutriment joue un rôle important dans la floraison des plantes, la production des protéines et des sucres. 13 janvier 2022
Vers une gestion durable du phosphore, ressource critique pour l’agriculture - Analyse n° 93 – Document officiel - 06 décembre 2016
Le phosphore est un nutriment indispensable aux êtres vivants et à leurs systèmes alimentaires. Il est principalement apporté sous forme d’engrais de synthèse. Or, ces amendements reposent sur des réserves inégalement réparties dans le monde et non renouvelables à l’échelle du temps humain : les roches phosphatées. Ces caractéristiques questionnent notre utilisation de cette fertilisation minérale. Après un tour d’horizon des rôles du phosphore dans la croissance des plantes et des considérations géostratégiques sur la dépendance de nombreux pays vis-à-vis de cette ressource, cette note expose quelques pistes pour une gestion durable du phosphore.
Les notes d’Analyse présentent en quatre pages l’essentiel des réflexions sur un sujet d’actualité relevant des champs d’intervention du ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt. Selon les numéros, elles privilégient une approche prospective, stratégique ou évaluative.
Voir aussi : Le marché des engrais minéraux : état des lieux, perspectives et pistes d’action - Analyse n° 15
Cycle du phosphore : c’est un cycle biogéochimique mettant en jeu le phosphore. Le phosphore est un constituant indispensable de la matière organique, même si son importance pondérale est relativement faible par rapport à l’azote ou au potassium. Wikipédia
Réserves mondiales de phosphates pour l’agriculture - Les pays ayant les plus grandes réserves de roches phosphatées commerciales (en milliards de tonnes) sont : le Maroc 50, la Chine 3,1, l’Algérie 2,2, la Syrie 1,8, la Finlande 1,6, l’Afrique du Sud 1,5, la Russie 1,3, la Jordanie 1,2, l’Égypte 1,2, l’Australie 1,1, les États-Unis 1,1.
Nauru, /na.u.ʁu/, en forme longue la république de Nauru est un État insulaire d’Océanie situé en Micronésie, dont la population est estimée à 9.811 habitants en 2022 et l’un des plus petits États du monde… - Wikipédia - Langues officielles : Nauruan, Anglais - Population : 12 668 (2022) Banque mondiale - Superficie : 21 km² - Continent : Océanie
Articles étiquetés ‘PHOSPHATES’ postés antérieurement sur le site ISIAS JH2024-05-11T11:42:00JS à partir de ce site :
accessibles à partir de ce site : https://isias.info/spip.php?page=recherche&recherche=phosphates
Ce dossier tout d’abord rappelle le cycle du phosphore (P) et propose un point sur les phosphates
L’exemple de l’épuisement des mines de phosphates pour l’agriculture sur la petite île de Nauru dans le Pacifique : passée du rêve au cauchemar, un territoire à l’agonie
Une analyse agroécologique de l’INRAE montre que la moitié du phosphore disponible pour les sols agricoles à l’échelle mondiale, provient des engrais minéraux, d’une part, et une pénurie du phosphore et des engrais phosphatés en en vue : elle constitue « une famine mondiale à retardement » selon Elena M. pour ‘Monsieur Mondialisation’, d’autre part…
Une lueur d’espoir pour retarder l’épuisement en phosphates utilisés en agriculture ? – « L’UE salue la découverte d’un énorme gisement de phosphate en Norvège », selon ‘Euractiv.com’
Les documents sélectionnés pour ce dossier – conçu pour un usage didactique - sont indiqués avec leurs accès dans le sommaire ci-après
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- Le cycle du phosphore (P) – Document ‘fertilisation-edu.’
- Extraits d’un article Wikipédia sur les phosphates
- Présentation de Nauru - Mise à jour : 20.03.21 – Document officiel
- République de Nauru d’après Wikipédia – Extraits
- L’île de Nauru : du rêve au cauchemar - Article rédigé par Pauline Landais-Barrau - France Télévisions - Publié le 15/09/2014 17:14 Mis à jour le 19/09/2014 10:18
- Dans le Pacifique, l’agonie de l’île de Nauru – Publié : 9 mai 2024, 12:56 CEST - Auteure : Shérazade Zaiter Juriste Internationale- Auteure, Université de Limoges
- Agroécologie - La moitié du phosphore disponible des sols agricoles à l’échelle mondiale provient des engrais minéraux - Publié le 05 janvier 2023 – Document ‘INRAE’
- Pénurie de phosphore : une famine mondiale à retardement - 20 février 2024 – Autrice : Elena M. – Document ‘Monsieur Mondialisation’
L’UE salue la découverte d’un énorme gisement de phosphate en Norvège - Par : Frédéric Simon
Annexe : CIRAD TECHNIFERT S.A. valorisation des Phosphates naturels du Vietnam... Agritrophttps://agritrop.cirad.fr › ... – PDF de Binh Truong · 1990
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Son principal rôle à l’intérieur de la plante est lié au stockage et transfert d’énergie (ATP), à la formation de composés structurels (nucléotides, acides nucléiques, coenzymes, phospholipides, etc…) intervenant dans la croissance des racines, la formation des grains, fruits et fibres, la maturation des fruits et le pouvoir germinatif des semences.
Son cycle est assez complexe et les entrées au sol sont dues principalement aux apports minéraux et organiques, la déposition atmosphérique est négligeable.
Le phosphore dans le sol
La quantité de phosphore contenue dans la solution du sol se situe entre 0,1 et 3,7 kg P2O5/ha. Les plantes absorbent principalement les ions phosphates sous la forme de H2PO4- et HPO42-.
Le phosphore dans le sol est en forte interaction avec la phase solide et forme divers composés minéraux secondaires avec Ca, Fe, Mn, Al.
Le phosphore est facilement adsorbé, pour cette raison il a une très faible mobilité. De plus le phosphore peut être immobilisé par l’activité biologique des sols.
Les pertes sont dues principalement aux exportations agricoles et à l’érosion entraînant des particules de terre. Le lessivage est marginal (lixiviationlixiviation Définition : Processus au cours duquel l’eau de ruissellement passe au travers des pores du sol (percolation) en entraînant par dissolution certains sels, ions ou substances solubles....
_).
Cycle du Phosphore en agriculture
cycle-phosphore
Le recyclage d’éléments nutritifs contenus dans les matières organiques de toute nature : effluents d’élevage, résidus de culture et autres sous-produits organiques issus des activités humaines, constitue une ressource importante pour la fertilisation.
- Le phosphate est extrait de mines à ciel ouvert, il est généralement transformé par l’action d’acides minéraux pour produire des formes plus solubles, assimilables par les plantes.
- La minéralisationminéralisationDéfinition : Transformation de la matière organique qui conduit à la formation de sels minéraux où les éléments fertilisants deviennent solubles et accessibles aux plantes....
_de la matière organique du sol (et des effluents) produit du phosphore minéral (phosphate) soluble. - Le phosphore évolue en permanence entre les formes fixées, adsorbées et solubles.
- La lixiviationlixiviation Définition : Processus au cours duquel l’eau de ruissellement passe au travers des pores du sol (percolation) en entraînant par dissolution certains sels, ions ou substances solubles....
_du phosphore soluble (entraînement en profondeur par l’eau du sol) est un phénomène extrêmement limité (moins de 1kg/ha en situation de fertilisation raisonnéefertilisation raisonnée Définition : L’objectif de la fertilisation raisonnée est de satisfaire les besoins nutritionnels des plantes en complétant l’offre du sol en éléments minéraux dans des conditions économiquement rentables et dans le respect de l’environnement (COMIFER, 1995)....
_). - L’entraînement du phosphore hors de la parcelle est faible, il se fait par ruissellement (terrains en pente) et érosion (phosphore lié aux particules solides).
- L’absorption racinaire des végétaux se fait exclusivement à partir du phosphore de la solution du sol.
- La récolte est transformée en nourriture (humaine ou animale), ce qui est l’objectif fondamental de l’agriculture.
Le phosphore et la plante
L’étude de la dynamique du phosphore dans les systèmes sol-plante met en lumière les points suivants :
- le prélèvement du phosphore par les racines des plantes n’a lieu que sous forme d’ions ortho-phosphates PO43-.
- les quantités dissoutes dans la solution du sol sont très faibles. Au fur et à mesure de leur absorption par les racines, elles sont remplacées par du phosphore provenant des réserves du sol mais ces échanges sont très lents.
- La fertilisation phosphatée a pour objectif essentiel de compenser les exportations du sol après chaque récolte et d’entretenir un pouvoir nutritionnel suffisant, adapté aux besoins des cultures.
- L’année même de l’apport, la part de l’engrais phosphaté directement utilisée par la plante est au plus de 20%. L’autre partie est mise en réserve sous différentes formes dans le sol pour être disponible au cours des années suivantes.
Déplacement par diffusion du phosphore
deplacement phosphore
Source : GEMAS
Solde du bilan du phosphore
Les réserves de phosphates au niveau mondial sont limitées, l’utilisation de cet élément comme fertilisant doit donc être raisonnée au plus près des besoins des plantes. Le recyclage de cet élément devra fournir une part plus importante des besoins dans l’avenir.
Le bilan Apports - Exportations ne tient pas compte des pertes par lixiviationlixiviation Définition : Processus au cours duquel l’eau de ruissellement passe au travers des pores du sol (percolation) en entraînant par dissolution certains sels, ions ou substances solubles...., érosion et ruissellement. Le solde du bilan devrait donc être légèrement positif pour couvrir les pertes annuelles et maintenir en moyenne l’état de fertilité des sols en phosphore.
Solde du bilan P2O5 en France
solde-p2o5
Le solde du bilan a beaucoup baissé par rapport aux années 90. La chute est de 84% par rapport à la campagne 88/89. Cette chute est expliquée principalement par la diminution des apports et la légère augmentation des exportations.
Phosphore et eutrophisation eutrophisation Définition : Augmentation du taux d’éléments nutritifs dans les eaux, conduisant à une multiplication excessive d’algues et d’autres espèces non désirables....
La lixiviationlixiviation Définition : Processus au cours duquel l’eau de ruissellement passe au travers des pores du sol (percolation) en entraînant par dissolution certains sels, ions ou substances solubles....
_du phosphore concerne essentiellement les ions phosphate et les formes organiques du phosphore solubles dans l’eau. Sauf cas particuliers rencontrés dans les sols très sableux et pauvres en matière organique, les quantités transférées par lixiviationlixiviation Définition : Processus au cours duquel l’eau de ruissellement passe au travers des pores du sol (percolation) en entraînant par dissolution certains sels, ions ou substances solubles....
_ne dépassent pas en général 0,5 kg P / ha / an et ce transfert ne provoque pas d’eutrophisationeutrophisation Définition : Augmentation du taux d’éléments nutritifs dans les eaux, conduisant à une multiplication excessive d’algues et d’autres espèces non désirables....
_des eaux (les concentrations en phosphore restant inférieures à 0,2 mg P / l) en raison de la fixation de ces ions dans les horizons sous-jacents toujours plus fixateurs que les horizons de surface.
Le phosphore quitte la zone labourée essentiellement par érosion de la couche superficielle. Il est entraîné sous forme particulaire, pour atteindre les eaux de surface où il se dépose par sédimentation. Ces transferts peuvent conduire à des processus d’eutrophisationeutrophisation Définition : Augmentation du taux d’éléments nutritifs dans les eaux, conduisant à une multiplication excessive d’algues et d’autres espèces non désirables....
_dans la mesure où des quantités d’azote bio-disponible se trouvent présentes en même temps.
L’analyse de l’origine des diverses sources a montré que les activités domestiques étaient responsables environ de la moitié des apports (49 %), l’industrie de 29 % et l’agriculture de 22 % (dont 17,5 % proviennent des effluents d’élevage et 4,5 % des engrais minéraux).
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Source : https://fertilisation-edu.fr/cycles-bio-geo-chimiques/le-cycle-du-phosphore-p.html
Extraits d’un article Wikipédia sur les phosphates
Un phosphate est un composé dérivé de l’acide phosphorique H3PO4 par perte ou substitution d’un ou plusieurs atomes d’hydrogène, par d’autres atomes ou groupes fonctionnels.
En chimie minérale, c’est un sel résultant de l’attaque d’une base par cet acide, ou l’anion faisant partie de ce sel. Les ions orthophosphates sont les formes chimiques les plus fréquentes du phosphate dans l’environnement (H2PO4−, HPO42−, PO43−), tous dérivés de l’acide phosphorique par perte d’un à trois atomes d’hydrogène. Ils sont utilisés dans certains engrais, lessives, comme inhibiteurs de corrosion ou additifs alimentaires (ils portent alors les numéros E338 à E343 si ce sont des orthophosphates, E450 à E455 si ce sont des polyphosphates). Présents en excès dans l’eau, ils sont source d’eutrophisation (voire de dystrophisation).
En chimie organique, un phosphate est un type de composé organophosphoré ; les groupes substituants des hydrogènes de l’acide phosphorique peuvent alors être des chaînes carbonées, on parle parfois de phosphate organique.
— -
Utilisation
Granulés de superphosphate triple, engrais titrant 45 % de P2O5.
Ouvriers (probablement chinois) d’une mine de Nauru, 1917.
Mines de Nauru.
Grand four électrique de fusion de phosphate, utilisé pour produire du phosphore élémentaire dans une usine chimique de la TVA (Tennessee Valley Authority) dans la zone de Muscle Shoals en Alabama (États-Unis), juin 1946.
Diminution des ventes de phosphates en France, qui ne s’est pas partout traduite par une diminution des teneurs des sols (qui ont diminué dans 34 % des régions, sont restées stables dans 24 % et ont augmenté dans 43 % dont en Bretagne), en raison notamment des apports de lisiers et boues d’épuration.
Les phosphates sont utilisés dans l’agriculture et le jardinage comme engrais10 pour fournir aux plantes (fruits, légumes…) une source de phosphore11. Les engrais phosphatés représentent, de loin, la principale utilisation des phosphates. Le minerai, en général des phosphates de calcium, peut être épandu directement sur les terres acides après avoir été finement broyé. Ayant tendance à se recombiner au calcium des sols, ce qui le rend moins assimilable, il doit être rendu plus hydrosoluble avant d’être employé sur les sols calcaires, ce qui passe par la fabrication des superphosphates. Suivant l’origine du minerai et le traitement, ces engrais sont susceptibles d’apporter des éléments fertilisants variés outre le calcium et le phosphore. Ces engrais peuvent être d’origine organique (poudre d’os, arêtes de poissons, etc.) ou inorganique (attaque d’acide sur du minerai), ce qui est de plus en plus le cas, hormis en agriculture biologique où les engrais de synthèse sont interdits.
Le superphosphate simple peut être utilisé pour l’assainissement des litières en élevage. Il passe dans le fumier et joue à nouveau un rôle de fertilisant.
Le phosphate se trouve aussi impliqué dans la fermentation vinicole (type de fermentation éthylique).
Les dihydrogénophosphates H2PO4− de calcium ou sodium (E450) et le phosphate d’aluminium sodique acide (E541) sont utilisés associés au bicarbonate de sodium comme poudre à lever en boulangerie-pâtisserie. Ils ont fait partie des premières levures chimiques, ne laissent pas d’arrière-goût et ont en grande partie remplacé la levure de boulanger.
Les polyphosphates sont utilisés comme prétraitement des eaux calcaires potables ou traitement préalable ou principal à l’adoucissement de l’eau en général. Ils ont été utilisés massivement comme composants des lessives.
Tous les êtres vivants contiennent des phosphates : ainsi les groupes phosphate sont des éléments de la chaîne composant les hélices de l’ADN, l’adénosine triphosphate sert de vecteur d’énergie dans les cellules, les os et les dents sont essentiellement constitués d’hydroxyapatite (Ca5(PO4)3(OH))…
L’acide phosphorique est généralement obtenu comme coproduit de la fabrication des superphosphates (attaque des minerais phosphatés par l’acide sulfurique).
La phosphatation et ses variantes bondérisation et parkérisation sont des traitements de protection de surface des aciers. On y utilise des bains d’acide phosphorique pour produire une couche superficielle de phosphate de fer.
Des orthophosphates (OP) ajoutés à une eau potabilisée permet de déposer des complexes stables (ex. : pyromorphite, Pb5(PO4)3) avec le fer, le plomb ou le cuivre issu de la corrosion de conduites métalliques. Ces complexes forment un film qui diminue le contact entre l’eau (et son oxygène dissous) et le métal toxique de la paroi interne d’une canalisation métallique. La corrosion est alors inhibée ou ralentie. Un tel traitement est permis au Royaume-Uni et aux États-Unis depuis les années 1990 puis a été utilisé au Canada, et plus récemment en Irlande. En Belgique et en République Tchèque il est utilisé pour protéger les canalisations en fer.
Utilisé dans les accumulateurs LFP (ou Li-FePO4 : Lithium-Fer-Phosphate, apparu en 2007). Les batteries LFP sont moins cher à produire que les batteries NMC ([Li]-NiMnCo) et leur impact environnemental est moindre (fer et phosphate au lieu de nickel, manganèse et cobalt). Leur densité énergétique est plus faible mais leur durée de vie plus longue.
En France : Les branchements publics et canalisations intérieures en plomb doivent être remplacés par des tuyaux sans plomb, pour lutter contre le saturnisme et mieux respecter la réglementation sur la potabilité de l’eau (directive européenne 98/83/CE relative à la qualité des « eaux destinées à la consommation humaine » (EDCH). La limite de qualité (LQ) pour le paramètre plomb (Pb) est passée de 50 à 25 μg/L en décembre 2003, puis de 25 à 10 μg/L en décembre 2013, conformément aux préconisations de l’OMS. En complément à ces mesures qui prennent du temps, et à certaines conditions, une circulaire permet un traitement filmogène des canalisations par ajout à l’eau d’acide phosphorique ou d’orthophosphates (OP). Ceci peut limiter le relarguage de plomb à partir des tuyauteries, des soudures et des éléments de robinetterie (le laiton contient du plomb). Ainsi, alors que les tuyauteries des maisons anciennes tardaient souvent à être changées, de 2003 à 2013, en France dix usines de production d’EDCH ont testé un traitement par OP (avec autorisation préfectorale) 12.
En 2012 et 2013, la Direction générale de la santé (DGS) puis le ministère de l’environnement et le CGDD ont demandé au Haut Conseil de la santé publique (HCSP) d’évaluer l’efficacité de ce type de traitement et de prendre position sur l’intérêt de le poursuivre ou de le généraliser à d’autres réseaux de distribution (et si oui et à quelles conditions… sachant qu’un arrêt du traitement pourrait peut-être aussi déséquilibre les équilibres microbiens des biofilms déposés sur les tuyaux)12. Cette demande a été traitée par un groupe de travail dénommé « Traitement des EDCH par des orthophosphates » dont les conclusions ont été adoptées le 4 juillet 201712. Outre l’acide phosphorique (NF EN 974) des polyphosphates utilisables pourraient être selon l’ANSES12 :
- des dihydrogénophosphates de sodium (NF EN 1198) ;
- des phosphates trisodiques (NF EN 1200) ;
- des dihydrogénophosphates de potassium (NF EN 1201) ;
- des hydrogénophosphates de potassium (NF EN 1202) ;
- des phosphates tripotassiques (NF EN 1203).
En France le dosage devrait être de 2 mg/L de PO43− en injection continue dans l’eau le temps que la couche protectrice se forme (jusqu’à 6 mois), puis à 1 mg/L de PO43− (soit 0,3 mg/L de Phosphore)12. Ailleurs les taux varient (selon les pays) de 0,5 à 6 mg/L environ de PO43−12.
Retours d’expérience : ils montrent une certaine réduction du relargage13,14,15 mais non sa suppression totale12 ; dans un cas étudié en France 1 mg/L en PO43− a suffi à réduire le plomb en solution de 60 % « sans pour autant que la LQ de 10 μg/L soit systématiquement respectée au robinet en raison de particularités dans certaines constructions »12 ; l’effet varie beaucoup selon la concentration en plomb et selon la qualité de l’eau (pH, dureté et TAC et présence éventuelle de couples galvaniques plomb-cuivre…). En février 2007 l’AFSSA notait « que la mise en place de traitements de phosphatation de l’eau ne constitue qu’une étape transitoire pour ramener les teneurs en plomb de l’eau au robinet du consommateur sous 25 μg/L mais qu’elle ne saurait se prolonger au - delà de 2013, date à laquelle la limite de 10 μg/L ne pourra être respectée que par le remplacement de ces canalisations en plomb dans les réseaux publics et privés12. »
Impacts environnementaux liés à l’agriculture
Pages plus générales : Écologie du sol et Histoire de l’agriculture#Les progrès de l’agronomie, la maîtrise de la fertilisation et la mécanisation au XIXe siècle
Engrais phosphatés utilisés en agriculture
Justus von Liebig, chimiste allemand, fondateur de l’agrochimie, vers 1886
L’utilisation d’engrais est une des bases de la production agricole moderne. Parallèlement au développement de la production industrielle des superphosphates (Établissements Kuhlmann), les fondements de l’utilisation des engrais sont explicités et vulgarisés par le chimiste allemand Justus von Liebig dans son ouvrage : La chimie organique appliquée à la physiologie végétale et à l’agriculture, objet de nombreuses rééditions de 1840 à 186516.
Cependant des problèmes concrets concernant l’utilisation du phosphore (la plus grande partie du phosphore du sol se trouve sous forme insoluble bloquée par la matière minérale ou organique17) et les particularités de son assimilation sont mis en lumière par les agronomes et les agriculteurs (surtout par les praticiens de l’agriculture biologique). Ils seront peu à peu élucidés par les travaux sur la structure du sol et les interactions plantes-microorganismes. Ces interactions sont encore aujourd’hui l’objet de recherche18.
Les phosphates naturels minéraux (guano ou phosphates d’origine sédimentaire) ont été très utilisés, notamment dans les sols acides où le phosphore est un des nutriments limitant pour les plantes mais facilement mobilisable. La minette lorraine (minerai de fer) contient aussi de l’apatite ; le procédé Thomas permettait d’obtenir un acier de qualité et de récupérer un coproduit, les scories Thomas, contenant des silicophosphates et phosphates de calcium (12 à 18 % de P2O5 ) et d’autres éléments (magnésium, oxydes métalliques). Il fut l’engrais phosphaté le plus utilisé en France (40 % de la consommation en 1966)16. La minette n’est plus exploitée depuis 1997.
Dans les sols à pH neutre ou basique, on utilise plutôt les superphosphates plus facilement assimilables. Ce sont des phosphates naturels traités à l’acide phosphorique,à l’acide sulfurique, à l’ammoniac , selon :
- super phosphate triple ou Triple Super Phosphate (TSP), principalement Ca(H2PO4)2, titrant 45 % de P2O5.Il est fabriqué avec du phosphate et de l’acide phosphorique ;.
- le superphosphate simple ou Single Super Phosphate (SSP), de formule Ca(H2PO4)2, titrant 18 % de P2O5 avec en proportions variables du phosphogypse CaSO4, 2H2O susceptible de fournir du soufre.Il est fabriqué avec du phosphate de l’acide sulfurique et de l’eau ;
- le superphosphate double peu répandu intermédiaire entre les deux autres formules ;
- les superphosphates ammoniés : le phosphate de diammonium (DAP en anglais), (NH4)2HPO4 et le phosphate de monoammonium (MAP), NH4H2PO4 , sous forme sèche ou liquide, etc. qui fournissent de l’azote. Le DAP est fabriqué avec de l’ammoniaque et de l’acide phosphorique, l’ammoniaque apporte l’azote et l’acide phosphorique le phosphore.
On utilise ces engrais seuls ou plus souvent associés à de l’azote et du potassium (NPK)
Conséquences
Sydney G. Thomas, scientifique et philanthrope britannique, inventeur du procédé Thomas
La fertilisation phosphatée est considérée comme indispensable à l’agriculture actuelle. Les phosphates naturels et superphosphates simples sont loin d’être des produits purs et peuvent comporter des éléments autres que le phosphore dont la présence peut être souhaitable ou non. La présence de calcium, magnesium, soufre et d’oligo-éléments (zinc, manganèse…) est généralement considérée comme bénéfique.
Si les phosphates sont normalement présents et utiles à faible dose dans l’eau et les sols, leur excès est (avec celui des teneurs en nitrates) une des causes majeures de l’eutrophisation voire de dystrophisation de l’environnement. Les transferts horizontaux ou verticaux de phosphates vers les eaux de surface varient fortement (de 0,1 à 2,5 kg ha−1 an−1), selon le type de sol, son pH, sa teneur en humus, et ses usages (labour, prairie permanente, etc.). En moyenne, 9 % du phosphore (dont la moitié apporté par les engrais) est emporté par les eaux de ruissellement19.
Ils contribuent notamment aux problèmes de turbidité liés au verdissement des eaux (dont lors de blooms planctoniques) et aux phénomènes de zones marines mortes en aval des estuaires.
Ils sont aussi source de « métaux lourds », qui sont pour certains éventuellement radioactifs, car le phosphore d’origine minérale est souvent, dans les engrais, associé à des métaux toxiques (cadmium (jusqu’à 87 mg·kg-1 dans le phosphal produit au Sénégal20, le chrome (Cr), le mercure (Hg) et le plomb (Pb), et à des éléments radioactifs, dont l’uranium (U). Certains engrais phosphatés contiennent des quantités importantes d’uranium, donc de radium et conduisent à une émanation plus importante de gaz radon,[réf. nécessaire]. Les teneurs atteignent jusqu’à 390 mg·kg-1 dans les mines tanzaniennes de Minjingu contre 12 mg·kg-1 dans le gisement tunisien de Gafsa20, or le phosphate de Minjingu est agronomiquement très efficace, et peu coûteux, et donc très utilisé sur des sols acides cultivés, ce qui pose des questions toxicologiques et sanitaires concernant les ouvriers des mines21,22 et écotoxicologiques concernant les stériles minières (dont crassiers de phosphogypse radioactif). L’uranium des phosphates est parfois récupéré23 et compte pour environ 5 % de la production mondiale d’uranium en 2010 (extraction de l’uranium).
Le cadmium dont la première source dans un champ est souvent l’engrais phosphaté peut poser de graves problèmes, et il est particulièrement bioassimilable dans le cas d’engrais phosphatés hydrosolubles, alors que, parce que lié à l’apatite, il est moins soluble dans les engrais non hydrosolubles24. Il est encore plus bioassimilable dans les sols acides24 et/ou en présence d’une carence en certains autres oligo-éléments (fer…).
Les engrais phosphatés minéraux sont aussi très riches en fluor (provenant de l’apatite qu’ils contiennent). Le fluor dépasse souvent 3 % du poids total. Ce fluor peut causer une fluorose aux animaux qui pâturent les sols traités, probablement pas parce qu’ils absorbent ce fluor via les plantes (qui le bioconcentrent peu), mais parce qu’ils ingèrent de la terre ainsi enrichie en fluor, avec leur nourriture ou en se léchant25.
Affiche vantant l’utilisation des superphosphates avec la liste des usines Kuhlmann, 1916
Cependant le traitement de l’apatite à l’acide phosphorique pour la fabrication des superphosphates triples entraîne la réaction suivante :
Ca5(PO4)3F + 7 H3PO4 → 5 Ca(H2PO4)2 + HF, HF réagit avec la silice du minerai pour former H2SiF6 utilisé dans la métallurgie de l’aluminium, ce qui permet de soustraire le fluor à l’engrais.
Dans les cultures, le phosphore est normalement absorbé par les plantes par l’intermédiaire des mycorhizes. Cette voie concerne la plupart des familles à l’exception notable des crucifères et des chénopodiacées. Or, les apports excessifs d’engrais phosphatés conduisent les plantes à se passer des mycorhyzes qui se développent peu, rendant inopérante cette étape clé du cycle du phosphore17. Les plantes cultivées ne peuvent ainsi plus profiter de ce mécanisme, et ne peuvent plus assimiler le phosphore autrement que par de nouveaux apports massifs de phosphates26. Le phosphore des engrais excédentaire, lessivé par les pluies peut s’accumuler dans les sédiments des étangs où il reste plus longtemps disponible que les nitrates (plus ou moins selon la concentration du sédiment en fer sous forme d’oxyhydroxyde de fer(III) FeO(OH) et selon le pH de ce sédiment27,28.
En France, selon le bilan19 publié en 2009 sur les phosphates dans les sols de la France métropolitaine, en 2001, 775 000 tonnes ont été apportées aux sols français sous forme d’engrais minéraux. Six ans plus tard (en 2007) sur 2 372 points de mesure, près de la moitié des sols analysés en France posent encore problème : 2 % sont de qualité mauvaise, 4 % médiocre, 12 % moyenne, 55 % bonne et 27 % très bonne.
Les engrais minéraux restent la première source de phosphore perdu dans les eaux (50 %) en France, devant les déjections animales (directement ou plus souvent via les fumiers et épandages de lisier) (40 %). Viennent ensuite les effluents urbains domestiques (environ 5 %) et industriels (2 %) ainsi que les boues d’épuration (2 %)19.
En France et dans d’autres pays d’Europe, les agriculteurs ont globalement acheté moins d’engrais minéraux phosphatés (deux tiers en moins de 1972 à 2008), mais cette diminution concerne surtout les zones de déprise agricole ou d’agriculture biologique ; les analyses montrent que des teneurs en phosphore de certains sols agricoles ont fortement augmenté (+ 43 % des cantons étudiés, notamment en Bretagne, Pays de la Loire, Champagne-Ardenne et Aquitaine)19. Avec le développement des stations d’épuration et de l’élevage hors-sol, les quantités de boues et fumiers ou lisiers épandus ont fortement augmenté depuis les années 1970. Ces boues sont le plus souvent épandues, comme les fientes d’élevage avicoles sur les sols agricoles.
Évolution possible - Voir aussi Mycorhize#Applications
En France, les mesures agroenvironnementales telles que le « couvert environnemental permanent » ou les « bandes enherbées » peuvent contribuer à piéger une partie des phosphates ruisselant à partir des champs afin qu’ils ne soient pas emportés par les cours d’eau. Le lagunage naturel peut aussi contribuer à mieux traiter les nitrates et le phosphore, éventuellement en traitement tertiaire en aval d’une station d’épuration « classique ».
Au vu des connaissances acquises sur les organismes du sol et en particulier sur les mycorhizes depuis 1990, une nouvelle approche de la fertilisation phosphatée semble possible. En favorisant le développement des mycorhizes17 et éventuellement en les inoculant, technique déjà éprouvée29, il serait envisageable de réduire drastiquement le niveau de la fertilisation phosphatée29,18. Des biologistes comme Marc-André Selosse proposent d’étudier précisément cette voie.
Recyclage - Articles connexes : Traitement des eaux usées : déphosphoration et Struvite dans le traitement des eaux usées.
Source de l’article complet : https://fr.wikipedia.org/wiki/Phosphate
NAURU JPEG
Données générales
Nom officiel : République de Nauru
Nature du régime : Démocratie parlementaire
Chef de l’Etat : M. Lionel AINGIMA
Données géographiques
Superficie : 21 km².
ZEE : 308 480 km².
Capitale : Yaren.
Langues officielles : nauruan, anglais
Données démographiques
Population : 12.704 habitants
Densité : 635,2 hab/ km²
Croissance démographique : -1,3 %
Espérance de vie : indisponible
Religions : protestants (60,4%), catholiques (33%)
Indice de développement humain (2017) : indisponible
Eléments d’actualité
Politique intérieure
Elu en août 2019, le président Lionel AINGIMA est chef de l’Etat, mais également ministre des Affaires étrangères et du Commerce extérieur, de l’Education, des Télécommunications, des forces de Police et des Médias. Le nouveau président a hérité d’une situation économique difficile (finances publiques dépendantes de l’aide extérieure, principalement australienne mais aussi taiwanaise, taux de chômage élevé) et d’une image dégradée laissée par son prédécesseur, Baron WAQA : situation des migrants dans le camp de rétention ouvert à la demande de l’Australie, lois empêchant toute opposition et limitant l’accès à internet.
Nauru n’a à ce jour ratifié que quatre des neuf principales conventions internationales en matière de droits de l’Homme (convention contre la torture, convention sur l’élimination de toutes les discriminations faites aux femmes, convention relative aux droits de l’enfant, convention relative aux droits des personnes handicapées).
La surexploitation du phosphate et la crise financière des années 1990 ont durement frappé l’économie du pays. Alors que Nauru possédait le deuxième PIB/habitant le plus élevé en 1974, ce pays est désormais l’un des plus pauvres du monde. Nauru est marqué par une importante prévalence des maladies non-transmissibles : le taux d’obésité y est le plus élevé au monde, 90% des adultes sont en surpoids, 40% de la population est atteinte de diabète de type II.
La République de Nauru est devenu le 189e Etat membre du Fond monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale le 12 avril 2016. Nauru est également membre du Commonwealth, de l’Organisation des Nations unies (depuis 1999) et de plusieurs organisations régionales : Forum des Iles du Pacifique (FIP), dont il assure la présidence depuis septembre 2018 et pour un an, Communauté du Pacifique (CPS), Programme régional océanien de l’environnement (PROE), Forum pour le Développement des Iles du Pacifique (FDIP), Sparteca - South Pacific Regional Trade and Economic Cooperation Agreement. Nauru a intégré l’Office International pour les Migrations (OIM) le 6 décembre 2011.
Politique étrangère
L’Australie, ancienne puissance de tutelle (jusque 1968), demeure le principal partenaire et pourvoyeur d’aide au développement de la République de Nauru. En partenariat avec le Secrétariat du Forum des Iles du Pacifique et la Banque asiatique de Développement, elle appuie financièrement la « Stratégie nationale de développement durable » du gouvernement nauruan. Nauru abrite un camp de rétention australien pour les demandeurs d’asile (« centre régional de traitement »). Ouvert en 2001 dans le cadre de la « Pacific Solution » et fermé en 2008, il a été réouvert en 2012 (environ 350 réfugiés encore sur place en 2020). Les conditions dans lesquelles les réfugiés y sont hébergés suscitent de nombreuses critiques des organisations de défense des droits de l’Homme.
Les relations avec l’Union européenne se sont renforcées depuis l’admission de Nauru dans le groupe des pays ACP (2000). L’enveloppe de programmation du 11e FED (2014-2020) est de 2,4 M EUR, avec une priorité accordée aux énergies renouvelables.
L’organisation à Nauru du 49ème sommet du Forum des îles du Pacifique en 2018 durant lequel Wallis-et-Futuna a vu son statut rehaussé au niveau de celui de membre associé a été l’occasion pour ce petit pays de faire parler de lui sur la scène régionale et internationale. Nauru est l’un des quatre derniers pays du Pacifique entretenant des relations diplomatiques avec Taïwan.
Considéré comme un affidé de Moscou, Nauru est l’un des rares Etats ayant reconnu l’indépendance des régions sécessionnistes géorgiennes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud. En outre, l’une des premières décisions diplomatiques du Président AINGIMA a été la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, avant de revenir sur sa reconnaissance du Kosovo.
Situation économique
Nauru a un PIB par habitant élevé pour la région (9 037 USD) mais sa très faible population limite fortement la taille de son économie (PIB de 117 M USD). Le pays a connu une récession en 2018 (-2,4%). L’économie du pays repose sur les exportations de phosphate et la pêche. Le pays a tenté de devenir un centre financier offshore, mais sans succès du fait de sa population limitant ses capacités administratives. L’aide au développement représente 23% du PIB de Nauru.
Informations complémentaires Instantanés diplomatiques - Images France / Nauru
Tous droits réservés - Ministère de l’Europe et des Affaires étrangères – 2024 - Source : https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/nauru/presentation-de-nauru/
République de Nauru d’après Wikipédia – Extraits
0° 31′ 56″ S, 166° 55′ 58″ E
(na) Ripubrikin Naoero (en) Republic of Nauru
Drapeau | Blason |
|---|
| Devise | en anglais : God’s will first (« La volonté de Dieu d’abord ») |
|---|---|
| Hymne | en nauruan : Nauru Bwiema (« Nauru, Notre Patrie ») |
| Fête nationale | 31 janvier |
| · Événement commémoré | Indépendance vis-à-vis de l’Australie (1968) |
Description de l’image Nauru on the globe (Polynesia centered).svg.
Nauru, /na.u.ʁu/5,6, en forme longue la république de Nauru (en nauruan : Naoero et Ripublik Naoero ; en anglais : Republic of Nauru) est un État insulaire d’Océanie situé en Micronésie, dont la population est estimée à 9 811 habitants7 en 2022 et l’un des plus petits États du monde.
Située à 42 km au sud de l’équateur8, l’île a une superficie de 21,3 km2 et est formée d’un plateau central peu élevé culminant à 71 m au Command Ridge, ceinturé par une étroite plaine côtière. Sur cette plaine se concentrent les logements et les infrastructures industrielles, agricoles, publiques et de transport, l’intérieur des terres étant majoritairement dévolu à l’extraction du minerai de phosphate qui constitue la seule richesse naturelle de Nauru. L’île est distante de 705 kilomètres de Tarawa-Sud, capitale des Kiribati, dans les îles Gilbert, à l’est-nord-est. Le pays n’a pas de capitale officielle1, toutefois Yaren est désigné de facto comme capitale car le district abrite le Parlement1. Par sa superficie, l’île est considérée comme la plus petite république du monde1. Sa densité est la plus élevée d’Océanie (9e rang mondial).
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/02/Nauru_satellite.jpg/220px-Nauru_satellite.jpgImage satellite de Nauru en 2002.
L’île, alors peuplée de quelques centaines de Nauruans aux origines micronésiennes et mélanésiennes, est approchée par le navigateur britannique John Fearn en 1798. Elle accède à l’indépendance le 31 janvier 1968. Entre ces deux dates, elle est successivement colonie allemande de 1888 à 1914 puis australienne de 1914 à 1968 avec une période d’occupation japonaise entre 1942 et 1945. Mais ce qui marque le plus profondément la société nauruane, c’est son histoire économique centrée sur le phosphate. Son extraction et son exportation débutent en 1906. Cette ressource, d’abord exploitée au bénéfice des nations colonisatrices de l’île, permet à la population de Nauru d’accéder à un très haut niveau de vie, à partir de l’indépendance en 1968. Cependant, dès les années 1990, l’épuisement des réserves minières, une mauvaise gestion des finances publiques et la dégradation de la santé publique caractérisée par l’apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène de vie entraînent une paupérisation de la population et de l’État, aboutissant à une faillite générale.
La population de Nauru est très fortement marquée dans sa structure et sa culture par la colonisation : majoritairement de religion protestante, elle est principalement composée de Nauruans, mais comporte une minorité chinoise et quelques Européens et Océaniens. Le nauruan, bien que seule langue officielle de l’île9, est supplanté par l’anglais dans les relations formelles, il est largement employé dans le commerce, l’administration et les études supérieures. Le dollar australien est resté la monnaie du pays à son indépendance, et le sport national est le football australien.
Lire l’article complet sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nauru
L’île de Nauru : du rêve au cauchemar - Article rédigé par Pauline Landais-Barrau - France Télévisions - Publié le 15/09/2014 17:14 Mis à jour le 19/09/2014 10:18
Il y a moins de 20 ans, l’île de Nauru était l’un des pays les plus riches du monde. Aujourd’hui, l’État est en faillite, la population est obèse et le chômage a atteint 90% des actifs. L’île a essayé de se transformer en paradis fiscal pour attirer des capitaux, mais sans succès.
30 ans après l’âge d’or de l’exploitation du phosphate sur l’île de Nauru, l’usine est laissée à l’abandon (REUTERS PHOTO / STR NEWS)Agrandir l’image
30 ans après l’âge d’or de l’exploitation du phosphate sur l’île de Nauru, l’usine est laissée à l’abandon (REUTERS PHOTO / STR NEWS)
Successivement colonisée par l’Allemagne, puis l’Australie, Nauru connaît une prospérité sans précédent. La petite île, située au large de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, présente en effet un développement très important grâce à l’exploitation et l’exportation du phosphate. Ce minerai, très utile pour fabriquer l’engrais agricole, alimente l’agriculture australienne et britannique.
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Commence alors une longue période d’exploitation : les Australiens, qui possèdent l’entreprise construisent les infrastructures indispensables à l’extraction de la matière phare. Et en quelques années, l’entreprise connaît des profits « records ». Mais les Naruans souhaitent désormais jouir eux-mêmes de leurs ressources naturelles. L’île accède donc à son indépendance le 31 janvier 1968 et devient ainsi la République de Nauru.
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Dès lors, l’entreprise est rachetée et nationalisée. Pendant 30 ans, de 1968 à 1998, la richesse s’empare de la population et la vie des Nauruans n’est plus la même. La période est faste, le cours du phosphate s’envole. L’année 1974 bat tous les records : le pays fait 225 millions d’euros de bénéfice et le PIB par habitant est le 2e au monde. Un PIB trois fois plus élevé qu’aux États-Unis.
Nauru investit alors sa fortune dans l’immobilier. Des buildings sont construits à Melbourne et à Washington, des terres sont achetées dans divers pays du pacifique, des spectacles sont entièrement financés par l’État, un golf luxueux est construit sur l’île. La compagnie aérienne nationale est aussi créée, Air Nauru, couvrant la majeure partie de l’Océanie.
La descente aux enfers
Cependant, dès les années 1990, l’épuisement des réserves minières, une mauvaise gestion des finances publiques et la dégradation de la santé publique caractérisée par l’apparition de maladies liées à une mauvaise hygiène de vie entraînent une paupérisation de la population et du pays en général, aboutissant à une faillite nationale.
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Autrefois pays au plus haut revenu annuel moyen par habitant juste derrière l’Arabie Saoudite, Nauru connait une chute vertigineuse. Les dirigeants qui se sont succédé à la tête de l’entreprise nationale ont mené une gouvernance extravagante, matérialisée par des investissements douteux et n’ont pas assuré l’avenir du pays. Avec une gestion sérieuse, même avec l’épuisement des ressources de phosphate, l’argent accumulé aussi facilement aurait suffi à pérenniser le futur de l’État.
Quant à la population, l’opulence des années de richesse a engendré de mauvaises habitudes alimentaires. Le pays recouvre aujourd’hui le plus fort taux d’obésité de la planète. Selon l’Organisation mondiale de la santé, 95% de la population est en surpoids. Les habitants se plaignent aujourd’hui de ne plus manger que du poisson, nourriture du « pauvre » pour les îles du Pacifique. La nourriture est de moins en moins disponible, détruisant la notion de solidarité entre les citoyens nauruans, pourtant très présente il y a encore quelques années. L’État ne semble pas informer la population sur un mode de vie sain et le seul organisme public fonctionnant correctement est l’hôpital.
Aujourd’hui, la quasi-totalité du territoire de Nauru ressemble à un désert de pierres. La surexploitation du phosphate sur l’île a dégradé l’environnement : 80% de la surface du territoire a été creusée et la déforestation a tué des espèces entières d’oiseaux.
Un paysage lunaire : c’est ce à quoi ressemble l’île de Nauru depuis la fin de l’extraction du phosphate (REUTERS PHOTO) Agrandir l’image :
Un paysage lunaire : c’est ce à quoi ressemble l’île de Nauru depuis la fin de l’extraction du phosphate (REUTERS PHOTO)
Symbole de la déchéance du petit pays, le célèbre building que l’État avait acheté à Melbourne en Australie a dû être vendu en 2004 pour essayer de rembourser ses dettes. La République de Nauru commence alors à blanchir de l’argent et à vendre des passeports. La mafia russe de Saint-Pétersbourg a blanchi à Nauru près de 70 milliards de dollars. Le pays a même appartenu à la liste noire des paradis fiscaux. Des activités illégales qui n’ont jamais bénéficié aux habitants de l’île.
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Aujourd’hui, le système de sociétés-écrans n’existe plus et l’île de Nauru a été retirée de cette liste noire, mais les faux passeports circulent encore dans le monde.
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Survivre ou partir
Nauru s’applique dorénavant, pour survivre, à prendre soin de ses relations diplomatiques. Taïwan a racheté pour 10 millions de dollars la ligne faisant quelques allers-retours entre Nauru et Australie, le tout avec le carnet de chèques de banques créancières. En échange, Taïwan est soutenue par Nauru sur la scène internationale, et notamment dans sa lutte pour obtenir un siège à l’ONU. Pour preuve, la seule ambassade présente sur l’île est celle de Taïwan.
L’île abrite également une prison, à disposition non pas de l’État, mais de l’Australie. Ce camp d’internement est habité par des clandestins que l’Australie capture dans les eaux internationales, près de leurs côtes. Le fait que ces clandestins soient directement amenés à Nauru ne leur permet pas de demander le statut de réfugiés politiques en Australie. Ce système, plus connu sous le nom de « Solution du Pacifique », rapporte à Nauru plusieurs millions de dollars chaque année. Mais devant un début de polémique, le nouveau Premier ministre australien, Kevin Rudd, a stoppé les acheminements de clandestins vers Nauru.
Les habitants de Nauru auraient dû être riches, il ne leur reste plus rien. Une lueur d’espoir est cependant apparue. Des géologues affirment qu’il existerait sous les anciens gisements de nouvelles sources de phosphate. Des explorations ont été lancées, financées par de grands entrepreneurs australiens mais c’est une fausse bonne nouvelle, car compte tenu des dettes encore en cours, Nauru et ses habitants ne profiteront plus jamais de leurs ressources naturelles.
La plus petite République du monde, en apparence semblable à des dizaines d’autres, est aujourd’hui une île complétement dévastée, qu’on a même envisagé d’abandonner en préparant l’exil de ses habitants. Pour l’heure, près de 9.000 personnes vivent encore sur l’île mais son avenir est compromis. Entre surexploitation écologique, faillite économique et hyper-consumérisme : l’histoire de Nauru est l’exemple parfait du rêve qui vire au cauchemar.
Source : https://www.francetvinfo.fr/monde/asie/lile-de-nauru-du-reve-au-cauchemar_3068375.html
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Dans le Pacifique, l’agonie de l’île de Nauru – Publié : 9 mai 2024, 12:56 CEST - Auteure : Shérazade ZaiterJuriste Internationale- Auteure, Université de Limoges
Déclaration d’intérêts - Shérazade Zaiter est membre d’Avocats sans Frontières et du Centre International de Droit Comparé de l’Environnement.
Partenaires : Région Nouvelle-Aquitaine a apporté des fonds à The Conversation FR en tant que membre bienfaiteur. Université de Limoges apporte un financement en tant que membre adhérent de The Conversation FR. - Voir les partenaires de The Conversation France
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Le 27 février dernier, l’Union européenne a voté un texte élargissant la liste des crimes environnementaux et harmonisant les sanctions en la matière dans l’Union européenne. Début février, le procureur de la Cour pénale internationale Karim Khan proposait à son tour de poursuivre les crimes environnementaux sans modifier son statut, estimant que les dégâts environnementaux sont souvent cause ou conséquence de crimes de guerre ou contre l’humanité, sur lesquels elle a déjà la compétence. Dans Le manifeste contre la corruption environnementale qu’elle vient de publier aux éditions Érick Bonnier, ce sont ces thématiques que Shérazade Zaiter, juriste internationale, spécialiste en droit des affaires et droit à l’environnement et enseignante à l’Université de Limoges, explore.
Elle y dénonce des crimes qui viennent accentuer la crise environnementale et met en lumière ceux qui tentent de combattre cette corruption. Nous reproduisons ici l’extrait du livre consacré au destin tragique de Nauru, une petite île du Pacifique qui illustre de manière poignante les conséquences de la corruption environnementale.
La République de l’île de Nauru, minuscule joyau perdu dans l’immensité de l’océan Pacifique, illustre de manière glaçante les conséquences de la corruption environnementale. Qualifié de « pays qui s’est mangé lui-même », situé à près de 4835 kilomètres de l’Australie, il s’étend sur seulement 22 kilomètres carrés.
Son plateau central est entouré d’une bande côtière, où se concentre la majeure partie de sa population. L’origine de son malheur a commencé en 1906, lorsque d’immenses gisements de phosphate ont été découverts sur ce plateau. Sa corne d’abondance a ouvert la boîte de Pandore, et c’est ainsi que débuta la lente agonie de l’île de Nauru.
Le phosphate est un sel précieux, utilisé dans la fabrication d’engrais et d’explosifs. Riche en phosphore, c’est un élément essentiel pour la croissance des plantes, il augmente le rendement des cultures. Ce gisement minéral, dont la qualité est la meilleure au monde, couvre 70 % de l’île.
De la prospérité à l’effondrement
Les colons allemands ont d’abord bénéficié de son exploitation, puis l’Australie a pris le relais en 1914, en prenant le contrôle de l’île jusqu’en 1968. Cette année-là, Nauru est devenue la plus petite république au monde. Son indépendance lui a apporté une prospérité économique sans précédent.
En poursuivant l’exportation de phosphate, Nauru a connu une croissance rapide de sa richesse. En 1974, le pays affichait le deuxième produit intérieur brut par habitant le plus élevé au monde, générant 225 millions de dollars australiens. Nauru a brillamment instauré un modèle d’État-providence exempt d’impôts, où l’éducation, les transports, les services de santé, et même le logement sont entièrement pris en charge par l’État, sans aucun frais pour ses citoyens.
Au début des années 1990, avec le déclin des gisements de phosphate, l’économie de Nauru a sombré dans la crise. Malgré les investissements immobiliers du gouvernement pour contrer cette situation, ceux-ci se sont révélés désastreux. Des scandales de détournement de fonds et de corruption impliquant des politiciens et des personnalités influentes ont éclaté. Contribuant à la détérioration des infrastructures et des services publics.
Des choix politiques ont facilité l’octroi de contrats favorables à des entreprises étrangères en échange de faveurs, entraînant des conséquences désastreuses. Avec une augmentation des saisies, un effondrement de l’industrie et une succession de gouvernements, Nauru a été contrainte d’élaborer diverses stratégies pour restaurer ses finances.
Cela comprenait le blanchiment d’argent étranger, la vente de passeports et même l’accueil rémunéré de réfugiés clandestins, ce qui a attiré l’attention négative d’organisations telles que l’ONU, l’OCDE et Amnesty International.
Des paysages défigurés
La méthode d’exploitation minière, la plus courante, était l’exploitation à ciel ouvert. Elle consiste à retirer les couches de terre, de sable et de roches qui recouvrent les gisements de phosphate. Des machines lourdes, telles que des pelles mécaniques et des bulldozers, étaient utilisées pour extraire les roches phosphatées.
Les paysages ont été profondément modifiés, avec de vastes zones déboisées et des cratères, laissés par l’extraction du phosphate. L’excavation en tranchées était préférée, lorsque les gisements de phosphate étaient proches de la surface. Les tranchées étaient creusées pour atteindre les couches de phosphate, en enlevant les couches de terre et de sable à l’aide d’excavateurs. Elle a entraîné des impacts néfastes sur l’environnement, avec des perturbations majeures du paysage et des sols.
Le dragage marin était employé pour extraire les phosphates des dépôts marins, à proximité de Nauru. Cette technique consiste à utiliser des bateaux équipés de dispositifs de dragage, pour aspirer les sédiments marins contenant du phosphate. Le mélange de sédiments était ensuite traité pour en extraire le phosphate. Les écosystèmes marins ont été gravement perturbés, affectant la faune, et la flore marines et modifiant les habitats côtiers.
Pollutions des sols et des eaux
Plus récemment, la récupération par dissolution in situ a été utilisée. Cette technique implique l’injection d’une solution chimique, dans les couches de phosphate, pour le dissoudre. La solution est ensuite pompée et traitée. Si cette méthode a réduit les dommages environnementaux directs, elle a entraîné des problèmes de gestion des déchets chimiques, avec la pollution des sols et des eaux souterraines. Les conséquences environnementales sont inimaginables.
L’histoire de Nauru, le « pays qui s’est mangé lui-même », 26 juillet 2020 (Brut).
80 % des terres sont dévastées, et 40 % des récifs coralliens sont morts. Les écosystèmes, autrefois riches et diversifiés, sont cruellement altérés. Les habitats naturels, dévoués depuis des millénaires à une multitude d’espèces végétales et animales, réduits en miettes. Les résidus toxiques, tels que les métaux lourds et les substances chimiques nocives, infiltrent les terres autrefois florissantes. Les sols stériles et appauvris, désormais sujets à l’érosion, laissent place à une triste désertification. Les rivières autrefois claires et vivantes sont souillées, leur pureté transformée en un miroir trouble de contamination.
La ceinture de corail, autrefois éclatante, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Les rejets issus de l’exploitation minière ont dégradé des habitats marins. La biodiversité marine, riche et prospère, réduite au silence. Comme si cela ne suffisait pas, la situation géographique de Nauru rend le pays particulièrement vulnérable à l’augmentation du niveau des mers, conséquence directe du dérèglement climatique. Tôt ou tard, les habitants devront quitter leur île pour leur propre survie. Une autre question se posera alors : quel État va leur ouvrir les bras ?
Désastre sanitaire
Au-delà des dommages visibles, les ravages environnementaux ont également touché les communautés locales. La dépendance économique, apportée par cette ressource précieuse, s’est avérée un fardeau difficile à supporter. La mauvaise gestion crée une dépendance excessive, à l’égard de l’importation de biens, et de produits alimentaires. L’île a connu une transition trop rapide vers un mode de vie sédentaire.
Ajoutée à cela, l’alimentation fortement fondée sur les produits importés, riches en sucres et en matières grasses affecte directement le bien-être et la santé des habitants : cela se traduit par une augmentation alarmante de l’obésité et des maladies associées, telles que le diabète de type 2 et les maladies cardiovasculaires.
Nauru est devenu l’un des pays les plus touchés par l’obésité, affichant l’un des taux les plus élevés au monde. Le tabagisme est également très répandu, avec 47 % de fumeurs réguliers. Les taux de mortalité infantile, juvénile et adulte sont élevés, l’espérance de vie est de 55 ans en moyenne, 49 pour les hommes. L’environnement naturel de l’île, qui a subi une détérioration alarmante, ne permet plus aux 14 000 habitants de s’adonner à des activités physiques, et d’avoir un mode de vie sain.
Accepter la corruption ou périr
L’île de Nauru nous rappelle les conséquences tragiques de l’exploitation irresponsable des ressources naturelles. Cette gestion inconsciente a entraîné une spirale de corruption et de compromis, mettant en péril la stabilité et le développement de l’île. Pour assurer sa survie et préserver son avenir, elle est confrontée à un dilemme difficile, celui d’accepter la corruption ou de périr.
Son état économique précaire, crée une porte ouverte à toutes sortes de compromis et de transactions douteuses. Un exemple frappant est le versement mensuel effectué aux dix-huit parlementaires composant son Assemblée Nationale. Cette somme d’argent provient des coffres de Taïwan. Il s’agit d’un pot-de-vin, destiné à remercier Nauru de l’avoir reconnu en tant que nation souveraine et indépendante.
C’est une pratique courante dans les îles du Pacifique, que les pays asiatiques ont instaurée dans le but de s’attirer les faveurs des 11 micro-États insulaires de la région. Cette stratégie leur permet de bénéficier du soutien de ces nations lors de votes importants à l’Assemblée Générale des Nations unies. D’autres exemples existent, comme la promesse de la Russie de réparer le port en ruines de Nauru. En échange de ces travaux, l’île a accepté de reconnaître l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie, deux provinces autonomes de Géorgie envahies en 2008 par la Russie, en tant que territoires indépendants.
Nauru nous montre que la détérioration de l’environnement affecte le droit à la vie, à la santé, au travail et à l’éducation. En raison de sa petite taille et du manque de données disponibles, elle n’est pas prise en compte dans l’indice de perception de la corruption. Il est difficile d’avoir une image complète et précise de son niveau de corruption.
Sa taille et sa population restreintes peuvent justement offrir des opportunités pour mettre en place des mesures de gouvernance plus transparentes, et des mécanismes de lutte contre la corruption, plus efficaces. Le pays pourrait ainsi renforcer la confiance et la transparence au sein des institutions internationales. Cela permettrait de consolider la confiance des citoyens et d’assurer une gestion responsable des affaires publiques.
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- Agroécologie - La moitié du phosphore disponible des sols agricoles à l’échelle mondiale provient des engrais minéraux - Publié le 05 janvier 2023 – Document ‘INRAE’
COMMUNIQUÉ DE PRESSE - Le phosphore est un nutriment essentiel pour la croissance des plantes. L’usage d’engrais minéraux phosphatés en agriculture a permis d’accroître fortement la fertilité en phosphore des sols et, ainsi, les rendements des cultures. Cependant ces engrais sont fabriqués à partir de roches phosphatées, une ressource non renouvelable et mal distribuée sur la planète. Une équipe de recherche d’INRAE et de Bordeaux Sciences Agro a développé un modèle calculant pour chaque pays dans le monde, la fraction du phosphore disponible des sols agricoles qui provient des engrais minéraux, et son évolution depuis le milieu du XXe siècle. Leurs résultats, publiés dans Nature Geoscience, montrent qu’en moyenne près de la moitié du phosphore disponible des sols agricoles à l’échelle globale est issue des engrais minéraux, avec de fortes inégalités entre les régions du monde : l’Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord et l’Asie présentent des signatures supérieures à 60 %, contre 40 % pour l’Amérique du Sud et autour de 30 % pour l’Afrique. Cela témoigne de la dépendance très forte des systèmes agricoles à l’utilisation des engrais minéraux phosphatés. Ces résultats appellent à accélérer la transition agroécologique dans les pays du Nord pour préserver la fertilité acquise des sols, faciliter les retours aux sols des effluents agricoles et urbains et à diriger les ressources minières restantes vers les pays du Sud, notamment en Afrique, dont les sols sont encore très déficitaires en phosphate et limitants pour la production agricole.
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La moitié du phosphore disponible des sols agricoles à l’échelle mondiale provient des engrais minéraux © INRAE - Jean WEBER
Le phosphore est naturellement présent dans les sols en quantité et en disponibilité variables selon les régions du monde et les types de sols. Depuis les années 1950, l’usage des engrais minéraux phosphatés a permis d’augmenter la disponibilité en phosphore des sols et, ainsi, les rendements agricoles. Cependant, ces engrais minéraux proviennent de l’extraction minière et du traitement chimique de roches phosphatées (phosphates naturels) dont les réserves sont finies et inégalement réparties dans le monde (le Maroc concentrant à lui seul 70 % des ressources, l’Europe en étant quasiment dépourvue), et dont les procédés de transformation sont polluants. Au rythme d’extraction actuel, les études convergent pour affirmer que le pic d’extraction de ces roches devrait être atteint vers le milieu du siècle, entrainant une augmentation probable du prix des engrais et des risques de tensions géopolitiques. Dans ce contexte, il est important de mieux comprendre la dépendance des systèmes agricoles actuels à l’utilisation passée et actuelle des engrais minéraux phosphatés.
C’est pourquoi des chercheurs d’INRAE et de Bordeaux Sciences Agro ont mené une étude pour quantifier la fraction du phosphore disponible des sols qui provient de l’application d’engrais minéraux, aussi appelée signature anthropogénique en phosphore des sols. Les chercheurs ont développé un modèle qui simule l’évolution de la disponibilité en phosphore des sols agricoles pour chaque pays dans le monde sur la période 1950-2017. Ce modèle est fondé sur les données relatives aux stocks de phosphore disponible du sol, aux rendements des cultures, aux utilisations d’engrais minéraux, aux effectifs d’animaux d’élevage et aux échanges internationaux. Pour chaque pays, les calculs ont été réalisés sur un sol agricole moyen composé de prairies et de cultures avec des niveaux d’intensification variables selon les pays.
Une fertilité des sols très dépendante des engrais minéraux de synthèse
À l’échelle globale, la signature anthropogénique du phosphore disponible des sols agricoles se situe autour de 47 % (à plus ou moins 8 %), suggérant que la moitié de la fertilité actuelle en phosphore des sols provient du recours aux engrais minéraux. Ce résultat reflète l’intensification de l’agriculture qui a recouru massivement aux engrais de synthèse dans de nombreux pays depuis les années 1950.
Les résultats mettent en évidence de fortes disparités à la fois spatiales et temporelles dans la dépendance des pays aux engrais minéraux phosphatés. Les pays d’Europe de l’Ouest et d’Amérique du Nord ont vu leurs signatures fortement augmenter dès les années 1950 pour atteindre en 2017 des valeurs supérieures à 60 %. Depuis les années 1970 les signatures anthropogéniques du phosphore des sols agricoles d’Europe de l’Ouest se sont stabilisées, du fait d’une diminution de l’usage d’engrais minéraux, partiellement compensée par l’utilisation des effluents d’élevage. Les pays d’Asie voient leurs signatures augmenter à partir des années 1970, période marquée par la Révolution Verte et un recours massif aux engrais minéraux. Leurs signatures ont aujourd’hui rattrapé celles des pays d’Europe de l’Ouest, mais, contrairement à ces derniers, la signature des pays d’Asie continue de croître à cause d’un recours toujours important aux engrais minéraux phosphatés. L’Amérique du Sud et l’Europe de l’Est présentent en 2017 des signatures plus faibles, de l’ordre de 40 %. Enfin, les pays d’Afrique et d’Océanie montrent des signatures inférieures à 30 %, témoignant d’un recours plus faible aux engrais minéraux au cours de leur développement.
Carte mondiale de la signature en phosphore d’origine humaine des solsAgrandir l’illustration
Signature anthropogénique du phosphore disponible des sols agricoles à l’année 2017. Les pays en gris et gris hachuré ne sont pas considérés par manque de données et par mauvaise performance du modèle, respectivement.
Vers une gestion plus juste et durable de la ressource en roches phosphatée
Ce travail met en évidence le niveau de recours des systèmes agricoles aux engrais minéraux phosphatés pour assurer les niveaux de productivité que l’on observe aujourd’hui. Ceci pose question quant à la capacité des systèmes agricoles à s’affranchir de cette ressource dont l’utilisation n’est pourtant pas durable. L’étude soulève aussi des questions d’équité de répartition des ressources. Les pays ayant très tôt intensifié leur agriculture, comme l’Europe de l’Ouest ou l’Amérique du Nord, ont fortement enrichi leurs sols en phosphore disponible par l’usage massif des engrais minéraux phosphatés. Il est désormais nécessaire pour ces pays de protéger et de valoriser cette fertilité acquise grâce à un recyclage amélioré et une transition agroécologique s’appuyant sur le développement des systèmes de polyculture élevage diversifiés, la diminution de l’érosion des sols et le retour au sol des effluents urbains. À l’inverse, les pays d’Afrique ont eu peu recours aux engrais minéraux phosphatés. Or beaucoup de leurs sols sont très déficients en phosphate, ce qui limite leur production agricole et alimentaire. C’est pourquoi il paraît nécessaire d’avoir une gestion plus équitable des ressources restantes en roches phosphatées pour les diriger vers les pays qui en ont le plus besoin et favoriser ainsi la sécurité alimentaire mondiale.
Quelles alternatives aux engrais minéraux phosphatés ?
Si les engrais minéraux phosphatés ont contribué à augmenter les rendements agricoles et assurer la sécurité alimentaire de nombreux pays, ils proviennent de roches phosphatées dont les ressources mondiales sont limitées. De plus, du fait des activités minières pour extraire le phosphate des roches, la production de ces engrais présente un fort impact environnemental. Dans les pays ayant accumulé des stocks importants de phosphore disponible (comme la France), il est aujourd’hui nécessaire de réduire massivement l’usage des engrais minéraux phosphatés. En effet, selon les types de sols, l’absence d’apport n’entraine pas nécessairement une baisse de rendement car les cultures sont capables de mobiliser le phosphore disponible accumulé dans les sols. Certaines espèces cultivées, comme le lupin blanc ou le sarrasin, permettent de mobiliser le phosphore fortement lié à la phase solide des sols et ainsi d’augmenter la disponibilité pour les différentes cultures de la rotation. De plus, il est urgent dans ces pays de préserver la fertilité acquise en phosphore des sols en limitant l’érosion des sols (par exemple avec des couverts végétaux ou le retour des haies dans les paysages agricoles) et en favorisant le recyclage des matières organiques (effluents d’élevage, boues de stations d’épuration, etc..).
Référence : Demay J., Ringeval B., Pellerin S et al. (2023). Half of global agricultural soil phosphorus fertility derived from anthropogenic sources. Nature Geoscience. 5 January 2023. DOI : 10.1038/s41561-022-01092-0
Pénurie de phosphore : une famine mondiale à retardement - 20 février 2024 – Autrice : Elena M. – Document ‘Monsieur Mondialisation’
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Tandis que l’épuisement du pétrole se trouve au centre d’un grand nombre de débats, la raréfaction du phosphore est loin d’être un sujet aussi médiatisé et ne mobilise guère la sphère politique. Son amenuisement face à une demande qui croît de manière exponentielle pourrait, pourtant, signer une rupture avec le modèle agro-industriel dominant. Si une transition n’est pas pensée, cela menace de fait la sécurité alimentaire mondiale.
Peu de personnes ont à ce jour entendu parler de l’exploitation massive des gisements phosphatés qui ne sont pourtant pas une ressource renouvelable. À tort, car, contrairement au pétrole, le phosphore est irremplaçable, c’est un élément sans lequel la vie n’existerait pas.
Le phosphore, késako ?
Puisé par les racines des plantes, le plus souvent sous forme de phosphate (c’est-à-dire combiné à l’oxygène), le phosphore est ensuite réintroduit dans la chaîne alimentaire. Élément naturellement présent dans les sols, son cycle biogéochimique est malmené par l’être humain depuis la naissance de l’agriculture intensive, accompagnée de l’explosion démographique du milieu du XXe siècle.
C’est l’élaboration d’engrais synthétiques contenant du phosphate, de l’azote et du potassium (éléments nécessaires à la croissance des plantes) qui a permis d’optimiser les rendements, initiant au passage un cercle vicieux aux conséquences délétères pour l’environnement. En effet, les sols s’appauvrissant de jour en jour à cause de leur surexploitation, l’utilisation de produits fertilisants ne cesse de s’intensifier pour contrebalancer ce manque.
L’alchimiste découvrant le phosphore (Joseph Wright, 1771). Wikimedia
Des réserves dans le rouge ?
Les scientifiques les plus optimistes soutiennent qu’il reste plusieurs centaines d’années avant que le phosphore ne s’épuise, tandis que d’autres laissent moins d’un siècle à la survenue d’une carence. Parmi ces derniers, Dana Cordell, chercheuse australienne qui a été la première à tirer la sonnette d’alarme au sujet de la déplétion du phosphate.
Dans son étude « The story of phosphorus : Global food security and food for thought » publiée en 2009, elle indique que le pic de production du phosphore devrait être atteint entre 2030 et 2040, marquant le début d’un dépassement de l’offre par la demande et la fin de l’abondance alimentaire (bien que marquée par des inégalités de répartition).
https://mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2019/07/pic_phosphore-1024x427.jpgGraphique : US Geological Survey
Ces données font naturellement débat en sachant que le niveau exact des réserves mondiales de phosphate demeure méconnu. C’est un secret gardé par certains acteurs contrôlant la précieuse ressource. Cependant, on ne peut nier l’évidence factuelle : la qualité des roches phosphatées sur le marché mondial s’amoindrit peu à peu, processus qui est accompagné d’une inaccessibilité grandissante aux gisements exploitables.
Bien qu’absente des discussions politiques, cette addiction au phosphate devrait pourtant partie des sujets prioritaires au regard de la sécurité alimentaire planétaire qu’elle permet. Pourquoi ce silence sur l’exploitation démesurée d’une ressource qui est loin d’être inépuisable ?
Une utilisation irresponsable synonyme de catastrophe écologique
Le processus par lequel le phosphate est utilisé en agriculture intensive est extrêmement défaillant et entraîne un gaspillage monstrueux. En effet, son utilisation excessive dans la fertilisation des sols entraîne des pertes allant de 70 % et 80 %. Dans son étude, Dana Cordell indique que sur 14 millions de tonnes de phosphate utilisées dans les engrais en 2005, seulement 3 millions se sont frayés un chemin jusqu’à nos assiettes.
Ainsi, ce sont 11 millions de tonnes de cet élément qui n’ont pas été absorbées par les plantes et qui, par le ruissellement et l’érosion, ont entamé un voyage pernicieux vers les cours d’eau et les mers, perturbant les écosystèmes aquatiques. À la fois source de vie et élixir de mort, le phosphate, combiné à l’azote, est responsable de l’eutrophisation : il fait proliférer les algues qui absorbent une grande partie de l’oxygène se trouvant dans l’eau, créant ainsi des marées vertes et parfois même des zones mortes.
Il faut également noter que l’épandage massif d’engrais met à mal une merveilleuse symbiose qui se déroule juste sous nos pieds : l’échange du sucre formé par les plantes grâce à la photosynthèse contre le phosphore capturé par les champignons mycorhiziens présents dans les sols. Une utilisation démesurée de produits fertilisants représente un frein à la prolifération de ces micro-organismes qui fonctionnent en réseau et jouent un rôle essentiel dans le transport et la répartition du phosphore dans la terre. Et c’est ainsi que l’exploitation massive et déséquilibrée de cet élément nutritif fait de ce dernier un agent destructeur.
Un désastre socioéconomique et sanitaire
Tandis que la demande augmente et les ressources s’amenuisent, la majeure partie des réserves de phosphate est détenue par une poignée de paysqui représentent au total 72 % de la production mondiale : le Maroc, la Chine, la Russie et les États-Unis. L’Europe et l’Inde par exemple, dépendent entièrement des importations. En sachant que l’utilisation du phosphate est loin d’être réfléchie et réglementée, cela soulève la question d’inégalités marquées entre les différents États.
En 2008, le prix du phosphate avait augmenté de 800 % et c’est une chose qui risque fort d’être amenée à se reproduire dans les futures décennies face à une demande toujours croissante.
Aussi, le phosphate n’est pas seulement utilisé en agriculture – il se retrouve dans de nombreux additifs, créant ainsi des quantités excessives, parfois de manière inquiétante, de phosphore dans notre alimentation, et ce, à notre insu. On en retrouve également en tant qu’acidifiant dans les sodas (comme l’acide phosphorique E338 dans le Coca-Cola).
On retrouve le phosphore en tant qu’acidifiant dans les sodas. Photo de Krisztian Matyas sur Unsplash
Le phosphore se retrouve aussi dans certaines utilisations militaires, même si le protocole III de la Convention sur certaines armes classiques (CCAC), entré en vigueur en 1983, interdit les armes incendiaires contre des civils, et même contre des bases militaires situées « à l’intérieur d’une concentration de civils ». Pourtant, il aurait été utilisé par l’armée israélienne contre la population palestinienne en octobre 2023 d’après l’ONG Human Right Watch. Ainsi, à la fois inutile et nocive, ces utilisations du phosphore participe à sa future pénurie.
L’exploitation des gisements phosphatés risque de devenir de plus en plus difficile et donc plus coûteuse et plus polluante. Un manque de phosphore engendrerait évidemment une baisse des rendements agricoles mondiaux et de ce fait, une flambée des prix alimentaires. Il toucherait en premier lieu les pays les plus pauvres et les petits agriculteurs dont l’état d’endettement et de précarité est déjà connu de tous.
Les pays développés ne seraient pas épargnés par la carence qui ne ferait que creuser des inégalités déjà omniprésentes. Ensuite, la conquête des derniers gisements de phosphate crée d’ores et déjà des tensions sociales et géopolitiques. En l’absence de politiques internationales sur la gestion des réserves du phosphate, cet effet boule de neige peut mener tout droit vers une famine planétaire.
Site d’extraction de roches phosphorées sur l’ile de Nauru (2007). Photo : Lorrie Graham
Recyclage et agriculture responsable
Au regard de ces données et pour assurer la survie des êtres humains, il est aujourd’hui urgent d’établir des institutions internationales dans le but de réguler l’utilisation du phosphate et ainsi stopper un gaspillage colossal qui nuit à l’environnement tout en privilégiant une agriculture moins dépendante aux intrants. Il existe aujourd’hui de nombreuses alternatives aux engrais chimiques (urines, matières fécales, « déchets » organiques, restes de cultures) dont l’épandage dans les champs est moins impactant, bien que subsistent des effets au cas par cas.
https://mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2019/07/studytiespho-1024x575.jpgCredit : Eric Booth
Nos urines par exemple sont d’excellents réservoirs de phosphore, d’azote et de potassium. Ainsi, plutôt que de finir dans les toilettes puis dans les océans, elles pourraient être recyclées et utilisées en agriculture afin de réduire la dépendance aux engrais synthétiques et rétablir le cycle naturel du phosphore. C’est également une solution gratuite et efficace à moindre échelle, pour toute personne disposant d’un potager. Un ouvrage signé Renaud de Looze, intitulé L’urine, de l’or liquide au jardin : Guide pratique pour produire ses fruits et légumes en utilisant les urines et composts locaux, publié en 2016, traite plus amplement de ce sujet qui peut, d’un premier abord, en étonner plus d’un.
Miser sur la nature et l’intelligence des plantes
Une autre solution, et pas des moindres, consisterait à miser sur la mycorhization en protégeant et en favorisant le développement (sans abus toutefois) des micro-organismes qui apportent du phosphore aux plantes et qui les aident à résister plus facilement aux maladies. Pour cela, il est primordial de limiter, voire bannir dans une approche radicale, les pratiques culturales qui nuisent à ces champignons (labourage des champs, épandage d’engrais synthétiques et de fongicides…).
Il est également nécessaire de réintroduire d’anciennes variétés de plantes qui ont plus d’aptitudes à puiser le phosphate dans les sols. C’est ainsi que Pascal Poot, cultivateur et vendeur de semences hors normes dans l’Hérault, a décidé de revenir aux bases de l’agriculture en bannissant les produits synthétiques, mais également l’arrosage. Avec plus de 400 variétés anciennes de légumes, il parvient à cultiver, sans arroser artificiellement, des plantes résistantes aux maladies, économes en nutriments et donc capables de capter plus facilement le phosphore naturellement présent dans les sols.
Malgré la législation absurde des semences, Pascal Poot – et il n’est pas le seul – poursuit son combat contre la monoculture, responsable de la disparition de 75 % des variétés de fruits, légumes et céréales en un siècleselon les estimations de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).
https://mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2019/07/image-une-permaculture-ferme-biologique-haute-desnie-belgique-e1564172977916-1024x589.jpgCrédit : La Ferme de Haute Desnié
Fin à la dépendance : et si nous cessions d’être des produits de consommation ?
Il est important de savoir qu’au-delà d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre et de la déforestation, beaucoup de problématiques liées au phosphate sont également imputables aux élevages intensifs. En effet, ceux-ci nécessitent une production massive de céréales, dont le soja, à l’impact écologique catastrophique.
Les plantes cultivées pour nourrir les animaux reçoivent de fortes quantités d’engrais azotés et phosphatés afin que leur croissance soit stimulée (sans oublier les compléments à base de phosphore minéral ajoutés à l’alimentation animale).
C’est pourquoi une réduction drastique de la consommation de produits animaliersà échelle mondiale se fait de plus en plus urgente, que ce soit d’un point de vue éthique, environnemental ou sanitaire.
https://mrmondialisation.org/wp-content/uploads/2024/07/soy-1543071-1280-1024x680.jpgCulture intensive de soja. Image par Charles Echer de Pixabay
D’autre part, pour sortir de la cage forgée par l’agro-industrie et cesser de participer aux dégâts et souffrances dont elle est la cause, il existe plusieurs issues de secours. Parmi elles : l’agriculture biologique locale et les circuits courts. De même, la permaculture représente une voie d’autonomie, de respect de l’environnement, avec la chance de profiter de manière simple et durable des bienfaits offerts par la nature tout en évitant le gaspillage alimentaire grâce au compostage.
Il est aujourd’hui plus que temps de cesser de produire plus pour consommer toujours plus sans se soucier du prix à payer d’un tel appétit. Face à un système politique capitaliste qui assoit l’hégémonie des marchés financiers, et qui entraine la majeure partie de la population dans la précarité, il semble plus que temps de faire un choix radical pour redéfinir le monde dans lequel nous souhaitons vivre et pour celui que nous laisserons après notre passage. Aujourd’hui, remettre en question le dogme de la croissance ne semble plus une option, mais une nécessité absolue.
Photo de couverture : Gisement de phosphate. Flickr
TAGS : agriculture alimentaire alimentation Azote famine industrie phosphate rareté ressource
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Source : https://mrmondialisation.org/penurie-de-phosphore-une-famine-mondiale-a-retardement/
- L’UE salue la découverte d’un énorme gisement de phosphate en Norvège - Par : Frédéric Simon | Euractiv.com | translated by Alexis Debroux et Nicolas Thomsin - 29 juin 2023 (mis à jour : 14 juil. 2023)
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Le gisement norvégien est estimé à 70 milliards de tonnes au moins, soit un peu moins que les 71 milliards de tonnes de réserves mondiales prouvées évaluées par l’Institut d’études géologiques des États-Unis en 2021. [Photo credit : Norge Mining]
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Un énorme gisement souterrain de phosphorite de haute qualité vient d’être découvert en Norvège. Il est considéré comme le plus important au monde et suffirait à satisfaire la demande mondiale d’engrais, de panneaux solaires et de batteries de voitures électriques au cours des 50 prochaines années, selon l’entreprise qui exploite la ressource.
- Mise à jour : Norge Mining a revu sa déclaration, indiquant que le gisement trouvé en Norvège permet un approvisionnement en phosphorite pendant au moins 50 ans, et non 100 ans comme elle la société minière l’avait annoncé précédemment.
- Correction : les gisements marocains de phosphorite ne sont pas situés uniquement dans la région du Sahara occidental, comme le laissait entendre l’article. Les plus importants gisements (37 milliards de tonnes) se trouvent en effet sur le bassin d’Ouled Abdoun, à côté de la ville de Khouribga, selon Lahcen Haddad, professeur d’université.
La phosphorite est un élément essentiel utilisé dans la production de phosphore pour l’industrie des engrais et a été intégrée dans la proposition de réglementation européenne sur les matières premières critiques présentée en mars par la Commission européenne.
Le gisement norvégien est estimé à 70 milliards de tonnes au moins, soit un peu moins que les 71 milliards de tonnes de réserves mondiales prouvées tel qu’évalué par l’Institut d’études géologiques des États-Unis en 2021.
Les gisements de phosphorite les plus importants au monde (environ 50 milliards de tonnes) sont situés dans la région du Sahara occidental, au Maroc. Viennent ensuite ceux de la Chine (3,2 milliards de tonnes), de l’Égypte (2,8 milliards de tonnes) et de l’Algérie (2,2 milliards de tonnes), selon les estimations américaines.
« Lorsque vous trouvez quelque chose de cette ampleur en Europe, qui dépasse toutes les autres sources que nous connaissons, c’est considérable », a déclaré Michael Wurmser, fondateur de Norge Mining, la société minière à l’origine de la découverte.
Dans une déclaration envoyée par courriel à EURACTIV, la Commission européenne a salué la confirmation de l’existence de l’énorme gisement norvégien de phosphorite.
« Cette découverte est en effet une excellente nouvelle, qui contribuerait aux objectifs de la proposition de la Commission concernant la réglementation sur les matières premières critiques », a déclaré un porte-parole de l’exécutif européen.
Voitures électriques et panneaux solaires
Environ 90 % des phosphorites extraites dans le monde sont utilisées dans l’agriculture pour la production de phosphore destiné à l’industrie des engrais, pour lequel il n’existe pas de substitut à l’heure actuelle.
Néanmoins, le phosphore est également utilisé dans la production de panneaux solaires et de batteries lithium-fer-phosphate (LFP) pour les voitures électriques ainsi que de semi-conducteurs et de puces électroniques, bien qu’en faibles quantités.
Tous ces produits relèvent, selon la Commission européenne, d’une « importance stratégique » pour le maintien du statut de l’Europe en tant que puissance mondiale dans la fabrication de technologies clés pour la transition écologique et numérique.
« C’est pourquoi nous pensons que le phosphore que nous pouvons produire sera important pour l’Occident — il apporte de l’autonomie », a indiqué M. Wurmser à EURACTIV lors d’un entretien.
Les quantités de phosphore nécessaires à la production de batteries sont actuellement infimes et devraient représenter seulement environ 5 % de la demande mondiale d’ici 2050, selon un article de la revue scientifique Nature.
Toutefois, les principaux pays producteurs, comme la Chine et les États-Unis, « pourraient chercher à protéger leur approvisionnement national en limitant les exportations, comme on l’a vu en 2008 avec la mise en place de droits de douane à l’exportation par la Chine », peut-on lire dans l’article. De futures ruptures d’approvisionnement sont donc « susceptibles d’être de nature géopolitique et économique, bien avant que les réserves mondiales ne soient épuisées », est-il précisé.
Selon la Critical Raw Materials Alliance, une coalition d’organisations industrielles, les réserves connues de phosphorites de haute qualité s’épuisent peu à peu et sont détenues par quatre ou cinq grands fournisseurs non européens.
« Une faible offre combinée à une forte demande entraîne une augmentation des prix », selon l’Alliance.
Le raffinage du phosphore se fonde sur un processus à forte intensité de carbone, de sorte que la majeure partie de l’industrie est actuellement concentrée en Chine, au Viêt Nam et au Kazakhstan, a précisé M. Wurmser.
« C’est en partie la raison pour laquelle il n’y a plus de production de cette matière première critique en Europe. Il y a eu une certaine production aux Pays-Bas il y a de nombreuses années, mais elle a été arrêtée en raison de la forte pollution », a-t-il poursuivi.
Toutefois, selon M. Wurmser, la Norvège sera en mesure de respecter des normes environnementales plus strictes que ses concurrents asiatiques lors de l’extraction et du raffinage de ces minéraux en utilisant des technologies de piégeage et de stockage du dioxyde de carbone
« Le phosphore provenant de Chine, du Viêt Nam ou du Kazakhstan ne fait pas nécessairement d’un panneau solaire un produit écologique. Voilà qui souligne notre idée selon laquelle le développement durable commence dans le sol, lors de l’extraction », a-t-il fait remarquer.
Suède : découverte du plus grand gisement de terres rares d’Europe
La société minière publique suédoise LKAB a découvert plus d’un million de tonnes d’oxydes de terres rares dans la région de Kiruna, dans le nord du pays. Il s’agit du plus grand gisement de ce type jamais découvert en Europe.
Découverte en 2018
Norge Mining a initialement fait la découverte en 2018 sur la base d’informations fournies par le Service géologique norvégien. Le corps minéralisé dans le sol, dont la profondeur avait été estimée à 300 mètres, se trouvait en fait à 4 500 mètres sous la surface de la Terre.
« Lorsque nous l’avons découvert, nous avons réalisé deux programmes de forage dans deux zones. Et sur ces deux zones, jusqu’à 400 mètres, nous avons établi deux ressources de classe mondiale, ce qui permet à chacune des zones de fournir des matières premières pendant au moins 50 ans », a déclaré M. Wurmser.
Comme il est actuellement impossible de forer à des profondeurs de 4 500 mètres, les géologues travaillant sur le projet n’ont évalué qu’un tiers du volume, à maximum 1 500 mètres de profondeur.
Au total, « cela représente au moins 70 milliards de tonnes de phosphate minéralisé », a expliqué M. Wurmser à EURACTIV.
Outre le phosphate, les gisements norvégiens contiennent également du vanadium et du titane, qui sont également considérés par l’UE comme des matières premières critiques et sont utilisés dans les industries de l’aérospatiale et de la défense. M. Wurmser n’a pas précisé l’importance de ces gisements.
https://www.euractiv.com/wp-content/uploads/sites/2/2023/06/Norge-Mining-800x464.jpeg
Permis
Maintenant que la phase d’exploration est terminée, Norge Mining cherche à faire passer le projet à l’étape suivante de la production minière.
Selon M. Wurmser, le gouvernement norvégien s’est montré « très favorable » au projet, proclamant en décembre que tous les projets de matières premières critiques en Norvège feraient l’objet d’une approbation accélérée. Les conditions préalables à l’obtention des licences d’exploitation minière sont remplies, y compris les études de viabilité économique, a affirmé la société.
Toutefois, on ne peut pas en dire autant de l’Union européenne.
Dans sa proposition de mars pour une réglementation européenne sur les matières premières critiques, la Commission a classé le phosphore et le phosphate comme des minéraux « critiques », mais pas comme des minéraux « stratégiques », lesquels sont soumis à un critère de production domestique de 40 % et bénéficient de règles d’autorisation accélérées.
« Ce qui est fondamental, c’est que l’importance stratégique de ces matières premières soit comprise par les responsables à Bruxelles », a expliqué M. Wurmser à EURACTIV.
Norge Mining n’a pas besoin de financement — la société a déjà fait part de l’intérêt d’entreprises en Europe, aux États-Unis et au Japon, y compris de deux importants fabricants d’avions qui sont intéressés par l’approvisionnement en titane.
Cependant, l’obtention d’un permis peut faire toute la différence dans le secteur minier, où il s’écoule généralement entre 10 et 15 ans entre l’exploration et la première extraction commerciale des minerais.
« C’est bien plus important que les liquidités. En effet, si vous avez de l’argent et que vous n’obtenez pas d’autorisation, cela ne vous aide pas. En revanche, si vous obtenez l’autorisation d’exploiter une mine, vous pouvez facilement mobiliser des capitaux », a expliqué M. Wurmser.
La Commission européenne reconnaît que le phosphore est « un matériau très important pour la composition chimique des batteries et la numérisation ». Cependant, elle affirme que les réserves de phosphorite sont « abondantes » et qu’il n’est donc pas nécessaire de les classer comme stratégiques.
La proposition de réglementation européenne sur les matières premières critiques contient des dispositions qui devraient renforcer la sécurité de l’approvisionnement pour ce type de minéraux, « telles qu’un suivi rigoureux des risques d’approvisionnement, l’accès au financement et, pour les projets situés dans l’UE, l’accès à un guichet unique pour l’octroi de permis ».
La proposition de réglementation est actuellement examinée par le Parlement européen et les États membres de l’UE en vue d’une adoption finale, qui pourrait intervenir plus tard dans l’année.
Matières premières critiques : l’UE veut proposer une alternative au modèle chinois
La Commission européenne cherche à établir des « partenariats gagnant-gagnant » avec les pays producteurs de matières premières afin de développer de nouveaux projets miniers à travers le monde et de réduire la dépendance de l’UE vis-à-vis de la Chine.
Annexe : CIRAD TECHNIFERT S.A. valorisation des Phosphates naturels du Vietnam... Agritrophttps://agritrop.cirad.fr › ... – PDF de B Truong · 1990 — En effet, les réserves en phosphates sont importantes et variées, et cette ... CLARK W. M., 1989. Agricultural and Food Production Sector Review Vietnam, Land and.
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Dossier dédié à note Ami TRUONG BINH (Citoyen du Monde, expert en phosphates)
Collecte de documents et agencement, traduction, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 13/05/2024
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