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"Le statut des femmes dans le judaïsme en voie de passer de la tradition rabbinique, laissant une place marginale à celles-ci, vers une aspiration croissante à la laïcité et au contrôle de leurs droits reproductifs" par Jacques Hallard

mardi 11 avril 2023, par Hallard Jacques



ISIAS Monde juif et judaïsme Condition des femmes

Le statut des femmes dans le judaïsme en voie de passer de la tradition rabbinique, laissant une place marginale à celles-ci, vers une aspiration croissante à la laïcité et au contrôle de leurs droits reproductifs

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 10/04/2023

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Plan du document  : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule

Ce dossier à visée didactique est consacré à la condition des femmes et des filles dans le monde juif, en particulier en Israël et en France. Après quelques traits d’humour, un rappel de saison avec Pessa’h, l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme, une brève présentation des Haredim dans la religion juive et du courant du judaïsme rabbinique, ainsi que trois ‘à propos’ sur des personnalités juives françaises choisies : Sylviane Agacinski, Éliette Abécassis et Delphine Horvilleur

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L’humour juif - Dimanche 12 février 2012 - 16:00 -17:30 - À l’occasion de la parution de l’Abécédaire de l’humour juif (Éditions Folies d’encre, 2012) et de la réédition des Joies du yiddish de Léo Rosten (Calmann-Lévy, 2011) - Avec la participation d’Alain Glückstein, professeur de lettres, écrivain, Haïm Korsia, grand rabbin, Gérard Rabinovitch, sociologue, philosophe, chercheur, auteur de Comment ça va mal ? L’humour juif, un art de l’esprit (Bréal, 2010) et de Et vous trouvez ça drôle ? (Bréal, 2011), Olivier Ranson, dessinateur humoristique Rencontre animée par Agathe Berman, actrice, productrice, et Eric Slabiak, l’un des violonistes et fondateurs du groupe « Les Yeux noirs »… - Source : https://www.mahj.org/fr/programme/lhumour-juif-187

Yiddish - Pour mémoire : Le yiddish (ייִדיש ), également orthographié en français yidich, d’après les recommandations des linguistes3, mais aussi yidish, jiddisch, jidisch, yiddisch, idiche ou yidiche, est une langue germanique dérivée du haut allemand, avec un apport de vocabulaire hébreu et slave, qui a servi de langue vernaculaire aux communautés juives d’Europe centrale et orientale (ashkénazes) à partir du Moyen Âge. Il est également parfois appelé judéo-allemand (jüdish-deutsch, yidish-daytsh (yi) ייִדיש-דײַטש) ou jargon (sans nuance péjorative)4. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, le yiddish était parlé par les deux tiers des Juifs du monde, soit onze millions de personnes. Depuis le génocide des Juifs par les nazis, au cours duquel la majorité de la population juive d’Europe a été exterminée, « la langue yiddish est devenue la langue d’une minorité dispersée en voie de disparition »5. D’après la classification introduite par Max Weinreich et suivie par certains autres linguistes, l’histoire du yiddish correspond à quatre grandes périodes : le pré-yiddish, jusqu’en 1250 ; le yiddish ancien, de 1250 à 1500 ; le moyen yiddish, de 1500 à 1750 et, enfin, le yiddish moderne, de 1750 à nos jours6. En Israël, des mesures culturelles et sociales sont prises pour préserver la langue. Le yiddish est langue officielle (avec le russe) de l’oblast autonome juif (Birobidjan) en Russie… » - Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Yiddish

L’humour juif et la loi - Par Dominique Cohen - Thèse de doctorat en Études nord-américaines - Sous la direction de Rachel Ertel. Soutenue en 1986 à Paris 7 . Résumé : l’étude des histoires drôles juives et de la littérature juive nous aide à comprendre a quel point l’humour juif est lie a l’existence même du peuple juif et aux origines du judaïsme, en particulier en ce qui concerne quelques évidences fondamentales : - la nécessite de préserver les différents points de vue, chacun percevant le monde a travers sa propre expérience ; - la nécessite de préserver les vérités subjectives, ce qui implique le refus de tout impérialisme ; - la nécessite de préserver la distance entre ces différents points de vue, de façon à permettre à la différence, c’est à dire au désir de circuler. L’humour juif serait en somme un moyen propose à l’homme pour éviter à la fois l’erreur tragique et l’erreur comique. Les situations tragique et comique sont insoutenables, puisqu’elles débouchent sur le meurtre (de soi ou de l’autre). A l’homme, qui toujours recherche la coïncidence parfaite avec la loi, le judaïsme propose le meurtre symbolique de l’autre présent en soi. – Source : https://www.theses.fr/1986PA070061

À propos de Pessa’h  : c’est l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme prescrites par la Bible hébraïque, au cours de laquelle on célèbre l’Exode hors d’Égypte et le début de la saison de la moisson de l’orge qui inaugure le cycle agricole annuel. Wikipédia

Voir aussi / Pessah 2023 - Consistoire de Paris - Consistoire de Paris -https://www.consistoire.org › Evenements -Pessah 2023. Le Consistoire met gracieusement à votre disposition toutes les informations nécessaires pour faciliter l’organisation de votre fête de Pessah.

Haredim – Religion juive : les haredim ou « craignant-Dieu », souvent appelés juifs ultra-orthodoxes ou simplement ultra-orthodoxes, sont des juifs orthodoxes ayant une pratique religieuse particulièrement forte. Wikipédia

« Le Choulhan Aroukh (Shulkhan Arukh) (hébreu : שולחן ערוך « table dressée ») est un code de Loi juive compilé par Joseph Karo au XVIe siècle. Condensé de sa grande-œuvre, le Beit Yossef, et conçu par conséquent sur le modèle de l’Arbaa Tourim, il édicte les lois attenant aux quatre principaux domaines de la vie juive (vie quotidienne, vie « religieuse », vie conjugale et droit civil) en suivant principalement les opinions d’Isaac Alfassi, Moïse Maïmonide et Asher ben Yehiel. Il est complété peu après sa parution par la Mappa (hébreu : מפה « nappe ») de Moïse Isserlès qui amende nombre de ses articles et indique les usages en cours dans les communautés ashkénazes… » - Source 

Le judaïsme rabbinique est un courant du judaïsme probablement issu du judaïsme pharisien après la destruction du second Temple en 70 apr. J.-C. Il s’est structuré du IIᵉ au VIᵉ siècle de l’ère chrétienne, date à partir de laquelle il fut reconnu comme la norme du judaïsme. Wikipédia

« Le judaïsme rabbinique tel qu’il s’est cristallisé dans le ‘Shulkhan Arukh’ laisse une place marginale aux femmes, qui sont reléguées à l’éducation des enfants et au maintien de la pureté du foyer. Elles ne sont soumises qu’aux commandements négatifs et sont exemptées des commandements positifs, ainsi que des prescriptions liées à un moment particulier, comme le port des tefilin et du talit et les prières régulières. Seuls trois commandements leur sont spécifiques, tous trois liés à la sphère domestique : le prélèvement rituel de la pâte, l’allumage des bougies du shabbat et le respect des lois de pureté familiales, et notamment sexuelles. Les femmes sont exclues – ou dispensées, ce qui dans la pratique se révèle identique – du domaine politique (din melekh) et religieux public (din dayan). Elles ne peuvent pas faire partie d’un minyan (le quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières), ou participer à la prière publique. Elles ne peuvent pas témoigner devant un tribunal rabbinique, ni obtenir le divorce sans l’accord de leur mari…. » - In « Droit personnel et droits des femmes en Israël : le cas des Agounot » - Sébastien Tank-Storper - Dans Normes religieuses et genre (2013), pages 257 à 266 – Source

Les tephillin1 (judéo-araméen : תפילין, tefillin, singulier hébreu : tefilla), aussi appelés phylactères (grec ancien : φυλακτήριον phylacterion, « amulettes ») dans les sources chrétiennes, sont des objets de culte propres au judaïsme. Constitués de deux petits boîtiers cubiques contenant quatre passages bibliques et attachés au bras et à la tête par des lanières de cuir, ils sont portés lors de la lecture du shema et de la prière matinale des jours profanes par les hommes ayant atteint leur majorité religieuse… - Source

Le talit (judéo-araméen : טלית « habit », prononcé talit en hébreu moderne, talith dans certaines communautés séfarades, talèth dans celles d’Afrique du Nord, talis, tolis ou talès en hébreu ashkénaze) est un vêtement à quatre coins, propre au judaïsme, et dont chaque coin est, en vertu de la prescription biblique, pourvu de franges. L’usage distingue le talit gadol (grand talit), châle généralement fait de laine dont les juifs adultes s’enveloppent pour la prière, et le talit katan (petit talit), pièce textile le plus souvent portée au-dessous des vêtements dès le plus jeune âge… - Source

À propos de Sylviane Agacinski : c’est une philosophe française, née le 4 mai 1945 à Nades, dans l’Allier. Agrégée de philosophie, d’abord proche de Jacques Derrida, elle participe à ses côtés à la création en 1975 du Groupe de recherches sur l’enseignement philosophique (GREPH), qui milite pour une réforme de l’enseignement de la philosophie au lycée. Directrice de programme au Collège international de philosophie (CIPH), elle est membre du Comité directeur (1984-1990). Elle enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales de 1991 à 2010… - Wikipédia

A propos d’Éliette Abécassis : née le 27 janvier 1969 à Strasbourg3 (Bas-Rhin), est une femme de lettres, réalisatrice et scénariste française. Elle naît au sein d’une famille juive orthodoxe marocaine très pratiquante. Son enfance est imprégnée par le quotidien de la communauté juive strasbourgeoise. Son père, Armand Abécassis, enseigne la philosophie et est un penseur renommé du judaïsme dont la pensée a imprégné l’interprétation talmudique strabourgeoise. Il a notamment joué un rôle considérable dans la création et l’enseignement de l’école Aquiba de Strasbourg. Sa mère, Janine, est professeur et spécialiste de psychologie de l’enfant et du développement… - Source

À propos de Delphine Horvilleur : née le 8 novembre 1974 à Nancy, elle est une écrivaine1 et femme rabbin française appartenant à l’organisation juive libérale Judaïsme en mouvement issue du Mouvement juif libéral de France et de l’Union libérale israélite de France2,3. Elle est membre du Conseil des rabbins libéraux francophones ainsi que directrice de la rédaction de la Revue de pensée(s) juive(s) Tenou’a. Ses grands-parents paternels sont originaires d’Alsace-Lorraine et ses grands-parents maternels sont issus des Carpates, « survivants des camps de concentration, où ils avaient perdu chacun conjoint et enfants », ayant migré ensuite en France et y ayant fondé une famille4,5. Wikipédia

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Introduction

Pour commencer, ce dossier met à profit la fête juive Pessa’h, avec l’histoire et la tradition de cette Pâque juive.

Des documents spéciaux sont consacrés ensuite au statut de la femme dans le judaïsme, au droit personnel et aux droits des femmes en Israël, qui sont le reflet des paradoxes d’une société, à la place des femmes au sein de la société israélienne…

Puis sont abordés le féminisme juif, le droit réservé aux seuls hommes en Israël (celui de divorcer), la transmission de la mémoire de la Shoah par des paroles féminines, la laïcité à l’israélienne, une déclaration du grand rabbin séfarade d’Israël (Yitzhak Yosef) qui compare les femmes laïques impudiques à des animaux !

Ensuite, viennent une note sur l’aspiration croissante à la laïcité en Israël où l’exclusion des femmes haredim est citée, d’une part, et un ouvrage de Michal Raucher [Directrice des études de premier cycle et professeur associé d’études juives à l’Université (de l’État du New Jersey)Rutgers aux Etats-Unis], sur ces Israéliennes haredi qui prennent le contrôle de leurs droits reproductifs, d’autre part …

Pour terminer, on trouve des articles sur trois personnalités juives en France : Sylviane Agacinski, Éliette Abécassis et Delphine Horvilleur, cette dernière déclarant dans un entretien : « Je suis juive et féministe, mais pas féministe juive »…

Les articles sélectionnés pour ce dossier sont indiqués avec leurs accès dans le sommaire ci-après.

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Sommaire

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  • Extrait d’un article Wikipédia sur la fête juive Pessa’h - « Pâque » redirige ici. Pour les autres significations, voir Pâque (homonymie).

Pessa’h

C :\Users\JH\Documents\Arthur_Szyk_(1894-1951)._The_Haggadah,_The_Family_at_the_Seder_(1935),_Lwów,_Poland.jpgReproduction : Haggadah, La Famille au Seder, A. Szyk (1935)

Nom officiel Hébreu : פֶּסַח : Pessa’h, yid. : Paysse’h, lat. : Pascha
Autre(s) nom(s) Fête des azymes (חג המצות)

Fête de la germination de l’orge (חג האביב)

Le temps de notre liberté (זמן חירותנו)

Observé par Le judaïsme, le karaïsme et le samaritanisme
Type Biblique (historique/agricole)
Signification Fête solennelle commémorant l’Exode hors d’Égypte et le début de l’année agricole.
Commence Le 14 nissan
Finit Le 21 nissan (le 22 en diaspora orthodoxe)
Date 2023 Du 5 avril 2023 au soir au 12 avril 2023 en terre d’Israël, au 13 avril 2023 en diaspora
Observances (anc.) offrande pascale, (act.) Seder avec lecture de la Haggada, consommation de matza et maror, début du décompte de l’omer
Lié à Chavouot

Pessa’h (en hébreu : פֶּסַח, Pessa’ ; en latin : Pascha, « Pâque ») est l’une des trois fêtes de pèlerinage du judaïsme prescrites par la Bible hébraïque, au cours de laquelle on célèbre l’Exode hors d’Égypte et le début de la saison de la moisson de l’orge qui inaugure le cycle agricole annuel.

Elle commence le 14 nissan à la tombée de la nuit (qui correspond, selon les années, à la fin du mois de mars ou au mois d’avril dans le calendrier grégorien) et dure sept jours (huit en diaspora selon le judaïsme orthodoxe) dont seuls les premiers et les derniers sont totalement fériés. Elle inaugure en outre la période de l’omer au terme de laquelle est célébrée la fête de Chavouot.

Particulièrement riche en rites et coutumes, la fête se distinguait originellement par l’offrande pascale que les Juifs ne peuvent réaliser depuis la destruction du Temple (les Samaritains continuent à l’offrir sur le mont Garizim). L’obligation de manger des matzot (aliments azymes) et de bannir le hametz (aliments à base de pâte levée et/ou fermentée) tout au long de la fête demeure en application.

Cette fête puise ses origines dans le rite agricole des azymes et le rite nomade du sang de l’agneau répandu sur les piquets de la tente pour écarter les épidémies.

Pessa’h dans les sources juives

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La coutume du saut du diable (es)1 rappelle l’étymologie de pessa’h’ : « sauter, passer par-dessus ».

L’étymologie habituellement donnée au nom de la fête est qu’il vient du verbe Pessa’h qui signifie sauter au-dessus ou passer au-dessus en hébreu. Ceci rappelle que lors de la dixième plaie d’Égypte, la mort « saute » au-dessus des maisons des Hébreux, pour ne frapper que les premiers-nés égyptiens2.

Dans la Bible hébraïque

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Scène biblique du sacrifice pascal (korban pessa’h), vitrail d’église paroissiale, Andelsbuch (1880)

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Les Israélites mangent la Pâque (illustration de G. Hoet et al., Figures de la Bible, 1728).

La fête de Pessa’h actuelle regroupe deux célébrations bibliques.

La première est l’offrande pascale (korban pessa’h en hébreu), le sacrifice d’un agneau âgé d’un an et sans défaut réalisée selon certaines règles par les chefs de famille au soir du quatorzième jour du mois de l’aviv. Prescrite pour la première fois avant la dixième plaie d’Égypte, la mort des premiers nés de chaque foyer, elle a pour but d’en protéger ceux qui l’auront observée : tandis qu’ils mangeront l’offrande rôtie avec des pains azymes (matzot) et des herbes amères, le sang de l’agneau mis sur les linteaux de leur demeure servira de signe car « je reconnaîtrai ce sang et je passerai au-dessus de vous (hébreu : וּפָסַחְתִּי עֲלֵכֶם oufassa’hti alekhem) ; le fléau n’aura pas prise sur vous »3.

La seconde est la fête des azymes (hag hamatzot). Prescrite conjointement pour commémorer la sortie d’Égypte, elle dure une semaine pendant laquelle on ne peut consommer que des azymes, où le levain (hametz) doit être éliminé du foyer sous peine de retranchement du sein du peuple et dont les premier et septième jours sont des convocations saintes4.

Associées à la hâte avec laquelle les Israélites sortent de l’Égypte5, la pâque et la fête des azymes sont cependant présentées comme distinctes, tant dans le temps et le rite que dans la signification6 : la première, réalisée au soir du quatorzième jour du premier mois, célèbre la délivrance d’Égypte (une seconde pâque est prévue pour ceux qui auraient été dans l’impossibilité de réaliser la première) tandis que la seconde, observée pendant sept jours à compter du quinzième jour, est liée à la germination de l’orge et au cycle agraire annuel ; s’y rattachent l’offrande de l’omer prélevée sur les prémices de la nouvelle récolte et le décompte de sept semaines entières à dater de cette offrande, au terme desquelles on célèbre une nouvelle convocation sainte, la fête de la Moisson (ou des Prémices)7.

La pâque, célébrée après la victoire de Josué à Guilgal8, n’est plus mentionnée jusqu’aux règnes d’Ézéchias et de Josias, dans un climat de ferveur populaire (bien qu’elle ait, selon le chroniste, été observée au temps de Samuel et de Salomon ; les intervalles s’expliqueraient par la désunion nationale au temps des Juges et par l’idolâtrie introduite par Jéroboam)9. Une autre célébration a lieu lors du retour à Sion, en conformité avec la Loi et dans un esprit joyeux10.

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Juifs à Pessah (école de Van Eyck, XVe s.)

Dans la littérature rabbinique

La fête de Pessa’h est, à l’époque du second Temple, fortement suivie : Flavius Josèphe estime le nombre de pèlerins venus au Temple en 65 EC à « pas moins de trois millions »11 et, selon le Talmud, lorsque le roi Agrippa veut réaliser un recensement en prélevant un rein par offrande pascale, il trouve « 600 000 paires de reins, deux fois autant que ceux qui avaient quitté l’Égypte, outre ceux qui étaient impurs ou trop éloignés ; il n’y avait pas un seul agneau pascal pour lequel plus de dix personnes s’étaient inscrites (afin de l’offrir en commun) »12. Ces chiffres sont probablement exagérés : Jérusalem devait accueillir à cette occasion plusieurs dizaines de milliers de pèlerins venant de la terre d’Israël, mais aussi de la diaspora, ce qui faisait doubler la population de la ville sainte estimée à 50 000 personnes13.

Outre les lois générales sur les jours fériés, mi-fériés et le pèlerinage, couvertes dans les traités Beitza, Moëd katan et Haguiga respectivement, les lois propres à la fête de Pessa’h sont détaillées dans le traitéPessa’him, troisième de l’ordre Moëd (à l’exception des lois de l’omer, traitées dans le dixième chapitre du traité Menahot).

Lois du hametz - Article détaillé : Hametz.

Les quatre premiers chapitres de Pessa’him couvrent les lois relatives au hametz. Les Sages définissent comme hametz tout ce qui provient ou dérive de la fermentation des cinq espèces céréalières (blé, orge, seigle, avoine, épeautre) par adjonction de ferments, réchauffement ou contact avec l’humidité14.

Il est interdit d’en consommer, d’en posséder, d’en tirer profit ou d’en voir15. Bien que les rabbins du Talmud se montrent déjà fort précautionneux à ce sujet, de nouvelles mesures s’ajoutent avec le temps.

Ainsi, le nettoyage du foyer pour en chasser le hametz débute généralement après la fête de Pourim, ce qui n’empêche pas une recherche minutieuse duhametz à la veille de la fête, soit le 13 nissan au soir16 (cet engouement sera expliqué dans la littérature hassidique par la volonté de chasser le « hametz spirituel », c’est-à-dire le « mauvais penchant », au travers du matériel17). Le hametz doit être ensuite recherché dans toute la maison à la lueur d’une bougie, dès la tombée de la nuit qui précède la fête. Le hametz qui a été trouvé durant cette recherche doit être brûlé dans la matinée de la veille de Pessa’h18. Les ustensiles de cuisine doivent également en être débarrassés, par ébouillantage ou chauffage à blanc ; tous les ustensiles ne pouvant subir de tels procédés, il est de coutume de posséder un service de vaisselle réservé à la semaine de Pessa’h. Alternativement, certains vendent leurhametzà un non-Juif, en prévoyant éventuellement de le racheter après la semaine de fête19.

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Cuisine de Pessah, Al. Lévy (v. 1900)

La confection des matzot pour la fête20 fait l’objet d’une surveillance si stricte pour éviter tout risque de fermentation qu’elles deviennent, chez les ashkénazes, dures, sèches et craquantes (elles sont plus hydratées chez les séfarades mais se conservent moins bien pour cette raison)21. Les plus zélés s’abstiennent même, depuis le XVIIe siècle, de manger du pain ou de la farine azyme trempés22 alors que cela n’avait posé aucun problème aux rabbins du Tamud ou à Rachi23 et que le Gaon de Vilna considère qu’observer cette coutume nuit à la joie de la fête24.

Par ailleurs, bien que l’opinion de Yohanan ben Nouri, qui considérait le riz comme hametz, soit rejetée sans équivoque dans la Guemara, les ashkénazes ainsi que certains séfarades s’en abstiennent par précaution et étendent l’interdiction aux légumineuses25, en dépit de l’opposition de décisionnaires influents comme Jacob ben Asher26. Ces lois déterminent grandement le menu de Pessa’h, lors de la fête et de la semaine qui s’ensuit27.

Lois de la Pâque - Article détaillé : Korban pessa’h.

Les cinq chapitres suivants traitent des offrandes pascales ; leurs ordonnances avaient quelque peu changé depuis la « pâque d’Égypte », elles n’étaient plus offertes à domicile mais dans l’enceinte de Jérusalem et sans aspersion de sang sur les linteaux28. Les célébrations de Pessa’h à l’époque du Temple sont relatées avec nostalgie :

« L’agneau pascal était abattu en trois groupes […] Lorsque le premier groupe entrait et que la cour du Temple était remplie, on fermait les portes du Temple. Une tekia (longue sonnerie), une teroua (sonnerie saccadée) et une tekia étaient sonnées par le chofar. Les prêtres se tenaient en rang, avec des bassines d’argent et des bassines d’or en main […] Un Israélite abattait son offrande et les prêtres recueillaient le sang. Le prêtre passait la bassine à son collègue et son collègue à son collègue, chacun recevant une bassine pleine et rendant une bassine vide. Le prêtre le plus proche de l’autel jetait le sang à la base de l’autel. Pendant la réalisation de ce rituel, les Lévites chantaient le Hallel29… »

Outre l’immolation de l’agneau, les pèlerins réalisaient leurs offrandes de pèlerinage, qu’ils consommaient en même temps que l’offrande pascale30. Il ne convenait cependant pas de sacrifier l’agneau avec l’intention de l’offrir pour le pèlerinage et réciproquement ; cette faute était l’une de celles qui rendaient l’individu passible d’apporter une seconde offrande pascale le mois suivant31.

Ce rituel prit fin après la destruction du second Temple. Des groupes isolés pourraient cependant avoir continué à le réaliser sous une forme modifiée pendant un certain temps27.

Rite du séder - Article détaillé : Séder.

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On lui apporte le pain azyme avec le hazeret et le harosset (Mishna Pessa’him 10:3).

Le dixième et dernier chapitre de Pessa’him est consacré à l’ordonnancement du séder, un rituel élaboré sous l’influence formelle du symposionhellénique, à observer la nuit du 14 nissan en souvenir de l’offrande pascale après la destruction du second Temple32,33.

Son rituel liturgique n’est certes pas définitivement fixé avant le XIIe siècle au moins27 mais les éléments principaux sont déjà établis dix siècles plus tôt : même le plus pauvre doit manger accoudé (à la manière des patriciens romains) et trouver quatre coupes de vin34 à sa table car l’accession à la liberté doit être célébrée avec faste35. Après qu’il a réalisé la sanctification du jour, on lui apporte ensuite non du pain comme il serait de coutume mais du hazeret (raifort) qu’il trempe pour le ramollir ; le pain azyme vient ensuite avec le hazeret et le harosset (une pâte de fruits et de noix)36. Des noix sont distribuées à l’enfant afin d’exciter sa curiosité37. Après le deuxième verre, l’enfant interroge son père et s’il n’en est pas capable, son père lui pose et répond à quatre questions, glosant ensuite sur le passage arami obed avi ; sa leçon doit rappeler trois éléments : l’offrande pascale pour rappeler que Dieu « est passé au-dessus » (passa’h) des maisons des Israélites en Égypte lors de la dixième plaie, le pain azyme qui symbolise la rédemption, les herbes amères en souvenir des conditions de vie des Hébreux en Égypte. Puis, comme chacun doit joindre le passé au présent, et se considérer libéré d’Égypte en cette nuit, il commence le Hallel (qui constitue sans doute la couche la plus ancienne du séder33)38. Il ne l’achève cependant qu’après avoir béni son repas sur la troisième coupe et boit la dernière coupe après l’avoir conclu39. On n’ajoute pas, après le repas, d’afikomane (au sens originel, « de fête après le repas » comme il était d’usage chez les Grecs mais les rabbins babyloniens l’ont compris comme un « dessert » et c’est la coutume actuellement suivie40), et on l’achève avant la mi-nuit41.

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Trois matzot

Le séder est si favorablement accueilli qu’il en fait oublier la dénomination biblique de ’Hag hamatzot pour celle de Pessa’h33,42 et que sa dimension agricole est fortement occultée par son motif historico-théologique. D’aucuns veulent voir une évocation du printemps dans la coutume de lire le Cantique des Cantiques pendant la semaine de la fête (il s’agissait originellement des deux derniers jours de la diaspora43) mais on l’associe plus souvent à la sortie d’Égypte44. Par ailleurs, le septième jour de la fête des azymes, appelé « clôture » dans la Bible45, devient la fête du passage de la mer des Joncs (encore est-elle incomplète car la rédemption des Hébreux qui se produit en ce jour, se fait au détriment de la vie des Égyptiens46) tandis que la fête de Chavouot devient, dans la pensée rabbinique, la « véritable » clôture de Pessa’h, parachevant au niveau spirituel ce que Pessa’h représente au niveau matériel47. Diverses mesures sont donc prises pour que tous puissent participer au séder et s’y réjouir avec, notamment, l’adjonction d’un paragraphe intitulé ha lahma anya précédant la narration de la sortie d’Égypte et annonçant à d’éventuels pauvres et affamés qu’ils sont bienvenus à la table de fête48.

Dans le rituel de la Haggada formalisé entre les VIIe et XIIIe siècles, les passages bibliques, talmudiques et midrashiques ne mentionnent Moïse qu’une fois tandis que l’un de ces textes insiste sur le fait que « ce n’est ni par un ange, ni par un séraphin, ni par un émissaire » mais par Dieu seul que les Hébreux ont été sauvés ; les chants de Pessa’h, également composés vers le XIIIe siècle, disent en substance la même chose49. Les quatre coupes (ainsi que les quatre questions et, plus tard, les quatre fils) font allusion aux quatre termes de la rédemption d’Exode 6:6-7 — « Je vous ferai sortir », « Je vous sauverai », « Je vous rachèterai » et « Je vous prendrai »50 ; comme ces quatre termes sont suivis d’un cinquième, « Je vous amènerai », et que les rabbins n’ont pu décider s’il faut verser quatre verres ou cinq, une coupe dite d’Élie trône intouchée à chaque séder jusqu’à ce qu’il arrive à la fin des temps51, et résolve la question52. Beaucoup de communautés ont « oublié » cette dernière clause et invitent le prophète à boire la coupe qui lui revient, sachant que le jour où il le fera sera celui de la rédemption future53.

Ces coupes, ainsi que les plateaux duséder où sont déposés de diverses façons selon les communautés, les matzot, hazeret, harosset et autres mets symboliques, et les haggadot, donnent lieu au cours des siècles à diverses formes d’art en vue d’embellir la soirée27 (les communautés yéménites ne se servent pas de ces plats54).

Observance de Pessa’h dans le judaïsme rabbinique …

Lire la totalité de cet article sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Pessa%27h

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  • Pessah : histoire et tradition de la Pâque juive - Esther Buitekant Publié le 08/04/2022 à 7h12 - Mis à jour le 14/03/2023
    C’est l’une des fêtes les plus importantes dans la religion juive. Cette année, Pessah 2023 débute le 5 avril. Retour sur les traditions qui entourent la Pâque juive.

Quelle est la date de Pessah ?

En 2023, Pessah se déroule du 5 avril au soir au 13 avril en Israël ou au 14 avril en diaspora (car Pessah dure 8 jours au lieu de 7 en diaspora juive orthodoxe). En Israël, seuls les premier et dernier jours sont chômés tandis qu’en diaspora ce sont les deux premiers et les deux derniers.

Quelle est la signification de la Pâque juive ?

Pessah est, avec Chavouot et Souccot, l’une des trois fêtes dites du « pèlerinage » dans la religion juive. Pendant ces 7 jours, on commémore l’Exode hors d’Egypte. La Pâque juive est l’une des fêtes les plus importantes de la religion hébraïque car, au-delà de la libération du joug de Pharaon, elle célèbre également la naissance d’Israël et la fin de l’asservissement. Cette fête correspond aussi, dans le domaine agricole, au début de la moisson de l’orge qui inaugure le cycle annuel des cultures.

Pessah signifie « passer par-dessus » et fait référence à la dixième Plaie d’Egypte lorsque Yahvé envoya la mort sauter au-dessus des Juifs pour toucher seulement les premiers nés du peuple égyptien. Pour cela, les familles juives durent sacrifier un agneau et verser du sang sur leur porte. En mémoire de cet épisode où les enfants des foyers juifs furent épargnés, chaque famille doit sacrifier un agneau. C’est l’offrande pascale.

Pâques : les significations et symboles de cette fête

Pourquoi Pessah dure 7 jours ?

Pessah se déroule lors du 15 au 22 Nissan (premier mois du calendrier hébreu), ce qui correspond le plus souvent au mois d’avril dans le calendrier grégorien. La durée de 7 jours correspond à la fête des Azymes pendant lesquels on ne doit pas consommer d’aliments à base de levain. C’est une référence au départ précipité du peuple juif : les familles n’ont pas eu le temps de faire lever le pain avant de partir.

Les jours précédant la Pâque juive, les familles font la chasse au Hamets : les habitations ne doivent plus abriter d’aliments contenant du levain. Pains, gâteaux, céréales, biscuits sont prohibés pendant Pessah. Un geste éminemment symbolique : ce qui fermente est associé à l’orgueil alors que la non-fermentation renvoie à la modestie.

Quelles sont les traditions associées à Pessah ?

Les traditions culinaires et les rites religieux symbolisent l’Alliance du peuple juif avec Dieu.

Au cours des deux premiers dîners rituels, appelés Séder, les familles consomment la « matza » (pain non levé). Six aliments accompagnent ce repas rituel. Ils ont tous une signification : les herbes amères qui renvoient aux conditions difficiles de l’esclavage, le harosset (composé de vin, de figues et de fruits secs) qui rappelle le mortier des pyramides, le légume non-amer comme symbole du renouveau (carotte ou pomme de terre par exemple), le zeroa qui peut être un os pour rappeler l’agneau sacrifié, l’œuf dur pour rappeler la destruction du temple de Jérusalem, la salade romaine qui renvoie également à l’esclavage par son amertume. A côté du plateau est disposée une assiette d’eau salée dans laquelle on trempe les herbes amères.

Lors du repas on lit un livret (la Haggadah) qui permet de suivre les étapes précises de la commémoration. Le premier et le dernier jour, il est interdit de travailler, d’utiliser des appareils électriques ainsi que de conduire.

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Source : https://www.geo.fr/histoire/pessah-histoire-et-tradition-de-la-paque-juive-209039

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  • Le statut de la femme dans le judaïsme –Par Gabrielle Atlan - Dans Société, droit et religion 2014/1 (Numéro 4), pages 33 à 46 – Document ‘Cairn In00fo’
    Communément associée à la tradition, au passé, aux dogmes ou à l’immobilisme, la religion accorde a priori peu de place à l’évolution et au progrès. De ce point de vue, le statut de la femme dans le judaïsme n’aurait donc pas évolué depuis l’époque biblique et la femme juive serait victime d’un système juridique archaïque et inadapté. Or, à travers l’ensemble de la littérature talmudique et post-talmudique, il apparaît qu’aucun sujet n’ait retenu l’attention des docteurs de la Loi tant que le statut de la femme. La Loi juive – appelée Halakha – évolutive par essence, est en effet l’antinomie de l’immobilisme. Elle a vocation à se développer et à s’adapter aux époques et aux lieux dans lesquels les communautés juives prennent racine. Investis du pouvoir et du devoir de prendre les mesures qui s’imposent en fonction des besoins de leur époque, les rabbins n’ont de cesse de scruter et d’interroger les textes de la tradition afin de trouver des réponses appropriées aux questions sociétales. Ainsi, au cours des siècles, la femme a vu évoluer son statut de façon drastique et bien souvent avant-gardiste.

À travers quelques exemples de mesures concrètes prises par les rabbins à différentes époques, nous verrons que le statut juridique de la femme n’a jamais cessé de s’améliorer et de s’adapter, conformément à l’esprit du droit hébraïque. Avant de traiter cet aspect du sujet, portons notre attention sur le rôle et l’image de la femme dans la Bible. Dans le judaïsme, la Bible a une fonction essentiellement éducative [1]. Elle insuffle aux docteurs de la Loi leur vision juridique et dicte la conduite qu’ils doivent adopter. Les personnages bibliques sont en effet une source d’inspiration incontournable et inépuisable : ils constituent des modèles ou, à défaut, un idéal à atteindre.

Dans le Pentateuque, l’image des femmes est particulièrement positive. Elles y jouent un rôle discret certes, mais non négligeable. Elles sont décrites comme belles, intelligentes, déterminées et surtout, capables d’infléchir le cours de l’histoire. Lorsque Sarah demande à son époux Abraham de renvoyer sa servante Agar – devenue hautaine après qu’elle eut donné un fils à Abraham –, Dieu lui recommande de suivre ce conseil : « Pour tout ce que te dira Sarah, écoute sa voix [2] ! » Les rabbins expliquent que Sarah était dotée d’une intuition supérieure à celle d’Abraham, ainsi qu’en témoigne la suite de l’histoire.

Rébecca, mère des jumeaux Jacob et Esaü, est convaincue que seul Jacob – le cadet des jumeaux – est digne de recevoir la bénédiction d’Isaac, ce qui la pousse à agir en fin stratège afin que ce dernier, devenu aveugle, lui donnât sa bénédiction [3]. Rébecca possédait cette connaissance intime que seul Jacob était le digne héritier spirituel de son père.

Rachel, la fiancée bien-aimée de Jacob, fait preuve d’une abnégation absolue à l’égard de sa sœur aînée Léa en la laissant prendre sa place sous le dais nuptial sans être reconnue de Jacob. Pour que ce dernier ne lui infligeât point d’affront, Rachel remet à sa sœur les signes échangés avec Jacob la veille du mariage [4].

Tamar, belle-fille de Juda, fils de Jacob, soucieuse d’appliquer la loi du Lévirat [5] pour perpétuer le nom de son mari défunt, décide de prendre l’apparence d’une prostituée le temps d’assurer une descendance à ce dernier. Son beau-père, pris au piège, dira d’elle : « Elle est plus juste que moi » [6].

Myriam, la sœur de Moïse est la première femme à recevoir le titre de prophétesse [7] notamment pour avoir conseillé à ses parents de reprendre une vie conjugale [8] après que Pharaon eut décrété que tout nouveau-né hébreu mâle serait jeté au fleuve [9]. Ainsi, Moïse le libérateur, vint au monde grâce à elle et grâce aux sages-femmes courageuses qui bravèrent le décret du Pharaon et firent preuve de clémence envers les enfants hébreux [10].

Ruth est l’une des figures les plus emblématiques de la Bible. Icône de la conversion et de l’adhésion sincère au judaïsme, elle est présentée comme un modèle de vertu par ses contemporains et par le peuple juif tout entier. En choisissant de quitter sa famille, son pays et ses mœurs idolâtres pour suivre sa belle-mère [11] âgée et sans ressource, elle mérita de devenir la grand-mère du roi David [12], l’ancêtre du messie à venir.

Esther [13], autre héroïne célèbre de la Perse antique, se vit confier la mission historique de sauver son peuple des mains d’un ministre despote et opportuniste. Favorite du roi Assuérus, Esther choisit, au péril de sa vie, de porter secours à son peuple plutôt que de demeurer au palais du roi.

Hannah, femme aimée mais stérile, adressa à Dieu une prière si poignante qu’elle fut exaucée en donnant naissance au prophète Samuel [14]. La sincérité de cette prière féminine, à laquelle Dieu lui-même ne put résister, est mise à l’honneur le jour du nouvel an juif [15], car elle est le symbole par excellence d’une prière sincère et authentique qui sied particulièrement à la solennité de cette fête.

Le livre des Proverbes est, de tous les textes bibliques, le plus apologétique à l’égard de la femme. Célébrant la femme vaillante et vertueuse, cet hymne à la gloire de la femme est entonné à l’office d’ouverture du Shabbat, à la synagogue ou dans les foyers, pour honorer celle qui est l’âme même du foyer. La fiancée Shabbat telle que la tradition qualifie amoureusement ce jour, fait écho à l’épouse bien-aimée et respectée.

Inspiré par ces figures féminines qui prirent part à la destinée d’Israël, le philosophe Emmanuel Lévinas écrit : « Tous les aiguillages de cette voie difficile, où le train de l’histoire messianique risquait mille fois de dérailler, ont été gardés et commandés par des femmes. Les événements bibliques n’auraient pas marché comme ils ont marché sans leur vigilante lucidité, sans la fermeté de leur détermination, sans leur malice et sans leur esprit de sacrifice [16]. »

Le Midrash[17] ne tarit pas d’éloges à l’endroit de la femme. Il affirme que « les Hébreux furent sauvés d’Égypte grâce aux femmes justes » [18]. Un autre texte souligne que les femmes participèrent activement à la sortie d’Égypte, et pour le rappeler, elles ont le devoir, comme les hommes, de boire les quatre coupes de vin [19], au cours du Séder, la cérémonie de la Pâque juive.

Un maître du Talmud affirme qu’un homme doit veiller à ne jamais blesser les sentiments de sa femme car, sensible et vulnérable, elle fond en larmes facilement [20]. Malheur à l’homme qui heurterait la sensibilité de sa femme et qui a fortiori se montrerait violent ! Dans un tel cas de figure, la femme serait en droit de réclamer le divorce avec l’appui du Tribunal rabbinique et l’homme serait menacé de bannissement de la communauté [21].

L’enseignement dispensé dans le Talmud (la Loi orale) est évidemment dans le droit fil de l’enseignement de la Torah (la Loi écrite), car la première n’est que le prolongement de la seconde. Dans la littérature talmudique, la femme est essentiellement perçue à travers le prisme de l’épouse et de la mère, qui mérite amour, respect et protection, mais comment eut-il pu en être autrement dans cette antique société patriarcale ? Au xviiie siècle avant l’ère commune, le Code d’Hammourabi [22] prévoyait également de nombreuses mesures visant à protéger la femme. Il y a à peine deux cents ans, l’ancien Code civil de 1804, prévoyait à l’article 213 depuis abrogé : « Le mari doit protection à la femme, la femme doit obéissance à son mari » [23].

Toutefois, il faut souligner que la littérature rabbinique ne réduit pas la femme au foyer, à l’amour et à la protection des siens. Les textes font état de femmes de pouvoir, d’intellectuelles, actives dans la société ou dans le domaine des affaires. Si ces femmes ne sont pas légion, le fait qu’elles purent exercer leurs activités dans des milieux majoritairement masculins, tend au moins à prouver que les hommes de pouvoir ne les empêchèrent pas de jouir d’un certain statut [24].

Contrairement à une idée communément admise, les femmes occupent une place centrale et déterminante dans la direction spirituelle du couple et par voie de conséquence de la société. Le véritable berceau de la vie juive n’est pas la synagogue, mais la cellule familiale. Le Talmud affirme : « La maison d’un homme, c’est sa femme » [25]. En tant que telles, la femme, l’épouse, la femme divorcée ou la veuve ont toujours été au cœur des préoccupations des docteurs de la Loi. C’est ce qui constitue le second point de notre étude.

Rappelons au préalable que la loi orale, transmise pendant des siècles de maître à élève, fut transcrite pour des raisons historiques entre le ier et le vie siècle de l’ère commune et prit le nom de Talmud. Ce texte constitue le principal corpus juridique du droit hébraïque. Rédigé par des rabbins, il est le reflet des sociétés patriarcales à cette époque. Il serait donc vain de tenter d’y trouver une quelconque volonté d’égalitarisme entre les sexes car cette question ne se posait évidemment pas dans les sociétés babylonienne, grecque et romaine que le peuple juif côtoya tour à tour dans son histoire. Rappelons également qu’après la clôture du Talmud, les grands maîtres de la Loi juive évoluèrent pour la plupart dans des sociétés musulmanes, tant en Babylonie qu’en Espagne ou en Afrique du Nord. Aussi, les quelques remarques désobligeantes rencontrées à l’endroit des femmes, ne sauraient retenir notre attention. Dans la plupart des cas, ces remarques, détachées de leur contexte, sont mises en exergue par des détracteurs dans le but de dénoncer la misogynie des rabbins. Or, qualifier les rabbins de l’antiquité ou du Moyen Âge de sexistes ou de misogynes serait un anachronisme grotesque. Ces remarques dépourvues d’intérêt ne feront pas l’objet de notre analyse, eu égard à l’aspect indéniablement positif des progrès réalisés dans l’amélioration du statut de la femme.

Parmi les nombreux décrets édictés par les docteurs de la Loi à travers la littérature juridique talmudique et post-talmudique, nous avons choisi d’aborder les sujets suivants : l’acte de mariage, l’interdiction de la polygamie, le consentement de la femme dans un divorce, l’assouplissement des règles relatives au témoignage et enfin l’interdiction des relations sexuelles entre époux contre la volonté de la femme.

Dans le texte biblique, les concepts de cérémonie de mariage et d’acte de mariage n’apparaissent nulle part dans le texte biblique. En revanche, on compte de très nombreuses occurrences de l’expression « prendre femme » pour désigner l’union matrimoniale sans autre cérémonie. La polygamie et le divorce sont par ailleurs autorisés dans la Bible mais le Deutéronome ne fait mention que d’un divorce unilatéral ou plus exactement d’une répudiation. Les docteurs de la loi, forts de leurs prérogatives, se sont attelés à améliorer le système matrimonial tel qu’il est sommairement décrit dans la Bible, par l’institution d’un acte de mariage, l’interdiction de la polygamie et l’introduction d’un divorce par consentement mutuel.

La Ketoubba, l’acte de mariage

Appelé Ketoubba en araméen, l’acte de mariage est un acte juridique d’origine rabbinique attribué – vraisemblablement – à Simon ben Shetah, frère de la reine Salomé Alexandra, un siècle avant l’ère commune. Remis à la femme lors de la cérémonie du mariage – également instituée par les rabbins pour donner une forme officielle à l’union matrimoniale – cet acte juridique répertorie les devoirs auxquels l’homme s’engage à l’égard de sa femme dans le mariage et stipule en outre les devoirs qui lui incombent ou incombent à ses héritiers, dans le cas où le mariage serait dissous par un divorce ou par son propre décès. Dans l’un ou l’autre cas, l’homme s’engage à verser à son épouse une somme d’argent (également appelée Ketoubba), dont le montant figure dans le contrat de mariage.

À l’origine, ce montant avait deux fonctions. La première était de permettre à la femme devenue veuve ou divorcée, de demeurer à l’abri du besoin au moins pendant une année, le temps de s’assurer des moyens de subsistance ou éventuellement de se remarier. La seconde fonction de cette Ketoubba était de dissuader l’homme d’une répudiation trop rapide. Le Talmud dit en effet clairement que la Ketoubba a été fixée « afin qu’il ne soit pas aisé à l’homme de répudier sa femme » [26]. Étant donné que cette somme ne pouvait être immédiatement disponible, l’homme qui avait décidé de répudier sa femme de manière intempestive, pouvait ainsi retrouver ses esprits et se raviser. De toute évidence, la Ketoubba fut édictée de façon à protéger la femme d’une rupture hâtive et inconsidérée et la mettre à l’abri du besoin. Elle devint un document juridique si précieux qu’on conseillait aux femmes de la placer en lieu sûr, de crainte qu’elle ne fût détruite par leur mari dans un moment de colère.

L’interdiction de la polygamie et le consentement de la femme au divorce

L’interdiction de la polygamie fut formulée en deux temps : à l’époque du Talmud puis au Moyen Âge. Bien que la polygamie fût prévue dans le texte biblique, le Talmud en restreignit très tôt l’usage, prévoyant que si l’homme décidait de convoler en secondes noces pendant le mariage, il était en droit de le faire, à condition de remettre l’acte de divorce à sa première femme si elle le réclamait [27]. Remettre l’acte de divorce à une femme signifiait évidemment lui rendre sa liberté mais aussi, implicitement, sa Ketoubba, la somme d’argent évoquée précédemment. Cette condition devait déjà constituer un obstacle majeur à une répudiation arbitraire.

Au début du xie siècle, deux décrets rabbiniques furent édictés lors du Synode de Worms en Allemagne par le rabbin Guershom [28] et ses pairs. Le premier décret proscrivait la polygamie. Pour empêcher le mari de contourner cet interdit en épousant successivement plusieurs femmes et en outrepassant son droit à la répudiation, un deuxième décret fut édicté dans la foulée, qui contraignait l’homme à obtenir le consentement de sa femme en cas de divorce. Ce deuxième décret mit un terme au divorce unilatéral biblique et introduisit, avant la lettre, le divorce par consentement mutuel.

Ces deux décrets fondamentaux dans l’histoire du droit matrimonial s’étendirent progressivement au monde séfarade et acquirent force de loi, à l’instar de l’acte de mariage. Rappelons que le droit français n’introduisit le divorce par consentement mutuel en France qu’en 1975.

Dans le domaine des droits de la femme au divorce, les avancées furent nombreuses. Parmi elles, nous ne retiendrons que les suivantes.

Au xvie siècle, le codificateur Joseph Qaro [29], répertoria dans le Shulhan ‘Arukh, code en vigueur à ce jour, les cas où la femme serait en droit de réclamer le divorce avec paiement de sa Ketoubba. Pour ne citer que quelques exemples, un mari stérile ou impotent ou dont le métier provoque des maladies cutanées ou déclenche des odeurs répugnantes, constituent des cas de divorce dans lesquels le mari est tenu de remettre le get ou acte de divorce. Les violences physiques ou verbales, l’abandon du domicile conjugal par le mari ou encore la décision unilatérale de ce dernier de s’installer à l’étranger contre la volonté de sa femme constituent de nouveaux motifs de divorce [30]. Rappelons que l’ancien Code civil français prévoyait quant à lui à l’article 214 aujourd’hui abrogé : « La femme est obligée d’habiter avec le mari et de le suivre partout où il juge à propos de résider ».

Assouplissement des règles relatives au témoignage

Rappelons qu’en droit hébraïque, une femme mariée ne reprend sa liberté que par le get ou le décès de son mari, [31] formellement attesté. Sans get ou sans certitude du décès de son mari, la femme ne peut entretenir de relations intimes avec un autre homme au risque d’être considérée comme adultère. Dans de telles conditions, quelles sont les conséquences sur le statut de la femme si le mari venait à disparaître lors d’une catastrophe naturelle, une guerre, un naufrage ou autre circonstance exceptionnelle, si son corps restait introuvable et qu’il n’existât aucune preuve de sa mort en dehors d’une simple présomption ? Car, pour qu’une femme soit considérée comme veuve, il faut que le décès soit établi ou que des témoins attestent la mort du mari. Les règles relatives au témoignage étant extrêmement rigoureuses en droit hébraïque, les docteurs de la loi ont réduit, dans ce cas précis, les règles du témoignage à leur plus simple expression « de façon que la femme ne demeurât enchaînée à vie à un mari absent » [32]. Ainsi, le témoignage d’un enfant, juridiquement inapte à déposer, est pour l’occasion recevable, tout comme un témoignage indirect obtenu par des témoins inaptes au témoignage [33].

Une autre question se pose : que faire dans la situation où le mari refuserait de remettre le get à sa femme en dépit des injonctions du tribunal rabbinique ?

Instauration de mesures coercitives à l’égard du mari récalcitrant au get

Le Talmud s’exprime sur le sujet et prévoit que dans ce cas précis, « on est en droit de contraindre un homme à remettre le get à sa femme jusqu’à ce qu’il obtempère » [34]. Évoquant une contradiction flagrante avec le texte biblique qui prévoit uniquement le divorce initié par l’homme, Rabbenou Tam [35], autorité rabbinique française du xiie siècle, décréta qu’il était interdit d’exercer une contrainte physique sur un homme récalcitrant, au risque d’invalider le get. Il préconisa d’exercer sur lui des « mesures d’éloignement » ou, pour employer une terminologie plus moderne, une pression qui consisterait à lui refuser toute relation sociale telles que l’interdiction de commercer avec lui ou de le compter dans le quorum à la synagogue, dans le but de l’isoler et de le pousser à obtempérer.

En Israël – où le nombre des divorces progresse au même rythme que dans les pays occidentaux et où le problème du déni de get se pose avec d’autant plus d’acuité –, les législateurs ont réactualisé et intégré dans le droit israélien les « mesures d’éloignement » préconisées par Rabbenou Tam, avec l’introduction d’un amendement de la loi sur le divorce de 1995. Six mesures ont été prises à ce jour parmi lesquelles figurent : l’interdiction de posséder une carte bancaire, le retrait du permis de conduire, l’interdiction de sortie du territoire ou l’interdiction d’exercer dans la fonction publique. La menace de telles mesures coercitives permet d’infléchir les maris les plus récalcitrants [36].

Avant de conclure cette étude, il nous faut aborder la mesure la plus moderne et sans doute la plus avant-gardiste du droit hébraïque : l’interdiction des relations sexuelles entre époux contre la volonté de la femme.

Interdiction de relations sexuelles contre la volonté de la femme

Si l’obligation pour l’homme d’avoir des relations intimes avec son épouse, est un commandement d’origine biblique [37] – indépendamment du devoir de procréer [38], également imputé à l’homme – le consentement de la femme n’en est pas moins indispensable. Le devoir conjugal ne confère pas tous les droits au mari. Il ne peut en aucun cas contraindre son épouse à avoir des relations intimes avec lui. La femme doit être pleinement consentante et son consentement ne doit pas être obtenu sous la contrainte.

Dans le cas contraire, il s’agirait selon la Loi juive, d’une agression sexuelle ou d’un viol caractérisé. Cette règle est explicitement énoncée dans le Talmud [39], ce qui lui confère toute son autorité. Il faut souligner qu’il ne s’agit en aucun cas d’un conseil, mais bien d’une loi. Les décisionnaires rabbiniques de tous les temps sont unanimes et ont maintes fois réitéré ce principe avec force, faisant usage de diverses métaphores pour illustrer la gravité de l’infraction à cette loi.

Maïmonide [40], codificateur majeur du xiie siècle, affirme par exemple dans son Code : « Si une femme déclare : Mon mari me répugne et je ne peux avoir de relations avec lui », on contraint le mari à divorcer sur le champ car la femme n’est pas une captive, obligée de cohabiter avec un homme qu’elle abhorre [41].

Plus récemment, en 1978, le rabbin Yaakov Kaniewski [42], autorité rabbinique incontestée en Israël écrit [43] : « … Selon la Torah, il est interdit d’avoir des relations intimes avec sa femme si elle n’en a pas envie… car elle serait comme une proie devant un lion vautré, en train de se repaître » [44].

Si cette règle de bonne conduite entre époux est exemplaire et digne d’être soulignée, elle pourrait – indépendamment de toute considération religieuse – sembler évidente et acquise à toute personne civilisée, pourvue du sens du respect de la personne humaine et a fortiori de l’épouse. Or, force est de constater qu’il n’en est rien. Dans la plupart des pays du globe, y compris en Occident, le concept de viol conjugal n’existe pas ou commence tout juste à être reconnu [45]. C’est la définition du concept de devoir conjugal qui, à chaque fois, est mise en cause. En effet, il est admis que par le mariage, la femme consent tacitement à avoir des relations sexuelles avec son mari. Or, ce principe est diversement et subjectivement apprécié, tant par les individus que par les systèmes juridiques ou les religions qui interprètent cet accord tacite de la femme, comme une licence totale accordée à l’homme. Dans cette optique, le mari ne saurait être coupable de viol envers sa femme et pourrait, selon son bon vouloir, avoir des relations intimes avec elle.

En France, la poursuite pénale d’un époux qui avait violenté et violé son épouse fut possible pour la première fois, grâce à un arrêt de la Chambre criminelle de la Cour de cassation [46] de 1992 : « La présomption de consentement des époux aux actes sexuels accomplis dans l’intimité de la vie conjugale ne vaut que jusqu’à preuve du contraire ». Il fallut attendre la loi [47] du 4 avril 2006 pour que soient renforcées la prévention et la répression des violences au sein du couple ou commises contre mineurs. Depuis 2010, le viol conjugal est inscrit au Code pénal qui prévoit [48] : « … Le viol et les autres agressions sexuelles sont constitués lorsqu’ils ont été imposés à la victime…, quelle que soit la nature des relations existant entre l’agresseur et sa victime, y compris s’ils sont unis par les liens du mariage ».

Il ne saurait être question de passer en revue tous les systèmes juridiques appliqués dans les différents pays du globe. En revanche, il semble tout à fait opportun de connaître le système appliqué dans l’État d’Israël, où le droit hébraïque cohabite avec certains pans de la Common Law, vestige de l’époque où la Palestine était sous Mandat britannique [49]. La première Knesset (1949) a clairement établi qu’en cas de contradiction entre les deux systèmes juridiques, la Loi juive l’emporterait [50]. En l’occurrence, le concept de droit conjugal en droit anglais étant radicalement opposé à la Loi juive, c’est la Loi juive qui est appliquée en Israël depuis le début de sa création. Le droit anglais reconnaît en effet au mari le droit de violer sa femme au nom du consentement tacite de la femme aux relations sexuelles dans le mariage. L’antique Loi juive quant à elle, affirmant que « La femme n’est pas une captive entre les mains de son mari » a prévalu sur la Common Law pour défendre les droits de la femme, veiller à son respect et à sa dignité d’être humain.

Nous avons choisi d’évoquer quelques points sensibles toujours d’actualité au détriment d’autres thèmes tels que l’accès des femmes à l’étude des textes juridiques de la tradition au sein de la sphère juive orthodoxe. C’est l’un des phénomènes marquants du xxe siècle car loin d’ouvrir une brèche dans la tradition, celle-ci s’en trouve renforcée par les femmes qui enrichissent le débat.

Si le statut juridique de la femme à toutes les étapes de sa vie d’enfant, d’adolescente, de fiancée, d’épouse, de veuve ou de divorcée a autant suscité l’intérêt des législateurs, c’est incontestablement pour la défendre contre toutes les formes d’abus et non pour la maintenir dans un état de sujétion et de soumission comme on l’entend souvent. La défense des droits et des intérêts de la femme ne vise pas le maintien de l’ordre social mais s’inscrit plutôt dans une vision globale de la société, dans laquelle l’être humain, masculin et féminin [51], créé à l’image de Dieu, est le point culminant de la création. En tant que tel, l’être humain a pour mission de veiller sans discontinuer à rechercher la paix et la justice, à faire preuve d’amour, de respect et de considération à l’égard de ses semblables, au premier rang desquels figurent les femmes. C’est pourquoi le Talmud enjoint l’homme « d’aimer sa femme comme lui-même et de la respecter plus que lui-même » [52].

La Loi juive ayant vocation à être extrêmement pragmatique, les rabbins sont chargés d’en rappeler clairement les règles à leurs contemporains. Améliorer le statut de la femme en particulier en veillant à son bien-être et à sa dignité, en la protégeant de l’omnipotence paternelle et de l’omnipotence maritale, fait partie intégrante de sa mission. En faisant œuvre de législateurs conformément aux prérogatives que la Torah elle-même leur octroie [53], les docteurs de la loi ont pour vocation, aujourd’hui encore, de faire usage des méthodes d’interprétation prévues par la Loi afin de répondre aux questions les plus pointues de notre société.

Malheureusement, un point de droit reste toujours en suspens au sein du monde juif. Il s’agit de la question du get. Cette question n’a pas encore trouvé la solution qui fasse l’unanimité et constitue la principale pierre d’achoppement entre les mouvances religieuse et libérale. Ainsi que nous l’avons expliqué dans cette étude, seul l’homme peut délivrer le get à son épouse d’après la Torah et nul ne saurait l’y contraindre selon les uns, tandis que des solutions existent, selon les autres. La question du get constitue aujourd’hui encore, un véritable défi juridique auquel les rabbins sont confrontés depuis des siècles. Pourtant, force est de constater qu’ils n’ont jamais ménagé leurs efforts pour améliorer le statut de la femme, dans le divorce en particulier. En Israël, où le droit hébraïque est appliqué notamment pour ce qui relève du statut personnel (mariage et divorce), des progrès considérables ont été réalisés. En diaspora, le problème reste posé et suscite de nombreux débats qui, à terme, participeront à la prompte résolution de ce douloureux problème. [54]

Pour une étude exhaustive du divorce juif, voir Gabrielle Atlan, Les Juifs et le divorce, Droit, histoire et sociologie du divorce religieux. Préface du Professeur Jean Carbonnier, Peter Lang, Bern, 2002. Mis en ligne sur Cairn.info le 15/01/2015 - https://doi.org/10.3917/sdr.004.0033

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Source : https://www.cairn.info/revue-societe-droit-et-religion-2014-1-page-33.htm

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  • Droit personnel et droits des femmes en Israël : le cas des Agounot - Sébastien Tank-Storper - Dans Normes religieuses et genre (2013), pages 257 à 266 – Document ‘Cairn Info’
    Le judaïsme rabbinique tel qu’il s’est cristallisé dans le Shulkhan Arukh laisse une place marginale aux femmes, qui sont reléguées à l’éducation des enfants et au maintien de la pureté du foyer. Elles ne sont soumises qu’aux commandements négatifs et sont exemptées des commandements positifs, ainsi que des prescriptions liées à un moment particulier, comme le port des tefilin et du talit et les prières régulières. Seuls trois commandements leur sont spécifiques, tous trois liés à la sphère domestique : le prélèvement rituel de la pâte, l’allumage des bougies du shabbat et le respect des lois de pureté familiales, et notamment sexuelles. Les femmes sont exclues – ou dispensées, ce qui dans la pratique se révèle identique – du domaine politique (din melekh) et religieux public (din dayan). Elles ne peuvent pas faire partie d’un minyan (le quorum de dix hommes adultes nécessaire à la récitation des prières), ou participer à la prière publique. Elles ne peuvent pas témoigner devant un tribunal rabbinique, ni obtenir le divorce sans l’accord de leur mari.

Le statut de « mineures » que le judaïsme historique accorde aux femmes entre en contradiction avec le processus d’émancipation croissante des femmes dans le domaine séculier et avec la montée des demandes d’égalité de genre au sein de la sphère religieuse. Soucieux de répondre à ce hiatus, les courants réformateurs (libéraux et conservative) ont depuis longtemps accordé l’égalité formelle aux femmes, même si celle-ci a mis du temps à se traduire …

Accès pour lire la totalité : https://www.cairn.info/normes-religieuses-et-genre—9782200285562-page-257.htm

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A l’occasion de la journée internationale des femmes, les Observateurs juniors publient un état des lieux du respect des droits des femmes dans le monde, étudié notamment au prisme des faits religieux.

Le statut des femmes israéliennes s’inscrit dans le double contexte d’une société moderne dotée d’un système politique démocratique, mais aussi fortement marquée par une culture religieuse – parfois très conservatrice – et sécuritaire, voire militariste. C’est dans ce cadre que se sont développés les différents mouvements féministes israéliens qui, s’ils sont parvenus à obtenir des garanties légales majeures dans les années 90, n’ont pas fini de lutter pour leurs droits face à des résistances parfois farouches.

Les droits des femmes dans la législation israélienne

Le droit des femmes en Israël relève principalement de deux textes : la Déclaration d’Indépendance de 1948 et une loi de 1951 rappelant le principe d’égalité des sexes. Ces textes n’ont pas de valeur constitutionnelle et ne permettent pas à la Cour Suprême de faire annuler une loi qui contreviendrait aux droits des femmes. Mais, depuis 1992, la Cour peut contourner le problème en ayant recours à la Loi fondamentale sur la dignité humaine et la liberté. Grâce à cette loi et aux mouvements féministes, le pays a connu une « révolution législative féministe » dans les années 90 en faveur de l’accès égalitaire à l’emploi ainsi qu’à l’armée, ou encore pour la lutte contre le harcèlement sexuel. Aujourd’hui, la députée du parti de centre droit Koulanou, Rachel Azaria, estime que « globalement, la condition des femmes progresse » et rappelle qu’« elles représentent pour la première fois plus d’un quart des députés à la Knesset. Karnit Flug dirige la banque centrale, [Rakefet] Russak-Aminoach est à la tête de la banque Leumi. Les rares partis qui ne comptent que des hommes sont dénoncés publiquement ».

Malgré ces avancées encourageantes, le droit israélien en matière d’égalité femmes-hommes se heurte à de nombreux obstacles et, même là où l’on constate des avancées législatives, elles ne sont pas toujours suivies dans la pratique. A titre d’exemple, il existait en 2017 un écart de rémunération de 22 % entre hommes et femmes, ce qui plaçait Israël au 4e rang des pays les plus inégalitaires de l’OCDE sur cette question.

Religion et sécurité rythme les droits des femmes en Israël

L’un des blocages à la progression des droits des femmes est le poids politique des courants juifs ultra-orthodoxes. Ce poids leur a permis d’obtenir de Ben Gourion en 1947 le maintien de la juridiction religieuse sur le droit de la famille : la question des mariages et des divorces est par exemple entièrement dévolue aux autorités religieuses, notamment juives. Aujourd’hui, les partis ultra-orthodoxes, mais aussi nationalistes religieux, sont toujours aussi présents à la Knesset (le parlement israélien), ce qui entrave les évolutions sur ce plan.

Le deuxième type d’obstacle au progrès des droits des femmes provient du caractère militariste du pays : la centralité de l’enjeu sécuritaire ont fait de l’armée une institution clé et des valeurs militaires, voire de la « virilité conquérante », des principes très présents dans la société israélienne. Outre le lien entre cette exaltation de la virilité et les violences conjugales, ce militarisme fait que l’État investit massivement dans la sécurité et la défense, au détriment du domaine social. Or, cette carence touche directement les femmes : détérioration du système de garderie qui entrave la progression de l’emploi féminin ; baisse des allocations familiales, notamment pour les femmes célibataires dont un quart vit sous le seuil de pauvreté alors que 81 % travaille ; et suppression de nombreux emplois publics alors que ce secteur embauchait 70 % des femmes actives dans les années 80.

Enfin, il faut noter une grande disparité entre les femmes israéliennes, puisque les progrès du féminisme ont avant tout bénéficié aux Ashkénazes, tandis que les femmes mizrahim (issues des communautés juives orientales) et palestiniennes israéliennes sont restées relativement à la marge. Le taux d’emploi de ces dernières n’est par exemple que de 31 % et le progrès de leurs droits est entravé par le fait qu’elles n’osent souvent pas porter plainte, de peur d’être taxées de « traîtresses » par une partie de la société israélienne. Il existe également une disparité territoriale à l’échelle du pays – la condition féminine à Tel Aviv et à Jérusalem est sans commune mesure -, et à l’échelle locale, en fonction des quartiers.

Mobilisations en faveur du droit des femmes en 2017

En 2017, plusieurs événements ont mis en évidence l’intérêt de la société israélienne pour ces questions. Par exemple, la « marche des salopes » a réuni plusieurs centaines de femmes et d’hommes dans le centre de Jérusalem pour la défense des droits des femmes. La fête juive de Pourim, qui tombait cette année au lendemain de la Journée internationale des droits des Femmes, a également été l’occasion pour de nombreuses israéliennes de rappeler l’importance de ces droits en se déguisant en super-héroïnes.

Par ailleurs, dans le contexte du conflit israélo-palestinien, l’engagement des femmes pour la paix reste un facteur d’espoir, comme en témoigne le rassemblement de plus de 30 000 femmes israéliennes et palestiniennes à Jérusalem en octobre 2017, après une marche de deux semaines pour demander la reprise du processus de paix.

Les droits des femmes et la religion juive en Israël

Comme nous l’avons vu, l’influence des partis religieux sur la progression des droits des femmes est importante en Israël et le monopole des ultra-orthodoxes sur les tribunaux rabbiniques a des conséquences graves sur le plan du droit privé : par exemple, ces tribunaux considèrent toujours qu’il suffit de l’accord du mari pour prononcer un divorce et que, à l’inverse, il suffit que ce dernier s’y oppose pour qu’il ne puisse avoir lieu. Ainsi, si l’homme refuse le divorce, sa femme ne peut se remarier et si elle a d’autres enfants, ce seront des mamzer, c’est-à-dire des « bâtards » qui auront l’interdiction de se marier au sein de la communauté juive. Par ailleurs, ces tribunaux rabbiniques ne sont composés que d’hommes et toute une partie du système législatif israélien est donc interdit aux femmes.

Ce système législatif entrave donc la progression des droits des femmes en Israël car bien souvent, lorsque des cas sont menés en appel devant la Haute Cour de Justice, cette dernière se déclare incompétente sur ces questions. Il existe également un blocage au niveau parlementaire puisque les partis ultra-orthodoxes y sont déterminants pour former une majorité. En 2017, deux cas ont illustré l’influence des ultra-orthodoxes et le bras de fer engagé avec les féministes et la Cour Suprême. Le premier concerne le droit, contesté par le Grand Rabbin de Jérusalem, pour les femmes de prier en même temps que les hommes au pied du Mur des Lamentations. En avril dernier, la Cour Suprême s’était prononcée en faveur de l’association féministe « les Femmes du Mur », mais face à la pression de la droite religieuse qui menaçait de quitter la coalition gouvernementale, le premier ministre avait fini par geler cette décision. En janvier 2018, le gouvernement à finalement proposé un compromis sur un espace de prière égalitaire, mais les « Femmes du Mur », qui se plaignent du harcèlement et de la discrimination des instance orthodoxes qui régissent l’accès au Kotel, ont rejeté cette proposition jugée humiliante. Un deuxième cas s’est au contraire soldé par un succès pour les femmes qui avaient porté plainte depuis 2014 contre des cas d’agressions dans un quartier ultra-orthodoxe de la commune de Beit Shemesh. En juin 2017, la Cour a finalement sommé le maire de faire appliquer la loi civile dans ce quartier où l’aile radicale ultra-orthodoxe avait fini par imposé ses propres règles, notamment concernant la tenue vestimentaire des femmes.

Face à cette situation, il faut noter, en plus du féminisme laïque, l’essor d’un féminisme orthodoxe réformiste, qui entend « casser le monopole du Grand Rabbinat » sur le droit privé, mais aussi sur la pratique religieuse en revendiquant par exemple le droit pour les femmes d’étudier le Talmud et de chanter des prières. Il existe également un courant féministe Haredim (ultra-orthodoxes) qui ne revendique rien sur le plan religieux mais seulement sur les questions profanes. Toutefois, ce dernier reste très marginal et se heurte à des résistances parfois violentes.

Image : מיכל פטל, Lesley Sachs and Rachel Cohen Yeshurun, of Women of the Wall, being detained by police officer for wearing Tallit in the Kotel. Rosh Chodesh Kislev 5773, Creative Commons Attribution 3.0 Unported license, https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Lesley_and_Rachel_Detained.jpg

Pour aller plus loin :

ARABIE SAOUDITE - 7 Mar 2018 #8mars Dossier spécial pour la journée des droits des femmes

ISRAEL - 10 Oct 2017 - Les femmes israéliennes et palestiniennes marchent pour la paix – FR

ISRAEL - 31 Jan 2013 - ISRAEL- PALESTINE – Selon un rapport de l’ONU, les colonies de peuplement israéliennes violent les droits des Palestiniens – Fr

A propos de cette infoProvenance : Le Monde Diplomatique – Par Laura Raim – Publié - le 8 Mars 2018 - S’ABONNER

Source : https://www.observatoirepharos.com/pays/israel/droits-femmes-israeliennes-reflet-paradoxes-dune-societe-fr/

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  • La place des femmes au sein de la société israélienne - Par Times of Israel Staff 8 mars 2021, 14:04
    En cette Journée de la femme, le Times of Israël explore les droits des femmes dans l’État juif, à travers divers angles : le sionisme, l’armée, la constitution et les féminicides

Les 13 premières femmes tankistes de l’armée israélienne, qui ont terminé leur formation le 5 décembre 2017, prennent la pose pour une photographie au monument dédié aux blindés à Latrun, près de Jérusalem. (Armée israélienne)

Photo - Les 13 premières femmes tankistes de l’armée israélienne, qui ont terminé leur formation le 5 décembre 2017, prennent la pose pour une photographie au monument dédié aux blindés à Latrun, près de Jérusalem. (Armée israélienne)

La femme dans le sionisme

Avant même la création du pays, l’idéologie sioniste reprenait la mythologie d’un mouvement égalitaire et moderne, avec des femmes pionnières labourant la terre et montant la garde. Mais, selon la chercheuse Sarai Aharoni, interviewée par le Monde diplomatique : « Même dans les premiers kibboutzim — qui demeureront marginaux —, les membres féminins étaient bien plus employés dans les cuisines, les potagers, les garderies et les buanderies collectives que dans les champs et les usines. »

Le devoir premier de la femme israélienne était alors aussi et surtout, peu après la Shoah, d’assurer la survie du peuple juif, en mettant au monde « au moins quatre enfants », demandait David Ben Gourion.

Droit de vote

Quelques années après la France, l’Italie, le Japon ou encore l’Argentine, et quatre ans avant le Liban, le droit de vote des femmes en Israël a été exprimé dès la création de l’État, en 1948, dans sa déclaration d’Indépendance, qui reconnaissait « à tous les habitants d’Israël l’égalité des droits sociaux et politiques indépendamment de leur religion, leur race ou leur sexe ».

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Photo - Une femme vote avec son enfant dans un bureau de vote à Safed, le jour du scrutin, le 17 septembre 2019. (David Cohen/Flash90)

Lutte contre les discriminations de genre

L’égalité des droits des femmes ferait ainsi l’objet d’une loi, en 1951.

Plus d’une centaine de lois ont depuis été votées, dans les années 1980 et 1990, dont celle pour l’égalité dans l’emploi en 1988, celle sur l’égalité salariale en 1996, et celle contre le harcèlement sexuel en 1998.

Néanmoins, ces lois ne permettent toujours pas aux femmes de divorcer librement, sans l’accord de leur mari, en raison de la mainmise du Grand rabbinat d’Israël sur cette question. Des femmes se retrouvent ainsi prises dans un engrenage juridique des plus complexes qui les empêchent de se remarier.

Inégalités salariales

En ce qui concerne l’égalité salariale, l’écart serait encore, malgré les lois, de 21,6 % entre hommes et femmes, selon un rapport de l’institut d’analyse Adva Center publié en 2018. Ce chiffre ferait d’Israël le quatrième pays le plus inégalitaire de l’OCDE sur ce point.

Les femmes israéliennes restent de façon générale sous-représentées dans les fonctions de direction, aussi bien dans le secteur privé que public, même si elles sont plus nombreuses depuis ces dernières années, à l’instar de Galia Maor, ancienne PDG de la Banque Leumi.

Des programmes encourageant les femmes à ouvrir de petites et moyennes entreprises ont été mis en place par les autorités.

Si la place des femmes au sein de la communauté ultra-orthodoxe pose encore problème, elles s’intègrent de plus en plus au sein de la société, étant contraintes de travailler tandis que les maris étudient. Elles doivent de plus en plus se tourner vers des métiers extérieurs à leur communauté – ces emplois, notamment dans les écoles ou les crèches, étant très prisés.

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Photo - A titre d’illustration : Des femmes juives ultra-orthodoxes travaillent sur des ordinateurs à leur bureau dans les locaux de la société de logiciels Comax à Holon, près de Tel Aviv, le 17 avril 2016. (AFP Photo/Menahem Kahana)

Parité en politique

Malgré ces lois, le haut niveau d’éducation et la nomination de Golda Meir en tant que Première ministre en 1969, peu de femmes accèdent encore à de hautes fonctions politiques dans le pays.

Outre la « grand-mère d’Israël », les plus connues sont : Tzipi Livni, Ayelet Sheked, Miri Regev, Pnina Tamano-Shata, Gila Gamliel, Tzipi Hotovely ou encore Orly Levy-Abekasis – des noms pour la plupart moins connus que ceux des responsables israéliens masculins.

La 23e Knesset, élue en mars 2020, compte 30 femmes députées sur 120 sièges (soit un quart) – dont Orna Barbivai, seule femme promue générale de l’armée, deuxième grade le plus élevé de l’institution, jusqu’à sa retraite militaire en 2014.

Sur 35 ministères, le gouvernement actuel compte 6 femmes à un poste de ministre (Pnina Tamano-Shata, Orly Levy-Abekasis, Omer Yankelevich, Gila Gamliel, Orit Farkash-Hacohen et Miri Regev).

Sur la dizaine de partis qui devraient entrer à la 24e Knesset suite aux élections du 23 mars 2021, un seul est dirigé par une femme : le Parti travailliste, avec Merav Michaeli. La plupart des femmes qui se présentent sont par ailleurs reléguées en bas des listes. Une trentaine de députées devraient être élues selon les estimations, comme lors des dernières élections.

La Knesset compte un comité sur le statut des femmes et pour l’égalité des genres depuis 1992. En juin dernier, des groupes féministes israéliens ont répondu avec indignation à l’annonce de la nomination d’un homme, le député Oded Forer (Yisrael Beytenu), à la tête de cette commission parlementaire.

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Photo - Golda Meir fume une cigarette pendant une interview. (Archives : Kan)

Droit à l’avortement

L’avortement, dont les coûts sont prix en charge par l’État, a été légalisé en Israël en 1977, sous certaines conditions et selon l’avis d’un comité médical.

Ces professionnels n’approuvent généralement les IVG que sous certaines conditions : si la patiente a moins de 18 ans ou plus de 40 ans ; si la grossesse a eu lieu hors mariage ; si la grossesse est le résultat d’un viol ou d’un inceste ; si la vie de la mère est en danger ; si mener la grossesse à terme entraînerait une détresse mentale ou physique ; ou si le fœtus a de graves complications.

En 2019, 17 688 femmes ont déposé une demande d’avortement. Alors que 99,4 % d’entre elles ont été acceptées, 106 ont été refusées. Plus de la moitié des avortements ont eu lieu cette année-là car la grossesse résultait d’une relation hors mariage – première cause d’IVG.

Selon Michal Gera Margaliot, ancienne directrice exécutive du Réseau des femmes israéliennes, les femmes mariées auraient plus de difficultés à avorter, et devraient mentir – en affirmant par exemple au comité que leur grossesse résulte d’une relation extra-conjugale – pour y avoir accès.

« La loi ne reconnaît pas l’autonomie des femmes en ce qui concerne leur santé sexuelle ; elle reconnaît l’autonomie de l’État pour décider de la santé reproductive des femmes. Le comité est l’expression de l’État », a déclaré Sharon Orshalimy, conseillère en santé sexuelle et en contraception, doctorante à l’université Ben-Gourion du Néguev.

« En Israël, l’avortement est très accessible, sûr, semi-légal et financé jusqu’à l’âge de 33 ans, et pour des raisons médicales [ou viol et inceste] après 33 ans », a-t-elle ajouté. « Ce raisonnement est très conservateur, mais la pratique de l’avortement en elle-même est très libérale, et il y a un grand écart entre les deux. »

En 2017, l’association Yedid avait rapporté que 15 000 avortements environ étaient pratiqués de façon clandestine en Israël chaque année.

Droit à la contraception

Les moyens de contraception sont largement répandus en Israël. L’armée aide notamment les soldates dans ce domaine, avec des démarches de sensibilisation. Des préservatifs sont également proposés à l’achat sur toutes les bases, et les femmes peuvent demander la pose d’un stérilet durant tout leur service militaire, qui sera enlevé lorsqu’elles le quitteront. Tous les coûts médicaux sont pris en charge par l’armée.

Les femmes dans l’armée

Les femmes occupent divers rôles au sein de Tsahal, souvent aux côtés de leurs homologues masculins. 92 % des postes militaires sont ainsi ouverts aux soldates. Il existe également des unités de combat mixtes entièrement intégrées, comme les bataillons Caracal et Bardelas, qui sont chargés de protéger la frontière d’Israël avec l’Égypte et la Jordanie. Elles peuvent aussi devenir pilotes d’avion – même si la majorité des pilotes restent en pratique des hommes. Néanmoins, la présence des femmes dans les commandos de Tsahal divise toujours.

Par le passé, l’armée a insisté sur le fait qu’elle permettait à davantage de femmes de servir dans des postes de combat pour des raisons pratiques, et non pas en raison d’un programme social, en disant qu’elle avait besoin de toute la main-d’œuvre féminine et humaine disponible.

Les critiques de l’intégration du genre dans l’armée la décrivent souvent comme une expérience sociale dangereuse avec des répercussions possibles sur la sécurité nationale, tandis que les défenseurs la considèrent généralement comme une mesure nécessaire depuis longtemps, qui a déjà été mise en œuvre dans de nombreux pays occidentaux.

Les détracteurs notent que certaines exigences pour les femmes soldats de combat ont été abaissées – ce qui, selon eux, est un signe que l’efficacité est sacrifiée – et que les femmes militaires souffrent de traumatismes liés au stress à un taux plus élevé.

En janvier 2020, l’armée israélienne a annoncé qu’elle relançait son programme pilote pour permettre aux femmes de servir dans les chars, revenant sur sa décision de geler l’essai l’année dernière et l’élargissant pour inclure certains déploiements réels.

En février 2020, la Cour suprême de justice a rejeté un procès qui demandait à l’armée d’autoriser les femmes à servir dans les chars d’assaut, estimant que le programme élargi de chars d’assaut rendait ce procès inutile.

Dans une pétition déposée début janvier 2020, Osnat Levy et Noga Shina avaient affirmé que le refus de l’armée de les laisser servir comme conductrices de chars était une violation de l’égalité des droits. Un procès similaire a été intenté par Or Abramson et Maayan Halberstadt, toutes deux âgées de 19 ans, demandant la possibilité d’essayer au moins de servir dans les chars.

Le nouveau programme pilote fixera des exigences de poids et de taille plus élevées pour les femmes qui veulent servir dans le Corps de blindés. Une décision finale sur l’avenir du service féminin dans les unités de chars devrait être prise après la fin du programme pilote en 2022.

Selon un rapport parlementaire de 2013, une militaire sur huit, risque de subir une forme plus ou moins grave d’agression sexuelle.

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Photo - Une jeune femme de 21 ans, dont le nom n’a pas été dévoilé par les censeurs israéliens, est la première femme pilote de l’armée de l’air israélienne originaire des États-Unis. (Force aérienne israélienne)

Les Israéliennes face aux féminicides

On compte déjà plusieurs féminicides sur les deux premiers mois de l’année 2021.

Au moins 20 femmes ont été assassinées en Israël par leurs conjoints ou leurs compagnons au cours de l’année 2020.

13 Israéliennes ont été assassinées en 2019 par une personne qu’elles connaissaient. En 2018, 25 femmes ont été assassinées dans de tels incidents, le nombre le plus élevé depuis des années. Beaucoup de ces femmes ont porté plainte auprès de la police avant leur mort, par souci de sécurité.

Un plan national de lutte contre la violence domestique a été approuvé en 2017 par la Knesset, mais il a été abandonné depuis, faute de financement. Les militants affirment que la majeure partie des 250 millions de shekels approuvés n’a pas encore été transférée aux autorités compétentes.

La police et les organisations de services sociaux ont également signalé une augmentation importante des plaintes pour violence domestique depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Chaque année, une « Marche des salopes » est organisée en Israël visant à lutter et donner la culture du viol et le manque d’action de l’État.

En novembre dernier, la Knesset a donné un premier feu vert à deux projets de loi visant à apporter un soutien aux victimes de violence domestique, alors que le monde marquait la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.

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Photo - Des manifestantes israéliennes pendant la 5e « Marche des Salopes », dans le centre de Jérusalem, le 13 mai 2016. (Crédit : AFP PHOTO / GALI TIBBON)

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Source : https://fr.timesofisrael.com/la-place-des-femmes-au-sein-de-la-societe-israelienne/

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  • Sélection bibliographique : La condition des femmes dans la société israélienne – 1er décembre 2022 – Document ‘bulac.fr’
    La Déclaration d’Indépendance d’Israël du 14 mai 1948 inclut l’égalité des sexes. Cependant les inégalités entre hommes et femmes demeurent importantes en Israël. La situation politique, l’obsession de la sécurité ainsi que le poids des contraintes religieuses sont des facteurs qui entravent l’émancipation féminine. Cette sélection d’ouvrages du domaine hébraïque interroge la place de la femme dans la société israélienne, en écho à la conférence Power relations and violence instances in Israeli feminism, organisée par l’Inalco le 12 décembre 2022.

La condition des femmes dans la société israélienne{{}}Photo : Henriette Dahan Kalev

Sélection bibliographique : La condition des femmes dans la société israélienne > Voir tous les résultats > Cette liste contient 29 titres

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Source : https://www.bulac.fr/la-condition-des-femmes-dans-la-societe-israelienne

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Regina Jonas, première femme rabbin et figure du judaïsme progressiste.

Le féminisme juif est un mouvement qui recherche l’égalité religieuse, juridique et sociale des femmes juives et des hommes juifs à l’intérieur du judaïsme. Les mouvements féministes se sont introduits dans toutes les branches de la religion juive avec différentes approches et succès.

Aux États-Unis, le mouvement féministe moderne juif date des débuts des années 1970. D’après Judith Plaskow, les féministes juives critiquent et dénoncent l’exclusion des femmes dans les groupes de prières exclusivement masculins (minyan), et dans les mitzvot, qui comportent les 613 commandements établis dans la Torah au Mont Sinaï et les 7 commandements rabbiniques établis plus tardivement. L’incapacité des femmes à comparaître en tant que témoin ou à initier une procédure de divorce dans les cours religieuses juives est aussi un point remis en cause par les féministes juives1.

Selon l’historienne Paula Hyman, deux articles publiés dans les années 1970 ont été fondateurs dans l’analyse du statut féministe des femmes juives : « The Unfreedom of Jewish Women » (« L’emprisonnement des femmes juives »), publié en 1970 dans le Jewish Spectator par une écrivaine nommée Trude Weiss-Rosmarin et un article de Rachel Adler, alors juive orthodoxe et actuellement professeure au séminaire Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion ; l’article intitulé « The Jew Who Wasn’t There : Halacha and the Jewish Woman [archive] », est publié en 1971 à Davka en Inde2,3,4,5,6,7,8. En 1973, la première conférence nationale américaine des femmes juives s’est tenu à New York ; c’est Blu Greenberg qui a prononcé le discours d’ouverture9.

Théologie féministe juive

Il existe au sein de la communauté juive des versions variées de la théologie féministe.

Certaines de ces théologies encouragent l’idée qu’il est important d’avoir une caractérisation féminine de Dieu, et/ou un langage plus féministe en règle générale, dans le siddour (livre de prières juives) et dans l’office.

En 1946, le nouveau siddour de Silverman du judaïsme massorti a changé les mots traditionnels de remerciement à Dieu, en remplaçant « qui ne m’a pas fait femme » par « qui a fait de moi une personne libre »10.

En 1976, Rita Gross publie l’article « Female God Language in a Jewish Context » (Davka Magazine 17), que Judith Plaskow, chercheuse juive et féministe, considère comme « probablement le premier article à traiter théoriquement de la question de la langue féminine dans un contexte juif11,12 ». Gross était elle-même juive à ce moment-là13.

Le rabbin Rebecca Albert, faisant partie du Judaïsme reconstructionniste (Reform Judaism, hiver 1991) commente :

« L’expérience de prier avec le Siddour Nashim [le premier livre de prière du sabbat se référant à Dieu en utilisant des pronoms et des images féminins].... a transformé ma relation avec Dieu. Pour la première fois, j’ai compris ce que signifie être fait à l’image de Dieu. Penser à Dieu comme à une femme comme moi, La voir à la fois puissante et nourricière, L’imaginer avec le corps d’une femme, un utérus, des seins — ce fut une expérience d’une importance capitale. Était-ce là la relation que les hommes ont eue avec Dieu pendant tous ces millénaires ? C’est merveilleux d’avoir accès à ces sentiments et à ces perceptions. »

Le siddour Nashim a été auto-publié en 1976 par Naomi Janowitz et Margaret Wenig.

En 1990 le Rabbin Margaret Wenig écrit un sermon, « Dieu est une Femme et elle est en train de vieillir », celui-ci a été publié en 2011 dix fois (trois fois en allemand) et prêché par des rabbins allant de l’Australie à la Californie14.

Le Rabbin Paula Reimers (« Féminisme, Judaïsme, et Dieu la Mère » Judaïsme massorti 46, 1993) commente :

« Ceux qui disent « Elle » pour parler de Dieu veulent affirmer la féminité et l’aspect féminin de la divinité. Ils le font en mettant l’accent sur ce qui distingue le plus clairement l’expérience féminine de l’expérience masculine. Une divinité masculine ou féminine peut créer par la parole ou par l’action, mais la métaphore de la création qui est uniquement féminine est la naissance. Une fois que Dieu est appelé femme, la métaphore de la naissance et l’identification de la divinité avec la nature et ses processus deviennent donc inévitables. »

Ahuva Zache affirme qu’utiliser les deux langages, féminin et masculin, pour parler de Dieu peut être une chose positive, mais rappelle à son lectorat composé de membres du Judaïsme Réformé que Dieu est au-delà des genres (Est-il homme, femme, les deux ou aucun ? Comment devons-nous faire nos prières en réponse au genre de Dieu ? dans l’Union pour le Judaïsme Réformé (iTorah [1] [archive])

« L’imagerie féminine de Dieu ne menace en rien le judaïsme. Au contraire, elle améliore la compréhension juive de Dieu, qui ne doit pas se limiter aux métaphores masculines. Tout le langage que les humains utilisent pour décrire Dieu n’est qu’une métaphore. Utiliser des métaphores masculines et féminines pour Dieu est une façon de nous rappeler que les descriptions sexuées de Dieu ne sont que des métaphores. Dieu est au-delà du genre. »

Ces vues sont très controversées, même dans les mouvements juifs libéraux15. Les Juifs orthodoxes et beaucoup de Juifs conservateurs maintiennent l’idée qu’il est mauvais d’utiliser des pronoms féminins anglais pour parler de Dieu, et voient ce genre d’usage comme une intrusion de l’idéologie du féminisme moderne dans la tradition juive16. Les livres de prières progressistes ont de plus en plus tendance aussi à éviter les mots et pronoms spécifiques au genre masculin, cherchant à traduire dans un genre neutre toute référence à Dieu. Par exemple, c’est ce que fait le mouvement libéral britannique Siddur Lev Chadash (1995), tout comme le mouvement réformiste britannique Forms of Prayer (2008)17,18. Dans le Mishkan T’filah, livre de prières juif américain publié en 2007, les références à Dieu en tant que « ILs » ont été supprimées ; lorsque les patriarches (Abraham, Isaac et Jacob) sont nommés, les matriarches (Sarah, Rebecca, Rachel et Léa) le sont aussi19. En 2015 le livre de prière Mishkan HaNefesh comprend une version de la prière Avinou Malkenou qui représente Dieu comme un « Père aimant » mais également une « Mère compatissante »20, ainsi que d’autres changements notables.

En 2003 est publiée The Female Face of God in Auschwitz : A Jewish Feminist Theology of the Holocaust, la première théologie féministe complète de la Shoah, écrite par Melissa Raphael21. Standing Again at Sinai : Judaism from a Feminist Perspective (1991) de Judith Plaskow, et Engendering Judaism : An Inclusive Theology and Ethics (1999) de Rachel Adler sont les deux seuls travaux féministes juifs qui se consacrent totalement à la théologie générale (plutôt qu’à des aspects spécifiques tels que la théologie de la Shoah)22. Ainsi, Standing Again at Sinai : Judaism from a Feminist Perspective (1991) est le tout premier livre sur la théologie juive féminine à avoir été écrit.

Il y a une sous-catégorie en pleine croissance dans le domaine de l’étude du genre et du judaïsme, qui considère l’opposition binaire du mâle et de la femelle comme cruciaux dans l’opinion juive23,24,25.

Alors que la dialectique homme/femme fait son apparition dans l’histoire de la création, le Talmud insiste sur le fait que l’idée d’homme et de femme va bien au-delà des rôles sexuels : « Tout ce que Dieu a créé, Il l’a créé en tant qu’homme et femme.. ». (Baba Batra 74b) Cette dialectique revêt encore davantage un sens théologique à la lumière du Cantique des cantiques, qui a été traditionnellement interprété comme une métaphore de la relation entre Dieu et le peuple d’Israël, où cette nation est figurée comme féminine face à Dieu, qui est représenté par l’amant dans le texte.

D’autres exemples de sujets dans lesquels la dynamique homme/femme est utilisée métaphoriquement incluent : la relation entre Shabbat et les jours de la semaine, la relation entre la loi orale et écrite, la relation entre ce monde et l’au-delà, l’interaction entre les aspects juridiques et extra-légaux du Talmud (Halacha et Aggada) et le calendrier juif, qui utilise le soleil (symbole traditionnel de la force mâle) et la lune (symbole traditionnel de la force féminine)26.

La polarité entre les sexes est fermement maintenue dans la Bible et dans la loi orale (Deutéronome, 22:5, qui interdit même le travestissement) et le maintien de cette polarité est considéré comme essentiel pour réaliser une synthèse entre le masculin et le féminin.

L’exploration de la construction des genres dans les sources originelles révèle l’estimation surprenante du prototype féminin dans la Kabbale, basé sur des sources qui invitent à une question de ramifications sociale, ethnique, écologique, morale et philosophique de la perspective féminine dans la réflexion juive27.

Judaïsme Orthodoxe

Les positions des Haredim sur le féminisme

Les leaders du Judaïsme Haredi, les Haredim, considèrent régulièrement toutes les formes de féminisme comme des « réformes », comme contraires au judaïsme, ou comme une menace envers la tradition juive. C’est ce qu’affirme un article de Cross-Currents critiquant l’avancée des femmes dans les responsabilités : « L’ensemble de la vie religieuse juive traditionnelle, y compris ses normes de rituel et de société, même si elles ne sont pas codifiées formellement, reflète les valeurs de la Torah, qu’elles soient halachiques ou hachkafiques ; chaque aspect de notre tradition religieuse aux modalités communes millénaires est fondé sur des axiomes halachiques ou hachkafiques. Ces axiomes peuvent ne pas être apparents aux non-initiés, mais le fait de ne pas les percevoir ne donne pas le droit de nier, de rejeter ou de réformer28 ». L’affirmation des Haredi est que le féminisme est en train de changer la Torah.

Le judaïsme haredi adhère aussi aux différences essentielles strictes entre les hommes et les femmes, fondées sur des idées relatives à la volonté de Dieu et à la création. La vision du monde des Haredim épouse l’idée de la féminité telle qu’exprimée dans le poème du roi Salomon Une femme de valeur, qui loue une femme pour l’entretien de la maison, le soin de la famille et la préparation des repas, pratiques que le poème admire chez les femmes comme faisant partie de leur sagesse, courage, créativité, engagement, altruisme et peut-être de leur sens des affaires29.

L’objectif le plus important de l’éducation haredi pour les filles et les jeunes femmes est de les éduquer, de les former et de les encourager à devenir des épouses et des mères de familles nombreuses vouées au mode de vie le plus strict de la Torah. Alors que la plupart des femmes haredi sont scolarisées dans les écoles Beis Yaakov conçues exclusivement pour elles, le programme de ces écoles n’enseigne pas le Talmud et n’encourage pas les femmes à étudier les mêmes sujets que les jeunes hommes haredi dans les yeshivas. Dans certaines communautés haredi, l’éducation des filles à travers des matières laïques comme les mathématiques est supérieure à celle des garçons. C’est en partie dû au temps important consacré aux sujets sacrés pour les garçons, et en partie aussi parce que beaucoup de femmes haredi travaillent pour permettre à leurs maris de s’engager à plein temps dans l’étude de la Torah ou pour amener un second revenu au foyer.

Il n’y a actuellement aucun mouvement à l’intérieur du judaïsme haredi qui forme les femmes en tant que rabbines, et il n’y a aucun mouvement visible pour l’accès des connaissances talmudiques pour les femmes. Durant l’automne 2015, l’Agudath Israël d’Amérique, qui fait partie du judaïsme haredi, dénonce l’ordination des femmes, et va encore plus loin, en déclarant que Yeshivat Maharat, Yeshivat Chovei Torah, Open Orthodoxy, et d’autres organisations affiliées, sont similaires aux autres mouvements dissidents de l’histoire du judaïsme par leur rejet des principes de base du judaïsme30,31,32. Néanmoins, la plupart des femmes haredi sont exposées à des idées modernes et à l’éducation laïque, contrairement à beaucoup d’hommes. Le professeur Tamar El-or a exploré les changements dans la vie des femmes et l’impact de l’éducation à mixité culturelle dans l’émancipation des femmes dans son livre précurseur Education and Ignorant, qui parle de l’éducation des femmes dans la communauté hassidique de Gur33. Cependant, en 2016, on a appris que la secte Satmar avait publié un décret avertissant que l’enseignement universitaire pour les femmes était « dangereux ». Écrit en yiddish, le décret précisait34 :

« C’est devenu récemment la nouvelle tendance selon laquelle les filles et les femmes mariées poursuivent des études en éducation spécialisée. Certains assistent aux cours et d’autres en ligne. Nous aimerions donc que leurs parents sachent que c’est contre la Torah.

Nous serons très stricts à ce sujet. Les filles qui fréquentent notre école n’ont pas le droit d’étudier et d’obtenir un diplôme. C’est dangereux. Les filles qui ne voudront pas rester seront forcées de quitter notre école. De plus, nous ne donnerons pas d’emploi ou de poste d’enseignant à l’école aux filles qui sont allées à l’université ou qui ont obtenu un diplôme.

Nous devons assurer la sécurité de notre école et nous ne pouvons permettre aucune influence séculière dans notre environnement sacré. C’est contre la base sur laquelle notre Mosed a été construit. »

Émergence d’un féminisme haredi

Il y a quelques signes d’émergence d’un mouvement féministe en germe dans le monde haredi, en particulier en Israël. Durant les élections israéliennes, Esti Shushan a mené une campagne féministe pour forcer les partis politiques haredi à permettre aux femmes de se présenter sur leurs listes (ces partis interdisent actuellement aux femmes de se présenter aux élections). Cette campagne a appelé les femmes haredi à refuser de voter pour des partis qui excluent les femmes35. De plus, durant les élections municipales de 2013 en Israël, trois femmes haredi ont pris une mesure sans précédent et se sont présentées pour leurs municipalités locales : Shira Gergi à Safed, Ruth Colian à Petach Tikva et Racheli Ibenboim à Jérusalem. Gergi a été la seule à être élue, devenant la première femme haredi à siéger à un conseil municipal et à siéger au conseil de la Safed depuis vingt ans.

L’une des voix les plus intéressantes du féminisme haredi est celle d’Adina Bar-Shalom, fille de l’ancien du Grand Rabbin séfarade israélien Ovadia Yosef. Bar Shalom a établi le Collège haredi de Jérusalem, parle régulièrement de l’importance de l’éducation des femmes et du travail, et en 2013 établit un parti politique exclusivement féminin dans la ville haredi d’Elad. De plus, début 2014, elle envisageait une candidature pour devenir présidente d’Israël36. En mars 2014, Bar SHalom écrit que la révolution féministe haredi est déjà là : « Le train a quitté la gare37 ».

Une autre voix émergente haredi est celle d’Esty Reider-Indorsky. Elle s’est fait connaître en mars 2014 comme une chroniqueuse haredi populaire, qui a écrit sous le nom d’un homme, « Ari Solomon ». Sous ce pseudonyme, elle acquiert une grande popularité. Dans un article de Ynet, Reider-Indorsky a affirmé qu’il y a un brassage de forts mouvements féministes à l’intérieur de la communauté haredi, et a demandé aux femmes non haredi de rester en dehors de leur propre révolution interne. « Ne nous utilisez » pas, écrit-elle aux féministes non-haredi. « Ne faites pas de révolutions pour nous, n’essayez pas de balayer notre arrière-cour. Nous le faisons à notre façon et nous le faisons mieux : il y a une abondance de femmes avocates haredi... Il y a des femmes haredi qui choisissent une carrière universitaire, et il y a des femmes haredi qui mènent le changement dans tous les domaines imaginables... Le changement se produira. c’est déjà arrivé38. »

Le féminisme juif orthodoxe non-haredi

Le féminisme juif orthodoxe, contrairement à ses homologues réformistes, a pour but de changer la position des femmes à l’intérieur de la loi juive (halakha).

Le féminisme orthodoxe fonctionne à l’intérieur du système halachique et travaille avec les rabbins et les institutions rabbiniques pour créer des pratiques plus inclusives au sein de la vie et de la direction communautaires orthodoxes. Il a tendance à se focaliser sur les problématiques, comme le problème de la agounah, favoriser l’éducation des femmes, le leadership des femmes et la participation aux rituels, et rendre la synagogue plus conviviale pour les femmes.

Contrairement à d’autres confessions, les féministes orthodoxes conservent la partition dans la synagogue et ne comptent pas les femmes dans un minyan. Le groupe de prière exclusivement féminin, le Women’s Tefilla Group, est une pratique orthodoxe qui a commencé dans les années 1970 et qui se poursuit aujourd’hui39.

Les nouveaux programmes éducatifs ont permis aux femmes orthodoxes modernes d’étudier le Talmud et d’autres littératures rabbiniques, à des niveaux comparables à une yechiva ou un kollel pour les hommes, notamment Drisha Institute (en) (fondé en 1979), Pardes Institute of Jewish Studies, et Matan Women’s Institute for Torah Studies40.

En 1997, Blu Greenberg fonde la Jewish Orthodox Feminist Alliance (en) (JOFA) pour plaider en faveur d’une participation et d’un leadership accrus des femmes dans la vie juive orthodoxe moderne et créer une communauté pour les femmes et les hommes qui se consacrent à ce changement41. La JOFA s’est concentrée sur des questions telles que l’agounah, la bat mitzvah, la bourse des femmes, la prière des femmes, les rituels, le leadership des synagogues féminines et le leadership religieux des femmes.

En 1997 également, Gail Billig est devenu la première femme présidente d’une synagogue orthodoxe majeure, à la Congrégation Ahavath Torah à Englewood, N. J.42

En 2002, les premiers partnership minyan sont établis ; Shira Hadasha à Jérusalem et Darkhei Noam à New York. Ce sont des communautés orthodoxes qui maximisent la participation des femmes à la prière dans toute la mesure du possible à l’intérieur de la halakha. Bien que leurs détracteurs soutiennent qu’ils ne sont pas « orthodoxes », les communautés elles-mêmes insistent avec véhémence sur le fait qu’elles sont orthodoxes. Le fait que les synagogues ont des cloisons et ne comptent pas les femmes comme faisant partie du minyan (et ne permettent donc pas aux femmes de diriger des parties des services qui exigent un quorum) montrent la fidélité envers les pratiques orthodoxes. Dr Elana Sztokman, ancienne directrice générale du JOFA, a beaucoup écrit sur ce phénomène dans son livre The Men’s Section : Orthodox Jewish Men in an Egalitarian World. Aujourd’hui, il y a plus de 35 partnership minyan dans le monde43.

Un autre évènement historique majeur du féminisme orthodoxe a eu lieu en 2009, quand Rabba Sara Hurwitz est devenue la première femme rabbin orthodoxe ordonnée publiquement. Avi Weiss a ensuite lancé une école de formation rabbinique pour les femmes orthodoxes, Yeshivat Maharat. Le rabbin Weiss avait annoncé à l’origine que les diplômées seraient appelés rabba, mais lorsque le Conseil rabbinique d’Amérique menace de l’évincer, il se rétracte et crée le terme « Maharat (en) » (un acronyme de manhiga hilkhatit rukhanit Toranit44,45). La première cohorte de maharats a été diplômée en juin 2013 : Ruth Balinsky-Friedman, Rachel Kohl Finegold et Abby Brown Scheier46. En 2015 Yaffa Epstein est ordonnée rabba par l’Assemblée de Yeshivat Maharat47,46. La même année, Lila Kagedan est ordonnée rabbin par l’Assemblée de Yeshivat Maharat, ce qui fait d’elle leur première diplômée à prendre ce titre48.

Suivant les pays, des courants contradictoires s’expriment :

À l’automne 2015, le Rabbinical Council of America, représentant plus d’un millier de rabbins orthodoxes à travers les États-Unis, adopte officiellement une politique interdisant l’ordination ou l’embauche de rabbins femmes par des synagogues qui opèrent dans les limites de leur juridiction figurative, indépendamment de leur titre49. En 2017, l’Union orthodoxe interdit aux femmes de servir comme membres du clergé, de porter des titres tels que rabbin, ou d’exercer des fonctions cléricales communes, même sans titre, dans ses congrégations aux États-Unis50.

Mais dans le même temps, l’organisation rabbinique orthodoxe israélienne Beit Hillel rend une décision qui permet aux femmes de donner des instructions sur la loi juive et de publier des décisions halachiques51,52. Toujours en 2015, le premier parti politique israélien dédié aux femmes ultra-orthodoxes a été dévoilé, intitulé B’Zhoutan : Haredi Women Making Change53.

Les femmes dans la loi religieuse juive, le clergé, les écoles, les groupes, et les rituels

En 1845, les rabbins participants au synode de Francfort de l’émergente Réforme judaïque déclarent que les femmes comptent désormais dans un minian (groupe de prières) : c’est l’officialisation de pratiques coutumières remontant à la Réforme de 181154.

En 1854, Fanny Neuda écrit le premier livre de prière juif connu pour avoir été écrit par une femme pour les femmes, intitulé Hours of Devotion ; il est traduit en anglais et publié aux États-Unis 12 ans plus tard55. En 2015, une plaque commémorative à son nom a été inaugurée à Loštice, ville de République Tchèque où elle a vécu avec son mari rabbin55.

En 1884, Julie Rosewald devient la première femme hazzan (chantre) américaine (bien qu’elle soit née en Allemagne) ; elle a servi dans le temple de la congrégation Emanu-El de San Francisco, bien qu’elle ne soit pas ordonnée. Elle a servi comme hazzan jusqu’en 189356,57.

Le 14 septembre 1890, Ray Frank donne le sermon du Roch Hachana (fête juive célébrant la nouvelle année civile du calendrier hébraïque) pour une communauté à Spokane, Washington, elle devient ainsi la première femme à prêcher depuis la chaire d’une synagogue, même si elle n’était pas rabbin58.

Le 18 mars 1922, le rabbin américain Mordecai M. Kaplan organise la première célébration publique d’une bat mitzvah aux États-Unis, pour sa fille Judith, à la Society for the Advancement of Judaism, sa synagogue à New York59,60. Judith Kaplan récite la bénédiction préliminaire, lit une partie de la Torah de la semaine en hébreu et anglais, puis chante la bénédiction finale59. Kaplan, qui à l’époque prétend être un rabbin orthodoxe, rejoint le judaïsme massorti ; il devient le fondateur du judaïsme reconstructeur, et influence les juifs de toutes les branches du judaïsme non orthodoxe par son poste au Séminaire théologique juif des États-Unis.

Toujours en 1922, Martha Neumark et son père assistent à la Conférence centrale des rabbins américains, où elle réussit à convaincre le CCAR d’ordonner des femmes rabbins61. Le CCAR déclare dans sa réponse en 1922 qu’« une femme ne peut se voir refuser le privilège de l’ordination », par 56 voix contre 1162. Pourtant, le conseil d’administration du collège refuse toujours d’admettre les femmes pour l’ordination62,61. Neumark obtient ainsi une qualification de directrice d’école religieuse plutôt qu’une ordination, même si elle a passé sept ans et demi dans une école rabbinique62.

En 1935, Regina Jonas devient la première femme rabbin officiellement ordonnée ; elle est ordonnée par le rabbin libéral Max Dienemann, à la tête de l’association des rabbins libéraux, à Offenbach-sur-le-Main en Allemagne63,64.

En 1939, Helen Levinthal devient la première Américaine à terminer l’ensemble de ses études dans une école rabbinique, ce qu’elle réalise à l’Institut juif de religion de New York65. Sa thèse portait sur le suffrage des femmes du point de vue du droit juif66. Cependant, elle ne reçoit qu’un master de lettres hébraïques (et un certificat reconnaissant son accomplissement) à la remise des diplômes, plutôt qu’un master de Lettres hébraïques et l’ordination que les hommes, eux, reçoivent, car la faculté estime que ce n’est pas encore le bon moment pour ordonner des femmes en tant que rabbins67,68.

En 1955, le Comité sur la loi et les normes juives du judaïsme massorti déclare que les femmes ont le droit de chanter les bénédictions avant et après la lecture de la Torah69. À la fin des années 1960, le premier groupe de prières (tefillah) de femmes juives orthodoxes est créé, pendant les vacances de la Sim’hat Torah à la synagogue de Lincoln Square à Manhattan70. En 1973, le Comité sur la loi et les normes juives adopte une Taqqanot (loi) qui autorise les femmes à compter comme les hommes dans le minian69. En 1973 toujours, la Synagogue Unie d’Amérique, l’association congrégationaliste du judaïsme massorti (dorénavant appelée la Synagogue unie du judaïsme massorti) se résout à laisser les femmes participer aux rituels synagogaux ainsi qu’a promouvoir l’égalité des chances pour les femmes aux postes de direction, d’autorité et de responsabilités dans la vie de congrégation69. En 1974, le Comité sur la loi et les normes juives a adopté une série de propositions qui veillent à donner une égalité entre les sexes dans tous les domaines du rituel, y compris en tant que chefs de prière69.

En 1972 Sally Priesand devient la première femme américaine rabbin ordonnée par séminaire rabbinique, et la deuxième femme rabbin officiellement ordonnée, après Regina Jonas71,72.

Toujours en 1972, un groupe de dix féministes juifs New-yorkaises, s’appelant elles-mêmes Ezrat Nashim (cette expression désigne la branche féminine dans une synagogue, mais signifie également « aide aux femmes »), a porté la question de l’égalité pour les femmes au congrès de 1972 de l’Assemblée rabbinique du mouvement massorti, en présentant un document le 14 mars qu’elles ont appelé Call for Change73. Les rabbins ont reçu ce document dans leurs paquets de convention, mais Ezrat Nashim en a fait la présentation lors d’une réunion avec les femmes des rabbins. Le Call for change (« l’Appel au changement »), exige que les femmes soient acceptées comme témoins devant la loi juive, qu’elles soient considérées comme tenues d’accomplir toutes les mitzvah (prescriptions ou commandements de la Torah), qu’elles soient autorisées à participer pleinement aux pratiques religieuses, qu’elles aient les mêmes droits dans le mariage et qu’elles soient autorisées à demander le divorce, qu’elles soient comptées dans le minian et qu’elles puissent occuper des fonctions de direction dans la synagogue et dans la communauté juive en général. Paula Hyman, qui était membre d’Ezrat Nashim, a écrit : « Nous avons reconnu que le statut subordonné des femmes était lié à leur exemption des mitzvah (commandements) positifs limités dans le temps, et nous avons donc accepté une obligation accrue comme corollaire de l’égalité74. »

En 1973, le Comité sur la Loi et les normes juives du judaïsme massorti vote pour que les hommes et les femmes soient sur un pied d’égalité en tant que membre d’un minian75.

En 1974 Sandy Eisenberg Sasso devient la première femme rabbin ordonnée dans le Judaïsme reconstructionniste76.

En 1975, Barbara Ostfeld-Horowitz devient la première hazzan (chantre) ordonnée dans le judaïsme réformé77.

En 1976, le premier Séder de Pessa’h uniquement féminin a eu lieu dans l’appartement d’Esther M. Broner à New York, avec 13 femmes, dont Gloria Steinem, Letty Cottin Pogrebin et Phyllis Chesler78. Esther Broner et Naomi Nimrod ont écrit une haggada féminine spécialement pour ce séder79. Au printemps 1976, Esther Broner publie cette « Haggada des femmes » dans le magazine Ms. et l’a ensuite reprise sous forme de livre en 199480,81.

En 1981 également, Lynn Gottlieb devient la première femme rabbin ordonnée dans le judaïsme du renouveau82.

En 1983, le Jewish Theological Seminary (JTS), un établissement privé d’enseignement supérieur religieux de New York, qui fait partie des principaux centres universitaires du mouvement Massorti, a voté, sans avis extérieur, pour l’ordination des femmes comme rabbins ainsi que comme hazzans. Paula Hyman, entre autres, prend part à ce vote comme membre de la faculté du JTS. Amy Eilberg devient en 1985 la première femme rabbin ordonnée dans le mouvement massorti83. En 1987 Erica Lippitz et Marla Rosenfeld Barugel deviennent les premières hazzans ordonnées dans le judaïsme Massorti77. Néanmoins, l’Assemblée Cantorale, une organisation professionnelle de hazzans associés au Mouvement Massorti n’a pas autorisée les femmes à les rejoindre avant 199084.

En 1997 Gail Billig devient la première présidente d’une synagogue orthodoxe majeure, à la Congregation Ahavath Torah à Englewood dans le New Jersey42.

En 1999, c’est une femme, Tamara Kolton qui est le tout premier rabbin ordonné dans le judaïsme humaniste85.

En 2002, le Comité sur le droit juif et les normes du judaïsme massorti adapte un responsa du rabbin David Fine, Women and the Minyan [archive], qui fournit une fondation officielle de droit religieux pour compter les femmes dans un mininan et explique l’approche actuelle du mouvement massorti à propos du rôle des femmes dans la prière86.

En 2005, le Kohenet Institute est créé par le rabbin Jill Hammer et Holly Shere87. Cet institut, basé dans le Connecticut au centre de retraite Isabella Freedman, offre un programme d’études de deux ans aux femmes qui sont ensuite ordonnées prêtresses juives88,89. Kohenet est une variation féminine de Kohan qui veut dire prière en hébreu89. La formation de l’institut du Kohenet comprend des pratiques spirituelles terrestres qui rappelle le judaïsme pré-rabbinique ; une période où, d’après les fondateurs de l’Institut, les femmes possédaient des rôles de guides spirituel beaucoup plus nombreux (et beaucoup plus puissants) que ceux que les femmes ont d’aujourd’hui89. Une prêtresse juive peut, selon le Kohenet, agir comme rabbin, mais les deux rôles ne sont pas les mêmes88.

En 2006, le Comité sur le droit juif et les normes du judaïsme massorti adopte trois responsa sur le thème du Niddah qui confirme l’obligation des femmes du mouvement Massorti de s’abstenir de relations sexuelles pendant et après les règles et de s’immerger dans un mikvé (bain rituel) avant la reprise de la grossesse, tout en assouplissant le respect des conditions90,91.

En janvier 2013 Tamar Frankiel devient la présidente de l’Académie de la religion juive (AJR) en Californie, faisant d’elle la première femme orthodoxe à diriger une école rabbinique américaine92,93. L’école elle-même n’est pas orthodoxe mais interconfessionnelle94. Malka Schaps devient la première doyenne haredie d’une université israélienne lorsqu’elle a été nommée doyenne de la faculté des sciences exactes de l’université Bar Ilan95.

En 2013 encore, l’organisation rabbinique orthodoxe israélienne Beit Hillel rend une décision halachique qui permet aux femmes, pour la première fois, à dire le Kaddish en mémoire de leurs parents décédés51.

Le 26 octobre 2014 le rabbin Deborah Waxman a été nommée présidente du Collège rabbinique reconstructeur et des communautés juives reconstructivistes96,97,98,99. Waxman serait sans doute la première femme rabbin et la première lesbienne à diriger une union de congrégation juive, ainsi que la première femme et la première lesbienne à diriger un séminaire juif ; le Reconstructionist Rabbinical College and Jewish Reconstructionist est à la fois une union de congrégation et un séminaire99,100.

En 2014, le tout premier livre de décisions halachiques écrites par des femmes ordonnées poskim (Idit Bartov et Anat Novoselsky) est publié101. Ces femmes ont été ordonnées par le grand rabbin municipal d’Efrat, le rabbin Shlomo Riskin, après avoir terminé le cours d’ordination de cinq ans à l’université féminine Midreshet Lindenbaum en études supérieures de droit juif, ainsi que des examens équivalents aux exigences du rabbin pour les hommes101.

En 2014, les premières femmes ont été élues à la direction nationale de l’Union orthodoxe (Orthodox Union) ; en particulier, trois vice-présidentes nationales et deux vice-présidentes associées.

En juin 2015, Lila Kagedan est ordonnée par Yeshivat Maharat et, conformément à de nouvelles politiques, a la liberté de choisir son propre titre, et elle choisit d’être appelée ’ Rabbin ’102,103.Cependant, à l’automne 2015, le Conseil rabbinique d’Amérique (RCA), représentant plus de mille rabbins orthodoxes aux États-Unis, a officiellement adopté une politique qui interdit l’ordination ou le recrutement des femmes rabbins dans les synagogues qui agissent dans les limites de leur juridiction figurative,quel que soit leur titre49.De même, à l’automne 2015, l’Agudath Israël d’Amérique (Agudath Israel of America) a dénoncé les tentatives d’ordonnination de femmes et est même allé plus loin en déclarant que Yeshivat Maharat, l’école rabbinique Yeshivat Chovevei Torah, (Yeshivat Chovevei Torah, l’Orthodoxie Ouverte (Open Orthodoxy) et d’autres entités affiliées étaient similaires aux autres mouvements dissidents dans l’histoire juive, ayant rejeté les principes fondamentaux du judaïsme30,31,32.

Toujours en 2015, l’organisation rabbinique orthodoxe israélienne Beit Hillel a rendu une décision qui permet aux femmes de donner des cours sur le droit juif et de rendre des décisions halachiques51,52. Beit Hillel affirme que c’était la première fois que des femmes rendant des décisions halachiques étaient officiellement déclarées dans une responsa écrite du droit juif.52

La même année, Jennie Rosenfled devient la première conseillère spirituelle orthodoxe féminine en Israël (en particulier, elle devient conseillère spirituelle, également appelée manhiga ruchanit, pour la communauté d’ Efrat)104.

En 2015 également, Daryl Messinger devient la première femme à présider l’Union pour le judaïsme réformé (the Union for Reform Judaism)105.

Les femmes sofrot (scribes)

Un sofer (Heb : « scribe », סופר סת״ם), au pluriel soferim, est un scribe juif qui peut transcrire des manuscrits de la Torah, des téfilines et des mezuzot, et d’autres écrits religieux. Talmud Gittin 45b, à la base de la discussion sur la possibilité pour des femmes d’être soferim, déclare : « Sifrei Torah, téfilines et mezuzot écrits par un hérétique, un adorateur des étoiles, un esclave, une femme, une mineure, un Cuthean, ou un juif apostat, sont impropres aux rituels106 ». Pratiquement toutes les autorités orthodoxes (modernes et ultra) contestent l’idée que les femmes peuvent écrire un Sefer Torah, même si elles sont par ailleurs autorisées à transcrire des textes non destinés à un usage rituel. En 2003, la canadienne Aviel Barclay devient la première femme au monde à avoir reçu une formation traditionnelle de sofer107,108. En 2007, Jen Taylor Friedman, une Britannique, est devenue la première femme à écrire un Sefer Torah109. En 2010, le premier Sefer Torah rédigé par un groupe de femmes (six femmes, originaires du Brésil, du Canada, d’Israël et des États-Unis) a été achevé110, connu sous le nom de Women’s Torah Project111. En 2014, on estime qu’il y a 20 femmes sofers dans le monde112. En 2021, Émeline Vicaire devient la première femme scribe française113.

Les femmes dans le judaïsme humaniste

Le judaïsme humaniste est un mouvement, né et développé aux États-Unis, qui offre une alternative non-théiste dans la vie juive contemporaine. Cela définit le judaïsme comme l’expérience culturelle et historique du peuple juif et encourage les Juifs humanistes et séculiers à célébrer leur identité juive en participant dans des vacances et des événements du cycle de vie juif (comme des mariages et bar et bat mitzvah) avec des cérémonies inspirantes qui s’appuient dessus mais qui vont au-delà de la littérature traditionnelle.

Le judaïsme humaniste ordonne à la fois hommes et femmes comme rabbins, et son premier rabbin est une femme, Tamara Kolton, qui a été ordonnée en 1999114. Son premier chantre est aussi une femme, Deborah Davis, ordonnée en 2001 ; cependant, le judaïsme humaniste a depuis arrêté d’ordonner des chantres115. La Société pour un judaïsme humaniste a publié une déclaration en 1996 déclarant notamment : « Nous affirmons qu’une femme a le droit moral et devrait continuer d’avoir le droit légal de décider d’interrompre ou non une grossesse conformément à ses propres normes éthiques. Parce que la décision d’interrompre une grossesse entraîne des conséquences graves et irréversibles, elle doit être prise avec le plus grand soin et avec une conscience aiguë de ses implications psychologiques, émotionnelles et éthiques complexes116 ». Elle publie également une déclaration en 2011 condamnant le passage alors récent de la « No Taxpayer Funding for Abortion Act » par la Chambre des représentants des États-Unis, qu’elle qualifie d’« attaque directe contre le droit de choisir d’une femme117 ».

En 2013 ils ont publié une résolution déclarant en particulier118 :

« Qu’il soit résolu, par conséquent, que : la Société pour le judaïsme humaniste appuie sans réserve la célébration de la Journée de l’égalité des femmes le 26 août pour célébrer l’anniversaire de l’adoption du dix-neuvième amendement à la Constitution des États-Unis permettant aux femmes de voter ; la Société condamne la discrimination sexuelle sous toutes ses formes, notamment la restriction des droits, l’accès limité à l’éducation, la violence et la soumission ; et elle s’engage à maintenir la vigilance et à parler dans la lutte pour l’égalité des sexes à notre génération et aux générations suivantes. »

Israël

En 1947, David Ben Gourion est d’accord pour que l’autorité en matière de mariage et divorce soit dévolue au Grand-rabbinat d’Israël, et un accord est signé le déclarant (entre autres choses), connu comme la lettre du statu quo119. En 1953, la Knesset promulgue la Juridiction des tribunaux Rabbiniques (Mariage et Divorce) Loi, 5713 – 1953120 ; l’article 1 de la loi stipule : « Les questions de mariage et de divorce des Juifs en Israël, citoyens ou résidents de l’État, relèvent de la compétence exclusive des tribunaux rabbiniques120 » La disposition de fond de l’article 2 de cette loi stipule en outre : « Les mariages et divorces des Juifs doivent être effectués en Israël conformément aux lois religieuses juives » (Beth Din)120. Toutefois, une femme musulmane en Israël peut demander et obtenir le divorce devant le tribunal islamique sans le consentement de son mari dans certaines conditions, et un contrat de mariage peut prévoir d’autres circonstances dans lesquelles elle peut obtenir un divorce sans le consentement de son mari. Un musulman en Israël peut divorcer de sa femme sans son consentement et sans demander l’autorisation du tribunal121. Les chrétiens en Israël peuvent demander une séparation officielle ou un divorce, selon la confession, devant les tribunaux ecclésiastiques121.

En 2006, la Cour Suprême d’Israël juge que les femmes devraient être autorisées à délivrer des éloges funèbres et que les sociétés d’enterrement, ou Hevra Kaddisha, ne devraient pas imposer la ségrégation des sexes dans le cimetière122. La décision est en réponse à un incident à Petach Tikvah, dans lequel une femme a été empêchée de faire l’éloge de son père122. Cependant, la décision du tribunal n’est pas soutenue par le Ministère des Services Religieux avant 2012, quand le conseil du Grand-rabbinat d’Israël juge que les femmes peuvent délivrer des éloges à des enterrements, mais cela appartient à la communauté rabbin de décider au cas par cas122.

En 2010, l’Israël adopte la Loi de Partenariat enregistré, permettant à un couple de se marier civilement en Israël s’ils sont tous les deux enregistrés comme n’appartenant officiellement à aucune religion123.

Le 28 septembre 2010, la Cour Suprême d’Israël interdit la ségrégation des sexes en public dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem en réponse à une pétition soumise après que des hommes extrémistes haredim aient agressé une femme physiquement et verbalement parce qu’elle marchait sur une route réservée aux hommes. Cependant, en janvier 2011, une décision de la Haute Cour de Justice d’Israël permet la continuation de la ségrégation des sexes dans les bus publics sur une base strictement volontaire pour une période expérimentale d’un an124.

En 2013, l’Organisation rabbinique Orthodoxe d’Israël Beit Hillel délivre une décision Halakha qui permet aux femmes, pour la première fois, de faire la prière Kaddish en mémoire de leurs parents décédés51. L’âge minimum du mariage en Israël est passé à 18 ans pour les femmes et les hommes125. La loi israélienne sur les juges religieux est amendée pour stipuler qu’au moins quatre femmes doivent faire partie du comité de nomination des juges religieux, y compris une avocate dans les tribunaux religieux, et que le nombre total de membres du comité doit être de onze126. Le Grand Rabbinat d’Israël promet d’éliminer les obstacles qui empêchent les femmes de travailler comme superviseurs dans le système de certification casher de l’État, et Emunah annonce le premier cours de certification des superviseurs pour femmes en Israël127. Le ministre des Affaires religieuses et des Grands Rabbins a publié des déclarations disant aux préposés aux bains rituels de n’inspecter que les femmes qui veulent une inspection, mettant fin aux inspections forcées des femmes au mikvé128.

En mai 2013, lorsque les Femmes du Mur des Lamentations, guidées par Anat Hoffman, s’engagent dans la désobéissance civile pour exercer la liberté de religion, un juge déclare qu’une déclaration de la Cour Suprême d’Israël de 2003 interdisant aux femmes de porter une Torah ou de porter des châles de prière au Mur des Lamentations avait été mal interprétée, et que les rassemblements de prières des femmes au Mur des Lamentations ne devaient pas être considérés comme illégaux129.

En décembre 2014, certaines des Femmes du Mur des Lamentations deviennent les premières femmes à allumer des Menorahs au Mur des Lamentations. Plus précisément, elles allument 28 menorahs dans la section femmes du Mur. Sarah Silverman était parmi celles qui assistèrent à l’allumage des menorahs. Toutefois, cet événement se produit après que le rabbin responsable du Mur des Lamentations a refusé une demande de la part des Femmes du Mur des Lamentations de placer une menorah dans la section des femmes130.

En 2015, le premier parti politique Israélien dévoué aux femmes ultra-orthodoxes est dévoilé, appelé ’B’Zhutan : Femmes Haredim Faisant le Changement.’53

En 2015 également, Tzohar (une organisation religieuse rabbinique sioniste en Israël), avec l’association du barreau israélien, introduit un accord prénuptial visant à aider à assurer les femmes qui divorcent de recevoir un guett ; en vertu de cet accord, le mari s’engage à verser chaque jour une forte somme d’argent à son épouse en cas de séparation131.

En 2016 il est annoncé que la Haute Cour de Justice avait donné au Ministère de la Justice 30 jours pour formuler des nouveaux règlements qui permettent aux femmes de rivaliser également avec les hommes pour la position de directeur des tribunaux rabbiniques132. Le Tribunal Rabinique de Tel Aviv condamne un homme à trente jours d’emprisonnement pour avoir aidé son fils à refuser de divorcer de sa belle-fille pendant onze ans133. Karmit Feintuch devient la première femme à être embauchée comme cheffe communautaire à une synagogue orthodoxe en Israël (Synagogue Ramban)134.

En janvier 2017, la Haute Cour d’Israël déclare que si le gouvernement d’Israël ne trouvait pas de « bonne raison » pour interdire aux femmes de lire de la Torah dans les services de prières au Mur des Lamentations dans les 30 jours, les femmes pourraient le faire135.

Agounah

Agounah (hébreu : עגונה, pluriel : agunot (עגונות) ; littéralement ancré et enchaîné) est un terme de la halakha pour désigner une femme juive qui est « enchaînée » par son mariage. Le cas classique est celui d’un homme qui est parti en voyage et qui n’est pas revenu, ou qui est mort au combat. Cela se réfère aussi à la femme dont les maris refusent, ou sont incapables, de lui accorder une facture officielle juive d’un montant de divorce, connu sous le nom de guett. Le problème du refus d’accorder le guett s’est répandu lorsque les Juifs vivaient dans des pays où le divorce civil était possible, indépendamment du divorce religieux. En dehors d’Israël, une femme pourrait obtenir un divorce civil et se remarier par mariage civil, étant donné que les systèmes juridiques non israéliens ne reconnaissent généralement pas le statut d’agunah ; mais le premier mariage est toujours valide selon la halakha, par conséquent toute autre union constituerait un adultère de son premier mari, et l’enfant né d’une telle union, considéré comme mamzer.

Le premier accord prénuptial pour la prévention des refus de guett a été élaboré et accepté par le Conseil rabbinique du Maroc le 16 décembre 1953136. L’accord prénuptial a été approuvé en 1981 par le rabbin Shalom Messas, grand rabbin de Jérusalem137. Après l’intervention du rabbin Messas, l’Assemblée du Conseil rabbinique d’Amérique (RCA) s’est activement penché sur cette question138, et a fait adopter le 18 mai 2006 la résolution suivante : « étant donné qu’il y a un important problème d’agunah en Amérique et dans le monde juif, aucun rabbin ne devrait officier à un mariage où un accord prénuptial approprié n’a pas été exécuté139. »

En 1995, le Parlement israélien donne au tribunal rabbinique des pouvoirs juridiques élargis pour leur permettre de sanctionner les hommes qui refusent de donner à leur femme un guett en suspendant leur permis de conduire, en saisissant leur compte bancaire, en les empêchant de voyager à l’étranger et même en emprisonnant ceux qui ne se plient pas au droit de divorce ; cependant, les groupes de femmes affirment que la loi de 1995 n’est plus très efficace car le tribunal n’a recours à des que dans moins de 2 % des cas à des sanctions140.

En 2004, le juge Menachem HaCohen du Tribunal de la famille de Jérusalem offre un nouvel espoir aux femmes en déclarant qu’un homme refusant à sa femme un guett doit lui payer 425 000 NIS en dommages-intérêts punitifs, parce que « le refus d’accorder un guett constitue une atteinte grave à sa capacité de mener une vie raisonnable et normale, et peut être considéré comme de la violence psychologique pendant plusieurs années ». Cette décision résulte d’une action initiée par le Center for Women’s Justice, menant de nombreuses poursuites devant les tribunaux civils israéliens pour obtenir des dommages financiers contre des maris récalcitrants141.

En 2014 le Rabbinat d’Uruguay établit l’exigence pour tous les couples juifs qui se marient sous ses auspices de signer un accord prénuptial rabbinique. L’accord déclare qu’en cas de divorce du couple civilement, le mari est obligé de livrer immédiatement à sa femme un guett. L’initiative est lancée par Sara Winkowski, une directrice de la Kehila, la Comunidad Israelita del Uruguay (Communauté Juive d’Uruguay), qui est également vice-présidente du Congrès juif mondial et activiste de longue date pour les droits de la femme dans le cadre de la loi juive142.

En 2015 Tzohar (une organisation religieuse rabbinique sioniste en Israël), avec le barreau israélien, introduit un accord prénuptial visant à aider à assurer que les épouses en instance de divorce vont recevoir un guett ; sous l’accord le mari s’engage à payer une somme d’argent élevée quotidiennement à son épouse en cas de séparation131.

En 2018 la Knesset passe une loi qui devrait rester en vigueur pendant trois ans, permettant ainsi aux tribunaux rabbiniques d’Israël de traiter certains cas de femmes juives souhaitant divorcer de leur mari juif, même si ni la femme ni le mari ne sont des citoyens israéliens143.

Voir aussi : Femme rabbin Femmes du Mur des Lamentations Homosexualité dans le judaïsme Agounah

Notes à suivre à la source : https://fr.wikipedia.org/wiki/F%C3%A9minisme_juif

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  • Divorcer, un droit réservé aux hommes en Israël - 13 juillet 2021 - Mise à jour 24.12.2021 à 11:00 - Par Terriennes reportage à Jérusalem, Aline Jaccottet, Le Temps - Document ‘‘information.tv5monde.com’

    En Israël, une femme juive sur cinq qui cherche à divorcer se voit retenue dans le mariage contre son gré pendant parfois des années, selon les chiffres communiqués par l’association Mavoi Satum, qui les défend.&amp ;nbsp ;&lt ;br /&gt ;
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Photo - En Israël, une femme juive sur cinq qui cherche à divorcer se voit retenue dans le mariage contre son gré pendant parfois des années, selon les chiffres communiqués par l’association Mavoi Satum, qui les défend. ©AP Photo/Kamran Jebreili

Selon la loi juive, seul l’homme peut décider de la fin d’un mariage. Une récente enquête menée en Israël révèle qu’une femme sur cinq qui cherche à divorcer se voit retenue dans cette union contre son gré, pendant parfois des années. Galvanisées par le mouvement #MeToo, certaines comptent bien retrouver leur liberté, grâce à l’imagination de quelques rabbins ingénieux. 

’Bonjour Madame’. Elle a ouvert la porte de sa maison et de sa vie avec timidité. Rivka Perez a 27 ans, mais on la dirait tout juste sortie de l’adolescence. De longs yeux en amande, une démarche gracieuse, la ravissante jeune femme donne une impression de fragilité dans son modeste appartement de trois pièces de la banlieue de Jérusalem. N’y tient que l’essentiel en une existence que l’on devine précaire, mais pleine d’amour. ’Je n’ai pas réussi à les arrêter, et voyez le résultat’, grimace-t-elle en pointant d’un doigt manucuré un mur que l’on devine blanc sous des gribouillages. Rivka a trois petits garçons nés chacun à environ un an d’écart. Question défis, elle a donc plus que sa part, surtout en temps de pandémie : divorcée, elle élève seule ses enfants.

La situation n’a fait qu’empirer avec le temps. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je parte pour sauver ma peau.
Rivka Perez, divorcée

Un tableau qui serait banal sans le combat extraordinaire qu’elle a dû mener pour sa liberté. ’Trois ans de bataille pour le quitter’, souffle-t-elle avec un sourire las. Mariée à 19 ans, la jeune femme découvre un époux ’absent, maltraitant. La situation n’a fait qu’empirer avec le temps. J’ai fini par comprendre qu’il fallait que je parte pour sauver ma peau’. Mais après avoir accepté d’ouvrir un dossier de divorce, son ex-mari se volatilise en France, puis refuse tout contact pendant des mois.

Divorce par consentement unilatéral

Cette situation bloque tout car, en Israël, seul l’homme peut décider de la fin de l’union conjugale. Selon le judaïsme traditionnel, une femme qui se sépare de son époux sans obtenir de lui le gett, l’acte de divorce, ne peut se remarier. Les enfants qu’elle aurait ultérieurement seraient considérés comme des mamzerim, des bâtards. Un statut qui a de graves conséquences, dont l’interdiction de se marier avec quelqu’un qui ne partagerait pas ce triste destin. Rien de tout cela pour l’homme dont la femme aurait refusé le divorce, le judaïsme ayant autorisé la polygamie pendant des centaines d’années.

Ainsi, en Israël, une femme juive sur cinq qui cherche à divorcer se voit retenue dans le mariage contre son gré pendant parfois des années, selon les chiffres communiqués par l’association Mavoi Satum, qui les défend. Tout cela ne concerne que le judaïsme traditionnel, qui fonde sa pratique religieuse sur l’observance du Choulhan Aroukh (’Table dressée’ en hébreu), code de lois juives compilé au XVIe siècle. Ce texte fondamental édicte des lois en rapport avec la vie quotidienne, la vie religieuse, la vie conjugale et le droit civil. Les courants juifs réformés (libéraux, conservateurs), majoritaires en dehors d’Israël, ont, quant à eux, révisé les sections discriminatoires de cet ouvrage au XIXe siècle.

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État laïc et religieux

En 1948, c’est le judaïsme orthodoxe et non réformé qui s’ancre au cœur des fondements de l’Etat d’Israël. Pour apaiser la colère des ultrareligieux, furieux à l’idée qu’un gauchiste en short crée l’Etat d’Israël à la place du Messie tant attendu, David Ben Gourion, fondateur et Premier ministre du pays en construction, passe un accord avec eux leur abandonnant notamment toute la gestion de l’état civil. C’est ainsi que ’depuis 1953, les naissances, mariages, conversions ou funérailles sont réglementés par la communauté à laquelle appartient un individu : la charia pour les musulmans, les lois cléricales pour les chrétiens et la halakha pour les juifs’, explique Shuki Friedman, directeur du centre Religion, nation et Etat à l’Institut pour la démocratie en Israël.

La Haute Cour de justice intervient sur les problèmes découlant de la séparation, tels que le soin aux enfants ou le partage des biens, jamais sur l’acte de séparation lui-même.
Shuki Friedman

Deux types de lois, civiles et religieuses, coexistent ainsi en Israël, le droit civil s’occupant grosso modo de tout à part de l’état civil. Et si la Cour suprême israélienne, connue pour son progressisme, a contribué, au fil des années, à faire évoluer l’interprétation de la loi juive par les rabbins en influençant leurs décisions de diverses manières, le divorce résiste encore et toujours aux modernisateurs. ’La Haute Cour de justice intervient sur les problèmes découlant de la séparation, tels que le soin aux enfants ou le partage des biens, jamais sur l’acte de séparation lui-même’, précise Shuki Friedman.

Si le mariage et le divorce demeurent les prérogatives intouchables des orthodoxes, c’est parce que ces changements d’état civil définissent aussi si les enfants nés de ces unions sont juifs ou non. Peu de chances que la situation évolue, les très religieux ayant pris une place considérable dans la société et la politique israéliennes suite à leur expansion démographique hors normes – de quelques centaines en 1948, ils sont aujourd’hui plus d’un million.

Loi éternelle

Ce n’est pas pour déplaire à Raphaël Sadin. ’La loi juive n’a pas à être adaptée, car sa valeur est éternelle. Lorsque la pratique évolue, ce n’est que pour faire en sorte que la loi continue d’être respectée,’ tranche le rabbin dans son salon rempli de livres du sol au plafond. Talmudiste reconnu, ce Franco-Israélien à la tête d’un institut d’études religieuses pour hommes à Jérusalem a deux passions : la Bible et les mots. Parlez-lui de mariage, il devient lyrique. ’Les noces chez nous, ce n’est pas un contrat : c’est la rencontre de deux âmes faites de toute éternité pour être ensemble !’ s’exclame-t-il de sa voix de stentor en passant la main dans sa barbe grise soigneusement taillée. Il y a pourtant une place pour l’erreur humaine dans ce qui est écrit aux Cieux.

La femme se donne et l’homme s’engage. Et c’est lui qui, au moment du divorce, coupe le lien en lui disant : ce que tu m’as donné, je te le rends.
Raphaël Sadin, rabbin franco-israélien

’Les pierres du Temple de Jérusalem elles-mêmes versent des larmes lorsqu’un homme et une femme divorcent, mais la loi juive conçoit que cela puisse arriver,’ dit-il. Un libéralisme apparent qui contraste avec sa description de l’amour. ’Le judaïsme traditionnel conçoit le rapport amoureux comme une possession dans laquelle il y a, oui, une certaine violence : métaphysique, spirituelle, politique même. La femme se donne et l’homme s’engage. Et c’est lui qui, au moment du divorce, coupe le lien en lui disant : ce que tu m’as donné, je te le rends.’ Une inégalité que Raphaël Sadin assume parfaitement. ’Quoi que puisse dire la société occidentale, le féminin et le masculin sont ontologiquement différents. »’

Tribunaux pragmatiques

Ces paroles pourraient faire craindre que la voix des femmes ne soit jamais entendue dans les tribunaux, mais c’est le contraire qui se produit, selon lui. ’Le tribunal tranche toujours en faveur de l’épouse. Il n’oblige jamais une femme à rester avec un homme dont elle ne veut plus car, s’il la retient, il commet un des péchés les plus graves de la Torah,’ tonne Raphaël Sadin.

Manifestation d&#039 ;hommes juifs orthodoxes contre le mariage &lt ;em&gt ;gay&lt ;/em&gt ; dans le New-Jersey, aux Etats-Unis, en janvier 2010. 

Photo - Manifestation d’hommes juifs orthodoxes contre le mariage gay dans le New-Jersey, aux Etats-Unis, en janvier 2010. ©AP Photo/Mel Evans

Rivka Perez raconte d’ailleurs que son expérience a été positive. ’J’avais peur de la réaction des rabbins, mais ils ont été bienveillants et ont fini par donner à mon ex le statut de ’mari récalcitrant’, ce qui signifie que des mesures sévères pouvaient être prononcées contre lui.’

Ils ont ensuite déployé l’artillerie lourde vis-à-vis de cet homme qui refuse obstinément de la laisser partir : ’Les rabbins ont lancé à son encontre une mesure d’exclusion de la communauté juive. C’est une des sanctions les plus dures qui puissent être prononcées. Aucun juif n’avait plus le droit de lui parler, il était exclu des synagogues…’ Effrayé par les conséquences de cette décision juridique que Rivka diffuse à toutes les communautés juives de France, son ex signe les papiers du divorce en quelques jours à peine.

L’art de la menace

L’ingéniosité de la loi juive ne cesse d’émerveiller Katy Bisraor Ayache. Sous son fichu, cette petite femme constamment affairée est avocate rabbinique. Un métier qui n’existe que depuis une trentaine d’années. ’J’ai fait des études très poussées en religion pour aider des femmes à se défendre devant les tribunaux rabbiniques,’ explique cette Française d’origine dont la rencontre sur un parking de la ville balnéaire de Netanya tient du miracle, tant son agenda est plein. On fait appel à elle dans tout le pays car ses compétences sont rares et respectées. ’Quand les juges me voient arriver, il y a comme un wouahou dans la salle. Ils savent que je suis une coriace’, rigole celle qui a aidé Rivka à quitter son mari.

Pour Katy Bisraor Ayache, pas besoin d’abolir la tradition du gett, l’acte de divorce, car la loi juive a prévu mille solutions. ’Le mariage peut être annulé, les maris récalcitrants amendés, emprisonnés, leurs droits civiques niés,’ énumère-t-elle.

Les solutions existent, encore faut-il des hommes qui aient le courage et la stature morale pour les appliquer. Katy Bisraor, avocate

L’imagination des rabbins semble ne connaître aucune limite. L’an dernier, un Américain qui voulait enterrer sa mère à Jérusalem s’est vu refuser les funérailles tant qu’il n’accordait pas le divorce à sa femme. On imagine la rapidité avec laquelle il a signé les papiers… ’Depuis peu, la loi israélienne autorise l’Etat à prendre des mesures sur son territoire contre les hommes concernés, même s’ils ne sont pas Israéliens. D’une certaine façon, la situation des femmes juives orthodoxes est meilleure ici qu’à l’étranger où aucune disposition légale n’est prévue pour les aider,’ affirme Shuki Friedman.

Accords prénuptiaux ?

’Les solutions existent, encore faut-il des hommes qui aient le courage et la stature morale pour les appliquer,’ tacle l’avocate Katy Bisraor. Les associations spécialisées préconisent, quant à elles, la conclusion d’accords prénuptiaux où le mari s’engage à laisser partir son épouse si elle le souhaite. Peu romantique, mais obligatoire dans de nombreuses communautés américaines. ’Si les femmes refusaient de se marier sans un tel document, le problème n’existerait pas’, affirme Nava Shafner, responsable plaidoyer pour l’association Mavoi Satum.

Pour faire évoluer la situation, les militantes ont créé cette année un lobby officiel au parlement israélien. Et œuvrent pour intégrer les femmes dans les tribunaux rabbiniques, qui n’en comptent aucune. Une bataille de longue haleine, mais Katy Bisraor est optimiste. ’Les juifs orthodoxes se sont beaucoup ouverts sur le monde ces dix dernières années. Quant aux femmes, elles ont été profondément influencées par le mouvement #MeToo, qui les a aidées à prendre conscience de la valeur de leur vie et à défendre leurs droits de manière beaucoup plus affirmée. Pour gagner un dossier, il faut que la plaignante en veuille !’

Ce fut sans aucun doute le cas de Rivka. La jeune femme a obtenu l’acte de divorce de la part de son ex-mari fin avril - un immense soulagement. Divorcée désormais tant sur le plan religieux que civil, elle va pouvoir tourner la page. ’Je pourrai enfin obtenir une aide financière et, surtout, refaire ma vie si je le désire’, explique la jeune femme. Compliquées par la loi divine, les épreuves traversées ne l’ont cependant pas détournée de sa foi. ’La cruauté dont mon ex-mari a fait preuve n’a rien à voir avec notre religion. Dieu n’a jamais demandé que l’on traverse pareilles souffrances. Et moi, je n’ai jamais douté de Lui : il était avec moi à chaque instant’, conclut-elle dans un sourire lumineux.

Article original à retrouver sur le site de notre partenaire Le Temps.

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Terriennes reportage à Jérusalem, Aline Jaccottet, Le Temps - Mise à jour 24.12.2021 à 11:00

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Source : https://information.tv5monde.com/terriennes/divorcer-un-droit-reserve-aux-hommes-en-israel-415720

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    Judaïsme - Langage de femmes : transmettre la mémoire de la Shoah (2/2) : Apprendre à vivre ensemble - 08/05/2019
    Trois femmes, deux juives et une musulmane, toutes issues de l’association Langage de femmes partagent leur regard sur l’antisémitisme et le racisme. Au quotidien, elles militent pour que les différentes communautés religieuses vivent ensemble en paix.

Membres de l’association Langage de femmes lors d’une manifestation à Paris

Photo - Membres de l’association ‘Langage de femmes’ lors d’une manifestation à Paris

Langages de femmes est une association créée en juillet 2017 qui a pour objectif de faire se rencontrer des femmes d’horizons et de cultures divers pour favoriser le dialogue entre les cultures et les générations et de lutter contre le racisme et l’antisémitisme, de réconcilier les différentes composantes de la société française. 

Trois femmes membres de l’association racontent leur parcours, leur histoire, leurs émotions.

Colette Cohen, 66 ans est fille de déporté. Toute son enfance a été hantée par la Shoah 

Ma mère plutôt que de me raconter le petit chaperon rouge, me racontait Auschwitz. Colette

Quand elle a disparu j’ai considéré que c’était à moi de continuer à faire vivre la mémoire de la Shoah en son nom. Le problème en ce moment c’est que les survivants sont en train de disparaître. Colette

Lorsque Colette découvre l’association Langages de femmes, elle y trouve un réconfort, un lieu où partager et transmettre la parole de sa mère. 

D’emblée j’ai senti que j’étais dans ma maison, c’était inutile pour moi d’aller plus loin, j’avais trouvé l’endroit où j’avais envie de me battre. Colette

Apaisement dans les discussions, le dialogue, l’écoute et le partage, bien que demeure toujours le traumatisme. 

Un des moments importants de l’association langages de femmes, c’est le voyage à Auschwitz. Moi je ne peux pas aller à Auschwitz. Colette

Rencontre avec une autre femme membre de l’association, plus jeune. Elle habite à Bondy, elle est en Terminale Gestion Administration dans un lycée professionnel à Noisy-Le-Sec. C’est par l’intermédiaire de Samia Essabaa, présidente et fondatrice de l’association, professeure d’Anglais dans ce même lycée, qu’elle découvre Langages de Femmes et participe au voyage organisé à Auschwitz en février 2019. Avant, elle n’avait jamais entendu parler de la Shoah.

Moi personnellement je ne pensais pas que les personnes juives avaient vécu tout ça dans ces camp- là. (...) Quand je suis arrivé là j’ai direct raconté ça à ma mère, elle n’y croyait pas.

Une découverte qui la bouleverse.

Je n’avais pas du tout compris l’ampleur du phénomène ; j’en pleurais tout le temps.

Suzanne, elle, est née en Algérie. Juive, elle a grandi dans une école où se cotoyaient déjà des filles de toutes les religions, souvent dans l’insouciance, parfois dans la tension. 

Un jour elles sont venues me voir et m’ont dit : “on ne va pas jouer avec toi parce que tu as tué le Christ”. Suzanne

Avec l’association Langages de femmes, elle a l’impression de retrouver une dimension de partage qui lui avait manqué. C’est précisément là qu’était l’ambition de Samia Essabaa. 

On s’est rendues compte que si on ne faisait pas se rencontrer ces femmes elles ne se rencontreraient jamais.

Reportage : Alice Milot - Réalisation : Clémence Gross

Merci à Sabrina

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Au coeur de la mémoire : un outil pour apprendre

Tags : Société Documentaires de société

L’équipe - Production Sonia Kronlund - Avec la collaboration de Jeanne Delecroix Production déléguée - Alice Milot – Réalisation Clémence Gross

Source : https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/langage-de-femmes-transmettre-la-memoire-de-la-shoah-22-apprendre-a-vivre-ensemble

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    La laïcité à l’israélienne – Extrait d’Information Juive n°318 – Janvier 2012) - document ‘consistoire.org’
    Depuis quelques mois, l’opinion publique et la classe politique européenne s’interrogent sur le devenir de la société laïque. Quel rôle doivent y jouer les religions ? Quelles limites leur imposer sans entraver la liberté de culte ? Quelle place accorder aux interdictions alimentaires ou aux obligations cultuelles dans l’espace public ? Quelle attitude adopter lorsque le refus de la mixité homme-femme dépasse le cadre des vestiaires de sport ?

En Europe, ces questions concernent moins la religion, en tant que telle, qu’elles ne visent les minorités religieuses qui n’opèrent pas de stricte séparation entre la religion et l’État.

Le principal souci de cohabitation entre les mondes laïcs et religieux auquel Israël doit actuellement faire face ne correspond pas à un problème de relation ou d’équilibre entre minorité et majorité comme en Europe.

État juif, Israël ne sépare pas de manière obligatoire et systématique la religion de l’État. Par conséquent, un point de vue à partir des valeurs démocratiques laïques n’est jamais très loin d’être abordé aussi sous l’angle de la religion. C’est pourquoi il n’existe pas à proprement parler de sujet qui ne mêle pas le politique au religieux et inversement, la société considérant cette proximité comme normale dans la mesure où elle n’est ni imposée ni subie.

Les récentes affaires en Israël de femmes agressées par des censeurs par trop zélés chassant avec violence toute supposée impudeur de leur environnement et les vagues de protestations qui s’en sont suivies – venant de la société civile, des hommes politiques comme de tous les courants orthodoxes israéliens et français, ont fourni la matière première d’un débat sur la laïcité à l’israélienne largement médiatisé.

Des hommes ont insulté et agressé des femmes dans la rue parce qu’ils n’approuvaient pas leur tenue vestimentaire ni leur comportement, qu’ils jugeaient immodestes ou impudiques.

Bien que se réclamant de la Torah – qui interdit de faire à autrui ce que l’on n’aimerait pas qu’il nous fasse-, ils n’ont pas hésité à les humilier publiquement. Or, l’injure faite aux femmes, en tant que femmes, est une faute au regard de la Thora qui prescrit que chacun doit aimer son prochain comme soi-même et que la femme doit être aimée de l’homme, mais respectée plus qu’il ne se respecte lui-même. Chacun sait le rôle central que la femme occupe dans la tradition juive et la place fondamentale que le Judaïsme leur accorde.

Qu’une infime minorité qui ne représente qu’elle-même -autant dire rien-, s’arroge le droit extraordinaire d’agresser des femmes au nom du Judaïsme est totalement insupportable et condamnable. Leur forfait est d’autant plus grave que prendre les femmes comme cibles, c’est dévoyer le Judaïsme, sa tradition et ses lois, en créant confusion et division.

Or, depuis sa création, Israël est un État juif et démocratique, où les citoyens jouissent de droits égaux, sans que la loi ne distingue l’âge, la religion ou le sexe comme des critères discriminants. La mixité, à tous points de vue, y est totale depuis la fondation d’Israël comme État libre pour un peuple libre. Les mains des pionniers venus du monde entier tenir des pelles, planter des arbres ou creuser des routes étaient celles de religieux et de laïcs, d’hommes et de femmes qui tous partageaient un même idéal de liberté et d’égalité.

Aujourd’hui comme hier, les conscrits qui assurent la sécurité du pays ou accomplissent un service civil, sont des jeunes femmes et des jeunes hommes, pratiquants ou non, qui remplissent leur devoir civique. Au plus haut niveau de l’État -où une femme, Golda Meir fut premier Ministre il y a 40 ans-, l’actuel Premier vice-premier ministre d’Israël est de stricte observance religieuse tandis que le Premier ministre est un laïc qui respecte la religion.

Pour étrange et différente qu’elle paraisse, surtout à des Français, la laïcité existe pourtant bel et bien en Israël. Elle est dans ce mélange, cette mixité qui confronte les différences, les points de vue particuliers, et oblige à discuter, à interpréter, à ne rien considérer comme définitif ni acquis sinon le refus de l’injustice, de la violence et de l’intolérance. La laïcité à l’israélienne est cet espace de discussion, de confrontation et de médiation qui joue un rôle d’incubateur et de révélateur d’idées si fortes qu’elles déclenchent parfois des passions spectaculaires.

Or, c’est précisément parce que tout se déroule toujours sur la scène publique, affaires d’État comme de religion, que le dialogue même rompu finit toujours par se renouer, de peur probablement de remettre en question l’identité juive indissociable de l’identité nationale israélienne. L’essentiel pour la laïcité israélienne n’est pas d’être d’accord sur tout, mais au moins de pouvoir parler de tout et de finir par s’entendre !

– Source : https://www.consistoire.org/la-laicite-a-lisraelienne/

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    Le grand rabbin compare les femmes laïques impudiques à des animaux - Yitzhak Yosef a expliqué que les religieux pratiquants ont un immense respect pour la dignité de la femme et a donné comme instruction aux soldats de se soustraire aux spectacles où s’illustrent des chanteuses - Par Times of Israel Staff 28 mai 2017, 18:29

    Le grand rabbin séfarade d’Israël Yitzhak Yosef en novembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Photo - Le grand rabbin séfarade d’Israël Yitzhak Yosef en novembre 2014. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le Grand rabbin séfarade d’Israël a semblé suggérer samedi soir pendant son sermon hebdomadaire que les femmes laïques se comportent comme des animaux, en raison de leur tenue vestimentaire impudique.

Yitzhak Yosef a également déploré que la communauté non-religieuse soit inconsciente du grand respect que les Juifs pratiquants doivent avoir pour les femmes.

Il a également conseillé aux soldats religieux pratiquants au sein de l’armée israélienne, qui assistent à des événements au cours desquels des femmes sont amenées à chanter, d’enlever leurs lunettes et de lire un livre d’une manière qui soit visible pour démontrer qu’ils n’y participent pas.

« Si les laïcs avaient conscience de l’immense respect que nous avons pour les femmes, tout ce que nous entreprenons est pour la dignité de la femme », a déclaré Yosef selon un article paru dimanche sur le site d’information religieux Kikar Hashabat. « Une femme n’est pas un animal, elle doit conserver sa dignité. Etre pudique [dans sa tenue] est sa dignité. »

Les demandes religieuses en faveur de tenues et de comportement pudiques de la part des femmes sont une cause de friction dans la division entre religieux et laïcs en Israël, ces derniers considèrent de telles exigences comme des discriminations sexuelles.

Un groupe de femmes croise un groupe d’hommes juifs orthodoxes à proximité de la porte de Jaffa dans la vieille Ville de Jérusalem, le 13 juin 2016 (Crédit : Zack Wajsgras/Flash90)

Photo - Un groupe de femmes croise un groupe d’hommes juifs orthodoxes à proximité de la porte de Jaffa dans la vieille Ville de Jérusalem, le 13 juin 2016 (Crédit : Zack Wajsgras/Flash90)

Donnant des conseils aux soldats, Yosef a noté qu’en raison de sa position, il était parfois placé dans l’obligation de se rendre à des cérémonies officielles comprenant des concerts donnés par des femmes. Rappelant un événement auquel il avait assisté, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Reuven Rivlin, Yosef a expliqué que lorsque les femmes avaient commencé à chanter, il avait pris un livre qu’il avait ostensiblement placé devant son visage pour montrer qu’il n’écoutait pas.

« De cette manière, ils ont tous pu voir que je n’écoutais pas, ma tête plongée dans le livre, près de ce qui est véritablement important », a-t-il raconté, donnant comme instruction aux soldats religieux de faire la même chose dans des circonstances similaires.

Selon la tradition religieuse, il est interdit aux hommes d’entendre une femme chanter seule, ou dans n’importe quelle autre circonstance, en dehors d’un service religieux.

L’exclusion des femmes des concerts musicaux pour satisfaire les sensibilités religieuses est un sujet controversé en Israël, les groupes religieux poussant souvent à ce qu’il soit interdit aux femmes de chanter en public.

Le père de Yosef, Ovadia Yosef, également grand rabbin, était lui aussi connu pour avoir fait des déclarations controversées lors de ses sermons du samedi soir, tenant notamment des propos dénigrant les Arabes, les musulmans et les victimes de la Shoah.

L’AFP a contribué à cet article.

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Source : https://fr.timesofisrael.com/le-grand-rabbin-compare-les-femmes-laiques-impudiques-a-des-animaux/

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Photo - La défaite de Benyamin Netanyahou n’est pas le seul résultat historique des élections législatives du 23 mars 2021 : l’autre, c’est l’exclusion des ultra-orthodoxes du gouvernement, où ils siégeaient presque sans interruption depuis 1981 (1). Ce changement reflète un renversement dans le « kulturkampf  » – cette guerre civile rampante entre laïcs et religieux qui fait rage depuis les années 1990. Si la minorité ultra-orthodoxe croît et se radicalise, la majorité laïque ou traditionniste entend se libérer des contraintes religieuses : l’aspiration à une forme spécifique de laïcité s’affirme.

La pandémie de Covid-19 aura représenté un accélérateur de cette évolution, tant l’opinion a été marquée par l’indiscipline des haredim, facteur important de l’épidémie dont ils furent les premières victimes. Certes, avec une majorité de la population vaccinée, Israël semblait tiré d’affaire jusqu’à l’arrivée du variant « Delta ». Seule ombre au tableau : la choquante sous-­vaccination des Palestiniens des Territoires occupés et son possible effet boomerang. Reste un bilan lourd : plus de 7 200 morts et 1,12 million de cas début septembre 2021, et un tsunami économique et social – la récession a frôlé les 4 % en 2020 et le chômage a alors atteint 27 %.

Les communautés ultra-orthodoxes, qui rassemblent 12 % de la population en 2019 (2), totaliseraient plus du tiers des décédés de Covid-19. Convaincue que la Torah les protégeait, la majorité d’entre eux n’a pas respecté les gestes barrières, a continué de se rendre dans les synagogues et les écoles religieuses (yechivot), a participé en masse aux fêtes religieuses comme aux enterrements. Ces violations des ­directives des autorités ont même provoqué des affrontements avec la police.

Covid-19 : double peine pour les ultra-orthodoxes

Ravivée par la bousculade mortelle du mont Meron, le 30 avril 2021, la tragédie de la pandémie a engendré deux réactions contradictoires. L’opinion éprouve de la compassion vis-à-vis d’une communauté durement touchée, dont avant même l’épidémie la moitié (sur)vivait sous le seuil de pauvreté. Et pour cause : tandis que les hommes prient et étudient, les femmes, déjà chargées de leurs nombreux enfants, doivent travailler, l’austérité ayant réduit comme peau de chagrin les allocations familiales. Mais les « laïcs » manifestent aussi un rejet accru de la prétention des « hommes en noir » à régenter leur vie. Pour comprendre ce paradoxe, il faut savoir qu’en Israël, deux phénomènes s’imbriquent : le noyau dur des pratiquants croît et se radicalise, provoquant en réaction une aspiration grandissante à une certaine forme de laïcité.

Provoquées par Benyamin Netanyahou, les quatre élections législatives anticipées de 2019-2021 ont reflété la première tendance. Lors de la dernière, le 23 mars 2021, le Judaïsme unifié de la Torah (ashkénaze) a recueilli 5,6 % des suffrages exprimés et obtenu sept députés (sur 120) ; le Shas (Gardiens séfarades de la Torah) 7,1 % des voix et neuf sièges. Le total se chiffre donc à 12,7 % et 16 députés, contre 4,7 % et six sièges pour leur première participation en 1955. Quant aux héritiers du Parti national religieux, orthodoxe et sioniste, considérablement droitisés, ils ne rassemblent plus en 2021 avec Yamina (À droite) que 6,2 % des voix et sept députés, contre 12,2 % et 16 sièges en 1949.

Les derniers résultats de l’ultra-orthodoxie politique figurent parmi les meilleurs de l’histoire. En 1951, Agoudat Israël et Poalei Agoudat Israël avaient décroché pour leur première participation indépendante 3,6 % des suffrages exprimés et cinq sièges. Leur nombre de députés – additionné à celui de la scission Degel Hatorah, puis sous le nom de Judaïsme unifié de la Torah – variera ensuite de quatre à six sièges et, depuis les élections de 2013, de six à huit. Le Shas ne cessera de progresser, de quatre sièges lors de sa première participation en 1984 jusqu’au record de 1999 : 17 députés. Depuis, il a reculé pour tomber à neuf élus aux trois dernières élections.

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Dominique Vidal - Journaliste et historien, spécialiste du conflit israélo-palestinien, coordinateur de l’édition annuelle de l’« État du monde » (avec Bertrand Badie, La Découverte), membre du bureau de l’Institut de recherche et d’études Méditerranée Moyen-Orient (iReMMO).

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Source : https://www.areion24.news/2022/09/08/israel-une-aspiration-croissante-a-la-laicite-ou-lexclusion-des-haredim/

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  • Israël - Les Israéliennes haredi prennent le contrôle de leurs droits reproductifs -

    Photo d’illustration : Le mariage d’un couple ultra-orthodoxe hassidique, l’une des nombreuses dépenses réalisées par un emprunt contracté auprès d’un gemach, le 25 février 2012 (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)Photo

Le livre de Michal Raucher explore la façon dont les femmes des communautés religieuses ont recours à l’avortement et à la contraception, le tout dans un espace indépendant.

New York Jewish Week – Pour un œil non averti, qui contemple le défilé de poussettes dans les quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem – ou dont la connaissance du monde haredi se résume aux séries Shtisel et Unorthodox – il est facile de tirer la conclusion que les femmes de ce milieu sont limitées par leur rôle d’épouse et de mère.

La chercheuse Michal Raucher dépeint une image beaucoup plus complexe des femmes très pratiquantes dans son nouveau livre : Conceiving Agency : Reproductive Authority Among Haredi Women (Le pouvoir de concevoir : la reproduction chez les femmes ultra-orthodoxes).

Se basant sur ses entretiens avec plus de 20 femmes et autant de professionnels de santé, l’ouvrage témoigne des multiples méthodes auxquelles les femmes ultra-orthodoxes ont recours quand il est question de contraception, de soins prénataux et d’avortement.

Faisant confiance à leur corps et à leurs expériences, les femmes « s’octroient la liberté de prendre des décisions sur la reproduction sans l’intrusion de leurs maris ou de leurs rabbins », écrit Raucher. « De plus, même si leur corps font l’objet de nombreuses règles, elles considèrent que, pendant la grossesse, il est une source de pouvoir. »

Michal Raucher est professeur adjoint d’Études juives et professeur affilié en études féminines et études de genre à l’université Rutgers. Elle s’est confiée au journal New York Jewish Week depuis son domicile, à Teaneck (New Jersey).

Vous vous décrivez comme une Juive pratiquante, mais certainement pas haredi. Vous avez commencé vos recherches avant d’avoir des enfants. Comment étiez-vous traitée dans la communauté ultra-orthodoxe en tant qu’outsider ?

C’était entre 2009 et 2011. J’étais à l’université et je vivais, avec mon mari Yoni, dans le quartier de Baka à Jérusalem. Ce n’est pas un quartier haredi comme Mea Shearim. Je me couvrais la tête, mais je portais des pantalons, et ça passait très bien à Baka. Pour mes déplacements, durant mes recherches, j’avais acheté quelques jupes longues et cols roulés, ou tout autre vêtement que je voyais les participantes (à la recherche) porter, notamment un tichel, un foulard. Mais ils me remarquaient toujours, j’avais l’air différente, je marchais différemment, et il était rare de voir une femme de mon âge sans poussette. Plusieurs m’ont dit « merci de t’habiller comme cela, mais tu n’es vraiment pas obligée ».

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Photo - Michal Raucher, autrice de « Conceiving Agency » (Le pouvoir de concevoir). (Crédit : New York Jewish Week)

Partageaient-elles facilement leurs histoires ?

Très facilement. Je commençais avec une question très ouverte : « parle-moi de ta grossesse ». Et les réponses pouvaient durer plus d’une heure. Elles adorent m’en parler parce qu’elles n’en parlaient pas entre elles, parce que, disent-elles, « tout le monde est enceinte, tout le temps ». Et elles ne discutaient pas entre elles [des questions aux rabbins et aux maris] parce qu’elles étaient terrorisées à l’idée que leurs amis découvrent, racontent à leurs maris, qui irait voir le rav (rabbin) et que tout le monde aie des problèmes. Et elles m’ont dit que les gens de leur milieu ne liront de toute façon pas mon livre.

« Haredi » est un terme qui définit la vie religieuse juive insulaire, très circonscrite, des hommes et des femmes qui se tournent vers la halakha, ou loi juive, comme un guide pour la quasi-totalité des aspects de leur vie, du code vestimentaire au monde du travail en passant par la conception et la grossesse.

Haredi fait référence à l’éventail de pratiques religieuses ultra-orthodoxes en Israël. Au cours des vingt dernières années, une tendance, qui a toujours existé, a pris une ampleur dramatique. Il s’agit de l’autorité conférée aux rabbins pour tout interpréter en lieu et place de leurs fidèles. Pendant longtemps, l’autorité rabbinique était limitée aux questions ayant trait à la religion : la casheroute, la prière, peut-être la yeshiva où envoyer ses fils. Mais au cours des vingt dernières années, les rabbins ont commencé à se spécialiser, par exemple dans la fertilité, pour comprendre les tenants et les aboutissants des technologies de reproduction.

Par conséquent, une personne ‘haredi est supposée aller chez ce rabbin avec ses questions, pas seulement pour du conseil, mais pour des réponses halakhiques sur le sujet. Comme je l’explique à mes étudiants, les rabbins sont érigés en intermédiaires entre Dieu et le peuple comme interprètes de ces lois. Ça vous donne une idée du pas de géant que font les femmes auxquelles j’ai parlé quand elles contournent ces rabbins.

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Illustration - « Conceiving Agency » 5Le pouvoir de concevoir) de Michal Raucher. (Crédit : New York Jewish Week)

Vous appelez cela « le pouvoir de reproduction » ou la capacité des femmes des femmes à prendre des décisions sur la reproduction ou la grossesse sans se tourner vers les rabbins, leurs maris ou les médecins pour de l’aide ou un aval. Avez-vous des exemples ?

L’exemple classique, c’est l’échographie. De nombreux rabbins ne veulent pas que les femmes fassent d’échographie, soit parce qu’ils sont hassidiques et pensent que ce qui est caché doit le rester ou parce qu’ils sont litvish (l’école de pensée lituanienne ultrao-orthodoxe non-hassidique) et ne veulent pas que les femmes avortent.

Mais les femmes enceintes font des échographies tout le temps en Israël, et les femmes que j’ai interrogées m’ont dit qu’elles adoraient faire des échographies. Elles ne les accrochaient pas sur le réfrigérateur, parce qu’elles savent qu’elles ne sont pas supposées les faire. « J’aime l’échographie. Ça me rassure. J’aime voir la photo du bébé et savoir que tout va bien. »

D’autres exemples ?

La contraception. Les rabbins veulent toujours qu’elles s’adressent à eux pour demander l’autorisation d’utiliser un moyen de contraception. La plupart des femmes disent qu’elles n’oseraient jamais demander une contraception au début de leurs vies reproductives, mais qu’après deux ou trois grossesses, elles demandent à leurs rabbins. Le rabbin peut leur donner l’autorisation d’utiliser, disons, une contraception hormonale pour une période limitée : « six mois et revenez me voir ».

La plupart des femmes disent qu’après trois ou quatre enfants, elles décidaient d’elles-mêmes si elles souhaitaient tomber enceinte à nouveau. Et elles se tournaient vers des médecins qui ne poseraient pas de questions ou bien elles chercheraient à éviter de tomber enceinte par d’autres moyens.

La plupart des femmes disent qu’après trois ou quatre enfants, elles décidaient d’elles-mêmes si elles souhaitaient tomber enceinte à nouveau.

Vous écrivez que ces femmes n’estiment pas que leur autonomie en matière de reproduction est en conflit avec les autres normes religieuses, et que même l’avortement peut être justifié dans le contexte ‘haredi culturel et économique actuel. Comment ?

L’avortement entre dans le cadre de l’éthique sur les besoins de leurs famille. Leur famille doit être saine. Leur famille doit subvenir aux besoins des enfants plus âgés. Leur famille doit continuer à gagner sa vie. La plupart des femmes travaillent à temps plein et les maris étudient à temps plein… Ne pas pouvoir se permettre (financièrement) d’avoir un autre enfant est une raison suffisante pour avorter, m’ont-elles dit.

L’autre raison est un diagnostic fœtal montrant que le bébé ne survivrait pas très longtemps. Sur le plan émotionnel, ce n’est pas une bonne chose de mener à terme une grossesse et de perdre l’enfant ensuite. De plus, chaque grossesse les met en danger et cela ne vaut pas la peine de prendre ces risques quand elles ont d’autres enfants à s’occuper.

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Photo - Les gens portent des masques faciaux pour empêcher la propagation du coronavirus à Bnei Brak, le 3 avril 2020. (Tomer Neuberg / Flash90)

Et elles anticipent, étant donné qu’elles savent qu’on attend d’elles d’avoir d’autres enfants, et qu’elles ne veulent pas mettre cela en péril.

Exact. Que se passera-t-il si une grossesse à risque se solde par l’incapacité d’avoir d’autres enfants.

Des collègues, qui font des recherches sur des femmes catholiques, disent qu’elles parlent aussi de familles actuelles et de familles potentielles comme motifs d’avortement. Elles ne sont pas anti-famille. Elles conservent leurs perspectives d’avenir.

Mais les femmes avec lesquelles vous avez parlé ne consultent pas de rabbins quand elles veulent avorter.

Si les motifs sont financiers, elles vont tout faire pour éviter. Même si les questions financières sont le moteur des décisions des femmes sur leur reproduction, l’avortement pour des raisons financières va à l’encontre des normes ‘haredi.

Dans les cas de malformation du foetus ou de danger pour la vie de la mère, il s’agit de motifs acceptables pour avorter, alors elles savent quel rabbin consulter. Comme le savent de nombreux juifs, les avortements peuvent être halakhiquement motivés dans certaines circonstances.

Ce qui était fascinant pendant cette recherche, c’est que de nombreuses femmes me parlaient de « Rav Schussheim ».

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Illustration : des juifs ultra-orthodoxes dans l’implantation de Beitar Illit en Cisjordanie le 8 juillet 2020. (MENAHEM KAHANA / AFP)

Vous parlez de Dr Eliyahu Schussheim, directeur de l’organisation EFRAT, qui s’est donné pour mission d’éviter les avortements en donnant aux femmes qui l’envisagent des moyens financiers.

Oui, ils [EFRAT] sont anti-avortement, alors pourquoi se tourner vers eux ? Parce qu’il a suivi une formation médicale et lui ou ses experts médicaux autoriseront un avortement s’il y a un danger de mener la grossesse à terme, pour le bébé ou la mère.

Vous avez passé un certains temps à EFRAT en tant qu’observatrice. Même si leur objectif est d’empêcher les femmes d’interrompre leurs grossesses, en quoi est-ce différent des groupe pro-life à l’américaine ?

Ils ne se définiront jamais comme anti-avortement. Ils diront « pro-femmes ». Ils estiment qu’en donnant aux femmes le soutien financier dont elles ont besoin, ils leurs permettent de faire des choix. Ils ne donnent pas d’argent ni de matériel de puériculture avant la naissance du bébé, notamment parce qu’Israël autorise l’avortement jusqu’à la 39e semaine de grossesse et ils veulent s’assurer que le bébé naitre. Ils sont plus francs en reconnaissant que les avortements sont pratiqués pour des raisons financières. Je me suis engagée dans le mouvement de la justice reproductive, où l’on voit que les gens ne peuvent pas avoir de pouvoir s’ils ne peuvent pas soutenir financièrement les décisions qu’ils veulent prendre. EFRAT est très clair à ce sujet.

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Illustration, femme enceinte (Crédit : Rostislav_Sedlacek, iStock par Getty Images)

Même si aucune des femmes que vous avez interrogées ne se définit comme féministe, elles prennent le contrôle d’un aspect important de leurs vies sans en référer aux autorités masculines. Pour un lecteur laïc, cela peut s’apparenter à une forme très modérée de rébellion. Leur pouvoir de reproduction ne remet pas en cause leur responsabilité fondamentale qui est, disons-le crûment, de faire des bébés. En tant qu’ethnographe féministe, avez-vous eu du mal avec cela ?

Les femmes reconnaissent cette limite et sont souvent tristes lors de la naissance parce qu’elles reconnaissent que leur autorité est révolue. Mais que l’on appartienne à une culture religieuse conservatrice ou non, le pouvoir d’action de chacun d’entre nous est limité – par les finances, les normes culturelles, la géographie ou le handicap.

L’un de mes collègues souligne que le pouvoir n’est pas synonyme de libre-arbitre mais plutôt de prise de décision dans les limites des contraintes que nous avons tous. Les femmes ‘haredi ont plus de contraintes et elles trouvent toujours le moyen de faire des choix créatifs qui leur permettent de se conformer aux normes qui caractérisent leur milieu.

C’est la que réside leur pouvoir, il faut creuser un peu pour le trouver. Nous devons lutter contre l’envie de les percevoir comme des « machines à bébés » et rien d’autre. J’espère que mon livre complexifie cette image de la femme ‘haredi pour le grand public juif, qui a du mal à voir les femmes ‘haredi autrement que comme cela, et non pas comme des gens multi-dimensionnels.

J’espère aussi que nous pourrons regarder différemment la reproduction et ne pas voir le judaïsme haredi comme « la culture du livre »- ou les hommes étudient et rédigent les lois – mais plutôt comme une culture dans laquelle les livres et les bébés coexistent, sur un piédestal et dans laquelle la procréation est un domaine important où les femmes exercent l’autorité sur elles-mêmes.

C’est un rééquilibrage de la balance. J’espère que mon livre complexifie cette image de la femme ‘haredi pour le grand public juif

Quelles autres leçons peut-on apprendre de votre étude sur les femmes ultra-orthodoxes ?

J’aimerais que les gens réalisent que leurs corps jouent un rôle capital dans l’identité ‘haredi. Les corps des hommes et des femmes sont soumis à des règles depuis la petite enfance. Leur culture n’est pas uniquement cérébrale ou idéologique, mais viscérale et dans la chair.

Dans mes conférences, on me parle souvent de la série « Unorthodox », et j’ai toujours besoin de préciser que lorsqu’Esty va à Berlin et achète un jean, les réalisateurs n’ont pas mis le doigt sur l’étrange sensation qu’elle a dû éprouver après avoir passé des années vêtue comme une femme ‘haredi.

D’autre part, ma formation initiale porte sur l’éthique religieuse et j’espère que les gens comprennent que les décisions que prennent les gens religieux ne sont pas limitées à ce que les rabbins ou la halakha ont à dire.

Le commun des mortels fait aussi face à des dilemmes éthiques qui reflètent leur contexte culturel, économique et familial. On peut facilement penser que les ‘haredim sont uniformes dans leur pratique religieuse, mais ils réfléchissent à des contextes immédiats et plus lointains sur la manière de prendre ces décisions.

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    La personnalité de Sylviane Agacinski

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Sylviane Agacinski en 2008

Naissance 4 mai 1945 {{}}
(77 ans)

Nades (Allier)

Nationalité française
FormationUniversité de Lyon
Université de Paris
École/tradition phénoménologie
Fratrie Sophie Agacinski
Conjoint Lionel Jospin
Enfant Daniel Agacinski (d)

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/3/3b/Sylviane_agacinski.jpg/220px-Sylviane_agacinski.jpg

Sylviane Agacinski en 2002.

Sylviane Agacinski est une philosophe française, née le 4 mai 1945 à Nades, dans l’Allier1.

Agrégée de philosophie, d’abord proche de Jacques Derrida, elle participe à ses côtés à la création en 1975 du Groupe de recherches sur l’enseignement philosophique (Greph), qui milite pour une réforme de l’enseignement de la philosophie au lycée. Directrice de programme au Collège international de philosophie (CIPH), elle est membre du Comité directeur (1984-1990). Elle enseigne à l’École des hautes études en sciences sociales de 1991 à 2010. Elle est membre du Comité de lecture de la Comédie française (2011-2015) et du Conseil scientifique pour le projet de rénovation du Musée de l’Homme (2013-2014)

Elle est connue pour ses réflexions sur l’altérité sexuelle et la génération. Celles-ci la conduisent notamment à s’opposer à la maternité de substitution et de façon générale aux marchés du corps humains (sang, organes).

Biographie

Fille d’Henri Agacinski, ingénieur des Mines et fils d’immigré polonais, et de Raymonde Lejeune, sans profession. Née dans l’Allier, elle est la sœur de la comédienne et documentariste Sophie Agacinski. Elle fait ses études au lycée Juliette-Récamier de Lyon, passe sa licence de philosophie à l’université de Lyon où elle suit notamment les cours de Gilles Deleuze et d’Henri Maldiney. Elle termine ses études à la Sorbonne, est reçue au concours du CAPES et à l’Agrégation de philosophie en France2. Elle enseigne successivement au lycée Gérard-de-Nerval à Soissons et au lycée Carnot de Paris2. C’est à cette époque, qu’elle participe à la création du Greph, Groupe de recherches sur l’enseignement philosophique puis à la direction du Collège international de philosophie, aux côtés notamment de Jacques Derrida avec lequel elle a un fils, Daniel3, né hors mariage en 1984. En 1991, elle est affectée comme professeur agrégée à l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales)2, qu’elle quitte en 2010 lors de sa retraite.

Le 30 juin 1994, elle épouse Lionel Jospin, pour lequel elle fait campagne l’année suivante, puis en 2002, lorsque par deux fois il se porte candidat à l’élection présidentielle. Entre 1997 et 2002, le couple Jospin vit à l’hôtel Matignon, période durant laquelle Lionel Jospin dirige le gouvernement de la troisième cohabitation. Sylviane Agacinski est une de ceux qui l’amènent à soutenir le projet de Pacte civil de solidarité (PACS)4, promulgué en 1999. C’est sous son gouvernement qu’elle milite pour la parité loi sur la parité hommes-femmes de 20005. Dans son ouvrage Politique des sexes (Seuil, 1998), elle théorisait philosophiquement la nécessité de la parité pour faire advenir une mixité des sexes dans la représentation nationale et l’espace public.

De sa lecture de Søren Kierkegaard, elle a tiré deux livres : Aparté (Aubier, 1978) et Critique de l’égocentrisme (Galilée, 1994). Elle a depuis publié de nombreux articles et livres, dont les derniers sont consacrés à la question de l’altérité sexuelle et de la génération sexuée. « Mes thèmes de travail ne sont pas liés à ma vie privée », prévient-elle. Elle déteste « tomber dans le biographique » mais concède qu’elle a tout « fait dans le désordre » : « Le célibat, puis un enfant, puis un mariage avec un autre [Lionel Jospin]. » Cet enfant, porté à 38 ans, bouleverse ses conceptions théoriques6.

Réflexions sur les femmes

Sylviane Agacinski considère que « les femmes ne sont ni une minorité ni un groupe particulier »2.

Prises de position et controverses

Elle est opposée à la GPA7. Elle milite ainsi au sein du Collectif pour le respect de la personne (CoRp)2, « collectif pour l’abolition universelle de la maternité de substitution »8. Dans un essai, publié en juin 2019 et intitulé L’Homme désincarné, à propos de la procréation médicalement assistée ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules, elle déplore que tout soit justifié au nom « des intérêts individuels et des demandes sociétales »9. Elle voit dans la GPA « une forme inédite d’esclavage » qui « s’approprie l’usage des organes d’une femme et le fruit de cet usage »10.

Dans le contexte de ces débats, en octobre 2019, une conférence sur « l’être humain à l’époque de sa reproductibilité technique » prévue à l’université Bordeaux-Montaigne est annulée à la dernière minute, à la suite de menaces émanant d’un groupe Trans qui dénoncent une militante « réactionnaire, transphobe et homophobe », accusation qu’elle conteste absolument. 11,12.

Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sylviane_Agacinski

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    La personnalité d’Éliette Abécassis
    Éliette Abécassis

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Éliette Abécassis en 2009.

Biographie
Naissance 27 janvier 1969 (54 ans)

Strasbourg (Bas-Rhin), France

Nom de naissance Éliette Abécassis
Nationalité française
Formation Lycée Henri-IV

École normale supérieure

Activité Romancière

Professeure de philosophie

Réalisatrice

Scénariste

Père Armand Abécassis
Autres informations
Genre artistique Roman, essai, scénario
Site web eliette-abecassis.com
Distinction Prix des écrivains croyants 2001

Prix Alberto-Benveniste 2010

Œuvres principales
modifier - modifier le code - modifier Wikidata

Documentation du modèleÉliette Abécassis, née le 27 janvier 1969 à Strasbourg3 (Bas-Rhin), est une femme de lettres, réalisatrice et scénariste française. Biographie

Jeunesse et formation

Éliette Abécassis naît à Strasbourg au sein d’une famille juive orthodoxe marocaine très pratiquante. Son enfance est imprégnée par le quotidien de la communauté juive strasbourgeoise. Son père, Armand Abécassis, enseigne la philosophie et est un penseur renommé du judaïsme dont la pensée a imprégné l’interprétation talmudique strabourgeoise. Il a notamment joué un rôle considérable dans la création et l’enseignement de l’école Aquiba de Strasbourg. Sa mère, Janine, est professeur et spécialiste de psychologie de l’enfant et du développement3,4. Dans plusieurs romans à portée autobiographique, Éliette Abécassis déclare avoir été très influencée par le milieu et l’éducation religieuse sépharades, mais avoir également parfois été étouffée par elle et tentée de s’en émanciper à de nombreuses reprises, surtout au cours de sa jeunesse. Elle déclare son attachement à l’universalisme français.

Après le baccalauréat, elle quitte à 17 ans Strasbourg pour aller suivre à Paris des études en classes préparatoires littéraires — hypokhâgne et khâgne — au lycée Henri-IV3. Elle intègre par la suite l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, où elle obtient l’agrégation de philosophie, et enseigne ensuite la philosophie à l’université de Caen3. « Je n’étais pas beaucoup plus âgée que mes élèves. Ils étaient très bons, tous passionnés par la philosophie, qui ne débouche pourtant sur rien d’autre que sur elle-même3. »

À 23 ans, elle part un an aux États-Unis à l’université Harvard, grâce à une bourse d’études. Elle écrit alors son premier livre, Qumran, un roman policier métaphysique qui traite de meurtres mystérieux liés à la disparition des manuscrits récemment découverts de la mer Morte3.

Carrière littéraire et cinématographique

Pour son premier roman Qumran5, Éliette Abécassis ne se contente pas de ses connaissances préalables sur le monde hébreu, elle pousse ses recherches jusqu’en Israël, à Jérusalem, à Qumran et est allée aussi aux États-Unis dans plusieurs bibliothèques, archives et lieux de culture du judaïsme contemporain afin d’obtenir le plus de renseignements possibles. Ces recherches durent trois années6. Elles seront payantes : Qumran sort en 1996 et obtient immédiatement un immense succès4 ; le livre est traduit en dix-huit langues. Les principales maisons d’édition avaient pourtant refusé le manuscrit, jusqu’à ce que les éditions Ramsay l’acceptent7.

En 1997, elle commence à enseigner la philosophie à Caen et publie L’Or et la Cendre, l’histoire mystérieuse du meurtre d’un théologien berlinois, toujours aux éditions Ramsay. En 1998, elle écrit un essai sur le Mal et l’origine philosophique de l’homicide : Petite Métaphysique du meurtre aux Presses universitaires de France.

En septembre 2000, elle publie chez Albin Michel La Répudiée. Pour ce roman, elle reçoit le Prix des écrivains croyants 2001. Ce roman s’inspire du scénario qu’elle a écrit pour le film Kadosh du réalisateur israélien Amos Gitaï. En 2001, Le Trésor du temple relate la suite de Qumran sur les traces des Templiers : Ary Cohen et Jane Rogers se retrouvent pour enquêter sur le secret du temple de Jérusalem. La trilogie de Qumran emprunte la forme du roman d’aventure et de suspense mais dissimule dans les intrigues une véritable érudition et une réelle ambition métaphysique. La même année, elle réalise le court-métrage La Nuit de noces, dont le scénario est coécrit avec Gérard Brach.

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Eliette Abécassis au Salon du Livre de Paris 2012.

En 2002 paraît le roman Mon père8, qui raconte la remise en cause d’une relation père-fille idyllique, tandis que Qumran est adapté en bande dessinée par Gémine et Makyo. En 2003, son roman Clandestin raconte l’histoire d’un amour impossible. Il fait partie de la sélection des douze livres du prix Goncourt.

En 2004 paraît le dernier volet de Qumran, La dernière tribu. En 2005, avec son roman Un heureux événement, Éliette Abécassis aborde le thème de la maternité. Elle réalise également le documentaire-fiction Tel Aviv la vie, avec Tiffany Tavernier.

En 2009, elle publie le roman Sépharade9, dont l’héroïne dans sa quête existentielle va s’immerger dans le monde des juifs séfarades du Maroc. En 2011, elle publie Et te voici permise à tout homme, où elle raconte les difficultés d’obtenir le divorce religieux10.

En 2013, elle publie Le Palimpseste d’Archimède11.

En 2014, elle publie Un secret du docteur Freud, écrit avec l’aide de sa mère, psychanalyste. En 2015, paraît Alyah, sorte de témoignage d’une femme juive après les attentats de janvier 2015 en France12. Le maître du Talmud, publié en 2018, est un nouveau thriller historico-religieux, dont l’intrigue se situe dans le royaume de France, au XIIIe siècle, marqué par l’émergence de l’inquisition et le fanatisme religieux13.

Engagements

Eliette Abécassis est engagée dans des associations de lutte pour les droits et les libertés des femmes, dont l’association SOS les Mamans14. Aux côtés de la juriste Marie-Anne Frison-Roche et de la philosophe Sylviane Agacinski, elle milite vigoureusement contre la GPA, qu’elle assimile à une pratique de marchandisation du corps des femmes et de réification de l’enfant.

Vie privée

Éliette Abécassis est divorcée et mère de deux enfants3.

Œuvre

Romans & ré

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89liette_Ab%C3%A9cassis

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Vidéos

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54:45Éliette Abécassis, la transmission dans le judaïsme YouTube · RCF Radio 30 janv. 2023

https://i.ytimg.com/vi/-m3gh2bueHA/mqdefault.jpg?sqp=-oaymwEFCJQBEFM&rs=AMzJL3lXkDgO3KBQ_xsghqEiW7okZ0Onpwhttps://www.google.fr/search?q=ab%C...Vidéo 19 minutes : ARMAND ABÉCASSIS, UN MAÎTRE SÉFARADE, avec Éliette ... YouTube·AkademTV·13 avr. 2022

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    La personnalité de Delphine Horvilleur

    Delphine Horvilleur par Claude Truong-Ngoc mars 2019 (cropped).jpg

Delphine Horvilleur (2019)

Biographie
Naissance 8 novembre 1974

(48 ans)
Nancy

Nationalitéfrançaise
Formation Hebrew Union College - Jewish Institute of Religion (d)

Université hébraïque de Jérusalem

Activités Journaliste, écrivaine, femme rabbin, philosophe
Conjoint Ariel Weil
Autres informations
Distinctions
Liste détaillée

Delphine Horvilleur, née le 8 novembre 1974 à Nancy, est une écrivaine1 et femme rabbin française appartenant à l’organisation juive libérale Judaïsme en mouvement issue du Mouvement juif libéral de France et de l’Union libérale israélite de France2,3.

Elle est membre du Conseil des rabbins libéraux francophones ainsi que directrice de la rédaction de la Revue de pensée(s) juive(s) Tenou’a.

Biographie

Delphine Horvilleur est née à Nancy. Ses grands-parents paternels sont originaires d’Alsace-Lorraine et ses grands-parents maternels sont issus des Carpates, « survivants des camps de concentration, où ils avaient perdu chacun conjoint et enfants », ayant migré ensuite en France et y ayant fondé une famille4,5.

L’un de ses premiers enseignants du judaïsme est Haïm Korsia, lorsqu’elle était enfant et lui rabbin de Reims6.

Delphine Horvilleur entame des études de médecine à l’université hébraïque de Jérusalem, sans les terminer, période pendant laquelle elle est également mannequin7, puis étudie le journalisme au CELSA à Paris8. Elle travaille comme journaliste à France 2 de 2000 à 2003, y compris au bureau de France 2 à Jérusalem avec Charles Enderlin9, puis à RCJ de 2003 à 2008, à New York où elle est correspondante10.

Elle intègre le séminaire rabbinique du mouvement réformé Hebrew Union College à New York. En mai 2008, elle en reçoit son ordination rabbinique (semikha) et devient rabbin du Mouvement juif libéral de France.

À ses débuts, elle y officie auprès des rabbins Daniel Farhi, Stephen Berkovitz et Celia Surget. Elle travaille depuis 2019 aujourd’hui avec les rabbins Yann Boissière, Floriane Chinsky, Philippe Haddad, Jonas Jacquelin et Gabriel Farhi au sein de Judaïsme en mouvement.

Activités communautaires

En 2003, Delphine Horvilleur fonde un cercle d’étude juive interactif, le Café biblique. Elle rejoint le Mouvement juif libéral de France11 en décembre 2008. Avec Célia Surget, elle organise les offices de Shabbat Alef (office pour les jeunes enfants sous forme de conte musical) et de Shabbat Zimra (office musical mêlant mélodies traditionnelles et créations contemporaines).

Avec le rabbin Yann Boissière, elle produit une série de vidéos pédagogiques sur le judaïsme, intitulés PSSSHAT12.

Elle est membre fondatrice du KeReM, le conseil des rabbins libéraux francophones13.

Responsabilités éditoriales

En 2009, elle devient rédactrice en chef de la revue trimestrielle d’art, de pensée et de créativité juive Tenou’a, publiée par l’association Tenou’a depuis son autonomisation du MJLF où elle avait été fondée en février 1981 par le rabbin Daniel Farhi. Elle en fait un magazine de référence de la pensée juive libérale en France, où se retrouvent diverses sensibilités religieuses autour de problématiques de société (féminisme, environnement, sexualité, politique migratoire, etc.).

Fonctions institutionnelles

Par décret présidentiel du 27 avril 2012, Delphine Horvilleur est la première femme rabbin à être nommée au Conseil national du sida14,15.

Interventions médiatiques et prises de position

Dans les médias

Delphine Horvilleur intervient dans l’émission La Source de vie de Josy Eisenberg sur France 2. Elle participe à Akadem, campus numérique juif en ligne16. Elle publie dans Le Monde17, Le Figaro18 ou Elle qui publie deux entretiens avec elle en 201019 et en 2020, quand sa photo fait la couverture de ce magazine20. De 2012 à 2014, elle a publié une chronique dans Le Monde des religions.

En mars 2014, elle est choisie par le magazine L’Express comme une des neuf jeunes intellectuelles françaises constituant « la relève »21.

En 2015, un film documentaire lui est consacré, Delphine Horvilleur, Madame le Rabbin, réalisé par Elisabeth Lenchener.

Prises de position

Sur le voile

« Le voile islamique n’est pas le seul à sous-entendre que le corps découvert des femmes contaminerait les hommes. Dans toutes les religions, les fondamentalistes s’emparent de la pudeur, et plus particulièrement celle des femmes, pour tenter de les contenir et les restreindre aux frontières de leur corps, comme si leurs fonctions physiologiques les définissaient entièrement et devaient être placées sous contrôle, enveloppées par la loi. »22.

Sur le fondamentalisme

  • « L’intégrisme religieux est cette pathologie du regard qui le rend incandescent. L’obscurantisme renvoie précisément à l’étude dans le noir, c’est-à-dire sans dialogue avec les affaires du monde, et dans le mépris de ceux qui plantent et qui récoltent. C’est un retrait du monde qui y met le feu en s’imaginant paradoxalement le sauver. »23.
  • « Tel est le propre du discours fondamentaliste qui enferme ou mutile ses pairs au nom de ses pères. C’est-à-dire qui cherche à restreindre l’expérience humaine à sa vision du monde, au nom d’un passé souvent fantasmé ou d’une pratique ré-inventée comme atemporelle. Un tel projet religieux est « pharaonique » au sens biblique du terme, dès lors qu’il tente par la force de se construire des mausolées-pyramides pour y enfermer les dépouilles d’une divinité mortifère. »24.
    Sur les dangers de l’interprétation littérale

« Quand certains aujourd’hui encore citent l’écrit indiscutable, il est utile de rappeler qu’un texte est sacré si l’on accepte que son message n’est pas clôturé par son sens premier et si l’on se refuse à l’instrumentaliser. »25.

Sur la polémique suscitée par les décisions liées au Mur des Lamentations

En juillet 2017, dans un supplément intitulé « Le Kotel appartient à tous les Juifs » de la revue Tenou’a, Delphine Horvilleur condamne la décision du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, revenu sur son engagement de créer un espace de prière égalitaire et mixte au mur des Lamentations à Jérusalem26.

Décorations

Elle est mariée à l’économiste Ariel Weil, maire du 4e arrondissement de Paris (2017)29, puis maire de Paris Centre (2020)30. Le couple a trois enfants22.

Voir ses Œuvres et l’article entier à cette source : Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Delphine_Horvilleur

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    Entretien - Delphine Horvilleur : « Je suis juive et féministe, mais pas féministe juive » - Thierry Keller- 17 septembre 2019 – Document ‘usbeketrica.com/fr’
    On a parlé d’avenir avec la plus célèbre des femmes rabbins. De l’avenir des religions, mais pas que…

Thierry Keller

Delphine Horvilleur : « Je suis juive et féministe, mais pas féministe juive »

Photo- Nous avons rencontré Delphine Horvilleur, une des quatre femmes rabbins de France, pour parler d’avenir au sens large. Au final, il fut beaucoup question d’identité(s). Dans un monde traversé par les assignations essentielles, comment se frayer un chemin entre le « je » et le « nous »  ? Éléments de réponses avec une femme érudite, mais aussi pleine d’autodérision.

Difficile de poser des questions à Delphine Horvilleur auxquelles elle n’a pas déjà répondu depuis deux ans, tant la plus célèbre des femmes rabbin est sollicitée ces derniers mois de toutes parts et sur tous les sujets. Antisémitisme, avenir des religions, féminisme, identités, République… L’autorité morale et intellectuelle acquise par l’ancienne étudiante en médecine et journaliste, devenue la voix du Mouvement juif libéral de France (MJLF), est une denrée très recherchée pour qui se met en quête d’un discours rationnel en ces temps de trouble politique, voire métaphysique.

On a vu Delphine Horvilleur lors de la commémoration de l’attentat de Charlie Hebdo, en janvier 2018, sur la scène des Folies Bergère, dans les arènes d’Arles cet été dans le cadre du festival Les Napoléons pour parler transmission, on l’a entendue défendre son dernier essai, Réflexions sur la question antisémite (Grasset, 2019) à la radio et à la télévision, répondre à une interview fleuve pour la revue duCrieur sur l’enjeu spirituel au XXIe siècle, on l’a même surprise cet été au micro de Léa Salamé évoquer son amour pour l’« œuvre philosophique » de Jean-Jacques Goldman lors de l’émission « Femmes puissantes » sur France Inter.

L’« affaire » Yann Moix, qui a occupé dans les grandes largeurs la rentrée littéraire et médiatique, allait nous donner l’occasion de l’interroger, hélas, sur un sujet « neuf ». Raté  ! Le site parodique Jewpop nous avait devancés, en prêtant à la rabbine (oui, ça se dit) des propos évidemment apocryphes : « Je suis effondrée… Yann et moi, c’était le combo gagnant  ! On aurait été les Beyoncé/Jay-Z de la littérature philosémite  ! C’était le Goncourt assuré pour notre formidable projet sur les enfants battus dans les familles juives (…) Je vais encore devoir écrire des trucs sur l’antisémitisme et les femmes, fait chier  !  ».

Devant un allongé, dans ce café bruyant du Marais où elle a ses habitudes, Delphine Horvilleur, badine : « Je suis bien contente qu’ils l’aient fait à ma place, parce que j’avais refusé de m’exprimer là-dessus. » C’est pourtant bien sur l’affaire Moix, un cas d’école, que porte le début de l’entretien. Avant de s’étendre à bien d’autres sujets où l’esprit de cette femme éclectique, entre interprétation des textes sacrés et références à la culture populaire, vagabonde avec aisance.

Usbek & Rica : Plus sérieusement, que peut-on penser des réactions en chaîne qui ont suivi les révélations sur le passé antisémite de Yann Moix  ?

Delphine Horvilleur : La position dans laquelle je me reconnais le plus est celle de Marc Weitzman dans Le Monde  : « Si on avait voulu démontrer que les Juifs contrôlent les médias, on ne s’y serait pas pris autrement. » C’est ce qui me dérange le plus dans cette affaire : elle est une occasion, à travers le déballage qu’elle suscite et les acteurs qui y sont impliqués, de faire une démonstration qui conforte les fantasmes antisémites. La puissance des Juifs, leur capacité à manipuler l’opinion, l’organisation de la « communauté » juive…

« L’antisémitisme n’est pas le problème des Juifs, mais de la société dans son ensemble »

J’ai reçu des coups de fil de vos confrères me demandant quelle était la réaction de la communauté juive, des leaders du judaïsme. Or j’ai l’impression d’avoir répété depuis des années que l’antisémitisme n’était pas le problème des Juifs, mais de la société dans son ensemble. Il y a une passion antisémite qui est exacerbée dans cette histoire. Finalement, peu importe qu’on prenne position pour ou contre, on active le « langage antisémite ». Le peu que j’ai appris ces dernières années en essayant de m’intéresser au phénomène antisémite en France, c’est qu’il est beaucoup plus intéressant de comprendre à quel moment, dans une société, on parle la langue de l’antisémitisme, plutôt que de savoir si les gens sont antisémites ou pas. Cette langue, on en connaît les repères : la capacité à contrôler le monde, à avoir du pouvoir sur une situation… De ce point de vue, l’affaire Moix possède tous les condiments, les épices, pour l’activer.

On est donc piégés  ?

Oui, la question de savoir si Moix a pu changer n’est ni bonne ni mauvaise. Tout à coup, tout le monde s’engage dans un débat théologique sur la repentance, voire un débat psychanalytique. Si on parle de repentance – et là j’enfile ma barbe de rabbin pour le dire – alors il faut être clair : aucune repentance ne peut se faire sous les spotlights. Une repentance s’accompagne d’une humilité, d’une vraie traversée du désert. Ce n’est pas un hasard si dans tant de scènes bibliques, évangéliques ou coraniques, le personnage se tape une sacrée traversée du désert, au sens littéral  ! Le désert, la solitude, l’ombre, la nuit… Je suis prête à entendre la repentance de n’importe qui, mais je trouve difficile d’imaginer que ça puisse advenir dans le tumulte. Il faut le laisser passer autrement cette nuit.

Yann Moix sur le plateau de l’émission

Yann Moix sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché », sur France 2

Moix est passé d’un antisémitisme radical à un philosémitisme tout autant radical. N’est-ce pas l’une des marques du rapport étrange à la « question juive »  ?

J’ai écrit dans mon livre que je me méfie du philosémitisme parce que s’il n’y a pas de raison de détester les Juifs, il n’y a pas non plus de raison de les aimer plus que les autres. Dans la fascination que l’identité juive peut susciter, réside de ce qu’appellerais un statement autobiographique. Ça vient raconter quelque chose sur la personne qui déploie cette fascination. Qu’elle soit mortifère ou qu’elle la porte aux nues.

« Je pense, de façon assez pessimiste, qu’on ne viendra jamais à bout de l’antisémitisme, qui a une capacité mutante extraordinaire »

N’est-ce pas décourageant d’admettre comme inatteignable la quête de banalité du judaïsme  ? Peut-on imaginer un jour où les Juifs ne seront ni haïs, ni aimés, mais considérés comme des êtres humains « comme les autres »  ? 

Je pense, de façon assez pessimiste, qu’on ne viendra jamais à bout de l’antisémitisme, qui a une capacité mutante extraordinaire. Précisément parce qu’il se réinvente en se structurant sur les mêmes schémas qui sont de l’ordre de la faille existentielle, et qui racontent toujours celui qui l’énonce et non celui dont il parle.

Vous ne croyez donc pas aux « habits neufs » de l’antisémitisme  ? 

Je veux bien qu’on parle d’« habits neufs », mais ça ne change rien au fait qu’on retrouve sans cesse les socles du bon vieil antisémitisme : pour l’antisémite, l’Autre possède une chance, une baraka, qui aurait dû être siennes et dont il a été usurpé. De même, le Juif a à ses yeux une capacité polluante. Je ne serais pas du tout surprise, par exemple, qu’à l’avenir surgissent des accusations d’attaque environnementale. On a souvent accusé les Juifs d’empoisonner des puits ou des enfants… Il y a donc plein de choses qui vont permettre de réactiver encore et encore le langage antisémite. Mais si je suis pessimiste, ça ne veut pas pour autant dire qu’il faut rester bras ballants : on doit être capable d’aiguiser notre écoute pour ne pas tomber dans le piège, parfois de bonne foi, du langage antisémite. Parfois même dans la soi-disant « défense inconditionnelle de l’État d’Israël », on retrouve les marqueurs d’un antisémitisme ancestral. Cela oblige tout le monde, même les Juifs, même moi, à s’interroger sur la façon dont on nourrit un discours propice aux clichés antisémites.

Image à la une : Delphine Horvilleur lors d’une intervention à la librairie d’Épernay, le 27 février 2019 / G.Garitan - CC BY-SA 4.0

Image à la une  : Delphine Horvilleur lors d’une intervention à la librairie d’Épernay, le 27 février 2019 / G.Garitan – CC BY-SA 4.0

En finir avec les clichés sur les Juifs ne supposerait-il pas d’en finir avec la « spécificité juive » dont vous parlez dans Réflexions sur la question antisémite, à savoir cet arrachement à l’identité qui est finalement le propre de l’identité juive  ? N’y a-t-il pas là un paradoxe indépassable  ?

Ce que je vais vous répondre est très juif, et c’est pour ça que plein de Juifs ne seraient pas d’accord avec moi : ce qui est juif, c’est de s’arracher à sa condition de naissance, mais de ne jamais considérer qu’on est arrivés. Or, aujourd’hui, on entend deux discours, l’un de l’identité immuable, l’autre de la réinvention : d’un côté ceux qui vous disent qu’on n’est que ses origines, son essence ou sa naissance  ; de l’autre qu’on a bien le droit de devenir ce qu’on sent qu’on est au fond (« Ma vérité, c’est purement mon ressenti et n’a rien à voir avec ce que la société a dit que j’étais »). Mais dans ce chemin fini, on retrouve l’image miroir de l’obsession identitaire inchangée…

« D’un côté comme de l’autre, il y a autour de nous un nombre incroyable de gens qui ont envie d’être enfermés dans un statu quo identitaire »

Je vous invite à regarder cette super série, Transparent, où un père de famille annonce à ses enfants qu’il va changer de sexe, et qui pose bien toutes ces questions. Certes, quelque chose dans l’expérience juive encense la trans-identité, mais on est entourés de gens, en ce moment, d’un bout à l’autre du spectre, qui vous disent : « Voilà qui je suis et voilà qui j’ai fini d’être. Soit parce qu’on me l’a dit et que c’est comme ça, soit parce que je l’ai décidé et que c’est fini une fois pour toutes ». Je trouve ça troublant. D’un côté comme de l’autre, il y a autour de nous un nombre incroyable de gens qui ont envie d’être enfermés dans un statu quo identitaire, dans un « c’est fini ».

Pourtant, on voit souvent la technologie comme un accélérateur d’émancipation : « techniquement », je peux être un autre : une femme si je suis un homme, un cyborg, et même pourquoi pas un animal. Alors la technique nous enferme-t-elle ou bien nous libère-t-elle  ? Ne permet-elle pas de passer du « nous » au « jeu », ce qui serait d’ailleurs une interprétation très talmudique des dix commandements  ?

C’est la problématique sur laquelle je travaille en ce moment. Cela fait des années que j’ai le sentiment de dénoncer le « nous » étouffant des communautés, ce « nous » ethnique ou religieux qui empêchait un grand nombre de personnes de parler à la première personne du singulier, alors que la promesse républicaine était précisément de pouvoir dire « je ». Mais on ne peut pas seulement dire « je ». Le « nous » existe toujours, même si je trouve très problématique de commencer mes phrases par « Nous les Juifs », ou « Nous les femmes ». J’adore cette phrase d’Amos Oz : « Nous les Juifs sommes incapables d’être d’accord avec une phrase qui commence par Nous les Juifs »  ! On peut donc dire pareil des femmes ou des Français (que veut dire une phrase qui commence par « Nous les Français »  ??) Mais il n’empêche qu’on est condamnés à vivre avec des tentations de définition de « nous ». On ne peut pas vivre sans ça.

En tant que juive, je conçois l’idée qu’il y a un « nous », un peuple. Sinon il me serait difficile d’être rabbin  ! Autant inventer un « delphinisme »  ! (rires) Dès lors qu’on accepte une tradition, on est obligés d’accepter un « nous ». Le seul « nous » dans lequel je pourrais me connaître serait un nous qui sait qu’il ne parle pas d’une seule voix. Cela peut paraître trivial, mais c’est très difficile à construire. Le seul « nous » vivable, à mon sens, est le nous polyphonique. Un « nous » capable d’entendre les voix diverses qui le composent. Dans le monde juif, c’est un sujet de tension permanente  ! Certains veulent à tout prix s’imaginer un groupe monolithique, uni dans ses pratiques ou ses convictions.

Mais ce « nous » polyphonique, peut-il s’organiser  ? Prenons le cas de la France : on fait comment  ? 

La vision jacobine de l’histoire de France a toujours cherché à écraser les voix discordantes pour faire émerger une seule voix qui parle pour le groupe. Mais ça ne marche plus, il faut trouver une formule où on peut encore dire « nous » tout en entendant la polyphonie du groupe, y compris au sein des sous-groupes qui la composent. Et en disant ça, je ne réclame pas que chaque sous-groupe (les Basques, les Noirs, les Bretons, les Juifs, etc.) accède à je ne sais quelle représentativité  ; c’est tout l’inverse. Ce sera très difficile à réaliser, je crois, mais c’est ce vers quoi il va falloir s’engager pour ne pas être contaminé par ce qui se passe sur certains campus américains et les débats sur l’appropriation cultuelle.

« Face au repli identitaire actuel, lire Romain Gary / Emile Ajar est une mise en garde salutaire »

Quand vous dites que vous travaillez là-dessus, c’est pour un prochain essai  ?

Eh bien je n’avais pas prévu d’en parler, mais je travaille aujourd’hui autour de l’œuvre d’Emile Ajar. Je vois dans ce personnage fictif, créé par Romain Gary, un guide intéressant pour mieux cerner ce que nos sociétés traversent, politiquement ou religieusement. Avec Ajar, Gary ne cesse de dire qu’il est lui-même parce qu’il est un autre. Il refuse l’identité figée. Il est autant un python qu’un petit garçon musulman hébergé par une vieille femme juive. Face au repli identitaire actuel, lire Gary/Ajar est une mise en garde salutaire.

Romain Gary Photo  : Romain Gary / © DR

On ne peut donc pas recommencer sa vie à zéro comme les transhumanistes ou les ‘libertariens’ le réclament  ? 

Voilà : que ça nous plaise ou pas, nous sommes les enfants de nos parents. Cela renvoie à l’obsession actuelle pour les tests ADN. Plein d’amis à moi s’y sont prêtés, et j’ai trouvé fascinant que chacun exhibe ses résultats avec fierté, ses 4% sénégalais, ses 10% grecs etc… J’ai donc fini par céder.

Vraiment  ? Vous avez fait un test ADN  ?

Je n’en suis pas très fière, mais oui. J’étais à la recherche de ma propre part d’exotisme, comme tous mes amis et ils m’ont lancé un défi. J’ai reçu mes résultats, et en cliquant dessus, déception  ! S’affiche le verdict suivant : « 100% Juive ashkénaze ». Ça valait bien la peine. Je me suis sentie nulle. Ça fait des années que j’enseigne le fait qu’il n’y a pas de pureté. En même temps, de la part des « puristes » juifs qui m’accusent d’être une usurpatrice qui « sans doute n’est pas vraiment juive », j’ai une preuve irréfutable à leur apporter. Que ces obsédés de l’identité m’apportent leurs résultats  ! (rires)

« L’utilisation quotidienne de la technologie et des réseaux produit l’inverse du but recherché, comme un infra-texte, un enfermement »

Avez-vous conscience d’être devenue au fil des années une figure à la fois rabbinique et non religieuse, à la fois très républicaine mais capable de dialoguer avec la mouvance différentialiste  ? Ce point d’équilibre est-il difficile à tenir dans un espace public très clivé  ? 

C’est encore une affaire de nous et de polyphonie. Comment fait-on pour créer encore des liens avec d’autres mondes  ? Ce n’est pas facile. Mais mon rabbinisme a beaucoup à voir avec le rapport au texte. La façon de faire parler les mots, de jouer avec le langage, d’interpréter le texte. J’ai créé, en plus du magazine Tenoua, un cercle d’étude appelé l’« atelier Tenoua » : une fois par mois, je choisis un texte, je fais une brève intro, et par petits groupes les participants se penchent dessus, l’analysent, le détricotent, le retricotent…

Le numéro d’été 2016 de la revue Tenoua, dont Delphine Horvilleur est directrice de la rédaction.Le numéro d’été 2016 de la revue Tenoua, dont Delphine Horvilleur est directrice de la rédaction.

Cette passion pour le texte renvoie à mon avis aux promesses non tenues par Internet, le trésor de l’hypertexte. Finalement, l’utilisation quotidienne de la technologie et des réseaux produit l’inverse du but recherché, comme un infratexte, un enfermement. Prenez l’intelligence artificielle : l’étymologie nous enseigne que l’intelligence signifie « lire entre », inter-legere. C’est exactement ce que le numérique ne peut pas faire. Il n’y a pas d’interlecture quand il y a des zéros et des uns, pas de 0,5. Or, l’intelligence, c’est du « zéro virgule… »

Vous dites que le lecteur est plus important que l’auteur…

Oui. Je suis fasciné par les moments où les gens lisent dans vos textes ce que vous n’avez pas écrit.

« Les religions du livre sont enfants du patriarcat et non du féminisme »

Vous arrive-t-il d’être d’accord avec leur interprétation  ?

Oui, mais pas toujours. J’ai lu des interviews de femmes voilées militantes disant qu’elles avaient trouvé dans mes livres des sources d’inspiration. Simplement parce que j’avais dit qu’on peut être féministe et attaché à une tradition. Cela m’a poussé à écrie une postface à En tenue d’Eve (Grasset, 2013). J’ai dû expliquer que je suis juive et féministe, mais pas féministe juive. Je ne crois pas qu’il y ait du féminisme dans le texte. Quand on commence à prêter au texte un agenda féministe, c’est la porte ouverte à toutes les mauvaises foix de lecture. Ce serait malhonnête. Il existe un devoir de contextualisation relevant de la bonne foi religieuse et historique. Les religions du livre sont enfants du patriarcat et non du féminisme. À nous de décider ce dont elles seront les parents…

A contrario, que penser d’une certaine forme de féminisme qui voudrait extirper de l’Histoire des figures féminines oubliées  ? N’est-ce pas là une tentative de réécriture de l’Histoire  ?

Oui, les femmes ont été écartées de l’Histoire, et il faut le dire. Les femmes, que ça nous plaise ou pas, ont été l’Autre de l’Histoire. Et je ne vois pas l’intérêt de réécrire l’Histoire comme si elles avaient été le Même. Nous sommes héritières d’une histoire où l’on a été l’Autre. Il ne s’agit pas d’accepter cette éclipse historique comme un ordre des choses, mais de ne pas le nier.

Avez-vous une lecture rabbinique de la collapsologie contemporaine  ? Peut-on dire que les hommes doivent expier leurs péchés du fait d’avoir détruit la planète par un trop plein d’hubris  ?

Le judaïsme a sans doute un discours un peu à part car il condamne moins la Technique que d’autres religions. D’un point de vue rabbinique, l’eschatologie renvoie à l’image de la tour de Babel, ou de Sodome et Gomorrhe… c’est-à-dire à des mondes qui s’achèvent, qui ne sont pas la fin du monde, mais la fin d’un monde, à chaque fois reposant sur des enjeux éthiques : Babel s’effondre parce que les hommes ne parlent que d’une seule langue, alors que le projet divin est qu’ils en parlent plusieurs. Quant à Sodome et Gomorrhe, il n’y a pas de faute à caractère sexuel, contrairement à la lecture communément admise : Sodome s’effondre car elle est incapable d’accueillir l’étranger, ne partage plus les richesses, mais les garde pour elle.

« Loth et sa famille quittant Sodome » / Tableau de Pierre-Paul Rubens (1625)

Reproduction - « Loth et sa famille quittant Sodome » / Tableau de Pierre-Paul Rubens (1625) / © Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

Cela dit, le messianisme a le vent en poupe dans toutes les religions aujourd’hui et trouve aussi des traductions dans le monde juif. Il y a actuellement des Juifs qui affirment que le retour à Sion marque la fin de l’Histoire, qu’on est entré dans un temps post-historique. Un célèbre philosophe juif, Yeshayahou Leibowitz, le dénonçait déjà il y a des dizaines d’années : il disait que le judaïsme affirme que le messie va venir. Dès qu’il dit que le messie est là (ou que le peuple juif a fini son histoire), c’est fini, il cesse d’être fidèle à lui-même. Dès que vous êtes dans un « ça y est », c’est terminé.

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Image à la une : Delphine Horvilleur / © DR

Source : https://usbeketrica.com/fr/article/je-suis-juive-et-feministe-mais-pas-feministe-juive

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