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"La surconsommation, c’est l’impasse : la sobriété, un pilier de la transition écologique et un nouveau paradigme qui s’impose, un défi et une nécessité pour répondre à l’urgence climatique mais aussi … une récupération idéologique ?" par Jacques Hallard

dimanche 17 juillet 2022, par Hallard Jacques


ISIAS Economie Ecologie Energie Sobriété Frugalité

La surconsommation, c’est l’impasse : la sobriété, un pilier de la transition écologique et un nouveau paradigme qui s’impose, un défi et une nécessité pour répondre à l’urgence climatique mais aussi … une récupération idéologique ?

Jacques Hallard , Ingénieur CNAM, site ISIAS – 14/07/2022

NB. Ce titre est un patchwork composé d’expressions qui figurent dans les articles choisis pour réaliser ce dossier à usage pédagogique et axé sur la sobriété écologique, économique … et énergétique.

Sobriete energetique

La sobriété énergétique résumée en une image… - « C’est l’affaire de tous, dont les collectivités locales… et des gestes simples à appliquer chez soi ». Source de lecture recommandée pour les gens très pressés : http://www.hetrevitvent.fr/pages/nos-actions/protection-de-l-environnement/economies-d-energie.html - « Association Hêtre vit vent »

negawatt

Rappel - Source ‘Scénario négaWatt’ qui « confirme la possibilité technique d’une France utilisant 100% d’énergies renouvelables en 2050, tout en atteignant la neutralité carbone ».

Plan du document : Préambule Introduction Sommaire Auteur


Préambule rétrospectif

« Les mots du ‘jour d’après’ : sobriété, frugalité » - 17 avril 2020 - Auteur : Florent Andrillon Energy, Utilities & Chemicals / Capgemini

Sobriété et frugalité, deux mots qui sont largement utilisés dans les débats entre ‘déclinistes’ et adeptes de la croissance durable, et qui prendront de l’ampleur avec l’évolution de nos comportements et les démarches volontaristes de relance « verte »

Ces termes s’appliquent aujourd’hui très bien à la crise sanitaire mondiale sans précédents que nous traversons : sobriété dans nos déplacements pour limiter la transmission du virus, et frugalité pour économiser nos ressources jusqu’à la fin du confinement.

Cette pandémie de COVID-19 démontre de façon dramatique la forte dépendance des enjeux d’environnement, de santé, de social et d’économie. La disparition des écosystèmes est ainsi évoquée
[1] comme l’une des causes du développement des coronavirus. Et en nous forçant à stopper l’essentiel de nos activités industrielles et de nos déplacements, cette pandémie pourrait provoquer à court terme un recul des émissions mondiales de CO₂ de l’ordre de 5 Gt, soit 10 fois la baisse observée en 2009.

La Chine, qui est à l’origine de près du tiers des émissions mondiales de CO₂, a connu une diminution de ses émissions d’au moins un quart entre le 3 février et le 1er mars 2020, comparé à 2019, soit l’équivalent de la moitié des émissions annuelles britanniques. A ce stade il est difficile de prédire si les émissions augmenteront à nouveau comme après la crise financière de 2008 ou si leur progression demeurera ralentie comme l’économie mondiale, dont les prévisionnistes n’indiquent pas un redémarrage avant au mieux le quatrième trimestre 2020.

Concilier relance et « pacte vert » : mission impossible ?

Les risques sanitaires et climatiques sont non seulement liés mais similaires à bien des aspects, notamment par leurs aspects systémiques et leurs conséquences physiques directement mesurables. Il faudra donc tirer les leçons de la pandémie et profiter de la décennie qui s’ouvre pour les mettre en application et lutter contre le changement climatique. Mais en aurons-nous les moyens ?

Alors que la COP26 a été reportée à 2021, nous pourrions être tentés de repousser encore le tas de sable pour nous focaliser sur la sortie de crise. Certaines voix appellent déjà par ailleurs à remettre à plus tard d’importants investissements liés à la transition énergétique et écologique.

Ainsi le développement des énergies renouvelables sera sans doute fortement impacté par deux défis majeurs de la crise du COVID-19 : les perturbations de la chaîne d’approvisionnement qui peuvent entraîner des retards dans l’achèvement des projets et la baisse probable des investissements en raison de la pression sur les budgets publics et privés combinée à l’incertitude sur la demande future d’électricité.

La question est donc la suivante : la pandémie sera-t-elle un accélérateur des transformations structurelles de notre modèle de production et de nos modes de vie pour éviter le réchauffement climatique ? Rien n’est joué : avec un prix du pétrole réduit de 66% depuis début mars, la tentation d’une reprise adossée aux énergies fossiles constituerait une dangereuse solution de facilité qui reviendrait à maintenir le statu quo.

À court terme, les plans de relance que préparent les institutions internationales et les gouvernements seront focalisés sur la santé, l’emploi et le soutien aux entreprises. L’enjeu est donc d’aller plus loin : favoriser les investissements dans la mobilité sobre, les énergies renouvelables et le stockage d’énergie, dans le bâtiment ‘vert’ et la rénovation énergétique, les infrastructures ‘vertes’, l’efficient manufacturing ou encore l’économie circulaire.

Quelques pistes de réflexion pour orienter le débat d’une relance verte

  • Logistique & Commerce en ligne : les secteurs de la distribution en ligne et de la livraison intra-urbaine devraient être tenus d’accélérer le passage de leurs flottes vers des véhicules électriques ou hybrides, garantissant ainsi une meilleure qualité de l’air (certaines études récentes semblant démontrer que le COVID19 s’est propagé plus rapidement là où la pollution de l’air est la plus élevée plus grave)
    [2] et un soutien à l’industrie automobile. Dans le même ordre d’idées, cela pourrait être le moment de lancer ou d’accélérer le remplacement des bus et des véhicules publics par des véhicules électriques et hybrides.
  • Energies bas carbone : les coûts des énergies renouvelables sont déjà bas et devraient le rester. En revanche leur intégration dans le réseau reste un challenge économique, technique et règlementaire à de nombreux endroits. Le stockage, la recharge intelligente de véhicules électriques, et les outils de gestion intelligente d’ajustement à la demande notamment devraient bénéficier de capitaux pour être mis à l’échelle et déployés massivement. De même, les technologies émergentes comme le graphène pour le stockage, l’hydrogène d’origine renouvelable ou la capture et la séquestration de carbone nécessitent encore des investissements majeurs pour en réduire les coûts et les développer.
  • Territoires durables : les villes et territoires pourraient systématiser la mise en place de solutions digitales permettant des économies d’énergie (éclairage intelligent, bâtiments publics « intelligents », optimisation des ramassages de déchets, …) dans leurs plans de développement.
  • Efficacité énergétique : c’est un autre domaine clé qu’il faudrait favoriser. Depuis 2014, les économies d’énergie n’ont pas été suffisantes en Europe pour compenser l’impact de la croissance économique, des normes de confort de chauffage et de climatisation plus élevées et des changements de style de vie (sur ce point vous pouvez consulter le chapitre Climat de notre dernier Observatoire mondial des marchés de l’énergie https://www.capgemini.com/fr-fr/etudes/observatoire-mondial-des-marches-de-l-energie2019/). Et compte tenu de l’effondrement de la demande, les prix du pétrole, du gaz, du charbon et du carbone devraient rester bas pendant une longue période, réduisant ainsi sa justification économique. Mais il faudra au contraire accélérer sinon, lorsque la demande rebondira, nous constaterons non seulement que les émissions s’envolent à nouveau, mais que les prix de l’énergie augmentent aussi, contribuant ainsi à ralentir la reprise économique.
    Nous avons esquissé récemment les contours du futur paysage énergétique mondial (https://www.capgemini.com/fr-fr/2020/03/quel-paysage-energetique-en-2040-2050/). L’ampleur des progrès mondiaux vers un avenir décarboné dépendra de l’intensité des facteurs clés combinées que sont la demande d’énergie, l’évolution du mix énergétique, les conditions réglementaires, le développement des technologies fondamentales de l’énergie et du digital, ainsi que d’autres facteurs liés au changement profond des comportements des consommateurs.

Transformation durable de nos comportements et nécessaire réinvention de nos modèles

Outre les stimuli économiques, il y a fort à parier que nos comportements seront profondément modifiés par cette pandémie, réduisant ainsi les émissions de gaz à effet de serre associées.

  • Solutions de collaboration ou d’enseignement à distance  : le travail à domicile devient – pour ceux dont la profession le permet – la norme. A la fin du confinement, certaines entreprises, par principe de précaution, souhaiteront sans doute mettre en place pendant au moins une période tampon, le travail à distance pour maintenir les gestes barrières Certains salariés pourraient l’exiger, au moins partiellement, une fois le confinement fini ; et leurs employeurs seront sans doute plus à l’aise pour le permettre (à ce sujet vous pouvez consulter notre dernière étude sur la façon de diriger, de motiver et de collaborer dans un environnement virtuel  https://www.capgemini.com/fr-fr/2020/04/faciliter-collaboration-virtuel/).
  • Voyages & déplacements : les voyages d’affaires seront réduits dans les mois à venir et probablement au-delà. On acceptera sans doute beaucoup moins de prendre un avion pour un déplacement d’une journée et des réunions qui auraient pu se faire à distance. On voit d’ailleurs émerger de nouveaux formats de conférences entièrement en ligne, en lieu et place des évènements qui devaient se tenir physiquement ces dernières semaines. Les fournisseurs d’équipements de vidéo-conférence et même de visioconférence holographique ont de beaux jours devant eux. Il faudra aller plus loin, et envisager des solutions compatibles avec les attentes environnementale (de type Green IT) pour que le remède ne soit pas pire que le mal en matière d’émissions de CO₂.
  • Mobilité : l’essor des solutions de mobilité « sobre », mises en lumière dans les grands centres urbains en France lors des grèves de transports publics, se renforceront sans doute. Les solutions multimodales, telles que le compte personnel de mobilité (solution en cours de co-développement par ‘La Fabrique des mobilités’ et Capgemini : https://wiki.lafabriquedesmobilites.fr/wiki/Compte_Mobilit%C3%A9) et l’extension du réseau existant de pistes cyclables seront vraisemblablement plus populaires auprès des populations souhaitant éviter la promiscuité des transports en communs, lieu favorisant la diffusion virale.
  • ‘Supply chain’ : dans l’industrie, les mouvements de relocalisation, déjà à l’étude ces dernières années vont sans doute s’accélérer, même s’ils ne seront pas immédiats. Les déplacements internationaux de marchandises seraient ainsi réduits. Afin de raccourcir les chaînes d’approvisionnement, et ainsi réduire les émissions importées – scope 3, il est probable que des solutions telles que les impressions 3D connaissent un nouvel essor. De même, le débat sur la nécessité de relocaliser la chaine de valeur des batteries en Europe sera sans doute plus que jamais d’actualité tant la crise actuelle souligne les problématiques de sécurité d’approvisionnement dans le domaine des véhicules électriques (nous avions évoqué ce sujet dans un récent point de vue sur la stratégie batterie européenne https://www.capgemini.com/fr-fr/2019/09/raffinage-du-lithium-loublie-de-la-strategie-batterie-europeenne/).
  • Agro-alimentaire & Déchets : la sécurité alimentaire sera plus que jamais une priorité des états et des citoyens. On peut donc espérer dans les secteurs de la distribution et de l’agro-alimentaire une accélération des modèles circulaires réduisant le gaspillage et favorisant la revalorisation des déchets (waste to energy) ; ainsi que de la consommation locale. Dans notre dernière étude consacrée à l’économie circulaire nous présentons une approche pour aider les organisations à comprendre et évaluer leur impact actuel et pour les aider à identifier les opportunités liées à ce modèle (https://www.capgemini.com/wp-content/uploads/2019/12/Circular-Economy_POV-2.pdf).
    Tous les secteurs sont donc impactés par cette remise à plat et ces changements. Plus que jamais la question est de savoir si nous, individus, entreprises, investisseurs et pouvoirs publics, saisirons l’occasion pour transformer durablement nos modèles vers plus de sobriété énergétique et de frugalité dans l’usage des ressources naturelles. Il est d’ores et déjà intéressant d’observer que les fonds ESG résistent globalement mieux à la chute des cours de bourse
    [3]. La pression des investisseurs pour mieux prendre en compte les enjeux sociétaux et environnementaux dans les stratégies des entreprises ne ralentira probablement pas. Les comités de direction devront vont certainement devoir revisiter leur business models et leurs stratégies pour les aligner avec les 17 objectifs de développements durables de l’ONU.

Dans Sustainable Business Revolution 2030 (https://www.capgemini.com/resources/the-sustainable-business-revolution-2030/), nous soulignions que la seule façon d’avoir un impact substantiel sur le changement climatique est de coopérer dans des écosystèmes de grande envergure avec un seul objectif commun d’aller vers du net zéro.

« Cela exigera une réinvention radicale des modèles commerciaux, une collaboration ouverte et des choix technologiques axés sur la sobriété ».


[1] https://www.courrierinternational.com/article/coronavirus-la-destruction-des-ecosystemes-par-lhumain-favorise-lemergence-depidemies


[2] https://www.theguardian.com/environment/2020/apr/07/air-pollution-linked-to-far-higher-covid-19-death-rates-study-finds


[3] https://www.ft.com/content/46bb05a9-23b2-4958-888a-c3e614d75199

Tous droits réservés Capgemini. Copyright © 2022 - Source : https://www.capgemini.com/fr-fr/2020/04/le-jour-dapres-sobriete-frugalite/

CAPGEMINI DEMS FRANCE - Fiev

« https://www.capgemini.com/fr-fr/Capgemini est une entreprise de services du numérique française créée par Serge Kampf en 1967 à Grenoble, sous le nom de Sogeti. Il s’agit du cabinet de conseil qui a le plus gros chiffre d’affaires du pays et elle figure parmi les dix plus grosses du secteur au niveau mondial ». Wikipédia

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Introduction

Après ce préambule rétrospectif sur ‘Sobriété Frugalité’, ce dossier tente de réunir une série d’articles orientés vers une invitation à la sobriété, voire à la frugalité, dans nos projets, nos choix et nos actions, afin qui soient plus compatibles avec les nécessités actuelles pour assurer un monde vivable, viable et équitable [Durabilité], un avenir durable pour les générations futures sur la planète Terre.

Voir au préalable le Rapport mondial de suivi sur l’éducation - La planète : vers la durabilité environnementale – Document UNESCO – Sous titres :

Les comportements humains ont provoqué une crise environnementale

L’apprentissage est une clé pour résoudre ces problèmes

L’approche contemporaine : l’apprentissage par l’école

L’approche traditionnelle : l’apprentissage communautaire

L’approche tout au long de la vie : l’apprentissage dans le travail et la vie quotidienne

L’adaptation au changement climatique passe par une approche intégrée de l’apprentissage…

Le contenu de ces chapitres est à retrouver sur ce site : http://gem-report-2016.unesco.org/fr/chapter/la-planete-vers-la-durabilite-environnementale/

Rappel en cas d’utilité – (Re)voir également une réflexion personnelle qui avait été exposée et mise en ligne sur ce site :

’Comment (re)connaître nos besoins essentiels ?’ par Jacques Hallard - Jeudi 02 mai 2013 - Plan de l’étude :
1. Nécessité de définir nos besoins avant de chercher à les satisfaire
2. Qu’entend-on effectivement par besoin, désir, envie ?
3. Les cinq facteurs psychobiologiques de l’existence quotidienne des humains
4. La distinction des besoins hiérarchisés d’après la pyramide d’Abraham Maslow
5. Application avec les huit besoins fondamentaux choisis en marketing
6. Les quatorze besoins essentiels selon Virginia Henderson
7. Extension de l’approche de Virginia Henderson appliquée aux enfants
Conclusion

Document complet, avec de nombreux liens à télécharger iciSource

L’attention a été attirée en juin 2022 par une surprenante tribune – et inattendue de ce côté là - de mise en garde intitulée « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », un appel des patrons d’Engie, EDF et TotalEnergies !

« Engie est un groupe industriel énergétique français. C’est le troisième plus grand groupe mondial dans le secteur de l’énergie, hors pétrole, en 2015. Son principal actionnaire est l’État français, qui détenait un quart du capital jusqu’en 2019… » Wikipédia

« Edf Électricité de France est une entreprise française, de production et de fourniture d’électricité, détenue à plus de 80 % par l’État. L’entreprise est le premier producteur et le premier fournisseur d’électricité en France et en Europe… » Wikipédia

« TotalEnergies Électricité et Gaz France SA, anciennement Total Direct Énergie, est un fournisseur et producteur français privé, d’électricité et de gaz, qui est présent sur le marché français depuis 2003, filiale de la compagnie pétrolière française TotalEnergies… » Wikipédia

Le présent document présente un travail de recherche documentaire, réalisé à des fins didactiques et reposant sur la notion de sobriété : elle est abordée successivement par une gamme variée d’auteurs qui balaient différents secteurs d’activité incluant l’économie, l’écologie … et l’énergie …

Ce dossier, axé sur la sobriété ainsi passée en revue, expose aussi la 1ère contribution de Christian Gollier sur l’économie et l’écologie dans une série donnée au Collège de France et diffusée par France Culture en juin 2022.

Selon Wikipédia, « Christian Gollier est un économiste belge, actuellement directeur général de ‘Toulouse School of Economics,’ qu’il a cofondé en 2007 et où il a occupé le poste de directeur adjoint de 2007 à 2009, institution co-fondée avec Jean Tirole » [qui est « né le 9 août 1953 à Troyes, dans l’Aube, un économiste français, ingénieur général des ponts et des eaux et forêts… Wikipédia ].

Ensuite, une série de podcasts du HuffPost, intitulée « L’enver(t) du décor », propose un large panorama au choix de 50 enregistrements thématiques sur l’écologie et l’environnement !!! (Auteurs : Grégory Rozières, Matthieu Balu, Pauline Brault).

Finalement, trouve place le début d’un article intitulé « Economie - Vivre sans gagner d’argent : les ‘frugaux’ s’organisent pour ne plus manquer de rien (par Arnaud Dumas pour Novéthic).

Novethic est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations, fondée en 2001, expert de la finance durable et média de référence de l’économie responsable. Novethic combine les approches pour offrir aux acteurs financiers, aux entreprises et à leurs collaborateurs les clés d’une transformation durable. Wikipédia

Frugaux fait aussi référence à la politique de certains états européens – Voir par exemple :

Union européenne : pourquoi parle-t-on de pays ’frugaux’ ? - 17h40, le 6 novembre 2020, modifié à 17h22, le 11 mai 2022 – Par Redaction JDD : « Les Pays-Bas, l’Autrice, le Danemark et la Suède sont surnommés les ’frugal four’. Chaque jour, l’antisèche du JDD vous explique une notion simple pour comprendre l’actualité… - Source : https://www.lejdd.fr/International/union-europeenne-pourquoi-parle-t-on-de-pays-frugaux-4003931

Qui sont les pays dits frugaux ? - Publié le 21.07.2020 - Agnès Faure – « Le groupe des “frugaux” (parfois appelés “les quatre austères” ou “radins”) désigne un ensemble de pays d’Europe centrale et du Nord, hostiles à un budget européen trop important et attachés à l’orthodoxie budgétaire. Il regroupe les Pays-Bas, le Danemark, la Suède et l’Autriche… » - Source : https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/qui-sont-les-pays-dits-frugaux/

D’où vient l’expression ’pays frugaux’, utilisée pour qualifier certains pays de l’Union Européenne ? - Date de la réponse : 19.08.2020 – A lire sur le site suivant : http://institutions.ville-geneve.ch/fr/bm/interroge/questions-recentes/questions/detail/dou-vient-lexpression-pays-frugaux-utilisee-pour-qualifier-certains-pays-de-lue/

Les documents qui ont été sélectionnés pour réaliser ce dossier figurent, avec leurs accès, dans le sommaire ci-après.

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Sommaire

0. Tribune - « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », appel des patrons d’Engie, EDF et TotalEnergies - 22h35 , le 25 juin 2022 , modifié à 13h43 , le 26 juin 2022 – Par Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, Patrick Pouyanné

1. Définition de la Sobriété en écologie et économie selon Wikipédia

2. Sobriété écologique : un modèle pour consommer moins, mais qui peine à convaincre les Français - Publié le : 21/04/2022 - 21:28 - Texte par : Tiffany FILLON – Diffusé par ‘france24.com’

3. L’impératif de la sobriété numérique : l’enjeu des modes de vie – Auteur : Fabrice Flipo (LSH - Département Langues et Sciences Humaines - TEM - Télécom Ecole de Management - IMT - Institut Mines-Télécom [Paris] - IMT-BS - Institut Mines-Télécom Business School - IMT - Institut Mines-Télécom [Paris], LCSP (URP_7335) - Laboratoire de Changement Social et Politique - UPC - Université Paris Cité)

4. Entretien - « Sobriété et fraternité sont les deux mamelles de la transition démocratique et écologique » - Par Jean-Baptiste de Foucauld, Hervé Chaygneaud-Dupuy

5. Une sobriété choisie – Par Nathalie Sarthou-Lajus - Dans Études 2021/7-8 (Juillet-Août), pages 5 à 6

6. Les concepts à l’épreuve des terrains - L’impératif de la sobriété numérique – Par Fabrice Flipo - p. 29-47 - Dossier thématique - 13

7. Enseigner et apprendre les humanités numériques - Vers une éducation à la sobriété numérique - 5

8. Sobriété : ce que les pauvres ont à nous dire – Par Bruno Villalba - Dans Revue Projet 2016/1 (N° 350), pages 39 à 49 - Mis en ligne sur Cairn.info le 26/02/2016

9. Le défi de la sobriété pour répondre à l’urgence climatique - Par Béatrice Madeline, Perrine Mouterde et Adrien Pécout - Publié le 30 mai 2022 à 05h18 - Mis à jour le 10 juin 2022 à 12h22 – Article entier ‘Le Monde’ réservé à nos abonnés

10. Transition écologique : la sobriété plébiscitée - Assises européennes de la transition énergétique - Publié le 01/06/2022 • Par Arnaud Garrigues • Dans ‘lagazettedescommunes.com’

11. Enquête — Alternatives - Sobriété énergétique, la solution oubliée : l’enquête de Reporterre – Accès à 4 reportages - 02 octobre 2021

12. Sobriété : sommes-nous prêts à changer nos habitudes ? Enregistrement ‘France Inter’ – Emission Le téléphone sonne Épisode du vendredi 1er juillet 2022

13. Quelques contributions de Pierre Rabhi sur la sobriété

14. Vivre sobrement de manière épanouie (VU) – Entretien avec Pierre Lorien - 13 juin 2018 - Onpassealacte !

15. Entretien avec Laurence qui vit dans la sobriété et en pleine conscience et ça la rend heureuse (VL) - 04 février 2019 - Onpassealacte !

16. Entretien avec Patrick qui développe l’initiative les ‘Compostiers’ pour sensibiliser les urbains au compost (VL) - Responsabiliser les citoyens face à la gestion des déchets- 30 juillet 2019 - Onpassealacte !

17. « Faire de la sobriété énergétique un choix collectif » : l’appel de 84 dirigeants d’entreprises français - 17h45, le 2 juillet 2022 – Par Rédaction JDD

18. Pourquoi la sobriété est essentielle à la transition écologique – Par Clément Fournier - Rédacteur en chef Youmatter - Publié le 30 avril 2021

19. Quels modèles pour une économie au service de la sobriété ? - Publié le 24 juin 2022 - Clément Fournier - Rédacteur en chef - Youmatter

20. L’instrumentalisation idéologique de la sobriété a commencé - Publié le 27 juin 2022 - Clément Fournier - Rédacteur en chef Youmatter

21. Série des contributions de Christian Gollier sur l’économie et l’écologie, données au Collège de France et diffusées par France Culture en juin 2022

22. Ecologie – Environnement - Le podcast environnement du HuffPost : L’enver(t) du décor - Par Grégory Rozières, Matthieu Balu, Pauline Brault - 18/09/2020 09:06 EST

23. Economie - Vivre sans gagner d’argent : les frugaux s’organisent pour ne plus manquer de rien – Par Arnaud Dumas, @ADumas5 pour Novéthic

Addenda - Énergie – France : en quoi consiste le « plan de sobriété » souhaité par Emmanuel Macron ? - Par Khalil Rajehi - Publié le 14/07/2022 à 14:34 - Mis à jour le 14/07/2022 à 14:44 – Publication ‘cnews.fr’

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  • Tribune - « Le prix de l’énergie menace notre cohésion », par les patrons d’Engie, EDF et TotalEnergies - 22h35, le 25 juin 2022, modifié à 13h43, le 26 juin 2022 – Par Catherine MacGregor, Jean-Bernard Lévy, Patrick Pouyanné
    Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, Jean-Bernard Lévy, président-directeur général d’EDF, Patrick Pouyanné, président-directeur général de TotalEnergies appellent à une sobriété d’urgence face à la flambée des prix de l’énergie. 

Photo - Patrick Pouyanné, Catherine MacGregor, et Jean-Bernard Lévy. (AFP/ERIC DESSONS/JDD/ROMUALD MEIGNEUX/SIPA)

Voici leur tribune : « Depuis maintenant des mois, le système énergétique européen subit de fortes tensions et le système énergétique français n’est pas épargné. Les livraisons de gaz russe par pipeline ont fortement baissé pour certains pays, dont la France. Bien qu’en augmentation, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) sont aujourd’hui encore trop limitées pour compenser ces baisses. Le niveau d’alerte sur les stocks de gaz au niveau européen est dès lors élevé et des mesures de rationnement sont mises en place dans certains pays. Les capacités de production électrique pilotable en Europe sont également en tension à la suite de choix nationaux ou pour des programmes de maintenance. Les conditions climatiques et la sécheresse viennent amputer la production hydraulique.

​La flambée des prix de l’énergie qui découle de ces difficultés menace notre cohésion sociale et politique et impacte trop lourdement le pouvoir d’achat des familles.

C’est pourquoi nous lançons cet appel commun.

​Nous voulons contribuer à affronter ces échéances de court terme avec détermination, aux côtés des pouvoirs publics qui ont su, depuis le début de cette crise, prendre avec courage des mesures d’assouplissement qui vont dans le bon sens.

​Nous, énergéticiens, prenons nos responsabilités en agissant sur l’offre. Nous avons déjà mis en œuvre des actions de court terme pour répondre à cette urgence : la diversification des approvisionnements de gaz, le remplissage proactif des stockages, l’installation en cours d’une unité flottante de stockage et de regazéification (FSRU) dans le port du Havre pour accélérer les importations de GNL, la remise en fonction des installations “sous cocon”. Nos moyens humains et financiers sont mobilisés avec la plus grande détermination pour accroître l’offre.

​Mais – plus que jamais – la meilleure énergie reste celle que nous ne consommons pas. Nous devons, collectivement, agir sur la demande en énergie en réduisant notre consommation pour nous redonner des marges de manœuvre. Nous en aurons besoin pour gérer les futures pointes de consommation et pour amortir les aléas techniques ou chocs géopolitiques que nous pourrions devoir affronter. Agir dès cet été nous permettra d’être mieux préparés pour aborder l’hiver prochain et notamment préserver nos réserves de gaz.

Ne nous trompons pas : économiser l’énergie, c’est augmenter le pouvoir d’achat et c’est aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre

​Nous appelons donc à une prise de conscience et à une action collective et individuelle pour que chacun d’entre nous – chaque consommateur, chaque entreprise – change ses comportements et limite immédiatement ses consommations énergétiques, électriques, gazières et de produits pétroliers.

​Nous devons engager un grand programme d’efficacité énergétique et une chasse au gaspillage nationale. L’effort doit être immédiat, collectif et massif. Chaque geste compte. Et ne nous trompons pas : économiser l’énergie, c’est augmenter le pouvoir d’achat et c’est aussi réduire les émissions de gaz à effet de serre.

​Cet appel est une évidence pour nous, énergéticiens, qui avons à cœur de servir au mieux nos clients particuliers, entreprises ou collectivités. Pour accompagner nos concitoyens dans cette nécessaire sobriété d’exception, nous disposons d’outils, d’expertises, que nous entendons mobiliser pour atteindre cette sobriété dans la durée sans affecter significativement nos modes de vie.

​Nos objectifs de long terme en faveur de la neutralité carbone seront encore plus vite atteints par cette mobilisation. Nous poursuivons nos engagements et actions pour accélérer la transition énergétique. Elle n’est plus seulement un impératif face à l’urgence climatique, mais une réponse aux enjeux de souveraineté énergétique. Elle nécessite des investissements massifs dans l’efficacité énergétique et dans toutes les sources d’énergie bas carbone, électriques et gazières. Et demande, dans un dialogue transparent, le soutien des populations, des élus qui les représentent et de l’administration qui applique la loi.

​Il faut également agir à l’échelle de l’Europe et être solidaires. Nos marchés sont interdépendants. Cette interconnexion européenne, électrique et gazière est plus fondamentale que jamais. Des investissements ciblés permettront de renforcer les équilibres entre pays et de pérenniser les solidarités entre pays, en particulier d’Europe centrale et orientale.

​Acteurs industriels responsables, nos trois groupes s’engagent à collaborer activement face à ces enjeux.

Nous proposons de mobiliser des ressources humaines, financières et technologiques considérables pour relever un défi qui engage notre mode de vie à court terme et notre futur à long terme. Cette collaboration sera pleinement efficace sous l’égide des services de l’État et avec l’aide des collectivités, des acteurs économiques et de nos concitoyens.

​Ainsi, nous travaillerons ensemble au service de la cohésion sociale et de la transition durable de notre pays. »

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  • Définition de la Sobriété en écologie et économie selon Wikipédia
    « La sobriété en écologie (en anglais sufficiency) vise à diminuer la consommation d’énergie et de ressources naturelles (matériaux). En ce sens, la sobriété [écologique et économique] est complémentaire de l’éco-efficience et de l’éco-effectivité1,2. La sobriété est le juste niveau en matière de limitation qu’on s’impose, abstinence, ascèse, décélération et rejet de ce qui nous encombre et est inutile3. Il s’agit avant tout de changement de comportement et de transformations sociétales, pour le bien de l’environnement (au contraire des stratégies environnementales d’ordre technique telles que l’augmentation de l’efficience de l’énergie et des ressources, ou l’utilisation accrue de ressources régénératives (consistance)). Elle se décompose en plusieurs applications : sobriété énergétique, matérielle, numérique... - En 2017, la France a produit et mis en consultation un Plan de programmation des ressources qui sera l’une des bases de la Stratégie nationale de transition vers l’économie circulaire… »

Concept

Le concept fut employé pour la première fois en 1993 dans le monde germanophone par Wolfgang Sachs4 qui expliquait :

« Dans les faits, on ne peut s’approcher d’une société respectueuse de la nature que de deux façons : par une rationalisation intelligente des moyens, et par une limitation astucieuse des objectifs. En d’autres termes : la révolution de l’efficacité ne voit pas la direction à prendre si elle n’est pas accompagnée par la révolution de la sobriété5. »

Wolfgang Sachs définissait la sobriété avec « quatre D »6 :

  • Décélérer (aller moins vite moins loin) ;
  • Désencombrer (accumuler moins de biens) ;
  • Décentraliser (choisir le local et le régional) ;
  • Démarchandiser (laisser moins de place au marché dans sa vie).
    Manfred Linz décrit la sobriété comme question du juste niveau et définit l’éco-sobriété comme « mode de vie et d’économie, qui met fin à la consommation excessive de biens, et partant, de matière et d’énergie »7. Aussi associe-t-il l’éco-efficience à la consistance. On ne peut y arriver qu’au travers d’une faible demande en biens et services qui seraient à l’origine d’une consommation de ressources trop élevée8. Le changement de système de pensée ici requis est considéré comme plus difficile que celui qui consiste à s’adapter à de nouvelles technologies9,10.

On opère la distinction entre la sobriété d’usage, la sobriété de substitution, la sobriété dimensionnelle et la sobriété collaborative. Mais la sobriété s’adresse aussi bien aux individus qu’à la société dans son ensemble11,12.

Pour valoriser pleinement le potentiel d’économies d’énergie, il convient de combiner la sobriété énergétique avec l’efficacité énergétique13. Mais l’efficacité énergétique seule entraîne des risques d’effet rebond (impact plus faible que prévu) et occulte la possibilité d’éviter complètement des dépenses énergétiques par la sobriété (par exemple, en séchant la lessive sur un fil plutôt que dans une machine)13.

Recherche

La recherche cherche les conditions individuelles sociales et politiques qui empêchent une consommation mesurée, comment il est possible de viser une consommation mesurée. Cela inclut la façon dont le comportement de consommation de la société de gaspillage (throw-away society) et l’articulation de la perception du bien-être aux biens matériels peuvent être modifiés. Et cela inclut les conséquences sur la structure économique et la croissance d’un agissement mesuré des ménages, entreprises et institutions.

Le congrès de 2011 de l’association allemande pour une économie écologique place la sobriété au cœur d’un champ de contrainte entre le bonheur et le renoncement14. Tout comme l’éco-efficience, la sobriété n’est pas exempte d’effets rebond15.

Une question centrale de la recherche et qui reste encore ouverte est de savoir quelle part de sobriété, à côté de l’efficience et de la consistance, est nécessaire pour atteindre une protection de la nature qui soit vraiment efficiente. Les effets rebond constituent une vraie menace et justifient pleinement la sobriété, tout comme le changement climatique, la diminution des ressources et la perte de biodiversité.

Accord de Paris

La Fondation pour la nature et l’homme ainsi que l’association négaWatt regrettent que la sobriété ne fasse l’objet d’aucune mention dans le cadre de l’accord de Paris. En effet, selon eux, les énergies renouvelables ne sauraient s’ajouter à la production actuelle d’énergie, mais au contraire, doivent s’y substituer 16. Pour ce faire, la seule voie possible est celle de la sobriété.

Consommation électrique domestique

Les appareils domestiques qui consomment le plus > accès > 17 

Article complet Notes et références sur ce site : https://fr.wikipedia.org/wiki/Sobri%C3%A9t%C3%A9_%C3%A9conomique

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  • Sobriété écologique : un modèle pour consommer moins, mais qui peine à convaincre les Français - Publié le : 21/04/2022 - 21:28 - Texte par : Tiffany FILLON– Diffusé par ‘france24.com’ - Photo - Une cycliste devant des affiches de campagne, à Bordeaux, le 09 avril 2022. © Philippe Lopez, AFP
    Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont opposé, mercredi soir, leurs visions de l’écologie pendant le débat de l’entre-deux-tours [de l’élection présidentielle en France en 2022]. Mais l’enjeu de la sobriété n’a pas été abordé. Le basculement vers ce mode de vie qui consiste à consommer ’moins et mieux’ semble pourtant inévitable, alors que la crise climatique s’aggrave. 

Lors du débat de l’entre-deux-tours, mercredi 20 avril, seulement une vingtaine de minutes ont été consacrées à l’écologie, au grand dam des défenseurs de la cause climatique. La discussion a porté majoritairement sur le nucléaire et sur la place des énergies renouvelables dans le mix énergétique de la France, en excluant de nombreux autres aspects de la transition énergétique. 

La question de la sobriété écologique a notamment été absente de la discussion, ce qui a suscité des réactions sur Twitter. ’Toujours pas un mot sur comment sortir au plus vite des énergies fossiles, ni sur l’enjeu majeur de sobriété’, a pointé l’ONG Greenpeace.

D’ailleurs, pendant les rares minutes où E. Macron et M. Le Pen ont parlé d’écologie, ils ont quasi-exclusivement parlé du nucléaire. En revanche, toujours pas un mot sur comment sortir au plus vite des énergies fossiles, ni sur l’enjeu majeur de sobriété. — Greenpeace France (@greenpeacefr) April 20, 2022

’On parle énergie, énergie, énergie, … mais on cherche toujours le mot #sobriété dans ce #debatmacronlepen’, s’est indigné pour sa part William Aucant, membre de la Convention citoyenne sur le climat et conseiller régional EELV des Pays de la Loire. 

🔎 Sur le #climat : On parle énergie, énergie, énergie, … mais on cherche toujours le mot #sobriété dans ce #debatmacronlepen. pic.twitter.com/vOBS5QgdPn - — William Aucant (@WilliamAucant) April 20, 2022

Cette notion de sobriété est ancienne mais aujourd’hui, elle revient sur le devant de la scène. À l’inverse de la surconsommation, rechercher la sobriété vise à modérer la production et la demande d’énergie, de biens et de services pour réduire les émissions de CO2. Concrètement, cette démarche passe par la mise en œuvre de mesures politiques contraignantes qui visent à changer les modes de vie. 

Contactée par France 24, Sarah Fayolle, chargée de campagne pour l’ONG Greenpeace, prend l’exemple du secteur aérien. ’La France ne peut plus se permettre de faire voler autant d’avions qu’avant la crise du Covid-19. Sinon, elle va exploser son budget carbone. Prenant en compte ce constat, l’État peut agir sur l’offre de trafic aérien, en réduisant par exemple les vols intérieurs en cas d’alternative en train (une mesure issue de la Convention citoyenne, NDLR), ou en interdisant la publicité qui promeut l’usage des énergies fossiles’, explique-t-elle. 

La sobriété suppose aussi une responsabilisation des citoyens. Agir pour la sobriété, c’est réduire sa consommation et donc changer ses habitudes. Quand ’on parle de sobriété, on demande aux gens de faire un effort personnel et de perdre une partie de leur confort’, résume Daniel Boy, directeur de recherche émérite à Sciences Po et spécialiste de l’écologie politique, interrogé par France 24. 

Marcher, éviter l’avion et manger moins de viande

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) évoque ’une déconsommation’ ou encore une ’frugalité volontaire’. Il peut s’agir, comme l’a préconisé le Giec dans son rapport publié le 4 avril, de manger moins de protéines animales, de privilégier la marche et le vélo à la voiture, d’éviter les vols longs courriers ou encore de réduire son utilisation d’appareils électriques.

Selon le dernier rapport du Giec, réduire la demande en énergie et la consommation de biens et services permettrait de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 à 70 % d’ici à 2050. 

Par ailleurs, la sobriété énergétique permettrait en 2050 de réduire de 28 % les consommations d’énergie de la France, par rapport à 2015, selon l’association négaWatt

Mais aller vers plus de sobriété implique aussi de nouvelles politiques publiques. ’On ne peut pas juste dire : ’On instaure la sobriété et on laisse les gens se débrouiller’. On doit accompagner cette transformation. Par exemple, si on interdit les vols intérieurs, il faut se demander comment rendre le train accessible financièrement pour qu’on puisse tous se déplacer de manière moins polluante’, détaille Sarah Fayolle.

Et la chargée de campagne de poursuivre : ’La France doit aussi avancer sur l’efficacité énergétique (améliorer les équipements pour moins consommer d’énergie), développer le renouvelable ou encore transformer son modèle agricole’. 

Une France plus ’ouverte qu’avant’ sur la sobriété

Sans l’adhésion de la population, un mode de vie plus sobre ne pourrait pas non plus voir le jour en France. Selon Daniel Boy, les Français y sont de plus en plus réceptifs. ’La population est plus ouverte qu’avant à cette idée de sobriété. Les enquêtes montrent que les gestes écoresponsables qu’on ne faisait pas il y a vingt ou trente ans sont aujourd’hui entrés dans les usages, comme éteindre la lumière quand on sort d’une pièce’, explique Daniel Boy. 

Mais les paradoxes persistent. Si 83 % des Français souhaiteraient vivre dans une société où la consommation prend moins de place, 60 % des Français souhaitent ’pouvoir se payer plus souvent des choses qui leur font envie’, selon le dernier baromètre de l’Ademe

’Les Français sont d’accord, sur le principe, de consommer moins mais est-ce aussi le cas dans les faits ? Marcher deux kilomètres pour acheter du pain, qui le ferait aujourd’hui ?’, se demande le politologue. Daniel Boy prend aussi l’exemple de la division de la consommation de viande par trois, une mesure préconisée par l’Ademe dans l’un de ses quatre scénarios pour atteindre la neutralité carbone en 2050. 

’Ce n’est pas étonnant si aucun candidat n’a dit hier (mercredi) qu’il allait demander aux gens d’appliquer cette mesure. Car réduire drastiquement sa consommation de viande demande un effort personnel très conséquent pour certains Français. Et puis, il n’est pas acceptable de demander une chose pareille aux classes populaires’, explique Daniel Boy. Cette problématique a également été soulevée par l’Ademe qui présente la sobriété comme le fait de consommer ’moins mais mieux’ et pour qui le ’mieux soulève des questionnements au regard de son accessibilité pour les publics plus défavorisés’.

Mais pour Sarah Fayolle, ’les ménages fortunés ont un impact aujourd’hui beaucoup plus fort sur l’environnement que les ménages les plus modestes, donc tout le monde ne doit pas contribuer à la même hauteur’. La sobriété ne se réduit donc pas à la baisse de la consommation, c’est aussi une autre vision de la société impliquant des changements profonds.

De quoi susciter des réticences. ’En sciences sociales, on ne sait pas encore ce qui peut convaincre les gens d’adopter un mode de vie fondé sur la sobriété’, admet Daniel Boy. 

>> À lire aussi : Présidentielle : avec Marine Le Pen au pouvoir, ’il n’y aurait aucun espoir’ pour la planète

>> À voir aussi : Vanessa Nakate : ’Les pays riches et responsables doivent payer pour la crise climatique’

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Source : https://www.france24.com/fr/plan%C3%A8te/20220421-sobri%C3%A9t%C3%A9-%C3%A9cologique-un-mod%C3%A8le-pour-consommer-moins-mais-qui-peine-%C3%A0-convaincre-les-fran%C3%A7ais

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  • L’impératif de la sobriété numérique : l’enjeu des modes de vie – Auteur : Fabrice Flipo (LSH - Département Langues et Sciences Humaines - TEM - Télécom Ecole de Management - IMT - Institut Mines-Télécom [Paris] - IMT-BS - Institut Mines-Télécom Business School - IMT - Institut Mines-Télécom [Paris], LCSP (URP_7335) - Laboratoire de Changement Social et Politique - UPC - Université Paris Cité) - Registered :
    Abstract - Résumé

2020 est l’année de la sobriété numérique : entre la Feuille de route sur l’environnement et le numérique du Conseil national du numérique, l’avis du Sénat et le rapport du Shift Project, le sujet n’a jamais été aussi présent. Le déploiement de la 5G est interrogé, voire contesté : ne va-t-il pas accélérer le déluge de données ? La sobriété n’est-elle pas devenue un impératif ? N’implique-t-elle pas de questionner la 5G, voire d’enclencher une dénumérisation ? Cela revient-il à adopter le « modèle Amish », comme l’a dit l’exécutif ? Le numérique n’a-t-il pas connu des gains phénoménaux en matière d’efficacité énergétique, depuis l’ENIAC en 1945 qui consommait 150 kW, pour guère plus de 5 000 opérations par seconde ? N’est-il pas une troisième révolution industrielle, inéluctable, voire même un stade supérieur de l’humanité ? N’est-il pas aussi une très bonne manière de devenir milliardaire ? Cet ouvrage montre que oui, le numérique suit une trajectoire écologique et énergétique inquiétante : c’est le secteur dont l’empreinte environnementale croît le plus vite. Oui, le numérique s’est « imposé ». Mais quand, comment, pourquoi, par qui ? Le lecteur trouvera des réponses dans ce travail fouillé de philosophie sociale, qui poursuit plusieurs buts distincts : définir le numérique, qui s’avère dépendre plus de la logistique que de Gutenberg ; montrer comment nous sommes devenus dépendants du numérique, en explorant les rapports du Credoc, de Xerfi ou de l’Arcep ; détailler les enjeux écologiques du numérique, au sein d’un cadre théorique dérivé de James C. Scott, autour du concept de « schème étatique » ; analyser le positionnement de divers acteurs dans ce qui fait l’historicité contemporaine ; théoriser ce que sont les modes de vie et comment ils évoluent, avec une thèse forte : c’est « l’effet de réseau » qui caractérise l’historicité humaine, un enjeu mésosociologique qui braque le projecteur sur les architectures de choix, à rebours des débats qui opposent les petits gestes et la révolution.

Suggested Citation : Fabrice Flipo, 2020. ’L’impératif de la sobriété numérique : l’enjeu des modes de vie,’ Post-Print hal-03340158, HAL. Handle : RePEc:hal:journl:hal-03340158

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Source : https://ideas.repec.org/p/hal/journl/hal-03340158.html

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Au cours d’un entretien captivant mené par Hervé Chaygneaud-Dupuy, Jean-Baptiste de Foucauld, co-fondateur du Pacte civique [1], esquisse des perspectives désirables entre sobriété et frugalité. Tout en prenant garde de ne pas utiliser des raccourcis trop simplistes, il prône une prise de conscience collective de la nécessité de modifier nos modes de vie dans le sens d’une sobriété heureuse, sans exclure un cheminement progressif vers des quotas d’émissions de gaz à effet de serre.

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Mis en ligne sur Cairn.info le 22/04/2022 - https://doi.org/10.3917/dard.006.0038

Source : https://www.cairn.info/revue-dard-dard-2021-2-page-38.htm

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  • Une sobriété choisie – Par Nathalie Sarthou-Lajus - Dans Études 2021/7-8 (Juillet-Août), pages 5 à 6
    1 Au-delà de la gestion des ressources naturelles, la crise écologique que nous traversons interroge nos régimes de vie et l’usage que nous faisons des plaisirs. Elle questionne nos habitudes de consommation et l’extension considérable des comportements addictifs. C’est la raison pour laquelle le pape François n’envisage pas seulement le changement de société en termes de transition mais de « conversion écologique » qui propose « une croissance par la sobriété » : « La sobriété, qui est vécue avec liberté et de manière consciente, est libératrice. Ce n’est pas moins de vie, ce n’est pas une basse intensité de vie mais tout le contraire [1][1]Pape François, Laudato sí, 2015, n° 223.. »

2 Que signifie donc cette sobriété choisie ? Dans quelle mesure ne nous enferme-t-elle pas dans un discours moral de réduction des désirs et d’austérité ? La sobriété choisie s’oppose à l’avidité addictive qui n’en a jamais assez et s’effraie toujours de la bouteille à moitié vide, en s’exposant de manière chronique à l’angoisse du manque. Le problème de l’avidité addictive, c’est qu’elle finit par consumer et détruire tout ce qu’elle désire. Mais la sobriété choisie n’est pas l’austérité, ni même un renoncement à l’ivresse joyeuse. Elle se tient à distance de deux excès : le débordement addictif et son envers qu’est l’excès de privation. C’est le refus de s’autolimiter qui oblige à faire le choix de l’abstinence pour des raisons de santé ou parce que toutes les ressources sont épuisées. Ainsi, dans l’entretien [2][2]Voir, dans ce numéro, Pierre Hurmic, « Écologie et… qu’il nous a accordé, Pierre Hurmic, le maire écologiste de Bordeaux, inspiré par ses deux maîtres que furent Jacques Ellul et Ivan Illich, invite à prendre la voie d’une sobriété choisie parce qu’elle lui paraît être le meilleur rempart contre l’austérité : « Soyons sobres aujourd’hui pour éviter que demain l’austérité nous soit imposée. »

3 Dans la tradition de la philosophie morale antique et moderne, la sobriété relève de la vertu de tempérance. Elle n’a jamais signifié l’abstinence, mais la modération. Il s’agit de prendre plaisir autant qu’on le peut, sans jamais aller jusqu’au dégoût ou aux excès qui y mènent. La modération dans les plaisirs rend possible une meilleure jouissance, une jouissance plus libre : nous prenons d’autant plus de plaisir à boire ou à fumer que nous pouvons nous passer d’alcool ou de tabac sans souffrance. L’intempérance se rattache aux excès des pratiques addictives qui rendent esclaves et finissent par détruire le désir. Lors des banquets où il s’adonnait avec ses amis aux conversations philosophiques, Socrate ne se comportait pas comme un abstinent. Il avait même la réputation d’être un solide buveur. Mais personne ne l’avait jamais vu ivre – à moins de considérer le discours philosophique comme une forme d’enivrement !

4 Le remède aux crises que nous traversons n’est pas une cure d’abstinence et d’austérité. Il ne s’agit pas tant de désirer moins, mais de désirer mieux, par une intensification de nos relations aux autres et à notre milieu de vie. Car le désir ne peut s’accomplir que dans des relations vraies en rompant avec les pratiques addictives qui empoisonnent et isolent. C’est aussi la voie intéressante qu’explore le philosophe Baptiste Morizot [3][3]Voir, dans ce numéro, Baptiste Morizot, « Sur la “piste…. « Comment dépasser l’alternative entre le contrôle des désirs qui s’accompagne d’une baisse de vitalité et le débordement pulsionnel ? », s’interroge le philosophe. En adoptant à l’égard de nos désirs un rapport plus ajusté de l’ordre de la « diplomatie » qui influence nos désirs en gardant leur vitalité intacte : « L’envie de fumer du tabac (mais comme beaucoup d’autres envies addictives) dure, à chaque pic physiologique, entre deux et cinq minutes. Que celui qui est tenté cède ou non à la tentation, l’envie disparaîtra quoi qu’il arrive à l’issue de cette durée. Si le diplomate connaît alors la rythmique de ses pulsions fauves, il lui suffit d’exalter un désir joyeux et concurrent pendant ce si bref laps de temps, sans effort surhumain, ni brimade de soi [4][4]B. Morizot, Manières d’être vivant, Actes Sud, « Mondes…. » Cette invitation à la ruse diplomatique plutôt qu’à l’ascèse paraît moins insurmontable que ce que proposent les nouvelles religions de l’abstinence.

5 La vie perd de son intensité quand on ne sait plus la risquer, dans une vie sans désir. Le désir est ce qui nous porte au-delà de nous-même à la rencontre des autres et de l’inconnu. Il est infini et creuse en nous l’expérience du manque qu’il faut pouvoir soutenir. Être diplomate avec soi-même suppose d’entretenir la flamme d’un désir jamais à l’abri de l’épuisement. La sobriété choisie s’élabore alors sur la ligne de crête d’une vie intense entre les deux abîmes de l’avidité et de l’austérité.

Notes

  • [1]
    Pape François, Laudato sí, 2015, n° 223.
  • [2]
    Voir, dans ce numéro, Pierre Hurmic, « Écologie et christianisme en politique », pp. 31-39.
  • [3]
    Voir, dans ce numéro, Baptiste Morizot, « Sur la “piste animale” », pp. 47-52.
  • [4]
    B. Morizot, Manières d’être vivant, Actes Sud, « Mondes sauvages », 2020, p. 190.

Mis en ligne sur Cairn.info le 29/06/2021

https://doi.org/10.3917/etu.4284.0005

Source : https://www.cairn.info/revue-etudes-2021-7-page-5.htm

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  • Les concepts à l’épreuve des terrains - L’impératif de la sobriété numérique – Par Fabrice Flipo - p. 29-47 - Dossier thématique - 13 | 2021
    Référence : https://doi.org/10.4000/cdst.4182

Résumés

Français English

Dans cet article nous retraçons l’évolution des normes (morales, politiques), des sciences et des techniques sous l’effet conjoint de la digitalisation des modes de vie et de l’enjeu écologique. Nous montrons que les effets écologiques sont plus que compensés par l’expansion rapide du secteur et la digitalisation des modes de vie qui va avec. D’où notamment des émissions de GES qui doublent tous les quinze ans, sans que cette hausse soit compensée par un effet positif sur les autres secteurs. Au tournant de 2018-2019, de nombreux rapports, projets de loi, textes, etc. prennent acte du caractère alarmant de la situation. Une production normative affirme l’intention d’aller plus loin que l’existant. Elle intègre la problématique de l’obsolescence accélérée et questionne même certains usages. Les résultats concrets restent toutefois à mesurer.

Entrées d’index

Mots-clés :

écologie, politique, numérique

Keywords :

ecology, politics, digitalisation

Plan

I. État des lieux

A. Numérique

B. Numérique et écologie

C. La croissance verte en forme de compromis

II. Mise en cause récente des résultats atteints

III. Les rapports de force

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  • 1 J. C. Scott, Seeing Like a State. How certain schemes to improve the human condition have failed., (...)
  • 2 J. Derrida, De la grammatologie, Paris, Éditions de Minuit, 1967.
  • 3 B. Stiegler, La technique et le temps, Paris, Fayard, 2018.
    1 Le cadre conceptuel proposé dans cet article repose pour l’essentiel sur deux ouvrages de James C. Scott, Seeing Like a State et Les arts de la résistance1. Du premier, nous reprenons le concept de schème étatique, qui permet de saisir le numérique, indissociablement comme enjeu matériel et signifiant. Le schématisme étatique, qui peut s’apparenter au schématisme kantien revu par Hegel (un schématisme dynamique et historique), désigne à la fois les catégories utilisées dans l’espace public (notamment les catégories statistiques) et les normes qui se déploient à différents niveaux de régulation, de l’échelle stato-nationale à l’échelle mondiale. Sous cet angle, le CNRS apparaît par exemple comme un « outil de recherche » que l’État peut manier, ou comme une bureaucratie. De son côté, l’ouvrage Les arts de la résistance insiste sur le concept de texte public. Les sociétés humaines évoluent dans du texte, du grammatif, au sens de Derrida2 ou de Stiegler3. Ce sont des traces signifiantes, qui entraînent avec elles un jeu de renvoi entre signes, dont l’origine se perd et demeure ouverte. Penser, dans ce contexte, ne se comprend pas seulement comme une activité cérébrale et comme interne à l’être intelligent, mais comme une activité de lecture et d’écriture impliquant l’ensemble du monde perçu, objets techniques inclus. Le texte public au sens de Scott désigne une part limitée de cet ensemble grammatif : celui qui incarne l’ordre établi. Il inclut la partie des comportements physiques, chimiques ou intellectuels qui sont saisis par le pouvoir, c’est-à-dire l’État et ses prolongements locaux (département, région) ou globaux (relations internationales). L’État est une langue, un ordre signifiant, une institution du sens et pas seulement une bureaucratie au sens wébérien. L’existence du dictionnaire est l’une de ses dimensions : il norme la langue. Ce texte est contesté de multiples manières, depuis des interstices : existence d’argots, de langues vernaculaires, de réseaux grammatifs locaux et de pratiques illégales, etc., qui peuvent s’incarner dans des organisations plus structurées telles que des mouvements sociaux.
  • 4 N. Wiener, La cybernétique. Information et régulation dans le vivant et la machine (1947), Seuil, (...)
  • 5 L. Kleinrock, « Information flow in large communication nets. Proposal for a PhD Thesis », 31 mai (...)
    2 Ces deux concepts nous permettent de saisir l’évolution des normes, sciences et techniques liées à l’expansion numérique d’un côté, et l’enjeu écologique de l’autre. Les liens entre les deux ne sont pas évidents. Le numérique est l’un des véhicules du grammatif, du texte. Il est aussi de l’ordre de la commande, comme le soulignait déjà Wiener4. Internet est l’application du paradigme de la logistique à l’information, devenue numérique5. Une commande est un fonctionnement, une cause produisant un effet. Il incarne des schèmes étatiques, tels que « l’autoroute de l’information » évoquée par l’ancien vice-président Al Gore.
  • 6 D. Wolton, Penser la communication, Paris, Flammarion, 1997, p. 249.
  • 7 S. Faucheux, Ch. Hue, I. Nicolaï, TIC et développement durable. Les conditions du succès, De Boeck (...)
  • 8 E. J. Hobsbawm, Le long XIXe siècle - 1789-1914, Paris, Fayard, 2012.
  • 9 B. Zuindeau, « La “loi de Kuznets” : de l’économie de la répartition à l’économie de l’environneme (...)
  • 10 A. Minc, La mondialisation heureuse., Mesnil sur l’Estrée, France Loisirs, 1997 ; P. Krugman, La m (...)
  • 11 A. Negri et M. Hardt, Empire, Paris, Exils, 2000.
  • 12 Manifeste pour une politique accélérationniste (2013) https://www.multitudes.net/manifeste-acceler(...)
  • 13 A. Gorz, Misère du présent, richesse du possible, Paris, Galilée, 1997, p. 17.
  • 14 P. Lamy, « La démondialisation est un concept réactionnaire », Le Monde, 30 juin 2011, https://www(...)
    3 Sur le plan écologique, le numérique a souvent évoqué l’immatériel. Le sociologue Dominique Wolton, à la fin des années 1990, décrivait le digital comme transparent, léger, immatériel, soft, instantané, propre et sans nuisances. De là peut-être, disait-il, un lien avec l’écologie6. Certains spécialistes du « développement durable » ont même considéré les technologies de l’information et de la communication (TIC) comme la solution parfaite, arrivant à point nommé, par une sorte de ruse de l’histoire : « Au moment de la crise climatique, de la crise alimentaire, de la crise financière et de la récession économique mondiale, enfin de la crise de confiance dans les institutions démocratiques, qu’elles soient nationales, européennes ou mondiales. Le salut de la planète, la cohésion sociale et la reprise de la croissance sous une nouvelle forme semblent passer par la réussite et la vitesse de cette révolution7 ». Les TIC permettraient ainsi de valider la thèse selon laquelle le développement suit une trajectoire analogue à celle que Simon Kuznets avait cru mettre à jour dans le cas des inégalités sociales : après une période de forte croissance des inégalités et de la pollution, correspondant peu ou prou au « long xixe siècle » européen8, la tendance s’inverserait et l’économie tendrait à se « dématérialiser » ; c’est ce que les économistes appellent une courbe en « U inversé »9. À droite, donc, la mondialisation heureuse et vertueuse10 ; mais la gauche nourrit également un regard positif sur le numérique, qui permet l’émergence des multitudes, du general intellect évoqué par Marx, la fin du capitalisme sous l’émergence du « travail immatériel »11 ; ; les Accélérationnistes estimant que « l’infrastructure actuellement existante ne constitue pas les tréteaux capitalistes d’une scène à abattre, mais un tremplin sur lequel s’élancer vers une société post-capitaliste »12. André Gorz lui-même estimait que la connaissance était désormais le moteur du capitalisme, mettant fin à son « ère énergétique »13, et ouvrant sur l’abondance libératrice, tant attendue. La réalité est bien différente. Pascal Lamy, alors directeur de l’OMC, voit plus juste, lorsqu’il estime que la mondialisation ne repose pas seulement sur Internet, mais aussi sur le conteneur14. De là le lien avec les Postes, aussi bien qu’avec toutes les formes de gestion de la chaîne d’approvisionnement (supply chain management), en particulier le commerce « en ligne » (ecommerce ou mcommerce), qui sont une réorganisation des chaînes logistiques, qu’elles soient internes aux usines (chaîne de montage de la Ford T) ou externes (rail, route, air, mer). Ces chaînes sont désormais globalisées (global supply chain management). De là des implications écologiques du numérique, directes (en tant qu’outil matériel) et indirectes (effet du numérique sur les autres secteurs).

4 Dans ce qui suit, nous commençons par dresser un état des lieux de la numérisation et de l’écologisation des modes de vie, qui aboutit à un compromis à portée plus générale : la croissance verte. L’insuffisance de résultats concrets liés à cet objectif « d’équilibre » conduit à une remise en cause partielle de ce dernier, symbolisée par l’appel à la sobriété. Celle-ci met en cause les usages eux-mêmes, et pas seulement l’efficacité écologique avec laquelle ils sont mis en œuvre. En matière de numérique, les émissions de GES doublent tous les 15 ans, sans que cette hausse soit compensée par un effet positif sur les autres secteurs, en termes de bilan global des GES. Au tournant de 2018-2019, de nombreux rapports, projets de loi, textes, etc., prennent acte du caractère alarmant de la situation. Une production normative affirme l’intention d’aller plus loin que l’existant. Elle intègre la problématique de l’obsolescence accélérée et questionne certains usages, tels que la vidéo en ligne (mobile ou fixe), les niveaux de résolution recherchés et atteints, ou encore le rythme de renouvellement des terminaux. Les effets concrets de cette production restent toutefois à mesurer. L’état de lieux et l’analyse des rapports de force montrent que les forces favorables à la digitalisation ne sont pas encore suffisamment contrariées pour que l’on puisse anticiper un arrêt ou une inversion des tendances néfastes, sur le plan écologique, ce qui fait écho aux conclusions du dernier rapport du GIEC.

I. État des lieux

A. Numérique

  • 15 A. Smith, Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Paris, PUF, 1995.
  • 16 D. Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), Paris, Flammarion, 1999.
  • 17 P. Samuelson, A. Paul et W. D. Nordhaus, Economie, Paris, Economica, 2005.
  • 18 Ibid., p. 388.
    5Les deux processus de numérisation et d’écologisation sont quasiment disjoints à l’échelle internationale, tout en étant conceptualisés comme complémentaires. La dynamique du GATT, devenu l’OMC en 1994, traite des produits numériques dans un souci de libéralisation des échanges commerciaux sur des bases économiques classiques connues depuis Adam Smith15 ou David Ricardo16, et qui peuvent être résumées par les arguments de Paul Samuelson et William Nordhaus17. L’enjeu est « l’efficacité économique », qui met en avant que toute modification extérieure des marchés réduit la richesse du plus grand nombre18. Les spécificités du numérique provoquent la tenue, à partir de 2003, de Sommets mondiaux de la société de l’information (SMSI), avec ses enjeux de régulation des adresses IP, des normes techniques sur la wifi, le partage du spectre électromagnétique, etc.
  • 19 D. Flacher et H. Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ?, Paris, Economica, 2007.
  • 20 The Digital Economy and Society Index (DESI) 2020. https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/d (...)
    6 À l’échelle européenne, les textes se succèdent également en faveur de la digitalisation des modes de vie. Ils libéralisent, c’est-à-dire internationalisent eux aussi les marchés à l’échelle européenne. C’est le cas notamment pour les télécommunications et les terminaux (directive 88/301/CEE du 16 mai 1988 notamment), à la suite du Livre Vert publié en 198719. La production normative est intense, qui se déploie sous des formes de droit dur, mais aussi de droit souple, car les communications sont un élément essentiel de l’européanisation et de la mondialisation des chaînes de valeur, incarnées par la montée en puissance des transnationales. La communication du 8 décembre 1999 issue du Conseil de Lisbonne (COM(1999)867final) appelle ainsi à la mise en place d’une « société de l’information pour tous », ce qui signifie de « faire passer chaque citoyen, chaque foyer et chaque école, chaque entreprise et chaque administration à l’ère numérique et à la communication en ligne ». De nombreux textes organisent les échanges, les techniques et les comportements individuels et collectifs de telle manière à atteindre les objectifs indiqués. Le Digital Economy and Society Index considère sept dimensions comme centrales : la connectivité, le « capital humain », l’usage des services de l’internet, l’intégration des technologies digitales, les services publics digitaux, la dynamique industrielle du secteur et enfin la R&D20. Tous visent à étendre et accélérer la numérisation.
  • 21 S. A. Minc, L’informatisation de la société, Paris, La Documentation française, 1978.
  • 22 G. Théry, « Les autoroutes de l’information. Rapport au Premier ministre », 1994.
  • 23 D. Boullier, Sociologie du numérique, Paris, Armand Colin, 2016.
  • 24 CNUCED, « Digital economy report 2019. Value creation and capture : implications for developing co (...)
    7 La France figure parmi les premières nations à industrialiser l’information, le télégraphe Chappe étant souvent pris comme point de départ, bien qu’il ne fût pas motorisé (mécanisme manuel et non électrique). L’expérience du Minitel anticipe un internet massif et à grande échelle – et fait la fortune du futur fondateur de Free, Xavier Niel. En écho notamment au plan Gore autour des autoroutes de l’information, les rapports Nora-Minc (1979)21 et Théry (1994)22 sont des points de repère importants, en termes de construction et de déploiement de schèmes étatiques. Si le numérique est « pervasif »23, s’il s’insère dans tous les secteurs, ses deux fonctions principales (information et commande) s’incarnent plus spécifiquement dans quatre secteurs, suivant la Nomenclature d’activités française (NAF) : l’informatique (calcul), les télécommunications (transmission), l’audiovisuel (usages cognitifs de l’information) et la logistique (domaine de la commande). Toutefois, du fait de la spécialisation internationale, la France importe la quasi-totalité du matériel et des logiciels qu’elle utilise ; les leaders dans ce domaine sont généralement états-uniens ou chinois24.

B. Numérique et écologie

  • 25 P. Le Prestre, Protection de l’environnement et relations internationales. Les défis de l’écopolit (...)
    8 Aucun des grands sommets sur l’information n’évoque la question écologique, à l’exception des bienfaits du numérique en cas de catastrophe naturelle. La dynamique du « développement durable » est enclenchée au Sommet de Stockholm (1972) et connaît un apex avec le Sommet de Rio en 1992, où sont adoptées les conventions-cadres sur le changement climatique et sur la diversité biologique25. Ni le Sommet de Johannesburg (2002) ni celui de Rio +20 en 2012 ne comportent d’allusion spécifique au numérique. En 2015, à l’occasion des 70 ans de l’ONU, les Objectifs du millénaire pour le développement fixés en l’an 2000 sont remplacés par 17 Objectifs de développement durable (ODD) dont l’échéance est 2030. Aucun ne comporte de référence spécifique au numérique.
  • 26 F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes ? Technologies de l’information et crise environnem (...)
    9 Au niveau européen, trois directives sont centrales, en matière d’écologie du numérique : la DEEE (Déchets d’équipements électriques et électroniques, 2002/96/CE), l’EuP (Energy using Products, 2005/32/EC) devenue Ecodesign (2009/125/CE) et la ROHS (Restriction of Hazardous Substances, 2002/95/CE) – et leurs mises à jour respectives. Elles sont homologues à celles qui sont mises en place dans les autres secteurs, sur le plan de l’efficacité écologique de la conception des produits et des services et du traitement des déchets. Elles reposent sur le principe de la « responsabilité élargie du producteur » (REP). Le « metteur sur le marché » (généralement le fabriquant) est responsable de la fin de vie des produits. Il peut s’acquitter de cette obligation de lui-même ou par l’intermédiaire d’un éco-organisme. Ce dernier est préféré dès lors que le gisement de déchets est dispersé. Les distributeurs ont dû accepter de devenir collecteurs de produits usagés et de faire de la « logistique inverse » (récupération d’objets et expédition vers des centres de traitement)26.
  • 27 ADEME, « Équipements électriques et électroniques. Données 2018 », sept. 2019.
    10 Ces directives sont transposées en droit français (JOUE n° 37 du 13 février 2003 pour la DEEE) et structurent à la fois les comportements, les organisations et les fonctionnements techniques (usines, machines, conteneurs, etc.). Des filières se mettent en place sous l’égide de l’ADEME (Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), dont l’activité est polarisée sur le traitement des déchets, comme son nom ne l’indique pas. L’Agence joue un rôle de chef d’orchestre à tous les niveaux, et notamment dans la mise en place d’un reporting annuel, permettant de mesurer les progrès accomplis27. Sur le plan comparatif, le pays ne se distingue pas par son rôle moteur, tenu par l’Allemagne et les pays scandinaves.

C. La croissance verte en forme de compromis

  • 28 UN, Brief summary of the general debate, 1972.
  • 29 Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Notre avenir à tous, New-York, Nation (...)
    11 Numérisation et écologisation sont donc des objectifs divergents, tout ou en partie. Les sommets internationaux convergent vers la « croissance verte », thème qui était déjà présent en 1972 au travers de la confrontation avec les « zégistes », les partisans de la croissance zéro. Le concept de « non-croissance » (« no growth ») est évoqué à cette époque, mais il est jugé « non viable » « pour aucune société », voire « absolument inacceptable », « de l’avis général », même s’il est admis que le concept de croissance doit être révisé, pour devenir plus qualitatif28. Le rapport Brundtland (1987), issu de quatre années de travail, évoque une situation d’interdépendance écologique, laquelle vient s’ajouter à l’interdépendance économique qui a « brutalement progressé » au cours des années précédentes. « La Terre est une ; Le Monde, lui, ne l’est pas »29. Le rapport défend la croissance économique, mais surtout pour les pays en développement (PED). Les pays industrialisés, eux, doivent aller vers un modèle moins consommateur en ressources et en énergie, ce qui certes pénalisera un peu les PED, mais ceux-ci auront quand même l’occasion de se développer. Et, surtout, la qualité de la croissance doit être changée. Il ne peut plus s’agir simplement de croissance économique mesurée en termes de progression de la valeur ajoutée. Les trois repères sont l’équité, les besoins et la pérennité des écosystèmes, même si l’inquiétude démographique est toujours présente. Le rapport souligne le rôle essentiel de l’opinion publique, des associations, syndicats, médias et des consommateurs. Il exhorte les pays au désarmement. La menace de la guerre nucléaire plane moins fortement que dans les années 1970, mais elle est encore là. Le développement durable implique d’aller vers la paix par la coopération plutôt que par la dissuasion. Les termes du débat sont similaires lors du Sommet de Rio en 2012, mais le contexte a changé. Les enjeux globaux sont plus présents, et le risque d’une guerre nucléaire semble s’être éloigné.

12 Au niveau européen, la croissance verte est explicitement au cœur des objectifs du Green New Deal mis sur la table par la Commission européenne présidée par l’Allemande Ursula von der Leyen depuis décembre 2019. Elle est également régulièrement évoquée au niveau français. En matière de numérique, ses résultats méritent d’être interrogés.

II. Mise en cause récente des résultats atteints

  • 30 J. Gusfield, La culture des problèmes publics. L’alcool au volant : la production d’un ordre symbo (...)
  • 31 F. Flipo, « Le Grenelle de l’environnement, deux mois après : conclusions et perspectives », Revue (...)
  • 32 Fédération française des télécommunications, Charte d’engagement volontaire du secteur des télécom (...)
  • 33 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project. », 2018.
  • 34 CNN, « Feuille de route sur l’environnement et le numérique », 8 juill. 2020. https://cnnumerique. (...)
  • 35 https://www.arcep.fr/actualites/les-communiques-de-presse/detail/n/reseaux-et-environnement.html
  • 36 Proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, 12 oct. 2 (...)
  • 37 CRÉDOC, « Baromètre du numérique », Paris, CRÉDOC, 2019.
  • 38 https://www.imt.fr/formation/imt-disruptcampus/tgf
  • 39 CRÉDOC, « Baromètre du numérique ».
    13 Dans le domaine du numérique réputé immatériel, la question écologique connaît deux principales mises à l’agenda, au niveau français notamment, avec une transformation partielle des questions posées en « problème public » au sens de Gusfield30. La première mise à l’agenda a lieu en 2007, quand le consultant spécialisé Gartner chiffre les émissions de gaz à effet de serre du numérique à 2 % du total global, soulignant que c’est autant que l’aviation, secteur souvent pointé du doigt à ce sujet. La comparaison retient l’attention, d’autant que le chiffre n’est pas issu d’une ONG, mais d’un consultant spécialisé dans le secteur. Elle est d’autant mieux entendue que se tient le Grenelle de l’environnement provoqué par le nouveau président d’alors, Nicolas Sarkozy31. Les débats peinent toutefois à sortir de la presse spécialisée et n’ont guère d’implications normatives, à aucun niveau. Des engagements sont produits par des acteurs industriels, sans faire l’objet d’un suivi. La Fédération française des télécoms (FFT) propose ainsi en 2010 une Charte d’engagement volontaire du secteur des télécoms pour le développement durable. Le document n’est plus accessible sur le site de la FFT, mais il peut être retrouvé chez des ONG32. La Fédération s’engageait à stabiliser la consommation électrique du secteur. Elle a doublé depuis cette date. La seconde mise à l’agenda se produit autour des années 2018, avec principalement l’action du think tank Shift Project33. Une intense production normative de soft law s’en suit : Conseil national du numérique français (CNN)34, Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP)35, Sénat36, Baromètre du numérique37. Lors d’un « Tribunal pour les Générations Futures », conférence spectacle organisée à l’Institut-Mines Télécom Business School, trois étudiants sur les cinq composant un jury tiré au sort ont jugé qu’au regard des enjeux écologiques le numérique était plus une menace qu’une solution38. Et, pour la première fois, le CRÉDOC consacre une rubrique à « l’environnement », faisant état d’un « renversement de l’opinion »39 : si, en 2008, 53 % des Français voyaient les ordinateurs et Internet comme une chance pour l’environnement (ce qui était déjà bien peu !), ils ne sont plus que 38 % à présent.
  • 40 F. Flipo et al., Écologie des infrastructures numériques, Paris, Hermès Science, 2007 ; F. Flipo e (...)
  • 41 F. Flipo, L’impératif de la sobriété numérique. L’enjeu des modes de vie.
  • 42 P. Servigne et R. Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage (...)
  • 43 A. Canabate, « Les récits de l’effondrement », Paris, ministère de la Transition écologique, 2020, (...)
    14 Entre les deux dates, qui correspondent approximativement à nos deux enquêtes, respectivement en 200740 et 201941, la situation a changé : les entreprises, qui avaient tendance à considérer les textes de droit encadrant leurs produits comme des entraves et leur préféraient des engagements souples purement volontaires, affichent désormais un ferme soutien à ces textes, insistant notamment sur les gains en efficacité énergétique et matérielle, cette dernière s’incarnant plus spécifiquement dans le recyclage matière des métaux les plus courants et du plastique. Et tel était bien en effet l’un des objectifs des directives. Relevons également un contexte devenu brutalement sensible aux théories de l’effondrement42, avec plus de la moitié des Français affichant la conviction qu’un tel événement est non seulement possible, mais probable ; et des résultats comparables pouvant être observés dans d’autres pays industrialisés43. Après un contexte de guerre froide en 1972, puis de libéralisation capitaliste en 1992, cet intérêt pour l’écologie et la soutenabilité des modes de vie industriels prend place dans un monde multipolaire, mais dominé par les États-Unis et une Chine officiellement communiste.
  • 44 Shift Project, « Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G. (...)
  • 45 Enertech, Mesure de la consommation des usages domestiques de l’audiovisuel et de l’informatique. (...)
    15 Sur le plan matériel et écologique, en effet, les schèmes étatiques qui ont été mis en place au cours du dernier quart de siècle n’ont fait que ralentir la hausse de l’empreinte écologique du numérique. Celui-ci consomme désormais autour de 5 % de l’énergie mondiale, et contribue aux émissions globales de GES à hauteur de 3,5 %, avec une croissance très rapide de +6 %/an44. Le poids énergétique du numérique a donc doublé depuis 2007, ainsi que ses émissions. Aucun autre secteur n’a connu une croissance d’une telle intensité. Le fait est moins perceptible à l’échelle nationale, puisque le matériel numérique, qui représente autour de 40 % de la consommation totale du secteur, est fabriqué hors du territoire. La poussée a également été masquée par les gains en efficacité énergétique réalisés dans les autres secteurs à la même époque, au moyen des directives européennes citées plus haut et en particulier l’EuP. Des mesures fines montrent en effet que les économies réalisées sur l’électroménager (passage à des classes A+ ou A++) ont été compensées par l’arrivée du numérique dans les foyers, en termes de consommation globale45 ; d’où une facture qui n’a pas diminué.
  • 46 W. Brian Arthur, « Competing Technologies, Increasing Returns, and Lock-In by Historical Events », (...)
    16 En matière de numérique, le moteur de la consommation, c’est la donnée, son traitement, sa transmission et son stockage. Les raisons sont diverses : augmentation de la résolution des vidéos (4K, 8K), intensification des visionnages (dans le train, le métro et peut-être la voiture autonome), montée en puissance du jeu vidéo et de toutes sortes d’usages immersifs (« jumeaux numériques » en matière de conception, par exemple, building information modeling, etc.), entraînement des intelligences artificielles et travail sur les données massives, monnaies virtuelles, réseaux divers de communication numérique (réseaux sociaux d’entreprise), monnaies électroniques (le Bitcoin consomme autant d’électricité que la Suisse), etc. L’usage croissant de la donnée numérique pour l’information et la commande conduit au renouvellement des terminaux, à l’élargissement et à l’accélération des voies de circulation (4G, 5G, etc.) et à une croissance rapide du calcul et du stockage, qui se matérialise dans la construction et le renouvellement des centres de données. Un « lock-in », c’est-à-dire une situation sociotechnique « bloquée » ou difficile à changer46, s’est déjà assez largement installé, sans véritable anticipation de ses implications, alors que les sciences de la nature et notamment du climat confortent chaque année un peu plus leurs alertes – ainsi le dernier rapport du GIEC (2021).
  • 47 A. S.G. Andrae, et T. Edler, « On Global Electricity Usage of Communication Technology », Challeng (...)
  • 48 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project », p. 20.
  • 49 https://decrypterlenergie.org/la-revolution-numerique-fera-t-elle-exploser-nos-consommations-dener (...)
  • 50 ADEME, « Modélisation et évaluation des impacts environnementaux de produits de consommation et de (...)
  • 51 Pour mémoire, l’énergie finale est celle consommée par les usines fabricant les appareils, tandis (...)
  • 52 Ainsi L. Belkhir & A. Elmeligi, « Assessing ICT global emissions footprint : Trends to 2040 & recom (...)
    17 Sur la base des scénarios proposés par Anders Andrae et Tomas Adler47, l’étude du Shift Project (2018) actualise les chiffres et propose trois trajectoires principales, plus une variante que nous laisserons de côté, dans la mesure où elle ne semble pas apporter d’enseignement supplémentaire. La trajectoire « attendue » (« expected ») s’avère un peu plus élevée qu’anticipée par Andrae et Adler. À ce rythme, la part des émissions serait de 4 % en 2020, pour augmenter de 60 % encore en valeur absolue d’ici à 2025. En consommation reconstituée, le numérique émettrait en 2020 autant de CO2 que l’Inde en 2015. La part de la fabrication tourne autour de 45 %, mesurée en énergie finale (Shift)48, ou de 15 à 20 % en énergie primaire (NégaWatt49, ADEME50)51. Un second scénario envisage un rythme d’efficacité énergétique supérieur à ce qui a été observé dans les décennies passées : une telle trajectoire ne réduit que de 10 % la demande électrique finale en 2030. Enfin, un dernier scénario, celui de la « sobriété », limite les usages vidéo les plus dispendieux et intègre un ralentissement de l’efficacité énergétique, ce qui semble cohérent avec l’observation des tendances passées. Dans ce cas, la consommation est en faible croissance, et les 4 % des émissions globales de GES ne sont atteints qu’en 2025. Mais, même dans ce scénario, rien ne garantit contre une forte croissance de la consommation après 2030 puisque l’étude ne s’étend pas au-delà, et que la pente à cette date n’est pas décroissante mais légèrement croissante (scénario « sobriété ») à fortement croissante (scénario « attendu »). Les quatre sources principales de croissance de la consommation sont le smartphone et notamment le rythme de renouvellement, les périphériques, l’internet des objets industriels (IIoT) et l’explosion du transit de données (+25 %/an d’après Cisco). La volumétrie est géographiquement et politiquement différenciée : la part des milliards de terriens « sous-équipés » permet d’entrevoir un énorme potentiel de croissance, à tous points de vue, même si l’enjeu premier est la croissance de la consommation des pays développés. D’autres études existent, qui ne paraissent pas changer significativement la donne52. La conclusion est qu’en l’absence d’un changement de cap important, le numérique pourrait annihiler à lui seul au moins 20 % des réductions d’émissions nécessaires à la trajectoire de l’Accord de Paris.
  • 53 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project », part. Annexe 3
  • 54 GSMA, Device Ownership of a Typical Family of Four, 2012, 2017, 2022. Adapté de GSMA, The Impact o (...)
  • 55 R. Landauer, « Irreversibility and Heat Generation in the Computing Process », IBM Journal 1961, p (...)
  • 56 A. Bérut, A. Arakelyan, A. Petrosyan et al,. « Experimental verification of Landauer’s principle l (...)
  • 57 Semiconductor Industry Association / Semiconductor Research Corporation, « Rebooting the IT revolu (...)
    18 Les raisons de l’échec tiennent à ce que la gouvernance du numérique se concentre en réalité sur l’efficacité, au détriment de la sobriété. L’efficacité a certes été spectaculaire : un ordinateur contemporain est de l’ordre de 10 milliards de fois plus efficace que l’ENIAC, premier calculateur numérique mis au point en 1945. Autrement dit, la production d’une information numérique (un « bit ») demande aujourd’hui beaucoup moins d’énergie. Mais cela ne compense pas l’explosion des données. Le Shift Project se base sur les estimations fournies par Cisco, et souligne que l’équipementier a été prudent jusqu’ici, en dépit de chiffres affolants, sous-estimant chaque année la croissance du trafic53. Le problème est toujours le même : les décisions politiques et industrielles favorisent la digitalisation et la croissance des données, qui compensent les gains réalisés sur leur allègement unitaire. C’est ce que l’on appelle « l’effet rebond ». La méthode de calcul prospectif du Shift Project est simple et transparente : elle consiste à prendre au sérieux les anticipations raisonnables d’évolution du marché telles que les constructeurs se les représentent (ainsi, le Global System for Mobile Communications, un consortium d’entreprises dans le domaine du mobile54) et à les chiffrer ; puis à mesurer les effets d’une accélération ou d’un ralentissement des progrès de l’efficacité énergétique, sachant que cette variable ne porte pas seulement sur les machines neuves, mais sur l’ensemble du parc, qui se renouvelle lentement. L’efficacité énergétique a une borne ultime, certes lointaine : la « barrière de Landauer », identifiée dès 1961 par un chercheur d’IBM55. Elle a récemment été vérifiée56. Une étude issue de l’industrie des semi-conducteurs estime toutefois qu’au rythme actuel de la croissance de la puissance de calcul, et compte tenu du ralentissement progressif des gains en efficacité énergétique, le numérique pourrait consommer avant 2070 l’équivalent de la totalité de l’énergie mondiale appelée en 201057.
  • 58 Cisco, Visual Networking Index : Mobile Forecast Highlights, Global - 2020 Forecast Highlights, 201 (...)
  • 59 15 mai 2019. https://www.usinenouvelle.com/article/l-edge-computing-est-une-plus-grosse-opportunit(...)
    19 La méthode utilisée par cette étude est prudente, au sens où elle n’intègre pas d’hypothèse du pire, telle que celle que Cisco envisage quand il s’interroge : « Si le “cloud gaming” devient populaire, il peut rapidement devenir l’une des catégories principales de trafic sur internet »58. Ou quand Thierry Breton, PDG d’ATOS, affirme que la consommation de données d’une voiture autonome : « est absolument gigantesque. Aucun réseau ne peut supporter cela. La fonction de traitement de données du véhicule électrique ou de la voiture autonome sera sans doute plus consommatrice d’énergie que sa fonction de mobilité. C’est un sujet dont on ne parle pas aujourd’hui »59.

III. Les rapports de force

  • 60 F. Flipo et al., Technologies numériques et crise environnementale : peut-on croire aux TIC vertes (...)
    20 Nous avons conservé dans notre étude 2020 une lecture des acteurs structurée autour de quatre agents principaux, comme en 200960 : les autorités publiques, les entreprises (fabricants et fournisseurs de services), les ONG et les consommateurs, ces derniers désignant un ensemble plus dispersé et atomisé.
  • 61 http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl20-027.html
  • 62 https://www.ademe.fr/expertises/dechets/elements-contexte/politique-vigueur/dossier/cadre-reglement(...)
  • 63 CWIT, Countering WEEE Illegal trade, 2015.
    21 La position des acteurs publics a été partiellement évoquée. Elle peut être complétée par l’examen des dernières productions normatives. La proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France61souligne tout autant que la Feuille de route du Conseil national du numérique l’importance de la durée de vie du matériel électronique. Le traitement des déchets électroniques donne une idée du problème. Jugée prioritaire de longue date, la réutilisation ne représente qu’1,5 % du volume, loin derrière le recyclage des matières (73 %), la valorisation énergétique (8 %) et l’élimination (mise en décharge ou incinération sans valorisation – 17 %)62. La directive DEEE (Déchets d’équipements électroniques) avait pourtant l’ambition de favoriser l’écoconception dès sa publication en 2002. Dérivée d’analyses issues de l’économie néoclassique, elle cherchait à contraindre les metteurs sur le marché à internaliser les externalités qu’ils créent. Celui qui internaliserait au coût le plus bas sortirait théoriquement gagnant. Nous avions montré en 2006 que ce schéma abstrait avait fort peu de chances de donner les résultats attendus. En effet, les constructeurs qui pilotent les éco-organismes n’avaient pas intérêt à trop investir dans des filières dont les retombées en termes d’avantage concurrentiel auprès du consommateur sont incertaines, celui-ci ne pouvant vérifier les promesses et étant méfiant. Aujourd’hui près de 40 % des déchets électroniques sortent tout simplement du circuit sans que l’on sache ce qu’il advient d’eux, étant vraisemblablement exportés de manière illégale63. La mafia italienne fait une partie importante de son chiffre d’affaires dans l’élimination des déchets toxiques.
  • 64 Résolution de 3 840 × 2 160 pixels
  • 65 L’information au sens numérique se compte usuellement en bytes ou octets, qui comptent 8 bits. Les (...)
    22 Le réemploi ne fait toutefois que ralentir la progression des usages. Les textes évoqués s’intéressent à ces derniers. La proposition de loi du Sénat propose de mettre fin aux forfaits illimités et de tarifer au volume. Elle veut aussi mettre fin au lancement automatique des vidéos. L’étude du Shift Project met en effet en exergue le poids de la vidéo dans la consommation de données. Cela tient au volume des fichiers correspondants. Un film de 90 minutes définition télévisuelle standard du début des années 2000 représente en effet un poids numérique de 700 Mo, alors qu’un fichier en 4K64franchit facilement la barre des 100 Go65. Et le dernier appareil mobile commercialisé par Samsung peut capter des séquences en 8K. Ces énormes fichiers impliquent que des infrastructures en rapport soient disponibles, d’où une course incessante pour renforcer les réseaux : 4G, 5G et 6G à l’étude. Leur déploiement dépend étroitement des autorités publiques, notamment dans les zones peu denses qui sont les moins rentables. Tous les gouvernements successifs depuis le rapport Nora-Minc ont eu à cœur de développer le numérique, même si les moyens ont varié : concurrence, compétitivité et puissance nationale côté libéral, coopération et (biens) communs numériques côté socialiste. Les rapports successifs du CRÉDOC témoignent d’un alignement continu des gouvernements français sur l’agenda de Lisbonne. La France figure d’ailleurs parmi les pays les mieux équipés, à l’échelle mondiale comme à l’échelle européenne.
  • 66 GeSI, SMART 2020 Enabling the low-carbon economy in the information age, 2008 ; GeSI, #SMARTer2030. (...)
    23 Les entreprises, de leur côté, se sont montrées plutôt réticentes envers toute norme encadrant leurs produits et actions, au début des années 2000. Elles ont mis en avant le risque de perte de compétitivité de l’Europe, face à des géants qui ne s’embarrassaient pas de la question écologique. Devant la pression du Parlement européen et des ONG, elles ont plaidé pour une approche volontaire, fondée sur les labels et des normes techniques homogènes à l’échelle du continent. Mises en cause par Gartner en 2007, elles ont cherché à mettre en évidence les bénéfices écologiques que l’on pouvait attendre du numérique dans les autres secteurs : visioconférence, télétravail, e-commerce, pilotage de l’éclairage, du chauffage ou de la climatisation, agriculture « de précision » limitant l’usage de pesticides, réseaux énergétiques permettant d’adapter l’offre intermittente des énergies renouvelables et la demande (« smartgrids »), etc. Les grandes entreprises du numérique se sont regroupées dès 2008 dans la Global e-sustainability Intiative, qui a publié des rapports largement repris, qui focalisaient sur les gains potentiels que le numérique pouvait offrir aux autres secteurs, promesses pharaoniques à la clé : jusqu’à 20 % des émissions planétaires66. Le débat se structure ainsi en deux problématiques : le « Green IT », qui recouvre toute la question de l’efficacité écologique du numérique (énergie, matière, toxiques) et le « IT for Green », les usages du numérique visant à verdir d’autres secteurs.
  • 67 S. Lange, J. Pohl et T. Santarius, « Digitalization and energy consumption. Does ICT reduce energy (...)
  • 68 GeSI, Digital with purpose : delivering a SMARTer2030, 2019.
    24 Une étude récente (2020) montre que le bilan est négatif67. Le numérique a davantage contribué à accélérer la consommation qu’à la réduire, et sa propre empreinte a doublé. Le dernier rapport de la GeSI (Global e-Sustainability Initiative) prend acte de cette situation, mais il ne propose rien de précis68. Les faiblesses de ces rapports issus des industriels sont toujours les mêmes, et nous les avions identifiées dans notre rapport de 2009 :
  • une contribution du secteur sous-estimée : le rapport 2019 avance sans justification un chiffre de 1,6 % des GES planétaires alors que les études publiées dans les revues scientifiques sont plutôt au double, 3 à 4 % ;
  • la mise en avant des gains en efficacité énergétique, sans souligner qu’ils n’ont pas l’écologie comme motivation, ni qu’ils ne font que compenser la croissance très forte du transit et du calcul, et cela pour cette raison qu’ils la provoquent (c’est grâce à l’efficacité énergétique que les smartphones peuvent accomplir toujours plus de fonctions avec des batteries comparables) ; sans chercher non plus à savoir si de tels progrès vont continuer encore longtemps ;
  • des promesses non étayées pour les autres secteurs, sur la base de technologies diverses (connectivité, « cloud », intelligence artificielle, blockchain, 5G, internet des objets, réalité numérique), en mettant en avant des cas d’usage jugés vertueux, sans vérifier s’ils ont la moindre chance de se produire ni se demander ce qu’il serait nécessaire de changer pour que ce soit le cas ;
  • l’absence d’intégration sérieuse de « l’effet rebond »69.
  • 70 GeSI, Digital with purpose : delivering a SMARTer2030.
  • 71 GSMA, The enablement effect. The impact of mobile communications technologies on carbon emission re (...)
  • 72 F. Flipo, « Le Green Deal européen et l’enjeu du numérique. Retour sur un impensé », Note de la Fon (...)
    25 L’industrie a toutefois changé d’attitude, à tel point que la GeSI reconnaissait en 2019 que le numérique, pour contribuer à atteindre les objectifs fixés par l’Accord de Paris, devrait se doter d’un but différent de celui qu’il avait poursuivi jusqu’ici70. Alors que des dispositifs réglementaires similaires à la directive DEEE ont été mis en place dans plusieurs régions du monde, dont la Chine et les États-Unis, la GeSI loue leur pertinence et se montre désormais critique envers les approches volontaires, jugées peu fiables. Toutefois, l’accent est mis sur le recyclage, et non sur le réemploi ; un recyclage qui vise avant tout les matériaux les plus courants, tels le plastique ou les métaux abondants. Les matières dont la récupération serait la plus intéressante, telles que les terres rares, sont largement perdues. Et, si la position du GeSI a changé, d’autres organisations telles que le GSMA (association des industriels autour du mobile) persistent : le numérique pourrait faire gagner dix fois sa propre empreinte71. Le Green New Deal semble reprendre ces promesses sans même les vérifier72.
  • 73 Greenpeace, Switching on green electronics, déc. 2009, p. 7.
  • 74 E. Delsol, « Greenpeace serre la vis aux industriels high-tech », Le Monde informatique, 1er juill. (...)
  • 75 Greenpeace, How clean is your cloud ?, avr. 2012.
  • 76 F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes ? Technologies de l’information et crise environneme (...)
  • 77 ECOS, EEB & Coolproducts, Stakeholders comments on the Review of Ecodesign Directive, 28 févr. 2017 (...)
  • 78 ECOS, Ecodesign as part of circular economy – implications for market surveillance, nov. 2018.
    26 La mise à l’agenda a bien été aidée par l’action des ONG telles que Greenpeace, à l’échelle nationale ou internationale. Greenpeace se saisit du numérique en 2005 par la campagne www.greenmyapple.com (site web désactivé), en jouant sur le slogan de la marque, « think different », qui prend l’entreprise au mot et montre qu’Apple est une industrie aussi polluante que les autres. L’ONG met ensuite en place un classement des marques, suivant un ensemble de critères tirant approximativement dans le même sens que les directives européennes, et en les durcissant petit à petit, d’année en année. Greenpeace ne s’appuie que sur des données publiques, avec l’argument que les promesses ne doivent pas être faites à Greenpeace, mais au public. L’organisation enquête également sur le devenir des déchets électroniques, créant l’événement. En 2009, Greenpeace appelle à passer à « l’électronique verte », affirmant « qu’il est possible de fabriquer des produits propres et durables, qui peuvent être mis à jour, recyclés ou mis au rebut de manière sûre, sans finir comme déchet dangereux dans le dos de quelqu’un »73. L’organisation fait pression sur les directives européennes qui sont alors en révision : DEEE et RoHS. Elle scrute les produits dangereux, la consommation d’énergie, le cycle de vie et le plastique recyclé, et l’effort dans la production et la transparence des données. Et constate une amélioration continue74. Elle indique aussi le score du meilleur produit possible. Le classement s’étend par la suite aux entreprises de services numériques. Greenpeace attire également l’attention sur les centres de données, le « cloud », avec une comparaison qui fait mouche : le secteur du numérique, s’il était un pays, serait le troisième consommateur mondial d’électricité, derrière la Chine et les États-Unis75. D’autres ONG jouent un rôle clé, ainsi France Nature Environnement dans la transposition de la directive DEEE76 ou ECOS (European Environmental Citizens Organisation for Standardisation) dans le suivi de la directive EuP, devenue EcoDesign. La documentation ECOS descend très loin dans les détails techniques de fonctionnement77 : types de LED à utiliser, nécessité de tester le PC avec son logiciel, niveau de résistance aux chocs, etc. L’ONG souligne l’importance de la surveillance des marchés : accessibilité et fiabilité de l’information, certitude du cadre légal, amendes, « name and shame » et compensation du consommateur en cas de non-conformité des produits78.
  • 79 https://eeb.org/circular-economy-action-plan-2020/
  • 80 European Environmental Bureau et al., Decoupling debunked. Evidence and arguments against green gro (...)
  • 81 European Parliament Research Service, The EcoDesign Directive – European Implementation Assessment, (...)
  • 82 A. M. Bundgaard, A. Remmen et K. Zacho, « Ecodesign Directive version 2.0 : From Energy Efficiency t (...)
  • 83 Bureau européen de l’environnement, EEB submission for the public consultation on EU product policy (...)
  • 84 https://www.coolproducts.eu/products-are-changing
  • 85 Les Amis de la Terre/CNIID, L’obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage, 2010 ; (...)
  • 86 Les Amis de la Terre, Guide éco-citoyen de la réparation, 2018.
  • 87 https://www.amisdelaterre.org/campagne/amazon-surproduction/
  • 88 Les Amis de la Terre, L’avenir de l’agriculture aux mains des géants du numérique ou dans celle des (...)
    27 FNE est également membre du Bureau européen de l’environnement, la plateforme commune des associations écologistes au niveau européen. Le BEE salue le Plan d’action pour l’économie circulaire de l’Europe comme « la proposition la plus ambitieuse et détendue qui ait jamais été formulée pour réduire les impacts environnementaux et climatiques de nos produits et activités économiques »79, tout en critiquant la volonté de concilier croissance économique et réduction de l’empreinte écologique, alors que rien de tel ne semble possible80. Consultées sur le Green New Deal, les ONG européennes soutiennent plutôt le processus81, même si la directive va principalement vers l’efficacité énergétique, l’économie de matière et le recyclage, et non vers la sobriété, ni le réemploi82. Le BEE théorise une fonction « push and pull »83 : bannir les mauvais produits, diffuser les nouveaux produits par les labels et l’achat public, avoir une influence mondiale. La coalition Cool Products a été construite dans ce but84. Les Amis de la Terre en sont membres et se distinguent en attirant l’attention sur l’obsolescence programmée85. L’ONG constate ce que nous avions signalé en 2009 : les distributeurs accusent les fabricants d’obsolescence accélérée et vice-versa. L’usage de subventions croisées, largement utilisées à ce moment-là, est pointé du doigt. La campagne de Bouygues Telecom est dénoncée : « Bouygues Telecom : le seul opérateur qui vous permet de changer de smartphone tous les ans ». Les logiciels sont mis en cause dans leur propension à réduire l’espérance de vie des objets. En 2018 l’association lance le Guide éco-citoyen de la réparation, qui note les grands distributeurs (Amazon, Carrefour, etc.) sous l’angle de la réparabilité de leurs produits électriques et électroniques86. Amazon est ciblé, qui exploite les travailleurs, encourage le gaspillage et la guerre des prix, tirant la qualité vers le bas87. En 2020 l’association sort un rapport sur les dangers de l’agriculture « 4.0 »88, qui essaie de se faire passer pour « verte ».
  • 89 T. B. Maxwell et J. R. Timmons, « Media Coverage of Climate Change : Current Trends, Strengths, Weak (...)
  • 90 https://ecoinfo.cnrs.fr
  • 91 Shift Project, Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project, 2018.
  • 92 CRÉDOC, Baromètre du numérique, op. cit.
    28 Les ONG et syndicats ont un rôle de mise à l’agenda de problèmes publics89. Ils ne sont pas seuls : citons notamment le réseau « Green It » (électronique verte) autour du site GreenIt.fr en France, de la Fondation internet nouvelle génération (FING) ou du Shift Project, arrivé plus récemment, mais doté d’ancrages forts dans les grands corps de l’État. C’est également le cas d’EcoInfo, un acteur ancré dans Le Monde académique, mais avec la vocation à formuler des expertises90. Sa position est de « tirer parti de nos capacités d’analyse pour construire et utiliser un système numérique qui, en ramenant sa consommation de ressources matérielles et énergétiques à un niveau compatible avec les contraintes environnementales, préserve ses apports sociétaux essentiels »91. Les mouvements et la littérature technocritique, tels que l’association Pièces et Main-d’Œuvre ou le journal La Décroissance, en appellent plutôt à faire sans numérique. La limite principale du Shift Project réside en ce qu’il n’analyse pas vraiment la construction des usages. Il n’explique pas comment le numérique a pu « s’imposer » dans la vie quotidienne, ainsi que le constate le CRÉDOC, le centre de recherche sur les modes de vie92.
  • 93 W. Young et al., « Sustainable consumption : green consumer behaviour when purchasing products », Su (...)
  • 94 V. Thorstein, Théorie de la classe de loisir (1899), Paris, Gallimard, 1978.
  • 95 C. Sunstein et R. Thaler, Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness, New Haven (...)
    29 Les consommateurs sont un acteur très particulier : partout évoqués, ils sont un acteur diffus et comme ventriloqué par tous les autres acteurs, qui parlent en leur nom. Pour les autorités publiques, le consommateur et le citoyen sont l’origine et la destination dernière de toutes les politiques et directives, puisque nous sommes en démocratie. Pour les entreprises, le consommateur est le citoyen libre et informé qui manifeste une « demande » à satisfaire, par de la nouveauté, des avancées technologiques et des prix bas – et, de manière plus marginale, l’écologie. Pour les ONG, le consommateur, qui est aussi le citoyen, n’est ni libre ni informé et, s’il l’était, alors ses choix seraient bien différents. La littérature scientifique sur la consommation prend acte de ces tensions sous la forme du « value-action gap » ou « attitude-behaviour gap »93 : l’écart entre les préférences ou valeurs affichées par les consommateurs, et leurs choix concrets. Autrement dit, si les sondages montrent que les consommateurs sont attachés à protéger la nature, leurs choix concrets indiquent plutôt le contraire. Cette littérature ignore assez largement la dimension sociale de la consommation, ou alors pour la réduire à des questions de préférences ou d’ostentation, dans une version très frustre des thèses de Veblen94. Elle sert d’appui au Green New Deal et au « push and pull » évoqué par le BEE et illustré par l’étiquette-énergie : informer les consommateurs pour les guider vers les produits « verts », faire évoluer le marché vers la décarbonisation et en faire un levier de transformation mondiale. Les nudges sont particulièrement valorisés dans cette approche95.
  • 96 C. Audard, Qu’est-ce que le libéralisme ?, Paris, Gallimard, 2009.
  • 97 « Some measure of inequality is essential for the spirit of envy and keeping up with the Joneses th (...)
  • 98 ADEME, Les représentations sociales du changement climatique, 2019.
  • 99 F. Flipo, En quoi la crise environnementale contribue-t-elle à renouveler la question de la justice (...)
  • 100 Carbone 4, Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État fa (...)
    30 C’est pourtant passer sous silence la question de l’espace public ou de la structure normative des sociétés, notamment sous l’angle des classes sociales – soit, dans la version libérale, que le niveau de vie reflète le mérite96 ou que les inégalités servent à attiser la concurrence97, soit, dans la version socialiste et marxiste, qu’elle reflète l’exploitation d’une large partie de la population par une minorité. Cette structure normative s’incarne dans le texte public au sens de Scott, et dans les contestations ou contournements dont il fait l’objet. Elle donne une dimension collective à la consommation. De fait, les sondages de l’ADEME montrent que l’équité apparaît centrale en matière de changement de modes de vie98. Convaincus à 55 ou 60 % qu’« il faudra modifier de façon importante nos modes de vie pour empêcher l’augmentation du changement climatique », à la question « si des changements importants s’avèrent nécessaires dans nos modes de vie, à quelles conditions les accepteriez-vous ? », les sondés mettent en tête la répartition équitable des efforts (50 %), bien avant la modération de ces derniers (12 %), que ces changements soient compensés par d’autres avantages (9 %) ou qu’ils soient décidés collectivement (« avoir son mot à dire » 14 %). La question de l’équité a également été centrale, au niveau européen, lors de la discussion des objectifs de Kyoto99. Ces faits sont évacués de l’approche « value-action gap », qui gomme ce « linge sale » du pouvoir évoqué par James C. Scott. Le cabinet Carbone 4 montre que la marge de manœuvre accessible à l’échelle individuelle ne dépasse guère 25 % des réductions requises pour diviser par quatre les émissions ; le reste dépend de décisions collectives qui régulent le contexte d’action, notamment en ce qui concerne la configuration des infrastructures100. Quels seraient les intérêts qui seraient contrariés si les politiques s’attaquaient sérieusement à ce qui agence le contexte et génère les situations de « lock-in », c’est-à-dire de contrainte sur les choix ? Ce seraient précisément ces intérêts industriels qui rendent le consommateur responsable de la situation, et le somment de choisir sans lui en donner les moyens.
  • 101 P. Rosanvallon, La légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Paris, Gallimard, (...)
  • 102 Commission européenne, Communication de la Commission sur la définition du marché en cause aux fins (...)
  • 103 D. Flacher et H. Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ?, Paris, Economica, 2007.
    31 Le Green New Deal n’aborde pas ce sujet, tout comme le Marché unique vert : ils cherchent explicitement à se couler dans la structure sociale héritée, à quelques mesures redistributives près. Les positions des associations de consommateurs telles que l’UFC-Que Choisir focalisent sur le rapport qualité-prix. Les ONG écologistes minorent la question et font ici preuve de l’aveuglement usuel qui est le leur, lié à leur spécialisation sectorielle – de même les syndicats sur l’écologie. Les agences de régulation telles que l’ARCEP, tout en affirmant partout que le consommateur est le but, ne l’intègrent pas, ni directement ni indirectement : les associations de consommateurs ne sont pas prises au sérieux. L’agence se définit comme « impartiale » au sens de Rosanvallon101, mais de manière limitée : c’est au sens d’un égal soutien aux « marchés pertinents », sur lesquels les produits peuvent être considérés comme interchangeables ou substituables102. Elle ne prend parti pour aucune des entreprises présentes, mais ne se soucie pas d’intégrer d’autres points de vue. Elle est donc conduite à pousser le consommateur à consommer, à s’équiper, ce qui est aussi le programme des autorités publiques, à des fins de compétitivité du territoire aussi bien que d’assurer un marché intérieur dynamique susceptible de servir de base arrière à la transnationalisation des champions français103.
  • 104 M. Campana et al., Réduire la consommation du numérique. Rapport au Conseil général de l’économie., (...)
  • 105 Au travers des rapports d’Olivier Ezratty : https://www.oezratty.net/wordpress/telecharger/publicat(...)
    32 Le débat normatif autour de l’écologie du numérique se structure en deux grandes catégories : le « Green It » (un numérique « plus vert ») et le « IT for Green » (un usage du numérique favorable à la transition écologique). À date, rien n’indique que l’objectif d’un numérique plus vert soit atteint par les mesures mises en œuvre à cet effet. Le risque est grand de voir se reproduire la situation de 2007 : beaucoup de textes et de promesses, peu de résultats mesurables sur le plan écologique. En témoigne le plus récent rapport officiel français sur le numérique, qui se contente d’appeler à une surveillance des futurs usages, principalement domestiques104, sans même chercher à prendre la mesure de la dynamique du secteur, et des centaines de milliards qu’il engloutit. Pendant ce temps, le numérique investit dans l’entreprise, comme en témoigne également l’évolution du Consumer Electronics Show de Las Vegas105, dans la mesure où l’équipement des foyers et leur propension à payer semble saturés : intelligence artificielle, industrie 4.0, Internet des objets, logistique, systèmes d’information, « smart cities », etc. Une situation de lock-in s’instaure, dont il sera bien difficile de sortir.

Notes

1 J. C. Scott, Seeing Like a State. How certain schemes to improve the human condition have failed., New Haven and Londres, Yale University Press, 1998 ; J. C. Scott, La domination et les arts de la résistance : fragments du discours subalterne, Paris, Amsterdam, 2008.

2 J. Derrida, De la grammatologie, Paris, Éditions de Minuit, 1967.

3 B. Stiegler, La technique et le temps, Paris, Fayard, 2018.

4 N. Wiener, La cybernétique. Information et régulation dans le vivant et la machine (1947), Seuil, 2014 ; N. Wiener, Cybernétique et société (1949), Paris, Deux Rives, 1949.

5 L. Kleinrock, « Information flow in large communication nets. Proposal for a PhD Thesis », 31 mai 1961.

6 D. Wolton, Penser la communication, Paris, Flammarion, 1997, p. 249.

7 S. Faucheux, Ch. Hue, I. Nicolaï, TIC et développement durable. Les conditions du succès, De Boeck, 2010, p. 191.

8 E. J. Hobsbawm, Le long XIXe siècle - 1789-1914, Paris, Fayard, 2012.

9 B. Zuindeau, « La “loi de Kuznets” : de l’économie de la répartition à l’économie de l’environnement », Colloque international « Y a-t-il des lois en économie ? », Lille, sept. 2005.

10 A. Minc, La mondialisation heureuse., Mesnil sur l’Estrée, France Loisirs, 1997 ; P. Krugman, La mondialisation n’est pas coupable, Paris, La Découverte, 2000.

11 A. Negri et M. Hardt, Empire, Paris, Exils, 2000.

12 Manifeste pour une politique accélérationniste (2013) https://www.multitudes.net/manifeste-accelerationniste/

13 A. Gorz, Misère du présent, richesse du possible, Paris, Galilée, 1997, p. 17.

14 P. Lamy, « La démondialisation est un concept réactionnaire », Le Monde, 30 juin 2011, https://www.lemonde.fr/economie/article/2011/06/30/pascal-lamy-la-demondialisation-est-un-concept-reactionnaire_1542904_3234.html.

15 A. Smith, Enquête sur la nature et les causes de la richesse des nations (1776), Paris, PUF, 1995.

16 D. Ricardo, Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), Paris, Flammarion, 1999.

17 P. Samuelson, A. Paul et W. D. Nordhaus, Economie, Paris, Economica, 2005.

18 Ibid., p. 388.

19 D. Flacher et H. Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ?, Paris, Economica, 2007.

20 The Digital Economy and Society Index (DESI) 2020. https://ec.europa.eu/digital-single-market/en/desi

21 S. A. Minc, L’informatisation de la société, Paris, La Documentation française, 1978.

22 G. Théry, « Les autoroutes de l’information. Rapport au Premier ministre », 1994.

23 D. Boullier, Sociologie du numérique, Paris, Armand Colin, 2016.

24 CNUCED, « Digital economy report 2019. Value creation and capture : implications for developing countries. », 2019.

25 P. Le Prestre, Protection de l’environnement et relations internationales. Les défis de l’écopolitique mondiale, Paris, Armand Colin, 2005.

26 F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes ? Technologies de l’information et crise environnementale, Paris, Presses de Mines, 2012 ; Id., L’impératif de la sobriété numérique. L’enjeu des modes de vie, Paris, Matériologiques, 2020.

27 ADEME, « Équipements électriques et électroniques. Données 2018 », sept. 2019.

28 UN, Brief summary of the general debate, 1972.

29 Commission mondiale sur l’environnement et le développement, Notre avenir à tous, New-York, Nations unies, 1987.

30 J. Gusfield, La culture des problèmes publics. L’alcool au volant : la production d’un ordre symbolique, Paris, Economica, 2009.

31 F. Flipo, « Le Grenelle de l’environnement, deux mois après : conclusions et perspectives », Revue du MAUSS permanente, 10 janv. 2008 [en ligne]. http://www.journaldumauss.net/spip.php?article248.

32 Fédération française des télécommunications, Charte d’engagement volontaire du secteur des télécoms pour le développement durable, Grenelle de l’environnement, 22 juill. 2010. http://www.adequations.org/IMG/pdf/CharteTelephoneDurable.pdf

33 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project. », 2018.

34 CNN, « Feuille de route sur l’environnement et le numérique », 8 juill. 2020. https://cnnumerique.fr/environnement_numerique

35 https://www.arcep.fr/actualites/les-communiques-de-presse/detail/n/reseaux-et-environnement.html

36 Proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France, 12 oct. 2020. https://www.senat.fr/leg/ppl20-027.html

37 CRÉDOC, « Baromètre du numérique », Paris, CRÉDOC, 2019.

38 https://www.imt.fr/formation/imt-disruptcampus/tgf

39 CRÉDOC, « Baromètre du numérique ».

40 F. Flipo et al., Écologie des infrastructures numériques, Paris, Hermès Science, 2007 ; F. Flipo et al., Technologies numériques et crise environnementale : peut-on croire aux TIC vertes ? Rapport final Projet Ecotic, Rapport, 2009 ; F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes ? Technologies de l’information et crise environnementale ; F. Flipo, M. Dobré et M. Michot, La face cachée du numérique, Paris, L’Échappée, 2013.

41 F. Flipo, L’impératif de la sobriété numérique. L’enjeu des modes de vie.

42 P. Servigne et R. Stevens, Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes, Paris, Seuil, 2015.

43 A. Canabate, « Les récits de l’effondrement », Paris, ministère de la Transition écologique, 2020, http://www.fondationecolo.org/blog/Les-recits-de-l-effondrement

44 Shift Project, « Impact environnemental du numérique : tendances à 5 ans et gouvernance de la 5G. Mise à jour des scénarios prospectifs des impacts du numérique mondial et propositions pour le déploiement d’une 5G raisonnée », mars 2021.

45 Enertech, Mesure de la consommation des usages domestiques de l’audiovisuel et de l’informatique. Rapport du Projet REMODECE, ADEME – Union européenne - EDF, 2008, p. 77.

46 W. Brian Arthur, « Competing Technologies, Increasing Returns, and Lock-In by Historical Events », The Economic Journal 1989, 99(394), p. 116131 ; P. Bouvier-Patron, « L’application des concepts de “lock-in” et de “barrières à la mobilité” à une théorie des réseaux d’entreprises », RFE 1994, p. 205232.

47 A. S.G. Andrae, et T. Edler, « On Global Electricity Usage of Communication Technology », Challenges 2015, n° 6, p. 117157.

48 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project », p. 20.

49 https://decrypterlenergie.org/la-revolution-numerique-fera-t-elle-exploser-nos-consommations-denergie

50 ADEME, « Modélisation et évaluation des impacts environnementaux de produits de consommation et de biens d’équipement », 2018.

51 Pour mémoire, l’énergie finale est celle consommée par les usines fabricant les appareils, tandis que l’énergie primaire est celle produite par les centrales énergétiques alimentant ces usines ; entre les deux, des pertes plus ou moins élevées suivant le type d’énergie (hydroélectricité, quelques % de pertes, et nucléaire, 70 % de pertes).

52 Ainsi L. Belkhir & A. Elmeligi, « Assessing ICT global emissions footprint : Trends to 2040 & recommendations », Journal of Cleaner Production 2018, vol. 177, p. 448-463.

53 Shift Project, « Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project », part. Annexe 3.

54 GSMA, Device Ownership of a Typical Family of Four, 2012, 2017, 2022. Adapté de GSMA, The Impact of the Internet of Things The Connected Home, 2015.

55 R. Landauer, « Irreversibility and Heat Generation in the Computing Process », IBM Journal 1961, p. 183191.

56 A. Bérut, A. Arakelyan, A. Petrosyan et al,. « Experimental verification of Landauer’s principle linking information and thermodynamics », Nature 2012, 483, p. 187-189 https://doi.org/10.1038/nature10872  ; M. P. Frank, « The physical limits of computing », Comput. Sci. Eng. 2002, 4, p. 16-26.

57 Semiconductor Industry Association / Semiconductor Research Corporation, « Rebooting the IT revolution : A Call to Action », 2015.

58 Cisco, Visual Networking Index : Mobile Forecast Highlights, Global - 2020 Forecast Highlights, 2016.

59 15 mai 2019. https://www.usinenouvelle.com/article/l-edge-computing-est-une-plus-grosse-opportunite-que-le-cloud-affirme-thierry-breton-pdg-d-atos.N844360.

60 F. Flipo et al., Technologies numériques et crise environnementale : peut-on croire aux TIC vertes ? Rapport final Projet Ecotic.

61 http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl20-027.html

62 https://www.ademe.fr/expertises/dechets/elements-contexte/politique-vigueur/dossier/cadre-reglementaire/grands-principes-reglementation-europeenne-dechets

63 CWIT, Countering WEEE Illegal trade, 2015.

64 Résolution de 3 840 × 2 160 pixels

65 L’information au sens numérique se compte usuellement en bytes ou octets, qui comptent 8 bits. Les mémoires ou trafics sont mesurés en bytes ou bits, avec un facteur 8 entre les deux, donc, ce qui invite à la prudence. Par ailleurs les préfixes des unités de compte utilisées sont nombreux : unité, kilo (103), méga (106), giga (109), téra (1012), péta (1015), exa (1018), zetta (1021), yotta (1024). L’échelle ne va pas au-delà.

66 GeSI, SMART 2020 Enabling the low-carbon economy in the information age, 2008 ; GeSI, #SMARTer2030. ICT solutions for 21st century challenges, 2015.

67 S. Lange, J. Pohl et T. Santarius, « Digitalization and energy consumption. Does ICT reduce energy demand ? », Ecological Economics 2020, vol. 176, p. 106760.

68 GeSI, Digital with purpose : delivering a SMARTer2030, 2019.

69 C. Gossart, « Rebound effects and ICT : a review of the literature », in ICT innovations for sustainability, Berlin, Springer, 2015, p. 435448.

70 GeSI, Digital with purpose : delivering a SMARTer2030.

71 GSMA, The enablement effect. The impact of mobile communications technologies on carbon emission reductions, déc. 2019 [www.gsma.com/betterfuture/enablement-effect]

72 F. Flipo, « Le Green Deal européen et l’enjeu du numérique. Retour sur un impensé », Note de la Fondation de l’écologie politique #24, 23 févr. 2021. http://www.fondationecolo.org/blog/GreenDeal-Numerique

73 Greenpeace, Switching on green electronics, déc. 2009, p. 7.

74 E. Delsol, « Greenpeace serre la vis aux industriels high-tech », Le Monde informatique, 1er juill. 2008.

75 Greenpeace, How clean is your cloud ?, avr. 2012.

76 F. Flipo et al., Peut-on croire aux TIC vertes ? Technologies de l’information et crise environnementale, op. cit.

77 ECOS, EEB & Coolproducts, Stakeholders comments on the Review of Ecodesign Directive, 28 févr. 2017. https://static1.squarespace.com/static/57d64e6629687f1a258ec04e/t/5915879a46c3c49de28f7e5b/1494583199417/Computer+review+study+-+ECOS-EEB-Coolproducts+comments+010317.pdf

78 ECOS, Ecodesign as part of circular economy – implications for market surveillance, nov. 2018.

79 https://eeb.org/circular-economy-action-plan-2020/

80 European Environmental Bureau et al., Decoupling debunked. Evidence and arguments against green growth as a sole strategy for sustainability, 2019a.

81 European Parliament Research Service, The EcoDesign Directive – European Implementation Assessment, 2017.

82 A. M. Bundgaard, A. Remmen et K. Zacho, « Ecodesign Directive version 2.0 : From Energy Efficiency to Resource Efficiency », Université d’Aalborg, Danemark, 2015.

83 Bureau européen de l’environnement, EEB submission for the public consultation on EU product policy. Towards an EU Product Policy Framework contributing to the Circular Economy, 24 janv. 2018, p. 5.

84 https://www.coolproducts.eu/products-are-changing

85 Les Amis de la Terre/CNIID, L’obsolescence programmée, symbole de la société du gaspillage, 2010 ; Les Amis de la Terre, Obsolescence des produits high-tech : comment les marques limitent la durée de vie de nos biens, 2012.

86 Les Amis de la Terre, Guide éco-citoyen de la réparation, 2018.

87 https://www.amisdelaterre.org/campagne/amazon-surproduction/

88 Les Amis de la Terre, L’avenir de l’agriculture aux mains des géants du numérique ou dans celle des paysans ?, 2020.

89 T. B. Maxwell et J. R. Timmons, « Media Coverage of Climate Change : Current Trends, Strengths, Weaknesses », mars 2007, rockyanderson.org/wp-content/uploads/2016/04/MediacoverageofCC-current-trends.pdf.

90 https://ecoinfo.cnrs.fr

91 Shift Project, Lean ICT. Pour une sobriété numérique. Rapport du Shift Project, 2018.

92 CRÉDOC, Baromètre du numérique, op. cit.

93 W. Young et al., « Sustainable consumption : green consumer behaviour when purchasing products », Sustainable Development 2010, 18(1), p. 2031 ; R. Rochefort, Le bon consommateur et le mauvais citoyen, Paris, Odile Jacob, 2007.

94 V. Thorstein, Théorie de la classe de loisir (1899), Paris, Gallimard, 1978.

95 C. Sunstein et R. Thaler, Nudge : Improving Decisions about Health, Wealth, and Happiness, New Haven, Yale University Press, 2008 ; E. Singler, Green nudge. Réussir à changer les comportements pour sauver la planète, Paris, Pearson, 2015.

96 C. Audard, Qu’est-ce que le libéralisme ?, Paris, Gallimard, 2009.

97 « Some measure of inequality is essential for the spirit of envy and keeping up with the Joneses that is, like greed, a valuable spur to economic activity », in N. Watt, « Boris Johnson defends greed, envy and inequality in Margaret Thatcher speech », The Guardian, 27 nov. 2013.

98 ADEME, Les représentations sociales du changement climatique, 2019.

99 F. Flipo, En quoi la crise environnementale contribue-t-elle à renouveler la question de la justice ? Le cas des changements climatiques, thèse de Philosophie, Compiègne, Université de Compiègne, 2002 ; J. Jouzel et A. Michelot, « La justice climatique : enjeux et perspectives pour la France », CEESE, Paris, sept. 2016.

100 Carbone 4, Faire sa part ? Pouvoir et responsabilité des individus, des entreprises et de l’État face à l’urgence climatique, juin 2019, p. 5.

101 P. Rosanvallon, La légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité, Paris, Gallimard, 2008.

102 Commission européenne, Communication de la Commission sur la définition du marché en cause aux fins du droit communautaire de la concurrence, JOC 372 du 9 déc. 1997.

103 D. Flacher et H. Jennequin, Réguler le secteur des télécommunications ?, Paris, Economica, 2007.

104 M. Campana et al., Réduire la consommation du numérique. Rapport au Conseil général de l’économie., 2019.

105 Au travers des rapports d’Olivier Ezratty : https://www.oezratty.net/wordpress/telecharger/publications

Pour citer cet article : Référence papier : Fabrice Flipo, « L’impératif de la sobriété numérique », Cahiers Droit, Sciences & Technologies, 13 | 2021, 29-47.

Référence électronique - Fabrice Flipo, « L’impératif de la sobriété numérique », Cahiers Droit, Sciences & Technologies [En ligne], 13 | 2021, mis en ligne le 31 octobre 2021, consulté le 04 juillet 2022. URL : http://journals.openedition.org/cdst/4182  ; DOI : https://doi.org/10.4000/cdst.4182

Auteur Fabrice Flipo Professeur de philosophie, Institut Mines-Télécom BS / LCSP Université de Paris

Droits d’auteur

CC BY 4.0Creative Commons - Attribution 4.0 International - CC BY 4.0 - https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/

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La transition écologique et la transition numérique ont donné naissance à un nouvel enjeu sociétal : la sobriété numérique. C’est une problématique au croisement des humanités numériques et des sciences de l’environnement, qui consiste à comprendre nos impacts technologiques sur l’environnement et à les modérer. De fait, l’empreinte numérique est aujourd’hui de 4 % et ce pourcentage aura doublé en 2023. L’ambition de cet article est que l’enseignement obligatoire et supérieur s’empare de cette tension pour initier une éducation à la sobriété numérique. Partant du constat que les « natifs du numérique » (digital natives) peuvent être la source d’un changement durable et d’une diffusion des gestes écoresponsables, nous essayerons de conceptualiser cette nouvelle compétence du xxie siècle, qu’il est possible d’organiser en trois dimensions : la compréhension de l’impact des technologies de l’information et de la communication (TIC), l’identification de solutions numériques pour protéger l’environnement et l’utilisation responsable des technologies.

Entrées d’index

Mots-clés :

enseignement, littératie numérique, études environnementales, sobriété numérique

Keywords :

teaching, digital literacy, environmental studies, digital sobriety

Plan

Introduction

Les concepts pour éduquer à la sobriété numérique

Un numérique responsable

La sobriété numérique

Green IT,low-tech, écoconception : des concepts associés à la sobriété numérique

Les raisons d’établir une éducation à la sobriété numérique

Le contexte d’émergence : urgence climatique et accélération de l’impact du numérique sur l’environnement

La sobriété numérique, un sujet émergent dans l’actualité mais pas encore dans l’enseignement

Éduquer les citoyens de demain

Vers une littératie de la sobriété numérique : théorie et pratique

Les trois composantes d’une littératie de la sobriété numérique

Axe 1 : analyser l’impact de nos modes de vie numériques sur l’environnement

Axe 2 : rechercher des solutions numériques pour protéger l’environnement

Axe 3 : utiliser les technologies de manière responsable et agir collectivement pour une sobriété numérique

Des pistes pour enseigner cette compétence

Ne pas oublier les principes de l’éducation relative à l’environnement

Un carrefour de disciplines et de didactiques

Conclusion

Texte intégral

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Introduction

1 Bourgatte (2017, 4) le déclare : « Les humanistes numériques sont préoccupés par la transmission d’un socle fondamental de compétences et de connaissances pour que chacun puisse évoluer dans la société contemporaine. » C’est pourquoi les référentiels de compétences fleurissent dans les pays occidentaux. Au demeurant, la Commission européenne au travers de son Digital Competence Framework (DigComp) (Carretero, Vuorikari et Punie 2017) a identifié la protection de l’environnement comme l’une des compétences numériques du xxie siècle. Ainsi, il s’agit d’être conscient de l’impact environnemental des technologies et de leur utilisation.

2 Pourquoi et comment enseigner la protection de l’environnement dans une société envahie par le digital ? Dans cette contribution, une éducation pour un numérique écoresponsable et sobre, une thématique sous-jacente des humanités numériques, sera valorisée. En croisant différents champs disciplinaires (sciences de l’environnement, sciences de l’éducation, philosophie, sciences sociales, humanités numériques), l’objectif est, d’une part, de développer un cadre conceptuel afin d’éduquer à la sobriété numérique et, d’autre part, de mettre en évidence les raisons de former à cette thématique. L’organisation d’une littératie de la sobriété numérique a comme visée d’identifier des pistes pour enseigner cette nouvelle compétence et de développer une proposition d’approche pédagogique pour éduquer de manière efficiente à la sobriété numérique.

Les concepts pour éduquer à la sobriété numérique

Un numérique responsable

  • 1 Définition donnée par le Centre national de ressources textuelles et lexicales (CNRTL) : https://ww(...)
  • 2 Ibid.
    3 Tout d’abord, la sobriété numérique s’inscrit dans une thématique plus large, celle du numérique responsable. Étymologiquement, le mot « numérique » se rapporte au nombre en référence au code binaire. Ensuite, ce terme s’est élargi pour qualifier toute technologie de l’information et la communication (Boullier 2016 ; Courboulay 2021). La deuxième particule de ce concept, « responsable », signifie « qui doit répondre de ses actes1 ». Il s’agit également d’une personne qui se comporte de manière responsable, quelqu’un de « réfléchi, sérieux et qui sait peser le pour et le contre2 ». Aujourd’hui, quand on utilise le concept de numérique responsable, c’est vers cette signification que l’on tend.
  • 3 GAFAM est l’acronyme de Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft, qui sont considérés comme les (...)
    4 Dans son ouvrage, Courboulay (2021) démontre que les nouvelles technologies ont provoqué des changements et des débats dans l’ensemble de notre société : l’e-santé, l’e-surveillance, les GAFAM3, l’e-commerce, l’e-monnaie, les impacts du numérique sur l’environnement ou encore l’obsolescence programmée. Cependant, pour le moment, l’humanité ne tire pas encore pleinement profit de ces technologies dans la mesure où les citoyens n’identifient pas les aspects positifs et négatifs de chacun de leurs usages.

5Le numérique est perçu comme un outil magique qui est également le coupable de tous nos maux. Cependant, Courboulay (2021, 30) l’affirme : « Le numérique en soi n’est pas bon ou mauvais. Il doit trouver sa place comme simple auxiliaire permettant aux citoyens de mieux vivre et non pas de se développer dans nos sociétés tel un parasite. » Comme Doueihi (2011) le met en évidence, soulignons que les transformations numériques ont introduit de nouvelles pratiques et perspectives à l’humanité. Comme cela a été envisagé dans d’autres domaines, l’Homo numericus a besoin de modifier son regard sur l’environnement pour surmonter les obstacles du numérique.

La sobriété numérique

6 Installer une démarche de sobriété numérique, c’est s’inscrire dans un numérique responsable. En effet, étymologiquement, la sobriété signifie la tempérance, la modération, la mesure. L’emploi de ce terme, réservé initialement à l’alimentation, s’est élargi à d’autres secteurs comme l’énergie ou le numérique.

7 Bordage (2008) est le premier à utiliser ce concept pour désigner une approche de conception de services numériques plus sobres et une modération quotidienne des usages. L’objectif de la sobriété numérique : la réduction de l’empreinte écologique des technologies de l’information et de la communication (TIC). En 2019, Bordage précise sa définition dans son ouvrage où il donne des clés pour agir dans le sens d’une sobriété numérique. Ainsi, il déclare qu’il s’agit d’un usage proportionné et raisonnable du numérique et met en avant la question de la nécessité. L’auteur introduit ainsi deux nouveaux sens à la sobriété : une utilisation du numérique dictée par la raison et lorsque c’est nécessaire.

Toujours selon Bordage (2019), la sobriété numérique, c’est aussi prendre conscience des impacts de nos usages quotidiens en ayant un regard critique. Il s’agit de développer une posture globale de sobriété dans ses comportements et ses conceptions en mettant en place des gestes quotidiens. Déjà en 1979, le philosophe Hans Jonas interrogeait le principe de responsabilité sous le prisme de la pensée écologique et du progrès technologique. Selon lui, l’humain doit faire preuve de responsabilité pour reprendre de manière raisonnée le contrôle des technologies. Pour le philosophe, nous avons aujourd’hui à gérer une emprise technoscientifique. L’humanité perdurera si elle effectue un changement de posture et si elle fait progresser les technologies pour qu’elles deviennent des solutions et non des obstacles.

  • 4 https://www.economie.gouv.fr/environnement-numerique-feuille-de-route-gouvernement/.
  • 5 La souveraineté se définit comme un ensemble de lois communes sur un territoire donné, dont l’objec (...)
    8 Vidalenc (2019) utilise quant à lui un autre concept, celui d’« écologie numérique » qui se situe au croisement de la transition écologique et la transition numérique. Deux transitions qui ont en commun leur processus de « transformation au cours duquel un système passe d’un régime d’équilibre à un autre » (Bourg et Papaux 2015, cités par Monnoyer-Smith 2017). Cette idée de convergence entre ces deux transitions est soulignée dans la feuille de route Numérique et environnement du gouvernement français 4 (Flipo 2021) qui a pour volonté de remettre le numérique à sa place en le sortant des espaces où il est inutile et en établissant les limites d’utilisation. Selon Vidalenc (2019), un changement peut s’opérer en réfléchissant aux usages, en apprenant à se passer des technologies, en sortant de la course du « toujours plus » et en adaptant les pratiques. En tirant profit des avantages des TIC et en développant une souveraineté numérique5, nous apprivoiserons la transition numérique. Une souveraineté numérique rendrait possible une gestion du numérique plus respectueuse de nos lois nationales et européennes.

Green IT, low-tech, écoconception : des concepts associés à la sobriété numérique

9 De nombreux concepts gravitant autour de la sobriété numérique et du numérique responsable ont été définis par différents experts (Bordage 2019 ; Vidalenc 2019 ; Martin-Pascual 2020 ; Courboulay 2021). Ainsi, le terme anglophone, Green IT, ou encore l’informatique verte, désigne les techniques dont l’objectif est de réduire l’empreinte du numérique aussi bien sur l’environnement, l’économie et la dimension sociale (Dignocourt 2019).

  • 6 https://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/.
    10 Les démarches Green IT s’intègrent dans les 17 Objectifs de développement durable (ODD6) établis par l’Organisation des Nations unies. Ces objectifs, à atteindre en 2030, doivent assurer à tous un développement inclusif, durable et juste. Parmi les cibles des ODD associées au numérique responsable, il y a le recours à des énergies renouvelables, la lutte contre le changement climatique ou encore l’organisation d’une consommation et d’une production responsable.

11 Toujours en rapport avec le développement durable et sa dimension citoyenne, on trouve d’autres termes anglo-saxons comme le tech for good qui se traduit par un numérique pour le bien collectif, ou encore le civic tech qui a pour but d’améliorer la transparence et le système démocratique à l’aide des technologies.

  • 7 Directive 2009/125/CE du Parlement européen et du Conseil du 21 octobre 2009 établissant un cadre p (...)
    12 Une posture de sobriété numérique peut également s’exprimer dans l’écoconception ou ecodesign, c’est-à-dire une démarche de conception d’un produit ou d’un service qui prend en compte les aspects environnementaux du numérique (Bordage 2019). Ainsi, les concepteurs ciblent les besoins majeurs des utilisateurs et suppriment le superflu (Bordage, Bordage et Chatard 2019). À ce sujet, la Commission européenne a d’ailleurs mis en place une directive en matière d’écoconception en 20097 et un label énergétique en 2017. En accord avec cette idée d’écoconception, les low-tech sont régulièrement mises en avant (Bordage 2019 ; Vidalenc 2019 ; Courboulay 2021). Contrairement aux high-tech trop complexes et grandes consommatrices d’énergie, elles se distinguent par leur simplicité, mais aussi leur solidité et leur efficacité. Bordage (2019) donne un exemple très parlant pour expliquer que les low-tech sont tout aussi efficaces que les high-tech  : en 1969, lors de la mission Apollo 11, les données de l’ordinateur ne faisaient que 70 ko, l’équivalent d’un courriel. Preuve que l’instauration de la sobriété numérique est possible et ne diminuera pas notre confort de vie.

Les raisons d’établir une éducation à la sobriété numérique

Le contexte d’émergence : urgence climatique et accélération de l’impact du numérique sur l’environnement

13 Tout d’abord, il existe une urgence climatique à s’intéresser à la sobriété numérique. En effet, selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME 2019a), 4 % des gaz à effet de serre sont engendrés par les technologies informatiques et d’ici 2023, ce pourcentage devrait doubler. En outre, le rapport Pour une sobriété numérique de The Shift Project (Ferreboeuf 2018) stipule que notre consommation énergétique augmente de 9 % chaque année. Mais, en s’inscrivant dans une démarche de modération, ce chiffre pourrait diminuer en atteignant 1,5 % par an selon ce même rapport. Signe de la multiplication de nos usages numériques, selon le rapport Digital 2021, l’internaute passe en moyenne 6 heures et 54 minutes par jour à utiliser Internet, c’est-à-dire environ 42 % de sa vie éveillée (Kemp 2021).

14 Par ailleurs, selon le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) (IPCC 2021), il est encore possible de limiter l’augmentation de la température moyenne planétaire à 2 °C si notre société s’inscrit dans un processus de forte décarbonisation, c’est-à-dire de réduction de sa consommation d’énergies émettrices de gaz à effet de serre. Cependant, pour le moment, l’essor des TIC ne favorise pas cette décarbonisation. De surcroît, comme le stipule Massé (2020), notre passage au « tout numérique » pendant la crise de Covid-19, notamment via le télétravail ou l’enseignement à distance, indique que l’environnement est le grand oublié de cette épidémie.

15 Comme le déclare Bordage (2019, 9) : « Il y a urgence : tous les signaux montrent qu’Homo numericus est littéralement hypnotisé par sa découverte. […] Cette prise de recul est indispensable, car, tandis que les écosystèmes terrestres s’effondrent et que le dérèglement climatique s’amplifie chaque jour un peu plus, les décideurs des pays dits développés ne jurent plus que par le numérique et par la tech pour sauver la planète. » À ce sujet, Gibert (2020) invoque une éducation à l’urgence climatique pour enseigner les enjeux du climat et de l’écocitoyenneté. Selon elle, cette éducation s’affirme par une littératie climatique et une identification des défis du changement climatique, car il est urgent de réagir.

La sobriété numérique, un sujet émergent dans l’actualité mais pas encore dans l’enseignement

16 Comme le révèle la littérature scientifique récente (Ferreboeuf 2018 ; Bordage 2019 ; Dignocourt 2019 ; Vidalenc 2019 ; Martin-Pascual 2020 ; ADEME 2019a ; Courboulay 2021), la sobriété numérique est un enjeu émergent dans les recherches. L’enjeu éducatif est d’autant plus important qu’il y a souvent un décalage d’une dizaine d’années entre l’apparition d’une thématique dans la sphère politique et scientifique et son arrivée effective dans le milieu scolaire (curricula, séquences d’apprentissage, etc.). En effet, l’éducation relative à l’environnement, comme domaine de recherche, est née dans les années 1970 et l’éducation au développement durable, à la fin des années 1980 (Gibert 2020). Or, leur intégration dans les programmes scolaires et dans les séquences d’apprentissage par les acteurs éducatifs est relativement récente. Il est donc fondamental que l’enseignement s’empare de la thématique de sobriété numérique. Courboulay (2021, 18) le souligne : « Sa nature oblige plus que jamais à comprendre le numérique. Il faut savoir ce que l’on doit garder, ce que l’on doit faire évoluer et ce à quoi il faut renoncer. C’est une nécessité démocratique, environnementale, sociétale. » C’est donc cela qu’il faut enseigner.

17 Par ailleurs, il est conseillé que l’éducation au développement durable et à la citoyenneté s’instaure en prenant en compte l’actualité (Albe 2011). Pourtant, la sobriété numérique n’est pas encore intégrée, ou très peu, en contexte scolaire et dans les nouveaux référentiels francophones relatifs aux compétences numériques dans l’enseignement obligatoire. De même, dans l’enseignement supérieur, selon un des rapports publié par The Shift Project, seulement 35 % des formations françaises abordent les enjeux environnementaux des technologies (Amichaud 2021).

Éduquer les citoyens de demain

18 La sensibilisation aux impacts environnementaux du numérique passe par une éducation et une responsabilisation des digital natives, cette génération née dans un monde numérique. Comme en témoignent les nombreux synonymes pour nommer ces jeunes, génération Google, Net generation, smartphone natives, il est suggéré que tous vivent avec les TIC. L’essor technologique a provoqué un changement en matière de comportement et de communication en comparaison à la génération précédente (Plantard et Le Boucher 2020). Cependant, il est trompeur de penser que les jeunes ont tous les mêmes pratiques numériques (Balleys 2017). Il est donc nécessaire de considérer le rôle de l’enseignant dans l’apprentissage d’une digital culture (Fluckiger 2008). C’est pourquoi de nombreux pays occidentaux ont réfléchi à des stratégies pour promouvoir ces nouvelles compétences du xxie siècle en concevant des référentiels et en formant les enseignants à l’intégration des technologies dans leurs pratiques pédagogiques (Fourgous 2011). Comme pour la culture numérique ou l’éducation aux médias (Lehmans 2019), l’éducation à la sobriété numérique n’est pas spontanée chez les digital natives et s’effectue en repensant la posture des enseignants.

19 Une instruction à la sobriété numérique est rare (Amichaud 2021). Pour le moment, à notre connaissance, aucune étude n’a interrogé les citoyens au sujet de la sobriété numérique et des impacts environnementaux des TIC. En revanche, des recherches (DeWaters et Powers 2013 ; Gibert 2020) révèlent que les jeunes n’ont qu’une faible connaissance en matière de littératie énergétique et par conséquent du coût énergétique de leurs usages numériques. Pourtant, les digital natives (15 à 24 ans) sont de grands consommateurs. « [Ils] constituent la tranche d’âge la plus connectée. À l’échelle mondiale, 71 % d’entre eux utilisent Internet, contre 48 % pour la population totale. [De plus], un internaute sur trois dans le monde est un enfant ou un adolescent de moins de 18 ans » (UNICEF 2017, 1). Ce même rapport de l’UNICEF met également en lumière que les jeunes pensent que les TIC peuvent contribuer à un changement social et climatique.

20 Pour The Shift Project (Ferreboeuf 2018), la conscientisation des citoyens à la sobriété numérique doit devenir une priorité. En introduisant cette thématique dans l’éducation dès aujourd’hui, les futurs consommateurs auront des gestes plus responsables dans leurs achats, dans leurs comportements et dans leurs conceptions, car comme l’exprime Perrenoud (2003, 5) : « Apprendre, c’est changer ! »

  • 8 L’isomorphisme est un principe pédagogique selon lequel « les enseignants ne font jamais avec leurs (...)
    21 {{}}mais pas uniquement chez les apprenants (Perrenoud 2003). Les premiers bénéficiaires, après les jeunes, seront les enseignants, car qui enseigne, s’enseigne. Dans un principe d’isomorphisme8, en formant les enseignants à intégrer le numérique responsable à leur pratique éducative, par une écoconception lors de la création de documents pédagogiques par exemple, il est possible de provoquer un effet « boule de neige » en déployant des gestes collectifs, et non individuels, de sobriété numérique.

22 Ensuite, former les élèves, c’est aussi sensibiliser les familles. En effet, les gestes du quotidien installés à l’école pourront être développés à la maison. On a d’ailleurs déjà vu ce type de phénomène en enseignant aux enfants le recyclage ; une fois de retour chez eux, les enfants sensibilisent leurs parents (Gottesdiener et Davallon 1999).

Une hypothèse est de voir se répéter ce phénomène avec des gestes numériques écoresponsables. Enfin, en faisant de cette problématique une priorité éducative, ce sont tous les acteurs gravitant autour de l’école qui pourraient être sensibilisés.

Vers une littératie de la sobriété numérique : théorie et pratique

Lire la suite de cet article et en totalité sur ce site : https://journals.openedition.org/revuehn/2858

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  • Sobriété : ce que les pauvres ont à nous dire – Par Bruno Villalba - Dans Revue Projet 2016/1 (N° 350), pages 39 à 49 - Mis en ligne sur Cairn.info le 26/02/2016 - https://doi.org/10.3917/pro.350.0039
    1 Étudier la sobriété à partir des contraintes que connaissent des personnes en situation de précarité, c’est le pari d’une équipe de chercheurs dans le Nord-Pas-de-Calais. Les conclusions sont surprenantes : le sujet n’est pas tabou et permet même, à certaines conditions, de poser des questions politiques et éthiques fondamentales. Une source d’inspiration pour nos institutions ?

2 Depuis les années 2000, la sobriété est devenue un thème récurrent. Il s’exprime dans le discours écologiste militant, avec par exemple l’ouvrage emblématique de Pierre Rabhi (Vers la sobriété heureuse, Actes Sud, 2010), sous la plume incisive d’Yves Cochet (Pétrole apocalypse, Fayard, 2005), ou à partir de la réflexion d’ingénieurs (Négawatt). Pierre Rabhi développe l’idée d’une sobriété dans nos pratiques de consommation, notamment à partir d’une réflexion sur la question du besoin. L’approche est d’ordre spirituel, car elle cherche à retrouver un sens dans notre rapport à la consommation (pas simplement sur ses impacts écologiques, mais surtout sur ce qu’elle produit comme rapports sociaux). Yves Cochet propose une réponse plus politique, mobilisant une conception de la sobriété qui se construit comme une réponse structurelle aux crises écologiques, en particulier à la raréfaction des ressources fossiles. Le travail de l’association Négawatt, autour du triptyque « sobriété, efficacité, renouvelable », fait désormais référence [1][1]Association NégaWatt, Thierry Salomon, Marc Jedliczka, Yves…, même si la question de la sobriété y reste traitée assez modestement. On trouvera une application plus stimulante du côté de l’association Virage-énergie, qui fonde désormais ses modèles à partir de la sobriété [2][2]Virage-énergie Nord-Pas-de-Calais, Scénarios de sobriété….

3 La notion s’invite même régulièrement, depuis 2010, dans les discours politiques [3][3]« Pour préserver notre planète, maîtriser nos consommations de…. Ainsi apparaît-elle trois fois dans l’avant-projet de la stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable [4][4]Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de… en 2014, non sans un certain nombre de difficultés d’usage ou de précisions sémantiques (voir encadré).

Sobriété, une notion délicate à manier

Les usages de la notion de sobriété soulèvent quatre types de difficultés.- Il manque d’abord d’une définition stabilisée. La notion est généralement mobilisée de manière implicite, ou plus souvent encore, quasiment assimilée à celle d’efficacité.- La deuxième difficulté est d’ordre méthodologique. Contrairement aux scénarios d’efficacité ou de renouvelable, la sobriété est difficilement modélisable, en raison de l’absence de pratiques clairement identifiées et chiffrées. Les indicateurs manquent, d’autant que la sobriété relève surtout d’une pratique sociale aux contours flous. Négawatt a souligné sa difficulté à produire des scénarios de transition vers la sobriété. - La troisième difficulté provient des conséquences de la sobriété. Loin d’être une simple démarche volontariste, elle est surtout une réflexion sur les conséquences de son application. Elle mobilise des questions de justice sociale (accès équitable à l’énergie), mais aussi économiques (quels effets sur notre modèle productiviste et consumériste ?). Autrement dit, c’est une question éminemment politique, qui nécessite des arbitrages de fond. Avec Négawatt (ou Virage Énergie), le mot était souvent employé dans un usage performatif, comme s’il impliquait en lui-même une orientation. Mais dès que l’on commence à s’interroger sur sa mise en œuvre, un certain nombre de problèmes surgissent.- Le quatrième obstacle est d’ordre éthique. Comment justifier l’usage de cette notion alors que les inégalités sont aussi importantes (au Nord et plus encore au Sud) ? La sobriété est avant tout une question d’équité : en situation de déplétion des ressources, de coûts énergétiques, de leurs conséquences écologiques (climat…), comment construire une politique de sobriété équitable ? - BV

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4 Les réseaux scientifiques (tout au moins en sciences sociales) commencent à interroger cette dimension [5][5]Citons deux livres qui ont fait date : Dominique Bourg et Alain…. Nous avons tenté, lors d’une recherche réalisée dans le cadre d’un programme financé par le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais et par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, de questionner les conditions de production et d’usage de cette notion [6][6]Luc Semal, Mathilde Szuba, Bruno Villalba, « Sobriétés…. Nous avons souhaité partir du point de vue de ceux qui sont déjà en situation de sobriété, c’est-à-dire les précaires, qui n’ont pas fait le choix de vivre dans la précarité énergétique. Leur point de vue est aussi une expérimentation (souvent douloureuse) de cette situation de manque. Il ne s’agit pas, bien sûr, de valoriser artificiellement cette expérience, mais d’en saisir les tensions, de comprendre les trajectoires d’adaptation à la réduction énergétique (dans le confort, la mobilité, etc.). De voir comment des parcours de vie tentent de gérer un tel rapport à l’énergie, et de quelles ressources ils disposent pour compenser ces pénuries. C’est là toute l’importance de saisir la dimension collective de la gestion de la sobriété.

La finitude pour point de départ

5 Le point de départ de notre réflexion sur la sobriété a été de considérer que nous étions désormais confrontés à un pic pétrolier global [7][7]Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook, 2009,…. Essentielle, cette limite énergétique l’est encore plus lorsqu’elle est reliée à notre dépendance sociale, politique et économique à l’égard de cette ressource. Nos modèles sociaux se sont développés à partir d’une consommation abondante de l’énergie à bas coût, et une contraction de cette offre interroge à la fois les usages sociaux et la dépendance énergétique [8][8]Cf. Timothy Mitchell, Petrocratia. La démocratie à l’âge du….

6Au-delà de la question redistributive (question classique de la démocratie actuelle, qui pose la redistribution comme condition sine qua non de l’accès à l’égalité et de la construction de cette égalité), la contraction matérielle du pic pétrolier oblige à réfléchir aux conditions d’une négociation politique de cette égalité. Dans une situation d’abondance croissante, on peut considérer qu’il est possible d’accéder à plus d’énergie pour tous. Mais dans une situation de contrainte énergétique, quelles sont les conditions pour produire de l’égalité ? On retrouve d’une certaine manière ce débat chez les économistes de l’environnement, entre durabilité forte et durabilité faible [9][9]Sur ce point, cf. Jean Gadrey et Aurore Lalucq, Faut-il donner…. Pour notre part, nous avons opté pour l’approche de la durabilité forte, qui considère que le capital naturel n’est pas substituable par un capital technique ou financier. On pourra bien substituer, un temps, au pétrole un autre capital technique (comme le nucléaire, les gaz de schiste…) mais la question de l’uranium ou des gaz finira elle aussi par se poser. Si l’on ajoute à cela la question démographique et celle de l’équité d’accès à l’énergie, on comprend qu’il nous faudra appréhender autrement l’ambition d’une justice redistributive fondée sur l’hypothèse d’une répartition croissante de la richesse énergétique.

Mettre en débat la sobriété

7 La recherche « sobriété énergétique » a été l’occasion d’interroger les conditions d’une mise en débat de cette question. Nous nous sommes appuyés sur des expérimentations sociales et des méthodes de négociation qui avaient déjà intégré cette question, en particulier sur les expériences pilotes des « transition towns » comme Totnes, au Royaume-Uni [10][10]Des expériences encore peu connues quand nous avons commencé à…. Ce mouvement est explicitement basé sur le principe d’une mise en débat des politiques de sobriété (énergétique, alimentaire, mobilité…), mais à partir d’une insertion de cette notion dans le cadre d’une déplétion des ressources. L’enjeu est de transformer dès à présent nos modes de vie, afin de pouvoir les adapter à ces contraintes énergétiques. Ces nouvelles pratiques sont rendues viables par le fait qu’elles sont négociées et adoptées collectivement. Les villes en transition ont ainsi inventé des méthodes pour intégrer dans chacun de nos actes quotidiens le fait que le pétrole va manquer [11][11]On retrouve la même logique dans les stratégies de sevrage….

8 Sur notre territoire d’étude, il n’existait pas de telles mobilisations. Mais nous pouvions constater que certaines situations étaient déjà des modes de vie sobres. Une sobriété qui ne résultait certes pas d’un choix volontaire, mais qui représentait une réalité suffisamment importante pour devoir être prise en compte par certaines structures associatives ou collectivités territoriales. Nous avons ainsi travaillé pendant trois ans avec des acteurs accompagnant des personnes vivant la sobriété (comme l’association Magdala [12][12]Magdala est une association d’accueil de personnes en grande…), et étudié les méthodes employées pour négocier socialement cette sobriété. Comment vivre le « sans » dans une société qui n’est basée que sur la possession maximale et l’usage intensif de l’énergie ?

9 Une première surprise est venue de ce qu’aucune structure accompagnant des précaires n’a refusé de discuter de la sobriété. Si elles déplorent le sentiment de mal-être que peut générer le sentiment d’être dépossédé (et surtout d’avoir conscience de ne pas pouvoir aspirer à beaucoup plus…), elles insistent sur l’importance de gérer collectivement cette précarité, afin de renforcer l’identité du sujet. Contrairement à ce que continuent de penser nombre de décideurs, la question de la sobriété n’est pas un sujet tabou. Elle apparaît même comme un objectif légitime de l’action collective et publique : les collectivités territoriales (municipalités ou Conseil régional) n’ont pas manifesté de réticences (mais guère d’enthousiasme non plus, notamment dans la volonté d’en faire un axe programmatique…).

10 La deuxième conclusion est que la sobriété peut constituer un élément de réflexion solide pour interroger la place du sujet dans notre société – acteur consumériste, acteur polluant… Elle est une occasion de questionner l’autonomie de l’individu face à ses choix énergétiques, ses rapports aux objets techniques, etc. Pour les associations, l’objectif premier n’est pas d’augmenter indéfiniment la consommation. Elles pensent au contraire que la sobriété permet de construire d’autres types de rapports sociaux, une fois qu’elle est acceptée comme situation imposée (ce n’est jamais un choix volontaire) et à partir du moment où, renégociée socialement, la dépendance au manque est compensée par des pratiques sociales, un accompagnement et, surtout, par un travail d’éducation populaire.

11 La dimension méthodologique est la troisième perspective importante. Accompagner ces personnes suppose de développer un savoir-faire qui permet aux précaires de travailler sur le manque, sur leurs rapports à l’énergie (chauffage, mobilité), à l’alimentation, au-delà de la dimension budgétaire. Mais la mise en débat d’une négociation autour de la sobriété repose sur deux conditions : d’abord une corrélation avec le manque vécu par les personnes, qui est révélateur d’un dysfonctionnement de la société. Ne pas avoir accès à l’énergie n’est pas seulement une question de coût, mais une contrainte liée à l’exclusion sociale multiforme. La seconde condition est qu’une telle négociation soit animée par une idée de justice. Les personnes pauvres ont très bien intégré l’idée qu’elles étaient victimes d’une inégalité d’accès à la ressource – doublée d’une inégalité d’accès aux pratiques sociales liées à cette ressource : l’énergie, ce n’est pas simplement le chauffage, c’est aussi la mobilité, un rapport au climat… Pour construire une méthodologie de la mise en débat, nous avons repris l’exemple des transition towns et tenté de légitimer leurs pratiques dans l’espace militant, associatif et institutionnel.

12 Contrairement à la position de départ du personnel politique et d’une partie du personnel technique, qui misent sur l’idée d’abondance énergétique, il existe des méthodes d’animation pour accompagner hic et nunc l’émergence d’une culture locale de l’après-pétrole : scénariser, révéler les conditions de dépendance, faire émerger les interactions de dépendance.

13 Les collectivités locales peuvent-elles mettre en débat toutes ces questions et les traduire dans des politiques publiques ? La ville de Bristol a évalué sa vulnérabilité en cas de rupture de l’approvisionnement énergétique. 300 personnes ont participé à des réunions publiques sur le pic du pétrole et sur les priorités à se donner sur le plan local. À partir de là, la ville a élaboré des plans locaux de descente énergétique. La mise en débat, sans faux-semblant, sans rechigner, sans euphémiser, a permis de parvenir à une discussion à la fois concrète et imaginative [13][13]Simone Osborn, « Building a positive future for Bristol after….

14 La réflexion implique aussi la mise en réseau des services concernés. Travailler, par exemple, avec la municipalité de Lille sur la décroissance de la consommation énergétique concernait aussi bien le service « Développement durable » que le service « Risques urbains » (celui-ci gérait les risques d’inondation ou d’émeute, mais pas le risque énergétique). De même, il fallait envisager la manière dont le centre hospitalier universitaire allait devoir s’adapter à l’idée d’une restriction énergétique, sinon à une rupture d’approvisionnement. Comment assurer la continuité du service hospitalier en pareil cas ?

Perspectives politiques de la sobriété

15 Nous demeurons dans une vision « cornucopienne » (selon le terme cher à Yves Cochet), celle d’une corne d’abondance de l’énergie. Trois points dès lors sont à souligner.

16 Premièrement, cette étude n’a de sens que si l’on raisonne à partir d’une contrainte matérielle énergétique, la finitude de la ressource (un stock épuisable, déjà bien épuisé…). Si l’on maintient l’imaginaire d’un monde d’abondance (via les innovations technologiques, l’exploitation intensive de la moindre ressource, le recyclage permanent…), la question de la sobriété n’a pas d’intérêt. Il apparaît difficilement conciliable, dans le même mouvement, d’aspirer à plus de confort pour tous et de reconnaître que la situation écologique atteint des limites indépassables. Dans une logique de finitude, on ne peut pas continuer à augmenter indéfiniment la consommation pour tous en équité. Ou alors il faudra se résoudre à accepter des inégalités d’accès à la ressource et de l’accès au bien-être (n’est-ce pas déjà le cas ?). Or cette situation de précarité, vécue au quotidien par de nombreuses personnes, témoigne de ce que l’inégale répartition actuelle de l’abondance énergétique soulève d’importantes questions politiques et éthiques. La sobriété est un processus social et politique de coordination, de négociation, qui vise à instituer un partage équitable des efforts de réduction de consommation de l’énergie. Il ne s’agit pas de considérer la sobriété comme une stratégie d’atténuation de l’effet énergétique, mais en prenant acte du pic de pétrole, du réchauffement climatique et des inégalités sociales qui y sont étroitement liées, d’entrer dans une logique de réduction volontaire de la consommation au moyen de changements sociaux. Ce sont les comportements que l’on doit faire évoluer.

17 Deuxièmement, la mise en débat est acceptable si la sobriété est associée à la question de l’insertion sociale. Plus d’énergie abondante et peu chère, cela veut dire aussi plus de mobilité, plus de consommation de biens, avec tous les effets que l’on connaît sur l’environnement. Or les personnes en situation de précarité ont déjà découplé consommation d’énergie et bien-être : on peut consommer plus sans vivre mieux ! Et cette prise de conscience vient d’abord de ceux qui subissent une sobriété imposée. Mais il faut que ce découplage permette un travail d’introspection sur le sens que l’on donne au rapport à l’énergie. La sensibilité des associations avec lesquelles nous avons travaillé à ces questions de sens (ou de spiritualité, voire de religion), a sans doute facilité le travail d’analyse sur l’autonomie du sujet.

18 Grâce aux partenaires de cette étude, nous avons compris qu’il fallait dépasser les discours normatifs (la bonne sobriété, la sobriété heureuse) et l’idée de mauvaise sobriété (subie, imposée) pour envisager un dispositif de négociation sociale visant à réduire la consommation (il ne s’agit pas de faire mieux avec moins, ce n’est pas tenable), en prenant en compte un contexte global de contraction énergétique et de contrainte économique.

19 Le troisième enseignement fut la réticence des acteurs institutionnels à endosser le portage politique de la démarche. Si les élus comme le personnel administratif s’accordent sur le constat des tensions énergétiques à venir, ils restent extrêmement réservés à l’idée d’explorer sérieusement la construction de politiques publiques à partir d’une offre de sobriété. Le modèle d’abondance demeure. Certes, ils reconnaissent que « ça va être vraiment difficile ». Si Jean-François Caron, vice-président du Conseil régional et maire de Loos-en-Gohelle (considéré comme l’éden du développement durable !) [14][14]Cf. Jean-François Caron, « Loos-en-Gohelle, la conversion d’un…, utilise la notion de sobriété, il rappelle aussi que, dans sa commune, avec la moitié des gens au revenu de solidarité active, il est difficile d’en parler. Pourtant, notre étude montre qu’il est tout à fait possible de créer les conditions d’un dialogue. Il permet même précisément de mener une réflexion nouvelle sur notre rapport au monde et sur notre impact sur la biosphère. Reconnaître la réalité d’une contrainte matérielle suppose d’interroger un certain nombre d’éléments qui structurent l’ordre politique actuel. Ainsi, le Conseil régional du Nord-Pas-de-Calais, qui a financé notre étude sur la sobriété, développe dans le même temps la stratégie de la troisième révolution industrielle de Jeremy Rifkin, fondée sur un imaginaire de la relance de la consommation énergétique grâce à l’optimisation de la production [15][15]Pour une discussion approfondie de l’utopie de Jeremy Rifkin et….

20 La question de la sobriété énergétique est un objet de négociation possible, quand celle-ci commence à la base avec des gens en situation de précarité. Mais ce processus doit être accompagné avec des méthodes et un projet, c’est-à-dire une réaffirmation des identités des individus (indépendamment de leur dépendance à l’énergie) et il doit faire sens au regard d’objectifs globaux. Car l’équité énergétique ne se résume pas à la question des rapports entre riches et pauvres en France, elle interroge aussi les rapports Nord-Sud. Les 9 milliards d’habitants annoncés pourront-ils accéder à une consommation énergétique à la hauteur de la nôtre aujourd’hui ? La réponse, plutôt négative, demande que la négociation soit menée, en profondeur, dans un débat sans faux-semblant, à la fois au niveau local et international.

Quand le Royaume-Uni songeait à rationner les émissions

Les années 2000 ont failli voir naître outre-Manche une politique publique inédite : la carte carbone [1].

La carte carbone est une manière de mener une politique de quotas visant à couvrir les principales émissions de gaz à effet de serre (GES) de chaque individu. Dans ce schéma, une autorité indépendante définit chaque année le budget carbone global du Royaume-Uni (un permis d’émission national et collectif), en conformité avec les engagements internationaux du pays (comme ceux liés au Protocole de Kyoto) et en tenant compte des évolutions du climat. Le budget carbone global du pays, qui correspond à un volume de gaz à effet de serre (GES), est réparti à parts égales entre tous ses habitants (le choix d’allouer une part ou une demi-part aux enfants à la naissance était débattu).

Concrètement, la carte carbone est une carte à puce qui est exigée au paiement de toute consommation d’énergie primaire (fioul, gaz, électricité, essence, billet d’avion). À la pompe, le consommateur paie ainsi le prix monétaire et le prix climatique – un contrôle étant exercé sur BP ou Shell pour s’assurer qu’ils ont reçu un montant de points carbone équivalent à l’essence vendue. La princesse Kate a-t-elle besoin d’en consommer davantage que l’étudiant décroissant ? Une bourse permet des échanges, mais seulement dans la mesure où il en reste – car on ne peut émettre plus que déterminé. Les modalités de fixation du prix faisaient cependant débat, entre partisans de la loi du marché (l’offre et la demande) et adeptes d’un prix ‘plancher’ et d’un prix ‘plafond’.

Cette proposition a suscité un étonnant engouement. Ses deux promoteurs (avec des modalités un peu différentes), l’économiste David Flemming et le politiste Mayer Hillman, ont d’abord démarché les grands partis politiques britanniques et la Commission européenne, sans succès. En 2004, une première proposition de politique de quotas carbone était soumise à la Chambre des Communes, qui l’a écartée. L’idée est cependant reprise par deux ministres de l’Environnement, dont David Miliband (frère de Ed), pour qui « il faut oser penser l’impensable ».

Mais c’est en 2006-2007 que survient un incroyable phénomène de surenchère climatique. Avec l’arrivée de David Cameron, les tories cherchent à se défaire de leur image de « nasty party » : l’actuel Premier ministre joue sur sa jeunesse et sa radicalité, il se montre à vélo sur la route du Parlement (suivi par son chauffeur), il fait installer une éolienne sur sa maison (sans permis de construire), il part constater lui-même la fonte des glaces…

Risquant de se faire ringardiser, le Labour surenchérit et les propositions les plus audacieuses sont émises. Sollicité par les tories, Zac Goldsmith, directeur de The Ecologist, propose même des taxes très lourdes sur les vols intérieurs, un moratoire sur les extensions d’aéroports (dont celui d’Heathrow), le développement des repas végétariens… Cette surenchère aboutit à l’adoption du « Climate Change Act », une loi prévoyant une réduction progressive, par paliers de cinq ans, du budget carbone britannique (pour atteindre -80 % d’ici 2050).

Si la carte carbone plaît au Labour, c’est qu’elle pose un cadre et laisse les individus opérer librement en faisant des choix à l’intérieur de ce cadre (conformément aux principes du New Public Management) ; elle est à la fois redistributive (parmi les 30 % les plus pauvres, 71 % auraient eu des quotas à revendre [2]) et libérale (car elle repose en partie sur un marché) ; elle est techniquement moderne et a l’avantage de ne pas être une taxe (l’expérience de la taxe sur les carburants, retirée après dix jours de blocage des raffineries, avait refroidi le gouvernement).

Elle séduit d’autant plus qu’en 2006, le rapport Stern avait mis en évidence, face aux enjeux climatiques, l’échec des mécanismes de marché, incapables de prendre en compte les externalités, les limites de stocks et la précarité énergétique (dont souffrent de nombreux Britanniques). La proposition prévoyait que 40 % du budget carbone revienne aux particuliers et que 60 % soit vendu aux enchères aux entreprises. Finalement, un rapport de faisabilité juge le dispositif coûteux, peu acceptable socialement et trop en avance sur son temps. Il préconise d’attendre que les esprits évoluent… et que le prix du pétrole monte. La crise financière, qui frappe de plein fouet l’économie britannique, porte le coup de grâce en 2008 : la carte carbone est reportée sine die.

Rétrospectivement, le plus surprenant est qu’un tel dispositif ait pu être aussi sérieusement envisagé. Sans doute la mémoire du rationnement est-elle moins douloureuse dans l’histoire britannique qu’elle ne l’est en France. Mais la carte carbone n’en représente pas moins un renversement complet des raisonnements économiques traditionnels. Avec une taxe, un taux jugé acceptable est fixé, mais les efforts accomplis sont incertains. Inversement, avec la carte carbone, il y a une certitude du résultat écologique qui sera atteint (car le budget carbone national est fixé dès le départ), la seule incertitude concerne le prix.

Ce sont les limites écologiques qui déterminent le système : le budget carbone national, puis sa déclinaison individuelle. Et le quota de gaz à effet de serre fournit à chacun une représentation concrète des limites pour ses activités personnelles. Dans les années 2000, des groupes de citoyens (les « CRAGs », ou « carbon rationing action groups ») ont d’ailleurs cherché à diviser par cinq leurs émissions ; leur expérience montre qu’après une réduction assez facile de 32 % la première année, il devient de plus en plus difficile d’émettre moins.

Dans un monde où l’économie écrase tout, dominant l’écologie et la planète, avec la carte carbone on choisit d’inverser la donne. Elle s’inscrit ainsi dans un courant – l’écologie économique (René Passet, Herman Daly…) – qui cherche à penser une économie pour l’environnement, à en articuler les lois face à la nature. Elle se rapproche, par exemple, de l’idée de gestion normative sous contrainte énoncée par René Passet, qui consiste à fixer des seuils de renouvelabilité des ressources rares, à inventer des institutions pour les réguler et à définir une répartition de l’effort. Car la limitation des ressources, tout comme notre vulnérabilité au changement climatique, introduit une interdépendance et oblige à envisager la contrainte. Une contrainte qui ne peut apparaître comme légitime que si elle s’appuie sur un principe d’égalité. - JM

Notes

  • [1]
    Association NégaWatt, Thierry Salomon, Marc Jedliczka, Yves Marignac, Manifeste NégaWatt, Réussir la transition énergétique, Actes sud, 2012, 376 p.
  • [2]
    Virage-énergie Nord-Pas-de-Calais, Scénarios de sobriété énergétique et transformations sociétales, 2013, 274 p.
  • [3]
    « Pour préserver notre planète, maîtriser nos consommations de ressources naturelles et diminuer notre empreinte écologique, nous construirons une société sobre et efficace. Il en va de la protection de l’environnement, de la préservation de la biodiversité et de l’indépendance énergétique de la France. » Jean-Marc Ayrault, Discours de politique générale, 3 juillet 2012.
  • [4]
    Ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Stratégie nationale de transition écologique vers un développement durable 2015-2020, dont la version finale a été adoptée en Conseil des ministres le 4 février 2015 [NDLR].
  • [5]
    Citons deux livres qui ont fait date : Dominique Bourg et Alain Papaux, Vers une société sobre et désirable, Puf, 2010, 512 p. et Marie-Christine Zélem, Politique de maîtrise de la demande d’énergie et résistances au changement. Une approche socio-anthropologique, L’Harmattan, 2010, 323 p.
  • [6]
    Luc Semal, Mathilde Szuba, Bruno Villalba, « Sobriétés (2010-2013) : une recherche interdisciplinaire sur l’institutionnalisation de politiques locales de sobriété énergétique », Natures Sciences Sociétés, n° 22, 2014, p. 351-358.
  • [7]
    Agence internationale de l’énergie, World Energy Outlook, 2009, 660 p. Cette agence prévoit aussi une demande mondiale atteignant les 99 millions de barils par jour en 2030 contre 87 millions en 2010 (accroissement lié à l’évolution démographique mondiale et à l’augmentation de la consommation des pays émergents). Le gaz de schiste ne pourra que faire reculer de quelques dizaines d’années cette rupture énergétique…
  • [8]
    Cf. Timothy Mitchell, Petrocratia. La démocratie à l’âge du carbone, Édition Ère, 2011, 128 p.
  • [9]
    Sur ce point, cf. Jean Gadrey et Aurore Lalucq, Faut-il donner un prix à la nature ?, Les petits matins, 2015, 128 p., [NDLR].
  • [10]
    Des expériences encore peu connues quand nous avons commencé à travailler, et que Mathilde Szuba et Luc Semal ont contribué à faire émerger en France. Rob Hopkins, Manuel de transition. De la dépendance au pétrole à la résilience locale, Écosociété, 2010 (2008), 216 p. Voir aussi Claire Wiliquet, « Villes en transition : vers une économie conviviale », Revue Projet, n° 324-325, décembre 2011 [NDLR].
  • [11]
    On retrouve la même logique dans les stratégies de sevrage menées par les associations qui travaillent sur les addictions : ce n’est pas l’anticipation sur le résultat qui est important, mais la méthode mise en place dès l’accompagnement du premier jour.
  • [12]
    Magdala est une association d’accueil de personnes en grande précarité, située à Lille. Cf. Association Magdala, « Manger ou se chauffer, il faut choisir ! », Revue Projet, n° 344, février 2015 et « Dans la charité, je vois une soumission », Revue Projet, n° 346, juin 2015 [NDLR].
  • [13]
    Simone Osborn, « Building a positive future for Bristol after peak oil », Bristol City Council, 2009. Par exemple, un groupe de dentistes pourra se demander comment travailler dans l’après pétrole. Le système de soin dentaire est déjà très cher en Angleterre, or 80 % des amalgames utilisés aujourd’hui sont issus du pétrole. Si le prix du pétrole continue d’augmenter, les soins dentaires déjà inabordables pour une partie de la population le seront plus encore. Comment passer à une pratique sanitaire émancipée du pétrole ? Cela suppose de réfléchir sur l’alimentation, sur la prévention des soins dentaires.
  • [14]
    Cf. Jean-François Caron, « Loos-en-Gohelle, la conversion d’un territoire », Revue Projet, n° 334-335, octobre 2013 [NDLR].
  • [15]
    Pour une discussion approfondie de l’utopie de Jeremy Rifkin et de sa mise en œuvre, voir le n° 349 de la Revue Projet, « Sauvés par la révolution numérique ? », décembre 2015 [NDLR].

Source : https://www.cairn.info/revue-projet-2016-1-page-39.htm

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  • Le défi de la sobriété pour répondre à l’urgence climatique - ParBéatrice Madeline,Perrine Mouterde etAdrien Pécout - Publié le 30 mai 2022 à 05h18 - Mis à jour le 10 juin 2022 à 12h22 – Article entier ‘Le Monde’ réservé à nos abonnés - Économie- Des solutions pour la planète
    Décryptages « Surconsommation : l’impasse » (1/5). La réduction des émissions de gaz à effet de serre se heurte au maintien de nos modes de vie.

Ce 10 février, le chef de l’Etat n’est pas encore officiellement candidat à sa propre succession. A deux mois du premier tour de la présidentielle, il est venu présenter, à Belfort, sa vision de l’avenir énergétique de la France. Au fil de ce discours, il fera des annonces majeures sur la relance de la filière nucléaire ou sur les objectifs de développement des énergies renouvelables. Mais le tout premier chantier ne concerne ni l’atome ni les éoliennes : il s’agit d’abord, déclare-t-il, de « gagner en sobriété », pour « baisser de 40 % nos consommations d’énergie » d’ici à 2050. Le mot est lâché : « sobriété ». Il sera dorénavant présenté comme l’un des piliers du programme énergétique du président.

En reprenant le mot à son compte, Emmanuel Macron envoie un signal à un électorat de gauche et aux écologistes. Mais, plus largement, cet emprunt révèle la façon dont cette notion ancienne a fini par s’imposer dans le débat public. De la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi (1938-2021) à la première encyclique papale sur l’écologie, en 2015, des travaux de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) à ceux des climatologues du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), la sobriété semble de plus en plus incontournable, tout en restant éminemment clivante. Synonyme, pour les uns, de levier puissant et enthousiasmant pour inventer un modèle plus respectueux de l’environnement, elle fait figure de repoussoir absolu pour les autres, qui craignent la fin du progrès et de la croissance. Souhaitée ou redoutée, elle interroge, en tout cas, les fondements et l’organisation mêmes de notre société.

Ce questionnement n’est pas neuf. Dès le XIXe siècle, la révolution industrielle et l’essor du capitalisme donnent une dimension politique au concept. « Dans les années 1970, après la publication du rapport du Club de Rome [association internationale de réflexion sur les problématiques de développement durable] est apparue l’idée que notre croissance exponentielle et notre désir de richesse insatiable pourraient conduire à notre perte », rappelle le cercle de réflexion La Fabrique écologique. Diffusée en France par le penseur André Gorz (1923-2007), cette idée se retrouve d’abord dans la notion de « décroissance », à la fois pour l’écologie et contre le capitalisme. Mais, petit à petit, le terme de « sobriété », moins connoté politiquement, gagne du terrain.

S’il n’en existe pas de définition précise et partagée, celle-ci implique une modération dans la production et la consommation de biens et de services et l’abandon de pratiques ou d’usages excessifs ou superflus. « Ce terme peut prêter à confusion, remarque Eloi Laurent, chercheur à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il suggère que nous avons bien vécu et qu’il faudrait maintenant vivre de façon réduite. Or, il s’agit du contraire : nous devons apprendre à vivre mieux, pas à vivre moins. Apprendre à vivre avec la biosphère, pas contre elle. » ….

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    Transition écologique : la sobriété plébiscitée - Assises européennes de la transition énergétique - Publié le 01/06/2022 • Par Arnaud Garrigues • Dans ‘lagazettedescommunes.com’ - A la une, actus experts technique, France
    Photo - Assises européennes de la transition énergétique.

Il va falloir réduire nos consommations énergétiques, être plus efficient sur l’utilisation d’énergie, supprimer certains usages et changer nos pratiques : c’est tout l’enjeu de la sobriété, thème principal retenu pour les Assises européennes de la transition énergique 2022. Un concept qu’il va d’ailleurs falloir appliquer à toutes les activités et politiques publiques, et notamment l’utilisation des ressources naturelles.

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Les temps changent. Avec une vitesse qui surprend parfois. C’est ainsi que des idées longtemps limités à des cercles d’initiés se mettent à diffuser rapidement dans la société. Il y a un an, c’est la question de la résilience qui avait été mise sous les projecteurs, à la faveur de la crise sanitaire, et qui avait également été le thème central de l’édition 2021 des Assises européennes de la transition énergétique. En 2022, c’est un nouveau paradigme qui s’impose : la sobriété.

La sobriété : une nécessité face à la crise climatique

Longtemps, la sobriété a été caricaturée et considérée par ses opposants comme un mantra « d’écolos bobos à vélo ». Mais ce mardi 31 mai, c’est le thème central retenue lors de cette manifestation qui se déroule du 31 mai au 2 juin 2022 à Genève (Suisse) et qui a ...

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Thèmes abordés : Changement climatique Energie - air - climat

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Source : https://www.lagazettedescommunes.com/809813/la-sobriete-energetique-plebiscitee/

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  • Enquête — Alternatives - Sobriété énergétique, la solution oubliée : l’enquête de ‘Reporterre’ – Accès à 4 reportages - 02 octobre 2021
    Illustration - La sobriété, un pilier de la transition écologique ? Un nombre grandissant d’experts l’exigent pour économiser l’énergie. Pourtant la sobriété reste méprisée par les politiques. Dans une enquête approfondie, Reporterre révèle les leviers de cette démarche cruciale dans la lutte contre le changement climatique.

[1/4] Pour le climat, économiser l’énergie est indispensable

Illustration - © Émile Loreaux/Reporterre

Le débat sur la politique énergétique se focalise en France sur une question secondaire : nucléaire ou renouvelables ? Car l’enjeu crucial est celui de la consommation énergétique. Et on ne pourra pas enrayer le changement climatique sans une politique déterminée pour économiser l’énergie et transformer nos modes de vie.

Illustration - © Émile Loreaux/Reporterre

Pourtant indispensables à la transition écologique, les économies d’énergie restent à la marge des politiques publiques françaises. Privilégiant les solutions technologiques, les dirigeants font perdurer la société de gaspillage.

Illustration - © Émile Loreaux/Reporterre

Difficile de mettre en place une véritable sobriété sans remise en cause de nos modes de vie. Viser plus de profit, acheter toujours plus ou multiplier les publicités qui nous y poussent nuisent aux économies d’énergie.

Illustration - © Tommy/Reporterre

Habitat, alimentation, transport, vie quotidienne : les pistes sont nombreuses pour intégrer la sobriété énergétique dans notre société. Nous y vivrions bien, voire mieux selon les experts. Voici les scénarios du futur désirable.

  • Lire l’article ici
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Source : https://reporterre.net/Sobriete-energetique-la-solution-oubliee-l-enquete-de-Reporterre

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    Sobriété : sommes-nous prêts à changer nos habitudes ? Enregistrement ‘France Inter’ – Emission Le téléphone sonne Épisode du vendredi 1er juillet 2022

    Le téléphone sonne - podcast

Voir le podcast

Résumé

Ce soir, le Téléphone sonne s’intéresse à un mot de plus en plus répandu : la sobriété. Changer nos modes de vie, éviter le gaspillage, réduire collectivement notre consommation, que recouvre cette notion de sobriété ?

Avec Yves Marignac (Chef du Pôle énergies nucléaire et fossiles de l’Institut négaWatt), Valérie Guillard (Professeure à l’université Paris-Dauphine, auteure de « Comment consommer avec sobriété » (Éditions De Boeck, 2021) et co-auteure du rapport « Penser la sobriété matérielle » publié par l’ADEME (2019)).

En savoir plus : Dimanche dernier, les dirigeants de trois grandes entreprises énergétiques, EDF, Engie et Total Energie ont lancé un appel aux Français pour qu’ils réduisent immédiatement leur consommation de carburant, de gaz et d’électricité. Un appel à la sobriété justifié selon eux par le risque de pénurie et de flambée des prix qui présenterait une menace pour la « cohésion sociale » l’hiver prochain.

« La meilleure énergie est celle que nous ne consommons pas » ajoutaient les trois énergéticiens. Et ils ne sont pas les seuls à en parler. Quelques jours plus tôt, les entreprises de l’eau lançaient un appel similaire compte tenu de la sécheresse, et hier, le Haut Conseil pour le Climat estimait qu’on n’en faisait pas assez en matière de sobriété.

Ce soir, ‘le Téléphone sonne’ s’intéresse donc à ce mot si présent : « sobriété ». Que signifie-t-il ? Réduire notre consommation ? Eviter le gaspillage ? Changer nos modes de vie ? La sobriété doit-elle être individuelle, ou découler de politiques d’Etat ?

Avec nous pour en parler ce soir :

Valérie Guillard, Professeure à l’université Paris-Dauphine-PSL, auteure de « Comment consommer avec sobriété : vers une vie mieux remplie » (De Boeck)

Yves Marignac, Porte-parole de l’association NegaWatt

Mais aussi, toutes vos questions et vos témoignages au standard de Radio France - 01 45 24 70 00 -, sur l’application France Inter et par e-mail à l’adresse telsonne@radiofrance.com.

Thèmes associés : Société - L’équipe - Juliette Goux Réalisation - Claire Servajean Coordination - Magdalena Hervada - Stagiaire - Irène Ménahem Collaboration

Accueil France Inter Podcasts Le téléphone sonne

01:59:59 France Inter Le 7/9 Le journal de 8h

Source : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-telephone-sonne/le-telephone-sonne-du-vendredi-01-juillet-2022-2194815

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    Quelques contributions de Pierre Rabhi sur la sobriété
    Pierre Rabhi : la sobriété qui rend heureux (version longue) - 20 janvier 2014 - Onpassealacte !

Pierre Rabhi ne s’encombre pas de choses dont il n’a pas réellement besoin : ’Ma maison ferait le désespoir d’un cambrioleur !’ Selon lui, nous avons 4 besoins fondamentaux (se nourrir, se vêtir, se loger et se soigner). On peut y répondre simplement en adoptant la sobriété heureuse, qui nous libère de l’insatisfaction et d’une quête sans fin de biens matériels. Un nouveau pas vers le bonheur ?

Au final, la plus belle des richesses est peut-être la joie de vivre et ça ne s’achète pas ! Des initiatives positives ? Onpassealacte.fr est un site de journalisme constructif ou journal positif sur les initiatives ingénieuses, remarquables et inspirantes réalisées par des citoyens à travers des interviews vidéos : faire avancer le schmilblick et changer le monde vers plus d’écologie et d’humanisme par la créativité, l’action et l’innovation citoyenne et individuelle.

Vidéos

5:59 Pierre Rabhi la sobriété qui rend heureux (version longue)YouTube· Onpassealacte !20 janv. 2014

APERÇU3:23 Pierre Rabhi : la sobriété qui rend heureux (version courte) YouTube · Onpassealacte ! 16 janv. 2014

APERÇU 4:39 Pierre Rabhi ou la sobriété heureuse YouTube · France 3 Occitanie 31 déc. 2019

APERÇU1:59:46 La Masterclasse de Pierre RABHI, la sobriété heureuseYouTube· Université Jean Moulin Lyon 326 nov. 2015

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  • Vivre sobrement de manière épanouie (VU) – Entretien avec Pierre Lorien - 13 juin 2018 - Onpassealacte !
    Chapitres :

Comment faites-vous ?0:46

De quels moyens financiers disposez-vous ?1:17

Quels sont les résultats ?1:36

Qu’est-ce que ça satisfait chez vous ?2:51

Qu’est-ce qui ne vous convenait pas avant ?3:13

Comment fonctionnez-vous ?4:00

A retrouver sur : www.onpassealacte.fr

Licence de paternité Creative Commons (réutilisation autorisée) - Source : https://www.youtube.com/watch?v=w2BrEnk7fig

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  • Entretien avec Laurence qui vit dans la sobriété et en pleine conscience et ça la rend heureuse (VL) - 04 février 2019 - - Onpassealacte !
    Laurence a décidé d’aligner son mode de vie à son combat pour être plus cohérente avec elle-même. Elle a donc choisi la sobriété. À retrouver sur onpassealacte.fr

Chapitres :

On passe à l’acte0:01

J’ai décidé d’avoir une vie sobre et heureuse0:04

Qu’est-ce que cela vous apporte ?3:03

Rencontrez-vous des freins des difficultés, dans votre démarche ?8:27

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur votre mode de vie ?10:41

Licence de paternité Creative Commons (réutilisation autorisée) – Source :

https://www.youtube.com/watch?v=TciLz1LhdME

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  • Entretien avec Patrick qui développe l’initiative les ‘Compostiers’ pour sensibiliser les urbains au compost (VL) - Responsabiliser les citoyens face à la gestion des déchets- {{}}30 juillet 2019 - Onpassealacte !
    Chapitres

Quels sont les résultats ?1:22

Humainement, ça permet quoi ?3:09

Quels sont les résultats pour vous ?3:48

En quoi est-ce important pour vous ?4:02

Comment ça se passe ?4:52

Un exemple d’action ?5:33

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Licence de paternité Creative Commons (réutilisation autorisée) -

Source : https://www.youtube.com/watch?v=cs0vl_uCQN4

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  • « Faire de la sobriété énergétique un choix collectif » : l’appel de 84 dirigeants d’entreprises français - 17h45, le 2 juillet 2022 – Par Rédaction JDD
    Quatre-vingt-quatre dirigeants d’entreprises français plaident pour faire de la sobriété énergétique un choix collectif. Photo - Panneaux solaires, photo d’illustration. (Sipa)

Dans le JDD, les patrons d’EDF, d’Engie et de TotalEnergies appelaient à la sobriété énergétique pour faire face aux tensions d’approvisionnement et à la hausse des prix. En réaction à cette tribune, plusieurs dirigeants français - dont le PDG d’EDF Jean-Bernard Lévy, l’un des trois signataires du premier texte - plaident pour ne pas limiter la question de la sobriété à une réponse ponctuelle de chaque citoyen face à une crise subie, mais en faire une approche globale engageant l’économie sur un modèle choisi.

Voici leur tribune : « Passer d’une « sobriété d’urgence » à une sobriété organisée. Tel est l’enjeu auquel nous, dirigeants d’entreprise, avons décidé de collectivement faire face. Pendant longtemps ce mot fut un repoussoir pour de nombreux patrons, aux antipodes de leurs cultures, de leurs enjeux, de leurs préoccupations. Cependant, nous sommes aujourd’hui plus que jamais convaincus que la sobriété n’est pas synonyme de pénurie, de repli ou de déclin, mais qu’elle est la réponse à l’équation la plus cruciale de notre temps qui devrait aujourd’hui être au cœur de toute réflexion politique : comment répondre aux besoins de chacun dans un monde aux limites planétaires dépassées et au consumérisme débridé ?

Nous pensons que nos organisations peuvent jouer un rôle essentiel dans cette transformation. Car envisager la sobriété uniquement à l’échelle individuelle et à l’aune de la réduction du chauffage ou de la climatisation ne suffira pas. Nous pensons que la sobriété suppose un réel changement de paradigme, mis en lumière dans le dernier rapport du GIEC : « avoid-shift-improve » (éviter-changer-améliorer).

A l’échelle de l’entreprise, nous traduisons cela par l’axiome suivant : accepter de parfois faire moins, pour toujours faire mieux. Cela passe concrètement par l’intégration au cœur de la stratégie de démarches d’économie circulaire, d’économie d’usage, de relocalisation, de régénération de la biodiversité, ou encore d’alignement des réductions carbone de l’entreprise avec l’accord de Paris. Mais nous pensons également qu’une stratégie de sobriété durable en entreprise passera obligatoirement par un partage de la valeur équitable et par une intégration du temps long au sein de l’entreprise, et donc par des évolutions de gouvernance.

La sobriété est également ce qui nous permettra d’allier développement économique et avancées sociétales et environnementales majeures, en proposant aux Français de nouvelles solutions alliant innovation scientifique, écologique et sociale qui répondent à des besoins essentiels plutôt que d’en créer. Ces modèles existent déjà dans de nombreux domaines, comme le textile avec le recours à la seconde main et à la réparabilité garantie, l’alimentation avec l’agriculture biologique sobre en intrants carbonés, les circuits courts ou la lutte contre le gaspillage, la mobilité avec les solutions douces et décarbonées, et même le numérique à travers les initiatives low-tech ou tech for good. L’expérience nous a montré que l’innovation technologique doit aller de pair avec une sobriété des usages, sans quoi les « effets rebonds » la rendront contre-productive.

Nous pensons également que la sobriété économique organisée est un moyen de ne pas faire peser le poids de la transition sur les plus démunis mais de transformer globalement nos usages et de faciliter l’accès aux biens et services écologiques. La sobriété, par son ancrage, permet également d’améliorer socialement nos chaînes de production et de revaloriser des savoir-faire.

La sobriété peut être un choix collectif et non une responsabilité individuelle : entreprises, associations et pouvoirs publics doivent en être le moteur et la planifier avec volonté et solidarité. Car cette alliance doit permettre de faire évoluer notre modèle global de compétitivité pour clairement soutenir cette nouvelle voie, pour sortir enfin les entreprises d’une perpétuelle injonction contradictoire. C’est précisément ce que nous proposerons collectivement dès le 30 août lors des Universités d’été de l’économie de demain.

Entrepreneurs et dirigeants, rejoignez-nous pour relever le défi de la sobriété et construire une nouvelle prospérité ! »

Consulter la liste des signataires sur ce site : https://www.lejdd.fr/Economie/faire-de-la-sobriete-energetique-un-choix-collectif-lappel-de-84-dirigeants-dentreprises-francais-4121114

Ce pays que tu connais pas...Bienvenue en France Monsieur Macron !’ Le dernier ouvrage de François Ruffin - Ça n’empêche pas Nicolas

Actualités du jour

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  • Pourquoi la sobriété est essentielle à la transition écologique – Par Clément Fournier - Rédacteur en chef Youmatter - Publié le 30 avril 2021
    Formé à Sciences Po Bordeaux et à l’École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

Au-delà des énergies renouvelables ou des nouvelles technologies, pour faire la transition écologique, nous allons devoir faire preuve de sobriété. Tentons de comprendre pourquoi, dans ce premier article de notre dossier spécial « Transition écologique et sobriété » réalisé en partenariat avec l’ADEME, l’Agence de la Transition Écologique.

L’enjeu majeur de notre monde pour les décennies à venir, est de parvenir à faire émerger un modèle de société nous permettant de répondre à nos besoins sans dégrader les écosystèmes qui sont la garantie de notre pérennité à long terme. 

Aujourd’hui, notre modèle de société est loin de correspondre à cet idéal de soutenabilité. Nous dégradons le climat, détruisons la biodiversité et les écosystèmes. Nous polluons les milieux avec de multiples substances (azote, phosphore, plastiques, produits chimiques). Nous épuisons les ressources minérales et fossiles de la planète… La communauté scientifique est unanime sur le fait qu’il y a urgence à inverser la tendance.

Il faut réduire massivement et rapidement notre impact sur l’environnement, et ce, dans tous les domaines : émissions de CO2, destruction des espaces naturels, impact sur la biodiversité… Si tout le monde semble aujourd’hui d’accord sur ce constat, il y a toutefois débat sur la manière de le faire.

Faut-il transformer notre mode de vie ? Si oui, à quel point ? Les technologies vertes peuvent-elles nous permettre de faire la transition écologique sans remettre en cause notre façon de consommer ? Les uns et les autres s’affrontent sur ces sujets, s’accusant tantôt de défendre une « écologie punitive », tantôt de promouvoir les illusions des solutions technologiques. Et si la réponse était un peu entre les deux ? Et si la clef de la transition écologique, c’était la sobriété ? Tentons de comprendre.

La transition écologique et les technologies « vertes » ?

Avant toute chose, il faut être très clair sur le constat. La crise écologique est une crise grave, une urgence. Pour éviter des conséquences dramatiques pour les écosystèmes et les sociétés humaines, il faut une réduction massive des dégradations environnementales.

Certains, à l’image de Bill Gates, semblent penser que l’on pourra résoudre cette crise grâce à de nouvelles formes d’énergie, à des alternatives techniques innovantes ou à des technologies plus durables, sans remettre en cause nos modes de consommation. Les énergies renouvelables, l’hydrogène vert, la fusion nucléaire, les technologies de recyclage ou encore les biocarburants sont régulièrement évoquées comme des solutions nous permettant de préserver notre mode de vie en réduisant notre impact environnemental. Pourtant, les données, qu’elles proviennent du GIEC ou d’autres organismes scientifiques, montrent que cela sera vraisemblablement insuffisant.

Les solutions de Bill Gates sauveront-elles le climat ?

En matière de lutte contre le réchauffement climatique par exemple, nous allons devoir, dans les prochaines décennies, diviser par 4 les émissions de CO2 de la planète. Cela veut dire faire baisser nos émissions actuelles, notamment dans les pays développés qui polluent le plus actuellement. Mais en même temps, il faut éviter que les émissions de gaz à effet de serre n’augmentent dans le reste du monde. Or la population de la planète continue d’augmenter, et des milliards d’individus aspirent à de meilleures conditions de vie et vont donc chercher à obtenir plus de conforts, à se déplacer, à consommer plus. Un défi considérable est donc à relever : réduire nos émissions tout en donnant accès à un nombre croissant d’individus à de meilleures conditions de vie.

Pour relever ce défi, les solutions « techniques », comme les sources d’énergies bas carbone (nucléaire, énergies renouvelables, biogaz…), les alternatives comme la voiture électrique ou l’hydrogène ou les innovations vertes sont très certainement une partie de la solution. Pour autant, toutes ces technologies et alternatives ne sont pas sans impact non plus. Les énergies renouvelables ont des impacts écologiques : elles demandent des matériaux, qu’il faut extraire pour construire de nouvelles éoliennes, ou des panneaux solaires. Produire les batteries des voitures électriques est polluant. L’hydrogène est loin d’être toujours écologique. Bref, rien n’est « zéro impact » : il y a toujours un impact carbone plus ou moins fort, et des conséquences environnementales variées.

L’écologie : incompatible avec le « toujours plus »

Cela signifie que si nous déployons ces solutions techniques à grande échelle, l’impact environnemental sera malgré tout conséquent. En fait, si nous généralisons ces technologies à l’échelle mondiale dans le but de soutenir des modes de vie et de consommation tels que ceux des pays développés, nous n’atteindrons vraisemblablement pas nos objectifs climatiques et environnementaux.

Imaginons une planète à 9 milliards d’individus, où chacun (ou presque) souhaiterait parcourir 13 000 km par an en voiture, comme en France. Il faudrait alors des milliards de voitures électriques et autant de batteries, alimentées par des millions d’infrastructure de production d’électricité bas carbone. L’impact environnemental serait gigantesque, en dépit de technologies qui sont pourtant plus écologiques que celles dont nous disposons actuellement. C’est la même chose dans tous les domaines de nos vies : si tout le monde veut demain une grande maison avec jardin, équipée avec tous les équipements numériques dernier cri, si tout le monde veut voyager régulièrement à l’autre bout du monde, même avec des technologies vertes, nous n’atteindrons pas nos objectifs environnementaux. 

De plus, ces alternatives plus durables ne sont pas forcément toujours facilement compatibles avec nos modes de vie actuels, fondés sur toujours plus de consommations. Par exemple, les énergies renouvelables sont certes « bas carbone », mais elles sont aussi intermittentes, ce qui signifie qu’elles ne produisent pas en continu et en permanence. La production d’électricité renouvelable n’est donc pas toujours en adéquation avec nos besoins : si l’on a besoin de beaucoup d’électricité à 19 heures, il n’est pas certain que les éoliennes et les panneaux solaires produisent à ce moment-là. Il faut donc des techniques pour gérer cette intermittence : des capacités de stockage de l’électricité, une interconnexion avec les réseaux électriques des pays voisins par exemple.

Le problème, c’est que plus l’on consomme d’électricité, plus l’intermittence est difficile à gérer, surtout si cette électricité est consommée en même temps par tout le monde. Si nous voulons tous consommer de grandes quantités d’électricité, pour recharger notre voiture électrique, regarder la télévision en 8K sur grand écran et chauffer de grands appartements, il faudra d’énormes capacités de production électrique, de stockage et autres. Concrètement, il sera difficile de généraliser les énergies renouvelables si l’on consomme toujours plus d’électricité. Et même si l’on y parvient, ce sera au prix de problèmes environnementaux nouveaux : plus de matériaux à extraire, de batteries à fabriquer, d’infrastructures à construire…

La transition écologique face à l’effet rebond

Si l’on cherche à faire la transition écologique simplement grâce à l’amélioration de notre « efficacité écologique », on risque aussi de subir le phénomène de l’effet rebond. En gros, l’effet rebond désigne l’effet indésirable qui peut accompagner la réduction d’une pollution, et amener à ce que le résultat d’une action soit à l’inverse de son objectif initial.

L’effet rebond est commun en économie. C’est le cas classique des soldes : on dépense parfois plus pour profiter des « bonnes affaires ». En matière écologique, le phénomène existe aussi : si notre électricité pollue moins, on risquera d’avoir tendance à en consommer plus, ou à ne plus faire aussi attention. Ce qui peut empêcher notre impact environnemental de baisser, et ce malgré une énergie moins polluante.

Pour éviter cela, il faut se contraindre à une démarche volontaire pour limiter les consommations excessives. En un sens, cela illustre que la transition écologique est difficilement conciliable avec l’idée du « toujours plus » : produire toujours plus, consommer toujours plus, posséder toujours plus… Idée qui est pourtant au cœur des modes de consommation contemporains, et surtout de l’imaginaire d’une vie réussie.

Pour vraiment réduire notre impact environnemental, il semble donc inévitable de devoir à la fois améliorer notre efficacité écologique, notamment grâce à des alternatives techniques plus durables, et à la fois adopter des stratégies pour modérer notre consommation en énergie, en ressources ou en espaces naturels. 

Réduire notre impact écologique grâce à la sobriété

Modérer nos consommations, cela revient à interroger nos besoins et les modes de consommation qui les accompagnent. Il ne s’agit évidemment pas de rentrer dans une logique de la privation systématique, et de refuser sans distinction toute forme de consommation ou toute innovation. Il s’agit plutôt de se demander au fond, de quoi avons-nous vraiment besoin ? Et comment peut-on répondre à ces besoins en adoptant une logique de limitation des consommations de ressources et d’énergie ?

Par exemple, plutôt que de chercher à tout prix à remplacer toutes nos voitures actuelles par des « voitures propres » (voiture électrique, voiture à hydrogène) ne pourrions-nous pas nous interroger sur nos besoins en mobilité ? A-t-on vraiment besoin d’utiliser une voiture pour chacun de nos déplacements ? Peut-on adopter des modes de déplacement plus sobres, comme les mobilités actives ou les transports en commun ? Ou plus simplement, ne peut-on pas limiter certains déplacements lorsque c’est possible ? 

Se poser ces questions, c’est entrer dans une démarche de sobriété. L’objectif n’est alors pas de chercher à maintenir par principe notre mode de vie actuel, mais de voir comment le transformer pour répondre à nos besoins de façon différente, en évitant les excès, en limitant notre impact environnemental. Cela peut aussi être l’occasion d’améliorer notre confort de vie. Ainsi, on pourrait imaginer construire nos espaces urbains différemment, en favorisant la proximité, de manière à limiter le recours au transport : si nos commerces et les différents lieux de notre vie sociale sont proches de nos logements, alors la voiture n’est plus aussi indispensable, et on y gagne en temps, en confort et en impact écologique. Le télétravail est aussi une manière de limiter les déplacements, qui peut (s’il est bien géré) faire gagner du temps et du confort.

La sobriété invite aussi à penser la question des inégalités, qui sont un enjeu fondamental de la transition écologique. Dans une démarche de sobriété, il devient plus difficile de justifier des modes de vie fondés sur une consommation somptuaire et donc les écarts de revenus qui leur sont associés. La lutte contre les inégalités devient alors un point central des décisions collectives.

Sobriété et transition écologique : l’alliance indispensable

Une telle démarche a un gros avantage du point de vue écologique, car elle permet de jouer sur les deux tableaux en même temps, et donc de réduire notre impact de deux façons simultanées. D’un côté on développe des procédés de production plus durables, et de l’autre, on limite l’utilisation de ces procédés pour des usages réellement utiles.

La plupart des études d’experts sur les sujets de transition écologique s’accordent d’ailleurs à dire que la transition écologique passera forcément par une démarche de sobriété. En matière agricole par exemple, il faut certes développer des méthodes agricoles plus durables, mais aussi réduire le gaspillage alimentaire, limiter la consommation de produits d’origine animale (ceux qui génèrent généralement les plus gros impacts environnementaux), choisir des produits à faible impact, comme les légumineuses. Cette sobriété a l’avantage de vraiment réduire de façon significative les conséquences écologiques de notre alimentation, mais aussi d’être meilleure pour la santé et généralement meilleur marché.

En matière énergétique, la transition vers des énergies bas carbone doit s’accompagner d’une démarche de réduction de nos besoins énergétiques, grâce notamment à une meilleure isolation des bâtiments, l’usage des techniques d’efficacité énergétique mais aussi d’une sobriété des usages.

Sobriété numérique, sobriété foncière, sobriété énergétique : cette approche se décline dans tous les domaines. Elle implique de se questionner collectivement sur la hiérarchie de nos besoins, sur les notions d’utilité et de nécessité, pour élaborer ensemble un mode de vie qui permette à chacun de vivre dignement, confortablement, et sans empiéter sur les limites de l’écosystème. La sobriété est un compromis cherchant à concilier l’efficacité des innovations durables et le pragmatisme d’une démarche de modération par la redéfinition de nos besoins. Et compte tenu de l’urgence de la crise écologique, il semble aujourd’hui évident qu’elle doit être au cœur de nos réflexions individuelles et collectives pour mettre en œuvre une transition écologique juste, solidaire et globale.

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Source : https://youmatter.world/fr/sobriete-essentielle-transition-ecologique/

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  • Quels modèles pour une économie au service de la sobriété ? - Publié le 24 juin 2022 - Clément Fournier - Rédacteur en chef - Youmatter
    Formé à Sciences Po Bordeaux et à l’École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

Économie de la fonctionnalité, collaborative ou circulaire, de nombreux modèles émergent pour contribuer à mettre notre système économique sur le chemin de la sobriété. Prenons le temps de les analyser dans ce nouvel article de notre dossier spécial « Transition écologique et sobriété », réalisé en partenariat avec l’ADEME (Agence de la Transition Écologique).

[Addenda – ADEME : Agence de la transition écologique - Réussir la transition
écologique - À l’ADEME, nous sommes résolument engagés dans la lutte contre le réchauffement climatique et la dégradation des ressources. Sur le terrain, nous mobilisons les citoyens, les acteurs économiques et les territoires afin de leur donner les moyens de progresser. Face à l’urgence, nous nous fixons des objectifs ambitieux et appelons à une mobilisation générale : il faut faire plus vite. Voir la vidéo de PRESENTATION - À l’ADEME, nous conseillons, proposons des démarches et des méthodologies, émettons des recommandations, rendons des avis, réalisons des études avec une approche rigoureuse, sans occulter les incertitudes. La bataille du climat est loin d’être gagnée mais elle n’est pas encore perdue, agissons ! nos expertises – Source : https://www.ademe.fr/ ].

Suite du document de Clément Fournier

Face à la crise écologique, il devient de plus en plus évident que notre modèle économique, fondé sur la recherche constante de la croissance des productions et des ventes, doit être transformé. On le constate chaque jour, ce modèle engendre son lot d’absurdités économiques et écologiques : surproduction et surconsommation, production massive de déchets, surexploitation des ressources naturelles, dégradations écologiques, dumping social et environnemental… La communauté scientifique alerte depuis des années maintenant sur l’absolue nécessité de changer de paradigme, de transformer le système, et une idée notamment s’impose : celle de la sobriété.

Les données scientifiques montrent en effet qu’il est urgent de faire la transition vers de nouveaux modèles économiques permettant de viser une économie plus sobre, c’est-à-dire une économie capable de répondre de façon plus juste à nos besoins, en produisant moins et en utilisant à la fois moins de ressources et moins d’énergie. Le défi d’une telle transition est loin d’être simple, car il implique de changer profondément les logiques de notre système économique, d’inventer de nouvelles façons de produire, de consommer et partager les richesses.

Malgré tout, de nouveaux modèles commencent à émerger. Alors, si l’économie adoptait le virage de la sobriété ? Quels sont ces nouveaux modèles économiques, comment proposent-ils d’inventer une économie nouvelle au service de la sobriété ? Tentons d’y voir plus clair.

Une économie de la sobriété, c’est quoi au juste ?

Faire émerger une économie au service de la sobriété n’est pas simple, car cela revient en quelque sorte à inverser les logiques qui prévalent dans le capitalisme contemporain. 

Le chantier est donc immense. Plutôt que de chercher à produire et vendre plus, l’économie de la sobriété doit inciter à produire et vendre moins mais mieux, de meilleure qualité, de façon à ce que nos besoins soient satisfaits sans empiéter sur les ressources ou les écosystèmes naturels. Plutôt que de chercher à produire au prix le plus bas pour maximiser les marges et les bénéfices, l’économie de la sobriété doit chercher à produire au prix juste, un prix qui reflète des conditions de production souhaitables sur le plan social et environnemental.

L’économie de la sobriété est donc difficilement compatible avec les modes de production linéaires actuels, fondés sur la logique produire, acheter, jeter, le tout à grands coups de marketing, pour pousser à la consommation, voire à la surconsommation. Dans tous les secteurs, faire la transition vers la sobriété implique donc de se tourner vers de nouveaux paradigmes, de nouvelles façons de produire et de vendre, et d’inventer une nouvelle pérennité pour l’entreprise.

Or depuis quelques années, ces nouveaux modèles émergent un peu partout. Des entreprises se lancent dans des logiques nouvelles, qui visent à réduire la surconsommation, à réutiliser les déchets et les matières. La production et la consommation évoluent, à travers ce que l’on appelle l’économie circulaire, l’économie de la fonctionnalité ou encore l’économie collaborative ou de la coopération.

Sobriété : sortir de la surconsommation

Un certain nombre d’entreprises se lancent par exemple dans des modèles de production différents pour sortir des logiques de surconsommation. Il y a celles qui tentent, par exemple, de mettre sur le marché des produits plus durables. Plus résistants, sans obsolescence programmée, conçus dans des matériaux à l’empreinte écologique plus faible, ces produits répondent à une demande croissante de consommation plus responsable.

Bien souvent, ces produits sont plus chers à l’achat, ce qui les rend parfois inaccessibles aux consommateurs les moins aisés. Mais à terme, ils peuvent s’avérer plus intéressants que les produits classiques car il faut les remplacer moins souvent. Dans l’électroménager ou encore la mode, de plus en plus de marques tentent de se positionner sur ce segment de consommation. L’enjeu pour une économie plus sobre, c’est de rendre ces produits accessibles au plus grand nombre, grâce à des politiques adaptées de justice sociale : politiques re-distributives, lutte contre les inégalités, salaires décents, par exemple.

Toujours dans l’idée de sortir de la surconsommation, certaines entreprises proposent des modèles de production reposant sur la pré-commande. L’idée : ne produire que ce qui sera effectivement acheté, pour éviter les effets délétères de la gestion de stock. En effet, en ayant une idée précise de ce que leurs clients vont acheter, les entreprises qui pratiquent la précommande n’ont plus besoin de produire des stocks supplémentaires qui risquent de ne pas être vendus, et donc d’être gaspillés. Puisque la production est faite au plus près des besoins des consommateurs, parfois même grâce à la consultation de ces derniers, cela évite aussi la surproduction et la surconsommation. Lentement, la pratique se diffuse dans la mode, et de plus en plus de marques se développent en suivant ce modèle.

L’économie circulaire pour des boucles de sobriété

Parmi les modèles qui émergent, on peut aussi citer l’économie circulaire. L’économie circulaire vise à changer de paradigme par rapport à l’économie dite linéaire, en limitant le gaspillage des ressources et l’impact environnemental, et en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits. Au sens large, l’économie circulaire regroupe donc toutes les formes d’économie qui se structurent autour de boucles où les matières, les ressources, les déchets et l’énergie sont réutilisés au maximum pour éviter les gaspillages.

Réduire les déchets, utiliser des matières recyclées, ‘upcyclées’, réutiliser les stocks invendus ou les transformer, sont autant de voies pour commencer à intégrer les principes de l’économie circulaire. Mais l’économie circulaire, ce n’est pas seulement le recyclage : il s’agit aussi d’agir dès la conception du produit, grâce à l’éco-conception, pour élaborer des objets ou des services conçus pour limiter les gaspillages. Par exemple, concevoir des produits électroniques réparables, conçus pour économiser l’énergie, permet de réduire l’usage des ressources et d’énergie.

Il s’agit aussi de penser le stade de l’usage ou de la consommation, de manière à encourager des comportements d’usage vertueux, qui prolongent notamment la durée de vie des objets : réparation, entretien… Dans la même idée, toutes les filières qui se structurent autour des notions comme le réemploi, ou qui créent des partenariats entre filières pour que les déchets des uns deviennent les ressources des autres, s’inscrivent dans une démarche de circularité.

Aujourd’hui, l’économie circulaire inspire de plus en plus le monde de l’entreprise. Les acteurs qui structurent les filières de seconde main, dans la mode ou l’électroménager, en sont de bons exemples. En reconditionnant des produits utilisés mais toujours en état de marche, ils permettent de réduire les besoins en produits neufs, et donc, à terme, les besoins de production.

L’économie de la fonctionnalité et de la coopération : la sobriété « as a service » ?

Parmi les piliers de l’économie de la sobriété et de l’économie circulaire, on parle également de plus en plus de l’économie de la fonctionnalité. Selon l’ADEME, l’économie de la fonctionnalité consiste à fournir aux entreprises, individus ou territoires, des solutions intégrées de services et de biens reposant sur la vente d’une performance d’usage ou d’un usage et non sur la simple vente de biens. Ces solutions doivent permettre une moindre consommation des ressources naturelles dans une perspective d’économie circulaire, un accroissement du bien-être des personnes et un développement économique.

Concrètement, dans un modèle d’économie de la fonctionnalité, un client qui cherche à se déplacer n’achètera plus un véhicule, mais plutôt une capacité à pouvoir se déplacer facilement : voiture de location en libre-service, vélo électrique à la demande, forfaits de transports… L’entreprise devient alors le garant de cette performance d’usage. Grâce à ce type de contractualisation, on évite de multiplier la production de biens et de services individuels, et on optimise leur usage. Par exemple, dans ce modèle, il n’est plus toujours nécessaire de posséder une voiture individuelle, inutilisée 95% du temps, ce qui réduit la surproduction et les autres externalités négatives liées à la voiture individuelle.

En s’étendant à d’autres secteurs de l’économie marchande, l’économie de la fonctionnalité pourrait engendrer des transformations profondes dans les modes de production et de consommation  : une consommation qui ne soit plus liée à la propriété individuelle et à la production matérielle systématique, le développement de compétences nouvelles (gouvernance coopérative, management coopératif), une extension des logiques de l’économie circulaire, de la réparation, mais aussi une nouvelle création et répartition de valeur, incluant ses dimensions sociales et environnementales.

L’économie collaborative et la coopération au service de la sobriété

Enfin, l’économie collaborative peut aussi constituer un modèle servant la transition vers une économie plus sobre. L’économie collaborative regroupe les pratiques qui augmentent l’usage d’un bien ou d’un service, par le partage, l’échange, le troc, la vente ou la location de celui-ci, avec et entre particuliers. Prêts entre particuliers, location entre particuliers, échanges de services ou de biens sont alors autant de manières de réduire la nécessité de produire toujours plus.

Par exemple, une perceuse achetée par un particulier n’est utilisée au cours de son cycle de vie que quelques dizaines de minutes. Sa production, et les impacts qu’elle engendre, sont donc considérables au regard de son usage réel. Partager cette perceuse, grâce à des dispositifs d’échange ou de mise en commun, permettrait de rentabiliser ces impacts et d’optimiser son usage. Par extension, cela permettrait de réduire la production nécessaire pour satisfaire le besoin des utilisateurs : une perceuse pour 20 utilisateurs, au lieu de 20. En un sens, l’économie collaborative se fonde sur le principe de la sobriété.

Aujourd’hui, l’économie collaborative se développe dans de nombreux secteurs : covoiturage pour la mobilité, location entre particuliers pour les biens d’équipement, mise en commun des outils et infrastructures, logement partagés pour l’habitat… Bien-sûr, le modèle d’économie collaborative ne résout pas tout et peut s’accompagner de certains effets rebond. Par exemple, le covoiturage est intéressant du point de vue environnemental s’il permet à des usagers de grouper leurs trajets de proximité et évite le recours à plusieurs véhicules individuels. Mais s’il remplace des trajets qui auraient été effectués en train, il peut alors s’avérer finalement plus polluant que ce qu’il remplace.

En règle générale, l’économie collaborative a tout son intérêt lorsqu’elle permet de faire des économies d’échelle dans les échanges de proximité : location entre voisins, colocations, covoiturage du quotidien… Et bien-sûr, pour avoir tout son sens dans la transition écologique et sociale, l’économie collaborative doit éviter de tomber dans les logiques de précarisation qui accompagnent souvent les modèles de l’économie collaborative ‘uberisée’.

L’émergence d’un nouveau paradigme économique

Tous ces modèles, chacun à leur manière, et parfois de façon concomitante, participent à la fois à améliorer la durée de vie des produits mis sur le marché, à optimiser leur usage, à réduire la surproduction. Globalement, cela permet de répondre aux besoins collectifs de façon plus sobre.

Tout cela émerge en même temps que de nouvelles formes d’entreprises se développent : entreprises coopératives, de l’économie sociale et solidaire, entreprises mutualistes… Et bien souvent, la forme de l’organisation alimente les réflexions sur le modèle d’affaire, et inversement.

Ce mouvement concourt à l’émergence d’un nouveau paradigme économique, qui ne se focalise plus entièrement sur la production de richesses monétaires, mais sur la satisfaction des besoins de la société dans le respect des limites environnementales et du bien-être social, dans une logique de sobriété. Ces modèles nouveaux représentent des alternatives à la fois crédibles et inspirantes pour de nombreuses entreprises qui veulent se réaligner avec l’intérêt général et contribuer à la transition écologique et sociale.

En posant de nouveaux jalons d’une économie mieux centrée sur nos besoins, orientée vers la sobriété, ces nouveaux modèles peuvent avoir un rôle majeur dans la transition écologique et sociale. Elle permettrait de réduire nos impacts environnementaux, tout en créant de nouveaux emplois et de nouvelles façons de produire et de vivre, plus en phase avec nos objectifs sociaux collectifs. Mais pour que ces nouvelles façons de produire prennent toute leur place dans la transition, il faudra prendre garde qu’ils ne soient pas dévoyés par les logiques habituelles du capitalisme contemporain, par les effets rebond (voir la définition de l’effet rebond ici).

Il faudra prendre garde qu’ils ne soient pas, finalement, une manière détournée de perpétuer une surconsommation destructrice pour l’environnement et pour les équilibres sociaux. Il faudra donc qu’elles s’intègrent dans un paradigme économique nouveau, produisant une valeur à la fois économique, sociale et environnementale…

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  • L’instrumentalisation idéologique de la sobriété a commencé - Publié le 27 juin 2022 - Clément Fournier - Rédacteur en chef Youmatter
    Formé à Sciences Po Bordeaux et à l’École des Mines de Paris aux enjeux sociaux, environnementaux et économiques, Clément est depuis 2015 rédacteur en chef de Youmatter.

Politiques, médias, et même entreprises se font soudain les avocats de la sobriété, et tentent d’en faire leur cheval de bataille. Et s’il s’agissait là d’une récupération idéologique ?

De façon assez paradoxale, il semble que la sobriété soit devenue tendance. De plus en plus de médias se font désormais l’écho de cette démarche, qui consiste à chercher la modération dans nos consommations et nos productions afin de répondre mieux à nos besoins en sortant des logiques parfois absurdes de surconsommation. À la faveur de la crise ukrainienne et de ses conséquences énergétiques, de l’inflation et de la question du pouvoir d’achat, ou face à la crise écologique, on voit même désormais des politiques invoquer la nécessité de la transition vers la sobriété. Des entreprises se sont même jointes au mouvement.

On pourrait se réjouir d’une telle prise de conscience, de cet alignement tant espéré entre les discours politiques et économiques, et les discours scientifiques qui disent depuis longtemps la nécessité de cette transition vers la sobriété. Mais ne nous y trompons pas : une grande partie de cette tendance tient en réalité plus d’une récupération idéologique opportuniste que d’une réelle volonté de changer notre système économique. Tentons d’y voir plus clair.

Les nouveaux discours sur la sobriété

De plus en plus d’acteurs publics empruntent désormais le terme sobriété. Que ce soit pour parler transition énergétique, transition numérique ou même aménagement du territoire, le mot sobriété est partout.

Le gouvernement, par exemple, se targue dans sa feuille de route « Numérique et environnement » de la nécessité de « sensibiliser les Français aux bonnes pratiques en matière de sobriété numérique », pour faire baisser l’empreinte environnementale du secteur. Il parle de sobriété foncière pour lutter contre l’artificialisation des sols, arguant qu’il faut modérer les constructions neuves et la bétonisation des zones naturelles. En matière énergétique, la notion de « sobriété énergétique » fait aussi son chemin après de trop longues années à ne parler que d’efficacité énergétique.

Nouvelle innovation sémantique : on parle désormais même de planification écologique, une planification qui devrait permettre d’organiser collectivement la limitation de nos consommations d’énergie et de ressources, et donc de nos impacts environnementaux. La sobriété organisée, en quelque sorte ?

Les vertus de sobriété des acteurs économiques

De la même manière, un nombre croissant d’entreprises mettent désormais la sobriété au coeur de leurs communications. On a ainsi pu voir défiler en commission au Sénat les géants du numérique venant dire à quel point ils agissent pour un numérique responsable et pour la sobriété numérique.

Les constructeurs auto vantent plus que jamais leurs moteurs économes en énergie. Et ils font même pub pour la mobilité douce, puisque depuis le 1er mars 2022, la législation française oblige les constructeurs à apposer sur leurs communications des messages incitant à l’usage des transports en commun, du vélo ou de la marche. D’une manière générale, dans tous les secteurs, on trouve désormais en filigrane des messages incitant à consommer moins, mieux consommer.

Encore plus récemment, ce sont les entreprises de l’énergie, qui font dans le JDD un appel ému aux Français pour qu’ils se mobilisent pour la sobriété énergétique pour faire face à la crise énergétique globale.

Sobriété : une récupération idéologique ?

Qui aurait pensé, il y a de cela encore quelques mois que tous les acteurs clés du système économique contemporain, des politiques aux grandes entreprises, se feraient les parangons du « consommer moins » ? S’agirait-il de croire qu’il est désormais tendance d’être Amish ?

Sans doute pas. Car si l’on creuse, c’est un jeu de dupes qui se révèle. Difficile en effet ne pas voir dans cette mode soudaine de la sobriété un paradoxe, un double discours même. Certes, les acteurs publics parlent de sobriété numérique, de modérer nos usages et nos productions numériques. Et dans le même temps ? Ils veulent accélérer ! Miser sur une « stratégie d’accélération 5G et futures technologies de réseaux de télécommunication », cette fameuse 5G dont toutes les études montrent qu’elle devrait favoriser l’exact inverse de la sobriété : explosion des transmissions de données, des renouvellements du matériel. Dans cette drôle de sobriété qui va toujours plus loin, toujours plus vite, au lieu de ralentir et de se modérer, on ne sait plus bien où est la priorité : réduire, ou augmenter… À moins que ce soit les deux « en même temps » ?

Même ambiguïté quand les acteurs publics parlent de « sobriété énergétique ». Le terme apparaît dans la loi de Transition Énergétique pour la Croissance Verte (sic), où il est écrit que « la sobriété participe au même titre que l’efficacité à la maîtrise de la demande en énergie ».

Cinq ans plus tard, la Convention Citoyenne pour le Climat met le terme sobriété au coeur de ses propositions : il y apparaît 32 fois. C’est-à-dire 32 fois plus que dans la loi Climat et Résilience votée à la suite de ce grand débat démocratique, qui ne mentionne qu’une petite fois la « sobriété numérique ». Même l’Autorité Environnementale, dans son rapport 2021, fustigeait l’absence de réflexion sur le sujet de la sobriété dans l’action publique : « la sobriété énergétique et la réduction des émissions de gaz à effet de serre restent à inscrire dans les plans / programmes et les projets » des politiques publiques.

Côté acteurs privés, mêmes dérives. Les mêmes entreprises qui demandent désormais aux citoyens de limiter leur consommation d’énergie pour faire face à l’inflation des prix sont celles qui investissent massivement au Qatar pour développer des projets gaziers ou pétroliers géants, des centrales solaires gigantesques, en toute sobriété. Après tout, il y a des stades de foot à climatiser. Ce sont les mêmes entreprises qui ont cumulé en 2021 un sobre bénéfice de près de 25 milliards d’euros qui demandent désormais aux ménages de se serrer la ceinture.

Si seulement on pouvait trouver quelque part un peu d’argent pour financer les besoins énergétiques des Français, dont près de 12 millions vivent dans la précarité énergétique, plutôt que de leur demander de baisser le chauffage… En matière de sobriété numérique, ce sont toujours les mêmes entreprises que l’on entend. Les mêmes acteurs dont on constate, année après année, l’incapacité à transformer leurs modèles d’affaires pour modérer la croissance effrénée du secteur grâce, souvent, à l’obsolescence programmée.

Voir : Faut-il croire dans un « numérique responsable » ?

Une sobriété à la sauce responsabilité individuelle

On ne peut s’empêcher de constater, quand on écoute ces discours sur la sobriété, qu’ils sont presque toujours tournés vers un seul et même acteur : le citoyen. C’est bien « les Français » que la feuille de route sur la sobriété numérique vise à sensibiliser. C’est encore eux qui doivent réduire de manière immédiate et massive leurs consommations énergétiques.

Encore une fois, ce n’est pas le système qui doit être remis en cause, ce ne sont pas les infrastructures socio-économiques et techniques qui doivent être transformées. Non, c’est le citoyen, le consommateur, l’individu, qui devrait changer, à rebours de l’ensemble de la littérature scientifique, qui rappelle année après année, que la transition écologique et sociale ne peut pas reposer sur les individus mais doit être « structurelle ». Injonction : ton smartphone tu ne renouvelleras point (même si la mise à jour le rend obsolète).

La sobriété est une voie fondamentale, essentielle à explorer pour réussir la transition écologique et sociale. C’est même la seule qui compte vraiment. Mais il faut prendre garde à ce que ce mot ne soit pas confisqué par un discours dominant qui ne vise qu’à maintenir en place un système qui, au fond, est et restera tout sauf « sobre ». Il faut prendre garde que cette sobriété soit sincère, équitablement partagée, globale et systémique. Et qu’elle ne soit pas cette fausse sobriété en demi-teinte, que l’on invoque seulement quand il s’agit de demander aux plus précaires d’assumer seuls la contrainte de notre résilience collective.

Cette sobriété-là, bien-souvent, c’est en fait une austérité déguisée. Une sobriété pour les consommateurs, mais pas pour les dividendes, les bénéfices nets ou les chiffres de la bourse, bien au contraire. C’est pourtant sans doute par là qu’il faudrait commencer.

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À propos de la série - Le défi de combiner la lutte contre le réchauffement climatique avec la préservation du pouvoir d’achat nécessite d’accorder une valeur au carbone. Quelles actions choisir en tenant compte de cette nécessaire combinaison et comment partager les coûts ?, demande l’économiste Christian Gollier.

’Alors qu’il existe un consensus fort sur la nécessité et l’urgence d’agir vigoureusement pour lutter contre le changement climatique, souligne Christian Gollier, la confusion reste totale au niveau politique et des opinions publiques sur la façon d’y parvenir, notamment par une adaptation ou une révolution de notre système économique actuel’.

Dans le cadre de sa série de cours ’ Fin du mois et fin du monde : comment concilier économie et écologie ? ’, au Collège de France, l’économiste pose les questions suivantes :

’Jusqu’où faut-il sacrifier le pouvoir d’achat des générations présentes pour affronter nos responsabilités envers les générations futures ? Comment concilier un objectif climatique ambitieux avec la justice sociale ? Quelles sont les actions climatiques les plus efficaces, intégrant impératifs financiers, mais aussi les autres impacts sur le bien-être (impact des éoliennes sur le paysage, risque nucléaire...) ? Comment s’assurer que les actions climatiques les plus efficaces sont bien celles qui seront mises en œuvre en priorité dans notre système économique décentralisé ? En particulier, quel rôle peut-on imaginer pour les acteurs de la finance, les activistes, les décideurs privés et les juges ? Finalement, comment gérer les incertitudes profondes qui entourent la dynamique climatique et les progrès technologiques verts sans lesquels rien ne sera possible ? J’utiliserai les outils de la science économique pour éclairer ces débats’.

À l’origine de la Toulouse School of Economics avec Jean Tirole en 2007, Christian Gollier en est le directeur depuis 2009. Il est Professeur invité au Collège de France sur la chaire annuelle ’Avenir commun durable’ (2021-2022), créée avec le soutien de la Fondation du Collège de France et de ses mécènes Covéa et TotalEnergies. Président de l’association européenne des économistes de l’environnement, il a également été professeur invité aux universités américaines, Harvard et Columbia. Pédagogue, engagé, outre son enseignement et ses recherches, il conseille régulièrement plusieurs gouvernements en Europe ou aux Etats-Unis, sur leur politique d’évaluation des investissements publics.

Document provenant de l’émission ‘Les Cours du Collège de France’, du lundi au vendredi de 5h à 6h sur France Culture : Les grandes voix du savoir pour tous.

Les Cours du Collège de France

Source : https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/les-cours-du-college-de-france

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    Ecologie – Environnement - Les podcasts environnement du HuffPost : L’enver(t) du décor - Par Grégory Rozières, Matthieu Balu, Pauline Brault - 18/09/2020 09:06 EST | Actualisé 30/06/2022 15:52 CEST
    Du réchauffement climatique à la biodiversité, les problèmes écologiques et le besoin d’un développement durable sont devenus de véritables enjeux de société. On vous aide à y voir plus clair face à ce défi gigantesque.

ÉCOLOGIE - Conventions citoyennes, manifestations, marches, loi climat, COP et rapports du GIEC... Ces dernières années, la biodiversité, le climat et l’environnement en général sont devenus des sujets incontournables. Face à l’urgence climatique et à l’effondrement de la biodiversité, tout le monde a son idée et est appelé à agir (ou arrêter d’agir). Mais encore faut-il savoir pourquoi, comment et dans quel sens.

Dans “L’enver(t) du décor”, le podcast environnement du service science du HuffPost, nous vous proposons d’apprendre comment agir (vraiment) pour l’environnement et d’aller contre les idées reçues, dans une discussion décontractée à bâtons rompus. En clair, de faire un tri (sélectif) sur des sujets liés à l’écologie.

Le podcast environnement “L’enver(t) du décor” est disponible sur toutes les plateformes (Apple Podcast/iTunes, Spotify, Deezer, Podcast Addictif, Google Podcast, etc). Alors n’hésitez pas à vous abonner et à nous laisser votre avis dans un commentaire ou avec une note. Toute l’équipe du podcast est joignable par mail à l’adresse suivante : lenvertdudecor@huffpost.fr. Fin 2020, ce podcast a rejoint la liste des 10 podcasts préférés d’Apple Podcasts. 

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    Economie - Vivre sans gagner d’argent : les frugaux s’organisent pour ne plus manquer de rien – Par Arnaud Dumas, @ADumas5 pour Novéthic
    Un peu ‘déconsommateurs’, farouchement indépendants et surtout déterminés à inventer leur propre mode de vie. Pas étonnant que les frugaux, qui concentrent plusieurs tendances sociétales actuelles, aient le vent en poupe. Leur lubie : s’affranchir de la nécessité d’avoir un salaire et retrouver la maîtrise de leur temps, en épargnant comme des forcenés pendant quelques années, pour prendre leur retraite avant 40 ans. Toute la semaine, Novethic explore les nouvelles façons d’aborder la sobriété, dans une série ’vivre sans’. Les adeptes du frugalisme veulent retrouver la maîtrise de leur temps en s’affranchissant du salariat…

Autres articles :

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Ils portent des baskets écoresponsables, mangent des œufs ’qui ne tuent pas la poule’ et se déplacent en vélo électrique. Dans son dernier livre, l’anthropologue Fanny Parise épingle les apôtres de la consommation responsable, des ’enfants gâtés’ qui perpétuent un système...

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Après les États-Unis, la France enregistre un taux record de démissions. Si ce phénomène n’est pas aussi important que la Great Resignation américaine, il exprime une tendance de fond, un nouveau rapport au travail qui a émergé pendant la pandémie et qui s’amplifie aujourd’hui à l’ère de...

Consommation - Publié le 26/12/2021

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L’injonction de consommer moins mais mieux est devenu une réalité, analyse Cécile Désaunay dans son essai ’La société de déconsommation, la révolution du vivre mieux en consommant moins’. La tendance est volontairement portée par les plus diplômés et les femmes mais aussi par l’évolution...

© 2022 Novethic - Tous droits réservés – Lire l’article complet sur ce site : https://www.novethic.fr/actualite/economie/isr-rse/vivre-sans-gagner-d-argent-les-frugaux-s-organisent-pour-ne-plus-manquer-de-rien-150906.html

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Addenda - Énergie – France : en quoi consiste le « plan de sobriété » souhaité par Emmanuel Macron ? - Par Khalil Rajehi - Publié le 14/07/2022 à 14:34 - Mis à jour le 14/07/2022 à 14:44 – Publication ‘cnews.fr’

Au cours de l’interview du 14-Juillet 2022, le Président de la République Emmanuel Macron est largement revenu sur la situation en Ukraine. Dans ce contexte, il a indiqué la préparation, « dès cet été », d’un plan de sobriété énergétique pour « sortir la France de sa dépendance aux énergies fossiles ». En quoi cela consiste-t-il ?

Il s’agissait de la première interview télévisée d’Emmanuel Macron depuis sa réélection en avril. À l’occasion du 14-Juillet, le président de la République a renoué, pour la seconde fois, avec la tradition de l’interview observée par ses prédécesseurs.

À travers cet entretien tenu à l’Élysée, qui a toutefois démarré en retard, le président de la République est revenu sur la guerre en Ukraine. « Il faut nous préparer à ce que la guerre dure », a-t-il mis en garde. « L’été, le début de l’automne seront sans doute très durs »

Face à une Russie utilisant l’énergie comme « arme de guerre », Emmanuel Macron a indiqué la préparation d’un « plan de sobriété » énergétique « dans lequel on va demander à tous nos compatriotes de s’engager », a expliqué le chef de l’État. 

Concrètement, ce plan consiste à sortie la France « de sa dépendance aux énergies fossiles et réduire de 40 % sa consommation d’énergie d’ici à 2050 » dont 10 % sur les deux prochaines années par rapport à 2019, indique-t-on sur le site du Ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires. « Cela suppose de transformer durablement nos habitudes et nos comportements », ajoute-t-on. 

Le plan de sobriété énergétique repose sur quatre piliers à savoir : « moins consommer, consommer autrement, le développement accéléré des énergies renouvelables et la relance de la filière nucléaire française ».

Annoncés par la Première ministre Elisabeth Borne et la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher le 23 juin 2022, les résultats de la concertation, ainsi que les propositions de mesures opérationnelles, seront rendus publics à la fin du mois de septembre. 

« Ce travail mené avec les différents groupes de travail sur la sobriété énergétique devra être la première marche afin d’initier le changement, en matière de transition énergétique, au sein de l’ensemble de la société », avait indiqué le ministère.

À voir aussi :

Sur le même sujet Le Parlement européen considère le gaz et le nucléaire comme des énergies « vertes » Lire

Sur le même sujet Énergie : 84 dirigeants d’entreprise appellent à « passer d’une sobriété d’urgence à une sobriété organisée » Lire

Vidéo de à la source : https://www.cnews.fr/france/2022-07-14/energie-en-quoi-consiste-le-plan-de-sobriete-souhaite-par-emmanuel-macron-1242638

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Collecte de documents et agencement, [compléments] et intégration de liens hypertextes par Jacques HALLARD, Ingénieur CNAM, consultant indépendant – 14/07/2022

Site ISIAS = Introduire les Sciences et les Intégrer dans des Alternatives Sociétales

http://www.isias.lautre.net/

Adresse : 585 Chemin du Malpas 13940 Mollégès France

Courriel : jacques.hallard921@orange.fr

Fichier : ISIAS Economie Ecologie Energie Sobriété Frugalité La surconsommation c’est l’impasse..10
.docx

Mis en ligne par le co-rédacteur Pascal Paquin du site inter-associatif, coopératif, gratuit, sans publicité, indépendant de tout parti. Un site sans Facebook, Google+ ou autres GAFA, sans mouchard, sans cookie tracker, sans fichage. Un site entièrement géré sous Linux et avec l’électricité d’Énercoop géré par Yonne Lautre : https://yonnelautre.fr - Pour s’inscrire à nos lettres d’info > https://yonnelautre.fr/spip.php?breve103

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